Observatoire Géostratégique

numéro 294 / 3 août 2020

L’ARMEE ISRAELIENNE ATTAQUE DES MOULINS A VENT…

Avant de quitter ses fonctions de chef d’état-major particulier du président de la République, l’amiral Bernard Rogel exprime son inquiétude vis-à-vis d’une Turquie qui pousse avec agressivité ses navires de guerre en Méditerranée et élargit son ingérence armée en Libye : « Nous sommes rentrés, partout et pas seulement là, dans la logique du fait accompli et de la contestation des traités internationaux. Le multilatéralisme est en train de se déliter. C’est très dangereux. Quand plus personne ne respecte les règles, cela conduit à des conflits »1.

D’autres responsables de premier plan, et notamment au secrétariat général des Nations unies à New York, soulignent cette même préoccupation de voir éclater des conflits armés ouverts, et pas seulement en mer de Chine Méridionale et en Libye, mais aussi en Amérique Latine et dans plusieurs régions d’Afrique. Nous ne sommes plus seulement confrontés à une « crise du multilatéralisme », mais bien à un danger croissant, très préoccupant, de « guerres ouvertes » pouvant dégénérer en affrontement élargi, sinon global !

L’un des foyers les plus volatiles de cette évolution nous ramène au Proche Orient, le long de la frontière libanaise – au nord d’Israël. En effet, le 27 juillet dernier, l’armée israélienne y a déclenché un déluge de feu – dans le territoire occupé des fermes de Shebaa, à proximité du village de Marjayoun -, affirmant avoir déjoué une « tentative d’infiltration du Hezbollah », qui a aussitôt démenti toute espèce d’accrochage et d’opération dans cette région.

BOMBARDEMENTS DE CAGES A POULES

Ainsi donc, lundi dernier, l’armée israélienne déclare avoir « contrecarré une tentative du Hezbollah d’infiltrer le nord du territoire israélien ». Depuis une semaine, la soldatesque du régime de Tel-Aviv était sur les nerfs s’attendant à des représailles après un bombardement aérien de la chasse israélienne ayant tué un combattant chi’ite. En effet, le Hezbollah avait annoncé qu’il n’en resterait pas là : « La réponse au martyre du frère Ali Kamel Mohsen (…) viendra irrémédiablement », avait indiqué le parti chi’ite dans son communiqué.

Ali Kamal Mohsen est mort dans un raid israélien survenu le 20 juillet dernier près de l’aéroport de Damas, tuant en tout cinq combattants étrangers pro-iraniens. Décidé à faire monter la pression contre la République islamique – principal soutien à la Syrie -, le régime de Tel-Aviv mène depuis 2011 des centaines de frappes aériennes contre l’Iran et ses alliés, dont le Hezbollah. L’organisation chi’ite a dépêché sur place – depuis l’été 2013 – plusieurs milliers de ses combattants aux côtés de l’armée syrienne, des Gardiens de la révolution iraniens et des milices chi’ites afghanes et pakistanaises.

Toujours est-il que la presse libanaise s’en est donné à coeur joie en commentant « une attaque de Don Quichotte fonçant sur des moulins à vent vides et inoffensifs… » et « une armée très mal renseignée, qui perd ses nerfs et gaspille ses munitions en bombardant des cages à poules… »

« Jusqu’à maintenant la résistance islamique n’a pris part à aucun accrochage et n’a pas ouvert le feu durant les évènements du jour », a assuré la direction du Hezbollah par voie de communiqué et « les forces israéliennes ont mené des opérations parfaitement imaginaires », a surenchéri un officier supérieur de l’armée libanaise qui confirme l’absence de tout mouvement du Hezbollah dans cette région.

Richard Labévière

1 Le Figaro Magazine, vendredi 3 juillet et samedi 1er août 2020.

lire la suite…

PRÉSOMPTION D’INNOCENCE CHÉRIE !

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » (Albert Camus). Or, s’il y a bien un mal qui caractérise le monde du XXIe siècle, c’est bien celui qui consiste à utiliser les mots à tort et à travers sans en connaître leur définition précise. Le corollaire de cette dérive inquiétante est la confusion permanente entretenue par certaines minorités aussi agissantes que vocales et intolérantes entre droit (objectivité et logique) et morale (subjectivité et passion)1. Dans ce registre, certaines associations féministes, irresponsables dopées à #metoo et autres gadgets ridicules tant ils desservent la cause qu’ils croient servir, se surpassent dans la méconnaissance du droit positif et, surtout, dans sa violation délibérée.

