Observatoire Géostratégique

numéro 200 / 15 octobre 2018

NUMERO 200 : INFORMER AUTREMENT…

Le premier numéro de notre/votre hebdomadaire numérique prochetmoyen-orient.ch est sorti le 15 décembre 2014. Avec les attentats parisiens de janviers 2015, il a vite pris son rythme hebdomadaire de croisière pour sortir, chaque lundi en début d’après-midi, soigneusement préparé à l’ombre du jet d’eau de Genève. Le choix de la cité de Rousseau ne répond certainement pas à des motivations fiscales, le secret bancaire n’existant plus en Confédération helvétique depuis de nombreuses années, mais plutôt parce que le siège européen des Nations unies y regroupe de nombreuses agences spécialisées de l’ONU, une soixantaine de missions permanentes d’Etats-membres et plus d’un millier d’ONGs, engagées dans les relations internationales.

Au fil des semaines, et fort de votre fidélité, prochetmoyen-orient.ch n’a cessé de croître en audience, comme en reprise pour passer la barre des 100 000 visites durant l’année 2017. Depuis 2018, le titre oscille entre 120 et 130 000 visites, ses papiers étant régulièrement repris par une quinzaine de sites amis, ce qui constitue un lectorat potentiel de 300 000 lecteurs par mois. Très diversifiée, l’équipe rédactionnelle (éclatée entre Paris et Genève/Machrek et Maghreb : Liban, Syrie, Irak et Egypte/Algérie, Tunisie et Libye) s’efforce de faire remonter informations, analyses et humeurs qu’on ne trouve pas dans la presse parisienne « mainstream », pour parler comme Emmanuel Macron et la nouvelle présidente de l’OIF.

Ce parti pris ne s’explique pas seulement par cet incompressible constat qu’on ne peut se contenter de jugements simples pour comprendre l’Orient compliqué. En relisant La Formation de l’esprit scientifique de Gaston Bachelard (1938) – ce qu’il faut faire régulièrement -, on comprend mieux comment et pourquoi cette région particulière, ou plutôt ses lectures, se heurtent constamment à une multitude d’obstacles épistémologiques. Principalement trois : 1) L’histoire : comment fait-on l’histoire des Proche et Moyen-Orient ? D’ores et déjà, on peut renvoyer aux ouvrages du grand historien libanais Georges Corm et à son livre Le Proche-Orient éclaté publié en 1983 par les éditions Gallimard ; 2) Les idéologies politiques – les différentes filiations du nationalisme arabe -, la doctrine sioniste dans ses différentes configurations, les idéologies de l’Islam politique radical et plus récemment les approches mondialistes confrontées aux différentes formes de ce qu’on qualifie aujourd’hui de « souverainisme » ou « populisme » ; 3) enfin, les récits médiatiques de la grande presse internationale et des ONGs, qui sont devenus des armes de communication massive, spécialisées dans la défense de leurs propres intérêts.

La déconstruction de ces obstacles épistémologiques est un métier à plein temps que nous essayons aussi de concevoir, modestement, comme une « veille », parce que la censure frappe de nouveau en France, et sous les formes les plus diverses (cf. HUMEURS et BREVES de ce NUMERO 200). A une corruption montante dans les appareils d’Etat, nous essayons aussi de répondre – toujours à hauteur de nos moyens – par une quasi-rubrique hebdomadaire, dédiée à la « moralisation de la vie publique ». Qui sommes-nous pour prétendre à une telle charte éditoriale ? Des journalistes, des diplomates, des chercheurs et des fonctionnaires attachés à la rigueur du service public, service au public.

