Observatoire Géostratégique

numéro 161 / 15 janvier 2018

JUPI-TAIRE : CENSURES FRANCAISES…

Bienheureux que nous sommes, nous voici face à une nouvelle version du Jupiter : le Jupi-taire. Un dieu propre à faire taire, à étouffer, bâillonner. Le concept de censure démocratique est né. Ouf, on y arrive, le monde du silence approche. Le moment où les « pas contents » devront choisir entre se taire ou aller en prison, couverts d’amendes amers. Comme le fait remarquer Patrick Weil (vrai militant des Droits de l’Homme et professeur à Yale), la différence entre Sarkozy et Macron, nous dit que le premier annonçait avec fracas des choses horribles – qu’il n’appliquait jamais – alors que le second proclame du doucereux pour mettre immédiatement en œuvre de l’épouvantable. Le roi nous prie donc, en attendant mieux, d’accepter la censure d’Internet. Avatar symbolique du rétrécissement progressif du champ de la liberté. Vous avez cru entendre le mot Résistance ? Rêvez encore : la censure est là pour le bien de l’homme.

Ce sont les médias eux-mêmes, depuis 1981 et l’avènement de Dieu Premier, qui ont rendu les armes face à la pensée juste. La crise économique de la presse – conséquence de la fabrique de mensonges – et le regroupement des journalistes derrière la Oumma des bien-pensants, ont creusé leur tombe et celle des libertés. Ce qui fait une économie de croque-mort. Un lecteur vétilleux, précautionneux, de ceux qui ne montent à vélo qu’équipés d’une trousse de secours, me dira : « Comment peut-on désapprouver une mesure qui veut bannir le mensonge et la diffamation d’Internet ? ». J’applaudis et précise qu’en France la loi de 1881 – et suivantes ayant le même objet – permettent de traquer la diffamation et le mensonge.

L’incrimination de « propagation de fausses nouvelles » n’a pas été abolie. Le tout en précisant que cette fameuse loi de 1881, qui, soi-disant, définit la liberté de la presse, est au départ un texte scélérat voté pour en limiter l’exercice ; et criminaliser certains propos favorables à la Commune de Paris… Peu importe. Même approuvé par la droite au XIXe siècle, ce texte suffit à poursuivre menteurs et manipulateurs. Tous les apprentis sorciers. Le voici : « La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende de 45 000 euros. Les mêmes faits seront punis de 135 000 euros d’amende, lorsque la publication, la diffusion ou la reproduction faite de mauvaise foi sera de nature à ébranler la discipline ou le moral des armées ou à entraver l’effort de guerre de la Nation. »

Que faire de plus ? Affuter la guillotine ? Quand Internet a propagé des « fakes » en forme d’ordures du genre « La France donne à chaque migrant une Carte Bleue bien garnie »… ou encore « En France les vieux payent la télé alors que les gens emprisonnés l’ont gratuitement », pour donner des exemples ordinaires de mensonges forgés dans les ateliers de l’extrême-droite, avez-vous vu un procureur poursuivre ces incendiaires ? La fausse nouvelle n’est grave que si elle frôle un homme politique, pire un Président. Comme un outil existe pour évaluer l’importance d’un tremblement de terre, c’est « l’échelle de Richter », un instrument comparable permet de mesurer la considération que porte Emmanuel Macron à la liberté de la presse, c’est « l’échelle Delahousse ». Un président qui tolère ou encourage une séance de flagornerie comparable à celle mise en scène par France 2 – lors d’un entretien à l’Elysée le 17 décembre 2017 – ne peut avoir que mépris pour les médias et ses « fonctionnaires ».

La question est donc : pourquoi le président français attaque-t-il la liberté d’Internet alors que l’outil répressif existe ? La réponse est simple. C’est pour rejoindre le flux de tous les néo-libéraux et néo-conservateurs de la planète. Ceux qui estiment que laisser vivre à sa guise un web qu’ils ne maitrisent pas est un très grand danger pour leur gouvernance. Une menace mortelle pour leur doctrine, l’asservissement par la finance mondialisée et néocoloniale. Les journaux eux-mêmes, petit à petit dépossédés de leur magistère par Internet, ont tout de suite milité pour que tout « site d’information » ne puisse exister « sans être adossé à un « grand média » »…

Aux Etats-Unis, le New York Time en tête, nous avons assisté à de telles croisades de limitation du Net. Le tout est resté sans grand effet jusqu’au mois dernier où les géants américains, industriels du web, ont annoncé une restriction progressive de l’accès aux réseaux performants pour tout candidat qui ne soit pas un partenaire puissant ou « convenable ». Voilà où veulent en venir Macron et ses alliés : nous faire taire. Je dis « nous » puisque le débat, l’information plurielle sont devenues impossible en France et que le seul moyen de mettre à jour des sources et des points de vus différents c’est Internet. Tant pis si ce tuyau à deux conduits véhicule les meilleures nouvelles du monde, mais aussi des tonnes d’ordures. Comme devant la poubelle jaune et la poubelle verte, nous assez sommes assez adultes pour affronter le tri sélectif.

