Observatoire Géostratégique

numéro 271 / 24 février 2020

IDLIB OUTRAGÉ, IDLIB BRISÉ, IDLIB MARTYRISÉ,
MAIS IDLIB LIBÉRÉ !

À chaque fois que l’Armée gouvernementale syrienne reprend le contrôle d’une partie de son territoire national, c’est la même rengaine médiatico-politique : un massacre sans précédent, la plus grave crise humanitaire de tous les temps, des millions de milliers de réfugiés, etc. À chaque fois, États-Unis, France et Grande Bretagne en tête, présentent un projet de résolution au Conseil de sécurité des Nations unies pour demander l’arrêt des combats et la condamnation de la Russie. À chaque fois, la démarche est retoquée par un véto ou une abstention russe et chinoise. À chaque fois aussi, les médias occidentaux nous servent une prétendue attaque chimique, tout aussi démentie. Depuis le début des soi-disant opérations de ce genre – aussitôt attribuées au « régime de Bachar al-Assad » (comme on dit dans la presse parisienne) – l’OIAC (Organisation de l’interdiction des armes chimiques) n’a jamais pu présenter la moindre preuve confirmant ces accusations, attribuant plutôt l’usage de chlore, de gaz sarin et d’autres composants chimiques aux factions de l’opposition armée… soutenues par Washington, Paris, Londres, sinon Berlin !

La rengaine chimique ayant du plomb dans l’aile, les obsédés de la chute du « régime de Bachar al-Assad » n’ont pas – pour autant – désarmé, nous refaisant le coup de la « tragédie humaine sans précédent ». Personne n’oserait prétendre que la guerre civilo-globale de Syrie – qui sévit depuis l’été 2011 – est une partie de campagne. Et c’est bien l’évidence, pour quiconque a couvert quelques conflits en Amérique Latine, en ex-Yougoslavie, en Afrique et ailleurs : aucune guerre ne se fait avec des confettis.

Toujours, on doit déplorer des victimes civiles – femmes et enfants -, des réfugiés, d’innombrables dégâts et un cortège de souffrances, d’injustices et d’humiliations durables. Réalité pratique, théorique et ontologique : la guerre – toutes espèces de guerres – a partie liée au mal absolu et ses expressions humaines les plus raffinées, dont sont parfaitement incapables les animaux. Les lions et les ours donnent des coups de griffes, mordent mais ne torturent pas…

SCHIZOPHRÉNIE OCCIDENTALE

Cela étant, il est quand même effarant – effarant – de voir, d’entendre et de lire encore nos belles âmes médico-politiques défendre les « insurgés » d’Idlib, comme elles prenaient fait et cause pour les « résistants » d’Alep en 2016 (voir prochetmoyen-orient.ch, numéro 270 – 17 février : « Le multirécidiviste Michel Duclos remet le couvert »), en choisissant délibérément et en toute connaissance de cause le camp des terroristes, le même que celui des assassins qui viennent tuer nos enfants dans les rues de Paris, Londres, Berlin et d’ailleurs en Afrique et en Amérique ! On devrait se mettre au garde à vous devant nos frères d’armes de l’armée syrienne et ceux de leurs alliés russes, iraniens et du Hezbollah libanais – oui ! – parce qu’ils nous libèrent d’une menace récurrente : celle des jihadistes réfugiés à Idlib et de leurs imitateurs, qui utilisent la population civile comme bouclier humain, défendus aussi par le fou furieux Erdogan !

En effet, on devrait remercier Vladimir Poutine et l’armée russe de mener ainsi une vraie guerre contre le terrorisme, alors que les nôtres – celles des États-Unis, du Royaume Uni et de la France éternelle – se sont bornées à canaliser les terroristes syriens – dits « modérés », voir « laïcs » et « démocratiques » – pour renverser le « boucher Bachar al-Assad » ! Un jour, les historiens démêleront les mécanismes de cette schizophrénie occidentale consistant à soutenir, financer et armer des gens qui veulent notre mort, celle de nos principes, de nos valeurs et de nos institutions.

Richard Labévière

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DAVOS DE LA DEFENSE A MUNICH : LES FACETIES DU CAPORAL JUPITER !

« Je comprenais peu à peu que la matière d’une conférence diplomatique n’est rien. L’essentiel de l’exercice, c’est l’affirmation des suprématies » (François-Régis Bastide, 1994).

La traditionnelle conférence annuelle de Munich (15-16 février 2020) est à la sécurité ce que le Forum de Davos est à l’économie et à la finance. Pour cette 56ème édition placée sous le signe du déclin de l’Occident (« Westlessness »), le monde est devenu « postmultilatéral », chaotique, plus imprévisible que jamais, marqué au sceau du retour des puissances. À l’hôtel Bayerischer Hof, on croise le gotha de ce qui compte dans le monde sur les questions de défense et de sécurité qui déclament leur message à la tribune ou bien profitent de la présence d’interlocuteurs prestigieux pour les rencontrer. Outre les hôtes allemands (le maître de cérémonie, Wolfgang Ischinger, le président Steinmeier et le ministre des Affaires étrangères, Maas), on notait la présence de la vice-présidente exécutive de la commission européenne, Margrethe Verstager, du premier ministre canadien, Justin Trudeau, de la présidente de la chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi1, de Mile Pompeo, de Serguei Lavrov, du secrétaire général de l’OTAN, le norvégien Jens Stoltenberg2… Pour être complet, cette conférence a été précédée d’une réunion des treize ministres de la défense de la coalition anti-EIIL à Münich après celle de l’OTAN, la veille à Bruxelles. L’atlantisme n’est jamais très loin en Europe, comme il se doit. Un programme chargé pour le monde de la défense. Pour la première fois, le président de la République française, Emmanuel Macron fait le déplacement en Bavière pour assurer le service après-vente de son discours à l’école de guerre sur la stratégie de défense et de dissuasion du 7 février 20203 sous forme d’échanges avec la salle (15 février 2020). Il ambitionne, une fois encore, de « faire revivre l’Europe comme une puissance politique stratégique »4. Rien de moins ! Heureusement, quelques événements diplomatiques de premier plan viennent rehausser les débats, les monologues des uns et des autres.

