Observatoire Géostratégique

numéro 183 / 18 juin 2018

SINGAPOUR : LE BAISER DE L’ARAIGNEE !

« On peut définir la diplomatie comme l’art de lutter avec insuccès contre la force des choses », nous rappelle l’ambassadeur Paul Cambon. Incroyable mais vrai ! L’année 2017 se finit sur un échange d’insultes par tweets interposés entre le milliardaire américain, Donald Trump, 45ème président des États-Unis et l’autocrate nord-coréen, Kim Jong-un, risquant de déboucher sur l’apocalypse nucléaire. L’année 2018 se déroule sur un échange d’aimabilités et la signature d’une brève déclaration commune entre les deux protagonistes à Singapour le 12 juin 20181, et cela après la déroute du G7 de Charlevoix conclu par un tweet vengeur du chef d’État américain expédié depuis Air Force One en route sur l’Asie. Décombres d’une alliance transatlantique moribonde, d’un côté et promesse d’un nouveau pacte atlanto-asiatique de l’autre ! Ainsi va la diplomatie de rupture du président américain ! Ainsi va le monde de ce début du XXIe siècle, aussi déroutant qu’imprévisible !

L’incertitude est désormais la règle au temps du bouillonnant et peu diplomate Donald Trump. Jupiter observe de loin un théâtre diplomatique sur lequel il est étrangement absent. Les choses sérieuses se passent sans les inénarrables Européens tout occupés à se quereller, à constater impuissants la montée des populismes, à constater leur impuissance abyssale à peser sur les affaires du monde. Un bref retour en arrière s’impose pour mieux être en mesure d’appréhender le saut qualitatif que représente la rencontre de Singapour2  (sur l’ile de Sentosa), ce « sommet des coiffeurs » et pour envisager l’avenir de la nouvelle entente entre l’Amérique et la Corée du nord (dans le domaine nucléaire principalement).

UN DEMI-SIÈCLE TOURMENTÉE ENTRE PYONGYANG ET WASHINGTON

Un bref retour sur un passé lointain et récent permet d’appréhender la période de la Seconde Guerre mondiale, le temps de l’armistice puis celui de la montée des tensions avec la maîtrise de l’arme nucléaire par les Corées du nord.

Bref retour sur le passé lointain et récent : l’omniprésence japonaise

La Corée en tant qu’Etat se forme très tôt, des regroupements de tribus sont attestés deux millénaires avant notre ère, mais c’est à partir du XIVe siècle qu’un Etat fort et administratif naît dans la péninsule, après la fin de la domination mongole. A la faveur d’un affaiblissement de l’Etat à la fin du XIXe siècle, la Corée devient un enjeu entre les puissances japonaise et chinoise. Après un traité de protectorat en 1905, qui lie Corée et Japon, le voisin nippon commence sa colonisation « légalisée » par un traité d’annexion en 1910. L’occupation et la colonisation brutale de la Corée par les Japonais sont marquées par l’expropriation des paysans, l’exploitation économique et une politique de promotion de la culture japonaise. Cette occupation provoque des attentats et des révoltes, comme celle de 1919, dont la répression aurait fait plusieurs milliers de morts. Le colonisateur cherche à faire de la Corée son réservoir de ressources ou de main-d’œuvre, mais aussi de cobayes médicaux humains, d’esclaves et de prostituées (les « femmes de réconfort » coréennes « fournies » aux troupes japonaises, en particulier durant la seconde guerre mondiale).

Rappel succinct des années de guerre et d’après-guerre : l’armistice

Fédérée autour du communiste Kim Il-sung (grand-père de Kim Jong-un), la résistance enregistre des succès face à l’occupant japonais. Tant et si bien que cette activité sur le terrain vaut au gouvernement provisoire en exil (nationaliste et libéral) d’obtenir des Alliés l’indépendance de son pays à l’issue de la seconde guerre mondiale. A la fin de la guerre, et avec la capitulation des Japonais, les Soviétiques prennent pied dans le nord de la Corée dès le début du mois d’août 1945. Les Américains arrivent un mois plus tard par le sud et installent un gouvernement militaire à Séoul. Ce faisant, ils maintiennent en place l’administration héritée de la colonisation japonaise.

Guillaume Berlat

1 Erik Emptaz, Après des mois d’insultes et de menaces… Kim et Trump ont enfin appuyé sur la détente !,Singapour la gloire, Le Canard enchaîné, 13 juin 2018, p. 1.
2 J.G. Farrell, L’étreinte de Singapour, Fayard, 2003.

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LIBAN : 40ème COMMEMORATION DE LA TUERIE D’EHDEN…

Ehden (Nord-Liban), 13 juin 2018.

