Observatoire Géostratégique

numéro 256 / 11 novembre 2019

APRES BEN LADEN, BAGHDADI NOMINE A HOLLYWOOD !

Selon plusieurs sources militaires et diplomatiques, la rédaction de prochetmoyen-orient.ch peut confirmer que ce sont bien les services secrets turcs – à la demande expresse du président Recep Tayyip Erdogan – qui ont informé le Pentagone du lieu exact de la présence d’Abou Bakr al-Baghdadi – le chef de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) – dans la localité de Baricha (gouvernorat d’Idlib) au nord-ouest de la Syrie. Durant la nuit du 26 au 27 octobre dernier, un commando des forces spéciales américaines a pu, ainsi tué le chef terroriste.

En offrant sur un plateau d’argent la tête de celui que Washington présente comme « l’homme le plus recherché du monde », le président turc s’est ainsi assuré du plein soutien américain à son intervention militaire dans le nord de la Syrie. Vu d’Ankara, ce nouveau gage médiatique – fourni à Donald Trump pour sa campagne électoral -, visait aussi à rééquilibrer l’ensemble d’une opération turque ayant surtout bénéficié d’un feu vert russe ! D’une pierre trois coups : l’intervention turque confirme le retrait militaire américain. Elle met fin à la fantasmagorie du « Rojava ». Et surtout, elle permet aux autorités syriennes de reprendre pied à l’Est de l’Euphrate.

Toujours est-il qu’Ankara a pu ainsi se débarrasser – à bas prix – d’un chef jihadiste devenu très encombrant, tant ce dernier aurait pu révéler comment les services secrets turcs avaient pleinement participé à la création de Dae’ch dès 2013, et comment ces mêmes services – avec l’aide de plusieurs mouvements de l’extrême-droite turque – avaient facilité (à partir de l’été 2011) l’acheminement en Syrie de milliers de jihadistes ouïghours venus du Xinjiang (nord-ouest de la Chine) et d’autres combattants islamistes en provenance de Tchétchénie et d’autres parties du Caucase.

Dans tous les cas de figures, la neutralisation du chef de Dae’ch s’inscrit dans la plus belle tradition hollywoodienne, images et « plan com » à l’appui. Renouant avec la machinerie-western de l’invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003, lorsque les chasseurs de prime des forces spéciales traquaient Saddam Hussein et son entourage dont les visages avaient été reproduits dans un jeu de cartes à jouer au poker, l’opération des forces spéciales américaines qui a permis de neutraliser Baghdadi en rappelle une autre…

RETOUR SUR IMAGE

Le 2 mai 2011, une vingtaine de soldats des SEAL (commandos de l’US Navy), membre du Naval Special Warfare Development Group (DEVGRU) et du Joint Special Operations Command, placés sous l’autorité de la CIA, interviennent dans une villa de la banlieue d’Abbottabad au nord du Pakistan (la ville abrite plusieurs grandes écoles militaires). Lors d’un raid baptisé « Neptune’s Spear » (Trident de Neptune) qui dure une quarantaine de minutes, ils tuent le chef de la Qaïda – Oussama Ben Laden – et plusieurs personnes de son entourage. Le corps est identifié par test ADN et les techniques de « reconnaissance faciale », avant d’être immergé en haute mer. L’équipe du président Barack Obama met soigneusement en scène la séquence, multipliant photographies et déclarations de la « cellule de crise », insistant que sur le fait que la neutralisation de « l’ennemi public numéro 1 » serait bien l’aboutissement d’une enquête de plusieurs années.

A l’époque, nous avions eu la confirmation que les services américains connaissaient le lieu de villégiature de Ben Laden depuis plus de… quatre ans. D’entente avec l’ISI – les services spéciaux de l’armée pakistanaise qui avaient beaucoup à se faire pardonner pour leur soutien aux Talibans et à d’autres factions terroristes pachtounes -, la CIA attendait le feu vert de la Maison Blanche afin de choisir le moment propice et le plus opportun pour supprimer le chef de la Qaïda.

En premier lieu, il s’agissait de redorer le blason sécuritaire d’un président démocrate jugé quelque peu laxiste en matière de riposte anti-terroriste. Mais surtout en pleine séquence des dites « révolutions arabes », alors que la Maison Blanche espérait remplacer les régimes arabes vacillants par différentes formules misant sur la Confrérie des Frères musulmans (vieille amie des services américains depuis le milieu des années 1950), il fallait surtout éviter qu’Oussama Ben Laden ne tente de récupérer la vague de protestation parcourant la Tunisie, l’Egypte, la Libye, la Syrie, Bahreïn, etc.

Richard Labévière

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L’EUROPE « EN MÊME TEMPS » L’EMPIRE DU MILIEU !

