Observatoire Géostratégique

numéro 204 / 12 novembre 2018

RETOUR A LA CENSURE EN FRANCE OU L’ETRANGE MONSIEUR ARAUD…

Un colloque intitulé « Les nouveaux acteurs de la lutte anti-terroriste » devait avoir lieu à l’Ecole militaire le 22 novembre prochain. Cette journée prometteuse s’organisait autour de trois tables rondes. La première, « Sur le front de la justice » réunissait les deux grands anciens juges du parquet antiterroriste Jean-Louis Bruguière et Michel Debacq ; la deuxième : « Sur le front du renseignement », Bernard Squarcini, ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et Alain Chouet, ancien chef du Service de renseignement de sécurité de la DGSE ; Enfin, la troisième, « Sur le front militaire », le député égyptien Abdelrahim Ali (chargé d’un retour d’expérience de l’armée égyptienne contre les organisations salafistes et celles des Frères musulmans) et le général Jean-Bernard Pinatel, experts des ripostes armées en matière de lutte contre le terrorisme.

La conclusion finale de la journée devait revenir à Alain Juillet, ancien conseiller pour l’Intelligence économique auprès du Premier ministre. Bref, on l’aura compris, ce plateau exceptionnel constituait – aux yeux de ceux qui exercent en toute impunité la censure en France – une concentration de délinquants multi-récidivistes représentant un danger extrêmement périlleux pour la sécurité et l’ordre public de notre vieux pays…

Que s’est-il passé ? L’ordre d’annulation de ce colloque est tombé directement d’un conseiller du cabinet du Premier ministre. La décision a été communiquée aux plus hauts responsables de l’Ecole militaire sans autre explication que celle visant l’annulation pure et simple de la réunion. Notre rédaction de prochetmoyen-orient.ch avait été sollicitée pour assurer la modération de l’une des tables rondes, aussi nous avons bien logiquement mené une petite enquête pour mieux comprendre la mécanique de cette « censure » caractérisée, des plus inquiétantes, concernant l’état du débat public en France.

En fait, depuis quelques semaines, plusieurs journalistes amis nous avaient alerté sur un ciblage récurrent et concentré contre ce colloque mené par une poignée d’individus sur les « réseaux numériques » dits « sociaux ». Sans surprise, nous retrouvions la même petite bande de chiens de garde qui, il y a un an, avait réussi à faire annuler un colloque consacré à la situation en Syrie. Celui-ci, devant initialement se tenir au Mémorial de Caen, avait été déplacé à la Sorbonne avant d’essuyer une nouvelle interdiction, pour finalement se tenir à l’Assemblée nationale. Mais les « tweeter-boys » n’avaient pas lâché le morceau, parvenant une fois encore à faire interdire cette manifestation qui, finalement devait trouver refuge dans une salle de… l’Eglise russe. Voilà comment la liberté d’expression fonctionne désormais dans notre pays. Il suffit qu’une bande de gugus passe sa vie sur les réseaux numériques pour enclencher la censure en France, et au plus haut niveau de l’Etat.

Mais qui sont ces gens ? Un pseudo-chercheur, gardien des intérêts israéliens en France, un pseudo-journaliste « ex-otage » en Syrie, donc spontanément doué d’un savoir universel sur les crises proche et moyen-orientales ; un kouchnérien (oui, il en reste) qui dirige une revue fantomatique ; un ancien jihadiste et quelques autres agités du Tweet de moindre notoriété…. De là à considérer qu’une dictature numérique « soft » s’installe tranquillement en France, jusqu’à intimider administrations et appareils d’Etat… voilà qui n’est guère rassurant. Pas plus que le « Decodex », inventé par Le Monde pour mener la prétendue chasse aux fake news.

Mais notre enquête était loin d’avoir dite toutes ses ruses. En effet, fallait-il encore identifier le donneur d’ordres ou ce qui avait mis ainsi la puce à l’oreille des tweeter-vengeurs pour qu’ils se mobilisent ainsi comme un seul homme afin de cibler le colloque du 22 novembre sur l’anti-terrorisme. A force de coups de fils et d’opiniâtres recherches, prochetmoyen-orient.ch a réussi à avoir le fin mot de cette histoire plutôt médiocre. La chasse au colloque du 22 novembre serait partie – en droite ligne – de… l’ambassade de France à Washington et de son principal locataire : Gérard Araud !

Sans vouloir personnaliser à l’extrême la source de cette « nouvelle censure française », l’engagement de ce personnage illustre, néanmoins de manière emblématique, l’évolution de la nature des pouvoirs en France.

Né à Marseille en 1953, il sort de l’ENA en 1982 – promotion Henri-François d’Aguesseau, magistrat et juriste éminent ayant laissé quelques méditations métaphysiques inspiré du rationalisme cartésien. Si l’habit ne fait pas le moine, on va voir que le nom de la promotion ne fait pas le promu. Gérard Araud fait cependant une magnifique carrière en passant dès le début par les postes types de l’« école néo–conservatrice française » : Tel-Aviv, OTAN, affaires stratégiques, Washington…

Les années 2000 marquent le début de la main mise sur le Quai d’Orsay de cette école dénoncée comme la « Secte » ou la « Meute ». Ses obsessions : la grandeur d’Israël, l’alignement inconditionnel sur la politique étrangère des Etats-Unis et la détestation de l’Iran1.

Le mentor de la Meute, très lié à notre Araud : un autre Gérard – Gérard Errera (chef de file de cette école), ancien secrétaire général du Quai, qui défraya la chronique en passant – du jour au lendemain – du ministère des Affaires étrangères au fonds d’investissement américain Blackstone, sans même observer la décence minimale de quelques mois de carence… Dans le texte, la langue anglaise est plus adaptée à la suite de sa grande carrière « au service » de la France : « Errera is chairman of the Blackstone Group France, and member of Blackstone International Advisory Board. He is also the Senior Adviser for International Affairs to the French law firm August & Debouzy, and a member of International Advisory Council of Huawei, the leading global information and communications technology provider. In addition, Errera also serves on the advisory committee of the International Capital Conference (ICC) ».

