Observatoire Géostratégique

numéro 270 / 17 février 2020

CINQ QUESTIONS ÉCRITES A OLIVIER FAURE…

Drôle de Saint-Valentin qui voit exploser l’affaire Benjamin Griveaux… avec la jactance unanime de presque tous les politiques et belles âmes moralisantes : c’est une atteinte à la démocratie ! On a passé toutes les bornes ! On est en train de s’américaniser ! Comme si ça datait d’aujourd’hui ; etc., etc. Vous aussi, Monsieur Olivier Faure, vous n’avez pas manqué à l’appel pour verser votre petit panier unanimiste : « la transparence nécessaire, ce n’est pas le déballage délétère. Nous devons tous défendre la démocratie contre ces dérives ». Quelles dérives ?

Celles d’un ministre qui a le temps de donner dans la gaudriole, mais surtout qui a la grande naïveté de diffuser des péripéties de sa vie privée par l’intermédiaire d’Internet, persuadé que ses fantasies resteront parfaitement anonymes ! En voilà un ministre qui n’est pas très futé. C’est le moins que l’on puisse dire ! Porte-parole du gouvernement, c’est pourtant le même homme qui prétendait séparer le bon grain de l’ivraie en distinguant les vrais des faux journalistes… Les victimes de ce tri plutôt arbitraire se sont-elles vengées ? A voir… à ce stade il est urgent de ne rien exclure !

Mais voyez-vous Monsieur Faure, le vrai drame pour notre démocratie, est d’une toute autre nature : voir, endurer et subir le genre de gugus qui sont censés incarner cette même démocratie, la préserver, sinon la faire progresser. Bien avant les affaires Cahuzac, Strauss-Kahn, Balkany et Delevoye, moult erreurs de « casting » ont poussé bien des voyous à exercer un mandat public. Ces derniers auraient dû donner l’exemple alors qu’ils ont, soit piqué dans la caisse, soit sombré dans d’improbables comportements aux antipodes des responsabilités publiques qu’ils étaient censés incarner. L’autre vrai drame de notre démocratie est, aussi de voir s’installer une insidieuse « dictature numérique », à travers des réseaux, mal nommés « sociaux ». Maintenant, on ose même dire « médias sociaux » -, des tuyaux hors de contrôle qui érigent l’opinion de n’importe quel crétin au niveau de la dernière des vérités scientifiques…

UN

Votre camarade de Parti – Madame Anne Hidalgo -, elle-aussi n’a pu s’empêcher de relever une affaire « qui n’est pas digne du débat démocratique », en appelant à la protection de… la famille. Diantre ! Premières questions Monsieur Olivier Faure : Madame hidalgo est-elle toujours membre de votre Parti ? Pourquoi concoure-t-elle à la mairie de Paris sans avouer, ni afficher son appartenance à votre parti, si elle en est toujours membre active ? Que pensez-vous de son bilan, plus que contrasté ? On se saurait que vous conseiller la lecture de la dernière livraison de l’hebdomadaire Marianne dont le dossier s’intitule : « Le bilan caché – Comment Hidalgo a vendu Paris »1. Sans attendre vos réponses – vous l’avez compris et nous l’avons déjà écrit : pour la rédaction de prochetmoyen-orient.ch et ses nombreux amis, notre prochain vote municipal, ce sera tout… tout sauf votre camarade de Parti !

DEUX

Deuxième question : que pensez-vous de la dernière inauguration d’Anne Hidalgo – d’une « place Jérusalem » à Paris -, à l’invitation des seules organisations pro-israéliennes, sans avoir daigné associer la moindre représentation palestinienne ? Il est vrai qu’en matière de parti-pris en faveur du régime de Tel-Aviv, Madame Hidalgo est plutôt multirécidiviste. Chacun se souvient de son « Paris-plage » transformé en « Tel-Aviv-sur-Seine » en août 2015. À l’époque, sa seule défense était de faire publier dans Le Monde, une tribune lamentable décrivant Tel-Aviv comme une ville de… « happy-fews ». Visiblement, la dame n’a jamais mis un bout d’orteil dans un camp de réfugiés palestiniens, ni en Palestine, ni au Liban, ni en Syrie, ni en Irak, ni en Égypte, ni partout ailleurs.