Jacques-Marie Bourget

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JUPITER À L’ÉPREUVE DES AUTOCRATES TURC ET CHINOIS…

« Je suis attaché aux droits de l’homme, mais je craignais depuis longtemps que le droit-de-l’hommisme, comme seul critère de choix en politique étrangère, nous mène dans une impasse. Nous y sommes. Nous n’avons plus les moyens de nos émotions » écrit l’ex-ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine en 2017. C’est bien de cela dont il s’agit lorsque l’on traite avec des États qui bafouent allégrement les libertés publiques et les droits fondamentaux de leurs citoyens. Et, ils sont légions si l’on en croit les oracles d’Amnesty International. Ils sont de plus et plus incontournables – surtout pour les plus riches d’entre eux – sauf à les ignorer en tombant dans le travers d’une inutile et contreproductive Idealpolitik qui a valu à François Hollande de ne plus peser dans le concert des nations. Son successeur, Emmanuel Macron décide de tourner le dos à cette pratique mortifère de la diplomatie pour une puissance moyenne comme la France.

Après la théorie, vient le temps de la pratique, exercice ô combien compliqué ! En mois d’une semaine, en ce début d’année 2018, le chef de l’État, Emmanuel Macron rencontre le 5 janvier à l’Élysée le très controversé président de la République turque, Recep Tayyip Erdogan1 et les 8 et 9 janvier à Xi’an2 et à Pékin le très autoritaire responsable chinois, Xi Jinping3. En dépit des différences inévitables entre des deux régimes autoritaires, nous pouvons essayer de mettre en exergue les ressemblances entre ces pays en termes de pratique diplomatique jupitérienne. Nous limiterons notre propos à trois grandes têtes de chapitre caractéristiques de la diplomatie française.

LE CASSE-TÊTE DES VALEURS : UN DROIT DE L’HOMMISME TEMPÉRÉ

« La diplomatie est une combinaison d’intérêts et de défense des valeurs. La question est : où fixe-t-on le curseur ? » nous indique l’ex-ambassadeur de France à Téhéran, François Nicoullaud en 2015. Sur ce sujet, la pratique macronienne a pas mal évolué en moins d’un semestre d’une stricte diplomatie des valeurs à une diplomatie des intérêts.

La diplomatie des valeurs

Dès sa prise de fonctions à la tête de l’État, Emmanuel Macron explicite son concept de « diplomatie des valeurs » qu’il entend mettre en œuvre dans la définition de sa politique étrangère et dans sa déclinaison diplomatique. En un mot comme en cent, la « patrie des droits de l’homme », la « Grande nation » ne peut rester insensible aux violations des droits fondamentaux par des États ayant ratifié les principales conventions internationales des Nations Unies en la matière. Tel un lanceur d’alerte, la mission quasi-divine de la France est de dénoncer de telles atteintes en le faisant savoir haut et fort qu’il s’agisse de pays puissants ou faibles. Le ton est donné dès la semaine des ambassadeurs à Paris (août 2017) et lors de son intervention remarquée devant l’Assemblée générale de l’ONU à New York (septembre 2017). Paris ne pourra pas faire la sourde oreille à des manquements inacceptables à la parole donnée. « Pacta sunt servanda » nous rappelle l’adage latin que Jupiter se plaît à rappeler : les conventions doivent être respectées.

Or, dans les deux cas qui nous occupent aujourd’hui, nous sommes en présence de deux États qui ne sont pas des parangons de vertu en matière de droits humains, c’est le moins que l’on puisse dire à la lumière des développements les plus récents. Une « contrôlocratie » pour la Chine (Cf. le sort triste réservé au prix Nobel de la paix, Liu Xiabo, mort en détention sans parler de son épouse mise à l’isolement)4, une « démocrature » (désormais plus dictature que démocratie) pour la Turquie5. Telle est la dure réalité à laquelle le président de la République est confronté en ces premiers jours de l’année nouvelle. Que faire pour mettre la pratique en conformité avec la théorie, exercice souvent périlleux dans la sphère diplomatique ? Essayons de démontrer comment il aborde le problème sur le plan conceptuel mais surtout concret à travers les exemples turc et chinois en ces premiers jours de l’année du chien !

Citons in extenso ce que le président de la République déclarait le 29 août 2017 à l’Élysée lors de la semaine des ambassadeurs sur le sujet :

« Notre troisième bien commun, ce sont la justice et les libertés. C’est le socle vivant des droits fondamentaux pour lesquels des millions de femmes et d’hommes se sont battus et se battent encore chaque jour. Cet héritage en constante évolution, sans cesse remis en cause par les dictateurs, les criminels et les trafiquants de tout genre doit être le ferment de notre action collective. Notre diplomatie devra continuer de défendre activement les libertés fondamentales : la place des femmes, les libertés de la presse, le respect des droits civils et politiques partout dans le monde. Les droits de l’homme ne sont pas seulement des valeurs occidentales. Ce sont des principes universels, des normes juridiques librement adoptés par tous les pays du monde que devons sans cesse expliquer, défendre, améliorer »6.