Richard Labévière

1 Richard Labévière : Le Grand retournement – Badgad/Beyrouth. Editions du Seuil, mars 2006.

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DE LA COHABITATION EN AMÉRIQUE !

« Trump est-il foutu ? ». Ainsi, l’Obs, hebdomadaire qui peine à comprendre qu’il est difficile d’être et d’avoir été1, présentait les élections de mi-mandat du 6 novembre 2018 aux États-Unis avant la tenue du scrutin2. Après le temps des certitudes de l’élection d’Hillary Clinton à la présidence du pays, il y a deux ans, nos courageux folliculaires de ce tabloïd boboland, version caviar de gauche, utilisent désormais le conditionnel. Qu’en est-il en vérité après les élections ? Même si Donald Trump doit céder la chambre des représentants au parti démocrate – ce qui ne constitue pas une énorme surprise -, il conserve néanmoins le Sénat à l’issue de multiples scrutins ayant enregistré une participation record.

Le moins que l’on puisse dire est que nous n’avons pas assisté à un tsunami démocrate (la fameuse « vague bleue » tant annoncée si ce n’est espérée) mais à une « victoire en demi-teinte » comme cela est souvent le cas deux ans après l’euphorie de la présidentielle3. La chronique d’une raclée annoncée n’a pas eu lieu tant l’Amérique est un État fédéral complexe qui ne se résume pas à la sociologie politique de la côte Est qui nous est plus familière. En effet, deux ans après l’élection de Donald Trump, les démocrates parviennent à reprendre, de justesse, aux républicains une des deux assemblées du Congrès, la Chambre des représentants, détenue depuis huit ans par le parti actuellement au pouvoir à la Maison Blanche4.

En somme, les résultats de cette consultation populaire ne présentent rien de révolutionnaire quoi qu’en pensent certains esprits germanopratins brillants par le vide de leur pensée5. Donald Trump se félicite d’un « immense succès » ! Afin de mieux appréhender la signification profonde de ces élections de mi-mandat (« midterms », pour reprendre le vocable consacré Outre-Atlantique), il importe d’en déchiffrer ses trois principales significations : institutionnelle, interne et internationale.

LA SIGNIFICATION INSTITUTIONELLE DES ÉLECTIONS DE MI-MANDAT

Alors que les médias nous fournissent une information incomplète et biaisée sur ce que sont en réalité ces élections de mi-mandat aux États-Unis, sorte de galop d’essai avant la prochaine élection présidentielle de 2020, tentons d’être le plus clair et le plus précis possible. Retournons-nous vers l’encadré que nous livre le quotidien Le Monde à la veille du scrutin ! Il résume objectivement l’enjeu de cette journée du mardi 6 novembre 2018 :

« Les élections de mi-mandat du mardi 6 novembre aux États-Unis, doivent déterminer la majorité au Congrès pour les deux dernières années du mandat de Donald Trump. C’est la première consultation nationale depuis son élection. Elle concerne les 435 sièges de la Chambre des représentants qui sont renouvelés pour deux ans, et 35 des 100 sièges du Sénat, qui sont remis en jeu pour les six prochaines années.

La Chambre des représentants et le Sénat sont actuellement à majorité républicaine. Les postes de 36 des 50 gouverneurs (chefs exécutifs des États) sont également soumis au vote. Enfin, les électeurs de 38 États sont appelés à s’exprimer sur 160 référendums locaux »6.

On comprend ainsi que le scrutin dépasse largement le cadre d’une élection législative à la Française puisqu’elle concerne les exécutifs des États fédérés mais aussi le renouvellement des juges (désignés par le peuple au nom du sacro-saint principe de la souveraineté populaire, cela s’appelle de la Démocratie en Amérique comme le soulignait justement Alexis de Tocqueville dans son ouvrage éponyme).

On comprend ainsi que tirer les leçons de multiples scrutins complexes aux significations différentes n’est pas chose aisée et nécessite une analyse particulièrement fine dépassant les formules toutes faites de nos perroquets à carte de presse, sorte de « toutologues » du XXIe siècle. Hâtons-nous de ne pas tirer des conclusions définitives ! Prenant de cours ses concurrents, Donald Trump a annoncé le 7 novembre que Mike Pence, l’actuel vice-président des Etats-Unis, avait accepté d’être à nouveau son colistier pour l’élection présidentielle de 20207.

Que peut-on ou doit-on, à ce stade, penser des significations intérieure et internationale de cette kyrielle de scrutins ?

LA SIGNIFICATION INTERNE DES ÉLECTIONS DE MI-MANDAT

Il serait présomptueux de tirer une conclusion définitive, péremptoire et unique de cette journée du mardi 6 novembre 2018, avec un recul dans le temps aussi limité. Peut-être est-il plus sage de procéder, par touches successives, à la manière des peintres de l’école impressionniste pour tenter de comprendre ce qui a changé et ce qui n’a pas changé depuis novembre 2016, date de l’élection de Donald Trump ! Une sorte de moment de vérité8 à travers plusieurs caractéristiques objectives.

Une participation élevée

La participation aux différents scrutins a été particulièrement élevée, contrairement à la tradition. Les deux camps ont œuvré en ce sens. S’impliquant personnellement, Donald Trump effectue un marathon électoral, se démultipliant pour galvaniser ses troupes en faveur de sa politique9, se sachant attaqué dans ses bastions traditionnels10. Du côté du parti démocrate, l’on a ressorti Barack Obama de sa retraite dorée pour battre les estrades, recueillir des espèces sonnantes et trébuchantes, taper sur son successeur accusé de tous les maux de l’Amérique et du monde. Encore un dirigeant qui a la mémoire courte. Cette participation record est à mettre en relation avec les 10 000 comptes appelant à ne pas voter que Twitter a supprimé. Elle conduit aux résultats suivants : Chambre des représentants (219 démocrates, gain de 26 sièges ; 193 républicains)11, Sénat (45 démocrates, 51 républicains, gain de 2 sièges).