A l’occasion de ce NUMERO 200 – et nous avons la satisfaction de penser que ce n’est pas rien – on ne peut pas ne pas se demander aussi pourquoi la presse parisienne est devenue si nulle. Il n’y a pas de grand complot pyramidal. Emettons, là-encore trois constats : 1) le modèle économique des grands médias parisiens a fondamentalement changé, ces derniers appartenant désormais presqu’exclusivement à de grands groupes industriels et sociétés financières. L’auteur de ces lignes se souvient avoir effectué un stage au Monde à la fin des années 1970. Jacques Fauvet était le patron du grand quotidien français de référence qui disposait d’environ 200 correspondants dans le monde (et pas de simples pigistes). Aujourd’hui, ce maillage de témoins et d’analystes s’est réduit comme peau de chagrin, donnant raison au réquisitoire dressé par Pierre Péan dans son livre définitif (co-écrit avec le regretté Philippe Cohen) – La face cachée du Monde1. Sa lecture nous fait comprendre comment et pourquoi le triumvirat – Plenel, Colombani et Minc – a tué le prestigieux quotidien d’Hubert Beuve Méry ; 2) devenus des supports de communication, d’influence, sinon de propagande, les grands médias font maintenant surtout des affaires ; 3) enfin, comme d’autres, les métiers de la presse se sont lumpen-prolétarisés, bientôt remplacés par des algorithmes avant les robots qui arrivent…

Guillaume Berlat, Richard Labévière et Etienne Pellot


1 Pierre Péan et Philippe Cohen : La Face cachée du Monde. Editions Mille et une nuits (Fayard), 2003.

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EREVAN : SOMMET DES FRANCOFOLIES…

Emmenez-moi au bout de la terre 

Emmenez-moi au pays des merveilles

Il me semble que la misère

Serait moins pénible au soleil.

Tel est le refrain d’une célèbre chanson de Charles Aznavour décédé le 1er octobre 2018 à l’âge de 94 ans à Mouriès. Et cela dix jours avant le début du XVIIème sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie qui se réunit pour la première fois à Erevan (11-12 octobre 2018), capitale de l’Arménie. Sommet auquel Charles Aznavour devait accompagner le président de la République, Emmanuel Macron (après avoir boudé la visite à New-York et aux Antilles, Brigitte Macron accompagne son divin mari à Erevan, pour veiller au grain). Ce dernier rend un hommage national sobre mais poignant à Charles Aznavour à l’Hôtel des Invalides les 5 octobre 2018. Il souligne qu’il fut l’un des meilleurs ambassadeurs de la Francophonie tout en étant par ailleurs l’un des meilleurs ambassadeurs de l’Arménie. Charles Aznavour ne disait-il pas qu’il avait eu l’impression d’être devenu français lorsqu’il possédât une parfaite maîtrise de la langue de Molière, plus que lorsqu’il fut naturalisé français ?

Exemple à méditer en un temps où bon nombre de nos compatriotes ne possèdent pas les rudiments élémentaires en sortant de l’enseignement primaire, pour ne pas dire secondaire. Que s’est-il passé depuis le dernier sommet de la Francophonie de Kinshasa en RDC (12-14 octobre 2017) ?1 Le choix de l’Arménie relève d’une diplomatie courageuse. La poursuite d’une approche institutionnelle traduit une diplomatie verbeuse qui se double d’une diplomatie honteuse lorsque l’on sait que Jupiter a poussé pour une candidate dont le pays, le Rwanda a multiplié les signes de dédain pour la France et la francophonie. Pour certains, l’utilisation de la langue française constitue un handicap dans le monde du « globish », une sorte de maladie honteuse.

DIPLOMATIE COURAGEUSE : LE CHOIX DE L’ARMÉNIE

L’Arménie que découvre le président de la République, Emmanuel Macron, ainsi que la Cour qui accompagne le monarque lors de ses déplacements hors de l’hexagone, se situe dans un contexte contrasté tant sur le plan intérieur qu’extérieur.

Sur le plan intérieur : sus à la corruption

Ce sommet intervient à un moment difficile de la marche de l’Arménie vers la démocratie. Ce pays ayant accédé à l’indépendance en 1991. Son nouveau premier ministre, Nikol Pachinian – reçu à Paris pour préparer le sommet de la Francophonie et pour renforcer la relation bilatérale – s’est engagé dans une lutte implacable contre la corruption2. Il est vrai que la situation économique du pays n’est pas très brillante3. Élu par le parlement arménien sous la pression de la rue grâce à une « révolution de velours », Nikol Pachinian doit quotidiennement lutter contre une majorité encore dominé par son prédécesseur, Serge Sarkissian. La Constitution taillée sur mesure pour son prédécesseur lui laisse peu de marge de manœuvre. On évoque des élections législatives anticipées au sort incertain pour l’actuel premier ministre4. Selon un expert, « le problème réside dans un conflit de légitimité » entre celle que donne le peuple et celle que la Constitution confère au Parlement. Et, c’est bien de cela dont il s’agit lorsque le premier ministre, Nikol Pachinian annonce, en plein milieu de la conférence de la francophonie, la tenue d’élections anticipées autour du 10 décembre 2018. Il compte démissionner d’ici le 16 octobre 2018.

