Observatoire Géostratégique                      numéro 84       /      18 juillet 2016

TURQUIE : DESSINE-MOI UN CALIFE !

Dans un dessin il est possible de faire de la caricature avec des mots… Dialoguant avec un fonctionnaire agissant à bon niveau au sein des services de renseignements extérieurs français, le tout à propos de la Turquie, celui-ci me surprend en déclarant : « pour Erdogan ce coup d’état est l’équivalent de ce que fût l’avenue de l’Observatoire pour Mitterrand »… Pour les oublieux rappelons que le 16 octobre 1959, afin de faire de lui un héros menacé par les « factieux », le futur président a monté un faux attentat visant sa personne. Et tout juste, avec les heures qui passent à Ankara, la caricature prend l’allure d’une photo bien authentique. Pour Erdogan le « coup » ne serait pas manqué, mais réussi : il trouve dans cet accès d’urticaire militaire les arguments pour établir son pouvoir absolu, plus hégémonie encore et bâtir ses rêves de grand calife. Un demi-Dieu « qui défend la démocratie »,  comme le font si bien ses modèles de l’Arabie Saoudite et du Qatar.

Puisque les militaires turcs,  putschistes  compris, – l’armée d’Ankara est la deuxième de l’OTAN – ne sont pas tombés de la dernière tempête de sable, les bras tombent chez qui analyse l’opérette montée par ceux qui voulaient renverser Erdogan et son régime AKP… Imaginez un peu. Le temps des crosses en l’air a été plutôt bref. A l’évidence, les rebelles n’étaient pas vraiment déterminés. En dehors de mettre sous cloche le chef d’état-major des Armées, il n’est venu à l’idée d’aucun comploteur d’arrêter aussi quelques-uns des dirigeants détestés. Inutile de relire Technique du coup d’Etat de Curzio Malaparte pour savoir que le b-a-ba de l’art consiste à neutraliser d’abord les chefs. Pour faire méchant, les révoltés de Topkapi ont bien tiré un missile sur une résidence d’Erdogan à Istanbul… mais ils la savaient vide et, visiblement le cœur n’y était pas.

L’autre démonstration de force a été d’envoyer des chars dans les rues proches du Bosphore. Mais ces blindés étaient seuls, sans troupes d’accompagnement. L’affaire était pliée d’avance : un char sans fantassins dans son sillage est une cible dans les rues d’une ville, un Pékinois plein de courage les a même stoppés net sur la place Tian’anmen. Enfin, aussi sots que le général Tapioca, les militaires sortis de leurs casernes n’ont pas coupé Internet et les réseaux de téléphonie mobiles. Non, ils se sont précipités dans l’immeuble d’une chaine de télévision « amie de l’AKP », la belle affaire ! Pendant ce temps par tweets, Facebook et le système vidéo des portables, Erdogan et Yildirim, le premier ministre pouvaient mobiliser leurs nombreux fidèles. Voilà pour la force de ce putsch qui a si vite fait pschitt.

On a le sentiment que le scénario en a été écrit par Jacques Offenbach, alors qu’en matière de « coups », les militaires turcs sont de grands experts. Ils en ont même la culture. Naguère, pour ramener le pouvoir politique dans le chemin tracé par Atatürk, périodiquement les soldats prenaient en main le gouvernement avant de le rendre aux civils. A force de purges Erdogan a réussi à contenir ce contre-pouvoir en galons et s’apprête à finir de se tailler une constitution à sa mesure de Président-Calife.

En revanche la mobilisation des supporters d’Erdogan et de l’AKP a été parfaitement réussie. Depuis leurs minarets les imams des Frères Musulmans ont appelé à descendre dans la rue qui fût assez rapidement tenue par des citoyens « démocrates » hurlant Allah Akbar et vive le jhad !

Jacques-Marie Bourget

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THEOREME DE NICE

Avant de revenir à la Promenade des Anglais, comment d’abord ne pas s’indigner du peu d’écho en France et en Europe après le terrible attentat-suicide du 7 juillet dernier commis dans le quartier populeux de Karrada en plein centre de Bagdad : plus de 300 morts et des centaines de blessés… L’explosion s’est produite au moment où les Bagdadis faisaient leurs courses pour fêter la fin de l’année scolaire et l’Aïd el-Fitr marquant la fin du ramadan. Pas de chance : les Je suis Charlie et autres professionnels de l’indignation étaient déjà sur les plages, dans le Lubéron ou leurs riads de Marrakech… Pourtant, même en France, les terroristes ne prennent pas de vacances et ce fut Nice.