« Exige beaucoup de toi-même et attends peu des autres. Ainsi beaucoup d’ennuis te seront épargnés » (Confucius). Cette maxime philosophique gagnerait à être médité par tout voyageur qui se rend en Chine. Qui plus est lorsqu’il s’agit d’un dirigeant occidental qui vit dans l’agitation permanente alors que ses interlocuteurs ont l’éternité devant eux. Du 4 au 6 novembre 2019, le président de la République, Emmanuel Macron effectue sa deuxième visite officielle en Chine (Shangaï à l’occasion de la deuxième foire des importations, pour la dimension économique et commerciale, puis Pékin pour l’aspect plus diplomatique). Il serait bien inspiré de se souvenir que le logiciel de pensée occidentale n’a pas cours du côté de la Grande Muraille. Il serait également bien inspiré de se souvenir que les grandes tapes dans le dos, les accolades appuyées, les embrassades spontanées ne sont guère appréciées par l’équipe de Xi Jinping.

Lorsque l’on traite avec les Chinois, on traite avant tout avec les représentants d’un État, qui estime avoir trop longtemps été humilié, dans le passé et estime aujourd’hui avoir droit au traitement qui s’attache à une grande puissance. Ignorer ces prémices, c’est se promettre quelques lourdes désillusions sur tous les plans (diplomatique, géopolitique, économique, financier, commercial, culturel…) à l’issue de sa visite officielle. Depuis la première visite en Chine d’Emmanuel Macron, en janvier 2018, plusieurs paramètres ont évolué. La situation intérieure chinoise est moins florissante qu’elle ne l’était il y a deux ans. Nous évoluons dans un environnement international particulièrement volatil.

Enfin, la relation bilatérale franco-chinoise manque de densité dans divers domaines. Telle est la triste réalité de ce monde en cette fin d’année 2019, année de tous les dangers dont le président de la République doit impérativement tenir compte. En définitive, si l’on examine objectivement le contenu concret de cette visite du chef de l’État français, il ne faut pas se faire la moindre illusion. Son principal succès tient plus à son existence qu’à ses résultats tangibles tant elle était délicate1.

UNE SITUATION INTÉRIEURE CHINOISE MOINS FLORISSANTE

L’ilot de stabilité, pour ne pas dire de grande stabilité, que constituait la Chine tenue par une main de fer par la « dream team » de Xi Jinping, semble en partie appartenir au passé même si la situation n’a rien de comparable avec celle que connaît la France. La Chine continue toutefois de dérouler ses nouvelles routes de la soie avec volontarisme et détermination2. Trois sujets méritent une attention particulière.

Le pouvoir de Xi Jinping sur le Parti communiste chinois

Le fonctionnement du pouvoir en Chine demeure un sujet d’étonnement, d’interrogation pour ne pas dire un grand mystère pour les esprits occidentaux. Nous devons impérativement ne pas perdre de vue cette importante donne. Les sinisants et sinologues (comme il y avait des kremlinologues au temps de l’URSS) particulièrement distingués nous expliquent fort doctement que Xi Jinping, secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) semblait (notons l’utilisation d’un conditionnel) avoir consolidé son pouvoir à l’issue du dernier plénum du comité central qui s’est tenu à Pékin du 28 au 31 octobre 20193. Et, nous n’avons aucune raison objective de ne pas nous fier à leur jugement de connaisseurs de la maïeutique chinoise, de mettre en doute leur analyse fondée sur une exégèse fine des discours, des communiqués et autres proses adoptés dans ces cénacles. Et, cela après les mauvais résultats enregistrés au cours des derniers mois par le Grand Timonier Xi Jinping : croissance économique en berne après de nombreuses années de progression insolente, tensions commerciales et stratégiques avec l’administration américaine de Donald Trump, troubles persistants à Hongkong… En un mot, les motifs d’insatisfaction ne manquaient pas et ne manquent pas mais l’homme fort du régime aurait passé avec succès son examen de passage. En dépit des critiques sous-jacentes formulées par la jeune garde à l’égard de son management et de sa gouvernance, Xi Jinping aurait fait prévaloir sa ligne faite de fermeté et d’adaptation aux changements inévitables induits par la modification de la donne géopolitique. Mais à l’issue de ce bras de fer dont il semble être sorti vainqueur pour le moment, qu’adviendra-t-il sur le court et le moyen terme ? Nul ne le sait véritablement. Affaire à suivre de très près.

La dégradation de la situation à Hongkong

Alors que certains experts pensaient à une réédition de la méthode forte employée contre les étudiants de la place Tienanmen (avril-juin 1989) pour mater la contestation de la jeunesse à Hongkong en 2019, rien ne s’est passé et ne se passe comme prévu. La situation locale n’a pas permis de faire donner les chars pour ramener à la raison les contestataires qui ne désarment pas depuis plusieurs mois4. Les formules gravées dans le marbre (« gouverner de façon rigoureuse les régions administratives spéciales de Hongkong et de Macao, en stricte conformité avec la Constitution et la Loi fondamentale qui les régit ») semblent n’avoir qu’une prise relative sur la réalité locale tant l’attachement à la démocratie semble fort à Hongkong. À tel point que l’on envisage sérieusement la destitution du chef de l’exécutif et des principaux fonctionnaires qui auraient failli à leur mission par manque de fermeté. À titre d’exemple, on estime que les jours de Carie Lam à la tête de l’exécutif de Hongkong seraient comptés. Rappelons, qu’actuellement, le chef de l’exécutif est choisi par un collège de 1200 personnes, en majorité favorable à Pékin. Malgré sa supposée « supériorité », le système chinois de gouvernance ne semble avoir réponse à tout. Que dire si la contestation faisait tâche d’huile ailleurs que sur le rocher et donnait des idées à d’autres dans les mois et les années à venir ! Une sorte de « printemps chinois » incontrôlé et incontrôlable… Nous sommes sur le terrain de la science-fiction mais parfois la réalité peut dépasser la fiction comme l’histoire nous l’a amplement démontré, il y a trente ans déjà avec la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS. Aucune hypothèse ne peut et ne doit être exclue par les prévisionnistes qui ne sont pas légions dans les allées du pouvoir jupitérien.

