Observatoire Géostratégique

numéro 148 / 16 octobre 2017

MENACES CONTRE L’IRAN, BRUITS DE GUERRE AU LIBAN ET GRAND BASCULEMENT…

Le 13 octobre dernier, Donald Trump a annoncé qu’il ne « certifierait » pas l’accord sur le nucléaire iranien. Il s’agissait, comme tous les 90 jours – selon la loi américaine – de valider auprès du Congrès cet accord international qui vise à empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique. Le 20 mai dernier, c’est-à-dire le jour même de la proclamation officielle du résultat de l’élection présidentielle iranienne, qui a vu une nouvelle victoire du réformateur Hassan Rohani – après un scrutin démocratique exemplaire -, Donald Trump avait appelé, depuis Riyad et devant une cinquantaine de pays sunnites (dont une majorité de dictatures), à isoler l’Iran « qui soutient et finance le terrorisme… ». Et pour que les choses sont bien claires, la Maison blanche a lancé conjointement une vaste campagne de presse internationale pour « appeler tous les pays du monde à s’opposer à la dictature iranienne ».

Sans surprise, Le Monde s’est ainsi empressé de publier le tract de Tom Bossert, conseiller à la sécurité intérieure de la Maison Blanche : « Les Etats-Unis continueront à isoler l’Iran et son allié le Hezbollah »1. Un grand morceau d’anthologie de l’Orwellisation des esprits : « le Hezbollah kidnappe des soldats et des civils, lance des roquettes sur des familles et des enfants israéliens, et prépare des attentats terroristes partout dans le monde ». Bigre ! Monsieur Tom Bossert semble ignorer qu’Israël et le Liban ne sont – toujours – pas en paix, que la Ligne bleue (frontière sud sous le contrôle des Nations unies) n’est toujours pas stabilisée, que le retrait israélien du sud-Liban en juillet 2000 n’a pas été complet puisque les soldats de Tel-Aviv occupent toujours le secteur stratégique des Fermes de Chebaa, afin de contrôler le réseau hydrographique du fleuve Litani et de pomper les nappes phréatiques de la région. Une vieille habitude israélienne !

PROPAGANDE ET VOL DE TERRES ARABLES

Parcourant la Ligne bleue de la prison de Khiam à la ville de Tyr, quelques jours après le retrait israélien, l’auteur de ces lignes s’étonnait de voir la succession d’une cinquantaine de trous énormes – grands comme des immeubles – déchirant la terre libanaise de cette région frontalière. Natif de Khiam, son chauffeur lui expliquait une histoire hallucinante qui – à notre connaissance – n’a jamais été publiée par personne : six mois avant le retrait, les autorités israéliennes ont déployé, sur la frontière du sud-Liban, une noria de pelleteuses et camions-bennes en action jour et nuit pour… voler la terre arable de ces régions, connue pour leur grande fertilité agricole !

A plusieurs reprises, prochetmoyen-orient.ch a rappelé une évidence, maintes fois confirmée par les évolutions du conflit sur le terrain : en s’engageant militairement en Syrie, le Hezbollah a sauvegardé l’intégrité territoriale et politique du Liban !

En investissant le jurd de Qoussair, les régions de Yabroud et Qalamoun durant l’été 2013, le Hezbollah a effectivement empêché Jabhat al-Nosra (Al-Qaïda en Syrie) et l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) de s’emparer de la ville portuaire de Tripoli, dans le nord du Liban. Dans le sud du Pays du Cèdre, le Hezbollah a aussi empêché les hordes de criminels jihadistes de s’implanter durablement, notamment sur le plateau du Golan. Toujours prompts à crier au loup et à la menace terroriste, les Israéliens – pour leur part – livraient armes et matériels de communication aux katibas salafo-jihadistes et soignaient leurs blessés rapatriés vers les hôpitaux des villes du nord d’Israël !