LA DIPLOMATIE CLASSIQUE EN MARCHE

Plusieurs événements bilatéraux profitent de cette rencontre multilatérale pour se frayer un chemin dans le dédale d’un hôtel de la capitale bavaroise. Les voies de la diplomatie sont impénétrables pour celui qui sait les entendre.

Relations entre la Chine et le Vatican

Pour la première fois, des ministres des Affaires étrangères de la Chine et du Vatican, deux États sans relations diplomatiques depuis des décennies en raison de différends d’ordre religieux, se sont rencontrés. Le Chinois Wang Yi et son homologue Mgr Paul Gallagher se sont vus le 14 février 2020 à Munich, a indiqué le Quotidien du peuple, organe du Parti communiste chinois (PCC). Une rencontre à ce niveau diplomatique est une première depuis au moins six décennies, le Vatican et la République populaire de Chine n’ayant plus de relations diplomatiques depuis les années 1950. Elle intervient dans un contexte de réchauffement des relations bilatérales depuis la signature d’un accord historique en 2018 sur la nomination des évêques en Chine. « C’est aujourd’hui la première rencontre entre les ministres des Affaires étrangères de la Chine et du Vatican », a déclaré Wang Yi. « Cela ouvrira davantage d’espace pour les futurs échanges entre nos deux parties », s’est-il félicité.

Pékin se méfie de toute organisation, notamment religieuse, pouvant menacer son autorité. Il s’est longtemps méfié du Vatican en raison de son influence potentiellement politique sur les catholiques chinois. Les quelque 10 millions de catholiques de Chine sont censés ne fréquenter que les églises homologuées par l’Etat et dont le clergé est validé par le Parti communiste Mais beaucoup se rendent également dans des lieux de culte dirigés par des religieux fidèles au pape. Aux termes de l’accord « préliminaire » signé en 2018, le pape François a reconnu des évêques chinois qui avaient été nommés par Pékin sans son aval. Le texte donne toutefois aux deux parties un droit de regard sur les nominations. Malgré le rapprochement en cours, le rétablissement des liens officiels entre les deux Etats reste compliqué à concrétiser5.

Relations entre l’Iran et l’Union européenne

Le Ministre iranien des Affaires étrangères iranien déclare que son pays pourrait renoncer à tout ou partie des mesures annoncées en cas d’avantages économiques significatifs des Européens. Ceci intervient à moins d’une semaine d’élections législatives importantes en Iran dont on dit qu’elles pourraient donner lieu à une victoire des conservateurs au détriment des réformateurs6.

Les Balkans, ventre mou de l’Europe

Emmanuel Macron a adressé une lettre le 15 février au président kosovar Hashim Thaçi dans laquelle il appelle le Kosovo et la Serbie à relancer leur dialogue sur la normalisation de leurs relations, se proposant de faciliter ce processus. Lancé en 2011, sous l’égide de l’Union européenne, trois ans après la proclamation de l’indépendance par le Kosovo, ce dialogue est au point mort depuis novembre 2018, et les relations entre Belgrade et Pristina sont exécrables. Cet appel du président français intervient deux semaines après la formation d’un nouveau gouvernement au Kosovo, dirigé par Albin Kurti. Côté kosovar, le gouvernement est chargé de mener ce dialogue. Emmanuel Macron propose d’organiser à Paris, en coordination avec la chancelière Angela Merkel, un « sommet associant les dirigeants du Kosovo et de Serbie (…) pour faciliter la reprise du dialogue ». « Pour cela, des gestes sont attendus de la part des deux partie s: la suspension, par le Kosovo, de la taxe de 100% sur les produits en provenance de Serbie (…) et la suspension, par la Serbie, de sa campagne de "dé-reconnaissance" du Kosovo ». L’objectif est de « parvenir à un accord global, définitif et juridiquement contraignant », selon Emmanuel Macron, qui a écrit au président kosovar à l’occasion de la fête nationale de son pays. Dans une autre lettre, adressée au président serbe Aleksandar Vucic, il souhaite que ce dialogue reprenne « prochainement ». Relancé à l’été 2018, après une autre rupture et également par la médiation de Paris et de Berlin, ce dialogue a tourné court après l’obstruction serbe à la candidature du Kosovo à Interpol. Le Kosovo a répliqué par la taxation des produits serbes. Dans son discours d’investiture, Albin Kurti s’est dit « prêt à diriger les futurs pourparlers avec la Serbie », soulignant que ce dialogue devrait être « axé » sur « la reconnaissance mutuelle des deux États ». Aleksandar Vucic a précisé que cette mesure de Pristina avait réduit en 2019 d’un demi-point de pourcentage la croissance économique de la Serbie, estimée à environ 4% par la Banque nationale serbe. Le Kosovo affirme être reconnu par 116 pays, sur 193 membres de l’ONU. Mais Belgrade annonce régulièrement le retrait de leur reconnaissance par de petits pays. Le Kosovo indépendant est reconnu par les États-Unis et la plupart des membres de l’Union européenne, à la différence de Belgrade et de ses alliés russe et chinois7.