La diplomatie des intérêts

Comment un dirigeant libéral peut-il et doit-il traiter un autocrate tout puissant (Xi Jinping) qui est la deuxième puissance économique mondiale (championne mondiale de l’innovation7) ainsi qu’un nouveau Sultan (Recep Tayyip Erdogan) qui n’a que faire de ses opposants, de plus en plus nombreux à relever la tête8, et qu’il classe dans la catégorie des « terroristes »9 ? La réponse à cette question n’est pas simple. Mais, c’est sans compter que Jupiter a plus d’un tour dans son sac, en particulier sa diplomatie du « enmêmetemtisme » qui permet de résoudre élégamment la quadrature du texte surtout lorsque il entend développer une politique asiatique et revenir dans le jeu de l’ « Orient compliqué ». Comme disait Talleyrand : « appuyez-vous sur les principes, ils finiront bien par céder ». Un dessin vaut mieux parfois qu’un long exposé. Celui de Plantu à la une de l’édition du quotidien Le Monde du 9 janvier 2019 intitulé « Macron en Chine » est particulièrement éloquent. Le chef de l’État, y est représenté à l’intérieur d’un dragon qui évolue entre des pancartes portant l’inscription « droits de l’homme », signe un long parchemin portant la mention « Contrats : France-Chine »10. L’argent n’a décidément pas d’odeur et Pékin vaut bien une messe ! Il n’est pas anodin de noter, qu’à l’issue de l’entretien qu’il a eu avec son homologue turc à l’Elysée, quelques contrats (quoi que moins juteux) ont été conclus entre hommes d’affaires de deux pays (Airbus en particulier)11.

Mais au-delà, c’est toute la question du périmètre de la diplomatie qui est posée. Doit-elle se limiter à un dialogue avec ses seuls amis et alliés ou s’étendre à ceux que l’on n’apprécie peu pour diverses raisons ? Reconnaissons à Jupiter son volontarisme et son attachement au dialogue critique, y compris avec des régimes peu recommandables. C’est ce que l’on qualifie de diplomatie des intérêts ou de Realpolitik par opposition à une diplomatie des valeurs ou à une Idealpolitik. Pour ce qui est du traitement de la question des droits de l’homme, désormais les cas de dissidents et d’opposants sont plutôt évoqués dans la discrétion. Dans l’entourage du président de la République, on met en avant le fait qu’il est préférable de ne pas faire perdre la face aux gouvernants chinois (ou turcs), qu’en ne les froissant pas on optimise les chances de résultats12. Comme si cette discrétion ne réduisait pas du même coup la pression.

Cette pratique ressemble étrangement à celle pratiquée par les Occidentaux en pleine guerre froide lorsqu’il s’agissait d’évoquer avec l’URSS le cas des dissidents emblématiques. Nous en revenons une fois de plus à la question de l’équilibre entre valeurs et intérêts nationaux bien compris13. Comment parler clairement à Xi Jiping ?14 Emmanuel Macron était-il en mesure d’adopter le parler vrai avec son homologue chinois compte tenu de la faiblesse économique française et de la faiblesse de l’Union européenne sur la scène internationale ?15 Il pratique la diplomatie de la séduction à merveille16 et surtout en couple, le poids des mots, le choc des photos de Paris Match17. Il pratique la diplomatie du silence18.

Une fois encore, Citons in extenso ce que le président de la République déclarait le 29 août 2017 à l’Élysée lors de la semaine des ambassadeurs sur le sujet :

« C’est pourquoi le dialogue avec tous, que je considère comme essentiel à notre diplomatie, ne saurait se priver de rappeler ces éléments fondamentaux. Nos échanges diplomatiques et économiques avec la Russie, la Turquie et la Chine ne sauraient justifier qu’on recouvre d’un voile pudique la question des droits de l’homme car alors, c’est nous-mêmes que nous trahissons. Il faut savoir respecter nos interlocuteurs, leurs propres histoires, leur propre évolution, sans faire l’économie d’un tel dialogue ».