On ne peut pas dire tout et faire n’importe quoi ! Voilà plusieurs décennies que Tel-Aviv s’oppose à la modernisation de l’armée nationale libanaise en empêchant – la France notamment – de lui livrer des matériels opérationnels. Et l’existence de l’aile armée du Hezbollah a toujours été justifiée, par une majorité de Libanais, pour pallier aux insuffisances d’une armée à laquelle Tel-Aviv et Washington interdisaient la livraison de blindés, d’hélicoptères et de missiles. Monsieur Tom Bossert devrait aussi savoir que – chaque jour que Dieu fait – l’armée de l’air et la marine de guerre israéliennes violent allègrement l’espace aérien du Liban et les eaux territoriales de sa Zone économique exclusive (ZEE). En ce moment même, Tel-Aviv cherche à annexer plusieurs « blocs » de la ZEE libanaise riches en gaz et pétrole !

Tout en déniant au Hezbollah le droit d’avoir une représentation parlementaire au sein de l’assemblée nationale libanaise2, Monsieur Tom Bossert l’accuse d’avoir assassiné l’ancien Premier ministre Rafiq Hariri, rien de moins ! Précipitation, ignorance ou manque de maturité ?

Richard Labévière

1 Le Monde, 10 octobre 2017.
2 Avec 13 députés, le Hezbollah constitue avec Amal et ses alliés la deuxième force politique de l’assemblée nationale libanaise.

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RIEN NE VA PLUS À LA COUR PÉNALE INTERNATIONALE !

« Il y a deux sortes de justice : vous avez l’avocat qui connait bien la loi, et l’avocat qui connait bien le juge » (Coluche). Et, pourtant Coluche ne connaissait pas encore le premier procureur de la Cour pénale internationale, l’argentin Luis Moreno Ocampo qui défraie aujourd’hui la chronique des faits divers crapuleux. À jet continu, le feuilleton des turpitudes du magistrat déverse chaque jour un nouvel épisode, encore plus sordide que le précédent, et cela depuis le 30 septembre 2017. Cette enquête intitulée Les secrets de la Cour est le fruit de six mois d’investigation menée par huit médias internationaux membres de l’« European Investigate Collaborations » (EIC comprenant Mediapart, Der Spiegel, NRC Handelsblad, The Sunday Times, El Mundo, Le Soir, ANCIR et The Black Sea).

Incroyable mais vrai pourrait être le titre de cette saga judicaire. Présentée hier comme un parangon de vertu1, la CPI y apparaît aujourd’hui sous un jour plus contrasté. C’est le moins que l’on puisse dire !

Des signaux faibles inquiétants parvenaient déjà aux oreilles sensibles et réalistes des Cassandre depuis de longs mois en provenance d’une petite ville aux Pays-Bas, La Haye2. L’affaire Laurent Gbagbo apparaissait déjà comme révélatrice d’une justice internationale qui n’est ni indépendante, ni impartiale. Ce qui est le moins que l’on puisse attendre d’une juridiction internationale de ce niveau. Il importe de revenir à la genèse de la création de la Cour et à ses limites objectives avant d’étudier les dérives d’une structure aux prises avec certains de ses démons. Enfin, la CPI n’aurait-elle pas été instrumentalisée par la France dans l’affaire ivoirienne au mépris des valeurs dont elle entend être le porte-parole ?

LA COUR CONFRONTÉE À SES LIMITES

Si la création de la Cour pénale internationale à Rome est de bon augure en tant qu’espoir d’une société internationale régulée, elle n’en comporte pas moins des limites tenant au principe de réalité.

La promesse de Rome : le rêve devient réalité

« Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct » nous rappelle Jean-Jacques Rousseau en 1856. Il faut attendre l’année 2002 pour que soit créée la cour pénale internationale (CPI) à Rome par un traité signé par 120 États. Elle constitue une structuration importante de la communauté internationale autour de la notion de respect des droits de l’homme et de sanction de ses éventuelles violations par une juridiction internationale indépendante et impartiale. Il n’existe pas de paix sans justice3. Impatients d’appréhender cette révolution copernicienne de la justice internationale, les experts s’emparent du sujet pour en faire une exégèse complète article par article4. En termes d’approche du droit positif, le résultat est particulièrement impressionnant. Comme le souligne le professeur Serge Sur, la nouvelle juridiction internationale, qui est porteuse d’un dessein historique, s’inscrit durablement et de manière irréversible dans le paysage du droit international même si elle n’est qu’une étape, un moment dans un processus de longue haleine. Fait impensable, il y a encore quelques années, les auteurs de crimes les plus odieux, et en dépit de leur qualité (chefs d’Etats, par exemple), pourront être poursuivis, jugés, voire condamnés. Fini le temps de l’indifférence de la communauté internationale face à ses démons !