« Quarante ans se sont écoulés depuis le massacre d’Ehden et c’est comme si cette tragédie avait eu lieu hier. Quarante ans ne pouvaient pas effacer de la mémoire un massacre aussi douloureux qui s’est imprimé dans notre histoire et notre conscience. Quarante ans que nous nous retrouvons pour commémorer les martyrs : Tony Frangieh, sa femme Véra, leur fille Jihane et une pléiade de villageois-résistants. Nous ne nous retrouvons pas pour raviver les blessures – surtout qu’on a pardonné – ni pour la recherche d’un quelconque gain politique ou populaire, mais afin de prier et témoigner de leur sacrifice et pour tirer les leçons de cette tragédie en attendant une réconciliation courageuse. Celle-ci ne peut se fonder que sur la vérité historique et une purification de la mémoire ».

A mille cinq cents mètres d’altitude dans les montagnes du nord du Liban, au cœur du village d’Ehden, l’homélie de monseigneur Estephan Frangieh résonne gravement, unifiant le ciel et ce morceau de terre où une foule de quelque trois mille personnes, partiellement rassemblées sous un chapiteau dressé à proximité du palais, sont venus rendre hommage à une certaine idée du Liban : le « pays-message » de Jean-Paul II où les Chrétiens (et pas seulement les Maronites) constituent autant de passerelles entre les communautés, récusant toutes formes de purification ethnico-religieuse, celles des assassins du 13 juin 1978.

Ce soir-là1, depuis minuit, les unités de combat Kataëb, le parti phalangiste de la famille Gémayel, bouclent la région d’Ehden, le cœur du fief de la famille Frangieh. 4 heures du matin : un coup de canon donne le signal de l’assaut. Maîtres d’œuvre de « l’opération Cèdre », les services secrets israéliens ont monté une opération secrète dans l’opération : persuader Béchir Gémayel d’en confier le commandement à Samir Geagea pour être sûrs d’atteindre les objectifs visés. Le député Tony Frangieh, sa femme Véra et leur fille Jihane, âgée trois ans, sont assassinés. Vingt-huit villageois qui tentent de résister aux assaillants sont tués. En éliminant un dirigeant chrétien de premier plan hostile à Israël, le Mossad vient d’inventer le concept d’« assassinat ciblé ». Il offre ainsi le pouvoir chrétien à Béchir Gémayel, portant à la présidence de la République libanaise une famille qui lui est favorable et à travers laquelle Tel-Aviv pense pouvoir signer une paix séparée avec le Liban, comme il vient de le faire avec l’Egypte de Sadate. Inaugurant une longue série de guerres interchrétiennes, la tuerie d’Ehden resserre le « nœud maronite » entre les phalangistes et autres Forces libanaises alliés à Israël et les Arabes chrétiens qui revendiquent leur pleine et entière appartenance au monde arabe. Quarante ans plus tard, le nœud n’est pas desserré. Sleimane Frangieh, le fils du député assassiné, incarne l’avenir des Arabes chrétiens, un combat qui constitue un démenti au prétendu « choc des civilisations » qui voudrait voir s’affronter l’Occident et l’Orient.

Aujourd’hui, les assassins d’Ehden sont parfaitement identifiés : Pierre et son fils Béchir Gémayel, alliés aux services secrets de l’armée israélienne, et le chef du commando meurtrier Samir Geagea, un criminel de guerre multi-récidiviste. Malgré une curieuse amnistie survenue en juillet 2005, ce personnage maléfique demeure le responsable d’une longue, très longue série d’assassinats politiques et de massacres : Dany Chamoun, monseigneur Albert Khoraiche, les jeunes suppliciés du bassin numéro 4 du port de Beyrouth, les partisans d’Elie Hobeika, les villageois des montagnes du Chouf (1982/83) et le terrible cortège de soldats et officiers de l’armée libanaise (1984/90), dont le général Khalil Kanaan, sa femme ayant été grièvement blessée le 28 septembre 1986.

Monseigneur Estephan Frangieh poursuit son sermon de paix, mais résolument politique : « nous nous retrouvons après des élections parlementaires qui se sont déroulées calmement. Nous demandons à Dieu d’inspirer les gagnants afin qu’ils soient de bons représentants du peuple, exerçant leurs mandats avec honnêteté et sérieux pour servir notre nation/martyr déchirée depuis des décennies, placée au cœur des conflits internes, régionaux et internationaux. Lors de ces élections, nous avons vu des slogans retentir sur nos têtes, remplir rues et quartiers et pénétrer nos foyers par la télévision, d’autres médias et réseaux dits « sociaux ». Au-delà, bien au-delà, nous voulons nous souvenir aussi de la sagesse du président de la République Souleiman Frangieh et de son fameux slogan « ma Patrie a toujours raison », portant l’intérêt national au-dessus de toutes préoccupations personnelles et plus ou moins collectives, sinon communautaires. Ses choix panarabes et résolument nationaux ont coûté la vie à son fils Tony, sa famille et aux martyrs d’Ehden ».

