Observatoire Géostratégique

numéro 252 / 14 octobre 2019

QUADRA-KURDES…

La machine médiatique à décerveler s’est à nouveau emballée avec la dernière offensive turque menée dans le nord de la Syrie. Une fois encore, émotions et morale (politiquement correcte) supplantent l’information factuelle et l’analyse politique, ramenant une situation complexe à l’étroit dualisme bons/méchants, bien/mal, Kurdes/Turcs… Les belles âmes droits-de-l’hommistes usent et abusent de l’anachronisme historique n’hésitant pas à qualifier la non-réaction occidentale face à l’offensive turque de « Munich d’aujourd’hui ». Bernard-Henri Lévy et ses complices multiplient les impostures intellectuelles et la « menteuse des plateaux » – Caroline Fourest – nous assène un clip à la gloire des « combattantes » kurdes, financé par des bailleurs de fonds israéliens. Pas simple donc, de chercher à comprendre cette nouvelle péripétie de la « guerre civilo-globale » de Syrie.

Bien des journalistes, qui situent tout juste la Syrie sur une carte, nous rabattent les oreilles avec l’autonomie du « Rojava ». Le Rojava ? C’est l’appellation d’un territoire « fabriqué », dont les bases démographiques et historiques sont largement fantasmées. Le 17 mars 2016, des factions kurdes proclament le « Rojava », entité « fédérale démocratique » comprenant les trois cantons « kurdes » – d’Afrine, de Kobané et de Djézireh. Mais avant de considérer le « Rojava » comme une entité naturelle, géographique sinon éternelle qui aurait toujours existé, il faut s’arrêter un instant sur la généalogie historique de cette appellation pour mieux voir ce qu’elle recouvre.

QU’EST-CE QUE LE « ROJAVA » ?

Le terme est employé par certains mouvements nationalistes kurdes pour désigner une zone géographique, historiquement peuplée par les Kurdes, et incluse dans l’État syrien par les autorités françaises après la Première Guerre mondiale et le démantèlement de l’empire ottoman. En effet, par l’accord franco-turc du 20 octobre 1921, la France avait annexé à la Syrie et placé sous son mandat les provinces kurdes de la Djézireh et de Kurd-Dagh. Les populations kurdes occupaient le long de la frontière turque trois zones étroites séparées (sans continuité territoriale) : les régions d’Afrine, de Kobané et de Qamichli, raison pour laquelle certains auteurs ne parlent pas d’un « Kurdistan syrien » mais plutôt de « régions kurdes de Syrie ». Les trois enclaves kurdes prolongent néanmoins les territoires kurdes de Turquie et d’Irak.

Dans sa constitution auto-proclamée de décembre 2016, le nom officiel du « Rojava » s’accompagne de l’expression suivante : « Système fédéral démocratique de Syrie du Nord ». Cette proclamation a été faite à Rmeilane par le Parti de l’union démocratique (PYD). Depuis 2012, le Kurdistan syrien est contrôlé par différentes milices kurdes. En novembre 2013, des représentants kurdes ont déclaré un gouvernement de facto dans cette région qui abrite quelque deux millions d’habitants.

En 2012, les autorités syriennes sont obligées d’envoyer des troupes prioritairement vers Alep et autour de Damas. Ces urgences stratégiques ne permettent pas de sécuriser l’ensemble du territoire syrien, l’insurrection se développant dans les villes d’Afrine, Kobané et Hassaké. Depuis le 12 novembre 2013, le Kurdistan syrien dispose ainsi de sa propre « administration autonome » auto-proclamée. L’annonce a été faite par le PYD, la filiale syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) installé en Turquie. Cette entité prétend gérer les questions « politiques, militaires, économiques et de sécurité dans la région kurde de Turquie et en Syrie ».

Faite unilatéralement par le PYD, cette proclamation n’a pas recueilli l’accord du Conseil national kurde qui lui reproche « d’aller dans la mauvaise direction ». Pour sa part, le PYD répond à l’opposition syrienne non islamiste de n’avoir rien fait pour défendre les localités kurdes attaquées depuis le printemps par des groupes jihadistes comme l’organisation « État islamique », le Front Jabbath al-Nosra et des formations salafistes comme Ahrar al-Cham. Finalement, le PYD a proclamé une « constitution du Rojava », le 29 janvier 2014.

