Observatoire Géostratégique

numéro 132 / 26 juin 2017

VERONIQUE…

Quelle tristesse – indicible tristesse – de te voir partir ainsi Véronique, suite à tes graves blessures causées par l’explosion d’une mine à Mossoul. Lundi dernier, le même accident a fauché sur le coup le cameraman français Stéphane Villeneuve (48 ans) et votre « fixeur » irakien Bakhtiyar Addad (41 ans), ainsi qu’un autre journaliste français qui vous accompagnait – Samuel Forey – ayant été touché moins grièvement.

Véronique a été mon assistante de production à la Télévision suisse romande (TSR). Entre le 5 mars 1984 et le 29 mai 1987, nous avons partagé le même enthousiasme : ouvrir quotidiennement, pour la première fois, l’antenne de la chaine publique suisse de 12 heures à 13 h. 30 en collaborant à l’émission Midi-Public, produite par le journaliste Thierry Masselot (un ancien de l’AFP) et le réalisateur Pierre Matteuzzi. A cette époque, Véronique jouait intelligemment de ses vingt et un printemps pour convaincre les plus grands écrivains, cinéastes et artistes de venir à Genève, en direct sur notre plateau, afin de participer à la première tranche de diffusion journalière de la TSR qui comportait aussi deux journaux de dix minutes.

Sa curiosité et sa passion de l’information l’imposèrent vite comme l’une des grandes assistantes de production de la petite chaine aux grandes émissions. Depuis 1969, le journaliste Claude Torracinta était aux manettes du magazine d’information Temps Présent1, émission dont le professionnalisme honorait l’ensemble des collaborateurs de la TSR. Bien-sûr, le rêve de Véronique était d’accéder un jour à ce cercle d’excellence qui a vu passer les plus grands réalisateurs et journalistes dont Claude Goretta, André Gazut, Paul Seban, Simon Edelstein, Gérald Mury ou Jean-Claude Chanel.

Son élégance, son humour et sa générosité feront le reste de cette « femme hors norme », comme disent les élogieux funéraires d’aujourd’hui ; mais hors norme, non pas dans la géométrie étriquée du petit monde du « grand reportage », non ! hors norme dans la réalité de ses qualités humaines, en acte et en puissance d’héroïne aristotélicienne voulant accéder au savoir absolu et à tous les secrets du monde. Intuitive, charmeuse et infatigable preneuse de notes, on la retrouve au cœur de nombreuses affaires d’Etat, confidente des protagonistes majeurs de plusieurs scandales ayant défrayé la chronique. Le rappel et les détails de ces dossiers ne sont pas ici très utiles pour souligner son insatiable désir de comprendre les rouages les plus cachés de la puissance, du pouvoir et du réel.

Chère, très chère Véronique, tu nous as souvent embarqués dans des trucs auxquels nous n’aurions jamais osé songer comme – par exemple – la révélation des fonctions d’Edouard Balladur à la tête de la GSI (Générale de surveillance informatique) qui obligea le candidat à la présidentielle de 1995 à dévoiler son patrimoine… Pionnière peut être, gonflée, très gonflée sans doute ! Roi de Perse ou de Navarre, personne ne t’a jamais impressionné. Hors norme oui ! notamment pour vérifier les affirmations de telle ou telle dépêche par des coups de fil au milieu de la nuit, hors norme certainement pour partir au pôle nord en maillot deux pièces, mais surtout hors norme dans tes réactions de vie, de femme libre, de compassion et de joie, de don, de partage et de soif de vivre.

Richard Labévière
26 juin 2017

1 Créé en 1969 par Alexandre Burger à la production et Claude Torracinta comme rédacteur en chef, la première édition de Temps Présent a été diffusée le 18 avril. C’est l’un des plus anciens magazines d’information d’Europe et le plus ancien de la TSR, primé et récompensé à de multiples reprises par des médias du monde entier.

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MORALISER LA VIE PUBLIQUE OU MORALISER LES ACTEURS PUBLICS ?