Peu leur chaut que le principe quasi-sacré, dans un état de droit, de la présomption d’innocence soit battu en brèche. La cause féminine (qui est une noble cause)2 justifie les moyens (fouler aux pieds un principe de droit constitutionnel et universel). Ni plus, ni moins. Comme le chantait Guy Béart dans l’une de ses chansons intitulée Les grands principes :

Aujourd’hui les filles s’émancipent

et vous parlent de leurs grands principes,

puis elles font comme leur maman,

en vertu des grands sentiments.

La nomination de Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur et d’Éric Dupond-Moretti au ministère de la Justice3 décuplent leur ardeur anti-masculine au point de remettre en cause le contrat social républicain fondé sur le respect de l’état de droit.

Qu’est-ce au juste que la présomption d’innocence qui possède un socle normatif solide ? Que signifie une présomption de culpabilité qui repose sur un socle moral fragile ?

PRÉSOMPTION D’INNOCENCE : UN SOCLE NORMATIF SOLIDE

S’il existe bien un principe fondamental du droit qui est d’une limpidité incontestable et incontestée, c’est bien celui de la présomption d’innocence qui possède valeur constitutionnelle en France.

De plus, il est reconnu comme droit fondamental sur le plan international tant au niveau onusien qu’européen (Conseil de l’Europe et Union européenne).

Sur le plan national 

Les textes de droit positif qui sacralisent le principe de la présomption d’innocence ne manquent pas. Ce qu’une majorité de nos concitoyens ignore et qu’une minorité vocale passe superbement par profits et pertes pour des raisons idéologiques.

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : Art. 9. Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.  

Préambule de la Constitution française de 1958 :

Préambule. Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004.

Code civil : Art. 9-1. Chacun a droit au respect de la présomption d’innocence.

Lorsqu’une personne est, avant toute condamnation, présentée publiquement comme étant coupable de faits faisant l’objet d’une enquête ou d’une instruction judiciaire, le juge peut, même en référé, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que l’insertion d’une rectification ou la diffusion d’un communiqué, aux fins de faire cesser l’atteinte à la présomption d’innocence, et ce aux frais de la personne, physique ou morale, responsable de cette atteinte.

Code de procédure pénale : Art. préliminaire III. Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été établie. Les atteintes à sa présomption d’innocence sont prévenues, réparées et réprimées dans les conditions prévues par la loi.

Sur le plan international

Par la nature de ses engagements internationaux, la France est juridiquement liée par toute une série de conventions onusienne ou européennes qui élèvent la présomption d’innocence au rang de droits de l’homme.

Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (ONU) : Art. 11 1. Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.

Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales de 1950 (Conseil de l’Europe) : Art. 6 (Droit à un procès équitable) 2. Toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie.

Charte des droits fondamentaux de 2000 (Union européenne) : Art. 48 1. Tout accusé est présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie.

Lorsque l’on met en avant le caractère intangible du principe de la présomption d’innocence, il ne s’agit pas d’une simple clause de style mais de l’affirmation d’un droit fondamental qui s’applique à tout citoyen quel que soit son sexe, sa race, sa religion, son orientation sexuelle (Cf. l’entretien accordé par le nouveau ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti à BFM-TV le 31 juillet 2020) … La bonne mise en œuvre de ce principe constitue le marqueur d’un authentique État de droit. Ce que la France revendique haut et fort, elle qui s’autoproclame urbi et orbi patrie des droits de l’homme ! Le corollaire de ce principe est méconnu du grand public, il s’appelle la charge de la preuve qui revient à l’accusation et non à la défense.

Or, aujourd’hui ce principe est de plus en plus battu en brèche par quelques hurluberlus qui entendent y substituer une morale à géométrie variable ouvrant la voie à l’arbitraire le plus total.

PRÉSOMPTION DE CULPABILITÉ : UN SOCLE MORAL FRAGILE

Comme toutes les mauvaises idées venant des États-Unis un vaste courant de remise en cause systématique du principe de la présomption d’innocence se développe dans l’Hexagone sans que cela n’entraîne de réactions de rejet. Il conduit, de facto, à instaurer une présomption de culpabilité. Heureusement, les plus hautes autorités de l’État semblent commencer à prendre la mesure de ce phénomène insupportable à la faveur des « affaires » Darmanin et Dupond-Moretti.