Voyez-vous Monsieur Faure, une autre vraie honte pour notre démocratie est, en l’occurrence, cet alignement inconditionnel derrière le criminel de guerre Benjamin Netanyahou et son « État juif », qui assassine quotidiennement femmes et enfants dans les territoires palestiniens occupés par une soldatesque au service d’un régime d’apartheid ! À ce propos, on n’a guère entendu le Parti socialiste condamner, sinon commenter le dernier « plan de guerre » pour le Proche-Orient de Donald Trump.

Richard Labévière

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DISSUASION ET DEFENSE : LE GALIMATIAS DE JUPITER !

« Ceux qui ne comprennent pas leur passé sont condamnés à le revivre » (Goethe). Du passé peut-on faire table rase ? Vraisemblablement pas. Le jeune Emmanuel Macron était un amoureux du théâtre et de sa professeure. Le président est un comédien qui a épousé sa répétitrice. Le jeune Emmanuel Macron était un élève de Paul Ricoeur. Le président est un philosophe qui s’en revendique. Le jeune Emmanuel Macron était provincial. Le président est un Rastignac qui veut en imposer à tous ses homologues étrangers. Le discours lyrique est son mode de communication favori. Il en use et en abuse à la Sorbonne, à Aix-la-Chapelle, à Washington, à Ouagadougou, à Abidjan, à Jérusalem… aujourd’hui à Paris. En dépit de formules fort littéraires et bien ciselées, ses homélies vivent ce que vivent les roses, l’espace d’un matin. Elles garnissent fort avantageusement les poubelles de l’Histoire tant la forme éclipse le fond, le lyrisme vole la vedette au réalisme. Elles inaugurent une nouvelle typologie, celle du discours jetable, du discours kleenex. Le prêche macronien vaut plus par plus son effet d’annonce médiatique que par sa qualité stratégique intrinsèque1. Ses réponses aux grandes questions du moment sont toujours floues, approximatives, décalées2.

À en prendre connaissance avec la plus grande attention, stylo à la main, en dépit de plusieurs lectures, il s’apparente à un labyrinthe où l’on évolue avec d’infinies précautions tant il manque un indispensable fil d’Ariane. Il est facile de s’y perdre tant la pensée manque de clarté, de simplicité, de logique. Manifestement Emmanuel Macron a peu ou pas lu, Nicolas Boileau surtout lorsqu’il enseigne que « ce que l’on conçoit clairement s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément ». Le dernier exemple de ce galimatias que nous possédons est son discours prononcé le 7 février 2020 à l’École de guerre devant les futurs généraux pour exposer sa conception de la théorie de la dissuasion nucléaire, envisagée dans son acception la plus large, dans le monde chaotique du début du XXIe siècle3. Un morceau d’anthologie… mais au plus mauvais sens du terme tant le mot efface l’idée, le flou masque le confus. Un superbe manteau d’Arlequin. La déclamation de cet opus magnum intervient dans un contexte stratégique fortement dégradé. Il convient de s’en tenir aux idées fortes de ce long monologue tout en n’omettant pas de mettre en exergue les graves lacunes de l’exhortation de l’École de guerre qui en amoindrissent sérieusement la portée aux yeux de nos principaux partenaires.

LES STIGMATES D’UN CONTEXTE STRATÉGIQUE DÉGRADÉ

Aujourd’hui, tous les ingrédients d’une grande crise de la gouvernance mondiale sont réunis. Les différentes crises s’ajoutent et se nourrissent les unes les autres4. Le monde est d’autant plus déboussolé et désarçonné face à cette situation que les piliers de la stabilité stratégique se fissurent les uns après les autres.

Un monde déboussolé et désarçonné

Jeté à la face du monde au moment de l’entrée dans l’acte II de son quinquennat5, le discours de l’École de guerre du 7 févier 2020 intervient dans un contexte international de grande instabilité et de grande imprévisibilité. Les sujets d’inquiétude ne manquent pas. Le monde fait face à de nouveaux risques6. Alors que le compte à rebours du Brexit est lancé, le président Donald Trump, sorti grandi de l’échec de la procédure de destitution7, propose son fameux plan de paix pour le Proche-Orient qui déclenche aussitôt la guerre entre Israéliens et Palestiniens tout en se désengageant du Moyen-Orient8.