Et c’est tout le sens de cette quarantième commémoration : « le martyr Tony Frangieh a refusé de voir sa patrie divisée, fragmentée et dépecée, de l’abandonner à ses ennemis prêts à toutes les trahisons pour conquérir le pouvoir. Défendant ses convictions patriotiques avec une sincérité limpide et un courage à toutes épreuves, il revit aussi par un message tout aussi fameux que celui de son père : ‘la partition du Liban ne passera que sur nos corps’. Certes, ces corps ont été meurtris, mais le Liban que Dieu a voulu message a résisté comme patrie de co-existence, de tolérance et d’acceptation de l’Autre. Et c’est bien là que réside la force du Liban, de notre Nation dont les citoyens doivent rester convaincus – aujourd’hui plus que jamais – qu’on ne se sauve pas soi-même par la négation et l’anéantissement de l’Autre ».

Dans le contexte très complexe de la formation d’un nouveau gouvernement libanais, les mots de monseigneur Frangieh prennent toute leur signification : « la force du Liban est de prêter attention à son frère avant de le laisser mourir ou blessé, coupé de sa terre ; la force du Liban est de considérer chaque Libanais comme son frère quelle que soient sa religion, son clan ou son affiliation politique ; la force du Liban est dans la préservation de son trésor public libéré de la corruption endémique qui tue l’État et ses institutions et mène à l’effondrement ; la force du Liban est dans sa jeunesse et ses emplois futurs dont dépendent l’avenir du pays ; la force du Liban réside dans la sincérité de ses dirigeants et leur détermination à travailler dans l’intérêt de tous, je dis bien tous les Libanais ».

Alibi pluraliste du dernier quotidien libanais de langue française L’Orient-la-Nuit, notre chère Scarlett Hadad soulignait dernièrement : « selon une personnalité qui suit de près le dossier de la formation du gouvernement, les Saoudiens auraient conseillé à Saad Hariri (premier ministre) de ne pas se précipiter, car les développements régionaux pourraient jouer en sa faveur et affaiblir indirectement ses adversaires… Ce qui est sûr, c’est que les contacts ne seront repris qu’après la fête du Fitr (marquant la fin du ramadan/15 juin). D’ici là, l’offensive de Hodeïda au Yémen contre les Hothis aura peut-être permis aux Saoudiens et à leurs alliés de renforcer leur position dans les région… »

Il est bien clair, et c’est un invariant de la politique libanaise, que le contexte géopolitique régional devrait pousser les Libanais à se doter d’un gouvernement compact et actif le plus rapidement possible. Mais, indépendamment de cette loi de thermodynamique, on revient invariablement à des blocages libano-libanais internes, au premier desquels la prétention des Forces libanaises de Samir Geagea (FL) à réclamer – avec le soutien de l’Arabie saoudite et d’Israël – 6 ministres (pas moins) alors qu’en conformité de leur bloc parlementaire, ils ne peuvent prétendre qu’à quatre portefeuilles, maximum ! Les Marada et affiliés de Sleiman Frangieh disposeront de deux ministères (un Sunnite et un Chrétien/Maronite ou Grec-orthodoxe), Hezbollah, Amal, Druzes et Mostaqbal (Courant du Futur) de Saad Hariri se répartissant les autres ministères en fonction du nombre de leurs députés. Selon plusieurs sources directement impliquées dans les tractations, le dossier du prochain gouvernement libanais devrait être bouclé d’ici le mois de septembre !

Quelles seront alors les priorités du nouveau gouvernement ? Si l’on tient compte des besoins immédiats de la population, les questions environnementales – au sens large – tiennent la corde. Le problème du ramassage des ordures et de leurs traitements appropriés n’est toujours pas réglé sérieusement. Par conséquent, la pollution, qui s’est propagée aux nappes phréatiques, met en péril la sécurité alimentaire. L’approvisionnement en électricité des foyers libanais reste – certainement – le dossier le plus ubuesque de la corruption structurelle de la classe politique libanaise. Et il est particulièrement cocasse de voir Samir Geagea (FL) expliquer ses différends avec le Courant patriotique libre (CPL) de Gibran Bassil (le gendre du président Michel Aoun) par le « marché des navires-centrales » !