Richard Labévière

lire la suite…

UN NOUVEAU MACHIN : L’« ALLIANCE POUR LE MULTILATÉRALISME »

« Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots » (Jean Jaurès). Exercice ô combien maitrisé par nos politiciens à la petite semaine à qui fait défaut, bon sens, clairvoyance, courage ! Faute de réfléchir aux symptômes du changement de grammaire des relations internationales, ils se focalisent sur le maniement du vocabulaire de la diplomatie. Le multilatéralisme est moribond. Que font-ils après avoir sauté sur leur chaise comme un cabri en répétant multilatéralisme, multilatéralisme, multilatéralisme… ? Ils inventent un nouveau concept, un nouveau paradigme, celui d’« Alliance pour le multilatéralisme ». Au départ, il revient au ministre fédéral des Affaires étrangères, Heiko Mas de porter sur les fonts baptismaux l’enfant terrible du nouveau monde diplomatique. Il enrôle son collègue français Daladier-Le Chouchen, celui qui a créé son centre des recherches, le Breizh Lab pour apporter sa pierre à l’édifice de la construction européenne.

Et, voilà notre duo de choc qui publie hier (février 2019) une tribune conjointe sur le sujet avant de le présenter en marge de la 74ème session de l’Assemblée générale de l’ONU (septembre 2019) comme remède au mal qui frappe le multilatéralisme universel. Le moins que l’on puisse dire est que ce ne fut pas un immense succès médiatique. Après la présentation officielle de la proposition franco-allemande, nous aborderons une approche critique pour mieux en appréhender sa réalité. Nous le conclurons par quelques considérations générales pour élargir la focale de notre appareil photographique afin de disposer d’une vision globale de l’initiative portée par les deux chefs de la diplomatie (allemande et française).

LA PRÉSENTATION OFFICIELLE DE LA PROPOSITION FRANCO-ALLEMANDE : LE NEC PLUS ULTRA DE LA DIPLOMATIE DE DALADIER-LE CHOUCHEN

Que trouve-t-on sur le site officiel du Quai d’Orsay à propos de cette proposition « d’Alliance pour le Multilatéralisme » ? Nous y découvrons les grands axes de la proposition franco-allemande, ses objectifs ainsi qu’une brève présentation de l’évènement organisé par les deux pays en marge de la 74ème session de l’Assemblée générale de l’ONU, présentée par nos médias moutonniers, notre clergé médiatique tel le Saint-Chrême, comme un immense succès.

Début de citation

Les grands axes de la proposition franco-allemande

« Montrer l’importance du multilatéralisme

Alors que l’ordre multilatéral fondé sur le respect du droit international est fragilisé, nous considérons que les dirigeants doivent exprimer leur soutien et s’unir pour montrer l’importance du multilatéralisme. L’« Alliance pour le multilatéralisme », lancée le 2 avril 2019 par les ministres des Affaires étrangères français et allemand, est une alliance informelle de pays convaincus qu’un ordre multilatéral fondé sur le respect du droit international est la seule garantie fiable pour la stabilité internationale et la paix et que les défis auxquels nous faisons face ne peuvent être résolus que grâce à la coopération. Elle vise à rassembler des partenaires de bonne volonté capables de s’exprimer et d’agir.

L’initiative est organisée autour de trois ambitions : compenser l’engagement insuffisant des États et défendre les normes fondamentales ; réformer et moderniser les institutions internationales contre le statu quo ; impulser des initiatives fortes, notamment là où la gouvernance est absente ou insuffisante.

Les objectifs de l’Alliance

L’Alliance, créée il y a six mois, attire un nombre croissant de participants, en rassemblant des partenaires du monde entier qui partagent un intérêt commun pour l’ordre multilatéral respectant le droit international. Cette Alliance est orientée vers l’action et vise à maximiser les soutiens aux initiatives thématiques concrètes :

Appel à l’action pour renforcer le respect du droit international humanitaire.

Appel de Paris pour la sécurité et la confiance dans le cyberespace.

Partenariat information et démocratie.

Initiative priorité à l’égalité.

Initiative climat et sécurité.

11 principes sur les systèmes d’armes létaux autonomes (SALA – LAWS) ».

Événement à l’occasion de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies à New York

La France et l’Allemagne, à l’occasion de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale, ont organisé le 26 septembre 2019 un événement « Alliance pour le multilatéralisme », aux côtés notamment du Canada, du Mexique, du Chili, de Singapour et du Ghana. Cet événement a été l’occasion de montrer que l’Alliance attire de plus en plus d’États (48 réponses, soit quatre fois plus que lors de la réunion du 2 avril 2019 à New York en marge de la présidence allemande du Conseil de sécurité des Nations Unies) et produit des résultats concrets dans des domaines variés qui seront mis en lumière. Il a permis également d’établir un programme de travail pour les mois à venir1.