« Du dire au faire, la distance est grande » nous rappelle Cervantès dans son Don Quichotte. Mettons au crédit du nouveau président de la République, Emmanuel Macron d’avoir fait ce qu’il a dit en ce qui concerne la moralisation de la vie publique alors qu’il n’était que candidat à la magistrature suprême ! Il est vrai que notre douce France en a bien besoin tant la confiance des citoyens dans ses représentants a été passablement écornée au cours des dernières années, des derniers mois par les affaires : Cahuzac, Thévenoud, Fillon, Le Roux, Guéant, Boillon… sans parler des plus récentes qui ont pour nom Ferrand, Bayrou, de Sarnez, Goulard et autres1. Elles débouchent immanquablement sur la démission des principaux intéressés2. Il était grand temps de sévir avant que la patrie des droits de l’Homme ne se transforme définitivement en vulgaire république bananière. L’euphorie de la victoire garantit la sincérité de l’intention. Qu’en est-il du contenu des textes qui sont proposés à l’approbation du législateur ? Qu’en est-il des questions importantes que l’on peut et doit se poser à propos de cette réforme d’ampleur du quinquennat à venir ? En d’autres termes, quelle est l’approche critique de la démarche retenue qui s’impose à chacun des citoyens français ?

LE CONTENU DES PROJETS DE LOI POUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA CONFIANCE DANS L’ACTION PUBLIQUE

Il convient, de manière très classique, d’étudier le contenu des textes tels qu’ils ressortent du communiqué publié à l’issue du conseil des ministres du 14 juin 2017, trois textes présentés par l’ex-ministre d‘Etat, garde des sceaux, ministre de la justice, François Bayrou3 : projet de loi organique rétablissant la confiance dans l’action publique, projet de loi rétablissant la confiance dans l’action publique et décret relatif aux collaborateurs du Président de la République et des membres du Gouvernement. Il présente trois caractéristiques : continuité, volontarisme, l’optimisation.

La continuité. Le texte rappelle les différentes lois votées au cours des dernières années : lois organique et ordinaire du 11 octobre 2013 relatives à la transparence de la vie publique (création de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique) ; loi du 6 décembre 2013 relative à la lutte contre la fraude fiscale et la grande délinquance économique et financière qui a institué un Procureur de la République financier ; loi du 20 avril 2016, renforçant les obligations déontologiques des fonctionnaires et, plus récemment, loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, qui a notamment créé l’Agence française anti-corruption. Ces textes imposent des règles d’éthique et de transparence financière aux responsables publics, à travers des mécanismes de publicité et de contrôle nouveaux. Cependant, alors que la confiance des citoyens dans leurs élus est mise à mal, des progrès restent à accomplir pour restaurer la confiance indispensable au bon fonctionnement d’une démocratie digne de ce nom. En un mot, tout cet empilement de textes n’empêche pas les multiples dérives que nous connaissons qui conduisent à la situation de confusion actuelle4.

Le volontarisme. Le communiqué souligne que la vie publique a besoin d’un « choc de confiance ». Les premières lois du quinquennat apportent une réponse globale, fondatrice, en proscrivant définitivement certaines pratiques, mais aussi en renforçant la transparence et le pluralisme de la vie politique. Elles s’organisent autour des mesures suivantes : contrôle accentué de la situation patrimoniale du président de la République ; de l’exercice du mandat parlementaires ; interdiction d’employer des membres de la famille proche pour les collaborateurs du Président de la République, des membres du Gouvernement, des parlementaires et des titulaires de fonctions exécutives locales ; durcissement des conditions d’inéligibilité en cas de crimes ou d’infractions traduisant des manquements à la probité pour les conditions aux élections législatives et sénatoriales ; meilleur contrôle du financement de la vie politique. Enfin, cette réforme sera complétée par d’autres dispositions qui devraient figurer dans une révision de la Constitution.

L’optimisation. « Il faut allier le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté » écrivait Gramsci dans ses carnets de prison. Tel est bien le sens de la démarche suivie par l’exécutif, en particulier par le Premier ministre, pour régler ce problème, véritable cancer de la démocratie française. L’ex-garde des Sceaux tente de prévenir toute ambiguïté en déclarant que : « les institutions ne sont pas faites pour rendre les hommes vertueux, mais pour éviter que les faiblesses humaines ne contaminent le corps social »5. Du côté du premier ministre, confronté à de très fortes contraintes budgétaires, on énumère les économies que pourrait dégager le dispositif en faisant référence aux études d’impacts des textes présentés : gains relatifs avec la facturation en réel des frais parlementaires ; réallocation de la réserve parlementaire… qui permettraient, par ailleurs, de financer jusqu’à 100 millions de prêts envisagés pour les partis ; de dégager un budget pour le médiateur du crédit aux candidats et de faire face aux coûts engendrés par le licenciement des collaborateurs familiaux….6. On l’aura compris, « l’appel à la morale publique constitue le levier le plus puissant des changements politiques en cours, depuis quarante ans, dans nos démocraties »7.