Qu’en est-il ? A défaut d’avoir mis en chantier quelques centrales thermiques ou nucléaires pour assurer l’autonomie énergétique du pays, les ministres successifs de l’énergie ont passé contrat avec la Turquie pour louer des « navires-centrales ». En principe, ces derniers devraient contribuer à produire l’électricité nécessaire à l’essentiel de la consommation nationale. Non seulement, ce marché a donné lieu à passablement de commissions et rétro-commissions, mais en plus – et c’est le pompon ! – ces bateaux-lavoirs ne fonctionnent pas ! Cherchez l’erreur… Ne parlons pas du lobby des moteurs et groupes électrogènes qui s’engraissent sur le dos de ces pauvres libanais dont les coupures de courant continuent à rythmer la vie quotidienne…

Richard Labévière
18 juin 2018

1 Richard Labévière : La tuerie d’Edhen ou la malédiction des Arabes-chrétiens. Editions Fayard, juin 2009.
2 Richard Labévière : « Le Hezbollah protège l’intégrité du Liban ». 22 juin 2015, prochetmoyen-orient.ch

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EN REVENANT DE LA MALBAIE OU DONALD LE JUSTICIER1 – Guillaume Berlat. Manifestement, les dirigeants européens, canadien, japonais participants au G7 de Charlevoix/La Malbaie (8-9 juin 2018) n’ont toujours rien compris au film policier de série B dont ils ont été les piètres figurants à l’insu de leur plein gré2. Sidérés, ils le sont. Incrédules, ils le sont. Médusés, ils le sont. Ils ignorent qu’un diplomate surpris est un diplomate désarmé. Ils en sont réduits à ressasser les dernières images d’un film au terme duquel ils pensaient candidement que le Bien l’emporterait sur le Mal, que Six étaient plus forts qu’Un. Ils en sont réduits à disserter sur le choc d’une photo, le poids d’un tweet. Ils n’ont toujours pas saisi que le monde d’hier, c’est fini et que Donald Trump fracture l’Occident3. Le multilatéralisme doit être repensé au moment où la doctrine Trump se résumerait, selon Jeffrey Golberg, à un principe : « On est l’Amérique, bordel ! » (« We’re América, Bitch »)4.

LE CHOC D’UNE PHOTO

Le cliché est rapidement devenu viral. Sur cette photo diffusée au G7, Donald Trump semble tenir tête au reste du monde. Une image qui résume à elle seule les nouvelles fractures occidentales mais donne lieu à des interprétations assez diverses. « L’Occident ébranlé », titre lundi le quotidien allemand Tagesspiegel, à côté de l’image désormais célèbre, prise par un photographe officiel travaillant pour le gouvernement allemand et diffusée sur les réseaux sociaux. Cette photo, dont la composition rappelle celle d’un tableau, paraît résumer, mieux que tous les discours, l’état du monde après le fiasco du G7. Elle paraît répondre à un objectif de communication précis : mettre en lumière la fermeté d’Angela Merkel, qu’on voit entourée d’autres dirigeants du G7. Appuyée en avant, les mains sur une table, elle semble tenir tête à Donald Trump, voire réprimander le chef d’État américain assis en face d’elle. « En politique, il n’y a pas que les contenus qui sont importants, les images le sont aussi », souligne le quotidien.

À chacun sa version. Beaucoup voient plutôt Donald Trump sortir vainqueur de ce cliché. Il « reste assis pendant que les autres personnes présentes sont debout », souligne une chercheuse américaine, une manière pour lui d’« affirmer sa propre autorité avec une diffusion mondiale ». Pour l’entourage du milliardaire américain, l’image de Donald Trump impassible face aux Européens traduit surtout la fermeté du héraut de « l’Amérique d’abord ». « Encore un de ces G7 où les autres pays attendent que les États-Unis soient éternellement leur banquier. Le président leur dit clairement que c’est fini », a commenté sur twitter John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche. Le sentiment qui prédomine en Allemagne est celui de la fin d’une époque, d’une césure dans la relation transatlantique, paradigme sur lequel le pays s’était largement reconstruit après 1945. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, a estimé que Donald Trump a détruit « très rapidement une quantité incroyable de confiance » mutuelle. Traditionnellement très atlantiste, Angela Merkel a parlé d’« un pas décisif » franchi par le président américain. Elle se rallierait désormais à la vision macronienne d’une Europe puissance et souveraine, acceptant l’idée d’une force d’intervention commune européenne et appelant l’Europe à mieux défendre ses intérêts « au risque sinon de se faire écraser dans un monde où dominent des pôles très forts »5.