La normalité de La Haye : la réalité a ses limites

« L’histoire et le sens du progrès ne marchent toujours pas dans le même sens pour tous »5. A l’expérience, on s’aperçoit rapidement que la Cour pénale internationale atteint rapidement ses limites en raison de sa « compétence limitée et de ses résultats mitigés »6. A l’instar de la Société des nations (SDN), elle pèche par trois insuffisances : absence d’universalité (l’absence de participation de la Chine, de l’Inde, du Pakistan, d’Israël, de la Russie et, surtout des États-Unis constitue un sérieux handicap), flou de l’incrimination (le concept d’atteintes graves au droit humanitaire manque de clarté) et absence de puissance coercitive (elle suppose un minimum de coopération des États, quid des États faillis ?, quid du président soudanais ?7…) contribuent à affaiblir la puissance supposée de la Cour8. Ce fameux état de droit dont se gargarisent nos bonnes consciences n’est en qu’à ses premiers balbutiements à La Haye. Souvenons-nous que « quand il n’y a pas de bonnes solutions aux problèmes, alors les démons se réveillent » !9 Le principe de réalité rattrape la justice internationale10. La plus grave critique provient de ceux qui accusent la Cour d’être soumise aux pressions de certains Etats qui l’utiliseraient ou l’instrumentaliseraient à des fins politiques éloignées du seul impératif de justice qui est sa raison d’être11 alors même que de nombreuses personnes incriminables vivent aujourd’hui encore dans l’impunité la plus totale. Tel n’est pas le moindre des paradoxes d’une justice internationale à vocation universelle en théorie mais dont l’universalité n’est que théorique dans la pratique.

Comme toute justice, la justice pénale est avant tout une justice rendue par des hommes et des femmes et non par des robots, ce qui la rend faillible.

LA COUR AUX PRISES AVEC SES DÉMONS

Les révélations incontestables de l’enquête conduite par un collectif de médias internationaux sonnent comme un coup de tonnerre dans le ciel de la capitale des Pays-Bas. Elles conduisent l’actuel procureur de la Cour à actionner toutes sortes de paratonnerres.

Le coup de tonnerre : Les facéties du procureur Ocampo

Sur la base d’une fuite de 40 000 documents officiels obtenus par l’« European Investigate Collaborations », une série de dysfonctionnements majeurs au sein de la CPI est révélés, pour la plupart en relation avec les dérives de son premier procureur, l’argentin Luis Moreno Ocampo (2003-2012). La liste des turpitudes que nous allons présenter n’est malheureusement pas exhaustive. Citons les pêle-mêle : (1) pendant qu’il traquait les plus grands criminels de la planète, le premier procureur de la Cour pénale internationale (CPI), l’argentin Luis Moreno Ocampo, a détenu des sociétés offshore implantées au Panama et dans les îles Vierges britanniques, deux des plus opaques paradis fiscaux au monde et cela en violation des statuts de la Cour qui interdisent aux procureurs d’avoir une autre activité professionnelle et alors même que l’argentin s’était bâti dans le passé une solide réputation de militant anticorruption12 ; (2) le procureur aurait défendu les intérêts d’un homme d’affaires milliardaire, soutien de potentiels criminels de guerre en relation avec la chute du colonel Kadhafi en Libye13 ; (3) après avoir quitté la Cour en 2012, le procureur rejoint un cabinet new-yorkais à l’occasion duquel il s’ingère dans les affaires de la CPI pour obtenir la levée des charges de crime contre l’humanité qu’il avait lui-même initiés contre le président kényan14 ; (4) implication active dans le dossier des Yézidis pour le compte d’une banque d’investissement de New-York15 ; (5) la duplicité du procureur Ocampo sur le dossier kényan qui conduit à un véritable déni de justice16 ; (6) Angelina Jolie, George Clooney, Pierre Omidyar – fondateur d’eBay –, le Qatar toujours lui dès qu’il y a un mauvais coup… Au cours de son mandat, le premier procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, a laissé Hollywood, la Silicon Valley et certains États utiliser la CPI pour nourrir leur propre vision du monde. Au risque de gager l’indépendance de la Cour17… plus d’autres révélations qui pourraient parvenir dans les semaines à venir… et mettre encore plus en question la crédibilité de la Cour pénale internationale et sa légitimité dans la poursuite des criminels de haut vol sur une base non discriminatoire.