Guillaume Berlat
15 janvier 2018

1 Marie Jégo, Guerre des mots entre le président turc Erdogan et son ancien allié Abdullah Gül, Le Monde, 9 janvier 2018, p. 5.
2 Agnès Lanchon, Macron en Chine, Le Blog de Agnès Lanchon, www.mediapart.fr , 8 janvier 2017.
3 Harold Thibault, Les Chinois abandonnés à leur sort, Le Monde, 9 janvier 2018, p. 19.
4 Brice Pedroletti, Comment Xi Jiping a réinventé la dictature, Le Monde, 28 décembre 2017, p. 21.
5 Guillaume Perrier, Dans la tête de Recep Tayyip Erdogan, Actes Sud, 2018.
6 Discours du président de la République, Emmanuel Macron à l’ouverture de la conférence des ambassadeurs, Paris, 29 août 2017, www.elysee.fr
7 Simon Johnson/Jonathan Ruane, La Chine bientôt championne mondiale de l’innovation ?, Le Monde, Économie & Entreprise, 11 janvier 2018, p. 7.
8 Olivier Michel, Ceux qui résistent encore à Erdogan, Le Figaro Magazine, 29 décembre 2017, pp. 44-52.
9 S. Ch., La Turquie, repaire de « terroristes », Le Canard enchaîné, 27 décembre 2017, p. 1.
10 Le regard de Plantu, Macron en Chine, Le Monde, 9 janvier 2018, p. 1.
11 Alain Léauthier, Les gages de Macron à Erdogan, Marianne, 12-18 janvier 2018, p. 47.
12 Erik Emptaz, À Pékin, il refuse de parler des droits de l’homme en public. Macron s’égare dans la Cécité interdite, Le Canard enchaîné, 10 janvier 2018, p. 1.
13 Jean de Gliniasty, La diplomatie au péril des « valeurs ». Pourquoi nous avons eu tout faux avec Trump, Poutine et d’autres…, Collection Valise diplomatique, L’inventaire, 2017.
14 Jean-Philippe Béja, Emmanuel Macron doit parler clairement à Xi Jinping, Le Monde, 7-8 janvier 2018, p. 23.
15 Transcription du discours du président de la République, Emmanuel Macron au palais de Daminggong, www.elysee.fr, 9 janvier 2018.
16 Cyrille Pluyette, En Chine, l’opération séduction de Macron, Le Figaro, 9 janvier 2018, pp. 1-2-3.
17 Dominique Jacovidès, Macron pousse la porte de la Cité interdite, Paris Match, 11-17 janvier 2018, pp. 68 à 73.
18 Jack Dion, En Chine, Macron consacre la diplomatie du silence, Marianne, 12-18 janvier 2017, p. 9.

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JUPI-TAIRE PART À LA CHASSE AUX BOBARDS – Guillaume Berlat. « L’enfer est pavé de bonnes intentions » a-t-on coutume de dire. Et, notre plus jeune président de la Cinquième République n’en manque pas – de bonnes intentions – depuis qu’il a pris la barre du paquebot France en mai 2017 et qu’il s’est fixé comme objectif de transformer profondément notre pays. Tout y passe. Lors de la traditionnelle cérémonie des vœux à la presse du 3 janvier 2018, il fait une annonce reprise en boucle par les principaux médias tant elle parait novatrice et révolutionnaire. Emmanuel Macron entend lutter contre les désormais célèbres « fake news », les fausses nouvelles1. Alors qu’il estime avoir été victime de campagnes de désinformation sur Internet lorsqu’il était candidat à l’Elysée (il vise principalement le média russe « Russia Today » (RT)2, le Président de la République entend maintenant sévir. Devant les journalistes venus écouter ses vœux à la presse, il annonce le 3 janvier 2018 qu’un « texte de loi » allait être déposé « prochainement » pour lutter contre les fausses nouvelles, les bobards sur internet et cela en « période électorale »3. Après avoir examiné les objectifs et le contenu de la future loi, tentons d’en mesurer les limites et les dérives potentielles de cette impossible interdiction des « « fake news »4.

OBJECTIFS ET CONTENU DE LA LOI SUR LES « FAKE NEWS »5

Ce que Jupiter veut, le peuple veut surtout sur fond de réminiscence d’une prétendue propagande anti-Macron de la Russie, ce qui ne l’a pas empêché de l’emporter l’élection présidentielle en mai 2017.

La volonté jupitérienne. Le chef de l’État entend lutter contre les « bobards » (« fake news » dans son acception anglo-saxonne, ce terme ayant été désigné comme le mot de l’année 2017 par le dictionnaire britannique Collins) en prévoyant des sanctions particulièrement sévères contre les auteurs comme le blocage de sites Internet. Il entend faire évoluer le dispositif juridique actuel dont le texte de base est la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Emmanuel Macron explicite son propos en ces termes : « en cas de propagation d’une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une action en référé permettant, le cas échéant, de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné, voire de bloquer l’accès au site Internet ». Par ailleurs, il estime indispensable de renforcer les pouvoirs du CSA « pour lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des États étrangers ». Quel beau sujet en effet ! Quoi de plus légitime que de s’attaquer à cette menace pour la démocratie qu’est la diffusion par la toile de toutes sortes d’informations des plus objectives aux plus mensongères. Jupiter se lance ainsi dans une plus vaste croisade en stigmatisant les « tentations illibérales » (Fareed Zakaria) en France, dans l’Union européenne et surtout en Russie.

