Observatoire Géostratégique

numéro 248 / 16 septembre 2019

NOTRE NOUVEL AMI POUTINE : C’EST PAS GAGNE !

« Il vient une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, il faut l’action » (Victor Hugo). Nul autre homme d’Etat n’a été autant fasciné par l’Histoire que le général de Gaulle. Sa très sûre et immense connaissance du passé européen, de la culture de l’Europe et de ses mythes, et la relation intense entre la France et la Russie étaient chacune partie intégrante de son univers mental et de son imaginaire. Le général de Gaulle voyait la Russie comme cet « allié de revers » indispensable à sa sécurité, mais plus encore parce qu’elle participait à sa conception de l’équilibre de l’Europe et de la place de l’Europe dans le monde1. Emmanuel Macron désire mettre ses pas dans ceux du général de Gaulle au moment où il aborde l’acte II de son quinquennat. La rencontre avec Vladimir Poutine au Fort de Brégançon (19 août 2019)2 et le discours devant la conférence des ambassadeurs et des ambassadrices3 marquent les deux temps forts de ce retour (salutaire et ô combien indispensable) à une diplomatie gaullo-mitterrandienne4 qui avait été perdue de vue au profit d’une diplomatie atlantiste prônée par « l’État profond »5. Il faudra plusieurs jours à notre clergé médiatique pour comprendre la signification réelle de cette (r)évolution, de cette nouvelle grammaire des relations internationales. Nous en avons un exemple éclairant avec la présentation relativement exhaustive que consacre le quotidien de référence, Le Monde à cette mue diplomatique jupitérienne sur le dossier russe à la veille de la rencontre 2+2 (ministre des Armées et des Affaires étrangères français et russe) du 9 septembre 2019 à Moscou (structure mise en sommeil il y a cinq ans déjà avec l’invasion de la Crimée).

Nos folliculaires préférés découvrent, divine surprise, que nous passons, insensiblement, de manière chaotique du monde d’hier6 au monde de demain et que nous sommes dans une période de transition qui suppose maints ajustements pour ne pas passer du rôle d’acteur sur la scène internationale à celui de spectateur hors la scène et hors les murs du théâtre. Pour illustrer ce changement de cap diplomatico-militaire rien de tel que de prendre connaissance de la volte-face de notre sympathique ministre des Armées, Florence Parly qui joue le rôle de perroquet d’Emmanuel Macron. Ce panorama du monde contemporain7 par le quotidien Le Monde ne serait pas complet sans faire référence aux opposants à ce rapprochement avec la Russie, à cette nouvelle alliance franco-russe. C’est que les atlantistes de tout poil et autres néocon n’ont pas dit leur dernier mot et se tiennent en embuscade pour tenter de démonétiser, avant de torpiller cette nouvelle idylle entre l’Élysée et le Kremlin8, d‘abord dans les dîners en ville, puis dans les allées du pouvoir.

LA MÉTAMORPHOSE DU MONDE

Pour une fois, la lecture fastidieuse du quotidien Le Monde nous semble agréable, distrayante, voire comique tant les mouches ont changé d’âne9.

Guillaume Berlat

1 Résumé de l’ouvrage d’Hélène Carrère d’Encausse, Le général de Gaulle et la Russie, Fayard, 2017, https://www.babelio.com/livres/Carrere-dEncausse-Le-general-de-Gaulle-et-la-Russie/1004828
2 Guillaume Berlat, Que restera-t-il du sommet de Brégançon ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 26 août 2019.
3 Jean Daspry, Cru 2019 du raout des ambassadeurs/ambassadrices : much ado about nothing, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 septembre 2019.
4 Ali Baba, Russie : la brusque conversion de Jupiter, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 septembre 2019.
5 Marc Semo, « État profond », Le Monde, 12 septembre 2019, p. 29.
6 Stefan Zweig, Le monde d’hier. Souvenir d’un Européen, Albin Michel, 1941.
7 http://www.afri-ct.org/2006/panorama-du-monde-contemporain/ , Centre Thucydide, 2005.
8 Guillaume Berlat, L’atlantisme : une passion française, www.prochetmoyen-orient.ch , 11 décembre 2017.
9 Marc Semo, Pourquoi Macron veut se rapprocher de Poutine. Macron assume son virage russe, Le Monde, 8-9 septembre 2019, pp. 1-2-3.

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LA NON-EPURATION EN FRANCE DE 1943 AUX ANNEES 1950 :
LA LECON MAGISTRALE D’ANNIE LACROIX-RIZ…

A Max Molliet, Bizule Novarina, Néné Jacquier, Du Fer et tous les autres.

En marge de ses tentatives pour comprendre, ou plus modestement pour proposer quelques contrechamps aux discours dominants sur les crises internationales, prochetmoyen-orient.ch a choisi, cette semaine, de parler d’un livre-événement1 dont la grande presse n’a pas parlé et, sans doute, ne parlera plus davantage. Certes, le maniement de cette somme de plus de 600 pages requiert une bonne musculation, mais aussi une lecture attentive, sinon symptômale, tant le sujet sonde en profondeur l’un des virages les plus obscurs de notre histoire contemporaine. Davantage encore, l’entreprise de l’historienne Annie Lacroix-Riz constitue une leçon magistrale de politique générale.