LE POIDS DU TWEET

La conclusion chaotique du sommet du G7, à l’issue duquel Donald Trump s’est désolidarisé du communiqué final (notons qu’il n’a jamais signé le moindre document), marque un moment important sur le plan de la diplomatie internationale, fragilisant le bloc occidental et donnant l’occasion à la Russie et à la Chine de mettre en avant leur unité6. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau est responsable de l’échec du sommet du G7 car il « nous a poignardés dans le dos », affirme dimanche Larry Kudlow, le principal conseiller économique de Donald Trump. « Il a tenu une conférence de presse et dit que les États-Unis étaient insultants », estimant que les déclarations de Justin Trudeau constituaient « une trahison ».

Quelques heures après les propos du canadien, Donald Trump a retiré son soutien au communiqué final du G7 malgré le compromis qui avait été trouvé sur les questions commerciales. « Nous avons donné notre accord, nous avons fait des compromis sur le communiqué, nous nous sommes associés au communiqué, en toute bonne foi », a expliqué Larry Kudlow. « C’est une trahison, il nous a doublés, pas seulement le président Trump, mais aussi les autres membres du G7 », a-t-il ajouté. Quant à la réaction de Donald Trump, qui avait également traité Justin Trudeau de personne « malhonnête et faible », elle est destinée à ne pas « montrer de faiblesse » avant son sommet avec Kim Jong-un sur la dénucléarisation de la Corée du Nord. « Nous ne pouvons pas mettre M. Trump en position de faiblesse avant les discussions avec les Nord-Coréens », qui doivent se tenir mardi matin à Singapour, a déclaré Larry Kudlow.

L’attitude du président américain n’a pas tardé à provoquer des réactions de la France et de l’Allemagne. La présidence française a souligné le 10 juin 2018 a dénoncé « incohérence » et « inconsistance » après la volte-face de Donald Trump. « Nous avons passé deux jours à avoir un texte et des engagements. Nous nous y tenons, et quiconque les quitterait le dos tourné montre son incohérence et son inconsistance », a fait valoir l’Élysée, soulignant que « la coopération internationale ne peut dépendre de colères ou de petits mots. Soyons sérieux et dignes de nos peuples. Nous nous engageons et nous tenons. » « La France et l’Europe maintiennent leur soutien à ce communiqué, tout comme, nous l’espérons, l’ensemble des membres signataires », a conclu la présidence. Cela nous fait une belle jambe !

Les présidents russe et chinois, Vladimir Poutine et Xi Jinping, ont affiché le 10 juin 2018 leur unité et loué l’expansion de leur bloc asiatique, l’Organisation de coopération de Shanghai, face à un G7 miné par ses divisions. Lors du sommet de l’OCS qui s’est tenu pendant deux jours dans la ville portuaire de Qingdao, Xi Jinping a souhaité la « bienvenue » à deux nouveaux venus, l’Inde et le Pakistan, au sein du bloc créé en 2001. L’OCS vise à accroître la coopération économique et sécuritaire entre ses membres et comprend également les ex-républiques soviétiques d’Asie centrale du Kazakhstan, du Kirghizstan, du Tadjikistan et d’Ouzbékistan. Le président iranien Hassan Rohani, dont le pays est observateur à l’OCS, s’y est rendu pour s’assurer du soutien de Pékin et Moscou à l’accord sur le nucléaire iranien après sa dénonciation par Washington. Avec l’accueil de l’Inde et du Pakistan dans ses rangs, l’OCS « devient encore plus forte », a salué le chef du Kremlin. La « coopération » est plus que jamais nécessaire alors que « l’unilatéralisme, le protectionnisme et les réactions opposées à la mondialisation prennent de nouvelles formes », a pour sa part estimé le président chinois. « Nous devons rejeter la mentalité de guerre froide et de confrontation entre les blocs, et nous opposer à la recherche effrénée de sécurité pour soi-même aux dépens des autres, afin d’obtenir la sécurité pour tous », a affirmé Xi Jinping, sans jamais citer nommément les États-Unis. Les règles de l’Organisation mondiale du commerce et le système commercial multilatéral doivent être respectés, a encore soutenu Xi Jinping, dont le pays est engagé dans des discussions difficiles avec les États-Unis pour éviter une guerre commerciale. « Nous devons rejeter les politiques égocentriques, à court terme et d’isolement », a-t-il ajouté. La démonstration d’unité de l’OCS se veut le miroir inversé des divisions qui ont miné le sommet du G7, sabordé après sa clôture par le président américain qui a retiré son soutien au communiqué final qu’il avait auparavant avalisé. Vladimir Poutine a ironisé en marge de ce sommet sur le « babillage inventif » du G7, qu’il a appelé à engager une « vraie coopération »7.

Mais, aucun de ses brillants esprits de la cellule diplomatique de l’Élysée ou du Quai d’Orsay n’avait envisagé cette hypothèse de l’échec et ne semble se poser la question essentielle de l’utilité du G7, de son adéquation au monde d’aujourd’hui et de demain ?8 Emmanuel Macron s’est, une fois de plus, ridiculisé9.