Guillaume Berlat
16 octobre 2017

1 Julian Fernandez (sous la direction de), Justice pénale internationale, CNRS éditions, Biblis, 2016.
2 Guillaume Berlat, Cour pénale internationale : entre puissance et impuissance, www.prochetmoyen-orient.ch , 28 mars 2016.
3 Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Pas de paix sans justice ? Le dilemme de la paix et de la justice en sortie de conflit armé, SciencesPo Les Presses, 2011.
4 Julian Fernandez/Xavier Pacreau (sous la direction de), Statut de Rome et de la Cour pénale internationale. Commentaire article par article, Tomes I et II, éditions A. Pedone, 2012.
5 Constance Colonna Cesari, Dans les secrets de la diplomatie vaticane, Seuil, 2016, p. 114.
6 Stéphanie Maupas, La CPI cherche à sortir d’Afrique, Le Monde, 7-8 février 2016, p. 14.
7 Stéphanie Maupas/Hélène Sallon, L’impunité d’Omar Al-Bachir, une défaite pour l’ONU et la CPI, Le Monde, 16 avril 2015, p. 17.
8 Serge Sur, Postface, Progrès en Justice assez lents, dans, Julian Fernandez/Xavier Pacreau (sous la direction de), Statut de Rome et de la Cour pénale internationale, Commentaire article par article, Tome II, pp. 2225-2235.
9 Lech Walesa, « Je manipulais les services secrets », Le Monde, 20 février 2016, p. 2.
10 1ères journées de la Justice pénale internationale, Université Panthéon-Assas Paris II/Centre Thucydide, AEGES, 25-26 février 2016.
11 Florence Hartmann, Paix et châtiment. Les guerres secrètes de la politique et la justice internationales, Flammarion, 2007.
12 Fabrice Arfi/Sven Becker, CPI : le procureur avait des sociétés offshore, www.mediapart.fr , 30 septembre 2017.
13 Stéphanie Maupas/Hannecke Chin-A-Fo, Le business du crime de guerre, www.mediapart.fr , 29 septembre 2017.
14 Fabrice Arfi/Stéphanie Maupas, Les secrets de la Cour : une semaine de révélations, www.mediapart.fr , 29 septembre 2017.
15 Stéphanie Maupas/Hannecke Chin-A-Fo, Conflits d’intérêt et rémunérations cachées à la Cour pénale internationale, www.mediapart.fr , 2 octobre 2017.
16 Stéphanie Maupas, Crimes contre l’humanité au Kenya : l’incroyable double jeu du procureur, www.mediapart.fr , 4 octobre 2017.
17 Stéphanie Maupas, Angelina Jolie, Omidyar et le Qatar : le cabinet caché du procureur Ocampo, www.mediapart.fr , 6 octobre 2017.