Fin de citation

Le ton est donné, les mots choisis à dessein. Mis, au-delà de la mousse diplomatico-médiatique, de la pravda du Quai d’Orsay qui frise souvent le bobard, la « fake news », que peut-on/doit-on penser de cette initiative avec un minimum d’objectivité ? En grossissant le trait, l’on peut dire qu’elle ajoute la confusion à l’ineptie si l’on veut bien y regarder de plus près. Ne parlons pas du franglais utilisé par le service de communication du Quai d’Orsay – lieu où l’on se piquait autrefois de bien parler et de bien écrire – comme avec le terme « impulser » qui aurait pu être utilement remplacé par l’expression « donner une impulsion » ou le verbe « contribuer ».

UNE APPROCHE CRITIQUE DE LA PROPOSITION FRANCO-ALLEMANDE : UN AUTHENTIQUE PÉTARD DIPLOMATIQUE

Du côté de l’Hexagone, nous n’avons pas trouvé la moindre étude scientifique analysant cette démarche tant dans l’absolu que dans le relatif. Curieux, n’est-ce pas ? Mais, comme toujours, il se trouve un chercheur américain sérieux pour étudier de près le poulet franco-allemand et nous livrer le résultat de ses cogitations qui ne manquent pas de pertinence2. Examinons les grands axes de sa démonstration !

Une coalition de volontaires

En introduction, l’auteur, Jakub Grygiel (professeur associé à l’université catholique d’Amérique et chercheur associé à l’institut d’écologie humaine), rappelle la genèse de ce projet – au départ allemand auquel est venu s’agréger le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères : faire face aux nombreux défis auxquels l’ordre international est confronté et auquel il ne semble pas en mesure de répondre (du climat à la cybersécurité). L’Alliance n’est dirigée contre aucun État et tout un chacun peut la rejoindre à la condition d’en partager les règles internationales de conduite. Son objectif est »to form intelligent networks of committed states in order to achieve maximum effectiveness through variable geometry and fluid membership”. Du pur charabia technocratique qui ne présage rien de bon pour la suite !

Un adversaire non désigné

L’auteur croit deviner que la cible choisie serait – bien que non désignée explicitement – les États-Unis en raison de leur politique de puissance.

Guillaume Berlat
14 octobre 2019
1 https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/la-france-et-les-nations-unies/l-alliance-pour-le-multilateralisme/
2 Jakub Grygiel, Tautologies. A new Alliance to nowhere. France and Germany’s »Alliance for Multilatéralism” is pure posturing, https://www.the-american-interest.com/2019/10/04/a-new-alliance-to-nowhere/ , 4 octobre 2019.

lire la suite…

 
 

ALAIN CHOUET NOUS DIT : « UN COUP JE TE VOIS, UN COUP JE TE VOIS PLUS ». J’apprends aujourd’hui de la bouche du Président des États-Unis ce que je savais intuitivement depuis longtemps mais que je n’avais jamais vérifié ni documenté : les Kurdes de Syrie n’ont pas aidé l’armée américaine lors du débarquement du 6 juin 1944 en Normandie. Eh bien, j’ai vérifié auprès des sources les plus sérieuses : c’est vrai !

Le Président Trump est pour moi une source de ravissement quotidien. Il me ramène à ma plus tendre enfance quand mon père cachait son visage derrière ses mains, se montrait puis se recachait et ainsi de suite – un coup je le vois, un coup je le vois plus – jusqu’à ce que j’éclate de rire.

Ainsi le Président américain n’hésite pas à nous confier que, bien qu’il ne boive jamais de vin, il préfère le vin américain au vin français. Il annonce une frappe militaire contre l’Iran puis y renonce le lendemain. Il brandit la foudre nucléaire contre la Corée du Nord avant d’aller huit jours plus tard embrasser le dictateur local. Il annonce des sanctions financières contre la Chine avant de les annuler puis de les réinstaurer. Il proclame son intention de retirer ses troupes de Syrie puis annonce qu’elles y demeurent sans cependant y rester. Etc.

Je n’en déduis pas pour autant comme notre intelligentsia germanopratine que Donald Trump est une brute inculte et pusillanime dont on ne peut que rire des incohérences et des foucades. De toute façon, sa popularité de 48% auprès de ses concitoyens et électeurs après trois ans de mandat devrait inciter pas mal de dirigeants européens à réfléchir. De fait Donald Trump est d’abord et avant tout un homme d’affaires. Avec tous les travers du genre : brutalité, impolitesse, grossièreté, rapacité, mépris des faibles, rouerie, dissimulation, mensonge….