L’émergence d’un nouvel électorat

La campagne a fait émerger une frange de l’électorat moins visible dans les scrutins précédents. Ceux qui n’avaient pas cru bon voter en 2016 et qui ne voulaient pas voir une victoire écrasante da Donald Trump. Nous avons assisté à une mobilisation importante des femmes12 comme jamais dans le passé13 en réaction aux discours machistes de Donald Trump14, des LGBT, des représentantes des minorités particulièrement actives dans ce pays (à l’instar des Latinos) qui a exporté en France le mal du communautarisme dont nous payons aujourd’hui l’addition, intérêts et principal. Cet électorat semble avoir voté massivement pour le Parti démocrate et fait basculer la Chambre des représentants. La question est de savoir si ce résultat est encourageant ou non dans l’hypothèse d’une candidature de Donald Trump en 2020. En tout cas, il ne tarde pas à régler ses comptes avec les démocrates, la presse et le procureur spécial chargé de l’enquête russe15.

Une Amérique fracturée16

Les résultats de ces scrutins font apparaître – ce qui n’est pas non plus une surprise – une fracture géographique et sociale du pays, voire même à l’intérieur des familles17. Le pays n’est pas un comme certains bons esprits voudraient nous le faire croire. En effet, les États-Unis apparaissent plus divisés que jamais après le mardi 6 novembre 2018. Comme le titre le quotidien Le Monde à la une : « Á mi-mandat, deux Amériques opposées »18. Le thème de l’immigration (comme dans le reste du monde) est en arrière-fond du débat, alimenté par la caravane de migrants venus d’Amérique latine. Caravane que le président de la République, Donald Trump a promis de chasser, y compris par la force (« Si les migrants veulent lancer des pierres sur notre armée, notre armée répliquera » ou bien sur son compte Twitter : « Ce que font les démocrates à notre pays est scandaleux » en matière d’immigration, cela va sans dire)19. Le discours de Donald Trump « flirte avec les zones à risque de l’inconscient américain »20.

Durant la fin de la campagne électorale, il évolue entre triomphalisme et alarmisme, vantant son bilan et jouant sur la peur des migrants21. Washington, par la voie de son sulfureux conseiller à la sécurité nationale, John Bolton n’a pas manqué l’occasion de dénoncer une « troïka de la tyrannie » en Amérique latine22. Il relève de l’évidence que la surenchère a caractérisé cette campagne électorale hors-norme dans un pays fortement divisé sur divers enjeux de politique et de société.

Une politique pérenne

Pour faire court et médiatique, on peut affirmer, sans grand risque d’erreur, que les « midterms » ne vont pas changer grand-chose à la politique de Donald Trump qui dispose toujours de la possibilité de gouverner par « décrets » en cas de blocage de la Chambre des représentants dont la prochaine présidente pourrait être la démocrate Nancy Pelosi, réélue députée de Californie le 6 novembre 201823. Si le 45ème président des États-Unis perd la Chambre des représentants, il renforce ses positions au Sénat, preuve que le désamour avec le peuple américain n’est pas aussi important que nos médias panurgistes veulent bien nous le laisser entendre (il ne jouait pas sa présidence dans ses élections24).

Jupiter pourrait en prendre de la graine, lui qui pratique « l’intinérance mémorielle » pour faire passer la pilule amère de la hausse des carburants25. Il fau bien admettre que Donald Trump a réussi le tour de force de faire mieux que ses prédécesseurs en pareille occasion26. Pas si mal pour celui qui est caricaturé ad nauseam pour en faire un vulgaire tocard et un éternel « loser ». Comme quoi, on peut se prendre être un expert et se tromper comme un vulgaire gogo ignorant de la réalité internationale.