Les interrogations sur la stabilité économique

Force est de constater que, c’est du côté de la situation économique, que viennent les principales interrogations concernant l’avenir et la stabilité de la Chine. Ce qui faisait sa principale force tant sur la scène intérieure qu’extérieure n’est-il pas en train de se transformer en faiblesse… durable ou éphémère, là est la question qui est loin d’être tranchée, y compris par les meilleurs économistes de la planète ? Que nous disent-ils aujourd’hui ?

La Chine est la seconde économie mondiale et le plus grand exportateur au monde. Le pays possède les plus importantes réserves de change au monde. La crise globale de 2009 a mis fin à une croissance à deux chiffres et a causé un ralentissement dans la stratégie de croissance basée sur les exportations. Cependant, la Chine a toujours l’une des croissances du PIB la plus rapide du monde et a cru de 6,6% en 2018. Grâce à la résilience de la demande extérieure, ainsi qu’à la consommation domestique significative, la croissance s’est renforcée, malgré les inquiétudes grandissantes concernant les risques financiers dans le cadre d’une restructuration économique menée par le gouvernement communiste. Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine devraient toutefois commencer à affecter la croissance en 2019. Par conséquent, le PIB devrait diminuer légèrement en 2019 et 2020, pour atteindre 6,2%, selon les estimations du FMI.

À la fin de 2018, l’inflation atteignait 2,2%, soit légèrement plus qu’en 2017 (1,6%). Dans les deux prochaines années, l’inflation devrait rester stable à 2,4% et 2,7% en 2019 et 2020 respectivement. La dette publique est un sujet préoccupant en Chine. Bien que le chiffre officiel pour 2018 soit de 50,1%, le nombre réel serait beaucoup plus élevé et devrait augmenter dans les années à venir. On estime que le ratio dette / PIB de la Chine était en réalité de 300%, ce que Forbes considère comme le plus gros problème du pays. Le niveau de crédit chinois est élevé par rapport aux niveaux internationaux : la dette des entreprises a atteint 165% du PIB et la dette des ménages (bien que toujours faible) a augmenté de 15% du PIB au cours des cinq dernières années. L’an dernier le gouvernement a envisagé de réduire les dépenses de son budget et le président Xi Jinping a déclaré que la réduction des prêts aux grandes entreprises d’État était « la priorité des priorités ». La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, ainsi que les politiques visant à réduire l’endettement et la présence de banques parallèles, empêchaient les entreprises d’obtenir des financements en 2018. Cela a toutefois incité les autorités à prendre des mesures d’assouplissement monétaire, telles que permettre aux banques de proposer davantage de prêts aux petites entreprises.

Guillaume Berlat
11 novembre 2019

1 Frédéric Lemaître/Cédric Pietralunga, Voyage délicat de Macron en Chine, Le Monde, 3-4 novembre 2019, p. 4.
2 Guillaume Berlat, Routes de la soie : du rêve au cauchemar ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 août 2019.
3 Frédéric Lemaître, Xi Jinping renforce encore son pouvoir sur le Parti communiste chinois, Le Monde, 3-4 novembre 2019, p. 4.
4 Brice Pedroletti, À Hongkong, la génération radicale s’organise pour durer, Le Monde, 6 octobre 2019, pp. 1-2-3.

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HOMMAGE NATIONAL RENDU AU SOLDAT MONTPELLIERAN RONAN POINTEAU – Le Midi-Libre, 7 novembre. C’est un hommage national extrêmement poignant qui a été rendu à Ronan Pointeau par la ministre des Armées, Florence Parly, ce mercredi après-midi à la caserne Baquet de Valence (Drôme). Comme un retour à la maison pour ce brigadier, tué dans l’exercice de ses fonctions samedi dernier au Mali, après le déclenchement d’un engin explosif improvisé au passage de son véhicule blindé. Une attaque, revendiquée par le groupe « État islamique », qui lui aura été fatale alors qu’il n’avait que 24 ans.