La haine de RT. On se souvient de la sortie d’Emmanuel Macron lors de la conférence de presse conjointe avec Vladimir Poutine (mai 2017) au cours de laquelle il avait pris à partie « Russie Today » et « Sputnik » qualifiés « d’agents d’influence ». Du reste, les représentants des deux médias précités n’ont pas été confiés à la cérémonie des vœux pour faire bonne mesure. Drôle de conception du pluralisme qui conduit le rédacteur en chef de RT, Jérôme Bonnet à dénoncer un « acharnement qui commence un peu à se voir un petit peu ». À ce jour, seule l’Allemagne a légiféré en 2017 pour lutter contre les fausses nouvelles et les discours de haine mais le sujet fait aujourd’hui débat sur l’ensemble de l’échiquier politique au Bundestag6. L’Italie y songe. En un mot, Emmanuel Macron se veut le chevalier blanc de l’information aseptisée et de la lutte contre les bobards destinés à salir des responsables politiques, des personnalités, des journalistes. L’objectif jupitérien est aussi ambitieux dans ses déclinaisons que louable dans ses intentions.

LIMITES ET RISQUES DE LA LOI SUR LES « FAKE NEWS »7

Le moins que l’on puisse dire de cette loi est qu’elle ne manque pas, de limites et de risques tant le concept est relatif.

La relativité du concept. Comment définir objectif une « fausse nouvelle » sans que cela ne soulève aucune contestation ? Sur quels fondements de droit positif, les juges saisis d’une plainte pourront décréter qu’une information correspond à la « Vérité des faits » chère à Hannah Arendt ou qu’elle bien relève du pur bobard, de l’information bidon ? Ils éprouvent déjà quelques difficultés à faire la part du vrai du faux dans le cadre de leur mission (Cf. leurs multiples erreurs judiciaires anciennes et récentes). Pourquoi limiter la chasse aux « fake news » aux seules périodes électorales et ne pas l’étendre dans le temps sans la moindre restriction ? Si tel n’était pas le cas, un esprit torve pourrait penser que le bobard est un fruit saisonnier que l’on ne cueille seulement qu’à des périodes spécifiques (électorales). On connait la relativité de la notion de « fausse nouvelle » en fonction du temps et du lieu. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » nous rappelle Pascal. Cette pensée de Pascal si connue qu’elle en est devenue un proverbe, signifie simplement que ce qui vaut pour un peuple, ne vaut pas nécessairement pour un autre. La relativité s’impose dans le constat. La géographie, la culture, les mentalités, la politique, le climat, tout se mêle pour faire qu’un symptôme, une crise, un état d’esprit, ne concernent vraiment que le pays qui les subit8. Lorsque Jupiter annonçait avec une mâle assurance en juillet 2017 qu’il n’y aurait plus un seul sans-abri sur les trottoirs de Paris à la fin de cette année et que cette promesse n’a pas été tenue, pourrait-il être poursuivi devant un juge pour délit de diffusion de « fake news » ?

La limite du concept. Pourquoi se limiter au seul internet sauf à considérer que la presse écrite, radiophonique et télévisuelle serait vaccinée contre les « fake news » hors période électorale. On relève que le président de la République semble plus discret avec les Américains alors même que ces derniers ont inventé le concept de « fake news » et le pratique avec une constance qui mérite louange. Quid des fameuses armes de destruction massive irakiennes dont Colin Powell garantissait la présence lors de son discours devant le Conseil de sécurité du 5 février 2003 ? Que dire de la qualité des informations diffusées par la télévision « fox news » ou par le site américain « Breitbart News Network » dont le président exécutif n’est autre que Steve Bannon, celui dont la parole est sacrée depuis qu’il critique Donald Trump dans l’ouvrage sorti cette semaine9. Les médias préfèrent s’en tenir à une russophobie de bon aloi10. Enfin, la question de la protection de la liberté d’expression est posée sans que Jupiter n’ait fourni la moindre assurance11. Cette loi ne sera-t-elle pas liberticide pour l’information tout court ? Le danger des fausses nouvelles existe, mais celui de la propagande aussi, et ce n’est sans doute pas aux vieux singes de dénoncer les grimaces12. Est-ce la bonne méthode pour défendre un journalisme de qualité ?13 Quelques experts des libertés publiques commencent à s’interroger, à s’inquiéter sur les dangers d’une telle législation de circonstance qui risque d’être adoptée dans la plus grande précipitation14. C’est une bonne chose mais parviendront-ils à dissuader Jupiter de son idée baroque ?15

Emmanuel Macron s’est suffisamment moqué du volontarisme incantatoire de ses prédécesseurs pour ne pas tarder à tomber dans ce travers. Il cède à cette même tentation de l’incantation irréaliste qui le rattrape aujourd’hui16 avec son projet de loi sur les « fake news ». Nous sommes au mieux dans le gadget de communication au pire face à un outil dangereux17. La véritable question est de savoir comment responsabiliser les géants de la toile ?18 Nous n’en saurons pas plus à ce stade.

Jupi-taire, le fin lettré pourrait se remémorer la morale de cette fable Jean de La Fontaine :

À dompter les transports, monstres empoisonneurs,
Comme hydres renaissant sans cesse dans les cœurs.
Ennemi des molles délices,
Il apprendra de moi les sentiers peu battus
Qui mènent aux honneurs sur les pas des vertus
Quand ce vint au dieu de Cythère,
Il dit qu’il lui montrerait tout.
L’Amour avait raison : de quoi ne vient à bout
L’esprit joint au désir de plaire ?19

Tel est bien ce qui risque d’advenir à Jupiter voulant pratiquer la chasse aux mensonges en période électorale, période particulièrement propice en bobards et en promesses jamais tenues.