Si on ne la voit guère sur les plateaux de télévision, parce qu’elle passe plus de temps à déchiffrer les archives que dans les dîners en ville, Annie Lacroix-Riz n’est pas n’importe quelle historienne. Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Paris-7, on lui doit nombre d’ouvrages importants, notamment : Le Vatican, l’Europe et le Reich ; Le Choix de la défaite ; De Munich à Vichy ; Industriels et banquiers sous l’occupation ; Les Elites françaises – 1940/1944 ; De la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance américaine ; Aux origines du carcan européen – 1900/1960.

Annie Lacroix-Riz est aujourd’hui l’un de nos grands historiens de la Seconde guerre mondiale et de ses filiations à la fois plus anciennes et tellement actuelles. Impossible de résumer l’ouvrage, mais voyons plutôt quelques-unes de ses importantes découvertes.

« MIEUX VAUT HITLER QUE STALINE ! »

« Mieux vaut Hitler que Staline » : le mot d’ordre a non seulement inspiré bien des opposants au Front populaire – qui, de nombreuses façons, préparaient une débâcle de Mai 1940 acceptée comme une sorte de moindre mal avant de justifier Vichy et la collaboration avec l’occupant – ; mais il a aussi constitué l’un des fils rouges de la Libération, puis de la restauration de la France. Plus encore, la formule a aussi inspiré une machinerie à remonter le temps, servant à fabriquer une souveraine détestation de la Révolution française, de Robespierre et d’autres grands inventeurs de la République.

Sous les plumes de François Furet et Ernest Nolte notamment, la même machinerie a popularisé l’improbable équivalence entre nazisme et communisme théorisée par Hannah Arendt, confidente de Martin Heidegger qui venait de s’installer dans la chaire de philosophie qu’Edmund Husserl avait dû quitter pour fuir le régime nazi. Jusqu’à nos jours, cette imposture idéologique a survécu à travers les pantomimes médiatiques d’une « nouvelle philosophie » qui va traquer les « maîtres penseurs » initiateurs du Goulag, de Marx/Engels, de Hegel jusqu’à Platon et Aristote : leurs tentatives de « pensée totale » n’ayant été que de successives anticipations des totalitarismes de l’époque contemporaine.

Dans ce contexte idéologique très clivé, qui se transforme mais perdure depuis La Nuit de l’abolition des privilèges, les événements allant de 1943 aux années 1950 ont donné lieu à passablement de déformations, de contresens, sinon de trahisons. Durant cette période tourmentée, peut-on vraiment parler d’« épuration », celle promise sur les ondes de Londres et d’Alger contre les collaborationnistes et « assassins de patriotes » ? A l’appui d’une étude approfondie d’archives multiples, Annie Lacroix-Riz apporte les preuves que cette « épuration » n’a jamais eu lieu.

Alors que s’est imposée la fable dominante d’une « épuration sauvage » et spontanée persécutant les femmes coupables de « collaboration horizontale » – « femmes tondues » en place publique – et des notables ayant sciemment choisi Vichy et la collaboration avec l’occupant, le général de Gaulle et ses alliés politiques ont plutôt opté pour une « non-épuration » favorable au statu quo général des élites, inauguré par le Comité français de libération nationale d’Alger (CFLN). Cette posture bénéficia même à une multitude de criminels de sang tandis qu’étaient inquiétés nombre d’authentiques résistants !

Le mot d’ordre « Mieux vaut Hitler que Staline » survit aux conditions historiques de son émergence pour alimenter une mythologie2 dont nous sommes aujourd’hui loin, très loin d’être sortis.

MYTHOLOGIES DE L’EPURATION

La première de ces mythologies recouvre les « approximations contemporaines sur la chronologie et les effectifs ». Selon Jean-Paul Cointet, il n’y aurait eu en France qu’un maximum de 1500 à 2000 collaborateurs « de sang », d’ailleurs exécutés « sommairement » en 1944 (avant ou après la Libération ?), pour dénoncer les parias, remplir les prisons, torturer, déporter, fusiller, massacrer, et parvenir à un bilan civil que la statistique officielle chiffra après-guerre à près de 150 000 morts. Les « pertes humaines » civiles furent fixées en mai 1947 à 30 000 fusillés, 150 000 déportés « morts ou disparus, sur un effectif (incluant une fraction des 766 000 travailleurs « déportés » en Allemagne) de 95 000 « déportés politiques » et de 100 000 « déportés raciaux ».

« Les recherches en cours nous rapprochent de cet effectif » , estime Annie Lacroix-Riz ; « les décès en Allemagne de travailleurs forcés (dont l’effectif total n’a pas varié depuis la statistique officielle de 1947) sont estimés à environ 30 000, soit moins de 5% du total déporté ; le chiffre de 75 000 déportés juifs fait consensus général. Celui des fusillés après condamnation atteint « sans doute 15 000 à 20 000 exécutés et massacrés », dont 36% de « communistes ». Encartés, c’est possible, FTP, c’est invraisemblable : ce pourcentage, avancé sans source, est incompatible avec la correspondance policière française et allemande, monomaniaque sur les FTP. Les « exécutés sommaires sont bien plus nombreux que les fusillés par condamnations », surtout dans les régions de « maquis puissants », auxquels s’ajoutèrent les liquidés en masse de « nettoyage des prisons au moment du départ des Allemands », et tant d’autres, tués « lors des libérations des villes, condamnés en France et exécutés en Allemagne », massacrés en masse de la fin de l’hiver 1943/44 à l’été 1944.