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UNESCO : UN CADEAU EMPOISONNÉ ? Guillaume Berlat, 15 octobre – En pleine dernière ligne droite de l’élection du futur directeur général appelé à succéder à la bulgare, Irina Bokova (qui achève son deuxième mandat), les États-Unis annoncent, le 12 octobre 2017, leur retrait de l’UNESCO, suivis de près par Israël1. Le moins que l’on puisse dire est que cette nouvelle tombe au plus mauvais moment pour une Organisation en plein malaise existentiel… comme beaucoup d’autres du reste. Le multilatéralisme n’en finit pas d’être écorné et mal mené au cours des dernières années2. Il s’agit, en vérité, d’une tendance lourde qui trouve son origine dans le climat de défiance grandissante qui s’est installé entre les grands acteurs du concert international. Elle se renforce avec l’arrivée de l’administration Trump à la Maison Blanche (retrait de l’accord de Paris sur le climat, remise cause de l’accord sur le nucléaire avec les Iraniens, remis en causes des accords commerciaux conclus dans le passé par Washington…)3. L’élection de au poste de directrice générale de la Française Audrey Azoulay le vendredi 13 octobre 2017, après une bataille de Titans, constitue une excellente nouvelle pour notre pays même si les défis qui l’attendent ne sont pas des moindres. Un bref retour en arrière s’impose pour mieux appréhender la genèse de cette organisation universelle de la famille des Nations unies ainsi que les difficultés qu’elle traverse depuis plusieurs décennies.

UNESCO : DE LA CULTURE À LA POLITIQUE

Une vieille Dame conquérante. L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (plus connue sous l’acronyme d’UNESCO tiré de son nom en anglais « United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization »), est une institution spécialisée du système des Nations Unies créée le 16 novembre 1945 (signature par 37 États). Son Acte constitutif entre juridiquement en vigueur le 4 novembre 1946. Son siège est au 7/9, place de Fontenoy dans le 7e arrondissement de Paris. L’UNESCO a pour objectif de contribuer à la paix et à la sécurité internationales grâce à son action développée à travers cinq grands programmes : l’éducation, les sciences exactes et naturelles, les sciences sociales et humaines, la culture, la communication et l’information4. On s’accorde à reconnaître que l’institution a été principalement modelée par le seul français à l’avoir dirigée de 1959 à 1974, René Maheu. Jusqu’à la fin de l’année 2017, le poste de directeur général est occupé par une bulgare Irina Bokova.

Une vieille Dame souffrante. Sous les formules diplomatiques rassurantes, le feu couve depuis des années sur fond de positions controversées de l’Unesco sur Jérusalem et Hébron, défendues par les pays arabes5. En 2011, l’admission de la Palestine au sein de l’UNESCO aggrave la crise. Elle entraîne la suspension des contributions financières d’Israël et des États-Unis qui fournissaient plus de 20% du budget de l’Organisation. En juillet 2017, Washington lance un avertissement, prévenant qu’il réexamine ses relations avec l’UNESCO. La nouvelle administration américaine qualifie « d’affront à l’histoire » la décision de l’Organisation de déclarer la vieille ville de Hébron, en Cisjordanie occupée, « zone protégée » du patrimoine mondial. Une décision qualifiée de « délirante » par Israël. Manifestement, une organisation technique n’est pas à l’abri des querelles politiques et diplomatiques du Proche-Orient. Elle est allée plus loin que les autres organisations du système des Nations unies en terme de reconnaissance de l’autorité palestinienne. Elle paie aujourd’hui le prix des querelles entre l’Arabie saoudite et le Qatar, ce qui fait le jeu de la candidate française qui n’était pas donnée favorite au début de la compétition. Et, c’est le moins que l’on puisse dire !

UNESCO : ADIEU L’AMÉRIQUE, BONJOUR LA FRANCE

Une mauvaise nouvelle. Coup de tonnerre dans le ciel parisien d’un été indien, les États-Unis annoncent le 12 octobre 2017 leur retrait de l’UNESCO qu’ils jugent trop anti-israélienne6, suivis en cela par Israël7. Cette annonce intervient au moment même où l’institution, en perte de vitesse et à la recherche d’un second souffle, s’apprête à élire son prochain directeur général8. Après son retrait, qui sera seulement effectif fin 2018, Washington souhaite conserver un statut d’observateur. « Cette décision n’a pas été prise à la légère, et reflète les inquiétudes des États-Unis concernant l’accumulation des arriérés à l’Unesco, la nécessité d’une réforme en profondeur de l’organisation, et ses partis pris anti-israéliens persistants », explique le Département d’État dans un communiqué. Un tel retrait n’est pas inédit. En 1984, il intervient sous Ronald Reagan, alors motivé par l’inutilité supposée et les débordements budgétaires de l’UNESCO. Ce n’est qu’en 2002 que les États-Unis réintègrent l’Organisation. L’histoire de l’organisation est loin d’être un long fleuve tranquille.