Guillaume Berlat
12 novembre 2018

1 Odile Benyahia-Kouider, « Le Monde », « L’Obs », « Les Inrocks » : les malheurs du banquier Pigasse. Le mauvais business de « Citizen Kane Pigasse », Le Canard enchaîné, 7 novembre 2018, pp. 1 et 3.
2 Trump est-il fou ?, L’Obs, 31 octobre-7 novembre 2018, une
3 Mathieu Magnaudeix, « Midterms » : Trump sauve les meubles, www.mediapart.fr , 7 novembre 2018.
4 Dick Howard, À quoi est due la poussée démocrate ?, Le Monde, Idée, 10 novembre 2018, p. 5.
5 Éditorial, États-Unis : un scrutin de mi-mandat lourd d’enseignements, Le Monde, 6 novembre 2018, p. 21.
6 Le contexte « Midterms », Le Monde, 6 novembre 2018, p. 3.
7 Philippe Gélie, Donald Trump a déjà l’œil sur la présidentielle de 2020, Le Figaro, 7 septembre 2018, p. 10.
8 Arnaud de la Grange, Moment de vérité, Le Figaro, 6 novembre 2018, p. 1.
9 Philippe Gélie, Trump, candidat en chef aux « midterms », Le Figaro, 29 octobre 2018, p. 8.
10 Trump défié dans ses bastions par les démocrates. « Midterms » : les démocrates à l’assaut des bastions républicains, Le Figaro, 22 octobre 2018, pp. 1-2-3.
11 Gilles Paris, Les démocrates reprennent la Chambre, Le Monde, 8 novembre 2018, p. 2.
12 Corine Lesnes, Un nombre record de femmes siégera au Congrès, Le Monde, 8 novembre 2018, p. 3.
13 Maurin Picard, L’année où les femmes se sont engagées dans la bataille. Les démocrates misent sur la colère féministe pour gagner du terrain, Le Figaro, 3-4 novembre 2018, p. 4.
14 Denis Lacorne, Les femmes ont exprimé leur ras-le-bol du discours de Trump, Le Monde, 9 novembre 2018, p. 20.
15 Gilles Paris, Revanchard, Donald Trump règle ses comptes, Le Monde, 9 novembre 2018, p. 2.
16 François d’Alançon, Donald Trump face à la division de l’Amérique, La Croix, 8 novembre 2018, p. 9.
17 Laure Mandeville, Quand Donald Trump divise jusqu’au cœur des familles, Le Figaro, 6 novembre 2018, p. 4.
18 À mi-mandat, deux Amériques opposées. Nette victoire démocrate à la Chambre des représentants ; les républicains consolident leur position au Sénat, Le Monde, 8 novembre 2018, p. 1.
19 La longue marche des migrants vers les États-Unis, Le Monde, 4-5 novembre 2018, p. 1.
20 Alain Frachon, Trump et ses mots, Le Monde, 3 novembre 2018, p. 21.
21 Gilles Paris, Trump entre triomphalisme et alarmisme, Le Monde, 3 novembre 2018, p. 5.
22 Washington dénonce une « troïka de la tyrannie » en Amérique latine, Le Monde, 3 novembre 2018, p. 5.
23 Corine Lesnes, Nancy Pelosi, la revanche de la « dame de fer », Le Monde, 8 novembre 2018, p. 3.
24 Philippe Gélie, « Midterms » : Trump joue sa présidence, Le Figaro, 6 novembre 2018, pp. 2-3.
25 Erik Emptaz, Il compte sur « l’itinérance mémorielle » pour faire oublier le prix à la pompe. Macron caresse les Français dans le sens du poilu. Les taxés de la Marne, Le Canard enchaîné, 7 novembre 2018, p. 1.
26 Alexandre Mendel, Trump et la foi du charbonnier, Valeurs actuelles, 1er novembre 2018, pp. 34-35-36-37.

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LE SYNDROME DE LA SCIE DIPLOMATIQUE – Ali Baba. « Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, toute la face du monde aurait été changée » nous rappelle le philosophe Pascal dans ses Pensées. Ce que d’autres, moins lettrés, traduisent par la formule petites causes, grands effets ! Les relations internationales, imprégnées d’une dimension irrationnelle, n’échappent certainement pas à la règle. Nous en avons des exemples très régulièrement. Le plus récent que nous fournit une actualité macabre met en scène l’Arabie saoudite et son voisin sur le territoire duquel elle guerroie depuis 2015. L’affaire Khashoggi, vulgaire affaire de barbouzerie conduite pas des irresponsables nervis de MBS ne saperait-elle les ambitions saoudiennes ?1

UNE FRANCE QUI BAISSE SON FROC2

Monsieur Bricolage s’implante à Istanbul

Plus les jours passent, plus nous découvrons les conditions « dégradantes et inhumaines » dans lesquelles l’opposant saoudien Jamal Kashoggi a été exécuté dans les locaux du consulat général d’Arabie saoudite à Istanbul où il s’était rendu pour y mettre à jour sa situation administrative !3 Le moins que l’on puisse dire est que la France de Jupiter et des Pieds Nickelés qui lui servent de ministres et les tocards qui lui servent de députés pour mettre la République en marche au garde à vous n’ont pas brillé par leur fermeté et leur courage. Ce serait plutôt dans le style prudence de gazelle ou service minimum dans la dénonciation de cet acte barbare commis par des barbouzes à la solde d’un jeune prince réformateur à la tête d’un État avec lequel nous avons un partenariat stratégique.

Ce qui, en termes diplomatiques, signifie : tu m’achètes des armes françaises pour des milliards d’euros et je mets la pédale douce sur toutes les violations des droits de l’homme perpétrées en ce doux royaume d’Arabie saoudite, y compris ailleurs. Au diable la diplomatie des valeurs ! Au secours la diplomatie économique ! On l’aura compris, le concept de valeurs dont nos dirigeants se rengorgent en permanence est un concept à géométrie variable, corollaire de notre diplomatie de l’indignation très sélective4. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », c’est bien connu depuis Pascal.

Monsieur « Valeurs » joue les Tartuffe5 Jupiter a le verbe plus haut lorsqu’il s’agit de dénoncer les atteintes aux sacrés saintes valeurs qu’auraient violé les pouilleux d’Orban et de Salvini, de Poutine (l’homme des « fake news » qui embastille Oleg Sentsov6) sans parler du Donald Trump tropical, Jair Bolsonaro avant même qu’il prenne officiellement ses fonctions de président du Brésil au début de l’année 2019. Et, au passage, Jupiter et sa tristounette ministre des Armées de nous expliquer, avec la plus grande mauvaise foi, qu’il n’existe aucun lien entre un massacre à la scie à Istanbul et quelques menus crimes de guerre et crimes contre l’humanité (passibles d’un passage par la Cour pénale internationale) commis par la pacifique coalition saoudienne au Yémen pour le plus grand bien de la population de ce pays, enfants compris.

En toute hypothèse, les armes livrées par la France à l’Arabie saoudite pour se défendre contre les terroristes yéménites sont intelligentes et ne tuent que des brigands de houthistes, épargnant généreusement les civils. De plus, nous disposons d’une politique de contrôle des exportations d’armes particulièrement sérieuse et sévère (CIEMG) pour tous ceux qui se jouent des droits de l’homme (Cf. les déclarations viriles de la conseillère d’Etat, des phares et des balises, Claire Landais, SGDSN). Circulez, il n’y a rien à voir ! Mais, brusquement, tout change lorsque l’Oncle Sam vient à hausser la voie à propos de la sale guerre au Yémen. Le caniche vient aux pieds de son maître pour ahaner la même chanson. Pas très glorieux, pour la « Grande Nation » qui se pique d’indépendance7 et de souveraineté en théorie et qui se vautre dans la servitude volontaire et dans la soumission en pratique.