Huit de ses amis ont porté le cercueil

C’est en effet ici, au sein de ce 1er régiment des Spahis, le 7 juin 2016, que le jeune Montpelliérain a souscrit un contrat d’engagé volontaire de l’armée de Terre. Dans cette garnison qu’il a reçu sa formation initiale durant laquelle il s’est distingué parmi les meilleurs. Et, comme une fatalité, c’est dans cette cour d’honneur, emplie d’émotion, que son cercueil, accompagné de la sonnerie aux morts, est arrivé, sur les épaules de huit de ses amis qu’il avait désignés avant de partir en mission. Outre ses parents et ses frères d’arme du Spahi, la cérémonie a en effet été marquée par la présence de trois cents de ses amis qui avaient fait le déplacement pour lui adresser un dernier adieu. « C’est une très grande fierté pour nous de voir qu’il a su créer une aussi grande famille autour de lui. C’était un être exceptionnel qui rayonnait et qui était fédérateur, reconnaît Axel Chow, l’un de ses meilleurs amis. On a eu la possibilité d’aller visiter sa chambre et, après la cérémonie, on est allés se recueillir dans une chapelle où l’artiste peintre montpelliérain Gaëtan Vaguelsy a dévoilé une toile en son honneur. C’était d’une émotion extrême ».
 
 
UN(E) MORT DE TROP, UN(E) MORT POUR RIEN ! Guillaume Berlat.

« Seule la mort est inutile » (Le crépuscule des Elfes, Jean-Louis Fetjaine).

Mais, y-a-t-il des morts plus inutiles que d’autres ? Nous avons la faiblesse de le penser surtout lorsque la mort enlève à la vie des jeunes citoyens morts pour rien – y compris lorsqu’il s’agit de militaires professionnels -, si ce n’est pour le simple caprice d’un prince, d’un gamin que les Français ont eu la faiblesse d’installer à l’Élysée pour cinq ans. Un président de la République qui peine à comprendre la nouvelle grammaire des relations internationales, les linéaments de la géopolitique, de la diplomatie, de la guerre et de la paix si ce n’est sous le prisme de son ego et de son narcissisme. Le 2 novembre 2019 nous apporte une information troublante.

Un jeune français est mort inutilement et bêtement dans le nord du Mali. Pour quoi ? Pour qui ? La cérémonie organisée, le mardi 5 novembre 2019 vers 17 heures, aux Invalides a été expédiée en une dizaine de minutes. Durée à mettre en rapport avec la pompe ayant présidé à l’hommage en l’honneur de Jacques Chirac. Un délinquant (il a été condamné et n’a jamais fait appel de sa condamnation) et peut-être plus à en croire ce qui se murmure quarante ans après la mort troublante de Robert Boulin.

Après le traditionnel exposé des faits (la vérité des faits dans ce qu’ils ont de plus objectif), il importe de les commenter sans le moindre tabou (le commentaire dans ce qu’il a de plus subjectif mais aussi d’éclairant d’une réalité peu engageante).

DE LA RÉALITÉ DES FAITS : UN MORT SUPPLÉMENTAIRE AU MALI

Triste nouvelle en ce pont de la Toussaint. Un militaire français, le brigadier Ronan Pointeau a été tué lors d’une opération le 2 novembre 2019 au Mali, après « le déclenchement d’un engin explosif improvisé au passage de son véhicule blindé », a annoncé le soir-même l’Elysée dans un communiqué1. C’est le 31e soldat français à avoir trouvé la mort au Sahel depuis janvier 2013 et le début de l’opération Serval, déclenchée pour permettre de ramener la paix au Mali. Les réactions habituelles de nos plus hautes autorités de l’État ne se sont pas faites attendre. Le traditionnel concert de lamentations sur la mode de la compassion hypocrite.

Le président de la République. Emmanuel Macron a aussitôt salué « le sacrifice » du militaire, et exprimé « ses pensées vers ses camarades engagés dans les opérations au Sahel », « ainsi que vers leurs frères d’armes des armées sahéliennes, qui paient un lourd tribut dans la lutte contre le terrorisme ». Plus tard dans la soirée, l’Etat islamique a revendiqué l’attaque à la bombe qui a tué le brigadier Ronan Pointeau. Quelques minutes plus tôt, un communiqué de Daech revendiquait également avoir organisé l’attaque d’une base militaire malienne, dans laquelle 49 soldats sont morts vendredi.

La ministre des Armées. Florence Parly va se rendre « très prochainement au Mali » afin de s’entretenir avec les autorités maliennes. Ronan Pointeau faisait partie du 1er régiment de Spahis de Valence. Selon Florence Parly, le brigadier français a succombé à ses blessures « après l’explosion d’un engin explosif improvisé près de Ménaka au Mali », près de la frontière avec le Niger.

« Dans un contexte sécuritaire dégradé, la mort du brigadier Ronan Pointeau nous montre que le combat contre les groupes terroristes qui sévissent au Sahel n’est pas terminé et notre détermination à le poursuivre est entière », a expliqué la ministre dans un communiqué. Elle effectue dans la foulée une tournée dans la région2. Et pour faire bonne mesure, elle annonce la mort d’un chef djihadiste influent, il y a un mois, au Mali par l’armée française.

Pour sa part, le Chef d’état-major de l’armée de Terre a publié un tweet ainsi libellé : « Profonde émotion à l’annonce du décès en opérations du brigadier Ronan POINTEAU. Pensées émues à sa famille et ses proches, ainsi qu’à ses camarades du @1erSpahis. Toute l’@armeedeterre salue l’engagement de notre frère d’armes. #FiersDeNosSoldats »3.