Mais il a aussi la lucidité du maquignon. Il est bien placé pour savoir que l’armée américaine et les services d’action extérieure US ne sont pas à la hauteur de leur écrasante supériorité technologique. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et la demie victoire de la guerre de Corée, les forces armées américaines, après d’apparents succès initiaux rapides, ont perdu tous les conflits dans lesquels elles avaient été engagées non sans devoir abandonner piteusement le terrain ni sans laisser derrière elles des champs de ruines humaines et matérielles : Baie des Cochons à Cuba, Viêt Nam, Cambodge, Liban, Somalie, Afghanistan, Irak et aujourd’hui Syrie. On ne relève en 70 ans qu’un seul coup d’éclat : l’invasion réussie en 1983 de la Grenade, îlot de 344 km2 au sud des petites Antilles, ex-colonie britannique, peuplée d’une centaine de milliers d’habitants déshérités, devenus « communistes » en 1980 et donc justiciables de l’intervention de 7000 US Marines qui sont venus sans trop de peine à bout des 800 gueux de l’armée locale équipés de pétoires antédiluviennes.

Il sait aussi que l’activisme de ses services d’action extérieure s’analyse depuis plus de 60 ans en innombrables déstabilisations mortifères et instauration de régimes dictatoriaux et tortionnaires en Amérique latine (Chili, Argentine, Brésil, Nicaragua, etc.), au Moyen Orient depuis la chute – organisée de son propre aveu, par la CIA – de Mossadegh en Iran, en Asie du Sud-Est (Viêt Nam, Cambodge, Indonésie, Birmanie), en Afrique (Éthiopie, Érythrée, Soudan) et jusqu’aux frontières de l’Europe, en Turquie avec des coups d’État militaires « anticommunistes » qui ont fini par amener les islamistes au pouvoir et en Grèce avec le triste régime des colonels. À côté de ce bilan, les hordes d’Attila apparaissent comme un monôme d’étudiants en goguette et les dévastations induites répondent d’elles-mêmes à la question que posait Gorges W. Bush au lendemain du 11 septembre : « Mais pourquoi nous haïssent-ils tant ? ».

Au-delà de ses foucades, Trump raisonne en comptable. Et le compte n’y est pas. C’est bien pourquoi il manifeste quotidiennement son mépris et sa méfiance à l’égard des militaires et des services de renseignement. Il se fâche peut être au-dessus de ses moyens mais il est vrai qu’avoir dépensé pendant tant d’années tant de milliards de dollars pour se faire haïr de la terre entière et porter la responsabilité des pires tragédies n’est pas très productif et ses électeurs de l’Amérique profonde dont la perception du monde ne dépasse pas les limites de leur comté ne manquent pas de le lui rappeler régulièrement. Il agit donc en conséquence et, finalement, s’en tire pas trop mal.

Le mépris affiché de nos élites européennes pour le rustaud de la Maison Blanche cache mal leur soumission cauteleuse à ses oukases. Qu’il décrète des sanctions économiques contre l’Iran et nos chefs d’entreprises s’empressent – le cœur fendu mais avec célérité – de les appliquer. Qu’il impose des « amendes » faramineuses à nos banques et entreprises qui ont osé contrevenir quelque part dans le monde à des lois américaines et nous payons sans sourciller. Qu’il affirme que l’Iran ne respecte pas les clauses de l’accord signé sur le nucléaire et nos médias s’indignent d’une telle violation en omettant de mentionner qu’après tout, si entorse il y a, l’Iran la fait à un traité que les Américains avaient signé et que Trump a spectaculairement déchiré il y deux ans sans que personne ne réagisse. Le régime des mollahs n’a évidemment rien de sympathique, mais accuser Téhéran de déstabiliser la région et de sponsoriser le terrorisme mondial alors que tous les terroristes qui ont frappé l’Occident depuis le 11 septembre 2001 sont inspirés, voire actionnés, par l’idéologie salafiste wahhabite propagée par l’Arabie Saoudite, pire ennemie de l’Iran chiite, confine aux slogans du « 1984 » de George Orwell : « La vérité, c’est le mensonge ».