UNE AMÉRIQUE QUI HAUSSE LE TON

Comme par un effet du hasard, incompréhensible pour le commun des mortels, le Dieu Amérique, sous le masque de son secrétaire d’État, Mike Pompeo (ex-directeur de la CIA) demande à l’Arabie saoudite de cesser ses bombardements anti-houthistes au Yémen.8 Cette fatwa américaine intervient au moment où le procureur turc en charge de l’affaire Jamal Khashoggi déclare que ce dernier a été étranglé puis démembré9. Rassurez-vous l’opération a été réalisée par un médecin légiste saoudien formé dans les meilleures universités et expert en sophrologie ! En effet, il opère toujours en musique sous couverture diplomatique et avec des outils de qualité acquis chez Monsieur Bricolage.

Selon le quotidien turc Sabah, des agents ont été envoyés en Turquie par l’Arabie saoudite pour « effacer » les preuves du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, tué dans le consulat saoudien d’Istanbul le 2 octobre. Onze personnes, dont un chimiste et un expert en toxicologie, sont arrivées à Istanbul le 11 octobre, soit neuf jours après la disparition de l’éditorialiste, affirme le quotidien progouvernemental Sabah, citant « des sources de confiance ». Voici l’opération Monsieur Propre qu’aucun collectif droit de l’hommiste ne dénonce publiquement. Vive les courageux de salon qui préfèrent d’acharner sur les faibles !

L’Amérique tape du poing sur la table (il est vrai que les élections de mi-mandat justifient une diplomatie du courage de Washington)10. Et ses alliés occidentaux engagés derrière elle dans la guerre au Yémen applaudissent. Le 30 octobre 2018, à quelques jours des élections de mi-mandat aux États-Unis, Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain, a demandé, à deux reprises à la coalition conduite par l’Arabie saoudite de cesser ses bombardements contre les zones peuplées du Yémen, et dans le même temps (diplomatie du en même temps chère à Jupiter) aux rebelles houthistes (ils interviennent sur leur propre territoire), soutenus par l’Iran le diable personnifié par les puissances de l’axe : Jérusalem/Riyad/Washington), de ne plus lancer de missiles en direction de l’Arabie et les Émirats arabes unis. « Le moment est venu de mettre fin aux hostilités », a déclaré Mike Pompeo dans un communiqué.

C’est la première fois, en trois ans et demi de conflit, que Washington met ainsi en demeure Riyad et Abu Dhabi d’en finir avec leur promenade de santé au Yémen. Alors qu’il y a quelques semaines encore, Washington trouvait cette guerre tout à fait légitime et légale. Il est vrai que l’armée américaine fournit matériels, armes intelligentes, drones, renseignements, voire forces spéciales… à son homologue saoudienne pour se sortir de ce bourbier…

Et cela sans succès jusqu’à présent, y compris avec les bombardements les plus récents du port d’Hodeidah au Yémen afin de bloquer l’arrivée de l’aide humanitaire pour les populations civiles. Cette nouvelle donne américaine place la diplomatie française de l’en même temps dans l’embarras. C’est le moins que l’on puisse dire pour qualifier la très comique volte-face jupitéro-parlo-ledrianesque.

UNE FRANCE QUI RAMPE HONTEUSEMENT

Manifestement, nous assistons à un grand moment de diplomatie jupitérienne. L’homme, qui est un gaffeur invétéré, mais qui ose se prendre pour le Talleyrand du XXIe siècle tombe dans le piège qu’il a lui-même armé. Ne murmure-t-on pas qu’il est son meilleur ennemi ? Sa charmante dulcinée ne l’a-t-elle pas récemment morigéné en des termes peu diplomatiques : « les conneries, ça suffit ». Dès que le bouledogue américain a aboyé contre le jeune et fringuant MBS, ne voilà-t-il pas que le caniche Parly déclame à qui veut l’entendre que la guerre voulue par le tout-puissant (il ne s’agit pas de Dieu) héritier saoudien Mohammed Ben Salman est à l’origine d’une « crise humanitaire comme on n’en a jamais vue »11.

Cette fort charmante technocrate nous expliquait, il y a peu encore, qu’il n’existait aucun lien entre l’assassinat de Jamal Khashoggi et la guerre au Yémen ; que la France n’avait rien à se reprocher en termes de ventes d’armes à Riyad (50 000 morts depuis le début du conflit ainsi qu’une grave crise humanitaire, alimentaire et sanitaire) ; que l’Iran était la source de tous les maux au Yémen et autres coquecigrues du même tonneau. On ne peut que se féliciter de ce revirement de la diplomatie française de la godille. Sœur Florence aurait-elle été subitement touchée par la grâce divine après un passage par la grotte de Massabielle à Lourdes ? Les plus brillants experts en géopolitiques et en géostratégie se perdent en conjectures sur cette révolution copernicienne que rien ne laissait présager. Mieux vaut tard que jamais. Faute avouée est à moitié pardonnée.

Rappelons pour les rares humoristes qui ont encore quelques restes de mémoire vive (comme celles ordinateurs), ce que déclarait avec aplomb notre ministre des Armées, Florence Parly le 30 octobre 2018 sur RMC : « À ma connaissance, les armes venues à l’Arabie saoudite ne sont pas utilisées au Yémen contre les populations civiles » ou « l’Arabie saoudite utilise les armes que nous lui avons fournies pour se défendre » !12 Elle qui nous dit désormais que « cette guerre est horrible et il faut que cela cesse ». Il fallait oser le faire. Soit cette ministricule est au courant de rien et elle doit être renvoyée à la SNCF ou à Air France (elle y a particulièrement brillé par ses primes de départ), soit elle était au courant et elle ment effrontément aux citoyens. Aux États-Unis, cela se nomme un parjure et peut valoir de graves inconvénients à son auteur.