Après le temps de l’émotion, du recueillement, doit venir celui de la réflexion, du commentaire des faits bruts ! Et, le moins que l’on soit autorisé à dire est que cette affaire pose de très graves questions sur les règles d’engagement de nos forces armées sur des théâtres d’opération extérieures sur le long terme.

DU COMMENTAIRE DES FAITS : UNE PRÉSENCE IRRESPONSABLE AU MALI

Plusieurs angles d’attaque sont nécessaires pour mieux appréhender le contexte géopolitique prévalant dans le Sahel et la situation intérieure au Mali qui ne cesse de se dégrader depuis le début de l’opération « Serval » au Mali déclenchée en 2013 par François Hollande pour prévenir le déferlement de colonnes d’islamistes vers la capitale Bamako. Toutes questions qu’il est de bon ton de ne pas se poser pour éviter d’avoir à y répondre. Un grand classique de la politique française qui a pour nom politique du chien crevé au fil de l’eau.

Une présence militaire française aussi inutile et coûteuse (humainement et financièrement) qu’inefficace. Alors que ce jeune militaire perdait la vie en plein désert, Emmanuel Macron passait un agréable week-end en amoureux avec Brigitte en Normandie dans un relais et châteaux de grand luxe – à ses frais, nous dit-on – pour se remettre des fatigues de son déplacement dans l’Océan indien et prendre des forces avant son voyage en Chine. Pouvait-il imaginer que des militaires français faisaient une sale guerre dans le Sahel. Pour qui ? Pour quoi ? Avec quels résultats objectifs pour la sécurité de la région et pour celle de l’Europe, France en particulier depuis la transformation de l’opération Serval – limitée au Mali – en opération Barkhane4 – couvrant une zone plus grande que l’hexagone – au fil du temps ?5 Les réponses à ces questions se trouvent dans les questions. Nombreux sont les experts – civils et militaires – qui estiment que la plaisanterie a assez duré6. En effet, nous ne pouvons gagner la guerre contre le terrorisme. A-t-on déjà vu une victoire militaire contre une idéologie ? Combien de morts français faudra-t-il pour que nous comprenions que le Sahel est devenu notre « Afghanistan de proximité » (Jean-Claude Cousseran) ? Combien de morts maliens faudra-t-il pour que nous comprenions que le Mali est en passe de se transformer en État failli tant la corruption, le népotisme, la misère, l’incurie… l’emportent sur la nécessité de reconstruire un État fort ?7 Quand tirerons-nous les conséquences qui s’imposent de la chronique de cet échec annoncé ?8 Quand ne poserons-nous pas la question d’un troisième front comme le fait Florence Parly ?9

Une attitude jupitérienne indécente et inapproprié dans le contexte social français actuel. Alors que ce jeune militaire perdait la vie en plein désert, Emmanuel Macron passait un coup de téléphone de plus d’un quart d’heure – nous précise notre vénéré clergé médiatique – pour féliciter Jérôme Garcès, notre compatriote et lui exprimer sa fierté pour le rugby français après sa prestation au Japon où il a arbitré la finale de la coupe du monde de rugby entre Anglais et sud-africains (2 novembre 2019). Est-ce bien pour cela que les Français ont mis à la tête de l’État ce fringuant quadragénaire ? N’a-t-il pas mieux à faire tant sur la scène intérieure que sur la scène internationale que de perdre son si précieux temps à de telles âneries ? N’était-ce pas le rôle de la ministre des Sports, Roxana Maracinenau, ex-championne de natation qui aurait parfaitement fait le « job » ? C’est à se demander si le chef de l’État n’est pas tombé sur la tête et s’il ne mériterait pas d’effectuer un petit séjour salvateur dans un service spécialisé du Centre hospitalier Saint-Anne sis 1 rue Cabanis dans le XIVe arrondissement de Paris ? Emmanuel Macron, épuisé par ses très/trop courtes nuits de repos, n’était-il pas en train de ne plus savoir ce que signifie raison garder ? Qui, dans son entourage le plus proche composé de courtisans serviles et de pleutres de la pire espèce, serait en mesure de l’inciter à la modération dans son propos, dans son action tout en établissant des priorités indispensables à ce niveau de responsabilité ? Et, bien d’autres questions légitimes se posent au moment où Jupiter aborde l’acte II de son quinquennat. Mais, heureusement, nous apprenons que le chef de l’État espère profiter de la mi-mandat pour reprendre la main et ne plus subir l’actualité10. Surtout, lorsque l’on pense au traitement indigne réservé à ceux qui nous avaient aidés en Afghanistan11.

« Aucune victoire ne vaut un mort ».