Elle conclut : « on peut évaluer le nombre de morts par balles dans une volonté de répression entre 15 et 20 000, sans compter les autres morts en camp de concentration et au combat. Bien plus nombreux : de combien ? Deux fois plus que les 20 000 condamnés ». Sur ces évaluations, la recherche n’a pas dit ses derniers chiffres…

Largement reprise par les historiens officiels de la Seconde guerre mondiale, une deuxième mythologie vise à réduire l’importance opérationnelle de la Résistance française. Exemple : Olivier Wieviorka, spécialiste déclaré de la Résistance française semble considérer que celle-ci n’a eu qu’un rôle militaire négligeable. Seuls les Anglais et surtout les américains auraient, depuis le débarquement de Normandie, assumé la dimension militaire du territoire français comme dans toute l’Europe occidentale. Annie Lacroix-Riz de commenter : « cette dépréciation de la Résistance et de ses combats attire logiquement les éditeurs champions de « l’épuration sauvage .. et de la réhabilitation de Vichy ».

De cette caricature témoigne l’un des ouvrages de la collection que dirige M. Wieviorka – Le Maquis des Glières -, de son ancien doctorant et disciple Claude Barbier. L’auteur s’y propose d’abattre le « mythe (du) maquis des Glières » ou de démontrer à la fois que « la bataille des Glières n’a(vait) pas eu lieu » et que les « réprimants « (sic) français des Glières étaient de braves gens, miliciens taraudés par « un cas de conscience », répugnant « à combattre aux côtés de la Wehrmacht ».

L’ouvrage, tiré en 2014 de sa thèse, devait valider le postulat de son directeur de recherches et éditeur sur la débilité militaire d’une Résistance française (surtout FTP) par ailleurs politiquement féroce : il était donc logique que les « miliciens ne (vissent) aux Glières que des partisans de Staline prêts à employer les méthode (du) NKVD pour assassiner des milliers d’officiers polonais » à Katyn sans les distinguer (…) des membres de l’AS (Armée secrète) » dignes de plus de ménagements.

Richard Labévière
16 septembre 2019

1 Annie Lacroix-Riz : La Non-épuration en France de 1943 aux années 1950. Editions Armand Colin, août 2019.
2 Dans le sens de ce que Roland Barthes conceptualise dans ses Mythologies (Editions du Seuil, 1957), à savoir vider la réalité de sa dimension historique pour la transformer en une espèce de « nature éternelle » vouée au bons sens populaire, à la morale et à la haine du politique !

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TRUMP EGORGE LE DOCTEUR FOLAMOUR – Jean Daspry. « Il faut avoir confiance dans les surprises de la vie » Jean-Philippe Blondel. Aussi cavalièrement qu’il avait annoncé sa nomination en mars 2018, Donald Trump limoge le 10 septembre 2019 en deux messages lapidaires John Bolton, son conseiller à la sécurité nationale1. « J’ai informé John Bolton hier soir que l’on n’avait plus besoin de ses services à la Maison-Blanche », a écrit Donald Trump sur son compte Twitter, son moyen de communication favori. « Je suis en profond désaccord avec beaucoup de ses suggestions, comme d’autres membres de ce gouvernement, et c’est pourquoi j’ai demandé à John sa démission qu’il m’a remise ce matin. Je remercie John pour ses services. Je nommerai un nouveau conseiller à la sécurité nationale la semaine prochaine ». John Bolton annonce, pour sa part, qu’il a proposé sa démission la veille. Ce à quoi Trump lui aurait répondu qu’on en « parlerait demain ». Sa présence était encore programmée mardi matin à un point de presse à la Maison-Blanche, une heure avant l’annonce de son départ2. Retour sur la présence d’un conseiller pyromane, un va-t-en-guerre à la Maison Blanche, utile pour démontrer sa fermeté vis-à-vis de l’étranger Conseiller devenu très encombrant, voire nuisible lorsque le président des États-Unis veut mettre dans la colonne succès du bilan de son mandat les conflits évités ou résolus, sujet important de son programme électoral de 2016.

UN CONSEILLER UTILE POUR DÉMONTRER LA FERMETÉ DE L’ONCLE DONALD

Dans le portrait que nous dressions de John Bolton à l’occasion de sa nomination à l’un des postes les plus prestigieux de la Maison Blanche, celui de conseiller à la sécurité nationale, nous mettions en évidence trois traits de son caractère à la lumière de son expérience passée de l’administration américaine : un faucon parmi les faucons, un unilatéraliste dogmatique, un voyou de haute lignée3.