Cette simple affirmation de notre ministre au petit bras nous renvoie à un passé récent peu glorieux pour la France13. C’est que la France n’est pas une blanche colombe sur le dossier sensible du Yémen. Il convient de rafraîchir la mémoire de tous nos amnésiques. Depuis le lancement de la guerre dans ce pays, la France de François Hollande a prêté main forte aux Saoudiens : fourniture de renseignement sur les positions des houthistes, présence clandestine de forces spéciales sur le terrain pour guider les bombardiers saoudiens et émiratis, surveillance des activités de l’EIIL et d’Al Qaida.

Outre l’étude de cette affaire par une commission d’enquête parlementaire (elle n’irait pas très loin compte tenu de la pratique française), elle pourrait valoir à nos dirigeants quelques poursuites devant la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, de crimes contre l’humanité. La diplomatie française souffre de la maladie du siècle, à savoir le mal de dos… à force de faire des courbettes devant MBS14. Mais, cela pourrait mal tourner…

UN NOUVEAU MUNICH DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE

À ce jour, MBS fait partie des 80 chefs d’État et de gouvernement conviés à la première édition du Forum de Paris sur la paix (11-12-13 septembre 2018) malgré son implication meurtrière au Yémen. Le Collectif contre la famine au Yémen appelle à un rassemblement de contestation et de dénonciation de l’attitude de la France face aux pratiques de l’Arabie Saoudite qui va à l’encontre du droit international et des valeurs de la France. L’Arabie saoudite n’a pas sa place au Forum de Paris sur la paix au vu de la situation au Yémen et de ses agissements, déclare-t-il. Cela est contraire aux valeurs de la France. Encore un pétard diplomatique qu’affectionne Jupiter. Pendant ce temps, nous apprenons que, c’est une première depuis le début de la guerre en Syrie, en 2011, la justice française – un parquet aux ordres du pouvoir – a délivré, il y a quelques jours, des mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de trois hauts responsables des services de renseignement syriens15.

Mais, rien contre le commando de barbouzes de Monsieur Bricolage ayant opéré à Istanbul. Vraisemblablement, au nom des « valeurs » universelles qui inspirent notre diplomatie et notre justice couchées, allongées à l’instar de ce qui se passe dans les démocratures que nous cessons de dénoncer pour nous donner bonne conscience. Longue vie à notre prince MBS qui a eu l’audace de mettre au point une nouvelle forme de diplomatie, qui vient utilement compléter celle de la maladie diplomatique, à savoir celle du syndrome de la scie diplomatique !

1 Benjamin Barthe/Louis Imbert/Gilles Paris/Piotr Smolar, L’affaire Khashoggi sape les ambitions saoudiennes, Le Monde, 31 octobre 2018, p. 3.
2 Ali Baba, La diplomatie du froc baissé, www.prochetmoyen-orient.ch , 22 octobre 2018.
3 Richard Labévière, La scie à métaux saoudienne dévoile l’horreur yemenite, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 novembre 2018.
4 Hatice Cengiz, J’exige que ceux qui ont ordonné et commis l’assassinat de Jamal Khasshoggi soient jugés, Le Monde, 4-5 novembre 2018, p. 20.
5 Ali Baba, Supplément à la diplomatie du froc baissé, www.prochetmoyen-orient.ch , 29 octobre 2018.
6 Collectif, « Les Chefs d’État des démocraties doivent obtenir la libération d’Oleg Sentsov », Le Monde, 10 novembre 2018, p. 23.
7 André Xech, Que reste-t-il de notre indépendance ?, Marianne, 9-15 novembre 2018, p. 42.
8 Georges Malbrunot, Yémen : Washington veut la fin du conflit, Le Figaro, 1er novembre 2018, p. 4.
9 Jamal Khashoggi a été étranglé puis démembré, affirme le procureur turc, AFP, 1er novembre 2018.
10 Heddy Belhassine nous dit : Ben Salman prince saignant, 22 octobre 2018, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 novembre 2018.
11 Hélène Sallon, Washington et Paris appellent Ryad à mettre fin à la guerre au Yémen, Le Monde, 1er – 2 novembre 2018, p. 4.
12 Le mur du çon, Le Canard enchaîné, 31 octobre 2018, p. 8.
13 Claude Angeli, Cobelligérance inavouable de la France au Yémen, Le Canard enchaîné, 31 octobre 2018, p. 3.
14 Le mal de dos, maladie du siècle (vignette), Le Canard enchaîné, 31 octobre 2018, p. 3.
15 Élise Vincent/Benjamin Barthe, Mandats d’arrêts français contre des dirigeants syriens, Le Monde, 6 novembre 2018, p. 6.

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LES DEPUTES VOTENT LA CREATION DU PARQUET NATIONAL ANTITERRORISTE (PNAT) – AFP, 9 novembre.