Guillaume Berlat
3 août 2020

1 Mazarine Pingeot, Ce mortel ennui qui me vient…, Le Monde, 29 juillet 2020, p. 26.
2 Natacha Polony, Ces féministes outrées par la promotion d’une femme, Marianne, 17-23 juillet 2020, p. 3.
3 Aline Baldinger, Méritocratie et justice, Marianne, 31 juillet-6 août 2020, p. 36.

lire la suite…

 
 

Nous publions cette semaine le troisième article d’une série d’été (de six), consacrée aux zones maritimes stratégiques pour la défense, la sécurité et les intérêts de la France.

La rédaction

3) Après Méditerranée et Manche, c’est le golfe de Guinée qui représente pour la France une 3ème zone maritime doublement stratégique, le long des côtes de l’Afrique de l’Ouest : centre de gravité énergétique et de pêche côtière ; pivot de la Mission Corymbe (depuis 1990), assurant la présence permanente d’un bâtiment de guerre français entre Dakar et Libreville.

La zone agrège 8 pays : Ghana, Togo, Bénin, Nigeria, Cameroun, Guinée équatoriale, Gabon et Sao Tomé-et-Principe et regorge de nombreuses ressources énergétiques et halieutiques. Le gaz est surtout exploité par le Nigeria, le Ghana et le Gabon. Le pétrole fait du golfe la première région pétrolière d’Afrique, avec l’un des plus grands gisements sous-marins du monde : 24 milliards de barils, soit 4,5 % des réserves mondiales. Pays exploitants : Ghana, Nigeria, Guinée équatoriale, et Gabon. Les ressources halieutiques représentent quelques 1 055 000 tonnes de réserve de poisson avec une production de 600 000 tonnes par an.

Les pays pétroliers veulent agrandir leur zone économique exclusive (ZEE), entraînant de multiples négociations : Nigeria/Guinée équatoriale ; Nigeria/Sao Tomé-et-Principe ; Nigeria/Cameroun ; Gabon/Sao Tomé-et-Principe ; Guinée équatoriale/Sao Tomé-et-Principe. La Guinée équatoriale et Sao Tomé-et-Principe délivrent des pavillons de complaisance comme le Liberia et le Sierra Leone.

Ce golfe est, aussi l’une des principales zones de risques pour l’activité pétrolière en mer. Les actes de piraterie concernent principalement les mers territoriales des Etats pétroliers comme Nigeria et Cameroun. En 2011, 60 attaques ont été enregistrées. Les pays les plus touchés sont le Bénin et le Togo.

Les 24 et 25 juin 2013 à Yaoundé, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les instances de l’UE, de la Commission du Golfe de Guinée (CGG) et de l’ONU ont décidé de mutualiser leurs moyens pour plus de sécurité maritime.

Ainsi, la Mission Corymbe de la Marine nationale a repris toute son importance : pré-positionnement – RESEVAC/Opération d’évacuation de ressortissants français et européens ; soutien des forces françaises pré-positionnées à Dakar ; lutte contre la piraterie, les trafics d’armes, de drogues (en provenance d’Amérique Latine), d’êtres humains et la pêche illégale. Régulièrement sont menés des manœuvres conjointes avec les marines locales : formation d’équipages, échanges du renseignement.

DATES : entre le 1er janvier et le 31 mars 2018, le Bureau maritime international (BMI) a recensé 66 actes de piraterie, alors qu’il n’en comptait que 43 au premier trimestre 2017 et 37 au cours de la même période en 2016. Les années 2019 et 2020

MENACES : piraterie, trafics de drogue et d’armes, terrorisme, pollutions, pêches illégales et migrations clandestines.

ACTEURS : pays d’Afrique de l’Ouest, France, UE, Brésil, organisations criminelles du Nigéria et d’Angola.

MEDIAPART N’EST PAS AU-DESSUS DES LOIS : BERNARD SQUARCINI PORTE PLAINTE – AFP, 29 juillet. Depuis le 12 juillet, le site d’information a révélé plusieurs interceptions judiciaires ayant visé l’ancien chef des services secrets intérieurs, Bernard Squarcini. Le moment de la contre-attaque est arrivé. Alors que Mediapart multiplie les révélations sur Bernard Squarcini, ancien chef des services secrets intérieurs (2007-2012) reconverti dans le renseignement privé, les poursuites judiciaires fusent. Selon les informations de L’Obs, l’homme d’affaires franco-algérien Alexandre Djouhri, lui aussi ciblé dans cette enquête, a déposé une plainte contre X pour “violation du secret de l’instruction et du secret professionnel”, “bris de scellés”, “vol” et “recel” à la suite de la publication par le site d’investigations d’extraits sonores de ses conversations avec l’ancien patron de la DCRI (Direction centrale du Renseignement intérieur) sous Nicolas Sarkozy. Une plainte similaire a été déposée de son côté par Bernard Squarcini, selon son avocat Me Patrick Maisonneuve.