Frappé de plein fouet par l’épidémie de Coronavirus dont elle a, au départ, tenté de masquer l’importance, la Chine se retrouve de facto en quarantaine, ne sachant pas comment elle va pouvoir se sortir de ce mauvais pas sans trop de dégâts. En dépit de la désignation d’un nouveau premier ministre, l’Irak ne parvient toujours pas à se stabiliser depuis l’intervention de 2003. La Syrie peine à reconquérir la dernière poche de résistance d’Idlib tout en étant confrontée avec la Turquie9. La Libye, qui ne s’est jamais portée aussi mal depuis l’intervention occidentale de 2011, voit l’arrivée de nouveaux acteurs sur le terrain, russes et turques. L’Arabie saoudite ne parvient à venir à bout des houthistes au Yémen. L’Iran menace de se retirer du traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP). L’Amérique latine est agité de soubresauts nouveaux. La course aux espaces maritime, aérien, numérique se fait encore plus dure au fil des jours. Les rapports de force, de puissance remplacent les relations fondées sur le respect du droit. Le multilatéralisme est passé de mode. Les organisations internationales qu’elles soient universelles, thématiques ou régionales sont grippées. Hier, on pensait coopération et conversation, aujourd’hui on pense coercition et sanction. Nous assistons au retour de la raison du plus fort. Le plus faible n’a qu’à s’exécuter.

Une stabilité stratégique déstabilisé

Les observateurs avertis ne s’y sont pas trompés. Depuis les deux dernières décennies, les principaux portants du monde d’hier ont été reniés par ceux qui en ont été les géniteurs, à savoir les Américains. Nous renverrons nos lecteurs à la présentation exhaustive du sujet que nous avons faite en novembre 201910. Que disions-nous à l’époque qui n’a pas pris la moindre ride en trois mois ?

Tirant les leçons des échecs de la Société des Nations (SDN), les rédacteurs de la Charte de San Francisco ont souhaité faire œuvre utile pour la seconde moitié du XXe siècle. Dans la lignée d’une longue tradition d’éminents juristes, dont le Français René Cassin, ils ont essayé de bâtir la stabilité internationale autour d’un principe cardinal, celui du multilatéralisme onusien. Le préambule de la Charte de l’ONU parle « d’unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales »11. Ce principe a, par la suite, trouvé un point d’application dans une trilogie : maîtrise des armements, désarmement et non-prolifération. Concepts mis en œuvre à travers quelques organes (première commission de l’Assemblée générale de l’ONU traitant des questions relatives au désarmement et à la sécurité internationale, commission du désarmement à New York et Conférence du désarmement à Genève), des traités (dont l’ONU est le dépositaire) et une méthode (le multilatéralisme).

Mais, à côté de cette dimension multilatérale de l’Arms Control (concept envisagé dans son acception la plus large), se sont développées des dimensions bilatérales (essentiellement américano-soviétique) et régionales (surtout en Europe avec des structures comme les MBFR, la CSCE à laquelle a succédé l’OSCE basée à Vienne). Or, le moins que l’on puisse dire, en cette fin de deuxième décennie, est que l’Arms Control est à tout le moins malade, pour ne pas dire mal en point ou en phase terminale. Or, ce mal n’est pas soudain. On en trouve les prémices dès le début du XXI siècle12. Et, il n’a fait que s’aggraver au cours des deux décennies écoulées à tel point que certains mauvais esprits annoncent même l’acte de décès de l’Arms Control.

Ce constat est malheureusement d’une très grande actualité. Il est en grande partie repris par le président de la République dans sa présentation du 7 février 2020.

Après avoir tenté de décrire à grands traits les spasmes du monde d’aujourd’hui, venons-en au cœur du sujet, à savoir les remèdes que propose le docteur Macron – cela tombe bien, il est fils de médecin – pour guérir collectivement le patient monde !