De la même façon nos élites et nos médias relayent volontiers et abondamment la mise en garde récurrente de l’OTAN concernant le « danger militaire russe », réveillant le vieux fantasme du déferlement de l’Armée Rouge dans les plaines d’Europe centrale et le cliquetis des chenilles de chars à la Porte de Pantin. Je n’ai pas plus de sympathie pour Vladimir Poutine que pour les mollahs iraniens. Il est le chef d’orchestre de la prédation de son pays entamée dès les années 90 par les anciens du KGB alliés à leurs petits camarades oligarques. Mais en matière de danger sécuritaire et militaire, je m’en tiens à la base de mon expérience professionnelle : « Facts and figures », les faits et les chiffres. Le budget militaire de la Russie est d’environ 75 milliards de dollars par an. Soit à peu près celui de la France… ou de l’Arabie Saoudite. Celui des États-Unis est de 750 milliards de dollars, soit dix fois plus. L’armée russe dispose de bases ou d’implantations dans 6 pays (dont trois de l’ancien bloc de l’Est). L’armée américaine est présente dans 74 pays dont, en particulier, tous les pays limitrophes de l’Iran qui a donc toutes les raisons d’être inquiet.

Enfin il faut rappeler à nos élites que « les visages pâles ont la langue fourchue ». Quand Gorbatchev, certes pressé par la ruine de l’URSS, a consenti à l’ouverture du pays, à son démantèlement en États indépendants et à la levée de la tutelle sur les pays satellites, il avait obtenu en échange et pour neutraliser une réaction désespérée de ses généraux, que les Occidentaux n’enrôleraient pas les pays ainsi libérés dans des alliances et pactes hostiles à la Russie ou concurrents de son économie. Moyennant quoi, Américains et Européens se sont empressés de piétiner cet engagement et de faire adhérer tous ces pays à l’OTAN et à l’Union Européenne, jusqu’à y convier l’Ukraine, la Géorgie ou l’Arménie. Cela n’excuse en rien l’attitude menaçante et les interventions de la Russie dans ces pays mais cela explique une fébrilité qui ne doit pas grand-chose à un esprit de reconquête et beaucoup plus à une inquiétude profonde.

Si j’ai bien suivi les méandres de la « pensée trumpienne » qui ne fait d’ailleurs là que relayer celle de ses prédécesseurs, je comprends que son invocation récurrente du danger russe ne doit pas grand-chose à la réalité du danger mais beaucoup à la volonté d’inciter les Européens ainsi effrayés à augmenter substantiellement leurs cotisations à l’OTAN et à en décharger d’autant les finances US. Le comptable réapparaît ici. Et les Européens n’ont guère le choix puisque l’existence de l’OTAN, pacte organisé pour faire face au danger soviétique et qui aurait dû disparaître avec lui, a été prolongé contre toute logique avec comme principal objectif de « vampiriser » toute tentative d’émergence d’une politique européenne de défense commune, indépendante et autonome.

J’attends demain matin avec une impatience enfantine pour voir Trump me refaire le coup de « un coup je te vois, un coup je te vois plus ». En Chine ? En Syrie ? En Iran ? En Turquie ? Une seule chose est certaine : quoi qu’il fasse, nos élites et nos médias s’en gausseront mais fileront doux dans son sillage.

lire la suite…

 

COUP DE CHAPEAU A BERNARD SQUARCINI – Richard Labévière.

Même Le Monde (c’est dire !) a dû rendre un hommage indirect à Bernard Squarcini, qui depuis longtemps estime que la Préfecture de police de Paris (PP) ne peut être un Etat dans l’Etat, sinon un service sanctuarisé, exonéré des règles de fonctionnement des autres services de sécurité. Depuis longtemps, il préconise de rattacher le « bloc anti-terroriste » de la PP à la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). Dans deux entretiens – à C-News et Valeurs actuelles -, l’ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) explique que « la menace a changé et qu’elle se transforme, la pénétration des services de sécurité étant un vieil objectif de Dae’ch ». Il met en garde : « il peut y avoir d’autres Harpon en France… ». Valeurs actuelles : Bernard Squarcini, ancien patron de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) aujourd’hui à la tête du cabinet d’intelligence stratégique Kyrnos, explique comment les services de renseignement luttent contre la radicalisation dans leurs rangs. Après l’attaque terroriste d’un agent radicalisé du service de renseignement de la Préfecture de police de Paris contre des policiers, les enquêteurs cherchent à comprendre les causes des dysfonctionnements ayant permis le carnage. Alors que la direction du renseignement de la Préfecture de police de Paris ne dispose pas d’un service de sécurité, l’ancien patron de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, nous explique l’intérêt de la mission et du rôle du service de sécurité de son ancien service.