Adepte de la « paix par la force », on le classe volontiers parmi les « poseurs de bombes ». Le radical et doctrinaire John Bolton n’apprécie ni le multilatéralisme, ni son expression la plus visible qu’est l’Organisation des Nations unies. Ne disait-il pas en 1994 que « Les Nations unies n’existent pas » ? Et d’ajouter, pour que sa pensée – toujours très claire au demeurant avec ses phrases chocs– soit parfaitement comprise : « Ce qui existe, c’est une communauté internationale qui peut être occasionnellement dirigée par la seule véritable puissance mondiale, quand cela sert nos intérêts ». Il complète utilement son propos par sa formule : « L’ONU, ça n’existe pas, l’immeuble à New York a 38 étages. Il pourrait bien en perdre dix, cela ne ferait aucune différence ». John Bolton exècre les normes internationales et les structures multilatérales en charge de dire le droit surtout au peuple à la « destinée manifeste ». C’est le moins que l’on soit autorisé à dire. John Bolton aime bien se trouver à la tête de coalitions de volontaires, de coalitions d’idiots utiles comme il en trouve à l’Alliance atlantique. Lors de ses dix-huit mois passés à ce poste stratégique à la Maison Blanche, il a pu démontrer l’immensité de ses talents de dur, de partisan de la guerre totale comme mode privilégié de règlement des conflits (le changement des régimes) lorsque l’on est à la tête d’un peuple élu. John Bolton aurait voulu régler définitivement leurs comptes aux Nord-coréens (dont Donald Trump minimisait les tirs de missiles) et aux Iraniens en leur expédiant quelques têtes nucléaires (à qui Donald Trump fait des avances diplomatiques). Notons au passage qu’il n’a jamais voulu reconnaître les conséquences négatives de la deuxième guerre d’Irak de 2003 dont il a été parmi l’un des plus ardents défenseurs (décision qualifiée par Donald Trump de « pire des pires décisions jamais prise »). John Bolton, écarté du dossier nord-coréen, s’était rabattu sur l’Amérique latine et centrale en inventant le concept de « troïka de la tyrannie » pour désigner Cuba, Nicaragua et Venezuela), en novembre 2018. C’est dire si le personnage est droit dans ses bottes et ne supporte pas la moindre contradiction. Si une telle posture est envisageable lorsque l’on se trouve dans l’opposition, l’on travaille pour un centre de recherches, voire pour FOX NEWS (ce qui fut son cas), il en va tout autrement lorsque l’on conseille le président des États-Unis qui peut à tout moment déclencher le feu nucléaire, transformer la paix en guerre. Lors de sa nomination nous écrivions : « S a nomination inquiète en Asie (Chine, Corée du sud) comme partout dans le monde. Elle porte un mauvais coup à tous les hommes de bonne volonté attachés à une approche multilatérale et coopérative des relations internationales, indispensable dans ce climat de défiance généralisée. Avec un tel pyromane à la tête des affaires de sécurité à la Maison Blanche qui ne s’est jamais distingué par ses idées modérées ou ses manières douces, le monde peut être inquiet pour les mois à venir ». Telles sont vraisemblablement les raisons qui ont poussé Donald Trump à le limoger en ce début du mois de septembre 2019.

UN CONSEILLER ENCOMBRANT POUR FAIRE LA PAIX DE L’ONCLE DONALD

Cette éviction de John Bolton doit s’appréhender, au moins, à deux niveaux pour en apprécier tout le sel et les conséquences concrètes qu’elle pourrait avoir sur le court et le moyen terme pour la politique étrangère et la diplomatie des États-Unis.

Au niveau de la démarche globale de Donald Trump à l’approche de la campagne électorale pour les élections présidentielles américaines du 3 novembre 2020, c’est-à-dire dans un peu plus d’un an. Autant une personnalité telle que celle de John Bolton était utile pour marquer sa volonté de fermeté de départ – une sorte de crédibilité de la parole – sur la scène internationale durant la première moitié de son mandat (la théorie de la pression maximale), autant une personnalité aussi entière devenait encombrante et nuisible pour préparer la seconde moitié de ce même mandat (la conclusion d’accords bilatéraux). Surtout, lorsque l’on sait que le temps politique passe très vite, plus vite que le temps diplomatique. Donald Trump s’est, en grande partie, fait élire sur un programme de cessation de tous les conflits dans lesquels son prédécesseur, Barack Obama est accusé d’avoir entraîné l’Amérique. En marge du sommet de Biarritz, Emmanuel Macron soulignait que son homologue américain devait tenir compte des engagements qu’il avait souscrit auprès de son électorat. Comment, dans le même temps, se vanter d’avoir mis fin à l’escalade avec la Corée du nord (Cf. rencontre de Singapour et d’Hanoï), d’avoir rapatrié les « boys » d’Afghanistan (pourparlers d’Oman avec les Talibans), d’Irak, de Syrie… tout en se lançant dans d’une guerre avec l’Iran qui pourrait embraser toute la région ou en refusant de conclure un an de négociations avec les Talibans ou avec Kim Jong un ? C’est ce que l’on appelle la quadrature du cercle. Chose que Donald Trump semble avoir comprise dans la perspective d’un second mandat qui ne semble pas hors de portée.