1 UNESCO. Bye bye Washington et Israël, 20 minutes, 13 octobre 2017, p. 6.
2 Serge Sur, Défis et avenir de la coopération internationale, Usure ou fin du multilatéralisme, ramsès 2018, Dunod, pp. 62-67.
3 Éditorial, Trump porte un coup de plus au multilatéralisme, Le Monde, 14 octobre 2017, p. 24.
4 Préambule de l’Acte constitutif de l’UNESCO : « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ».
5 Benjamin Barthe/Laurent Carpentier, L’UNESCO dans tous ses états, Le Monde, 7 octobre 2017, p. 16.
6 Gilles Paris/Piotr Smolar, Les États-Unis, suivis par Israël, se retirent de l’UNESCO, Le Monde, 14 octobre 2017, p. 3.
7 Philippe Gélie, Donald Trump retire les États-Unis de l’UNESCO, Le Figaro, 13 octobre 2017, p. 9.
8 Kacem Fazelly, L’UNESCO : l’universelle si particulière, Les éditions Bamyian, 2017.

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HEDY BELHASSINE NOUS DIT : « LE ROI SALMAN D’ARABIE SUR LA PLACE ROUGE » – 9 octobre.

Qui l’eut cru ? Pour célébrer le centenaire de la Révolution d’octobre, le roi d’Arabie s’est invité au chevet de Lénine ! Ces épousailles historiques entre la carpe et le lapin sont passées quasiment inaperçues alors qu’elles préfigurent sans doute de la bascule vers un désordre nouveau ou vers une paix inédite au Moyen-Orient. Quelles impérieuses raisons ont pu précipiter le vieux roi d’Arabie Salman dans son Jumbo Jet médicalisé qui est allé se poser six heures plus tard, à la nuit tombée, par un temps frisquet sur un aéroport de Moscou où il avait été précédé par 1 500 courtisans. Signe que la Royale escapade allait se dérouler dans la contrariété,l’escalator électrique déployé de l’avion refusa obstinément de fonctionner contraignant le vieillard à descendre une à une les marches dorées du luxueux engin. En bas, ni Poutine, ni Medvedev ne s’était déplacé. On avait seulement dépêché un dignitaire débonnaire en col roulé. Il semblait alors que la première visite d’un roi d’Arabie en Russie ne serait pas placée sous le signe du baiser sur la bouche. Et pourtant… Rencontres, banquets, visites protocolaires s’enchainèrent pendant quatre longues journées. Pour remplir l’agenda et occuper les journalistes en marge de la « semaine culturelle de l’Arabie en Russie » des colloques de gens bien élevés discoururent sur des sujets universels que l’Arabie et la Russie ont contribué à faire progresser comme celui des droits de l’Homme ou de la liberté d’expression. Plus concrètement, les dirigeants des deux pays ont convenu de booster leurs échanges commerciaux qui se limitaient jusqu’à présent à quelques millions de dollars d’orge, de pâtes alimentaires, et de minerais. Désormais, il faudra compter en milliards. Tous les exportateurs russes seront à la fête. Le plus stupéfiant des engagements concerne la coopération dans le secteur de l’armement. La Kalachnikov, arme fétiche des pays du Pacte de Varsovie sera pour la première fois de son histoire produite dans un pays de l’Ouest ! Le fusil emblématique de tous les révolutionnaires de la terre, celui qui figure sur le drapeau du Hezbollah sera fabriqué dans le royaume de son plus fidèle ennemi ! Au lendemain de cette annonce stupéfiante qui a même étonné le monde des blasés, un quidam sans doute désespéré par la nouvelle, a pris d’assaut le Palais Royal à Jeddah tuant deux gardes avant d’être lui même abattu… la Kalachnikov à la main. Coïncidence ou avertissement ? Autre motif d’étonnement, l’Arabie a confirmé l’achat de rampes de missiles mobiles capables de faire bouclier à toute intrusion dans son espace aérien. Le système S-400 qui est déployé en Russie face aux forces de l’OTAN, dote également les armées d’Algérie, de Chine et de Turquie. Tout