Guillaume Berlat
24 février 2020

1 Pierre Avril, À Munich, la rivalité entre les États-Unis et la Chine éclate au grand jour, Le Figaro, 17 février 2020, p. 6.
2 Pierre Avril (propos recueillis par), Jens Stoltenberg, « Nous avons besoin d’une plus grande capacité européenne de défense », Le Figaro, 17 février 2020, p. 6.
3 https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/02/07/discours-du-president-emmanuel-macron-sur-la-strategie-de-defense-et-de-dissuasion-devant-les-stagiaires-de-la-27eme-promotion-de-lecole-de-guerre
4 https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/02/15/conference-sur-la-securite-de-munich-faire-revivre-leurope-comme-une-puissance-politique-strategique
5 Chine-Vatican : très rare rencontre entre ministres des Affaires étrangères, AFP/Le Figaro, www.lefigaro.fr , 15 février 2020.
6 Allan Kaval, À Téhéran le désespoir et l’exil pour horizon, Le Monde, 20 février 2020, p. 4.

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SAMIR GEAGEA EN TRAITEMENT AU CENTRE DE LUTTE CONTRE LE CANCER DE VILLEJUIF (Région parisienne) – Richard Labévière, 23 février. Le chef des Forces libanaises (FL) – extrême-droite – a passé trois jours, la semaine dernière, dans les services de l’hôpital Gustave- Roussy – centre régional de lutte contre le cancer, situé à Villejuif dans le Val-de-Marne en France. Selon différentes sources de prochetmoyen-orient.ch, Samir Geagea souffre – depuis plusieurs années – d’un cancer avancé, localisé dans les systèmes pulmonaires et urologique. Il a les plus grandes difficultés à se nourrir. C’est son cinquième séjour de traitement à Villejuif. Sa maladie a été détectée il y a deux ans environ et ses médecins considèrent que son espérance de vie n’excède pas une année. Notre rédaction se permet de « fuiter » ces informations protégées par le secret médical – que nous aurions gardées sous le coude pour toutes personnalités « normales ». Mais, en l’occurrence, l’avenir de ce « serial-killer » notoire – qui a fait tellement de mal au Liban et aux Libanais – relève de l’intérêt public, d’autant que Riyad et Tel-Aviv s’agitent, d’ores et déjà, fébrilement pour préparer sa succession à la tête de la formation d’extrême-droite. Deux candidats tiennent la corde : sa femme Sitrida (son épouse depuis 1987), qui ne fait guère l’unanimité au sein du mouvement, et le député Georges Adwan (Edouan), tout autant décrié à cause de ses « arrogances et incompétences », selon les meilleurs connaisseurs de la scène libanaise. Le journaliste israélien Shimon Shiffer révélait dans son livre Opération boule de neige (éditions JC. Lattès – Paris 1984, page 27) que « Georges Edouane, l’un des premiers à frapper à la porte de l’ambassade d’Israël à Paris, se présentant comme leader du Tanzim (NDLR : signifiant « organisation », milice armée d’extrême-droite 1963/1977). Vivement après lui, les représentants des grandes familles chrétiennes, des églises et des ordres religieux du Nord et du Sud du Liban firent de même… ». Georges Adouan est maronite et les grandes familles concernées, d’après cet ouvrage, étaient les familles Gemayel et Chamoun, maronites elles aussi. Il faut rappeler ici que l’Etat libanais et l’Etat d’Israël étaient en situation d’armistice « non-conclu » et que ces entretiens avec l’Etat hébreu étaient (et sont toujours) condamnés par le code pénal libanais. Par conséquent, et au-delà de la disparition annoncée de Samir Geagea, l’avenir des FL s’annonce (sans surprise) dans la droite ligne des officines libanaises financées par l’Arabie saoudite et Israël. Voilà qui ne va pas arranger la situation difficile que travers actuellement le Liban, notre cher Liban.
 
 
ALAIN CHOUET NOUS DIT : « LE SEPARATISME ENTRE COMPLAISANCE ET SOUMISSION » – 20 février. Le Président de la République a exhorté le 18 février les administrations publiques, les politiques, les entreprises et l’ensemble du corps social à se montrer vigilant et réactif face au « séparatisme » islamique. Le mot n’est pas très heureux car on ne voit pas clairement à quoi il renvoie. Son seul mérite est d’éviter le mot « communautarisme » qui n’est guère plus explicite. Car de quoi parle-t-on alors ? Des Musulmans en général ? Des Arabes en particulier ? Or tous les Arabes ne sont pas musulmans, loin s’en faut, et tous les Musulmans ne sont pas des Arabes très minoritaires dans le monde musulman. Et il est bien dommage que – pour des raisons dictées par le politiquement correct – les sociologues de ce pays se voient interdire de travailler sur des bases statistiques tenant compte des origines. Celles-ci mettraient en évidence que 80 à 90% des Français immigrés ou issus de l’immigration de fraîche date ont été correctement intégrés dans la collectivité nationale qu’ils servent utilement et dont ils respectent les règles et les devoirs. Restent évidemment les 10 à 20% restants, qui ne sont pas en séparation mais bien en dissidence de la collectivité nationale dont ils entendent bien – et même exigent – de bénéficier des droits sans avoir à en respecter les devoirs.