Guillaume Berlat
17 février 2020

1 Nicolas Barotte, Dissuasion : Les inflexions de Macron, Le Figaro, 7 février 2020, p. 9.
2 Jack Dion, Les habits neufs du président, Marianne, 14-20 février 2020, p. 60.
3 Discours du président de la République, Emmanuel Macron sur la stratégie de défense et de dissuasion devant les stagiaires de la 27ème promotion de l’école de guerre, Paris, 7 février 2020, www.elysee.fr
4 Yves Aubin de la Messuzière, Sur le conflit israélo-palestinien, la voix de la France s’est éteinte, Le Monde, 4 février 2020, p. 28.
5 Françoise Fressoz, Le divorce de la mi-quinquennat, Le Monde, 12 février 2020, p. 29.
6 Julien Bouissou, Le monde fait face à de nouveaux risques, Le Monde, 11 février 2020, p. 13.
7 Adrien Jaulmes, Trump dénonce les « malveillants » qui ont tenté de l’abattre, Le Figaro, 7 février 2020, p. 8.
8 Nathalie Guibert/Hélène Sallon/Jean-Pierre Stroobants, Moyen-Orient : l’OTAN acte le désengagement américain, Le Monde, 15 février 2020, p. 4.
9 Marie Jégo, L’escalade meurtrière entre soldats turcs et syriens se poursuit à Idlib, Le Monde, 12 février 2020, p. 4.
10 Guillaume Berlat, Arms control : pour qui sonne le glas ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 18 novembre 2019.
11 https://www.un.org/fr/sections/un-charter/preamble/index.html
12 Paul Dahan, Au-delà de l’arms control ? A la recherche du paradigme perdu…, Annuaire français de relations internationales (AFRI), juin 2002.

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TOUS A BREST LE 21 FEVRIER AVEC MARIANNE ET LE PREFET MARITIME – Eliane Paty. « France, un empire maritime immense et menacé » : venez assister aux rencontres de Marianne le 21/02 à Brest. L’hebdomadaire Marianne organise le jeudi 21 février à Brest un débat en partenariat avec la Marine nationale, en présence de Natacha Polony. L’entrée est gratuite, sur simple inscription ! France : un empire maritime immense et menacé. Vendredi 21 février – de 18 h 30 à 20 heures. Entrée gratuite. Pour des besoins d’organisation, l’inscription est obligatoire, en cliquant sur ce lien. Avec le soutien de la MGEN et d’Océanopolis.

Les routes de l’économie globalisée, comme celles des crises internationales passent de plus en plus par les mers et les océans. Marianne organise donc une rencontre à Brest – et publie un dossier- sur les enjeux que suppose la possession du deuxième domaine maritime mondial. Enjeux économiques, bien sûr (ressources exploitées ou qui pourraient l’être), enjeux stratégiques (conflits potentiels autour des ZEE, du plateau continental, concurrence avec les superpuissances ou les pays maritimes émergents), enjeux écologiques, et enjeux de défense et de sécurité.

Débat animé par Alain Léauthier, rédacteur en chef monde à Marianne.

Avec Natacha Polony, directrice de la rédaction de Marianne.

Jean-Louis Lozier, commandant de la zone maritime Atlantique, préfet maritime de l’Atlantique.

Richard Labévière, journaliste et auteur de Reconquérir par la mer – La France face à la nouvelle géopolitique des océans. Editions Temporis.
 
 
L’ONU PUBLIE UNE LISTE DE 112 SOCIETES QUI OEUVRENT DANS LES COLONIES ISRAELIENNES – AFP, 12 février. L’ONU a publié mercredi une liste de 112 sociétés ayant des activités dans les implantations israéliennes, considérées comme illégales par le droit international, incluant Airbnb, Expedia et TripAdvisor.

« J’ai conscience que ce sujet a été, et continuera d’être, matière à controverse », a déclaré la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU Michelle Bachelet, tout en soulignant que ce rapport se "basait sur des faits". Huralnt aussitôt à « l’antisémitisme », le criminel de guerre Benjamin Netanyahou a déclaré : « nous lutterons contre cela de toutes nos forces ».