« ETAT DANS L’ETAT »

Le 12 juillet dernier, le site d’information publiait le premier de plusieurs reportages multimédia dressant les contours “d’une forme d’État dans l’État où se mêlent intérêts privés et fonctions publiques, basse police, renseignement politique et espionnage économique, parfum mafieux et puissances étrangères”. Après son passage du public au privé, Bernard Squarcini aurait notamment interagi avec le cabinet de l’ancien président Sarkozy pour obtenir au sein de l’État des informations confidentielles sur l’affaire Cahuzac ou encore utilisé la police au profit de la multinationale LVMH afin de connaître l’évolution de dossiers judiciaires gênants. Dans le cadre de cette enquête, Mediapart révèle également des conversations entre l’ancien haut fonctionnaire et Alexandre Djouhri, mis en cause dans l’affaire des financements libyens, qui laissent croire que les deux hommes auraient travaillé ensemble dans plusieurs pays (Russie, Gabon, etc.). Toutes ces révélations reposent sur des interceptions judiciaires de la police anticorruption, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte fin 2012, un an et demi après la découverte de 1,5 million d’euros en cash dans une mallette appartenant à l’homme d’affaires Ziad Takieddine, de retour de Tripoli (Libye).

lire la suite…

 

DECES ACCIDENTEL D’UN SOLDAT FRANÇAIS AU TCHAD – AFP, 31 juillet.

Un soldat français est mort dans un accident de maintenance au Tchad, où est déployée la force antijihadiste Barkhane, a indiqué l’état-major des armées vendredi. « Alors qu’il effectuait une intervention de maintenance sur un groupe frigorifique de la base de Kossei à N’Djamena au Tchad, le brigadier-chef Andy Fila, électromécanicien frigoriste de la force Barkhane, a été mortellement touché par l’explosion » d’une bouteille de gaz, a précisé le communiqué. Il est décédé des suites de ses blessures. Une enquête militaire a été ouverte. Âgé de 25 ans, et père d’un enfant, le brigadier-chef Andy Fila appartenait au 14e régiment d’infanterie et de soutien logistique parachutiste de Toulouse. Il avait été déployé à plusieurs reprises dans des opérations extérieures. Déjà envoyé au Sahel en 2016, il y était retourné en juin. Le chef d’état-major des armées, le général d’armée François Lecointre, « s’incline avec une profonde tristesse devant la mémoire de ce militaire mort en opérations », précise l’état-major, faisant état de blessés mais sans donner de détails. A l’Assemblée nationale, à la demande du LR Thibault Bazin, les députés ont rendu spontanément hommage à ce soldat, en observant une minute de silence, en marge de l’examen du projet de loi bioéthique. L’opération Barkhane compte autour de 5.100 soldats. Au total, 43 soldats français sont morts au combat dans les opérations Serval (2013) et Barkhane (depuis 2014), selon l’état-major. Un décompte qui n’intègre pas les accidents.

 

LE LIBAN PEUT-IL SORTIR DE LA CRISE ? Lina Kennouche, 1er août.

En défaut de paiement depuis février 2020, le Liban dont la dette publique dépassait les 150 % du PIB avant la crise financière et atteindrait aujourd’hui 250 % du PIB, a adopté fin avril un plan de réformes économiques afin de négocier une aide du Fonds monétaire internationale (FMI). Le pays espère ainsi restaurer un climat de confiance auprès des bailleurs. Le gouvernement libanais table aujourd’hui sur un soutien de 10 milliards de dollars de la part de l’organisation de Bretton Woods, en plus du déblocage des 11 milliards de dollars promis dans le cadre de la [conférence Cèdre de 2018 ». Ces sommes sont conditionnées à la mise en œuvre de réformes toujours attendues.

Après dix-sept rounds de pourparlers, les discussions n’ont enregistré aucune avancée et la perspective d’une sortie de l’impasse s’éloigne chaque jour davantage.

