Observatoire Géostratégique

numéro 284 / 25 mai 2020

JEAN-CHRISTOPHE CAMBADELIS FAIT LA « COMM » D’UNE BANQUE LIBANAISE…

Mais quelle mouche a piqué l’ancien patron du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis (2014 – 2017) ? Le 18 mai dernier, il a fait publier sur le site de la très sérieuse Revue politique et parlementaire une tribune des plus étranges qui s’intitule : « Le coup d’Etat bancaire du Hezbollah au Liban ». Cette information capitale nous avait échappé ! Pourtant, depuis plusieurs mois, la rédaction de prochetmoyen-orient.ch suit de très près la crise économique et sociale qui sévit au Pays du Cèdre, ainsi que ses conséquences politiques en passe de raviver certains des clivages de la guerre civile (1975 – 1990).

Après avoir consulté nombre d’acteurs libanais – dont l’ancien ministre Georges Corm – et bien d’autres experts internationaux de premier plan, nous étions parvenus à une conclusion provisoire, partagée par les experts les plus sérieux : les Etats-Unis accentuent leurs pressions financières pour faire chuter l’actuel gouvernement d’Hassane Diab qui comprend des ministres du Hezbollah. Pour ce faire, Washington dispose d’un allié de choix : l’ultra-libéral Riad Salamé, le gouverneur de la Banque du Liban (depuis le 1er août 1993) et père de la « dollarisation » de l’économie libanaise. Ce dernier – qui gérait la fortune de l’ancien Premier ministre Rafiq Hariri à Merill Lynch – laisse délibérément s’effondrer la livre libanaise. Ces dernières années, un dollar correspondait à mille cinq cents livres libanaises. Aujourd’hui, le dollar s’échange à quelque… 4000 livres ! Bien que rappelé à l’ordre – et à plusieurs reprises – par le chef du gouvernement libanais, Riad Salamé continue néanmoins à exécuter les ordres de ses protecteurs américains, aggravant délibérément la crise économique qui sévit dans le pays.

Répétons-le, cette analyse est partagée – peu ou prou – par la plupart des observateurs qui suivent l’évolution économique et politique des Proche et Moyen-Orient. Mais voilà qu’un tout nouvel expert de l’économie libanaise allait nous en remontrer : tel le grand Zorro, Jean-Christophe Cambadélis – JCC – est arrivé ! En fait, personne n’avait rien compris, puisque tout est de la faute du… Hezbollah qui viendrait de commettre un « coup d’Etat bancaire… ». Diantre, voilà qui mérite attention !

LIBAN, PAYS SAHELIEN ?

Mais ça commence plutôt mal… En effet, le chapeau de la drôle de tribune de JCC s’ouvre sur un premier contresens plutôt fâcheux et qui annonce une suite du même tonneau : « par quel étrange paradoxe la France, qui a réagi avec promptitude lors de l’avancée des jihadistes sur Bamako, laisse le Hezbollah s’emparer des banques libanaises et donc prendre le pouvoir à Beyrouth ». Nous reviendrons plus tard sur la réalité du « pouvoir à Beyrouth », mais d’abord faut-il relever et souligner que la comparaison entre les jihadistes du Sahel et le Hezbollah défie l’entendement et brouille la compréhension d’un Orient déjà suffisamment compliqué sans qu’il faille en rajouter avec de foireuses comparaisons qui n’ont pas lieu d’être.

Quoiqu’on puisse penser du Hezbollah, l’organisation politique et militaire dispose d’un groupe parlementaire d’une vingtaine de députés. Ces derniers ont été élus – démocratiquement – au parlement libanais. Nombre de personnalités actives de la société civile libanaise, dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la presse, des arts et de la culture sont proches, voire membres déclarés de l’organisation chi’ite. Ses membres et sympathisants sont libanais – oui li-ba-nais -, disposant d’un passeport libanais ! Par conséquent, la comparaison avec les égorgeurs d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), ceux du MUJAO ou d’Ansar Eddine, qui transitent d’un pays du Sahel à l’autre, tuant et violant femmes et enfants, n’est pas seulement fausse – et archifausse -, mais relève d’une désinformation maligne et des plus mal intentionnées. En tout état de cause, ce contresens introductif ne relève d’aucune – aucune – information sérieuse et ajoute de la confusion.