Inconcevable de tirer dans la tête du conducteur d’un camion parce qu’il vient de monter brusquement sur le trottoir de la Promenade des Anglais. Malheureusement, ce n’est qu’après avoir fauché le premier passant que se dévoile l’intention meurtrière. Quelques secondes… déjà trop tard ! Le camion défonce la Promenade à pleine vitesse opérant coups de volant et zigzags pour faucher le plus de personnes possible. Quelques dizaines de secondes plus tard : 84 morts. A l’issue d’une course sanglante de 1 700 mètres, il est abattu par deux gardiens de la paix rejoints par des policiers. Dans ces circonstances très particulières, on ne voit pas très bien ce que les forces de l’ordre auraient pu faire de plus ! Les donneurs de leçons politiciennes – genre Alain Juppé – auraient dû, au moins, observer le délai de décence nécessaire au respect des victimes et de leurs familles et se donner le temps d’essayer de comprendre ce qui s’était passé. Plutôt que de répéter les inévitables injonctions – Que fait la police ? Que font les services ? Que font Blanche neige et les sept nains ?

Le conducteur du camion meurtrier – Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, Tunisien bénéficiant d’une carte de séjour de dix ans – est-il un simple dérangé mental ou un terroriste de « dernière minute » ? Visiblement agité et irascible, alcoolique, à la vie conjugale chaotique, il a fait l’objet de plusieurs procédures judiciaires entre 2010 et 2016, pour menaces, violences, vols et dégradations mais n’a été condamné qu’une seule fois dans la cadre d’une altercation sur la voie publique. Le 27 janvier dernier, alors qu’un automobiliste lui demande de déplacer sa camionnette qui gêne la circulation, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel lui défonce la tête avec une palette de bois. Mis en examen et placé sous contrôle judiciaire durant deux mois, il est condamné à six mois de prison avec sursis le 24 mars 2016. La perquisition effectuée à son domicile par le RAID n’a pas encore permis d’établir s’il répondait aux caractéristiques du terrorisme jihadiste, le ministre de l’Intérieur l’ayant qualifié de « radicalisé de dernière minute ».

Tout récemment, le patron de la DGSI Patrick Calvar l’avait expliqué aux parlementaires : les terroristes changeront prochainement de modes opératoires. Il faut s’attendre à les voir utiliser des véhicules piégés et d’autres moyens. La hantise de n’importe quel service de sécurité au monde concerne effectivement l’émergence de tels « loups solitaires » ou en meute, d’individus en proie à une radicalisation rapide difficilement prévisible et décelable. Cette évolution, qui n’a malheureusement pas dit toutes ses ruses, ne ramène pas à de simples questions sécuritaires – Que fait la police ? Que font les services ? – mais bien à une problématique beaucoup plus large et profonde : que fait la société ? Ou plutôt comment évolue-t-elle de l’école à la tombe ?

C’est le théorème de Nice : l’option sécuritaire atteint ses limites. On ne peut mettre un policier derrière chaque habitant. Qui va surveiller les policiers ? Et les surveillants des policiers ? Le théorème de Nice est d’une simplicité aveuglante : même si on peut toujours apporter des améliorations aux procédures de sécurité, la question posée ne renvoie pas à un problème de police, mais bien à un problème de société ! Celui-ci constitue un véritable mille-feuille : quartiers difficiles, prisons, école et pratiques religieuses notamment. Et le théorème de Nice vient de loin…

Le 27 octobre 2005, des émeutes embrasent les banlieues françaises et génèrent une série de violences urbaines. Cette séquence insurrectionnelle débute à Clichy-sous-Bois à la suite de la mort de deux adolescents qui cherchaient à échapper à un contrôle de police. La révolte s’étend ensuite à un grand nombre de banlieues et quartiers dits « sensibles », fortement touchés par le chômage, les trafics de drogue, d’armes et la prostitution. L’état d’urgence est déclaré le 8 novembre 2005, sans pour autant endiguer des violences urbaines spectaculaires donnant de la France une image inquiétante de pays en quasi-guerre civile.