Un secteur financier qui plonge

Le 13 juillet dernier, le FMI a exhorté les deux délégations libanaises à « s’unir autour du plan du gouvernement » et à « engager des réformes » annoncées en avril à l’instar de la lutte contre la corruption ou la transparence des adjudications publiques. Mais jusque-là, la principale pierre d’achoppement à ces discussions réside dans le différentiel entre l’évaluation des pertes du secteur financier faite par la délégation du gouvernement libanais, et celle réalisée par la commission parlementaire des Finances et du Budget (alignée sur la position de l’Association des banques du Liban).

Chaque année, l’État libanais émet des obligations pour se financer. Cette dette publique est libellée à hauteur de 60 % en livres libanaises et de 40 % en dollars, et souscrite majoritairement par les banques libanaises et la Banque du Liban (BDL). Or avec la baisse constante des recettes publiques ces dernières années, l’État s’est retrouvé dans l’incapacité de financer ses dépenses budgétaires et de servir sa dette.

Dans cette configuration de défaut de paiement, la délégation du gouvernement estime les pertes du secteur financier à plus de 241 trillions de livres libanaises (soit près de 69 milliards d’euros) tandis que la seconde ne fait état que de 81 trillions LL (environ 20 milliards d’euros). Les divergences concernent également les recettes à adopter pour renflouer les banques.

Un remboursement par l’État ?

Pour faire face à ces pertes, l’option soutenue par les banques, est celle d’un renflouement par l’État (bail-out), autrement dit le remboursement des dépôts par l’émission de titres, selon une logique de privatisation des gains et de socialisations des pertes financières.

Tandis que la solution suggérée dans le programme économique du gouvernement adopté en avril dernier est celle d’un renflouement interne (bail-in), c’est-à-dire une ponction qui ciblerait les gros déposants et engagerait la responsabilité des actionnaires – une proposition pertinente dans un pays où la répartition des richesses est parmi les plus inégalitaires au monde.

Pour Kamal Hamdan, directeur du Consultation and Research Institute à Beyrouth, avec lequel je me suis entretenue par téléphone,

« En retraçant l’historique des transactions bancaires des 24 000 comptes, qui selon les statistiques du comité de contrôle de la banque centrale, ont réalisé depuis 1993 – date du début de la politique d’emprunt aux banques – des surprofits énormes grâce à des taux d’intérêt anormalement élevés, nous pourrions mettre en place une sorte d’impôt sur les dépôts ».

Selon lui, au moins un quart des 82 milliards de dollars versés sous forme de service de la dette publique provient des « taux d’intérêt extra » appliqués sur cette dette et qui ont profité à 1 % des titulaires des comptes bancaires.

Depuis 1993, pour attirer les investisseurs, la souscription aux emprunts publics a été rémunérée à des taux d’intérêts élevés. Par ailleurs, avec la politique de stabilisation monétaire de la livre libanaise qui garantissait un taux de change fixe, tout en adoptant un différentiel élevé entre les taux d’intérêt de la livre libanaise et du dollar, ceux qui s’endettaient en dollars à un taux d’intérêt de 5 % pouvait placer ensuite ces sommes à un taux d’intérêt nettement supérieur (atteignant parfois 18 %) pour réaliser des profits. Une logique qui s’est révélée être celle d’un pillage organisé, raison pour laquelle ces pertes devraient être assumées par ceux qui ont le plus profité.

La fin d’un modèle

Aujourd’hui le Liban assiste en réalité à l’implosion du système né de l’accord de Taëf (1989) qui avait mis un terme à la guerre civile (1975-1990), reconduit le principe du communautarisme politique et consacré l’arrivée au pouvoir des anciens chefs de milices préoccupés de faire « triompher les intérêts de leur assabiyya » (à savoir « l’esprit de corps » au niveau de la communauté) sur l’intérêt public.

Ainsi pour Charbel Nahas, ancien ministre des télécommunications et du travail, et fondateur du mouvement politique Citoyens et Citoyennes dans un État qui réclame depuis 2016 l’abolition du communautarisme politique et l’édification d’un État démocratique et laïc, le déficit colossal du Liban n’est pas accidentel, mais fonctionnel.