Même refrain du leader de la liste centriste Bleu Blanc, Benny Gantz qui a affirmé que la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme a « perdu le contact avec la réalité », osant même parler d’un « jour sombre pour les droits de l’homme ». C’est vraiment l’hôpital qui se moque de la charité !

Cette publication par l’ONU de la liste d’une centaine de sociétés est une « victoire » pour le droit international et les Palestiniens, a réagi pour sa part le chef de la diplomatie palestinienne Riyad al-Maliki : « publier cette liste d’entreprises et d’entités qui opèrent dans les colonies est une victoire pour le droit international et nos efforts diplomatiques afin d’assécher les puits du système colonial incarné par les colonies illégales dans les Territoires palestiniens occupés ».


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LE MULTI-RECIDIVISTE MICHEL DUCLOS REMET LE COUVERT – Richard Labévière, 16 février.

Dans Le Monde daté du 14 février dernier, l’ancien ambassadeur de France en Suisse – qui avant cette consécration fit un bref passage par Damas – nous alerte sur « l’agonie de la province d’Idlib ». Dans cette province, « des villes entières sont rasées, les avions russes détruisent des dizaines d’hôpitaux… ». Diantre ! Si aucune guerre n’est une bataille de confettis, on ignorait que la région d’Idlib – bien connue de l’auteur de ces lignes – abrite des « dizaines » d’hôpitaux, ce qui donnerait la population la plus médicalisée du monde en comparaison de laquelle la France confinerait au désert médical… Idlib, « cet ultime bastion rebelle » risque de favoriser « un enracinement du terrorisme » : mais c’est fait depuis longtemps cher Monsieur !!! Depuis juin 2011 – après que près de 120 policiers syriens aient été égorgés, dans la région – à Jisr al-Choughour – par les jihadistes d’Al-Qaïda en Syrie, les « p’tits gars de Jabhat al-Nosra » dont Laurent Fabius osait dire qu’ils faisaient du bon travail ! Dès lors, la poche d’Idlib est devenue une base de Nosra, d’Ahrar al-Sham et du Parti islamique du Turkestan, abritant aussi quelques 3 500 activistes Ouïghours (Chinois du Xin-Jiang/Nord-ouest de la Chine), amenés et armés par les services spéciaux turcs, américains et britanniques. Mais l’ex-ambassadeur de France en Suisse ne s’en tient pas là : « j’ai bien connu la ville de Ma’arat Al-Nouman, qui vient de tomber entre les mains du régime ». Ah bon ! Parce que lorsque l’armée gouvernementale syrienne reconquiert quelques pans de son territoire national, il s’agit – pour notre diplomate de terrain – d’une « chute »… Ceux qui connaissent bien la Syrie depuis longtemps, savent parfaitement que lorsqu’il était en poste à Damas, Michel Duclos ne sortait pratiquement jamais de sa résidence, préférant se faire raconter le pays par les agents des services spéciaux que l’auteur de ces lignes continue à fréquenter régulièrement. Ma’arat Al-Nouman a dû être sa seule sortie en moins de trois ans de séjour. Mais fort de sa longue expérience opérationnelle, Michel Duclos préconise une stratégie de… « contre-insurrection ». Sur ce point aussi, il n’est plus du tout à la page et ferait mieux de tourner sa plume sept fois dans l’encrier : inspirée de la tactique utilisée par les paras français durant la Bataille d’Alger (1957), les techniques de contre-insurrection ont été remises au goût du jour par les forces spéciales américaines en Afghanistan, puis en Irak – notamment par le général David Petraeus devenu patron de la CIA ; la tactique dite de « contre-insurrection » ayant échoué partout où elle a été mise en œuvre ! Mais Michel Duclos n’est pas à cela près/prêt. Avec de nouveaux tremolos dans la plume, il en appelle à l’Europe, aux Américains et à la « Défense européenne ». Là-aussi, l’ancien diplomate devrait actualiser ses affirmations à la lumière du dernier discours d’Emmanuel Macron sur la dissuasion et de ses commentaires prononcés lors de la dernière Wehrkunde (conférence sur la sécurité) de Munich : l’Europe combien de divisions ? Alors « la tragédie d’Idlib, un défi pour l’Europe » ? Vraiment, Michel Duclos aurait bien dû rester à Berne d’où il aurait pu mieux appréhender les vrais défis d’une Europe toujours incapable d’assumer sa propre défense sans l’OTAN, incapable de gérer une crise migratoire qu’elle a passablement contribué à provoquer, justement par son suivisme américain dans la crise syrienne, incapable de contrôler ses frontières dont on ne sait toujours pas où elles se trouvent excatement ; une Europe parfaitement incapable d’arrêter une politique agricole commune, en matière d’énergies, de santé, d’éducation, d’investissements industriels et de grands équipements, etc. Alors, « Idlib/un défi pour l’Europe » ? Michel Duclos peut immédiatement rentrer à Berne pour jeter du pain dans la fausse aux ours, mais surtout qu’il laisse aux Syriens et aux Syriennes la liberté de décider de leur avenir et de la reconstruction de leur pays… Merci pour eux !