Richard Labévière

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LA CHINE PIÉGÉE PAR SON HUBRIS ?

« Détrompez-vous. Les moyens de la Chine sont virtuellement immenses. Il n’est pas exclu qu’elle redevienne au siècle prochain ce qu’elle fut pendant tant de siècles, la plus grande puissance de l’univers. Et des moyens de la France sont eux aussi immenses, parce qu’ils sont moraux. Parce que nous serons les premiers à le faire, nous serons comme un homme qui fait basculer un énorme rocher avec un simple levier parce qu’il a su le placer au point d’équilibre » (Charles de Gaulle)1.

LA BALLADE DU COVID-19

« De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas ». Un grand classique des relations internationales comme des relations amoureuses. Hier encensée, aujourd’hui vilipendée. En quelques mois, en quelques jours, la Chine perd l’aura qu’elle avait su construire patiemment au cours des dernières décennies. Alors que certains prédisaient la fin du régime communiste, comme ce fut le cas de l’URSS après la chute du mur de Berlin, elle est toujours là. Elle a su tirer le meilleur parti d’une globalisation/mondialisation sans règles à son seul avantage (« China First »).

Discrètement, mais sûrement, hier, elle tisse sa toile économique aux quatre coins de la planète. Aujourd’hui, elle entend, ouvertement et sans la moindre retenue, tirer les bénéfices géopolitiques, stratégiques, militaires, diplomatiques de sa puissance (économique) retrouvée. Et, c’est peut-être là que le bât blesse tant la crise du Covid-19 met en exergue les bobards, mensonges2, contre-vérités… d’un régime qui apparaît au grand jour sous son vrai jour, une dictature3.

Après avoir assisté au premier épisode du feuilleton intitulé la Chine à l’offensive, nous pourrions être les spectateurs d’un second qui pourrait, le cas échéant, se nommer la Chine sur la défensive4.

LA CHINE À L’OFFENSIVE : LES NOUVELLES ROUTES DE LA SOIE

Au cours des dernières décennies, la Chine a fait sienne l’adage, pour vivre heureux, vivons cachés ! Elle a parfaitement su, avec une intelligence fine caractéristique des civilisations qui voient loin, utiliser toutes les ressources de la puissance douce (« soft power ») pour conforter son autorité mais surtout rassurer grâce, en particulier, au narratif des « nouvelles routes de la soie »

Une Chine du pacifique « soft power »5

Il faut reconnaître à la Chine une qualité essentielle. Sur le temps long historique (trois à quatre décennies), elle a su se hisser du statut peu enviable de pays en voie de développement à celui très envié de pays développé. Le « made in China », du tee-shirt au smartphone en passant par tous les produits de la vie courante et de la pharmacopée, a envahi la planète sans que cela ne suscite la moindre inquiétude à l’Ouest. La Chine est devenue le laboratoire du demain, un rouleau compresseur scientifique6. Au contraire, on se réjouissait de constater qu’un pays communiste avait accepté de céder aux lois du capitalisme le plus sauvage, celui de la mondialisation. Nulle crainte de voir ce pays, épris de paix et de multilatéralisme, désireux de transformer son statut de géant économique en géant politique, pouvait-on entendre dans les dîners en ville.

Dans la bien-pensance occidentale, on n’imaginait pas un seul instant que la Chine puisse aspirer à redevenir l’Empire du Milieu qu’elle avait été dans un passé lointain. Elle laissait ce rôle de puissance impérialiste à la Russie, aux États-Unis, se contentant de distribuer ses mannes à ses voisins accommodants, avides d’aide chinoise.