En dernière analyse, toute cette tragédie sahélienne, qui se déroule à plusieurs milliers de kilomètres de l’hexagone est-elle raisonnable ? A-t-elle encore une raison d’être dans un contexte géopolitique et sécuritaire totalement différent en 2019 de celui qui a justifié l’intervention décidée par François Hollande en 2013 ? Pourquoi l’opération Barkhane n’est-elle pas une opération de l’OTAN ou de l’Union européenne, signifiant par là-même l’existence d’une réelle solidarité entre alliés, entre partenaires ? Pourquoi continuons-nous à jouer les fiers-à-bras en pure perte alors que nos militaires auraient mieux à faire que de servir de cibles à des terroristes ? Le moins que l’on puisse dire aujourd’hui est que la mort stupide le brigadier Ronan Pointeau, intervenue en ce jour des morts, est un(e) mort de trop, un(e) mort pour rien. Nous adressons toutes nos plus vives et sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

1 Ronan Pointeau, jeune brigadier tué au Mali, La Croix, 4 novembre 2019, p. 9.
2 Sophie Douce, Burkina Faso : l’assistance à double tranchant de Paris, Le Monde, 6 novembre 2019, p .4.
3 Gaël Vaillant, Un militaire française tué au Mali par un engin explosif, www.lejdd.fr , 3 novembre 2019.
4 Nicolas Barotte, Dans l’impasse au Sahel, « Barkhane » cherche une autre stratégie, Le Figaro, 10 octobre 2019, p. 7.
5 Christophe Châtelot/Nathalie Guibert, Au Sahel, les limites de l’action militaire, Le Monde, 5 novembre 2019, pp. 1-2.
6 Le vague à l’âme des généraux, Le Canard enchaîné, 6 novembre 2019, p. 3.
7 Jean-Baptiste François, Les funestes affronts de Daech au Mali, La Croix, 4 novembre 2019, p. 9.
8 Bruno Clément-Bollée, La France doit repenser sa stratégie au Sahel, Le Monde, 5 novembre 2019, p .26.
9 Claude Angeli, Un troisième front pour l’armée française ?, Le Canard enchaîné, 6 novembre 2019, p. 3.
10 Olivier Faye/Cédric Pietralunga, Macron souhaite en finir avec les polémiques, Le Monde, 5 novembre 2019, p. 9.
11 Jérôme Canard, Engagé par l’armée, dégagé par la France, Le Canard enchaîné, 6 novembre 2019, p. 4.


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BRESIL : LULA SORT DE PRISON – Le Monde, 8 novembre.

L’ancien chef de l’Etat, condamné dans l’affaire « Lava Jato », était sous les verrous depuis avril 2018 pour corruption. La justice a autorisé sa libération, vendredi. L’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010) a été libéré, vendredi 8 novembre, et a été accueilli à sa sortie par une véritable marée rouge de militants de gauche devant la prison de Curitiba, dans le sud du pays, après plus d’un an et demi d’incarcération. La justice brésilienne avait autorisé, une heure plus tôt, la libération de l’ancien président brésilien, condamné à l’issue d’un procès controversé pour corruption dans l’affaire « Lava Jato » (« lavage express »). Portant une veste sombre, Lula, 74 ans, est sorti à pied, souriant aux côtés de sa compagne, la sociologue Rosangela da Silva, embrassant chaleureusement des sympathisants et saluant la foule d’un poing levé. L’ancien chef de l’Etat avait engrangé une victoire juridique décisive, jeudi, à l’annonce d’une décision de la Cour suprême jugeant inconstitutionnelle la jurisprudence selon laquelle un condamné peut être emprisonné avant l’épuisement de l’ensemble de ses recours si sa condamnation a été confirmée en appel.

Suites de l’enquête « Lava Jato »

Approuvée par six voix contre cinq, la décision enterre une mesure mise en place il y a trois ans et qui a contribué au succès de l’enquête anticorruption « Lava Jato ». Cette enquête est centrée sur des entreprises du bâtiment et des travaux publics (BTP) qui ont arrosé de pots-de-vin des responsables politiques et d’anciens cadres d’entreprises nationales en échange de contrats avec la compagnie pétrolière nationale Petroleo Brasileiro (Petrobras) et avec d’autres sociétés. Lula avait été accusé d’avoir bénéficié d’un triplex dans la station balnéaire de Guaruja, près de Sao Paulo, en échange de contrats accordés à une entreprise du BTP. La perspective d’être emprisonné immédiatement après avoir perdu un premier procès en appel encourageait les suspects à négocier des accords de plaider-coupable avec les procureurs en leur fournissant des informations dans le cadre de l’enquête anticorruption. Le président de la Cour suprême, Jose Antonio Dias Toffoli, dont la voix a été décisive, a déclaré que les libérations ne seraient pas automatiques mais décidées par les tribunaux au cas par cas.

Les procureurs de « Lava Jata » déplorent la décision

Le magistrat Sergio Moro, qui a conduit l’enquête « Lava Jato » avant de devenir ministre de la justice du gouvernement de Jair Bolsonaro, avait averti avant la décision de la Cour suprême que revenir sur cette interprétation du code pénal constituerait un grand revers infligé à la lutte contre la corruption. Les procureurs de « Lava Jato » ont déploré une décision qui compliquera leur tâche et favorisera l’impunité en raison des procédures d’appel « excessives » du système judiciaire brésilien. Le Parti des travailleurs (PT), dont est issu Lula, a salué l’arrêt de la Cour suprême. Sa présidente, Gleisi Hoffmann, l’a qualifié d’« étape très importante pour renforcer la démocratie et la Constitution à un moment où elles sont menacées par un gouvernement d’extrême droite ». Selon le Conseil national de justice, près de 4 900 personnes pourraient potentiellement bénéficier de cet arrêt. Le barreau brésilien a fait valoir que la prison obligatoire violait la Constitution en ne respectant pas la présomption d’innocence des accusés tout au long de la procédure d’appel.