 

MIKE POMPEO ACCUSE L’ONU D’UN PARTI PRIS ANTI-ISRAËL » – AFP, 13 février.

La diffusion d’une liste de sociétés opérant dans les colonies israéliennes, considérées comme illégales par le droit international, illustre « le parti pris anti-Israël » de l’ONU, a déclaré jeudi le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo. « Je suis outré que la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Michelle Bachelet, ait publié une liste des sociétés opérant dans les territoires contrôlés par Israël », a indiqué le secrétaire d’Etat américain dans un communiqué. « Cette publication ne fait que confirmer le parti-pris anti-Israël tellement répandu aux Nations unies », a ajouté M. Pompeo, précisant que les Etats-Unis n’avaient fourni aucune information au Haut-Commissariat de l’ONU pour l’établissement de cette liste. Mme Bachelet a publié mercredi cette liste de 112 sociétés ayant des activités dans les colonies israéliennes, une initiative saluée comme une « victoire » côté palestinien, mais qualifiée de « honteuse » par Israël, qui craint de la voir servir de base à des campagnes de boycott. Cette publication « facilite la campagne de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) et délégitime Israël », a poursuivi M. Pompeo. « Les tentatives d’isoler Israël vont à l’encontre de tous nos efforts pour créer les conditions favorables à des négociations israélo-palestiniennes qui mènent à une paix totale et durable ».

 

CHINE/VATICAN : RENCONTRE HISTORIQUE ENTRE MINISTRES DES AFFAIRES ETRANGERES – AFP, 15 février.

Pour la première fois, des ministres des Affaires étrangères de la Chine et du Vatican, deux Etats sans relations diplomatiques depuis des décennies en raison de différends d’ordre religieux, se sont rencontrés, a indiqué samedi un média officiel. Le Chinois Wang Yi et son homologue Mgr Paul Gallagher se sont vus vendredi à Munich, a indiqué le Quotidien du peuple, organe du Parti communiste chinois (PCC). La ville allemande accueille en ce moment la Conférence sur la sécurité. Une rencontre à ce niveau diplomatique est une première depuis au moins six décennies, le Vatican et la République populaire de Chine n’ayant plus de relations diplomatiques depuis les années 1950. Elle intervient dans un contexte de réchauffement des relations bilatérales depuis la signature d’un accord historique en 2018 sur la nomination des évêques en Chine. « C’est aujourd’hui la première rencontre entre les ministres des Affaires étrangères de la Chine et du Vatican », a déclaré Wang Yi. « Cela ouvrira davantage d’espace pour les futurs échanges entre nos deux parties », s’est-il félicité selon le compte-rendu publié par le Quotidien du peuple sur son site internet. Le PCC au pouvoir se méfie de toute organisation, notamment religieuse, pouvant menacer son autorité. Il s’est longtemps méfié du Vatican en raison de son influence potentiellement politique sur les catholiques chinois. Les quelque 10 millions de catholiques de Chine sont censés ne fréquenter que les églises homologuées par l’Etat et dont le clergé est validé par le PCC. Mais beaucoup se rendent également dans des lieux de culte dirigés par des religieux fidèles au pape. Aux termes de l’accord « préliminaire » signé en 2018, le pape François a reconnu des évêques chinois qui avaient été nommés par Pékin sans son aval. Le texte donne toutefois aux deux parties un droit de regard sur les nominations. Malgré le rapprochement en cours, le rétablissement des liens officiels entre les deux Etats reste compliqué à concrétiser.