Sur le plan extérieur : élargir le champ de ses alliances

L’Arménie doit composer avec sa géographie et son histoire tout en essayant de s’en libérer autant que faire se peut. Pour ce qui est de la géographie, elle est enclavée entre la Turquie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan (avec laquelle elle s’oppose dans le conflit « gelé » du Haut-Karabagh), l’Iran. Quant à l’histoire, elle faisait partie de l’ex-URSS et a eu à souffrir du massacre de ses nationaux par la Turquie (pomme de discorde toujours présente dans la relation bilatérale). Que faire dans ce contexte ? Ménager son étranger proche tout en tissant des liens étroits avec l’Union européenne, l’OTAN (dans le cadre du Partenariat pour la paix), voire avec la France (et les 83 autres États représentés) dans le cadre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dont le siège est à Paris. Et tout cela en dépit du fait que l’on ne peut se qualifier de pays francophone, au sens strict du terme en dépit d’une diaspora particulièrement bien intégrée dans notre pays. Certains évoquent une « francophonie du cœur ».

Passons du pays hôte de ce sommet au plat de résistance de cette rencontre, la défense et la promotion de la langue française au nom d’un pluralisme linguistique dans un monde où l’on parle et l’on pense de plus en plus en anglais.

DIPLOMATIE VERBEUSE : LE CHOIX DU MÉCANO INSTITUTIONNEL

Le sommet d’Erevan permet de déployer toutes les facettes de la diplomatie multilatérale : hommage à Charles Aznavour, « vivre ensemble », poursuite de l’ouverture au monde des affaires, élargissement versus approfondissement mais aussi question du choix de son plus haut(e) représentant (e).

En hommage à Charles Aznavour, l’amoureux de la France

Après l’hommage aux Invalides, Emmanuel Macron se rend au Centre Charles Aznavour en construction sur les hauteurs d’Erevan (il devait poser la première pierre en compagnie de notre héros national) et assiste ensuite à un concert auquel devait participer le chanteur et auquel participeront un certain nombre de ses amis (Serge Lama, Angélique Kidjo, Erik Berchot, le pianiste qui accompagnait l’auteur d’Emmenez-moi et de j’me voyais déjà…). Selon son fils Nicolas, ce centre abritera des lieux d’échanges et d’apprentissage, notamment une méthode d’enseignement du français à partir de ses chansons. « Par-delà la personne de Charles Aznavour, cette fondation est parfaitement en ligne avec la façon dont le président envisage la francophonie », fait-on savoir dans la délégation qui accompagne Emmanuel Macron à Erevan5. On ne peut que se féliciter de cette heureuse initiative très concrète et très touchante.

Au service de 84 pays qui ont la langue française en commun

Dans son souci de se défaire des visions du passé (en particulier celle de la Françafrique dont il a annoncé l’acte de décès), Emmanuel Macron avait tenu à s’adresser en priorité à la jeunesse lors du sommet de Ouagadougou de 2017 pour défendre l’idée d’une « langue monde émancipée de la France ». Le chef de l’État entendait œuvrer autour de trois axes essentiels pour renforcer la francophonie : « apprendre, échanger et créer en français ». La thématique principale de ce sommet d’Erevan tourne autour du « vivre ensemble » dans un monde où l’utilisation de « la langue française recule, souvent bousculée par d’autres langues qui visent l’hégémonie » (Emmanuel Macron) au Moyen-Orient et en Asie, cela faute d’investissement. L’argent est le nerf de la guerre comme il est celui de la défense de la langue française. À méditer par les crânes d’œuf de Bercy, experts dans le maniement indiscriminé du rabot. Jupiter entend saisir cette occasion, comme il l’a fait à l’occasion de son récent discours à l’assemblée générale de l’ONU à New-York), pour défendre le multilatéralisme et la francophonie. Ni plus, ni moins.