Elle se situait dans la droite ligne de la pensée de Deng Xiaoping qui déclarait, en 1974, à la tribune de l’ONU : « La Chine n’est pas une superpuissance et ne cherchera jamais à l’être ». En 2020, il en va tout autrement tant la Chine de Xi Jinping a pris de l’assurance. « Vérité d’un jour n’est pas vérité de toujours ». Elle érige sa gestion de la crise en modèle planétaire. Fini le temps révolu où la Chine émettait des signaux contradictoires pour l’opinion internationale sur le rôle qu’elle entendait jouer sur la scène internationale, entre nationalisme arrogant et discrétion étonnante !7 Pékin a effectué sa mue, la crise du Covid-19 jouant le rôle de révélateur, d’accélérateur de ses ambitions planétaires.

Une Chine rassurante… pas tant que cela

Diplomatie sanitaire oblige8, Pékin, qui distribue des masques à une Italie dépassée par les ravages d’une pandémie non anticipée, cela relève de l’altruisme et de la solidarité, cela rassure à tel point que Rome hisse le drapeau chinois, brûle l’étendard de l’Union européenne. Pékin, qui se place sur le registre nouveau de donneur de leçons à la terre entière après avoir dissimulé la présence du virus et l’étendue des dégâts humains à Wuhan, cela ne peut qu’agacer tant en Europe qu’aux États-Unis. Les Chinois semblent oublier que la diplomatie est avant tout affaire de mesure et de tact. Humilier, publiquement, ostensiblement, dédaigneusement son adversaire, est très rarement de bonne politique, en tout temps et sous toute latitude.

La Chine n’hésite plus à indisposer ses partenaires en voulant imposer son modèle9. Au slogan de son homologue américain, le président Donald Trump « l’Amérique d’abord », le chef de l’État chinois tente d’opposer son concept de « communauté de destin partagé pour l’humanité ». Il fait dans le registre de l’opportunisme10. Pékin doit saisir toutes les occasions historiques qui se présentent à lui. Comme le souligne un diplomate européen en poste à Pékin : « La Chine utilise la crise pour déployer une stratégie de communication très agressive, qui donne l’impression d’une très grande générosité, mais qui sert à préparer l’avenir ». La Chine sait agir sur le temps court pour préparer le temps long. Ce à quoi les chancelleries occidentales ne sont plus habituées alors que, dans un passé récent, elles jouaient sur ce registre traditionnel de la diplomatie et de la politique étrangère.

Aujourd’hui, et plus encore demain, les mouches ont changé d’âne. Les idiots utiles Occidentaux désilent leurs yeux sur leur situation d’extrême fragilité vis-à-vis de la Chine qu’a mis en évidence un microscopique virus aux yeux bridés. Vont-ils traduite leur émotion en action ? Que va-t-il advenir d’une Chine, « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », en plagiant la remarque du général de Gaulle sur Israël faite lors d’une conférence de presse le 27 novembre 1967 ?

LA CHINE SUR LA DÉFENSIVE : LES NOUVELLES ROUTES DU CORONAVIRUS

Au terme d’un constat implacable de leur dépendance économique vis-à-vis de la Chine, rendue possible par leur servilité et leur manque de clairvoyance, les Occidentaux ont la possibilité d’en tirer les conclusions, d’entreprendre un sursaut salutaire. Si tel était le cas, l’après Covid-19 pourrait bien voir la fragilisation d’une Chine particulièrement dépendante de ses exportations vers le reste du monde, dont l’Occident. Toute médaille a son revers.

Un constat implacable de dépendance de l’Occident

Au fil des semaines depuis le début de la pandémie, ses partenaires découvrent, sidérés ou blasés, comment la Chine a menti au monde, a effectué des pressions sur le directeur général de l’OMS pour qu’il minimise, autant que possible, la gravité de la crise. Certains estiment que, si la Chine avait aussitôt communiqué ses informations sur le virus et la maladie, le nombre des cas de Covid-19 aurait pu être réduit de 95%. Que s’est-il passé dans le fameux laboratoire « P4 » de Wuhan construit avec l’aide de la France ?11 Circulez, il n’y a rien à voir. L’opacité est reine alors que l’on réclame un minimum de transparence. Ceci conduit à une rupture durable de la confiance en l’Empire du milieu, comme du reste dans les politiques, et dans une moindre mesure, dans les scientifiques12. Les Occidentaux font mine de découvrir leur énorme dépendance vis-à-vis de la Chine dans le domaine sanitaire et pharmaceutique. Sans parler d’autres secteurs stratégiques que nous avons laissé filer sans la moindre résistance tant nous nous sommes bercés d’illusions sur une Chine jouant pleinement le jeu d’une mondialisation folle. Pire encore, nous avons procédé à quelques transferts de technologie incroyables pour quelques contrats mirifiques.