Mais il y a un temps pour le sursaut et la refondation. Si sursaut il y a bien avec ce « choc de confiance », rien n’est moins sûr pour ce qui est de la refondation tant le passé est partout.

L’APPROCHE CRITIQUE DE LA DÉMARCHE RETENUE

Si louables soient les intentions du président de la République et de son gouvernement, le paquet présenté urbi et orbi, comme devant révolutionner la vie publique en France, présente de nombreux défauts, d’angles morts qui en amoindrissent la portée : précipitation, fragmentation, confusion sans parler de son portage.

La précipitation. En France, nos dirigeants ont la fâcheuse tendance de confondre urgence et précipitation. On laisse un problème important sans solution robuste pendant des années, voire des décennies, hormis quelques cautères sur une jambe de bois, pour tenter, comme par l’opération du Saint-Esprit, de le régler en quelques jours, en quelques semaines. Le dispositif présenté en Conseil des ministres le 14 juin 2017 n’échappe pas à la règle. Plusieurs signes en apportent la preuve éclatante : report de la présentation avant les élections législatives faute de disposer de l’avis indispensable du Conseil d’État sur sa conformité au droit en vigueur ; changement de dénomination du paquet par passage du concept flou de « moralisation de la vie publique » (qu’est-ce que la morale ?) à celui qui l’est tout autant de « rétablissement de la confiance dans l’action publique » (qu’est-ce que la confiance ?) ; renvoi à une autre échéance des dispositions les plus lourdes telles la réforme du système judiciaire français pour le mettre, enfin, en conformité avec les exigences de la Cour européenne des droits de l’Homme du Conseil de l’Europe (Cf. ses deux arrêts de 2010 condamnant la France en raison du statut de dépendance du parquet) ; recours à une procédure accélérée d’adoption (une seule lecture par chambre parlementaire au lieu des deux habituelles)… Certains esprits mesquins en tirent la conclusion que cette loi « risque d’apparaître surtout comme une loi paratonnerre destinée à éloigner la foudre de l’équipe Macron »8.

La fragmentation. Qui trop embrasse, mal étreint. Compte tenu de l’ampleur du problème, l’idéal n’aurait-il pas été de prendre un minimum de temps pour la réflexion, la consultation (des citoyens qui possèdent plus de bon sens que nos élites) avant de passer définitivement à l’action ? Le traitement de ce mal français aurait mérité plusieurs mois de travail préliminaire recensant l’ensemble des dérives passées9, présentes et potentielles pour l’avenir pour disposer d’une vision globale et non d’une vision parcellaire. Et, les turpitudes sont nombreuses tant la corruption semble être élevée au rang de sport national dans notre pays. N’a-t-on pas mis, une fois de plus, la charrue avant les bœufs ? Compte tenu de la prégnance du phénomène, la meilleure solution aurait été de distinguer la partie diagnostic de la partie traitement en prévoyant des mesures préventives et coercitives. Un authentique groupe d’experts indépendants (universitaires, société civile représentée par Anticor et autres, citoyens…), à l’exception de politiques et de hauts fonctionnaires, aurait pu utilement éclairer la lanterne de l’exécutif et apporter quelques solutions innovantes dans le cadre d’une vision d’ensemble stratégique, prospective du problème.

« Nécessité fait loi » a-t-on coutume de dire. Et des lois nous ne manquons pas en France ! De nouvelles lois ne vont pas nous libérer du mal de la corruption, du népotisme, du clientélisme, de l’entre soi, des travers de l’élitisme à la française… d’un seul coup de baguette magique législative et constitutionnelle.