Avec internet

Lors de son intervention à l’ouverture du sommet (11 octobre 2018), Emmanuel Macron s’est livré à un vibrant plaidoyer pour une présence accrue de la francophonie sur internet, rendant hommage à toutes les initiatives prises par le Canda en la matière et dont il fallait s’inspirer. Vaste programme, en vérité ! Mais, tout cela tombe du ciel par la volonté de Jupiter sans le moindre travail d’approfondissement du sujet débouchant sur des propositions concrètes. Rien de tout cela, comme toujours, dans la diplomatie macronienne de la Francophonie comme sur le reste ! On improvise, on fait le buzz et le soufflet retombe aussitôt. Le besoin impérieux de produire de la parole.

Au service du monde des affaires

Depuis plusieurs années, la francophonie institutionnalisée a mis à son programme, le développement de la langue française dans le monde des affaires. Vaste programme, comme aurait dit le général de Gaulle tant cette sphère a fait litière, depuis longtemps, de l’usage de la langue vernaculaire français, privilégiant comme lingua franca, l’anglais et son cousin germain, le « globish ». Le Forum francophone des affaires est présent à Erevan à l’occasion du sommet. Son président, Steve Gentili signe avec l’Assemblée des peuples d’Eurasie une convention destinée à faciliter la coopération économique et culturelle avec cet espace en développement. Rappelons que ce Forum a pour objet la promotion de la langue française dans le secteur économique !6 Malheureusement, les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs placés dans cette démarche.

Guillaume Berlat
15 octobre 2018

1 Guillaume Berlat, La Francophonie ou l’art du gadget, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 novembre 2017.
2 Nikol Pachinian (propos recueillis par Gaïdz Minassian et Marc Semo), « Il n’y a plus de passe-droit en Arménie », Le Monde, 16-17 septembre 2018, p. 6.
3 Régis Genté, L’Arménie attend sa révolution économique, Le Figaro économie, 11 octobre 2018, p. 24.
4 Régis Genté, Arménie : le premier ministre bataille pour obtenir des législatives anticipées, Le Figaro, 4 octobre 2018, p. 9.
5 Georges Malbrunot, Emmanuel Macron célèbre la francophonie dans cette Arménie qui pleure Aznavour, Le Figaro, 10 octobre 2018, p. 8.
6 La francophonie à la rencontre de l’Eurasie, le Figaro, 10 octobre 2018, p. 39.

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NOUVELLE CENSURE A ARTE – Richard Labévière. Il y a 18 mois, plusieurs de nos connaissances ont été sollicitées pour participer au tournage d’un documentaire pour la chaîne Arte sur le financement du terrorisme. Sujet ambitieux, mais difficile et complexe ! Finalement, l’émission a été diffusée le 9 octobre dernier à 23 h. 40 – heure de grande écoute ! – sous le titre : L’argent de la terreur. Le problème, c’est que la production a sciemment caviardé plusieurs témoignages et expertises sollicités durant le tournage. Le documentaire prévu pour 90 minutes a été réduit à 60 et largement retartouillé par une journaliste de M6, ayant été jugé par la direction de la chaîne « gris, sombre et oppressant. » sur la forme. Quant au fond : « trop de problématiques, trop d’enjeux, trop de mots, trop difficile à suivre ». Le produit final est assez éloquent quant aux partis pris de la production d’Arte : pendant plus d’une heure, on ne parle que de la Syrie et du méchant Bachar en affirmant qu’il a fabriqué Dae’ch. On donne, notamment la parole à un officier de renseignement de Lattaquié, parfaitement inconnu des turfistes, avant d’avoir droit à un quart d’heure sur Lafarge. Le cimentier était spécialisé dans l’argent de la terreur, c’est aussi bien connu !!! Pas un mot, ni sur l’Arabie saoudite, ni sur le Qatar… Concernant particulièrement l’une des interviews, le jugement de la production a été encore plus « éclairé » : « il est de parti pris, il parle par références et par sous-entendus. Il faut le décoder. De plus, derrière ce qu’il dit, c’est politique… » Aïe, aïe, aïe ! Le financement du terrorisme, c’est surtout esthétique, c’est encore bien connu ! Au final, l’ours du tournage (le premier montage) a été condamné au motif que la journaliste responsable « n’a pas le droit de s’appuyer ainsi sur la parole de ses intervenants… » Hallucinant !!! On peut donc en conclure que pour parler intelligemment du financement du terrorisme sur Arte, il faut le faire de façon colorée, pimpante et ludique en utilisant un vocabulaire de 300 mots maximum et surtout en évitant toute référence à plusieurs problématiques et enjeux à la fois, ainsi qu’à toute considération politique. Suggérons donc à Arte de confier désormais la réalisation de ses documentaires à Cyril Hannouna qui prendra soin de ne poser que des questions simples à des coussins péteurs… Selon nos sources au sein de la chaine franco-allemande, la journaliste initialement responsable du doc a, très courageusement renoncé à le signer. On la comprend et on la félicite. Une telle rigueur n’est pas si courante. Encore bravo à Arte, qui n’en n’est pas à son premier coup de ciseau…
 