Les députés ont voté vendredi la création du parquet national antiterroriste (PNAT), dans le cadre de l’examen en commission du projet de réforme de la justice. Dirigé par un procureur de la République antiterroriste, qui n’est pas encore connu, ce PNAT se substituera au parquet de Paris pour le traitement des infractions terroristes, des crimes contre l’humanité, des crimes et délits de guerre, des crimes de tortures et encore des infractions relatives à la prolifération d’armes de destruction massive. La commission des Lois a voté cette création via un amendement du gouvernement. Le texte sera examiné en première lecture dans l’hémicycle de l’Assemblée à compter du 19 novembre. La ministre de la Justice Nicole Belloubet a souligné devant les députés le "double objectif" du parquet antiterroriste: "disposer d’une véritable force de frappe" pour "répondre à des menaces dont on sait qu’elles sont toujours à un niveau très élevé" et "offrir une visibilité institutionnelle à ce procureur" au "plan national et international". Cela "ne vise nullement à remettre en cause la remarquable action" de François Molins, ex-procureur de la République de Paris qui a été depuis 2015 le visage de l’antiterrorisme. Annoncé en décembre 2017 par la garde des sceaux, le PNAT avait été écarté du projet initial de réforme de la justice après des remarques du Conseil d’Etat. Le gouvernement en a tenu compte, a assuré Mme Belloubet: par rapport à la crainte d’une rigidité des effectifs de magistrats, il a été prévu une réserve opérationnelle de magistrats du parquet de Paris à laquelle le procureur de la République antiterroriste pourra recourir en cas de crise.  Le PNAT sera également doté d’un nouveau mécanisme procédural lui permettant de requérir de tout procureur de la République la réalisation des actes d’enquête qu’il déterminera. Il pourra compter sur des relais territoriaux avec la création, au sein des tribunaux de grande instance dont le ressort est particulièrement exposé à la menace terroriste, de magistrats délégués à la lutte contre le terrorisme. Philippe Gosselin (LR) a déploré le "temps un peu perdu" alors que la droite avait suggéré un tel parquet il y a un an. Il a lui aussi rendu hommage à François Molins, récemment nommé procureur à la Cour de Cassation, le plus haut poste de magistrat du parquet en France.

 

AFFAIRE KHASHOGGI : MACRON ET TRUMP VEULENT DES « ECLAIRCISSEMENTS COMPLETS » – Reuters, 10 novembre.

Emmanuel Macron et Donald Trump ont estimé samedi lors d’un entretien en tête à tête à l’Elysée que l’Arabie Saoudite devait fournir des "éclaircissements complets" sur l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le mois dernier, selon une source à l’Elysée. Le président français et son homologue américain, qui se sont rencontrés en marge du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale sont également d’accord sur le fait que ce dossier ne doit pas constituer un facteur de déstabilisation supplémentaire dans la région, dit-on de même source. Pour les deux dirigeants, ce dossier pourrait ouvrir une fenêtre d’opportunité pour poser la voie d’une résolution politique de la guerre au Yémen, où une coalition militaire commandée par l’Arabie saoudite combat depuis 2015 la rébellion houthie au prix de milliers de victimes et d’une grave crise humanitaire. Jamal Khashoggi, qui vivait en exil aux Etats-Unis, écrivait régulièrement pour le Washington Post des articles très critiques envers le prince héritier saoudien Mohamed ben Salman, surnommé "MbS". Il a été assassiné le 2 octobre au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.

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Armistice, mais pas la paix ! La guerre continuait en Orient, l’armée de l’Empire britannique marcha sur Mossoul et au-delà, en violation de l’Armistice de Moudros, pour assumer son but de guerre affirmé dès le printemps 1915 : contrôler toute la Mésopotamie. Clemenceau lâcha vite Mossoul et la Palestine pour récupérer la Syrie et envoya conscrits et armes pour occuper la Cilicie, via la voie ferrée de Beyrouth à la Beqaa annexée au Mont-Liban par Gouraud. Les Alliés occupèrent Constantinople, poussèrent la Grèce à débarquer à Smyrne pour progresser en Turquie. Cent ans après, le régime français, qui a soutenu des rebellions armées mercenaires, voudrait juger 3 caciques syriens ; un ex-chef de nos services extérieurs prétend tout savoir de la Syrie. Mais qu’attend-t-on pour juger Kissinger, Bush père et fils, Netanyahu, Blair, Cameron et son compère français ? Pays et peuples d’Orient, longues victimes de nos guerres européennes, exigez vérité et justice !

Bernard Cornut

 

  1. Le Sultanat d’Oman vient de décider de supprimer les subventions à l’électricité distribuées à l’ensemble de la population – y compris aux expatriés, et de les réaffecter à d’autres missions, notamment d’infrastructure. C’est la crise en Orient.
  2. « L’Arabie Saoudite fait au Yémen le jeu que le Président Bachar Al-Assad, les Russes et les Iraniens font en Syrie », écrivait dans son dernier article Jamal Kashoggi. Comparaison n’est pas raison.
  3. « Tiraillé entre ses anciennes amours islamistes et ses aspirations démocratiques », tel était Jamal Kashoggi selon Paris Match. De tels tiraillements conduisent souvent à de véritables déchirements.
  4. Thomas Friedman écrit dans le New York Times « qu’il ne faut pas rompre avec l’Arabie Saoudite car Mohamed Bin Salman promeut une réforme religieuse de l’Islam ; ainsi a-t-il autorisé le cinéma et les femmes, à conduire ». Encore un effort, camarade, pour être révolutionnaire !
  5. Selon l’Elysée, Macron préférait et ne pas avoir « à prendre parti » ni « à s’engager » sur le référendum relatif au maintien de la Nouvelle Calédonie dans la République Française. Ca n’est plus La République En Marche, mais La République En Marge.