 

YEMEN : DANS L’IMPASSE MILITAIRE, L’ARABIE SAOUDITE EN QUÊTE DE DIALOGUE AVEC LES HOUTHIS – RFI, 7 novembre.

L’Arabie saoudite a annoncé mercredi être en « contact » avec les rebelles houthis. Signe que Riyad a besoin de trouver une issue à la guerre au Yémen. L’Arabie saoudite a brisé un tabou mercredi en reconnaissant des « contacts » avec les rebelles houthis du Yémen qu’elle combat depuis 2015. L’intervention de la coalition commandée par l’Arabie saoudite a fait des milliers de victimes et provoqué un désastre humanitaire, sans pour autant vaincre la rébellion chiite des Houthis. C’est pourquoi le royaume saoudien cherche une issue autre que militaire, comme l’explique Helen Lackner, spécialiste du Yémen au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR). « Il est très clair que c’est dans l’intérêt de l’Arabie saoudite de trouver une solution et de finir cette guerre qui initialement devait, selon les Saoudiens, probablement durer quelques semaines, rappelle-t-elle. Donc il est vraiment temps de trouver une solution ». « Disons que les Saoudiens ne gagnent pas cette guerre, c’est parfaitement clair, poursuit la spécialiste. Ils doivent quand même s’en rendre compte maintenant, s’ils ne l’ont pas déjà fait. Le problème, la dernière fois qu’il y a eu des discussions, c’est qu’ils étaient vraiment sur le point d’avoir un accord, mais les deux côtés ne veulent pas perdre la face. Et les Houthis veulent en fait humilier les Saoudiens, et naturellement, les Saoudiens veulent au moins prétendre qu’ils n’ont pas perdu. » Mardi, le gouvernement yéménite et les séparatistes ont signé un accord de partage du pouvoir. Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU l’ont salué mercredi dans une déclaration approuvée à l’unanimité « les efforts de médiation du Royaume d’Arabie saoudite », estimant que « cet accord représente une étape positive et importante vers une solution politique globale et inclusive pour le Yémen ». Un accord « rendu possible » par Riyad a salué de son côté la France.

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En Syrie de 2005 à 2010, dans quelques villes, se déroulait un projet pilote visant à la modernisation et au renforcement des municipalités, avec l’assistance d’experts européens, certains d’origine syrienne. Ces projets venaient d’être renouvelés quand survinrent les manifestations du printemps 2011, puis la suspension stupide de sa coopération par l’Union Européenne. Des Kurdes de Syrie du Nord-Est s’arrangèrent avec le gouvernement central sur un modus vivendi évitant de déployer l’armée syrienne dans leur région, éloignée des zones d’infiltration de mercenaires depuis la Jordanie, le Hatay turc et la Beqaa. Ils entreprirent alors de gérer les administrations locales, sur un modèle américain utopique, et communiquèrent là-dessus. Après le récent compromis arrangé par la Russie, face à l’avancée de l’armée turque avec ses mercenaires syriens, certains dirigeants kurdes syriens espèrent que leur système du « Rojava » influencera toute la Syrie, à travers la réforme constitutionnelle en discussion. Chiche !

Bernard Cornut

 

  1. Le problème n’est pas tant la laïcité que l’Islam politique ou ‘islamisme’, lié à la criminalité (des Frères Musulmans à Daech). Que l’on fiche donc la paix aux Sikhs avec leur turban, aux femmes qui décident seules de se couvrir la tête, aux juifs et leur kippa ou aux religieuses qui portent l’habit. En revanche, qu’attend la République pour rétablir sa souveraineté sur les territoires abandonnés ?
  2. La difficulté avec Mélenchon, c’est qu’à partir d’une idée pas toujours idiote (comme celle de la RFA annexant la RDA il y a 30 ans), il jette ensuite le bébé avec l’eau du bain – et oublie que le joug communiste de l’URSS ne faisait pas vraiment l’unanimité. Un populiste qui réveille les assoupis, c’est utile. De là à lui confier le pouvoir ?
  3. Croissance zéro, dette insupportable, démographie en baisse, infrastructures obsolètes dans le Sud, services publics déficients, feux de forêt, maladie des oliviers, corruption endémique… Et sur fond de remontée électorale de Salvini, toujours autant de candidats aux élections italiennes pour affronter ces défis. C’est beau, l’amour du pays.
  4. Le Hezbollah est conspué au Liban – comme les représentants de l’Iran le sont en Irak, où le gouvernement tire à balles réelles sur les manifestants chiites. Complot américano-israélien, pour partie bien sûr même si on ne prête qu’aux riches. Et le peuple… ?
  5. Le Kurdistan n’existe pas. Personne ne s’en étonnera puisque le créer revenait à amputer la Turquie, la Syrie, l’Iraq : on comprend que le courage ait manqué à Lausanne en 1923. En revanche, les Kurdes existent, et c’est le dilemme d’Erdogan qui ne peut plus appliquer ‘la méthode arménienne’. Quoique… Il suffira de déporter en masse les réfugiés arabes syriens. La Turquie sait faire.