 
IDLIB : MOSCOU JOUE CARTE SUR TABLE ! Michel Annequin, 12 octobre. La situation générale en Syrie reste tendue. La mise en œuvre du protocole d’accord de Sotchi sur la stabilisation de la situation dans la zone de désescalade d’Idlib adopté le 17 septembre dernier à l’initiative de Vladimir Poutine et Recep Erdogan  est toujours en cours. Le retrait de tous les groupes terroristes radicaux devait être achevé le 15 octobre. Certains groupes d’opposition syriens armés à Idlib ont déclaré appuyer les accords de Sotchi. Depuis le début, dans cette affaire, Moscou joue carte sur table. Déjà, plus de mille militants ont quitté la zone démilitarisée et plus de cent unités de matériel militaire ont été retirées. Les radicaux, principalement ceux de Hayat Tahrir al-Sham, alias Jabhat al-Nusra, continuent d’essayer de rompre l’application du mémorandum du 17 septembre. Parallèlement, les conflits internes se poursuivent dans la zone d’Idlib entre les différents groupes radicaux. Au moins 12 militants d’Al-Nusra et 8 dirigeants d’autres groupes armés illégaux ont été tués dans ces lieux au cours des 30 derniers jours. Encore une fois, cela représente environ deux douzaines d’organisations extrémistes ! Les développements sur la rive orientale de l’Euphrate, eux, suscitent de plus en plus d’inquiétude. Les Américains tentent d’y imposer leur loi avec leurs alliés Kurdes.  Les efforts qu’ils y déploient pour mettre en place une sorte d’administration spéciale sans rapport avec la Constitution syrienne actuelle exaspère les non-kurde, plus précisément les Arabes, les Assyriens, les Turcomans et les habitants locaux. Ils ne supportent plus l’arbitraire des services de sécurité qui usent et abusent de leur toute puissance. Enfin, toujours avec la complicité des occidentaux, certaines organisations non gouvernementales ’acheminent leur aide humanitaire directement dans les régions hors du contrôle du gouvernement dans le nord de la Syrie, continuant ainsi de nourrir les terroristes. Qui livre quoi?  Via quels points de contrôle ? Cela sera sans doute mis sur la table au Conseil de sécurité d’ici à la fin de l’année.

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LETTRE DE L’AMBASSADEURE D’ISRAËL A LA DIRECTION DE FRANCE-2 – Madame la Présidente Directrice Générale Delphine Ernotte-Cunci, 10 octobre.