Dinall’uill

 

EMMANUEL MACRON, C’EST COMME LA SAMARITAINE…

J’aime beaucoup le Président Macron. Dans cette période où l’on doit chaque soir passer la balayette sous son lit afin de débusquer le terroriste qui doit s’y cacher, avec lui on rigole. Macron c’est, recyclé, le vieux slogan publicitaire d’un grand magasin : « A tout instant il se passe quelque chose aux Galeries Lafayette ». Cette fois le Président a décidé de nous distraire avec Pétain. C’est inattendu, ça fait vieux monde… Mais tant pis. Après avoir fait la guerre aux Russes – par son émanation de RT France -, il était logique qu’il louât le Maréchal ; que revoilà…

Pour être juste, car le temps est au certifié, à l’exact, au vérifié, à l’équitable, remarquons que ce malheureux Macron est mal entouré. Autour de lui s’ébat une nuée de jeunes gens qui ne l’aident guère. Paresseux ? Non. Mais le hasard fait que tous ces biens diplômés n’avaient qu’un seul livre d’histoire, et qu’ils ont fini de le colorier. Benalla aurait pu être un rempart en rendant, par l’écran de ses larges épaules, le discours pétainiste inaudible. Mais Benalla, « l’épaule droite », nous manque, j’espère que les prud’hommes vont le réintégrer.

Personne, au Palais, aucun vieux bouc intello, mariné dans le jus des archives, pour indiquer au Président l’emplacement des champs de mines. Et l’histoire de Pétain, son action, sa philosophie sont du TNT. Une bombe à retardement qu’il ne faut pas toucher, pas plus que le sarcophage de Tchernobyl. Réactiver le Maréchal ça pue, ça déchire, ça blesse, ça injurie, ça offense, ça ment, ça met plus de boue qu’une crue de l’Aude. En plus on se demande quelle raison peut-il y avoir de parler de ce sycophante ? Pourtant, sur le ton de l’ancien bon élève de troisième, certains prétendent : « Mais il y a deux bouts au cadavre. Le très au poil des poilus, puis l’horreur de Montoire et des lois anti juives ». Eh non. Le Pétain c’est comme le merlu oublié l’avant-veille sur la table : tout est à jeter. Et que le président de l’Assemblée se nomme Ferrand n’est pas un argument ultime pour louer le Maréchal.

Il y a des lustres – et même des lampadaires -, mon merveilleux ami Alain Riou journaliste à l’ancienne – c’est-à-dire ultramoderne – m’avait prêté un livre (qui m’a été ensuite volé) : « L’affaire Pétain », signé Cassius ( j’ai appris plus tard que c’était là le pseudo du grand chercheur Henri Guillemin ). Ce bouquin avait été publié en Suisse juste après la guerre. C’est dans ses pages que j’ai découvert l’envers d’une histoire qui n’était donc qu’un décor, du Potemkine. Celle qui a conduit la France à la catastrophe de 1940.

La véritable histoire, celle qui n’a pas été écrite à l’encre d’Epinal, nous dit que la défaite est le résultat d’un lent complot. Son ordre de mission, secret, s’inscrivait dans les petits papiers du Comité des Forges et ceux de son outil armé, La Cagoule : « Mieux vaut Hitler que le Front populaire ». Pétain, dans ce putsch, devait être notre Hitler, notre Mussolini, notre Franco français. Le guide gaulois au sein de l’Europe nouvelle. Etonnant pour un petit pépère, héros en retraire, qui, nous a-t-on claironné – n’a accepté le pouvoir qu’en faisant « don de sa personne à la France », pour nous « préserver du pire ».

J’ai ensuite potassé « L’étrange défaite » de Marc Bloch, un homme qui devrait être au Panthéon. Ou plutôt non. Puisqu’on y trouve maintenant un peu n’importe qui, au gré des livres lus à Emmanuel par sa grand-mère. Bloch est historien, militant de la paix torturé et assassiné par la Gestapo le 16 juin 1944.

Le fil de ce complot pétainiste est contenu dans l’ouvrage de Bloch écrit en 1940 mais publié six années plus tard. L’intellectuel résistant a déjà percé le mystère de la défaite d’une France qui, en 1939, avait « la première armée du monde »… Et Bloch de nous expliquer avec calme comment l’élite bancaire et la haute bourgeoise ont livré le pays aux nazis : pourquoi le Maréchal était là.

Le dernier clou dans le cercueil de cette histoire fausse comme un jeton, je l’ai planté en dévorant « Le Choix de la défaite » d’Annie Lacroix Riz. Une femme à laquelle, en guise de pardon, Macron devrait envoyer une gerbe de fleurs. Les preuves sur Pétain étirant son crime sont, dans cette Bible, les notes secrètes, les rencontres cachées, les extraits de livres et de journaux, les télégrammes, les arrêtés et lois scélérats. En lisant Lacroix Riz, en devenant intime avec les bourreaux, on éprouve la honte rétroactive du complice. On devient le secrétaire, le greffier du complot de Laval et Pétain. Puisque ces deux-là ne se sont pas découverts en 1940, puisqu’ils ont préparé leur coup de l’Etat Français bien avant la débâcle. Ainsi c’est un comploteur factieux, un assassin de la République qui a pris le pouvoir. Pas du tout un maréchal gâteux, à moustaches, qui aimait les fleurs les chiens et prendre les petites filles sur ses genoux.

Maintenant, tordons le bâton de ce Pétain « héros de Verdun », qui a fait image d’Epinal dans la pensée du Président. En 1940, alors ministre des Colonies, Georges Mandel écrit : « C’est une erreur que de nommer Pétain au cabinet. Il était défaitiste durant la guerre. Je crois que nous allons vers un armistice. Sa présence en est une preuve ». Tiens, ça ne coûte pas cher et ça peut éviter des grosses bêtises, abonnons l’Elysée à la revue « Historia ». Elle n’est pas académique mais écrit souvent juste. L’an dernier le magazine historique publie, sous la signature de Jean-Yves Le Naour, docteur en histoire, un article très clair intitulé : « Pétain l’imposture de Verdun ». Voilà. Au printemps, au moment de préparer les cérémonies de novembre, il suffisait de demander à Benalla (qui était encore au staff) de traverser la rue et de se procurer « Historia »… Pardon, cher docteur Le Naour, si je cite votre texte à la hache, il s’agit donc de Verdun en1916 :

Jacques-Marie Bourget

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