Résultat d’un vrai déni de l’état réel de ces zones d’extra-territorialité où ne pénètrent plus les services de police, les sapeurs-pompiers et tout autre personne étrangère à telle ou telle tribu veillant jalousement à l’exercice d’un pouvoir local sans partage. Les gouvernements successifs s’en tiennent depuis lors à des campagnes de communication et à d’improbables opérations d’ « animation citoyenne » ou d’action culturelle. La déglingue économique et sociale provoque régulièrement réunions, colloques et évaluations qui n’apportent guère de réponses concrètes s’inscrivant dans la durée : postures relevant davantage de projections électorales à courte vue que d’une réelle politique de la ville, d’une politique tout court… Parce qu’en définitive, et la question ressurgit invariablement depuis l’affaire Merah (mars 2012) : qui sont les tueurs ?

Aussi douloureuse qu’elle soit, la réponse exige un peu de lucidité et de courage politique : ce sont nos enfants, de jeunes français, de jeunes immigrés, produits de nos propres dysfonctionnements économiques et sociaux. Et comment ces purs produits de nos crises intérieures en sont-ils arrivés à ce point de rupture avec toute espèce de sens, récusant les formes les plus élémentaires de la vie en société ? Et la mise en avant d’un référentiel théologico-politique quel qu’il soit, plaqué sur la réalité quotidienne de ces jeunes gens, ne parvient pas seule à donner un contenu à une dérive qui s’apparente davantage à un basculement dans un rien – un nihil – sidéral et sidérant, qu’à un acte de révolte, même la plus radicale.

Même pour le Tchen de la Condition humaine, fasciné par la bombe qu’il tient contre lui avant de se jeter sous la voiture de Tchang Kaï-Tchek – dont il ignore qu’elle est vide -, il y a une passion, un sens à transmettre… Tuer ou essayer de tuer Tchang Kaï-Tchek, c’est pour Tchen agir pour empêcher, sinon ralentir l’inexorable exécution de ses camarades révolutionnaires. Rien de comparable avec les tueries de janvier et novembre 2015, de mars 2016 en Belgique et dernièrement de Nice. Ces attentats atteignent le degré zéro de la revendication politique.

« Les tueurs d’aujourd’hui », explique Alain Badiou, « sont en un certain sens de typiques produits du désir d’Occident frustré, des gens habités par un désir réprimé, des gens constitués par ce désir. Ils s’imaginent être portés par la passion anti-occidentale mais ils ne sont qu’un des symptômes nihilistes de la vacuité aveugle du capitalisme mondialisé, de son impéritie, de son incapacité à compter tout le monde dans le monde qu’il façonne. Leur acte – un meurtre de masse aveugle – n’est pas un attentat (…). Leur vie à eux ne compte pas. Et comme leur vie à eux ne compte pas, la vie des autres n’est rien du tout non plus. C’est vraiment le nihilisme qui est à la base de cette tuerie. Finalement, on va brûler sa vie dans un « héroïsme » aussi ridicule et artificiel que criminel. Je pense qu’il faut l’appeler « un meurtre de masse » horrible dans lequel, point tout aussi horrible, le meurtrier s’inclut lui-même. Il y a là une forme criminelle suicidaire qui porte à son comble l’instinct de mort. Il n’y a plus rien, ni victimes, ni assassins »1.

Se penchant sur la cartographie des attentats du 13 novembre 2015, le politologue Walid Charara2 conforte l’analyse de Badiou. Hormis leur référence au jihad syrien et les complicités du sanctuaire de Molenbeek-Saint-Jean – commune limitrophe de Bruxelles-ville -, les tueurs sont, pour la majorité d’entre eux, des gosses des banlieues difficiles du 93 et d’ailleurs. Et s’ils décident de frapper le Bataclan, ce n’est sans doute pas parce que cette salle a accueilli des meetings de soutien à l’armée israélienne dans le passé ; s’ils mitraillent des terrasses de la rue de Charonne, ce n’est pas non plus en référence à la manifestation contre l’OAS réprimée dans le sang en février 1962. Ici, pas la moindre trace de mémoire historique, encore moins de velléité politique susceptible de transformer le meurtre en attentat. Le meurtre se suffit à lui-même parce qu’il ne vise rien en dehors de sa soudaineté absurde, affirmation d’une terrible douleur de vivre sans être reconnu. Répétition niçoise ? A voir…