Valeurs actuelles : Sans trahir de secret, comment fonctionne le service de sécurité de la DGSI ? Comment est conduite la lutte contre les compromissions et l’islam radical dans un service de renseignement ?

Bernard Squarcini : La mission de sécurité à la DGSI est une structure importante, car elle dirigée par une personne située au même niveau hiérarchique que d’autres directeurs comme ceux en charge du terrorisme ou du contre-espionnage. Elle permet aux autres structures opérationnelles d’œuvrer en toute sécurité. Le service est en effet un service de sécurité et de renseignement, et tout service chargé de lutter contre l’espionnage doit prévenir les infiltrations… ». La suite est disponible sur le site de l’hebdomadaire.

 

QUAND LE MONDE OSE FAIRE LA LECON A MARIANNE ! Richard Labévière.

Article hallucinant dans l’édition du Monde du 11 octobre dernier titrant sur le « virage souverainiste de Polony ». Sous-titre : « la directrice du journal depuis un an assume les couvertures anti-macron, anti-élites et pro-gilets-jaunes ». Signé d’une illustre inconnue qui vient des Echos – Sandrine Cassini – et se présente comme une « spécialiste » des médias bien-sûr, cet article est, en fait, un billet d’humeur à charge contre la nouvelle patronne de Marianne

L’introduction donne le ton :

« le 13 septembre, l’hebdomadaire Marianne met en « une » trois photos. Le premier cliché, daté de 1989, montre une jeune fille voilée et fait référence à l’affaire de Creil, lorsque trois collégiennes refusèrent de retirer leur voile et furent exclues de leur établissement. Sur le deuxième cliché, une femme vêtue d’un voile intégral est censée symboliser la loi de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Sur le troisième, en 2019, figure une baigneuse en burkini. Pour Marianne, pas de doute, en trente ans, ‘la République a capitulé’, dit le titre », conclut la chroniqueuse du Monde.

Cette introduction est d’autant plus absurde qu’elle a été rédigée plus d’une semaine après l’attentat meurtrier survenu à la Préfecture de police de Paris ; des faits qui donnent mille fois raison au constat de Marianne. Oui, depuis des années la République a bien capitulé devant un islamisme politique financé par l’Arabie saoudite et d’autres monarchies du Golfe. Cette évidence a peut-être échappée à notre « spécialiste » des médias du Monde, mais elle s’impose comme une incompressible réalité : les idéologies wahhabites et  des Frères musulmans ont infiltré les appareils d’Etat, même les plus sensibles ! 

Il y a quelques semaines, notre ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer était interrogé sur les dizaines de madrassas (écoles coraniques) clandestines qui fonctionnent en France au vu et au su des pouvoirs publics, professant le racisme, la haine et la violence envers les « infidèles ». Alors qu’on lui demande s’il n’est pas urgent de fermer de tels établissements qui violent toutes les lois de la République, le ministre de l’Education ose répondre qu’il ne dispose pas des outils juridiques pour le faire !!! Il faut l’entendre pour le croire ! Alors oui, Madame Cassini, il semblerait que sur ce sujet, entre autres, Natacha Polony et sa rédaction aient amplement raison contre vos certitudes « politiquement correctes », fausses, archi-fausses opposant votre morale des beaux quartiers aux réalités de la Porte de la Chapelle, de la rue Pajol et à celle en vigueur au-delà du périphérique. Chère Madame, vous arrive-t-il de sortir de Paris-surface, au-delà du périphérique justement ? Un jour peut-être, vous oserez vous lancer dans l’aventure de ce « grand reportage » qui vous apprendra bien des choses…

Quant à savoir si Marianne a le droit de critiquer Emmanuel Macron et d’essayer de comprendre la complexité du mouvement social des Gilets-Jaunes, espérons que les chiens de garde – tels que vous Madame Cassini – n’aient pas encore le pouvoir de restreindre les libertés républicaines de penser, de parler, d’écrire, d’imprimer et de manifester… Les « couvertures anti-Macron, anti-élites et pro-Gilets-Jaunes » ne sont pas encore des délits dans notre pays ? N’est-ce pas madame Cassini !   

Toute la suite du papier relève de la même bouillie mixant bobologie germanopratine et règlements de compte- touchant le repreneur de l’hebdomadaire Daniel Kretinsky, par ailleurs actionnaire du Monde ! La dernière édition de Marianne nous livre une enquête éclairante (c’est le cas de le dire) et sidérante sur EDF, signée par Jean-Michel Quatrepoint. Ce papier et ceux qui l’accompagnent sur le même sujet comportent nombre de révélations inédites et d’analyses qu’on ne lira jamais dans Le Monde désormais aux ordres de la bien-pensance globale ! 