« Je me permets par la présente d’attirer votre attention sur la diffusion imminente d’un reportage sur la chaine France-2 et mon inquiétude quant aux répercutions dommageables et dangereuses qu’il pourrait engendrer sur la communauté juive de France. Il s’agit de l’enquête intitulée « Gaza, une jeunesse blessée », dont la diffusion est prévue demain jeudi 11 octobre, dans le cadre de l’émission « Envoyé spécial », et qui présente non seulement un point de vue déséquilibré par rapport à la situation à Gaza, mais met également Israël en avant d’une façon très négative. Or, comme vous le savez, un tel contenu est susceptible d’inciter à la haine à l’encontre d’Israël et peut ainsi avoir des répercussions directes, notamment physiques sur les Français de confession juive, en raison d’un amalgame fréquent et désolant entre Juifs et Israël et faisant que la critique d’Israël conduit bien souvent à une alimentation de l’antisémitisme. Aussi, et ne pouvant ignorer les nombreuses sollicitations inquiètes de responsables de la communauté juive française, c’est avec obligeance que je vous formule la demande d’annuler la diffusion de ce reportage « Gaza, une jeunesse blessée », ou du moins de nous permettre d’y réagir demain sur votre antenne immédiatement à l’issue de sa diffusion. En espérant que vous prendrez la mesure de cette sollicitation, je vous prie de croire, Madame la Présidente-Directrice-Générale, à l’assurance de ma parfaite considération. Aliza Bin-Noun ».

Imaginons deux secondes n’importe quel autre pays au monde ayant effectué la même démarche et le tollé que cela aurait provoqué ! Tel-Aviv s’érige maintenant en CSA-bis des médias français. Ce n’est malheureusement pas une première, dans un contexte où le même CSA cherche quotidiennement des poux dans la programmation de RT-France, tandis que la chaine israélienne i-24news diffuse nombre d’énormités en toute impunité. Dans notre pays, tous les médias sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres… George Orwell et la rédaction.

 

UNE HOMME DISPARAÎT : MAIS QUE FAIT INTERPOL ? Serge Sur, 10 octobre.