Cette minorité « dissidente », devenue depuis sectaire, a été vivement encouragée dans sa démarche « séparatiste » par la bien-pensance bobo en mal d’image qui s’est empressée dès 1983 de rebaptiser une marche revendicative pour l’égalité des droits pour tous en « marche des Beurs », puis de glorifier une France « Black, Blanc, Beur » dont l’effet pervers est d’enfermer chacun dans sa catégorie et de le définir comme irrémédiablement « autre » et différent avec droits séparatistes afférents, en particulier un « droit à la différence » sempiternellement proclamé. Tout le contraire d’un modèle d’intégration réussie et des principes de laïcité fondés au contraire sur un « droit à l’indifférence » qui permet à chacun de vivre sa spécificité dans sa sphère privée. Et c’est en « surfant » sur ces contradictions que des pays musulmans sunnites les plus réactionnaires, confrontés dès les années 80 à la concurrence de la révolution chi’ite iranienne, ont entrepris d’essayer de prendre le contrôle de l’Islam mondial pour défendre leur légitimité chancelante et pour se prémunir du double défi des mollahs et de la dérive moderniste et démocratique des communautés musulmanes émigrées en Occident. Faute de moyens humains, les théocraties pétrolières ont dû avoir recours, à coups de pétrodollars, aux services influents de la seule organisation fondamentaliste sunnite transnationale bien organisée : celle des Frères Musulmans dont sont issus 90% des ténors de la violence et du terrorisme fondamentaliste.

Au nom du « pas d’amalgame » la nouvelle bien-pensance tente encore aujourd’hui d’instiller l’idée qu’il ne faut pas confondre dans un même rejet les monarchies wahhabites, les Frères Musulmans, les salafistes, les « séparatistes » islamiques, les bandes terroristes qui ravagent des pans entiers du monde musulman et des capitales occidentales. L’astuce consiste à proclamer qu’il ne faut pas confondre la régression salafiste avec le jihadisme sous prétexte qu’il y a des salafistes quiétistes. C’est exact. Il y a aussi des nazis et des Khmers rouges qui n’ont jamais tué personne. Il n’empêche que le salafisme est l’héritage pervers et mortifère du jurisconsulte déviant Ibn Taymiyya, condamné au 14e siècle par les plus hautes autorités de l’Islam. Qu’il soit le fait des monarchies wahhabites, de la Confrérie des Frères Musulmans, des revanchards déobandis pakistanais, des nervis d’Al Qaïda, de l’État islamique, de Boko Haram ou des trafiquants d’AQMI, le salafisme est la matrice sectaire et la vision du monde fantasmée qui conduit irrémédiablement à l’exclusion et à la violence.

Il est encore trop tôt pour juger la pertinence des suggestions proposées par le Président pour faire face à la menace de désintégration violente de notre société. Certaines paraissent a priori séduisantes, d’autres plus ou moins inapplicables en l’état. D’autant, que je note que le Président a réussi le tour de force de disserter longuement du problème sans jamais évoquer l’existence et le rôle des États et organisations qui inspirent et soutiennent le « séparatisme » comme le Qatar, l’Arabie Saoudite ou la Turquie tombée sous la coupe des Frères Musulmans. Les responsables politiques français ne peuvent s’obstiner à continuer d’ignorer l’existence des instigateurs et des soutiens politiques, idéologiques et financiers qui alimentent et utilisent maladroitement depuis 30 ans la violence salafiste pour tenter de préserver leur légitimité chancelante face à la concurrence de l’Iran islamique et aux évolutions démocratiques. Il est de notre intérêt de nous opposer politiquement et diplomatiquement avec vigueur à ces soutiens. Après de longues années d’errements, l’Égypte a donné l’exemple à l’été 2013 en criminalisant le jihadisme et la Confrérie des Frères Musulmans. Nous ferions bien de nous en inspirer au lieu de nous obstiner à voir dans ce groupe subversif, populiste, réactionnaire et totalitaire des sortes de chrétiens-démocrates à la sauce musulmane. D’autant que si l’Occident a su se montrer intransigeant à l’égard des dictateurs arabes au point d’exiger leur tête au bout d’une pique, il sait se montrer d’une remarquable souplesse à l’égard de certains pétromonarques de la péninsule arabique qui règnent aux antipodes de la démocratie, de la liberté et du respect des droits de l’homme les plus élémentaires. La France, l’Europe, l’Occident en général et le monde musulman devront faire face au risque terroriste sur leur sol avec d’autant plus d’intensité que ce terrorisme disposera de bases arrière, de soutiens politiques, de sponsors financiers et d’une matrice idéologique. Il faut en tirer les conséquences car la menace sera permanente aussi longtemps que la matrice qui l’engendre existera.