comme Erdogan, Salman ne semble pas faire totalement confiance à son protecteur américain dont le congrès s’est pourtant empressé d’autoriser l’exportation en Arabie de batteries THAAD, rivales du S-400. Il faut dire que nul n’est aujourd’hui capable de mesurer l’efficacité réelle de ces très couteux systèmes. Mais sans attendre le « combat proven » sans cesse annoncé et toujours reporté en Corée du Nord, Salman qui en a les moyens, a choisi pour plus de sureté de se payer les deux. Nouvelle plus réconfortante : depuis Moscou, le Ministre Saoudien des affaires étrangère a révélé que son royaume avait révoqué des milliers d’imams coupables d’avoir prêché la haine ; il en a profité pour accuser le Qatar d’avoir financé ces mauvais salafistes. Sur la politique régionale, afin de rassurer les naïfs, Salman et Medvedev ont côte à côte psalmodié des vœux pieux : arrêt des souffrances du peuple palestinien, paix et stabilité pour la Syrie et le Yémen, arrêt de l’interventionnisme iranien, respect de bon voisinage…Au plan économique ils ont l’un et l’autre souhaité une stabilisation des cours du pétrole, et l’Arabie s’est engagée à créer un giga fonds d’investissement pour promouvoir l’innovation en matière d’énergies solaires et nucléaires dans le royaume. À l’issue de cette incroyable rencontre entre des personnages aux antipodes de la sphère diplomatique internationale, toutes les spéculations sont permises. En Syrie d’abord dont il faut rappeler, que la guerre a été provoquée, soutenue et perdue par l’Arabie Saoudite, et de laquelle la Russie sort vainqueur. Au Yémen ensuite, dont le tiers du territoire est quotidiennement tapissé de bombes saoudiennes mais qui résiste et porte la guerre chez son agresseur. Dans ce pays anéanti où elle a depuis les premiers jours acheminé l’aide humanitaire, la Russie devient l’incontournable médiateur. Enfin, elle s’impose également comme l’unique interlocuteur crédible capable d’apaiser les tensions et de garantir un pacte de non agression entre l’Arabie et l’Iran. Pour Washington, ce voyage est un camouflet diplomatique d’autant que le roi Salman, fin connaisseur de l’Amérique dont il a fréquenté tous les Présidents depuis John Kennedy, est en mesure d’apprécier la valeur de la poignée de main qu’il a échangé avec Donald Trump il y a quatre mois. Comme toujours, le diable se niche dans les détails. Le roi qui souhaitait être fait docteur honoris causa de la prestigieuse université de l’Amitié des Peuples Patrice-Lumumba s’est contenté d’une remise en grande pompe du diplôme de l’Institut de formation des diplomates russes. Pour Salman, le chemin de Moscou fut celui de Canossa. Et ce n’est qu’un début car l’acte de contrition accompagné du paiement de quelques armements ne soldera pas pour autant le tribut que réclament les Russes pour prix de leur nouveau protectorat sur le Moyen-Orient.

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Donald Trump a botté en touche, laissant le Congrès décider de la certification de l’application de l’accord multilatéral avec l’Iran. Mais il s’est laissé entraîner à sortir de l’UNESCO l’an prochain comme Jerusalem, non pardon comme Tel-Aviv qui reste encore la capitale reconnue. A Erbil, Barzani a aussi botté en touche-pas au grisbi, au pétrole de l’Iraq, ressource d’exploitation nationale selon la capitale Baghdad. A regarder les cartes, on voit que la tentation d’indépendance naît dans les contrées qui ont à la fois les montagnes et la mer : Catalogne, Pays Basque, Corse, Rif et Liban autrefois. C’est mal parti pour les Kurdes…ça a mal tourné pour le Sud Soudan. Résistant, tu resteras dans les montagnes ! Homme libre, toujours tu chériras la mer !