Si l’on en croit les informations largement diffusées par la presse, le président d’Interpol, organisation intergouvernementale dont le siège est à Lyon, Meng Hongwei, a été arrêté et est détenu en Chine, pays dont il est ressortissant. Son arrestation à Pékin ne soulève pas en principe de difficulté. S’il bénéficie en effet d’une immunité diplomatique en tant que fonctionnaire international, cette immunité n’est pas opposable au pays dont il est ressortissant, surtout lorsqu’il se trouve sur son territoire. En revanche, deux problèmes subsistent, qui mettent en cause ses droits et libertés, et plus largement les règles internationales. Le premier est lié à une donnée de fait que la presse ne semble pas avoir élucidée, ou dont elle n’a pas fait cas. L’intéressé se trouvait en Suède. On peut supposer que c’était dans la cadre de sa mission à Interpol, ou que l’organisation en avait été avisée et connaissait son voyage. Or il a été arrêté en Chine, ce que l’on a appris quelques jours après sa disparition, quelques jours durant lesquels on s’est interrogé sur son sort. Comment a t’il quitté la Suède pour la Chine ? Est-ce volontairement ? Est-ce dans le cadre d’une mission d’Interpol ? L’organisation a-t-elle été informée de ce voyage, de son but, de ses modalités ? S’il devait apparaître qu’il a été contraint de quelque manière à se rendre en Chine, il y aurait là une violation de la souveraineté de la Suède et de l’autonomie d’Interpol. Comment la Suède, comment Interpol, ont-ils réagi, alors que l’épouse de Meng Hongwei s’alarmait publiquement du sort qui lui était réservé ? Très discrètement apparemment, ce qui ne manque pas de soulever quelques interrogations sur leur attachement, non seulement aux droits de Meng Hongwei mais aussi au droit international. Le second problème semble plus clair. Meng Hongwei a envoyé une lettre de démission à Interpol, qui paraît s’en contenter et se diriger vers l’élection prochaine d’un nouveau président. En d’autres termes, on passe le président actuel et son statut par profits et pertes, et l’on change l’ordre du jour. Et là il est permis de s’indigner devant la passivité, pour ne pas dire la complicité d’Interpol avec la Chine, un Etat puissant et vindicatif, de plus en plus craint à défaut d’être respectable. Quia nominor leo… Que pouvait faire Interpol, ainsi privée de son président ? Un précédent du même ordre peut éclairer sur l’attitude qu’aurait pu – et dû – adopter l’organisation face à ce type de situation. Voici environ trente-cinq ans, le directeur d’un organe subsidiaire de l’Assemblée générale de l’ONU, l’UNIDIR, Institut pour la recherche sur le désarmement, de nationalité roumaine, se trouvait retenu de force à Bucarest. On ne l’accusait pas de malversations particulières, mais le régime Ceausescu exigeait sa démission, apparemment pour obtenir la désignation d’un nouveau directeur roumain en cour auprès du régime. Le directeur détenu à Bucarest a envoyé sa démission par écrit au Secrétaire général de l’ONU, mais a fait savoir par des canaux indirects que cette démission avait été contrainte. Le Secrétaire général de l’ONU a alors demandé aux autorités roumaines que l’intéressé lui remette sa démission en personne, ce qui supposait bien évidemment qu’il soit libéré. La Roumanie s’est bien sûr abstenue de le laisser partir, de sorte que l’institution est restée sans directeur sur place jusqu’à l’expiration de son mandat régulier, qui était de cinq ans. Le contact téléphonique était maintenu avec lui sur place par l’ONU, on le considérait comme étant toujours directeur, l’informant et le consultant régulièrement. L’ONU avait même exclu de nommer un acting director, un directeur intérimaire, un faisant fonction. On doit saluer le courage du Secrétaire général, à l’époque M. Perez de Cuellar, qui s’opposait ainsi frontalement à un Etat membre. En revanche, l’Assemblée générale n’a guère brillé par son attitude. Saisie d’un projet de résolution demandant le retour de l’intéressé dans ses fonctions, elle a refusé de l’adopter, par indifférence des pays non alignés et par lobbysme des pays alors socialistes. Les uns et les autres étaient aussi peu sensibles aux libertés individuelles qu’au respect du statut des organisations internationales, et surtout du statut des fonctionnaires internationaux. Au moins l’affaire avait donné lieu à des protestations du Secrétariat comme des pays occidentaux et à un débat retentissant au sein de la première commission de l’Assemblée générale. Dans le cas qui nous occupe, Interpol, ses membres aussi bien que son secrétariat, semblent préférer le silence et la nuit. Il est vrai que l’organisation avait été dirigée, voici quelques décennies, par Reinhard Heydrich, grand dignitaire nazi, et qu’Interpol s’est toujours refusé à rechercher les anciens criminels nazis. La France sauvera-t-elle l’honneur ? Une enquête a été ouverte à Lyon pour disparition inquiétante. Interpol acceptera-t-il d’y coopérer ? Mieux encore, si la Chine demande la coopération de l’organisation au sujet de la corruption reprochée à Meng Hongwei, Interpol acceptera-t-il ? 

http://libertescheries.blogspot.com/2018/10/les-invites-de-llc-serge-sur-un-homme.html

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En Iraq le premier ministre sortant a instauré 3 points de contrôle chargés d’inspecter les camions venus de Turquie via le seul point d’entrée actuel, Habour. Ce poste frontière reste tenu par des douaniers aux ordres du gouvernement régional kurde. Des taxes y étaient perçues sans être restituées au gouvernement central. Cette frontière est bien connue pour ses arrangements et la contrebande de carburants. Au début de l’occupation américano-britannique, le gasoil coûtait 2 à 3 centimes d’euro en Iraq et plus d’un euro en Turquie. Des norias de camions alimentaient les mafias locales, même l’armée turque participait… Quand Obama a fait réduire la présence américaine, Dae’ch et des milices kurdes ont pris le relais. Partout où règnent de fortes différences de prix des carburants, la contrebande s’établit, la corruption remonte aux pouvoirs, gangrène tout, et nourrit la guerre.

Bernard Cornut

 

ARABIE SAOUDITE/RUSSIE, DEUX POIDS DEUX MESURES !