 

NUCLEAIRE : L’IRAN POURRAIT ANNULER SES MESURES DE DESENGAGEMENT SI L’EUROPE AGIT – APP, 14 février.

L’Iran est disposé à annuler tout ou partie des mesures qu’il a prises pour se désengager de l’accord sur le nucléaire, mais seulement si l’Europe lui assure en échange des avantages économiques « significatifs », a indiqué vendredi à Munich le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. Malgré les efforts des Européens pour le sauver, l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 menace de voler en éclats depuis que les Etats-Unis l’ont dénoncé unilatéralement en 2018. En riposte au retrait américain, l’Iran a renoncé à appliquer plusieurs engagements clés qu’il avait consentis aux termes de l’accord conclu à Vienne entre Téhéran et le groupe P5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne). M. Zarif a déclaré que l’Iran pourrait accepter à certaines conditions de revenir à une application plus stricte de l’accord. « Nous avons dit que nous étions prêts à ralentir ou à revenir sur ces mesures » de désengagement vis-à-vis de l’accord « en proportion de ce que l’Europe fera », a déclaré M. Zarif à des journalistes à la Conférence de Munich sur la sécurité. « Nous déciderons si ce que l’Europe fait est suffisant pour que nous ralentissions ou que nous annulions certaines décisions – nous n’avons pas exclu de faire machine arrière en ce qui concerne certaines mesures que nous avons déjà prises ». Le 5 janvier, l’Iran a annoncé la « dernière étape » d’un plan de réduction de ses engagements, en affirmant s’affranchir désormais de toute limite sur le nombre des centrifugeuses qu’il s’autorise à faire tourner pour enrichir l’uranium. L’accord de 2015 offre à l’Iran la levée d’une partie des sanctions internationales qui asphyxiaient son économie en échange de garanties destinées à prouver la nature exclusivement civile de son programme nucléaire. Mais le retrait des Etats-Unis et le rétablissement des sanctions américaines contre l’Iran prive la République islamique des bénéfices économiques qu’elle attendait de cet accord. Le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, avait eu début février des entretiens avec les dirigeants iraniens lors d’une visite à Téhéran destinée à tenter d’apaiser les tensions internationales autour de la question nucléaire iranienne.

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A Washington, un seul sénateur Républicain osa voter avec les Démocrates qui tentaient d’infliger à Trump une misère juridique mais plusieurs votèrent une résolution lui déniant le droit de lancer une guerre contre l’Iran. L’envoyé spécial de Trump auprès de la Coalition Internationale bombardant en Iraq et en Syrie, a dénié le droit à la Syrie à une victoire militaire, l’engageant à résoudre le conflit politique par les processus d’Astana et de Genève. Le président turc, dont l’armée occupe de vastes marges syriennes, menace d’attaquer en profondeur. A Kamechliyé, ville du nord-est syrien – des militaires américains surarmés – se sont vus caillassés par de braves gens furieux leur criant de dégager. Cela rappelle notre Premier ministre Jospin à Bir-Zeit en Palestine, qui traita un parti résistant de « terroriste », n’ayant pas lu son dossier. Le diplomate français chargé de l’épineux dossier syrien – lui -, ne dit rien : confions-lui les pôles !

Bernard Cornut

 