1 J.-M. Th., Le guignolo de l’info, Le Canard enchaîné, 10 janvier 2018, p. 8.
2 Sylvie Kauffmann, Ma semaine devant RT France, Le Monde, L’air du monde, chronique, 11 janvier 2018, p. 24.
3 Florian Debes, Macron annonce une loi contre les « fake news », www.lesechos.fr , 3 janvier 2018.
4 Etienne Girard/Alexandra Saviana, L’impossible interdiction des « fake news », Marianne, 12-18 janvier 2018, pp. 10-11-12.
5 François Bougon/Jérôme Gautheret, Emmanuel Macron veut un projet de loi contre les « fake news », Le Monde, 5 janvier 2018, p. 7.
6 Thomas Wieder, Polémique en Allemagne sur une loi contrôlant les réseaux sociaux, Le Monde, 12 janvier 2018, p. 4.
7 Éditorial, « Fake news » : les risques d’une loi, Le Monde, 5 janvier 2018, p. 20.
8 Anne Sinclair, Vérité en delà des Pyrénées, erreur au-delà, www.huffingtonpost.fr , 5 octobre 2016.
9 Michael Wolff, Fire and Fury inside the Trump White House, 5 janvier 2018.
10 Anne Dastakian, Ce qui se cache derrière la « russophobie », Marianne, 12-18 janvier 2018, pp. 40-41-42.
11 Roseline Letteron (sous la direction de), La liberté de la presse écrite au XXIe siècle, Biblis, CNRS éditions, 2017.
12 Hubert Huertas, Loi sur les « fake news » : les vieux singes et la grimace, www.mediapart.fr. 8 janvier 2018.
13 Christophe Deloire, Défendre le journalisme de qualité, Le Monde, 11 janvier 2017, p. 22.
14 Roseline Letteron, Les fausses nouvelles en matière électorale, www.libertescheries.blogspot.fr , 9 janvier 2018.
15 Amaelle Guiton/Jérôme Lefilliâtre, « Fake news ». La fausse piste de Macron, Libération, 5 janvier 2018, p. 12.
16 Guillaume Tabard, Le volontarisme corrigé du président, Le Figaro, 2 janvier 2018, p. 9.
17 Christophe Bigot, Un gadget de communication ou un outil dangereux, Le Monde, 11 janvier 2018, p. 22.
18 Alberto Allemano, L’initiative doit venir des géants du Web, Le Monde, 11 janvier 2018, p. 23.
19 Jean de La Fontaine, Les Dieux voulant instruire un fils de Jupiter, Le Livre club du Libraire, 1957, p. 246.

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TUNISIE : MANIFESTATIONS AU BOUT DE LA NUIT – Hedy Belhassine.

À quelques jours de la visite officielle du Président Macron en Tunisie, les radars des médias balayent le champ hivernal du printemps arabe qui commémore sept ans de révolution. Le pays va mal. Ce n’est pas une révélation. Depuis la chute de la dictature, les riches ne se sont jamais autant enrichis, les pauvres cherchent toujours à fuir la misère au risque même de servir de nourriture aux poissons. La situation n’est pas nouvelle, elle s’est progressivement dégradée avant d’empirer gravement.

Lorsqu’en novembre 2016, apprenant que conseillé par Dominique Strauss-Khan, le Premier ministre Youssef Chahed, avait engrangé les promesses de crédits faramineux pour près de 14 milliards de dollars, l’auteur de ces lignes était dubitatif. « Car le pays est gangréné par les mafieux, maîtres des prébendes et de la contrebande. Les seconds couteaux de Ben Ali sont devenus les premières gâchettes du pays. Ils régentent les trafics illicites avec l’Algérie et la Libye, ils pillent et démolissent la fonction publique, ils sont intouchables. Les affairistes de l’ancien régime et les nouveaux commerçants islamistes font désormais bon ménage, rien ne leur résiste. L’iniquité et le marchandage se répandent dans toutes les couches de la société. L’argent douteux domine les idées et les convictions ».

Manifester est un droit constitutionnel (art 37) chèrement acquis auquel tous les Tunisiens sont attachés. Depuis sept ans, les rassemblements de protestation sont permanents. Il n’est pas de journée sans cortèges qui défilent derrière des banderoles et des mégaphones sur l’avenue Bourguiba, la principale artère de la capitale. Les marcheurs sont dix, cent, parfois bien davantage. Les causes qu’ils défendent sont diverses et variées, futiles ou graves ; qu’importe, elles sont exprimées dans un espace public de liberté unique dans tout le monde arabe. Les mots d’ordre sont relayés par les réseaux sociaux qui propagent l’indignation et alertent l’opinion sur une injustice de trop. La police accompagne habituellement et débonnairement le cortège sous l’oeil plus ou moins indifférent mais vigilant des badauds et des passants. Exutoires des colères et des indignations ces rassemblements pacifiques participent au fonctionnement de la jeune démocratie.