En fait, poursuit Walid Charara, les tueurs choisissent de cibler les quartiers et les établissements qui sont devenus les lieux de prédilection de leurs semblables ou de leurs doubles – les tueurs du 13 novembre 2015 tirent sur eux-mêmes – à une grande différence près : ces semblables leur renvoient l’image honnie d’une certaine réussite sociale. Ces doubles d’eux-mêmes ont pu s’extraire des banlieues, s’installer et investir les espaces symboliques d’une certaine dolce vita des Xème et XIème arrondissements de Paris où s’affichent les « bobo-beurs » représentatifs d’un pluriculturalisme relatif. S’il marque l’espoir d’une certaine recomposition sociale, ce pluriculturalisme n’en fonctionne pas moins comme un repoussoir – d’autant plus objet de détestation, sinon de haine qu’ils ne pourront jamais y avoir accès. En définitive, ce meurtre de masse est d’autant plus inquiétant qu’il exprime une indicible haine de soi, figure paroxystique de la grande frustration des laissés pour compte des banlieues en déshérence, les mêmes qui s’étaient enflammées en octobre 2005.

Richard Labévière
18 juillet 2016


1 Alain Badiou : Notre mal vient de plus loin – Penser les tueries du 13 novembre. Editions Fayard, décembre 2015.
2 Entretien avec l’auteur, 13 décembre 2015.

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DAE’CH REVENDIQUE L’ATTENTAT DE NICE. DAE’CH REVENDIQUE L’ATTENTAT DE NICE. Dans un communiqué diffusé via l’agence Amaq ce samedi 16 juillet, le groupe Etat islamique présente le Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel comme l’un de ses « soldats », et revendique l’attaque perpétrée par ce dernier au soir du 14-Juillet sur la promenade des Anglais à Nice. Deux jours après la tuerie, qui a fait 84 morts et plus de 200 blessés, il semble que le tueur se soit « radicalisé rapidement ». Plus de 24 heures après la tuerie qui a fait 84 morts et plus de 200 blessés à Nice au soir du 14-Juillet, le groupe Etat islamique a émis une revendication. Le chauffeur de 31 ans, qui a foncé avec son camion dans la foule réunie pour la Fête nationale sur la promenade des Anglais, est présenté comme un « soldat » de l’organisation jihadiste. Ce samedi matin, le groupe Etat islamique a diffusé un bref communiqué via son agence de presse Amaq. Cette revendication via les canaux institutionnels et officiels ne laisse aucun doute sur son authenticité, explique notre confrère David Thomson, spécialiste des réseaux jihadistes pour RFI. Le communiqué explique simplement que le terroriste a répondu aux « appels lancés par l’Etat islamique », à savoir celui de frapper les pays de la coalition en Syrie et en Irak. Pour l’instant, le groupe EI n’a jamais revendiqué un attentat de façon opportuniste, alors qu’il aurait pu le faire. Le crash du vol EgyptAir n’a par exemple jamais été revendiqué. Les motivations de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel restent troubles. Son passé n’annonçait en rien le passage à ces actes violents. Non fiché par les services de renseignement français, « il n’a jamais fait de prison, jamais ! », a rappelé samedi matin Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice. Il était uniquement connu des services de police pour violences conjugales. Dans son village d’origine en Tunisie, le profil de jihadiste ne correspond pas à l’image que les voisins se faisaient du jeune homme. Mohamed, son père, rejette aussi la radicalisation de son fils et met plutôt en avant certains déséquilibres psychiatriques. Reste à déterminer comment Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a mis en place son mode opératoire. L’homme pourrait-il avoir bénéficié de complicités ? Cinq personnes de son entourage ont été interpellées depuis vendredi, dont son ex-épouse. A la sortie d’un Conseil restreint de sécurité et de défense présidé ce samedi par François Hollande, puis de la réunion de l’ensemble du gouvernement, Bernard Cazeneuve « montre l’extrême difficulté de la lutte antiterroriste ». Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a ajouté qu’il fallait continuer à combattre Daech « là où il est », à l’extérieur comme à l’intérieur de la France, notamment en Syrie et en Irak. Il a par ailleurs confirmé que le dispositif Sentinelle serait maintenu à son plus haut niveau, avec la mobilisation de 10 000 soldats aux côtés des policiers et des gendarmes.