Bernard Cornut

 

SYRIE : DRÔLE D’ATTELAGE POUR UNE CONSTITUTION…

Peut-on confier à son ennemi le soin de rédiger sa constitution ? La réponse semble être affirmative pour Randa Kassis. Cette opposante syrienne – ancien membre du Conseil national syrien (CNS) – se concentre, depuis un an sur la rédaction d’une nouvelle constitution pour la Syrie. Elle s’est elle-même confiée cette mission après avoir été exclue des négociations de Genève dirigées par le représentant spécial de l’ONU sur la Syrie Staffan de Mistura.

En fait, les Russes ont décidé de lâcher cette personnalité controversée au profit de Jamil Qadri. Chef de file du groupe dit « de Moscou », cet ancien ministre de Bachar al-Assad – qui a fait défection durant l’été 2012 – est aujourd’hui dirigeant du Parti de la Volonté populaire et du Front populaire pour le changement et la libération. Ce lâchage est bien compréhensible : en s’autoproclamant unilatéralement rédactrice de la « nouvelle constitution syrienne », Randa Kassis a provoqué une certaine confusion dans l’agenda des négociations menées à Genève. Celles-ci comportent quatre dimensions : transition politique, réformes constitutionnelles, élections et lutte contre le terrorisme. Le fait de privilégier préalablement l’aspect constitutionnel sans tenir compte des autres chapitres de la négociation, ni de l’évolution des rapports de force sur le terrain, a passablement gêné les négociateurs russes, Staffan de Mistura et les autres partenaires du processus d’Astana, les Turques et les Iraniens notamment.

En effet, les premiers travaux de Randa Kassis sur une « nouvelle constitution » privilégient d’abord les revendications de la minorité kurde, allant jusqu’à prévoir l’instauration d’un Etat fédéral, l’autonomie, sinon l’indépendance de certaines régions. Cette volonté de partition de la Syrie historique correspond point par point aux cartes établies par Washington, Riyad et Tel-Aviv, visant à démembrer ce pays à l’image de ce qui a été fait au cœur de l’Europe avec la Tchécoslovaquie, en ex-Yougoslavie, en Somalie, au Soudan, en Irak, en Libye et ailleurs : fragmenter, émietter le monde pour mieux le dominer !

Ce n’est pas un hasard si l’opposante syrienne s’est réjouie de la tenue du dernier référendum d’indépendance au Kurdistan d’Irak, bras-dessus bras-dessous avec … Bernard Kouchner et Benjamin Netanyahou ! Elle a, du reste commis un ouvrage sur « le chaos syrien » avec l’essayiste Alexandre del Valle, très connecté aux milieux israéliens et pro-israéliens de France et de Navarre…

Figure toujours active de l’opposition syrienne, Randa Kassis entretient, elle-même des liens très suivis et diversifiés avec Israël. A plusieurs reprises, elle s’est illustrée par sa participation à des réunions avec l’ancien premier ministre israélien Shimon Peres, encore avant le décès de ce dernier en septembre 2016, à Astana au Kazakstan. Autant de réunions concoctées par son propre compagnon – Fabien Baussart – un avocat français, très liés pour sa part à des milieux financiers russes.

Haut en couleurs, lui aussi, ce personnage a souvent défrayé la chronique. Créateur en 2006 du think-tank – Center of political and foreign Affairs (CPFA) -, étant soupçonné d’avoir organisé plusieurs rencontres entre le fils de Donald Trump et des officiels russes durant la campagne présidentielle américaines, alors que ces tribulations font l’objet d’enquête aux Etats-Unis. Le Monde du 19 mars relève : « les interrogations sur la visite tiennent principalement à la personnalité de l’organisateur de la rencontre, le Français Fabien Baussart, 44 ans, homme d’affaires et fondateur, en 2006, du Center of Political and Foreign Affairs (CPFA), le mystérieux think tank organisateur de l’événement. Dans un entretien au Monde, M. Baussart assure « que personne ne [lui] a demandé d’organiser quoi que ce soit, ni n’a contribué aux frais ». Il assure aussi que le sujet des sanctions occidentales contre Moscou n’a pas été abordé, y compris lors du déjeuner en comité restreint qui a précédé la soirée ».

Etienne Pellot

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