Les vagues de protestations qui se sont propagées dans une dizaine de villes cette semaine sont d’une toute autre nature. Elles n’ont pas eu lieu de jour comme d’habitude, mais de nuit quand « tous les chats sont gris ». Alors entre les casseurs, les protestataires et les flics, nul n’a pu reconnaitre les siens. Ces troubles sociaux violents dont les marionnettistes sont inconnues, ont permis d’encager de nombreux jeunes activistes parmi les quelque huit cents interpellés accusés de violences ou de pillages. La gauche seule force d’opposition à la coalition des conservateurs et des islamistes est la première à faire les frais de ces désordres qui interviennent trois semaines après l’appel lancé par 250 démocrates tunisiens :

« Les gouvernements qui se sont succédé depuis 2011 se sont tous dérobés devant la nécessité d’engager un combat frontal contre la corruption et les privilèges…. L’offensive réactionnaire est minée de l’intérieur, parce qu’elle est dirigée par deux hommes et deux partis. Cibler uniquement Caïd Essebsi servirait directement les islamistes ; cibler uniquement Ghannouchi servirait directement Nidaa Tounès – et le RCD (ancien parti du dictateur Ben Ali) qui se cache derrière lui.

Il faut lutter dans le cadre unitaire le plus vaste. Toutes les forces – politiques, syndicales, associatives, intellectuelles, artistiques, les mouvements de femmes et la jeunesse –, toutes les forces de la société civile doivent y participer et prendre leur part dans le combat. Les clivages du passé doivent être surmontés… »

Alors, d’aucuns se demandent si la répression à grand spectacle « des casseurs » de la nuit ne permet pas d’occulter l’ampleur des manifestations qui se déroulent au grand jour.

Le 1er février prochain, Emmanuel Macron se souviendra qu’à son dernier voyage à Tunis il y a quatorze mois alors qu’il n’était que futur candidat, nul ne l’attendait et personne ne l’avait reçu à part un jeune membre du gouvernement – sans doute inspiré par l’intelligence et la bonne éducation – qui a depuis été écarté. Il est vrai qu’à l’époque, le Président Caïd Essebsi 91 ans, ne pouvait imaginer que la France se choisirait un jeunot.

Et si finalement, tous les maux du pouvoir tunisien venaient de sa méfiance des jeunes ?

https://hybel.blogspot.fr/2017/02/en-tunisie-tout-est-possible-meme-la.html

https://hybel.blogspot.fr/2013/05/tunisie-bouguibamania-et-senilocratie.html

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Toujours le mot manquant. Mercredi 3, France Culture a invité une fois de plus Jean-Pierre Filiu qui sort un nouveau livre sur les contre-révolutions arabes. Verbatim : la Syrie rebelle qu’il (B. Al Assad) affame et qu’il pilonne… toutes ces dictatures qualifient de terroriste le moindre opposant, y compris civil et pacifique. Or en fait le président syrien fut précis : Les rebelles armés sont des terroristes, s’ils déposent les armes, ce sont des opposants et on discutera avec eux. Filiu demande de la morale en politique et omet toujours les armes des opposants, les armes, renseignements et soutiens fournis par la France et d’autres états, les bases militaires d’une Coalition improbable établies en Syrie du nord-est, sans aucun respect pour la légalité internationale.

Bernard Cornut

 

RUSSIA-TODAY  : SYLVIE KAUFFMANN NOUS ENNUIE…

L’une des directrices éditoriales du Monde – fonction qu’elle partage avec Gérard Courtois et Alain Frachon – vient de s’illustrer par une chronique très particulière : « Ma semaine devant RT France »1. Dès les premières lignes, on sent un parti pris militant contre la chaine de télévision Russia-Today (RT), une chaine russe : quelle horreur ! et, un petit coup de lèche appuyé à la présidence de la République : cela ne peut pas nuire à la carrière !

Sentencieuse, la dame écrit : « La France étant un pays ouvert et démocratique, cela n’a pas empêché RT d’installer son siège français à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), d’embaucher quelque 150 personnes, dont de nombreux journalistes français et de conclure un accord avec l’opérateur Free (son fondateur, Xavier Niel, est actionnaire du Monde à titre personnel) pour émettre à destination des téléspectateurs français ». S’il est essentiel de rappeler – en ces temps de Fake News – que Boulogne-Billancourt se situe bien dans les Hauts-de-Seine…, il est plus intéressant de rappeler que l’un des actionnaires du Monde a, effectivement participé à l’installation de la chaine russe en France et que celle-ci y a créé quelques emplois.