BRUNO GUIGE ECRIT A FRANCOIS HOLLANDE – Comité Valmy. Après ce nouvel attentat terroriste qui frappe cruellement notre pays, vous avez exprimé au nom de la nation tout entière, avec émotion et dignité, votre compassion pour ses victimes. Désignant aussitôt le coupable, et nous vous supposons bien informé, vous avez appelé les Français à faire preuve d’unité et de solidarité face au « terrorisme islamiste ». Vous nous avez conviés à serrer les rangs et à faire face, en mobilisant toutes nos énergies contre cette terrible menace. Mais cet appel légitime à la cohésion nationale en ce moment où le pays entier se sent meurtri ne saurait interdire aux citoyens d’interroger la politique qui est la vôtre. Depuis votre élection, vous prétendez lutter sans ménagement contre les organisations terroristes. Mais, en réalité, tout donne à penser que vous avez fait exactement le contraire. Car au lieu de combattre le mal, vous avez concentré vos efforts contre ceux qui tentaient de le terrasser. Vous nous disiez que vous combattiez le terrorisme, mais vous n’aviez de cesse de diaboliser et de combattre la Syrie de Bachar Al-Assad. Cet Etat souverain, détesté de vos amis américano-sionistes parce qu’il refuse de se plier à leur diktat, vous l’avez sciemment désigné à la vindicte des mêmes criminels que ceux qui mitraillent les terrasses de nos cafés. Les mercenaires du djihad cherchaient une cible, et vous avez cyniquement désigné Damas. Oui, des milliers de jeunes ont été encouragés, par votre propagande de guerre, à aller se battre contre cet Etat honni que vous rêviez d’anéantir sous les bombes. Et c’est votre ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, qui donna le signal de cette curée, lorsqu’il déclara que Bachar Al-Assad « ne méritait pas de vivre » et que la branche syrienne d’Al-Qaida faisait du « bon boulot » en Syrie. Vous aurez beau tenter d’occulter vos responsabilités, chacun voit que les attentats commis en France sont le résultat de votre politique. Pourquoi n’y a-t-il aucun attentat en Italie, en Argentine, au Japon ? Les Français ont-ils pris la mesure de votre refus de coopérer avec les services syriens afin d’identifier les djihadistes français susceptibles de revenir en France ? Nos compatriotes savent-ils que vous interdisez tout transfert de fonds au profit de cette majorité de Syriens vivant dans les régions sous contrôle gouvernemental ? Réalisent-ils que vous n’avez jamais eu un mot de compassion pour les nombreuses victimes syriennes des attentats d’Al-Qaida, et que vous persistez à infliger des sanctions économiques à ce peuple victime du terrorisme de masse ? Vous étiez décidé à prendre parti dans le conflit syrien, et vous l’avez fait sous des prétextes humanitaires qui se sont effondrés comme un château de cartes, exhalant surtout un âcre parfum d’hydrocarbures. Vous embourbant, et nous avec, dans cette ornière qu’il eût fallu éviter avec prudence, vous avez exposé les Français à un effet boomerang dont on mesure à peine le potentiel destructeur. Cette violence que vous avez déchaînée chez les autres par votre politique néo-coloniale, vous l’avez ramenée à domicile ! Je doute que les Français vous en remercient, surtout lorsqu’ils auront renoué les fils de cette dramatique affaire. Au lendemain de ce drame, M. Hollande, passé le moment de la compassion devant les caméras et de la célébration de l’unanimité patriotique, allez-vous remettre de nouvelles médailles aux banquiers de la terreur ? Condamnant le crime terroriste côté cour, irez-vous encore dîner, côté jardin, avec ses sponsors saoudiens ? Avec George W. Bush, les USA ont eu leur Dr Frankenstein, l’apprenti-sorcier de la géopolitique du chaos. Avec vous, c’est match nul. Les Français ont désormais le leur. En rangeant la France du côté d’une rébellion sectaire, mafieuse et manipulée, en vous croyant habile alors que vous n’êtes qu’un semi-habile, vous avez nourri le monstre qui nous frappe aujourd’hui de ses tentacules. Allié objectif de Daech tant qu’il combattait Assad, vous avez juré sa perte après les premiers assassinats d’Occidentaux en Irak, nourrissant alors le ressentiment de cette mouvance criminelle dont vous attendiez sans doute davantage de compréhension ! Conseillé par de pseudo-experts dont l’indépendance intellectuelle est proportionnelle au chèque que vous leur versez, vous êtes désormais condamné à persévérer dans l’erreur faute de pouvoir vous déjuger. Vous allez continuer à nous jeter de la poudre aux yeux avec l’état d’urgence et à faire des moulins avec vos petits bras. Mais, à neuf mois d’une élection présidentielle où vous allez faire de la figuration, vous nous léguez surtout les fruits pourris de votre politique de gribouille, les manifestations d’incompétence d’un ministre qui confond Saddam Hussein et Bachar Al-Assad ne parvenant même plus à nous faire rire en ce jour de malheur.