Au niveau de la démarche spécifique, le maintien de John Bolton à son poste commençait à poser de sérieux problèmes de cohérence de la politique étrangère de Donald Trump. Notons pour la petite histoire que le Pape François évoque l’hypothèse d’un schisme de l’église alors qu’il est à l’offensive contre les cercles conservateurs américains – ceux dont fait justement partie John Bolton – qui attaquent son discours social4. La mise à l’écart du plus proche conseiller du président américain était de plus en plus inévitable tant il devenait de plus en plus difficile de masquer les profondes dissensions existant au sein de l’Administration sur la question des pourparlers avec les talibans5. L’annulation, le 8 septembre 2019, par Donald Trump, d’une rencontre secrète avec une délégation d’insurgés semblait indiquer que l’avis de Bolton l’avait emporté. Le conseiller était, parmi les proches collaborateurs du président le plus opposé à ces négociations. Mais cette opposition s’étendait en fait à presque tous les sujets, ce qui a sans doute fini par précipiter sa chute.

À la différence de son prédécesseur, le général McMaster, considéré comme un militaire lettré et un soldat prudent, Bolton appartient à une tout autre catégorie : celle des idéologues intransigeants. À la veille de l’Assemblée générale de l’ONU, qui permet l’organisation de nombreuses rencontres bilatérales utiles (pourquoi pas avec envisager une rencontre avec le président iranien ?), était-il envisageable de maintenir à son poste celui qui était partisan de frappes de représailles contre l’Iran accusée d’avoir abattu un drone américain (frappe annulée à la dernière minute pas Donald Trump) ?6 Donald Trump semble avoir fini par réaliser que la politique étrangère est un peu plus compliquée dans la réalité que sur un plateau de télévision. C’est pourquoi, le départ du conseiller à la sécurité nationale était devenu inéluctable par la somme des divergences accumulées entre les deux hommes. Ce faisant, Donald Trump augmente sa marge de manœuvre dans les négociations avec les Talibans, les Nord-Coréens, les Iraniens, les Russes… Il démontre aussi qu’il est le seul maître à bord à qui il appartient de fixer la ligne américaine. De plus, il n’appartient pas à son conseiller à la sécurité nationale de couper les ponts avec le Pentagone et le Département d’État qui se situent sur des lignes dures mais plus pragmatiques. Il faut savoir reconnaître parfois que le temps est venu de faire la paix avec son ennemi en privilégiant la voie du dialogue à celle des armes qui ne règlent pas tout.

TOUT EST BIEN QUI FINIT BIEN

« J’adore les surprises et quand on ne m’en fait pas, je les provoque pour me les faire moi-même » (L’os à moëlle, Pierre Dac). Ainsi, pourrait-on qualifier la posture générale du 45ème président des États-Unis qui est toujours là où l’on ne l’attend pas et qui aime se défaire de ceux qu’il avait encensés la veille. Telle est la morale que nous pourrions tirer du dernier épisode du feuilleton, John Bolton, troisième conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump. Donald Trump entend signifier qu’il ne faut pas confondre « pression maximale », maître mot de sa diplomatie7 et guerres aux résultats incertains dont John Bolton était le défenseur acharné. Éviction qui intervient quelques jours après la démission de Jason Greenblatt, sceptique sur le plan de paix israélo-palestinien concocté au cours des derniers mois sous la plume des faucons américains et israéliens. Peut-être entrons-nous dans l’acte II du quinquennat de Donald Trump soucieux de présenter des résultats tangibles sur le plan extérieur à son électorat traditionnel et acquis. Un tient vaut toujours mieux que deux tu l’auras surtout dans les mois à venir. Il vaut mieux être à la manœuvre plutôt que de la subir. In fine, Donald Trump montre à la face du monde qu’il pouvait, sans la moindre retenue achever son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton cocktail de Terminator et de docteur Folamour, obstacle ultime à la réalisation de son grand dessein international, s’en tenir aux vrais sujets pour l’Amérique, le premier étant celui de la compétition stratégique et commerciale avec la Chine.

1 Mathieu Magnaudeix, John Bolton, va-t-en-guerre obsédé par l’Iran, quitte la Maison Blanche, www.mediapart.fr , 10 septembre 2019.
2 Gilles Paris, Trump limoge Bolton le va-t-en-guerre, Le Monde, 12 septembre 2019, pp. 1-2-3.
3 Jean Daspry, De quoi John Bolton est-il le nom ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 16 avril 2018.
4 Cécile Chambraud, Le pape François évoque l’hypothèse d’un schisme, Le Monde, 12 septembre 2019, p. 6.
5 Thomas Cantaloube, Les Américains sont-ils prêts à la paix en Afghanistan, www.mediapart.fr , 10 septembre 2019.
6 Gilles Paris/Allan Kaval, Trump entretient l’idée d’une désescalade avec l’Iran. Le président suscite l’inquiétude des partisans de la ligne dure, affaiblis par le limogeage de John Bolton, Le Monde, 14 septembre 2019, p. 6.
7 Gilles Paris, La « pression maximale », maître mot de la diplomatie trumpienne, Le Monde, 12 septembre 2019, p. 2.


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EDWARD SNOWDEN SOUHAITE QUE MACRON LUI ACCORDE L’ASILE EN FRANCE – Reuters, 15 septembre.