Et le problème ne s’arrête pas au discours incantatoire du Président. Il reste à convaincre nos élites politiques, enseignantes et médiatiques de regarder la menace en face et d’en tirer les conséquences au quotidien. On est loin du compte car depuis plus de 30 ans les mises en garde répétées, documentées et argumentées de nos meilleurs spécialistes, praticiens et experts de la dérive salafiste sont traitées par un mélange de dérision, de rejet, d’exclusion et de mépris. La liste des « proscrits » est longue : des universitaires comme Gilles Kepel et sa dizaine de livres sur le sujet, Djemila Benhabib, Guillaume Bigot ou Fabrice Balanche, des criminologues comme Alain Bauer et Xavier Raufer, des « flics » comme Stéphane Berthomet ou Bernard Godard, de nombreux journalistes comme Christophe Deloire, Christophe Dubois, Vanessa Ratignier, Georges Malbrunot, Christian Chesnot, Richard Labévière, Ian Hamel, des essayistes comme le regretté Antoine Sfeir ou Mohamed Sifaoui qui a vécu le problème dans sa chair. J’en oublie beaucoup. Ils me le pardonneront j’espère.

Et surtout, j’ai les doutes les plus sérieux sur les intentions profondes de la technostructure française de mettre en œuvre avec détermination l’esprit des préconisations du Président. J’en veux pour preuve deux incidents récents qui seraient risibles s’ils n’étaient inquiétants et révélateurs de cette « soumission » dénoncée de façon prémonitoire dans le roman de Houellebecq paru en 2015 sous un concert de lazzis et d’insultes.

En octobre 2018, un colloque de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale) co-organisé par l’AR4 (Bourgogne) de l’Institut et le CNC-IHEDN sur le thème de l’endoctrinement salafiste et de la radicalisation – qui devait se tenir le 22/11/2018 à Dijon -, a été annulé pour cause d’oukase du plus haut niveau en la personne du Préfet de région. Je précise que je n’étais pas de ce colloque, n’ayant participé qu’à la préparation que pour avis technique. Je n’y avais aucun intérêt personnel. L’IHEDN était-il devenu un préoccupant centre de subversion ? Devait-on considérer qu’un Général de Division de Gendarmerie et le Maire de Dijon qui devaient intervenir dans ce colloque étaient de dangereux révolutionnaires ? Les problèmes de terrorisme et de radicalisation sont-ils du seul ressort et de la seule compétence des autorités préfectorales ? Il semblerait que oui puisque, je cite la lettre du Préfet : « Le Directeur de Cabinet (du Préfet de région) ainsi que la chargée de mission radicalisation de la Préfecture n’ont pas souhaité que la société civile et associative puisse intervenir sur un thème qu’ils estiment ne relever que de leurs uniques prérogatives ».

Un an plus tard, les choses semblaient n’avoir guère évolué. On apprenait en octobre 2019 par Médiapart que le Président de l’Université Paris I-Sorbonne avait décidé de suspendre sine die le cycle de formation à la « prévention de la radicalisation » qui devait débuter en novembre dans les murs de la Sorbonne. Ce cycle assez court se proposait d’étudier la naissance de l’Islam politique, la part du jihadisme dans la doctrine salafiste, la perception de la démocratie et de la laïcité dans la rhétorique des radicalisés, le fanatisme en tant qu’antichambre de la violence, etc. Le Président de Paris I conclut les attendus de sa décision par la phrase suivante : « La question de la radicalisation est un enjeu majeur de notre société et il est normal qu’une université citoyenne s’en saisisse, mais je pense qu’il est dangereux et réducteur de cibler uniquement l’Islam ». Voilà qui est frappé au coin du bon sens ! Pourquoi en effet – en matière de radicalisation – faudrait-il ne cibler que l’islamisme alors qu’on devrait certainement s’intéresser aussi aux survivants du Mandarom, à la Fraternité Saint Pie X ou aux zélateurs de Haré Krishna. Car il faut tout de même être sérieusement radicalisé pour se promener dans les rues de Paris en plein hiver, le crâne rasé, vêtu d’un sari safran en jouant du tambourin et en psalmodiant des mantras. Les mauvais esprits objecteront que tous ces radicalisés-là sont des farceurs qui n’ont jamais tué personne et n’en ont même pas exprimé l’intention. Mais c’est une ratiocination misérable qui cache mal l’islamophobie de ses auteurs qui réduisent la radicalisation aux seuls salafistes. Plus sérieusement, ce qui apparaît grave dans cette affaire, c’est que le Président de Paris I a pris cette décision suite à une levée de boucliers d’une partie du corps enseignant qui contestait à la fois le fond de cette formation jugée « stigmatisante » mais aussi la personnalité de ceux qui devaient la dispenser, à savoir le Professeur Vermeren, historien spécialiste respecté du monde arabe et musulman, titulaire d’une chaire à la Sorbonne et Mohammed Sifaoui, écrivain, journaliste et polémiste, grand pourfendeur du salafisme, des Wahhabites et des Frères Musulmans.

C’est évidemment sur ce dernier que se sont focalisées les attaques. Compte tenu de ses origines et de son patronyme, il est tout de même difficile de le taxer de xénophobie, de racisme ou même d’islamophobie. Mais la bien-pensance n’est pas en mal d’épithètes ni de phrases assassines pour discréditer les pensées « déviantes ». Ainsi Mediapart nous apprend que « Le très controversé journaliste et écrivain Mohammed Sifaoui, était annoncé comme l’un des intervenants du programme. » On ne nous dit pas par qui et pourquoi M. Sifaoui est « très controversé » mais c’est parce que, justement, ce n’est pas nécessaire. Dans la novlangue bobo, « controversé » veut dire d’extrême droite, proche ou membre du Rassemblement National, et cet adjectif discrédite d’avance – et sans qu’il y ait lieu à débat ou explication – la personne à laquelle il s’applique et lui interdit toute forme d’expression publique.