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LES SOMBRES PREVISIONS DU PATRON DE LA DGSI – Christophe Cornevin, 15 juillet.

Patrick Calvar, le patron du renseignement intérieur en France, se disait «persuadé» que Dae’ch allait faire évoluer son mode opératoire. Il craignait notamment que l’organisation terroriste passe «au stade des véhicules piégés et des engins explosifs». Les terroristes de Dae’ch qui ont endeuillé le pays en mitraillant les terrasses et le Bataclan, puis en menant des attaques kamikazes au Stade de France en novembre dernier pourraient encore intensifier leurs frappes en changeant de méthode. Cette sombre hypothèse est celle de Patrick Calvar, directeur général de la sécurité intérieure (DGSI). Dans une audition menée à huis clos le 24 mai dernier à l’Assemblée nationale par la commission d’enquête relative aux moyens mis en oeuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015, ce professionnel incontesté l’assure: « Je suis persuadé qu’ils passeront au stade des véhicules piégés et des engins explosifs, et ainsi qu’ils monteront en puissance ». « Ils vont finir par projeter des commandos dont la mission consistera à organiser des campagnes terroristes sans nécessairement aller à l’assaut avec la mort à la clef. » « Pour cela, il leur faut des artificiers et organiser toute une logistique, c’est-à-dire s’installer sur notre territoire, acquérir tous les produits », poursuit Patrick Calvar. « Dès qu’ils auront projeté sur notre territoire des artificiers, [les terroristes] pourront éviter de sacrifier leurs combattants tout en créant le maximum de dégâts » Patrick Calvar, directeur général de la DGSI Celui qui se « consacre à l’antiterrorisme depuis 1993» enfonce le clou: « Nous savons très bien qu’ils vont recourir à ces modes opératoires: ils ont bien vu les effets provoqués par une opération massive. Ce qui s’est passé en Belgique résulte du fait que, coincés, ils ne pouvaient plus s’engager dans des actions multiples. Mais, une fois encore, dès qu’ils auront projeté sur notre territoire des artificiers, ils pourront éviter de sacrifier leurs combattants tout en créant le maximum de dégâts. » Sur le front de la lutte antiterroriste, qui mobilise désormais plus de deux tiers des capacités de la DGSI, Patrick Calvar maintient que «la menace la plus forte est représentée par des gens qui ont combattu, qui ont été entraînés en Syrie et en Irak, à l’exemple de ceux qui ont attaqué le Bataclan (..) ». Selon lui, « ce sont ceux-là qui mèneront les actions terroristes d’ampleur ». « Ils sont au nombre de 400 à 500 », estime le patron du renseignement français.

 

SYRIE : ACCORD KERRY-LAVROV – La Tribune de Genève, 16 juillet.