Le lanceur d’alerte Edward Snowden, réfugié en Russie après avoir dénoncé le système de surveillance massive des services secrets américains en 2013, "aimerait beaucoup" qu’Emmanuel Macron lui accorde le droit d’asile, déclare-t-il dans une interview à France Inter, dont des extraits ont été diffusés samedi. "Le plus triste dans toute cette histoire, c’est que le seul endroit où un lanceur d’alerte américain a la possibilité de parler, ce n’est pas en Europe mais c’est ici (en Russie)", dit-il dans cette interview qui sera diffusée intégralement lundi. Il explique avoir demandé vainement l’asile en France dès 2013, sous la présidence de François Hollande. "Evidemment j’aimerais beaucoup que M. Macron m’accorde le droit d’asile", poursuit-il. "Ce n’est pas seulement la France qui est en question, c’est le système dans lequel on vit. Protéger les lanceurs d’alerte, ce n’est pas un acte hostile. Accueillir quelqu’un comme moi, ce n’est pas une attaque contre les Etats-Unis", ajoute-t-il. L’ancien employé de l’Agence américaine de la sécurité nationale (NSA), qui vit en Russie depuis 2013, publiera ses mémoires la semaine prochaine dans une vingtaine de pays, dont les Etats-Unis et la France.

 

LE HEZBOLLAH ANNONCE AVOIR ABATTU UN NOUVEAU DRONE ISRAELIEN – RT, 9 septembre.

Le Hezbollah a déclaré avoir abattu un drone israélien au moment où celui-ci traversait la frontière avec le Liban, une semaine après une confrontation entre le mouvement chiite et Tsahal. L’armée israélienne a confirmé la perte d’un de ses drones. Dans un communiqué daté de ce 9 septembre, le Hezbollah a affirmé que ses combattants avaient riposté « avec les armes appropriées » à l’incursion d’un drone israélien au moment où il traversait la frontière en direction de la localité de Ramyeh, dans le sud du Liban. « Le drone a été abattu à l’extérieur de la localité et se trouve entre les mains [du Hezbollah] », a fait savoir le groupe armé chiite libanais.

L’armée israélienne : « un drone tombé lors d’une opération de routine »

De son côté, l’armée israélienne a déclaré qu’un de ses drones était tombé dans le sud du Liban lors « d’une opération de routine ». Sans préciser la cause de l’accident, l’armée israélienne a écarté le fait que des données puissent être prélevées de l’appareil endommagé. L’épisode intervient une semaine après des opérations militaires ciblées réciproques entre l’armée israélienne et l’organisation libanaise. Après avoir promis de répondre à une attaque contre ses infrastructures le 25 août, le Hezbollah avait annoncé le 1er septembre avoir détruit un char israélien à la frontière entre les deux pays. Dans la foulée, Tsahal avait mené des bombardements dans le sud du Liban. Acteur incontournable de la vie politique au Liban, le Hezbollah est représenté au gouvernement ainsi qu’au Parlement national. Considéré comme terroriste par plusieurs pays dont Israël et les Etats-Unis, le groupe chiite a vu le jour après l’intervention militaire israélienne au Liban de 1982. Allié historique de l’Iran, le Hezbollah s’est positionné ces dernières années au côté des forces gouvernementales syriennes dans le cadre de sa lutte contre Daesh et différents groupes terroristes.

 

ARABIE SAOUDITE : DEUX SITES PETROLIERS ATTAQUES PAR DES DRONES – Le Monde, 15 septembre.

L’attaque a été revendiquée par les rebelles yéménites, en représailles aux frappes aériennes de la coalition menée par Riyad en soutien aux forces progouvernementales. Deux installations pétrolières du géant saoudien Aramco ont été ciblées par une attaque de drones, tôt samedi 14 septembre, à Abqaiq et à Khurais, dans l’est du pays, selon l’agence de presse officielle saoudienne, citant le ministère de l’intérieur. Quelques heures après, alors que les incendies avaient été maîtrisés, l’attaque a été revendiquée par les rebelles yéménites houthistes. « Le royaume a la volonté et la capacité de faire face et répondre à cette agression terroriste », a dit le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, lors d’un entretien téléphonique avec Donald Trump, a rapporté l’agence officielle saoudienne SPA. Le président américain a condamné l’attaque : « Des actions violentes contre des zones civiles et des infrastructures vitales pour l’économie mondiale ne font qu’aggraver les conflits et la méfiance », a déclaré la Maison Blanche dans un communiqué après cet appel téléphonique.

Accusations de Mike Pompeo

Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, s’en est pris à l’Iran : « Téhéran est derrière une centaine d’attaques contre l’Arabie saoudite tandis que [le président Hassan] Rohani et [son ministre des affaires étrangères Mohamad Javad] Zarif prétendent s’engager dans la diplomatie », poursuit-il sur Twitter. « Au milieu de tous ces appels à une désescalade, l’Iran vient de lancer une attaque sans précédent contre l’approvisionnement énergétique de la planète. » Dans un communiqué, l’émissaire de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, s’est dit « extrêmement inquiet à propos des attaques de drones (…) ce jour contre deux installations pétrolières majeures dans le royaume d’Arabie saoudite ». Il a jugé « la récente escalade militaire extrêmement inquiétante ». L’ONU a parrainé des pourparlers entre les différentes parties yéménites en décembre pour tenter de mettre un terme au conflit, qui a provoqué la pire crise humanitaire au monde selon l’organisation.