Alors Le Monde qui juge Marianne ? Mais soyons sérieux : qui juge qui ? Depuis le livre de Pierre Péan et de Philippe Cohen sur la fin du Monde (La face cachée du Monde – Du contre-pouvoir aux abus de pouvoir. Editions Mille et une Nuits, février 2003), on sait quoi penser d’une rédaction reprise en main par le triumvirat de l’imposture – Colombani, Minc, Plenel -, ayant mis l’ancien prestigieux quotidien au service (à l’époque) de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur… Madame Sandrine Cassini connaît-elle seulement l’histoire du journal pour lequel elle prétend écrire désormais ? 

Enfin, une remarque de forme – mais qui reste pourtant essentielle – même si elle a été oubliée depuis longtemps par les « nouveaux » journalistes : plutôt que d’écrire « Polony », on peut écrite « Natacha Polony », c’est mieux, plus joli et plus poli. Dans le sillage du livre de Pierre Péan et de Philippe Cohen, il reste beaucoup à écrire sur le virage « néo-libéral », « mondialiste » et « moral/politiquement correct » du Monde ! Depuis le milieu des années 1990, l’auteur de ces lignes et de nombreux amis et amies boycottent méthodiquement Le Monde. Aujourd’hui, l’ancien quotidien d’Hubert Beuve-Méry n’est plus que l’ombre de lui-même, devenu une « marque » sans contenu autre que celui de la morale du moment qui n’a même pas l’excuse d’être un tant soit peu kantienne !  

lire la suite…

 

Ankara, 10 octobre – Ras el-Aïn bombardée par l’armée turque en prélude à une intervention. Ras El Aïn, la tête d’une résurgence karstique qui était la 2ème ou 3ème au monde dans les années du Mandat français en Syrie, avec un débit moyen de 45 m3/s qui créait le fleuve Khabour affluent de l’Euphrate. Ras El-Aïn, j’y étais en février 1975 avec des experts français et syriens chargés d’envisager le développement de cette région excentrée, multi-ethnique, qui avait reçu les rescapés des expulsions ottomanes de 1915, au temps des ravages de la Guerre Européenne.  Notre expert hydrogéologue avait traversé la frontière pour rencontrer ses collègues turcs et constater que des centaines de forages turcs étaient la cause du déclin du débit de la source, aujourd’hui très réduit. Dans cette Orient, du Caucase au Golfe, s’il n’y a pas une volonté transfrontière affirmée de mettre en commun et en partage les ressources en eau, en pétrole et en gaz, si mal réparties de l’amont à l’aval, il n’y aura pas de paix, pas de développement apaisé, toujours des guerres. Que l’Europe s’y attelle.

Bernard Cornut

 

  1. Le Président de l’Assemblée Nationale est accusé d’avoir triché avec les Mutuelles du Mans. A l’Assemblée, il triche effrontément en inversant le résultat d’un vote à main levée sur un amendement au projet de loi PMA-GPA. Mais à l’Assemblée, il a été filmé. Dommage pour les Mutuelles.
  1. Sur le dossier PMA-GPA, la palme d’or devait revenir au député transhumaniste LREM Jean-Louis Touraine, pour qui « il n’y a pas de droit de l’enfant à avoir un père » ! Mais depuis que le ministre de la Santé Agnès Buzin a estimé « qu’un père, ça peut être une femme » et que Belloubet se mélange les pinceaux entre les transgenres et les intersexuées, on hésite. En tout cas, il est sûr qu’une chatte n’y retrouvera pas ses petits.
  1. Trump, redécouvrant les vertus de l’OMC sur le dossier Airbus-Boeing (sans réaliser qu’une décision inverse interviendra dans six mois), va taxer les vins français de 25% – normal, il n’en boit pas. Mais quid des pauvres italiens ? Leurs fromages sont taxés alors qu’ils ne font même pas partie d’Airbus. Tant pis, fallait pas jouer le mauvais chameau.
  1. Le ministre des affaires étrangères turc s’étouffe de ce que Macron a récemment osé déclarer « qu’il y avait un recul de l’état de droit en Turquie » et que Erdogan se servait des réfugiés « pour faire pression sur l’Europe ». Macron pas assez diplomate ? Tout ce qu’on peut lui reprocher, c’est de ne pas l’avoir dit plus tôt et plus fort.
  1. Saud Al-Qahtani, ancien conseiller à la Cour du Prince héritier saoudien Mohamed Bin Salman, ignore les demandes du Procureur Général du Royaume l’enjoignant de témoigner dans l’affaire Kashoggi. MBS le déplore dans une interview à CBS mais qu’y peut-il, face à une justice saoudienne dont il se plait à rappeler l’indépendance ?