Ne pouvant pas trop noircir le tableau, la chroniqueuse est obligée d’admettre un autre fait indiscutable : « RT n’est pas (pour l’instant) une chaine à la gloire du régime russe ». Le « pour l’instant » laisse, bien-sûr, augurer d’une suite qui ne saurait que dégénérer : chasser le naturel léniniste, il revient toujours au galop… Puis, devant toutefois rappeler que « la France est 39ème dans le classement sur la liberté de la presse établi par Reporters sans Frontière », la « chroniqueuse », qui affirmait quelques paragraphes plus hauts que « l’essentiel de ses programmes d’actualité (de RT) porte sur la France », conclut son papier par une autre grande découverte : « le choix des sujets internationaux est sans surprise ». La chaine privilégie-t-elle l’actualité française ou internationale ? Faudrait savoir !

Au bout de deux colonnes aussi creuses qu’insipides, tombe enfin le verdict : « j’avoue : depuis le Nouvel An, j’ai regardé RT France chaque jour, et je me suis beaucoup ennuyée. Décidément, le hard power réussit mieux à Poutine que le soft ». Elle pensait sans doute voir des défilés de l’Armée rouge tous les jours…Mais qui juge qui ? Depuis des années, Sylvie Kauffmann écrit dans Le Monde des papiers qui nous ennuient profondément : des papiers sans informations, qui assènent toujours des commentaires allant dans le sens du vent et de sa carrière, du politiquement correct sans surprise, toujours destinés à nous faire la morale, nous disant ce qu’il faut penser ! Autrement dit, voilà quelqu’un qui impose ses Fake Analyses en toute impunité, et depuis très longtemps sans que personne n’ose vraiment lui tirer les oreilles.

Non contente de nous répéter régulièrement que Vladimir Poutine est une réincarnation de Léonid Brejnev, elle nous a même dressé des lauriers à la gloire de Tariq Ramadan2. Faut le faire ! Elle écrivait : « Tariq Ramadan est, en France, notre pestiféré préféré, mais pour les Britanniques, y compris ceux de l’establishment, il est d’abord professeur d’études islamiques contemporaines à Saint-Antony, l’un des meilleurs collèges de l’université d’Oxford ». Evidemment, les Britanniques sont tellement, tellement plus intelligents… que nous autres, petits Français demeurés !

En d’autres temps, Paul Nizan avait baptisé ce genre de plumitifs – « chiens de garde ». Depuis, le courageux Serge Halimi démasque à son tour « Les Nouveaux chiens de garde » avec son équipe du Monde Diplomatique, s’efforçant de promouvoir la pratique du Devoir d’irrespect de feu Claude Julien. Autant d’horreurs pour Sylvie Kauffmann qui a délibérément opté pour un journalisme couché, à l’abri des puissants et des faiseurs de rois. Mais d’où vient cette curieuse dame donneuse de leçons ?

Embauchée par Le Monde en 1988, elle a été correspondante en Europe de l’Est, puis aux Etats-Unis, à Washington et à New York où son à-plat-ventrisme a beaucoup plu. Entre-temps, elle a accompagné son mari – Pierre Buhler – nommé ambassadeur de France en Pologne où ce dernier a régulièrement défrayé la chronique par ses saillies russophobes. Les gens curieux osent tout, disait Michel Audiard, c’est même à ça qu’on les reconnaît ! En effet, ce curieux diplomate a même caressé l’espoir de représenter notre pays à… Moscou ! Désormais, il dirige l’Institut français. On n’est pas vraiment rassuré ! Mais le plus significatif du parcours professionnel de notre « chroniqueuse » est ailleurs : en 1998, elle participe au programme Young Leaders, organisé par la French-American Foundation.

Cette officine – La French-American Foundation/France – est une organisation qui se consacre à « renforcer les liens entre la France et les Etats-Unis ». Fondée en 1976, elle se donne pour objectif d’encourager un dialogue actif entre les deux pays. L’une de ses activités principales est l’organisation de séminaires pour des jeunes dirigeants (Young Leaders) français et américains issus de la politique, de la finance, de la presse « à fort potentiel de leadership et appelés à jouer un rôle important dans leur pays et dans les relations franco-américaines ». Ces séminaires (séjours payés) sont l’un des instruments du Soft Power américain… Et ce descriptif n’est pas tiré du Monde Diplomatique, mais de la très gauchiste encyclopédie Wikipédia !

Voilà donc, une championne du Soft Power américain qui vient nous mettre en garde contre le Soft Power russe… Quoi de plus normal ! La Guerre froide bat toujours son plein ! Toujours est-il que les papiers de Sylvie Kauffmann restent très, très ennuyeux et qu’ils ne contribuent pas à rehausser la réputation du Monde. Dans ce contexte, le président de la République s’alarme – à juste titre – de la prolifération des Fake News, mais sans qu’on ne comprenne bien encore qui va séparer le bon grain de l’ivraie. Quant aux Fake Analyses, comme par exemple l’éloge de Tariq Ramadan, on ne voit pas non plus qui et quelle instance ou quel algorithme pourra nous en prémunir !

Etienne Pellot

1 Le Monde du jeudi 11 janvier 2018.
2 Sylvie Kauffmann : « Tariq Ramadan, l’exception française ». Le Monde du 13 mai 2013.

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