Des oléoducs et des champs gaziers déjà attaqués

L’attaque, qui a été condamnée par les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït et l’Egypte, a provoqué l’arrêt « temporaire » de la production des deux sites visés, affectant environ la moitié de la production du géant pétrolier national Aramco, a annoncé dans un communiqué le ministère saoudien de l’énergie. Ces installations produisent en temps normal 5,7 millions de barils par jour, soit environ 5 % de la production mondiale de brut quotidienne. « En fonction de l’ampleur des dégâts et d’éventuelles pannes, Aramco utilisera ses plans d’urgence en puisant dans ses stocks », a expliqué à l’AFP Samir Madani, cofondateur du site de suivi du transport maritime Tanker Trackers. « Il pourrait y avoir des ruptures d’approvisionnement si les dégâts à Abqaiq sont importants ». Les rebelles houtistes, soutenus par l’Iran, revendiquent régulièrement des tirs de drones ou de missiles contre des cibles saoudiennes, affirmant agir en représailles aux frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite qui intervient au Yémen pour soutenir les forces progouvernementales. Le 17 août, les houthis avaient annoncé avoir mené une attaque avec dix drones, « la plus massive jamais lancée en Arabie saoudite », contre le champ de Shaybah, qui avait provoqué un incendie « limité », selon Aramco, sur une installation gazière.

Tensions grandissantes dans le Golfe

Le 14 mai, les houthis, qui contrôlent de vastes zones au Yémen, avaient revendiqué une attaque de drones, dans la région de Riyad, contre deux stations de pompage d’un oléoduc reliant l’est à l’ouest du royaume saoudien, premier exportateur de pétrole au monde. Elle avait entraîné l’interruption temporaire des opérations sur l’oléoduc et n’avait fait qu’ajouter aux tensions grandissantes dans la région du Golfe après des attaques et des actes de sabotages, en mai, contre des pétroliers – actes imputés à l’Iran par les Etats-Unis, ce que dément Téhéran. La destruction d’un drone américain, entré dans l’espace aérien iranien, selon Téhéran, avait fait craindre un embrasement général. Donald Trump avait alors affirmé avoir annulé à la dernière minute des frappes de représailles.

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Un journal turc a publié la transcription de l’enregistrement réalisé dans le Consulat saoudien à Istanbul lors de l’horrible assassinat de Khashoggi en octobre. Aussi sauvagement froid et criminel que les milliers de bombardements américains, français, britanniques, israéliens, saoudiens, émiratis sur des populations civiles syriennes, iraqiennes, yéménites, palestiniennes, afghanes, libanaises, qui pulvérisent en morceaux les gens et les bâtiments. L’impunité des Bush et Blair, Netanyahou, Sarkozy et Cameron, MBS et MBZ a ouvert des boîtes de Pandore monstrueuses. La Cour Pénale Internationale doit devenir universelle. A la Maison Blanche, exit John Bolton, un de ceux qui avaient poussé Bush à la guerre d’agression en Iraq, qui l’avait dissuadé d’accéder au traité de Rome de la CPI, récemment traitée d’inefficace et même dangereuse par ce faucon. Ce sont l’impunité et l’absence de respect des traités internationaux qui sont dangereuses, pas la justice.

Bernard Cornut

 

  1. Les couples de lesbiennes vont bientôt pouvoir s’offrir un bébé au nom de l’égalité pour toutes. Les homosexuels devront encore aller quelque temps à l’étranger pour se l’offrir via une GPA – interdite en France mais dont les ‘fruits’ sont en passe d’être reconnus. Et les enfants dans tout cela ? Ca n’est manifestement pas le problème de Macron.
  2. Une Convention de la Droite bientôt réunie à Paris sous les auspices de Marion Maréchal/Le Pen. Parmi les conviés, Alexandre Del Valle et l’association SOS Chrétien d’Orient. Qui aurait la bonté d’âme d’expliquer à cette dernière qu’il y a des individus qu’il vaut mieux ne pas fréquenter quand on se déclare ‘chrétien d’Orient’ ?
  3. Retour aux grands classiques de la littérature militaire pour Boris Johnson : « Je perds le contrôle de mon agenda. Je dois demander un report de la date de sortie de l’UE si je n’ai pas d’accord au 31 octobre. Je ne peux pas organiser d’élections anticipées. J’ai perdu ma majorité. Situation excellente : j’attaque ! »
  4. Le nouveau ministre italien des Affaires Etrangères, ‘Giggi ‘o Parlettiero’ pour les amis, confond Venezuela et Chili, ne parle pas anglais, veut rompre avec l’Egypte, encourage les gilets jaunes ‘à ne pas mollir’ et chante les louanges de Nigel Farrage. Mais en Israël, il déclare qu’une fois au pouvoir, il reconnaîtra l’Etat Palestinien. On ne va pas chipoter.
  5. Activités iraniennes non conformes avec le JCPOA : un adjoint du ‘Haut Représentant’ Mogherini « somme l’Iran de faire marche arrière et de ne prendre aucune mesure qui saperait cet accord ». Quand l’UE « sommera-t-elle » Trump de respecter les siens, ou son adjoint Brian Hook d’arrêter d’utiliser le mot ‘trafic’ pour parler de la vente de son pétrole par l’Iran  ?