L’heure de vérité a enfin sonné. Les bonnes âmes occidentales, Jupiter en tête, commencent tout juste à comprendre ce qu’est l’Amérique10 ainsi que son président11. C’était un secret de polichinelle pour tout un chacun sauf pour elles. Le monde est malade de l’Amérique, qu’on le veuille ou le non ! Combien de rebuffades, d’humiliations, de retraits d’accords internationaux, d’organisations internationales, de mépris du multilatéralisme devront-ils subir pour qu’ils se décident enfin à penser le monde du XXIe siècle, à le réinventer sans aller quémander, tels de serviles laquais, un nihil obstat de l’Oncle Sam ? En principe, on est censé apprendre de ses erreurs. Récompensé Jupiter l’a été de toutes ses bassesses : visite grotesque à Washington, bombardement illégal de la Syrie, relai des demandes de Washington sur les programmes balistiques de l’Iran, sur sa présence en Syrie…, participation au Small Group sur la Syrie pour enfourcher les thèses américaines, dédain de la francophonie… Son grand ami américain, Donald le justicier lui a administré un magistral coup de pied sur la partie la plus charnue de son individu12. À quand les actes forts et indépendants ? Quelle attitude adopteront les Européens lors du prochain sommet de l’OTAN des 11 et 12 juillet prochains à Bruxelles, hormis mettre en avant leur nouveau « Fonds européen pour la défense »13 ? Voici le refrain de la nouvelle chanson dans le vent, en revenant de la Malbaie ou Donald le justicier !

1 Walt Disney, Supplément du Journal de Mickey, Donald le justicier, Mickey Parade, 1974.
2 Guillaume Berlat, G7 de Charlevoix, la fin d’un monde, www.prochetmoyen-orient.ch , 11 juin 2018.
3 Pascal Lamy (propos recueillis par Frédéric Lemaître), « Trump fracture l’Occident », Le Monde, 13 juin 2018, p. 25.
4 Sylvie Kaufmann, « On est l’Amérique, bordel ! », Le Monde, 14 juin 2018, p. 21.
5 G7 : Trump et Merkel : la photo qui fait débat, www.lepoint.fr , 11 juin 2018.
6 Marc Semo, La volte-face américaine dynamite le G7, Le Monde, 12 juin 2018, p. 4.
7 G7 : Donald Trump renverse la table de la diplomatie internationale, www.lepoint.fr , 10 juin 2018.
8 Marc Semo, Quel avenir pour le G7 ?, Le Monde, 15 juin 2018, p. 20.
9 Lonesome cowboy, Trump : G7 et match, Le Blog : Lonesome Blog, www.mediapart.fr , 15 juin 2018.
10 Guillaume Berlat, États-Unis ou États voyous, www.prochetmoyen-orient.ch , 19 septembre 2016.
11 Jean Daspry, Donald Trump veut réformer le machin, www.prochetmoyen-orient.ch , 11 septembre 2017.
12 Jack Dion, Comment Macron s’est trumpé sur toute la ligne, Marianne, 15-21 juin 2018, p. 54.
13 Jean-Pierre Strobbants, Bruxelles présente son Fonds européen pour la défense, Le Monde, 14 juin 2018, p. 3.

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LA FRANCE AUX CÔTES DES EMIRIENS AUX YEMEN – Reuters, 16 juin.

Des forces spéciales françaises sont bien présentes aux côtés des Emiriens au Yémen, où l’armée française envisage une action de déminage des accès au port d’Hodeïda, selon deux sources militaires qui se sont confiées au Figaro dans son édition de samedi. Une source parlementaire avait récemment fait part de cette information à Reuters. Le ministère des Armées n’était pas disponible dans l’immédiat pour la commenter. Les forces fidèles au président yéménite en exil ont lancé mercredi, avec le soutien de la coalition arabe conduite par l’Arabie saoudite, une vaste offensive contre Hodeïda, le principal port du Yémen toujours aux mains des miliciens houthis. Elles semblaient samedi sur le point de s’emparer de l’aéroport. "Il n’y a pas d’action militaire française aujourd’hui dans la région de Hodeïda, et la France ne fait pas partie de la coalition qui est engagée sur ce théâtre", avait déclaré vendredi le ministère français des Armées. "Une action de déminage des accès au port d’Hodeïda après la fin des opérations militaires est donc actuellement à l’étude", avait-il ajouté, confirmant une information donnée jeudi par un responsable des Emirats arabes unis. "Elle aurait pour but de faciliter l’acheminement, en sécurité, de l’aide humanitaire à la population de la ville."