Guillaume Berlat
26 juin 2017

1 Yann Bouchez/Anne Michel, Le MoDem de Bayrou rattrapé par les affaires, Le Monde, 11-12 juin 2017, p. 9.
2 Service politique, Bayrou provoque la première crise de l’ère Macron, Le Monde, pp. 1-8-9.
3 Communiqué du conseil des ministres, www.elysee.fr , 14 juin 2017.
4 Le gouvernement frappé à son tour par le dégagisme, Le Canard enchaîné, 21 juin 2017, p. 1.
5 Thibaut Le Gal, Bayrou parasité par Ferrand, 20 minutes, 2 juin 2017, p. 8.
6 Bastien Scordia, Moralisation de la vie publique, www.acteurspublics.com , 15 juin 2017.
7 Frédéric Monier, La lutte contre la corruption, nouvelle grande cause politique, Le Monde, 1er juin 2017, p. 23.
8 Hervé Nathan, Moralisation de la vie politique. Une loi paratonnerre pour le gouvernement, Marianne, 2-8 juin 2016, pp. 34-35.
9 François Bayrou, Bayrou promet la fin des « pratiques d’un autre âge », Le Monde, 15 juin 2017, pp. 8-9.
10 Lauréline Fontaine/Alain Supiot, Pour une vraie réforme du Conseil constitutionnel, Le Monde, 15 juin 2017, p. 20.
11 Mathilde Mathieu, Lois de moralisation : des flous et des angles morts, www.mediapart.fr , 15 juin 2017.
12 Pierre France/Antoine Vauchez, Sphère publique. Intérêts privés, Les Presses de Sciences Po, 2017.
13 Camille Mialot, La moralisation doit d’étendre à la haute fonction publique, Le Monde, 15 juin 2017, p. 20.
14 Odile Benyahia-Kouider/Christophe Nobili, Bayrou, garde des sauces béarnaises, Le Canard enchaîné, 14 juin 2017, p. 3.
15 Philippe Ridet, « Le melon de Bayrou rescapé du « dégagisme », Le Monde, 16 juin 2017, p. 3.
16 Hubert Huertas, Croquis. Bayrou frappé du syndrome Trump, www.mediapart.fr , 14 juin 2017.
17 Ellen Salvi, Emmanuel Macron face au boomerang de la moralisation, www.mediapart.fr , 20 juin 2017.