« le fonctionnement du système reposait sur l’accumulation permanente de capitaux qui s’enregistraient comme des créances financières, que ce soit sous forme de dépôts bancaires ou de titres de propriété foncière et immobilière, afin de faire croire que l’on disposait d’argent alors même qu’on le dépensait puisqu’il était intégralement prêté domestiquement au privé comme à l’État, par l’entremise de la Banque centrale, pour financer la consommation et le déficit extérieur » explique M.Nahas au cours de notre entrevue à Beyrouth en date du 15 juin 2020.

L’estimation du cabinet de conseil McKinsey fait état d’environ 94 milliards de dollars de capitaux drainés par le Liban entre 2005 et 2015 dont 70 % aurait servi à l’acquisition de biens immobiliers et de produits de consommation, majoritairement importés dans un pays peu productif.

Mais la résilience si coûteuse du système libanais a été mise à mal sous l’effet de facteurs exogènes.

« Avec la guerre en Syrie, l’effondrement brutal du cours des hydrocarbures en 2015 a mis fin aux deux conditions qui avaient prévalu à l’arrêt de la guerre civile libanaise et à la mise en place du système politico-économique, à savoir les arrangements politiques extérieurs au niveau régional et l’afflux de capitaux » explique M. Nahas.

Aujourd’hui, alors même que la machine économique s’est brisée, les leçons ne semblent toujours pas tirées. Le programme de réforme actuel du gouvernement libanais commandé au groupe mondial de conseil financier et de gestion d’actifs Lazard, ignore la logique profonde du système.

Un programme de réformes inadapté aux réalités

L’approche comptable adoptée par le groupe Lazard et le FMI, qui assimile le fonctionnement de l’État à celui d’une entreprise et inventorie les pertes, se heurterait de plein fouet, selon M.Nahas, aux intérêts des banques structurées autour de la banque centrale et de la classe politique communautaire.

« Cette approche classique consiste à réduire massivement et pour une longue période la consommation et le niveau de vie matériel des Libanais, non sans risques politiques et sécuritaires, pour faire accepter à la population un niveau de revenus qui serait compatible avec la mise en place de structures de production moins vulnérables au déficit extérieur. Mais cette volonté brise la pompe aspirante de capitaux que les banques et les leaders communautaires ont entretenue pendant trente ans et dont ils espéraient encore pouvoir se servir » explique M.Nahas.

Aujourd’hui, seule une réforme structurelle du système permettrait au pays de se relever. Mais le rapport de force politique dominant, favorable à l’alliance des forces communautaires et de l’oligarchie financière, sape à court terme cette perspective.

Or chaque jour la détérioration de la qualité de vie des Libanais relance avec acuité la question des décisions urgentes à adopter pour endiguer le risque de troubles sociaux de grande envergure.

En effet, dans cette économie d’importation massive enchaînée au dollar, la chute vertigineuse de la livre entraîne une hyperinflation des prix – les prix des produits alimentaires et des boissons enregistraient déjà une hausse de 49.6 % en mai dernier – ; un risque élevé de faillite pour les commerces – 50 % selon les estimations faites en juin par l’Association des Commerçants de Beyrouth ; la baisse dramatique du pouvoir d’achat des Libanais et le basculement dans la pauvreté d’une majorité d’entre eux sous l’effet des licenciements.

Selon la dernière étude statistique réalisée par Infoproresearch auprès d’un échantillon représentatif de 500 entreprises au Liban et publiée à la mi-juin 2020, le nombre total de chômeurs aurait atteint 550 000, soit 30 % de la population active, estimée à 1,8 million de personnes.

La classe politique se laisse happer par ses divisions

Malgré l’étendue du désastre économique et social, la classe politique se laisse happer par ses divisions. Le fossé ne cesse de grandir entre d’un coté, les forces politiques qui préconisent d’ouvrir la porte à des coopérations avec des économies disposées à faire du troc ou des échanges non libellés en dollars à l’exemple de ce que propose la principale force dominante sur l’échiquier politique à savoir le Hezbollah, et de l’autre, ceux qui jugent l’amarrage géopolitique à l’occident incontournable et en appellent à la neutralité du Liban.