 

PARIS ENVISAGE DE DEMINER LES ACCES AU PORT YEMENITE D’HODEIDA – Reuters, 15 juin.

L’armée française envisage une action de déminage des accès au port yéménite d’Hodeïda mais aucune action militaire n’est en cours dans cette région, a fait savoir vendredi le ministère français des Armées. Les forces fidèles au président yéménite en exil ont lancé mercredi, avec le soutien de la coalition arabe conduite par l’Arabie saoudite, une vaste offensive contre Hodeïda, le principal port du Yémen toujours aux mains des miliciens houthis. Elles semblaient vendredi sur le point de s’emparer de l’aéroport. "Il n’y a pas d’action militaire française aujourd’hui dans la région de Hodeïda, et la France ne fait pas partie de la coalition qui est engagée sur ce théâtre", a déclaré le ministère français. "L’actualité sur le terrain nous convainc de la nécessité que la communauté internationale prête une attention toute particulière à la question de l’accès humanitaire". "Une action de déminage des accès au port d’Hodeïda après la fin des opérations militaires est donc actuellement à l’étude", a-t-on poursuivi, confirmant une information donnée jeudi par un responsable des Emirats arabes unis. "Elle aurait pour but de faciliter l’acheminement, en sécurité, de l’aide humanitaire à la population de la ville." A l’approche de conférence humanitaire sur le Yémen co-organisé par la France et l’Arabie saoudite le 27 juin à Paris, des organisations humanitaires ont écrit au président français Emmanuel Macron pour lui demander de faire pression sur l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis afin d’éviter une "catastrophe" à Hodeïda. Pour l’Observatoire des armements, l’opération de déminage envisagée par Paris après l’arrêt des combats témoigne de la "schizophrénie" française. "La France confirme qu’elle s’est résignée à l’offensive de la coalition, malgré les avertissements de l’Onu sur les conséquences catastrophiques pour les populations civiles", a dit à Reuters Tony Fortin, chargé d’études au sein de cet observatoire français. "Malgré l’étendue des crimes commis par la coalition, la coopération militaire entretenue avec Abu Dhabi se poursuit", a-t-il ajouté. "La schizophrénie de la France est totale, alors qu’elle se pose aussi comme médiateur de ce même conflit, à travers l’organisation d’une conférence humanitaire le 27 juin." A ses yeux, un débat sur l’implication de la France dans ce conflit doit être organisé au Parlement "dans les plus brefs délais".

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Au nom de sa compétence universelle, sur plainte de Syriens exilés, aidés par des avocats syriens exilés et une ONG de Berlin, la justice allemande a émis un mandat d’arrêt international envers un haut responsable militaire syrien. Mais pourquoi diable, n’émettons pas en Allemagne, Belgique et Espagne, au nom de la compétence universelle de leurs justices, un mandat d’arrêt international envers G.W. Bush et Tony Blair pour leurs évidents crimes d’agression et crimes de guerre contre l’Iraq en 2003, après leurs mensonges avérés. Leurs actions illégales eurent des conséquences catastrophiques : occupation, destructions, déstabilisation d’Etats, émergence de rebellions armées diverses et de leurs répressions, actes terroristes nombreux en Europe. Il ne peut y avoir 2 poids et 2 mesures. Commençons par ceux-là, d’autres suivront… Quand la Belgique menaçait Sharon, l’OTAN menaça de quitter Bruxelles. Et bien, que l’OTAN quitte l’Europe!

Bernard Cornut

 

MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE : LES FACÉTIES DE MANU ET DE BIJOU…

« L’exemplarité n’est pas une façon d’influencer les autres, c’est la seule » nous rappelle Albert Schweizer. Pour redonner à la France la place qui lui revient dans le concert des nations, notre fringuant président de la République veut, et qui pourrait l’en blâmer, lui imposer une salutaire cure d’austérité. Il estime que la France doit se mettre en conformité avec ses engagements budgétaires européens qu’elle a négligemment omis de respecter depuis des années. C’est du reste une demande reconventionnelle récurrente de la chancelière allemande et des pays européens du nord. Bonne nouvelle mais dans le même temps, Jupiter (et son épouse) dépense sans compter l’argent public sans la moindre retenue.