On se souvient que l’ex-agent double russe Sergueï Skripal a fini par sortir de l’hôpital de Salisbury (sud-ouest de l’Angleterre) où il était soigné après avoir été empoisonné par un agent innervant. Sa fille Ioulia, empoisonnée en même temps que lui, était déjà sortie le 11 avril dernier. Vladimir Poutine avait souhaité un prompt rétablissement à Sergueï Skripal, tandis que les Etats-Unis et l’UE décidaient d’expulser par dizaines des diplomates russes, en réaction à l’empoisonnement, l’OTAN suivant le mouvement. En effet, le 27 mars 2018, l’OTAN décidait de retirer leurs accréditations à sept membres de la mission russe et de rejeter trois demandes d’accréditation supplémentaires. L’Alliance atlantique a également réduit la taille de la mission russe, ajoutait Jens Stoltenberg. Elle ne pourra plus accueillir que 20 personnes, contre 30 auparavant. « Cela adresse un message très clair à la Russie, à savoir qu’il y a des coûts », déclarait encore le secrétaire général de l’OTAN : « notre décision reflète les graves préoccupations exprimées par les alliés pour leur sécurité », ajoutait Jens stoltengerg, selon qui « c’est la première fois qu’un agent neurotoxique est utilisé sur le territoire d’un pays membre de l’alliance ». Hormis l’OTAN, 144 diplomates russes devraient être expulsés de 26 pays. Les Etats-Unis ont déclaré non grata 60 personnes ; le Royaume-Uni, 23 ; l’Ukraine, 13 ; la France, le Canada, l’Allemagne et la Pologne, 4 ; la République tchèque, la Moldavie et la Lituanie ont annoncé en expulser 3 ; l’Australie, l’Italie, l’Espagne, le Danemark, les Pays-Bas et l’Albanie, 2 ; La Belgique, l’Estonie, la Lettonie, la Finlande, la Suède, la Norvège, l’Irlande, la Roumanie, la Croatie, la Macédoine et la Hongrie un chacun.

L’Arabie saoudite, qui vient d’estourbir l’un de ses opposants connus, n’a pas eu droit au même traitement. Les preuves de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans les locaux du consulat de la monarchie wahhabite à Istanbul, s’accumulent. Que s’est-il passé ? Selon les informations de prochetmoyen-orient.ch, recueillies auprès de différents services européens de renseignement, le journaliste a, bien effectué une démarche de routine auprès du consulat saoudien pour le renouvellement de pièces administratives. On lui a fixé une rendez-vous dix jours plus tard, le temps de déplacer une quinzaine de barbouzes de la GID (services saoudiens) arrivées à Istanbul par deux vols différents. De retour au guichet, Jamal Khashoggi s’est vu ceinturé, manu militari et drogué avant de mourir d’une overdose. Selon des sources allemandes, le corps aurait ensuite été découpé et réparti dans une cinquantaine de boîtes à chaussure, exfiltrées du consulat dans une camionnette pour l’aéroport, puis embarquées à bord d’un avion à destination de Riyad. Après avoir nettoyé les locaux de leur consulat, les autorités saoudiennes ont invité les pandores turcs pour l’apéritif… Ce qui est navrant dans cette affaire, c’est que ni la presse, ni les droits-de-l’hommistes – habituellement si prompts à réagir lorsqu’il est question de la Russie ou de la Syrie – n’ont moufté ! Encore aurait-il fallu rappeler le passé de Khashoggi – jihadiste à la très longue barbe – engagé dans les factions afghanes les plus radicales durant les années 1980… Mais ce n’est pas le point principal et il n’exonère pas Riyad. Toujours est-il que, dans un premier temps, Donald Trump s’est d’abord gratté les cheveux en disant qu’on ne savait pas vraiment ce qui s’était passé, finissant par prédire « un châtiment sévère… » La Maison blanche envisage-t-elle de destituer Mohammad Ben Salman ? De son côté, la presse parisienne observe la même indulgence envers la monarchie wahhabite qu’on ne saurait trop critiquer ouvertement afin de ne pas mécontenter l’Elysée qui a, aussi observé une discrétion gênée, même si Emmanuel a fini par faire état d « éléments extrêmement inquiétants » ? Au final, il ne se passera rien. Plus que jamais, la monarchie wahhabite reste une « dictature protégée ». Là encore, la règle du deux poids/deux mesures s’impose, aussi nous publions l’article du professeur émérite de droit public Jean-Paul Pancracio. Il fournit sur cette affaire un éclairage des plus pertinents.

La rédaction.

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