Le mouvement Citoyens et Citoyennes dans un État, quant à lui, parie sur le fait que les leaders communautaires, dans l’incapacité de sauvegarder ce système et face au risque d’un embrasement sécuritaire majeur, se mettront à envisager sérieusement une négociation pour une transition démocratique.

lire la suite…

 

BHL à Gaza assiégée, BHL à Falluja dévastée par les bombardements américains, BHL à Raqqa bombardée par notre coalition illégitime en Syrie, BHL en visite à Georges Ibrahim Abdallah embastillé sans relâche, BHL en visite à Al Khalil (Hébron) occupée, divisée, encerclée et humiliée, BHL à Sabra et Chatila martyrisés, que des fausses nouvelles ! Pas possible, car après que l’Abbé Pierre s’en fut à Gaza, on n’a presque plus parlé de lui dans les médias ; après que René Dumont s’en fut en Iraq suffocant sous un embargo inique voté et revoté par la France, on n’a presque plus parlé de lui dans les médias. A Tarhuna, ville de la Tripolitaine, où je fus au printemps 1974, BHL a failli se faire entarter, en tout cas il s’est fait repousser comme un indésirable malpropre en col blanc.

Bernard Cornut

 

  1. La démission de l’adjoint à la culture d’Hidalgo, homosexuel revendiqué et soupçonné d’avoir aidé l’écrivain Matzneff poursuivi depuis pour pédophilie, fait exploser l’unité de façade de l’équipe écolo-socialo. Une ‘militante de la cause lesbienne’ Alice Coffin se crêpe le chignon avec Caroline Fourest. D’autres féministes éructent sous les balcons d’Hidalgo, qui en est ‘écœurée’. L’arroseur arrosé. Tout cela n’est quand même pas très gai.
  2. Le député Larrivé, toujours membre des Républicains, ne tarit plus d’éloges sur Macron que peu encore, il éreintait. Ce jeune homme pressé est arrivé à la conclusion que ‘si de nombreuses menaces remettaient en cause la paix civile, le Président Macron y faisait face’. Cela mérite récompense. ‘Partir, revenir…’, disait Lellouche. Tant qu’on arrive. Mais malheureusement, toujours pas à ce jour de Secrétariat d’Etat à l’arrivée.
  3. Quand Paris a remis à l’Algérie les restes de 24 combattants tués au début de la colonisation française – soit une époque où l’Algérie n’existait pas, Benjamin Stora a estimé ‘qu’à travers ce genre de geste, la France redécouvrait son Histoire’ et qu’elle ne pouvait pas ‘passer à côté de ça’. On anticipe les conclusions ‘justes et précises’ aux quelles aboutira la mission sur la colonisation qui vient de lui être confiée par Macron.
  4. Pauvres musulmans, qui à Constantinople n’ont même plus de local pour prier et doivent utiliser les lieux de culte d’une autre religion. Les chrétiens devraient se montrer plus solidaires et davantage généreux. Que chacun fasse parvenir son obole pour la constructione de nouvelles mosquées au journal, qui transmettra.
  5. Invité à retourner au pays par la vipère à corne du Nedjd « pour qu’on (lui) explique la situation », l’ancien maître-espion saoudien Al-Jaabri a refusé la grosse patte velue que lui tendait MBS. Travaillant pour l’ancien prince héritier déchu, on le comprend. MBS l’a donc accusé de corruption via Interpol. Sans effet. Alors il a pris en otage ses enfants. 4 députés américains s’en sont émus. Et en France, comment se passent vos vacances ?

Dinall’uill

 

LES OUIGHOURS, C’EST TELLEMENT MIEUX QUE LES PALESTINIENS !

Surprenante cette campagne « en soutien au peuple Ouighour » le jour où, avec l’approbation de Falstaff-Dupond, l’aigle qui couve le nid de la Justice depuis la colonne Vendôme, l’Assemblée vient de voter une sorte d’annulation à vie des droits de tout condamné pour terrorisme. Libéré, peine purgée, l’abruti de vingt ans qui a cru libérer la Syrie en rejoignant Daech, restera à jamais un homme sans liberté. Mais remarquons que les députés qui viennent de voter ce texte, réhabilitant la « relègue » et la double peine, sont par ailleurs des amis de la liberté. Liberté pour la minorité ouïghoure -essentiellement de culture musulmane- chinoise, mais pas de liberté possible en France pour celui que la justice qualifie de « terroriste ». Si le Pékin a la fasciste audace de demander des comptes aux très nombreux Ouighours qui ont rejoint, eux aussi, Daech et al Nosra en Syrie, puis sont rentrés à la maison : c’est un crime contre l’humanité. En revanche, quand Dupond Moretti et ses amis sécuritaires applaudissent à leur loi toute neuve et honteuse, c’est l’expression « d’une avancée du droit ». Bon : le chinois est jaune et très méchant, le français est blanc et très gentil. D’ailleurs ce n’est pas lui qui crèverait des yeux à coup de LBD.