LE TOUR DE VIS POUR LES PAUVRES

C’est pourquoi pour parvenir à l’objectif recherché, il faut contraindre de manière drastique tous les budgets pour remettre en ordre la Maison France sur le plan intérieur et la rendre plus compétitive sur le plan extérieur. Mais, pour parvenir à cette fin, il faut faire preuve de solidarité et d’équité. Cela correspond à l’esprit et à la lettre de la devise de la République : Liberté, égalité, fraternité. Aider les plus faibles tout en sollicitant raisonnablement les plus forts. Ce que l’on nous présente comme un « virage social » ! Mais, ce n’est, semble-t-il, pas la voie suivie par l’ex-inspecteur général des Finances, ancien de la Banque Rothschild, ex-ministre de l’Économie, ce Jupiter qui a une calculette à la place du cœur. « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les pauvres restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres restent pauvres ! On doit avoir un truc qui permet aux gens de s’en sortir. Par l’éducation… ». Ainsi s’exprime, dans une vidéo diffusée par ses « spin doctors » le président de la République, Emmanuel Macron, le « cost killer » en chef de la République en marche sur la tête. Manifestement, le président des très riches hait le petit peuple. Comme le souligne Martine Aubry, il a un vrai problème avec les pauvres. Il supprime une partie de l’APL. Il remercie les retraités en les frappant d’un taux de CSG plus important1… On pourrait multiplier à l’envi les mesures vexatoires de ce type2. C’est ce que l’on qualifie de politique sociale d’avant-garde chez les crânes d’œuf de Bercy qui ne comprennent rien à l’humanité3. Quant à Jupiter conscient du buzz suscité par ses propos déplacés, il précise sa pensée le 13 juin 2018 devant le congrès de la Mutualité française à Montpellier, tentant de rectifier le tir : « je préférerai toujours la justice sociale effective aux incantations, et l’efficacité au fétichisme »4. Il est toujours bon de s’en tenir aux classiques du conseil national de résistance (CNR) pour faire passer la pilule, un bon mot mal compris qui a mal interprétée la parole divine.

LA BELLE VIE POUR LES PRIVILÉGIÉS

Mais, on pourrait comprendre sa sortie si le couple présidentiel glamour qui fait la une des journaux people s’appliquait à lui-même ce régime drastique, cette cure d’amaigrissement imposée par les circonstances. Vous rigolez. Charité bien ordonnée commence par soi-même, a-t-on coutume de dire ! Que nous apprend notre fidèle volatil dans sa dernière livraison. Au château, on dépenserait sans compter pour donner une image moderne de la République jugée trop vieillotte par la première dame née Trogneux comme les macarons éponymes d’Amiens5. C’est que la donzelle, sorte d’éminence grise de Jupiter, a des goûts de luxe (Cf. ses tenues ridicules pour mettre en évidence sa plastique de déesse décharnée montée sur échasses)6. Hormis l’organisation régulière de dîners très tendance en sa modeste demeure du 55 faubourg Saint-Honoré pour boboland (les amis de Stephane Bern) et autres faiseurs d’opinion (les amis de la Rotonde), notre Cougar chérie des médias people a jeté son dévolu sur la vaisselle de la présidence de la République7. Il est vrai qu’il y avait péril en la demeure. Pour faire simple, la commande d’un nouveau service de table auprès de la prestigieuse manufacture de Sèvres donne lieu à une savante manœuvre de l’Élysée pour camoufler le prix réel de cette emplette. La présidence de la République aurait commandé 1200 pièces (900 assiettes de présentation et 300 assiettes à pain) « correspondant à l’idée du changement portée par le président », nous dit-on ! Si l’on additionne le prix de la divine vaisselle aux différentes subventions octroyées à la manufacture rebaptisée « Cité de la céramique Sèvres Limoges » tournerait désormais autour de 4,5 millions d’euros en 2018. À mettre en rapport avec le chiffre ridicule de 50 000 euros annoncés pour le prix de la vaisselle jupitérienne prise en charge par le ministère de la Culture. En réalité, cette somme de 50 000 euros est simplement destinée à rétribuer les « 30 artistes et designer » ayant participé au concours en décembre 2017, concours dont le lauréat a été désigné par Brigitte Macron en personne (elle est omniprésente et omnipotente).

Ali Baba
18 juin 2018

1 Pierre Erbs, La situation des retraités est insupportable, Le Monde, Économie & Entreprise, 14 juin 2018, p. 7.
2 Manuel Jardinaud, Emmanuel Macron enfume sur sa transformation radicale du modèle social, www.mediapart.fr , 13 juin 2018.
3 Marisol Touraine, « Les dépenses sociales sont efficaces », Le Monde, 15 juin 2018, p. 19.
4 Éditorial, Du bon usage du « pognon social », Le Monde, 16 juin 2018, p. 22.
5 Brigitte Macron, un roman Français, France 3, 13 mai 2018, 20h55.
6 C.N., Avec Brigitte, c’est le panard, Le Canard enchaîné, 13 juin 2018, p. 1.
7 La facture bidon de la vaisselle de l’Élysée, Le Canard enchaîné, 13 juin 2018, p. 2.

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