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ALICE RUFO EST DE RETOUR AU CHÂTEAU. ALLÉLUIA ! Jean Daspry. « Le changement est d’abord un état d’esprit » nous rappelle Jacques Chirac, ex-président de la République et ex-membre de la Cour des comptes. Une fois encore, la lecture du Journal Officiel de la République Française se révèle aussi intéressante qu’étonnante. Derrière la froideur des textes, émerge la chaleur des nominations à des postes de responsabilités, dans le cas de figure à l’Élysée par le président de la République, Emmanuel Macron. Qu’apprend-on à la lecture du JORF du dimanche 18 juin 2017, anniversaire de l’appel du général de Gaulle en 1940 et jour du deuxième tour des élections législatives ?1 Incroyable mais vrai, la réalité dépasse la fiction. Nous en en tiendrons à quatre remarques. La première remarque est de nature quantitative. Ce ne sont pas moins de 45 conseillers qui sont nommés, sans compter ceux qui avaient déjà fait l’objet de nominations juste après l’élection du chef de l’État : directeur de cabinet, secrétaire général, conseiller diplomatique… Nous avons à faire à une véritable armée mexicaine2. Candidement, nous avions cru comprendre que les temps étaient à la déflation des effectifs, austérité et contrainte budgétaire obligent. Force est de constater qu’il n’en est rien3. La République est bon prince. Mais on nous explique que certains conseillers seraient partagés entre l’Élysée et Matignon. Ouf ! La seconde remarque tient à la présence d’une conseillère justice, magistrat de l’ordre judiciaire. Candidement, nous avions cru comprendre que le président ne mettrait pas (plus) son nez dans les affaires de justice d’autant qu’il dispose d’une structure qui comme son nom l’indique est Conseil d’État. Quel sera le rôle de ce fonctionnaire ? Faire remonter quelques informations utiles de la place Vendôme ? Mais, il existe un Garde des Sceaux. Nous n’en saurons pas plus. La troisième remarque porte sur la cellule diplomatique. Le conseiller affaires stratégiques (depuis le 15 mai 2017, précise le JORF) est un diplomate, Etienne Le Harivel de Gonneville (excusé du peu, le sang bleu a toujours sa place au Quai d’Orsay). Ce brillant fonctionnaire a le cursus requis pour la fonction. Expert des questions stratégiques, il a d’abord été formé au Département par l’un des maîtres incontesté de la « Secte », François Richier (actuel ambassadeur à Kaboul), élève de Thérèse Delpech, avant de rejoindre Washington, successivement au Département d’État (rien de tel qu’un passage par l’église pour mieux assimiler le dogme et la liturgie atlantiste) et à l’ambassade de France. Jusqu’à ce joli de mois de mai, il exerçait ses talents à la Direction des Affaires stratégiques en qualité de sous-directeur. Candidement, nous avions cru comprendre que le nouveau président envisageait d’en finir avec la politique néo-con de son prédécesseur et en revenir à une politique plus équilibrée, gaullo-miterrandienne. Manifestement, nous avions tout compris de travers, pauvre esprit que nous sommes ! Plus ça change, plus c’est la même chose. La quatrième remarque porte également sur cette même cellule diplomatique dirigée par Philippe Etienne après l’avoir été par Jacques Audibert. La conseillère Asie, Russie, Caucase, Turquie, Balkans et réfugies (rien que cela) est une vieille connaissance de prochetmoyen-orient.ch puisqu’il s’agit de la sémillante Alice Rufo (depuis le 18 mai 2017, précise le JORF)4. Candidement, nous avions cru qu’elle exerçait désormais ses talents innombrables à la Cour des comptes depuis le 4 janvier 2017, date à laquelle elle a rejoint ce grand corps après avoir lâchement déserté le Quai d’Orsay. C’est à n’y rien comprendre au pays de René Descartes. Mais, il faut savoir que le plus important lorsqu’on intègre un grand corps comme le Conseil d’État ou la Cour des comptes est d’en sortir le plus rapidement possible. Mais quatre mois seulement après, c’est du rapide, c’est la vitesse de l’éclair. Notons qu’il n’y a que quelques arpents de neige entre les rue Cambon et du Faubourg Saint-Honoré, voire la rue de l’Élysée. Il est normal pour un esprit aussi vif qu’Alice Rufo d’avoir tout appris dans ce si court laps de temps rue Cambon. Mais, qu’en pense au juste le président de la Cour des comptes, Didier Migaud ? Alors que sous le précédent quinquennat, elle suivait les sommets internationaux et l’Asie à l’Élysée, désormais, ce Pic de la Mirandole de la diplomatie élargit son portefeuille à l’Asie, la Russie, le Caucase, la Turquie, les Balkans et les réfugiés. Un empire sous sa coupe, en quelque sorte. Il est vrai que pendant ses quatre mois (de janvier à mai 2017) passés à faire des « liasses » rue Cambon, elle a pu légitimement parfaire sa connaissance de toutes ces régions où elle n’a jamais servi lorsqu’elle était au Quai d’Orsay. Rappelons qu’elle n’a jamais été affectée dans une quelconque ambassade alors qu’elle était fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères. À quoi bon fréquenter ces peuplades primitives lorsqu’on a la science infuse prodiguée tant à Normale Sup qu’à l’ENA ou dans les grands corps et dans les dîners en ville ? Reconnaissons que notre remarque est stupide ! Si nous comprenons bien, Alice Rufo va, sans le moindre état d’âme, aujourd’hui mettre en œuvre une politique étrangère macronienne (« Realpolitik », nous assure-t-on) qui se trouverait aux antipodes de la politique étrangère hollandaise (« Irealpolitik », nous dit-on) dont elle était en charge encore hier. La fille du pédopsychiatre, Marcel Rufo a donc la conviction fragile, l’échine souple, condition sine qua non pour faire une brillante carrière administrative dans notre pays. Que ne ferait-on lorsque les sirènes du devoir et le vent du changement vous appellent à rejoindre le Dieu Macron en son château que l’on a déjà fréquenté pendant quatre ans surtout lorsqu’il s’agit de quitter l’inconfort de la rue Cambon ? De qui se moque-t-on lorsqu’on nous rebat les oreilles, du soir au matin, avec la tarte à la crème de la moralisation de la vie publique qui en a pris un sacré coup après les démissions des trois ministres issus du MoDem et de Richard Ferrand ? Ce n’est en définitive qu’un vulgaire slogan. Le mauvais exemple vient d’en haut, de tous ces hauts fonctionnaires itinérants qui évoluent entre leur corps d’origine (si peu) et les cabinets ministériels (si souvent). Ce qui est plus grave pour ceux qui sortent des grands corps appelés à juger de manière indépendante et impartiale ! Pourquoi ne pas créer un corps à vocation interministérielle de « cabinards » composés de cabinets ministériels addicts ? Au moins, ce serait plus clair. Mais, réjouissons-nous, bonnes gens. La République est bien en marche mais, vous l’aurez compris, ce serait plutôt en marche arrière. En plagiant une chanson de Rika Zaraï de l’année 1963 qui a pour titre : « Michaël est de retour. Alleluiah … », nous pouvons chanter tous en chœur et de bon cœur : Alice Rufo est de retour au château. Alléluia !