Longtemps la désignation officielle, par les Etats-Unis ou l’OTAN, d’une minorité opprimée m’a bien énervé. J’étais surpris que des citoyens généreux et intelligents, ne soient pas étonnés que des humanistes du calibre de Nixon, Reagan, les deux Bush, puis Trump et Netanyahou leur désignent un ennemi à combattre, un oppresseur de minorités. Dans ma vie prolongée, il m’est assez facile, pour l’avoir constaté, de compter ce genre d’utilisation de la misère et de l’oppression comme un outil de guerre de l’impérialisme.

La dernière mouture remonte à la supercherie des « Printemps Arabes ». C’est dans un entretien avec le New York Time, qu’un haut diplomate américain en a livré le secret : « Plutôt que de dépenser des milliards en cadeaux et en armement, il suffit d’investir 500 millions auprès d’internautes d’un pays dont on veut changer le régime pour que monte en force une révolte, souvent légitime. C’est une grosse économie en dollars et en sang versé. » La recette ? Former des jeunes (arabes par exemple), ou des « ONG », à toutes les subtilités de l’Internet et à celles aussi des réseaux sociaux. Actuellement la pendule américaine est donc callée à l’heure de Pékin. Très bien. Mais retrouvons la mémoire pour nous rappeler que l’opposant maximo à la Chine, avant les JO de 2008, n’était autre que Robert Ménard et sa déshonorante association Reporters Sans Frontières. Une engeance recevant des fonds de la NED, instrument de propagande de Washington.

Repartons plus loin dans le temps. Qui se souvient des petits biafrais atrocement maigres, montrés (déjà) aux journaux par Kouchner qui, aidé d’intellectuels espions du SDECE, mettait au point une idéologie qui allait conduire à la fin des guerres de libérations, non oblitérées par l’Occident : « Le droit d’Ingérence ». Ah les biafrais ! Cette ethnie englobée dans l’odieux Nigéria ! S’ériger en république autonome était tout à fait légitime. Pourtant le nerf de la révolte n’était pas la liberté mais le pétrole, le sous-sol biafrais est d’un noir d’huile. Faute de derricks à Colombey, De Gaulle ne s’est pas honoré en activant là-bas une sécession conduite par des généraux corrompus. Et nous avons pleuré ces enfants mourants pour « la liberté de leur peuple ». Alors qu’on les faisait crever pour obtenir de terribles photos qui, au bout de l’horreur entraineraient la baisse du prix du litre de « super ». De 62 à 75 Johnson et Nixon ont soutenu la liberté des Méos et de leurs combattants, armés (par eux). Coincés entre Chine, Vietnam et Laos ces royalistes étaient très utiles pour lutter contre le communisme. Le Vietnam tombé, cette cause naguère essentielle, celle des Méos a disparu des programmes. En Afghanistan viendra, plus tard, la déification de l’islamiste puis le soutien apporté à un incontestable combattant de la démocratie : Ben Laden.

La recette reste bonne, activer une ethnie comme on met une bûche au feu. Cette pratique marche d’autant mieux qu’entre-temps le droit-de-l’hommisme, concept néo-libéral, a été forgé sous le marteau de Kouchner. Avec une telle arme le scrupule de détruire un état disparait. Au nom du droit, le leur, les démolisseurs peuvent bombarder sans mauvaise conscience, comme ils le firent en Serbie. L’épisode historique des valeureux « rebelles tchétchènes », dont on nous a longuement loué mérites et qualités dans les journaux, au tournant de 1990, ont finalement érigé la charia en 1999. Ce qui indique un amour sans murailles pour la démocratie et la liberté. Des journalistes ont alors crapahuté dans les montagnes, de concert avec ces fous de Dieu, mais en oubliant de prévenir les lecteurs de leur véritable but : le califat. Nous avons donc pleuré là aussi. Constater la nature mortifère de ces rebelles justifie-t-il les crimes de guerre commis contre eux ou contre la population ? Atrocités commises par des Russes ou par le dictateur Bassaïev ? Non. Mais que l’on vienne alors nous expliquer pourquoi la France est en guerre pour préserver l’Afrique de l’ouest des mains de Daech… Alors que Poutine, lui, était prié de faire bon ménage avec la charia, dans un état de la Fédération de Russie ?

Jacques-Marie Bourget

lire la suite…
 
 

Print Friendly, PDF & Email