Dinall’uill

 

DONNEES : LE CONSEIL D’ETAT ET LE DROIT D’ACCES…

Dans un arrêt du 24 octobre 2019, le Conseil d’Etat délivre, une nouvelle fois, une lecture aussi étroite que possible de l’obligation de transparence pesant sur l’administration. Par une interprétation très restrictive de la loi, il affirme que l’accès aux données personnelles contenues dans des fichiers peut, dans certains cas, être mis en oeuvre par consultation et non par communication. 

La différence n’est pas anodine. Dans un cas, le demandeur peut seulement regarder, dans l’autre, il peut obtenir une copie. Or il a souvent besoin de ces informations pour nourrir un dossier contentieux, et il se trouve alors dans une situation beaucoup plus délicate, car le contenu de ces informations ne peut plus être attesté que par son seul témoignage.

Le droit d’accès indirect

La demande intervient dans le cadre de la procédure qualifiée de "droit d’accès indirect", utilisée pour obtenir communication et, éventuellement, rectification ou effacement des données personnelles contenues dans des fichiers particulièrement sensibles, en particulière les fichiers de police. Entendons-nous bien : ce "droit d’accès indirect" n’a rien d’un droit d’accès. La notion ne figure pas dans la loi et l’on pourrait même être surpris que le Conseil d’Etat l’emploie dans la rédaction de l’arrêt.

Lorsqu’une personne craint de figurer dans un fichier intéressant la "sûreté de l’Etat, la défense ou la sécurité publique", elle peut saisir la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) qui désigne parmi ses membres un magistrat, pour procéder aux investigations utiles ainsi qu’aux modifications éventuellement nécessaires si le contenu de la fiche n’est pas conforme à la loi. Tel est le cas lorsque les informations qui y figurent apparaissent "inexactes, incomplètes, équivoques ou périmées". Lorsque la Commission constate, en accord avec le gestionnaire du fichier, que les données stockées ne mettent pas en cause les finalités du traitement, elles peuvent être communiquées au requérant.

En l’espèce, le requérant, M. B., appuyait sa demande sur l’ancien article 41 de la loi du 6 janvier1978, mais les procédures n’ont guère changé et l’article 17 de la directive européenne « Police Justice » autorise aujourd’hui les Etats à maintenir ce droit d’accès indirect. Tout au plus observe-t-on que le décret du 1er août 2018 permet à la personne qui pense être fichée sur certains fichiers de police comme le Traitement des antécédents judiciaires (TAJ) d’adresser au ministère de l’intérieur une demande d’accès direct. Mais, en cas de refus, elle devra ensuite porter la question devant la CNIL, revenant ainsi au droit d’accès indirect.

M. B. a effectué ces démarches, en vue d’accéder aux informations le concernant, figurant dans un « fichier d’informations générales » géré par le ministère de l’intérieur. Il a obtenu un avis favorable de la CNIL, demeuré lettre morte. Il a ensuite obtenu du tribunal administratif une injonction sous astreinte à l’encontre du ministère. Celui-ci a finalement permis à M. B. de consulter sa fiche à la préfecture, mais il a refusé de lui en délivrer copie. Estimant que l’administration n’avait pas respecté son obligation de transparence, le requérant est donc retourné devant les juges, et il a, de nouveau, obtenu satisfaction. Le tribunal administratif, puis la Cour administrative d’appel (CAA) ont décidé de liquider l’astreinte et de donner au ministre une nouvelle injonction de délivrer copie des documents demandée. Heureusement pour le ministère de l’intérieur, il y a le Conseil d’Etat, qu’il a saisi en cassation.

Le pouvoir discrétionnaire du ministre

La question posée est assez simple : le droit d’accès peut-il s’exercer par simple consultation, sans communication du document demandé ?

La réponse du Conseil d’Etat est claire :  "Le responsable du traitement communique les informations sollicitées à la personne concernée selon les modalités qu’il définit". Et s’il limite l’information à une simple consultation, le demandeur doit tout simplement renoncer à obtenir copie du fichier. Le Conseil d’Etat attribue ainsi au ministre de l’intérieur le pouvoir discrétionnaire de refuser de communiquer des données personnelles concernant l’intéressé, alors même que celui-ci a obtenu de la CNIL et de la juridiction administrative une décision déclarant que ces informations ne sont couvertes par aucun secret et doivent lui être communiquées.

Le Conseil d’Etat heurte ainsi directement les principes généraux du droit de l’accès aux données. L’article L311-9 du code des relations avec le public prévoit ainsi qu’un document disponible sous forme électronique doit être communiqué "par courrier électronique et sans frais". Et la loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique ajoute que « toute mise à disposition effectuée sous forme électronique en application du présent livre se fait dans un standard ouvert, aisément réutilisable et exploitable par un système de traitement automatisé ».

Roseline Letteron

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