Quoiqu’on pense par ailleurs de Mohammed Sifaoui, de son exposition médiatique, de ses connivences politiques avec des hommes de gauche de sensibilité rocardienne, de ses ratés de journaliste, le problème n’est pas de savoir si c’est un bon ou un mauvais journaliste, mais de savoir s’il est qualifié pour parler de radicalisation ou pas. Et cela sous la houlette de Pierre Vermeren, professeur titulaire à Paris I, dont la compétence est largement reconnue au sein de l’Université. Autant que j’en sache par mon expérience personnelle et professionnelle, la réponse est oui. Donc, le corollaire de ce déni de personne est de savoir si on peut dans ce pays étudier la radicalisation religieuse et son expression violente afin d’essayer de la prévenir. Si je me réfère à la phrase conclusive du Président de Paris I citée au début de ce texte, la réponse est pour l’instant non ! Car il est clair que le problème de la radicalisation ne pourra jamais être étudié puisque ceux qui sont à la fois qualifiés et volontaires pour en parler seront « controversés » dans la mesure où ils ne sont pas – par définition – des adeptes de l’islamisme salafiste qu’ils ne manqueront certainement pas de « stigmatiser » en suscitant « un tollé de la majorité du corps enseignant de Paris I » et autres périphéries de Saint Germain des Prés.

La menace du « séparatisme » et même des affrontements civils qui peuvent résulter de l’exaspération de la majorité de la population face à une dissidence violente, criminelle et revendicatrice de droits indus est réelle. Elle est évidemment moins perceptible au Café de Flore qu’aux alentours des territoires perdus de la République qui, nonobstant la psalmodie de certains politiques, sont bien des territoires de non-droit. Pertinentes ou non, les objurgations du Président de la République sont en tout cas une invitation pressante à travailler enfin collectivement et lucidement pour faire face sans complaisance à cette menace. Que chacun commence par relire les « bons auteurs », dont j’ai cité quelques noms plus haut. Ils ont déjà tout dit.


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« L’IRAN SUR LE POINT DE BASCULER ENTRE LES MAINS DES DURS DU REGIME », tel est le titre du Figaro du 21 février. Richard Labévière, 23 février.

Incroyable découverte du quotidien parisien, qui n’a pas la rigueur de rappeler trois éléments pourtant essentiels et qui bornent le contexte de cette consultation électorale : 1) l’administration Trump a déchiré l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018 ; 2) le même gouvernement n’a cessé de durcir les sanctions économiques à l’encontre de Téhéran, tout en édictant de nouvelles « mesures punitives » contre ce pays, y compris à l’encontre des représentant les plus réformistes ; 3) enfin, la Maison blanche s’est glorifiée d’un « grand fait d’armes », l’assassinat du général Qassem Souleimani, le numéro deux du gouvernement iranien ! Après cette séquence unilatérale, en plus flagrante violation du droit international, on peut, effectivement s’étonner – comme le fait Le Figaro – que les « durs du régime » soient en passe de reprendre le contrôle du parlement iranien. Quelle grande et profonde analyse !

 

LEGISLATIVES EN IRAN : SCRUTIN MARQUE PAR L’ABSTENTION – LE DEPOUILLEMENT EST EN COURS – Siavosh Ghazi, le 22 février.

Le dépouillement des bulletins de vote a commencé en Iran. La population était appelée hier, vendredi 21 février, à élire les députés du Majlis. Le taux de participation s’annonce en dessous de 50%. Une partie des Iraniens rejettent un système oppressant et critiquent également l’invalidation d’une partie des candidatures réformistes. Les bureaux de vote sont restés ouvert jusqu’à minuit, soit cinq heures de plus que prévu donc, pour donner plus de chance aux indécis de venir voter, rapporte notre envoyée spéciale, Oriane Verdier. C’est le cas notamment à Téhéran où l’abstention a été particulièrement forte. Mais une grande partie des abstentionnistes avaient décidé bien auparavant de ne pas se rendre aux bureaux de vote. Selon eux, c’est le seul moyen de résistance dans un pays où s’opposer frontalement aux autorités peut être dangereux. Le ministère de l’Intérieur a annoncé que le taux de participation sera annoncé dans la journée.

SANS SURPRISE, LES CONSERVATEURS EN TËTE

Pour de nombreux Iraniens, voter réformateur ou conservateur ne semblait de toute façon pas changer grand chose puisque de leur point de vue les deux principaux courant de la politique iranienne soutiennent un même système. Je suis passé par un bureau de vote mais je n’y suis pas entré. C’était dans l’enceinte du métro donc j’étais obligé de passer devant. Mais je n’ai pas hésité : que l’on vote ou pas, ça ne changera rien à mon avis… Les deux partis soutiennent le gouvernement et le système, et ils font ce qui leur est dicté Ce sont cependant bien les conservateurs qui s’annoncent en nette majorité dans la nouvelle composition du Parlement. 