1 Arrêté du 15 mai 2017 relatif à la composition du cabinet du Président de la République, JORF n° 0142 du 18 juin 2017, texte n° 1.
2 Claude Lelièvre, Le « trou noir » du cabinet élyséen, Blog : Histoire et politique scolaires, www.mediapart.fr , 20 juin 2017.
3 La pseudo-PME de l’Élysée, Le Canard enchaîné, 21 juin 2017, p. 2.
4 Jean Daspry, Le fabuleux destin d’Alice Rufo, www.prochetmoyen-orient.ch , 16 janvier 2017.

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ATTENTATS AU PAKISTAN : 57 MORTS, BILAN PROVISOIRE – AFP, 24 juin.

La série d’attentats qui a ensanglanté le dernier vendredi du ramadan au Pakistan, dont une double attaque suicide sur un marché bondé, a fait 57 morts et plus de 200 blessés, selon un nouveau bilan rendu public samedi par les autorités. Un marché de Parachinar, à la frontière afghane, a été frappé en pleine heure de pointe par une double explosion, alors que les chalands s’affairaient à l’approche des festivités de l’Aïd, qui marque la fin du ramadan. Le double attentat dans cette ville majoritairement chiite, capitale de la zone tribale de Kurram, a fait au moins 39 morts et 216 blessés, selon le dernier bilan officiel. Un précédent bilan des autorités locales faisait état de 37 morts. Un total de 106 personnes étaient encore hospitalisées samedi. Ces deux attentats ont été revendiqués, dans un message à l’AFP, par un porte-parole du groupe armé sunnite Lashkar-e-Jhangvi Al-Alami, considéré comme affilié à l’organisation Lashkar-e-Janghvi (LeJ), auteur de plusieurs attentats au Pakistan ces derniers mois. Un autre attentat vendredi a fait 14 morts, dont dix policiers, devant un QG de la police à Quetta, capitale du Baloutchistan, province instable du sud-ouest, selon un nouveau bilan. L’attentat à la bombe visant un véhicule de police a été revendiqué à la fois par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) et par Jamaat-ul-Ahrar, une faction du mouvement taliban pakistanais (TTP). Par ailleurs, toujours vendredi, des tireurs juchés sur des motos ont tué par balles quatre policiers attablés dans un restaurant à Karachi (sud), selon la police locale. Le Pakistan est aux prises de longue date avec des groupes armés, notamment dans les zones tribales du nord-ouest, où une myriade de mouvements islamistes armés opérait en toute impunité jusque récemment, ainsi qu’au Baloutchistan, où, outre les islamistes, les forces de sécurité font face à une insurrection séparatiste.

 

ATTENTAT DEJOUE A LA MECQUE – Ouesy-France, 23 juin.

Les forces de sécurité saoudiennes ont déjoué hier une action "terroriste" contre la Grande Mosquée de La Mecque, premier lieu saint de l’islam, où des dizaines de milliers de fidèles étaient rassemblés. Onze personnes, dont cinq policiers, ont été blessées dans l’effondrement d’un bâtiment de trois étages où se barricadait un kamikaze qui s’est fait exploser, a précisé la télévision, citant le ministère de l’Intérieur. Le kamikaze faisait partie d’un groupe « terroriste », basé dans deux quartiers de La Mecque, et à Jeddah, la capitale économique du royaume, sur la mer Rouge, et dont cinq membres, y compris une femme, ont été arrêtés, a ajouté le ministère. L’attentat déjoué était « imminent et visait la sécurité de la Grande mosquée et celle des fidèles », a ajouté le porte-parole. Selon lui, le kamikaze, chargé de mener l’attentat, s’est fait exploser après avoir refusé de se rendre aux forces de sécurité, qui ont assiégé un bâtiment de trois étages, situé dans l’enceinte de la Grande mosquée et où il s’était barricadé. La tentative d’attentat, déjouée au moment où les fidèles étaient massivement rassemblées à la Grande mosquée pour le dernier vendredi du ramadan, le mois de jeûne musulman, est la deuxième du genre à viser un lieu sacré des musulmans en Arabie saoudite. En juillet 2016, un attentat perpétré à Médine, deuxième lieu saint de l’islam, avait fait quatre morts parmi les gardiens de sécurité, près de la Mosquée du prophète Mahomet. 