  1. Le ‘sédatif profond’ à destination des ‘personnes en fin de vie’ bientôt utilisable à domicile et non plus seulement à l’hôpital. Certes avec des garanties médicales, dont la présence de deux médecins dans le processus d’administration. Encore faut-il espérer que la vieille tante célibataire, malade mais fortunée, n’aura pas deux neveux médecins.
  2. Flop du lancement de sa campagne d’hiver : plus personne ne parle du plan de ‘paix’ israélo-israélien de Trump. Le vaniteux Tartarin de Long Island peut néanmoins se préparer à être réélu : pas besoin d’appartenir ‘à la vieille droite’ pour constater qu’il n’a en face de lui, à ce jour, que des huluberlus. Vive la démocratie américaine !
  3. Jair Bolsonaro poursuit son œuvre civilisatrice en Amazonie, repoussant les Indiens dans leurs forêts et leur expliquant ce qui est bon pour eux. Le Pape François temporise quant à la possibilité d’ordonner prêtre des diacres mariés en Amazonie, tout en pensant très fort que ce serait également bon pour eux. Toutes ces bonnes âmes qui veulent le bien des Indiens d’Amazonie, c’est émouvant.
  4. Le gouvernement turc considérerait qu’en rétablissant la communication Damas-Alep, le gouvernement syrien aurait ‘franchi une ligne rouge’. Pour Erdogan, petit sultan d’une passoire à terroristes et expert ès-démocratie, rétablir sa souveraineté nationale sur l’ensemble de son territoire ne peut être qu’une atteinte fondamentale aux droits de l’homme.
  5. Mohamed Bin Salman, pour espionner les conversations téléphoniques du patron d’Amazone, a utilisé le logiciel espion Pégase 3 produit par la filiale Ability du groupe israélien NSO – conseillé par ailleurs par l’ancien ambassadeur français Gérard Arau. Qui a dit que la diplomatie française n’était pas toujours à la pointe de l’innovation ?

Dinall’uill

 

DES AMBASSADEURS INDIGNES ET INDIGNITAIRES…

« Indigne de vous plaire et de vous approcher. Je ne dois désormais songer qu’à me cacher » (Phèdre, Jean Racine). Se cacher devrait être la première des choses que devraient faire certains hauts fonctionnaires du Quai d’Orsay ! Pour une très grande majorité d’entre eux, d’anciens ambassadeurs qui se ruent dans la servitude, dans l’appât du gain dès le premier jour de leur prise de retraite.

Pour certains autres, il s’agit ni plus ni moins que d’ambassadeurs de France dignitaires, équivalents des maréchaux dans l’armée qui courent les cachets tels de vulgaires intermittents du spectacle. La crème de la crème de l’élite de la diplomatie française.

Ces Messieurs et ces Dames (nous en avons désormais un spécimen1) gardent à vie leur appellation d’ambassadeur de France, leur passeport diplomatique et un petit bonus de 500 euros mensuel ajouté à leur pension de retraite. L’affaire n’est pas récente. Au fil des mois, nous avons signalé à nos lecteurs de prochetmoyen-orient.ch les cas de tous ces hauts fonctionnaires immoraux qui étaient indignes d’être qualifiés de grands serviteurs de l’État tant leur devise était se servir.

Le Canard enchaîné nous fournit une salutaire piqûre de rappel de tous ces traitres qui sont prêts à se vendre au plus offrant. Par ailleurs, le brillantissime, Gérard Araud, l’homme qui s’est trompé sur tout durant sa vie de diplomate2, défraie, une fois encore, la chronique. Face à cette avalanche d’informations (bien connues des connaisseurs), le Quai des Brumes est aussi muet que son patron, frère Le Chouchen. Tout ceci n’est pas très brillant

LES RÉVÉLATIONS DU VOLATIL DU 12 FÉVRIER 2020 : LE WHO’S WHO DES DÉLINQUANTS EN COL BLANC DU QUAI D’ORSAY

Aujourd’hui, Le Canard enchaîné nous fournit une sorte de who’s who des délinquants en col blanc du Quai d’Orsay3. Nous recommandons très vivement à nos lecteurs de prendre le temps de lire ce morceau de bravoure avec la plus grande attention tant il est révélateur d’une déliquescence de notre Douce France et d’un affaissement de la morale publique en ce début de XXIe siècle. Des gens propres sur eux, comme on dit à Bruxelles dont nombre d’entre eux n’ont pas été repérés par Vincent Jauvert, l’enquêteur hors-pair4. Que du très beau linge dans cette liste de seize diplomuches au-dessus de tout soupçon.

Ali Baba

1 Décret du 19 juin 2019 élevant à la dignité d’ambassadrice de France – Mme BERMANN (Sylvie), JORF n° 0141 du 20 juin 2019, texte n° 53.

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