Dinall’uill

 

TUNISIE : LA DEMOCRATIE A L’EPREUVE DE NABIL KAROUI…

Au terme d’une campagne électorale passionnée et passionnante suivie à la loupe dans tous les pays arabes, les Tunisiens voteront le 15 septembre pour le premier tour de l’élection présidentielle. Trois semaines plus tard, ils seront appelés à élire leurs députés. Le laboratoire de la démocratie arabe qui compte 11 millions d’habitants affiche deux centaines de partis politiques, quelque 15 000 candidats à la députation et 26 à la magistrature suprême. Cette vitalité masque la situation politique complexe d’un pays à la recherche de son destin post révolution.

Une démocratie représentative en panne 

La liste des candidats à l’élection présidentielle trouve un ancien Président, trois anciens Premiers ministres, neuf anciens ministres, huit médecins, quatre avocats… Sauf surprise improbable, la Tunisie ne sera pas présidée par une femme. Elles sont seulement 2 à se présenter. Pour témoigner de l’exception tunisienne, c’est bien peu. Ce renoncement est une violence faite à elles-mêmes car tant qu’elles ne se mêleront pas de politique à parité, la démocratie sera tronquée.  

L’an dernier, les deux tiers des inscrits se sont abstenus de voter aux municipales. Tout comme celles de la dictature d’hier, les institutions d’aujourd’hui restent perçues comme les lieux de partage d’un pouvoir détourné au profit de quelques malins. La jeune constitution qui repose sur des mécanismes du passé ne paraît pas répondre aux aspirations participatives et de partages qui s’expriment sur la toile et dans les lieux publics.

Ainsi, le nombre d’inscrits sur Facebook et sur les listes électorales est équivalent. Les réseaux sociaux sont devenus le lieu d’échanges politiques où chacun affiche ses préférences, ses indignations, ses opinions et ses choix. Cette dynamique revendicative d’expression directe se prolonge dans la rue où l’on n’observe pas moins de vingt manifestations par jour. La plupart sont spontanées. 

Cette forme d’expression a le mérite d’échapper à toute propagande des médias, sans pour autant être à l’abri des officines spécialisées dans la manipulation et l’influence de masse. 

Une soif de justice 

Il y a huit ans, le dictateur s’enfuyait en Arabie avec un butin estimé par Transparency International à 13 milliards de dollars soit le tiers du PIB annuel. Par une déraisonnable comparaison cela représenterait 400 milliards d’euros à l’échelle de la France ! À ce jour, Ben Ali et sa mafia n’ont pas restitué grand chose. Dictateur est un job en or sans risque. Sur les hauteurs de Sidi Bou Saïd, son Palais semble attendre son retour. Les membres de sa famille et ses complices ont été mollement poursuivis. La plupart des procès traînent en longueur ou se concluent par des transactions.  Selon que vous serez puissants ou misérables… 

Aucune des lois liberticides qui permettaient au satrape d’intimider les citoyens n’a été abolie. Elles continuent de jeter en prison des milliers de personnes pour des délits de pacotilles : fumeurs de joints, flirt, homosexualité, adultère, chèques sans provisions, suspicion de malversation… Le pouvoir s’accommode d’un code pénal de fer que les juges qu’il a nommés appliquent sans états d’âmes.  

Les Tunisiens ne cherchent pas la revanche, seulement la justice. Ils se souviennent qu’il y a six ans, deux de leurs députés étaient abattus en pleine rue. C’étaient les plus brillants, les plus populaires, ils portaient l’espoir d’un avenir de justice et d’équité. Hélas, dans un pays où tout se sait; où les traditions ancrées par des décennies de délation facilite la tâche des agents qui traquent les cachotteries; où des centaines de barbouzes de toutes nationalités coopèrent à la lutte contre le terrorisme international….dans ce pays là, après six ans d’enquêtes à rebondissements, nul ne sait comment, pourquoi, et par qui ils ont été assassinés. « Il ne faut pas que des révélations viennent diviser les Tunisiens ». Argument suprême qui permet d’enfouir dans l’oubli toute volonté de vérité et de justice.

Une sécurité discrète mais omniprésente Depuis l’assassinat de Belaïd et Brahmi, les hommes politiques peuvent obtenir une protection rapprochée. Ceux qui n’en n’ont pas se sentent menacés ou négligés, alors par peur ou pour jouer les importants, ils demandent au gouvernement un garde du corps. Il y a quelques rares exceptions comme celle de la députée Bochra bel hadj Hamida Présidente de la Commission des Libertés Individuelles et de l’Égalité. Mais la plupart des autres personnalités bien moins menacées paradent et frissonnent d’importance aux côtés d’un cerbère à oreillette. Il faut reconnaitre que la situation sécuritaire générale est préoccupante. L’observatoire Marsad, relève que le budget du ministère de l’intérieur a doublé depuis la révolution « Cette hausse s’explique par les besoins accrus en équipements et en ressources humaines dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ». Les effectifs des forces de l’ordre, police et gendarmerie, sont de 80 000 hommes ; ils seront augmenté de 7 000 hommes d’ici la fin de l’année. La densité policière est deux fois plus élevée qu’en France.  

Reste que la Tunisie demeure le seul et unique pays arabe classé « libre » sur le baromètre de l’ONG Freedom House même si son dernier score de 30 sur 40 est en retrait de 6 points par rapport à 2017. 

Hedy Belhassine

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