Dinall’uill

 

COMMENT LE YEMEN A VAINCU TRUMP ET MBS !

À la façon de Geneviève Tabouis, l’auteur de ces lignes prédisait il y a quelques années que la coalition militaire saoudienne se casserait les dents au Yémen. Aujourd’hui, non seulement une armée de squelettes affamés a repoussé les légions de mercenaires conduites par des officiers repus, mais elle menace directement les infrastructures vitales de l’Arabie et fait trembler les marchés de Londres et de New York. Elle pourrait bien demain imposer ses conditions à la reddition des Saoudiens qui prétendaient hier encore la soumettre.

ASTERIX LE HOUTHI

La référence à Astérix n’est pas caricaturale quand on mesure l’écart entre les forces en présence. À l’origine on trouve d’un côté la résistance des Houthis soit environ cent mille combattants qui ont conquis la capitale Sanaa avant de fédérer la plupart des tribus du nord et du sud à l’exception de l’Hadramaout occupé par Al Qaïda. De l’autre côté à l’offensive, les forces armées d’Arabie et des Émirats Arabes Unis coalisées, servies par des régiments de mercenaires, le tout formé et équipé par les États Unis et l’Europe. Soit des centaines d’avions de combat, des milliers de chars et de canons, une puissance de feu en matériels conventionnels terrestres et aériens supérieure à celle de la France. 

Depuis 42 mois, le Prince MBS héritier du Royaume d’Arabie tente de mettre à genoux ses voisins : 16 000 raids aériens selon les agences de renseignement soit un chapelet de bombes toutes les deux heures, des offensives de chars, des tirs de salves de missiles… Bilan : des centaines de milliers de civils tués ou mutilés, des millions d’affamés.Rares sont ceux qui avaient prédit que les agressés résisteraient jusqu’au dernier, mais aucun n’avait imaginé que les petits guerriers yéménites en jupe bariolé renverseraient la situation militaire en leur faveur. Tout comme le Hezbollah au Liban qui nargue Israel, les Houthis à la tête du Yémen défient l’Arabie Saoudite. Ces « ONG de résistance armée » mettent en échec les forces d’États puissants. Ce type de confrontation par procuration n’est pas inédit, mais ce qui est nouveau c’est que les armes du pauvre se révèlent bien plus dissuasives que celles du riche.

LA REVOLUTION DES ARMEMENTS

La couteuse quincaillerie exposée dans les salons internationaux de l’armement est frappée d’obsolescence. Les armes cybernétiques et téléguidées sont bien plus redoutables que les chasseurs bombardiers, les tanks, les frégates et même les portes-avions. Elle menacent désormais les infrastructures stratégiques et mettent en échec tous les systèmes de défense. La récente attaque qui a perturbé la production pétrolière saoudienne en est un récent exemple. Il faut savoir qu’avant d’être exporté, le pétrole d’Arabie doit être débarrassé de ses impuretés en passant dans de gigantesques « lessiveuses ». La principale d’entre elles, Abqaiq, a été bombardée le 14 septembre dernier ; paralysant le quart de la production de l’Arabie pour des mois voire des années, car on ne trouve pas sur étagère les pièces de rechanges pour ce type d’installations.

Le coup est très dur pour la Saudi Aramco qui était sur le point de lancer son offre de privatisation. Qui en ce moment voudra se porter acquéreur d’une entreprise ciblée ? C’est de surcroit un signe de malvenue pour Abdulaziz ben Salman, fils du roi et frère de MBS qui venait d’être fraichement nommé ministre de l’énergie.Cet attentat revendiqué par les Yéménites est un secret mystère. D’où ont ététirés les projectiles ? Les radars des avions AWACS, les satellites géostationnaires, les drones de haute altitude et autres observateurs d’alerte sophistiqués capables de détecter une taupe dans votre jardin n’ont rien vu venir. La confirmation de l’usage de projectiles furtifs à longue portée indétectables constituerait une révolution sans précédent dans le petit monde de l’armement car il conférerait à son possesseur une supériorité décisive sur tous les théâtres d’opérations.

Hedy Belhassine

lire la suite…
 
 

Print Friendly, PDF & Email