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Dimanche 18 juin, un avion de chasse syrien fut abattu par un missile air-air américain, près de Rasafa au sud de Raqqa. La Syrie déclara que son avion avait mission d’attaquer un groupe de Dae’ch. Les Etats-Unis prétendirent avoir contacté les Russes par téléphone et agi en autodéfense des forces partenaires de leur coalition, mais qu’après que l’avion syrien eut largué des bombes près de forces soutenues par les Américains, il fut aussitôt abattu. La Russie dénonça une violation flagrante de la souveraineté syrienne et nia que le commandement américain eut recours au canal de communication convenu depuis octobre 2015. Une source suggéra que le convoi ciblé par l’avion syrien comprenait d’anciens combattants de Dae’ch, en voie de reconversion, exfiltrés par un commando associant CIA et Mossad. Où est la vérité ? En tous cas l’action américaine en Syrie n’a aucune légitimité internationale.

Bernard Cornut

 

QATAR AU PILORI !

Énorme, inouï ! Aucun scénario n’avait envisagé cette catastrophe aux conséquences encore incalculables. Le vent de panique qui souffle depuis le 5 juin en provenance du Qatar gagne la France. Banquiers, diplomates, spécialistes et stratèges en tous genres se demandent comment se prémunir du pire. Fort heureusement, la bourse n’a pas encore bronché. Les cours de Lagardère, Vinci, Engie, BNP, Veolia, AXA, Airbus, Carrefour, GDF Suez, Accor, Total, Technip….sont restés zen. Aucun footballeur du Paris Saint-Germain n’a toussé, aucun parieur du Grand Prix de l’Arc de Triomphe n’a henni, aucun homme politique n’a pleurniché, aucun journal n’en a fait sa une.

LOI DU SILENCE

Ce qui s’est passé au Moyen-Orient est pourtant stupéfiant. Le « meilleur ami de la France », détenteur de participations majeures dans la presse, l’édition, l’hôtellerie, l’armement, le BTP, la publicité, le luxe, la sécurité, le sport…est ouvertement accusé par quatre pays arabes de nourrir le terrorisme international. Le Qatar serait-il le sponsor de Charlie, Bataclan, Hyper-casher, Nice ? La surprise est de taille pour ceux qui ne savent pas lire. Toujours est-il qu’en moins de trois semaines, le richissime Qatar est passé du statut d’État courtisé à celui de voyou.

Accaparée par les élections et délaissée par la presse, l’opinion publique française n’a pas encore pris la mesure de la gravité de l’événement. La sidération a paralysé les initiatives de la classe politique au point que tous les conseillers en communication s’accordent sur cet unique élément de langage : se taire, ne rien dire, pas un mot.

L’Émir du Qatar lui même est devenu muet depuis que l’Arabie Saoudite, les Émirats Unis, Bahrein et l’Egypte ont subitement accusé son pays de financer le terrorisme. Cette mise à l’index sans sommation assortie de rupture des relations diplomatiques, fermetures des frontières et publication d’une liste d’accusés nominés, a frappé de stupeur l’ensemble de la communauté internationale à l’exception des États-Unis dont le Président s’est empressé de tweeter son approbation. Mais ni l’ONU, ni la Ligue Arabe, ni la Ligue Islamique, ni le conseil de coopération du Golfe n’ont moufté.

IL ETAIT UNE FOIS…

Le Qatar n’est pas une nation, c’est une fable. Tout a été dit sur ce confetti, sa télé à l’audience planétaire, sa main-mise sur l’information et le sport, ses achats extravagants, son prosélytisme salafiste maquillé en œuvre de charité, son irrésistible pouvoir de séduction chez les politiciens véreux de tous bords…

Hedy Belhassine

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