Les deux responsables se sont mis d’accord sur une coopération accrue destinée à sauver la trêve et combattre les jihadistes. Au moins 28 personnes ont été tuées samedi dans des raids en Syrie au lendemain d’une rencontre entre John Kerry et Sergueï Lavrov. Après 12 heures de discussions, les chefs de la diplomatie russe et américaine se sont mis d’accord sur une coopération accrue pour sauver la trêve ignorée sur le terrain. Au moins 28 civils, dont des enfants, ont trouvé la mort dans des raids aériens sur des quartiers rebelles de la ville divisée d’Alep dans le nord de la Syrie, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Selon l’OSDH, dont les informations ne peuvent pas être vérifiées de manière indépendante, le bilan pouvait encore s’alourdir en raison du nombre de blessés en situation critique. D’après un correspondant de l’AFP dans les quartiers est d’Alep, contrôlés par les insurgés, «des hélicoptères et des avions de combat» survolaient toujours samedi les quartiers rebelles. Plusieurs barils d’explosifs ont également été largués. Des bombardements ont touché un hôpital du secteur d’Al-Maadi, blessant des membres du personnel médical et des patients. «Toutes sortes d’armes ont été utilisées pour bombarder l’hôpital, de minuit à 11H00 (08H00 GMT). Désormais, il est inutilisable», a expliqué Mohammad Kheir, l’un des médecins, ajoutant que des blessés légers étaient à déplorer parmi le personnel médical. Les rebelles ont riposté par des tirs d’obus sur les secteurs ouest de la ville, contrôlés par les forces du régime du président syrien Bachar el-Assad, a ajouté l’OSDH sans faire état de bilan dans l’immédiat. Ancienne capitale économique du pays, Alep est divisée depuis 2012 entre quartiers rebelles à l’est et pro-régime à l’ouest. La ville est un des principaux enjeux du conflit en Syrie, qui a fait plus de 280’000 morts depuis 2011 et jeté hors de chez elles des millions de personnes. Ces nouveaux raids meurtriers interviennent au lendemain d’une rencontre à Moscou entre le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov. Les deux responsables se sont mis d’accord vendredi sur une coopération accrue destinée à sauver la trêve et combattre les jihadistes en Syrie. «Des mesures concrètes» ne seront pas rendues publiques pour permettre la poursuite «du travail de l’ombre» en faveur de la paix, a précisé M. Kerry, au cours d’une conférence de presse commune avec son homologue russe. Le secrétaire d’Etat américain s’est contenté d’expliquer qu’elles n’étaient pas «basées sur la confiance (mais) définissent des responsabilités spécifiques que toutes les parties du conflit devront assumer ». Parmi les objectifs figurent l’arrêt « des bombardements aveugles (du président syrien) Bachar al-Assad » et l’intensification de « nos efforts contre le front Al-Nosra », a-t-il encore ajouté. L’Américain a expliqué que «chacun de nous sait exactement ce qu’il a à faire». Sergueï Lavrov a été plus succinct que son homologue, évoquant seulement des «mesures que les Etats-Unis et la Russie peuvent prendre ensemble pour donner l’élan supplémentaire» à un règlement de la guerre. Pour arriver à cet accord, les deux hommes et leurs délégations ont négocié pendant plus de 12 heures, alors que les pourparlers ne devaient initialement durer qu’une heure. Arrivé jeudi à Moscou, le secrétaire d’Etat américain s’était entretenu dans un premier temps avec le président russe Vladimir Poutine jusqu’à une heure tardive au Kremlin. Selon le Washington Post, le responsable américain était venu à Moscou avec l’idée de proposer à Vladimir Poutine la mise en place d’un centre de commandement commun à Amman, en Jordanie, pour coordonner leurs raids aériens contre les jihadistes de l’État islamique et du front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda. En échange, Moscou devait limiter ses frappes aériennes à des cibles choisies avec les États-Unis et le régime syrien cesser de bombarder les rebelles modérés, selon la même source. Russes et Américains cherchent à s’entendre alors que combats sanglants et bombardements se poursuivent en Syrie, malgré un cessez-le-feu établi fin février sous l’égide des deux pays. La dernière trêve temporaire annoncée par l’armée syrienne a expiré vendredi, sans avoir été respectée ni par le régime, ni par les rebelles.