Selon les résultats définitifs d’un tiers des 290 sièges du Parlement, les conservateurs mènent largement en tête alors que les réformateurs ont été laminés. À Téhéran, les résultats partiels annoncés par le ministère de l’Intérieur donnent une victoire totale à la liste des conservateurs qui pourraient remporter les 30 sièges de la capitale. Il y a quatre ans, les réformateurs avaient raflé ces 30 sièges. Dans ces conditions, l’ancien maire de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf, devrait devenir le prochain président du parlement.

LES CONSERVATEURS EN PASSE DE PRENDRE LE CONTRÔLE DU PARLEMENT

Ces résultats étaient attendus notamment après l’invalidation de nombreux candidats réformateurs par le Conseil des gardiens de la Constitution, l’organisme en charge de la supervision des élections, en amont du scrutin. Dans certaines circonscriptions les candidats conservateurs n’étaient opposés à aucun réformateur. Si les conservateurs prennent le contrôle du Parlement, ils pourront faire pression sur le gouvernement du président Hassan Rohani, qui a basé depuis six ans sa politique sur le rapprochement avec l’Occident et l’accord nucléaire, rapporte Siavosh Ghazi. Les conservateurs ont dénoncé ces dernières années cette politique et affirment qu’il fallait donner la priorité à la production nationale. La sortie des États-Unis de l’accord nucléaire en 2018 et le retour des sanctions américaines qui frappent durement l’économie du pays, ont renforcé les conservateurs qui ont toujours affirmé qu’il ne fallait pas faire confiance aux Occidentaux. La tâche du gouvernement Rohani sera d’autant plus difficile que les autres organes du pouvoir, notamment le Conseil des Gardiens de la Constitution, l’autorité judiciaire ou encore l’Assemblée des experts, chargé de nommer le successeur du guide suprême qui est âgé aujourd’hui de 80 ans sont déjà dominé par les conservateurs.

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Oyez braves gens : interpelons toutes les équipes candidates à nos élections municipales pour leur demander de s’engager à nommer une rue ou une place « de Palestine », comme à Paris dans le quartier Jourdain de Belleville, voire mieux, de « l’Etat de Palestine ». Car sans paix juste et durable au Proche-Orient, le prix du baril continuera à faire du yoyo : la transition énergétique requise en sera freinée, aura du mal à décoller. Les décisions d’investissement seront freinées par cette incertitude et ces fluctuations, plus rien ne garantissant leur rentabilité. Les centaines de milliers d’emplois non délocalisables espérés en France, des millions en Europe, seront plus lents à émerger. Pour des emplois, contre les guerres ruineuses, contre le financement du terrorisme par des pétroliers, pour l’environnement, pour la paix par la justice, exigez partout une place pour un Etat de Palestine, viable et souverain.

Bernard Cornut

 

  1. « Attaques ignobles… », déclare Benjamin Griveaux pris la main dans le pot de confiture, « …mettant en cause ma vie privée. Ma famille ne mérite pas cela ». ‘Cela…’, le contenu de la vidéo ou sa diffusion ?
  2. Dans un cri du cœur unanime – et donc perturbant, journalistes et politiques défendent le soldat Griveaux. « Un homme public a droit à sa vie privée ! » clament-ils – après avoir de façon narcissique usé et abusé hypocritement des réseaux numériques et abandonné toute notion de décence en se livrant à nu dans les pires émissions du PAF.
  3. Le rapport Thiriez sur la réforme de l’ENA propose la suppression de l’épreuve de culture générale, ‘socialement discriminante’. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil : tout le monde sait depuis longtemps que les fils de pauvres sont incultes et que les fils de riches ne le sont pas.
  4. Qui a dit que la Justice se portait mal ? Elle tourne à plein régime en Iran (prochain procès de Roland Marchal et de Fariba Adelkha) ou en Turquie : Osman Okala, à peine acquitté, est maintenu en détention après l’émission d’un nouveau mandat d’arrêt. Pendant ce temps-là, l’Aigle du Bosphore pense aux vacances, en offrant un aller simple pour la Grèce à ses réfugiés. Combien l’Europe avait-elle déjà payé en 2016 ?
  5. « La catastrophe était prévisible » écrit Delphine Minoui du Figaro : Damas s’est promis de reprendre le contrôle de l’intégralité du pays « que le régime s’obstine à reconquérir ». Quel manque de pudeur de la part ‘du régime de Bachar El-Assad’. Qu’attend-on pour renvoyer l’ambassadeur Duclaux ramener le raïs à la raison ?

Dinall’uill

 

5-G : GRIVEAUX, GRIVOIS, GRAVELEUX, GRELUCHON,
GRAND-GRIGNOLESQUE…

« Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais » !

Telle pourrait être la devise de la Macronie à la lumière de l’expérience de la fin du premier acte du quinquennat. Le début du second débute sous les pires auspices. Morale, exemplarité, déontologie, éthique, inflation de comités Théodule, prurit normatif pour encadrer les comportements déviants, mots inappropriés, gestes déplacés… Que de concepts grandiloquents employés à tort et à travers depuis le début de l’épopée jupitérienne ! Surtout si l’on compare l’écart croissant existant entre les paroles et les actes dans le nouveau monde, sorte de terre promise par Moïse Macron aux citoyens français en un superbe printemps de l’an de grâce 20171. Femmes et hommes politiques ne sont avant tout que des êtres humains avec leurs faiblesses qu’elles et ils doivent assumer. Mais, se mettre au service de l’État, de la République, c’est aussi tendre à une forme d’exemplarité, de respect d’un minimum de morale. Concept pris dans son acception traditionnelle, ensemble des règles de conduite et des valeurs qui définissent la norme d’une société. Or, au-delà de sa spécificité, ce qu’il est désormais convenu de qualifier d’affaire Griveaux2 ou de « Griveauxgate 3» constitue le révélateur de plusieurs dérives, contradictions de notre société4. Une sorte d’hypocrisie générale et ambiante qui ronge le pacte social. C’est ce qui arrive avec certitude lorsque l’on veut tout et son contraire, en même temps. Cela se voit et cela peut faire très mal. Dans quel état, tous ces pitres vont-ils laisser notre Douce France en 2022 si tant est que le navire jupitérien ne chavire après une nouvelle forte bourrasque inattendue ? Tout ceci donne une piètre image de la France à l’étranger.

LA RÉPUBLIQUE EN GODILLOTS BUTE SUR UNE VIDÉO SCABREUSE

Manifestement, l’ex-candidat à la Mairie de Paris apparaît comme le dindon de la farce, le perdreau Griveaux qui se fait piéger tel un débutant dans un remake des liaisons dangereuses5, voire des diaboliques6. Il est vrai qu’en matière de parole, l’ex-porte-parole du gouvernement a toujours eu un langage particulièrement choisi.

Le perdreau Griveaux

Le responsable de la chute de Benjamin Griveaux7 et son avocat promettent « une série » de vidéos dans une démarche « légitime ». Une sorte de bande de Pieds Nickelés8. Benjamin Griveaux est-il la première carte d’un effondrement annoncé ? L’ancien candidat LREM à la mairie de Paris a annoncé le 14 février 2020 son retrait de la course à la mairie de Paris après la publication de vidéos à caractère sexuel par l’activiste russe Piotr Pavlenski sur son site9. Ce dernier – condamné en 2019 pour l’incendie d’une succursale de la Banque de France sur la place de la Bastille en 201710 – affirme à LCI que d’autres vidéos vont suivre. « Mon objectif est de dénoncer le puritanisme en politique et l’hypocrisie des responsables », explique-t-il. « Benjamin Griveaux a été le premier participant. Mais l’activité de mon site ne fait que commencer. Les responsables politiques doivent être honnêtes. Ils doivent être clairs vis-à-vis de leurs électeurs. Notre objectif a été atteint avec Benjamin Griveaux et nous allons continuer », prévient-il.  Il revendique la « porno politique ». Il va falloir s’y faire11. La vie privée, c’est fini. Tout ceci, c’est le passé sur lequel il est impossible de revenir tant le monde numérique progresse mille fois plus vite que le monde politique. Piotr Pavlenski et sa compagne ont désormais à répondre devant la justice de leurs manœuvres12. Mais, ils ne sont pas écroués13.

L’homme au langage choisi

Nous sommes entrés dans l’ère numérique, la e-démocratie – que l’on nous vantait à l’instar de la « mondialisation heureuse » – qui comporte des pans entiers flattant les plus bas instincts de l’âme humaine. Certaines bonnes âmes semblent le découvrir aujourd’hui avec une candeur (une hypocrisie) qui mérite louange. L’instantanéité de l’information, l’utilisation quasi-exclusive d’outils facilement espionnables ou piratables14, l’ambiance générale de délation, l’inconscience de nos dirigeants qui n’ont de cesse d’étaler leur vie privée sans vergogne sur les réseaux sociaux15, dans les médias… contribuent à cet abaissement du débat public. Le résultat est là. Les exploits sexuels d’un ex-porte-parole du gouvernement, formé au PS par Dominique Strauss-Kahn, habitué du gros mot (il traitait Hugues Renson de « fils de pute », ses concurrents « d’abrutis » …)16 font le buzz, font vaciller le pouvoir sur ses fondements, donnent un sacré coup de canif à la morale, du moins au minimum que les citoyens sont en droit d’attendre d’une personnalité dépositaire d’une part de la souveraineté populaire17.

Avec Emmanuel Macron et sa joyeuse troupe de marcheurs, on a une drôle de conception de la morale républicaine.

LA RÉPUBLIQUE AU PAS DE L’OIE PIÉTINE LA MORALE RÉPUBLICAINE

Avec le « Griveauxgate », nous sommes très loin du mantra jupitérien de l’exemplarité que l’on sert aux gogos et aux perroquets à carte de presse. Ce serait plutôt du genre parfum de scandale qui nous vient d’Outre-Atlantique, comme souvent, dont nous importons le pire, pour le regretter amèrement ensuite.

Le mantra jupitérien de l’exemplarité

Le président de la République disruptif a mis son mandat sous le signe de l’exemplarité et du respect de la morale publique. Pour démontrer la sincérité de son engagement, l’une des premières lois qu’il fait adopter le 15 septembre 2017 porte sur « la confiance dans la vie politique ». Elle fait l’objet d’une communication en conseil des ministres dès le 14 juin 2017. Son titre a évolué au cours des débats parlementaires : moralisation de la vie publique, régulation de la vie publique… signe que le concept est délicat à appréhender. Après l’objectif, les moyens pour y parvenir. Le terme qui revient le plus souvent, à côté de celui de déontologie est celui de la transparence.

Jean Daspry

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