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Après le massacre de Nice, on parle des victimes « ici ». Il me revient en mémoire l’abri civil d’Ameriyah carbonisé, des milliers de soldats enterrés vivant par l’armée de G. Bush, l’armée en retraite carbonisée. Soldats égyptiens enterrés vivant au Sinaï en 1967. Famille écrasée vivante par un char israélien au Liban. Prisonniers afghans mitraillés pour désencombrer les prisons US. Iraq, Libye, Syrie détruits. Les assaillants du Bataclan crièrent : Vous allez voir ce que ça fait les bombardements en Irak, on fait ce que vous faites en Syrie, écoutez les gens crier, c’est ce que les gens vivent en Syrie sous les bombes, vous tuez nos femmes, nos frères et nos enfants, on fait pareil. Exercer la Justice internationale, ne plus faire 2 poids et 2 mesures, voilà la voie pour réduire la violence des désespérés.

Bernard Cornut

 

LA TYRANNIE DES TOUTOLOGUES OU LE MAL DU SIÈCLE !

« La connaissance te fait grand, mais l’humilité te rend géant » (Jeffrey Celius, poète haïtien). Or, que constate-t-on de nos jours ? Les analystes du monde de ce début du XXIe siècle brillent plus par leur déficit d’humilité que par leur excès de connaissance alors qu’ils sont confrontés à la complexité, à l’imprévisibilité des relations internationales ; à la fluidité, à la volatilité des situations conflictuelles ; à l’emballement médiatique, à la dérive compassionnelle. La discipline des relations internationales conçue comme une science humaine (non reconnue comme telle par l’université française) s’appréhende traditionnellement de manière morcelée à travers ses différentes composantes : droit, politique, histoire, géographie, économie, sociologie…

Or, nous vivons, sans en être pleinement conscients, une révolution copernicienne qui bouscule les vieux schémas des siècles précédents. Une nouvelle catégorie d’experts en relations internationales – appréhendées dans leur globalité – est née. Régis Debray les qualifie de « toutologues »1. Penser, justement, c’est se demander comment on en est arrivé là ? Un retour en arrière sur la réalité du XXe siècle s’impose pour mieux cerner ce phénomène qui caractérise le XXIe siècle.

LE XXE SIÈCLE : LE MONDE DES SACHANTS QUI PENSAIENT MAIS NE PARLAIENT PAS…

En dépit de la simplicité du monde de la seconde moitié du XXe siècle, c’est à d’authentiques experts que l’on fait appel pour comprendre et expliquer les relations internationales.

Le confort intellectuel d’un monde simple : de la confrontation à la coopération

Sans verser ni dans le simplisme ni dans le manichéisme, le monde bipolaire de la seconde moitié du XXe siècle est relativement aisé à appréhender tant par l’expert de la chose internationale que par le citoyen normal. Le monde de la Guerre froide, du rideau de fer (Winston Churchill) et des deux blocs s’organise autour du combat entre Moscou (et de ses vassaux) et Washington (et de ses alliés); entre l’Est et l’Ouest ; entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie ; entre la démocratie et la dictature ; entre la liberté et l’oppression ; entre l’économie de marché et l’économie planifiée ; entre le primat du groupe et celui de l’individu ; entre le Mal et le Bien… La paix du monde repose sur l’équilibre de la terreur, le risque d’un conflit nucléaire qui anéantirait la planète et incite les deux Grands à la plus grande prudence. Si conflits il y a entre les États-Unis et l’URSS, ils sont conduits par procuration (Afrique, Amérique latine, Proche et Moyen-Orient, Asie).

Au tournant des années 1970, plus encore des années 1980, les deux Grands s’engagent d’abord dans une période de retenue dans la construction de leurs arsenaux nucléaires stratégiques (logique des accords SALT pour « Strategic arms limitations talks ») à laquelle succède dans un second temps une période de réduction de ces mêmes arsenaux (logique des accords START pour « Stratégic arms reductions treaties »). Cette approche bilatérale est complétée par une approche multilatérale englobant les membres des deux Alliances auxquelles s’ajoutent les pays dits neutres.

Guillaume Berlat

1 Régis Debray, C’est le moment d’assure notre ADN culturel, dans Qui est Daech ? Comprendre le nouveau terrorisme, le 1, Philippe Rey, 2015, p. 17.

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