Le roi est nu. Il est incapable de se reposer sur ses ressources propres (nationales ou européennes), ses industries critiques (masques, tests, gels hydroalcoolique, respirateurs…) pour réagir immédiatement et efficacement à la pandémie de coronavirus dont il a sous-estimé la gravité au moment où il aurait fallu prendre d’urgence les mesures appropriées. Il en va de la résilience de nos pays13.

Guillaume Berlat
25 mai 2020

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1984-2020 : D’ORWELL À JUPITER – Guillaume Berlat.

« Big Brother vous regarde

La guerre, c’est la paix

La liberté, c’est l’esclavage

L’ignorance, c’est la force »

(1984, George Orwell).

« C’est dans le vide la pensée que s’inscrit le mal » (Hannah Arendt). Dans cette époque d’aculturation et d’infantilisation que nous connaissons aujourd’hui, le mal n’a aucune difficulté à pénétrer des esprits peu portés à la réflexion, à la critique, au débat.

Pourquoi perdre son temps à penser alors que la bien-pensance le fait pour vous ? Pourquoi remettre en cause ce que vous assènent les télévisions d’abrutissement et de catastrophisme en continu alors le clergé médiatique vous les certifie du label vérité révélée ? Pourquoi ne pas se laisser porter par l’air du temps alors que nos dirigeants nous promettaient, encore il y a peu, de déguster les délices de la « mondialisation heureuse », du village planétaire ? Pourquoi craindre les dérives liberticides d’un pouvoir aux abois alors que nous avons la chance de vivre dans un état de droit sous le contrôle du meilleur gardien des libertés publiques qu’est le Conseil d’État ? Pourquoi ne pas dormir sur ses deux oreilles alors que le Conseil d’État et le Conseil Constitutionnel font assaut de servilité pour plaire au prince qui nous gouverne ? Pourquoi ne pas croire que nous vivons dans un état de droit, devenu au fil du temps une imposture en tout cas l’archétype du mot creux, au sein de la patrie autoproclamée des droits de l’homme ? Force est de constater que, dans l’hexagone, nous observons un fossé entre la théorie et la pratique. La démocratie française ressemble de plus en plus à une vulgaire démocrature, une démocratie Potemkine qui ne tient que par des apparences trompeuses. La démocratie française n’est plus que l’ombre d’elle-même, accaparée par une Noblesse d’État, une Caste prédatrice en laquelle les citoyens n’ont plus confiance1.

Comment la définir simplement ? En faisant appel à un auteur célèbre qui nous dit que : « le parti recherche le pouvoir pour le pouvoir, exclusivement pour le pouvoir. Le bien des autres ne l’intéresse pas ». Qui est-il et quand a-t-il écrit l’une de ses œuvres maîtresses ? Il s’agit de George Orwell dans 1984 publié au Royaume-Uni en 1949, traduit en français en 19502. Dans ses diverses publications, l’auteur entend faire « de l’écrit politique un art » et dénoncer les désordres politiques du XXe siècle, les dérives des totalitarismes et les dangers des manipulations de la pensée. L’Histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement ? Aujourd’hui, le monde traverse une crise globale. Les démocraties violent subrepticement les principes fondamentaux du droit pour rendre leur tâche plus aisée, pour contourner les libertés des citoyens3. Pire encore, à coup de communication outrancière, elles mettent en place une police de la pensée, une armée de censeurs, une légion de folliculaires destinées à formater la pensée des êtres humains. Comme existe le prêt-à-porter dans le domaine de l’habillement, existe désormais le prêt-à-penser dans le domaine de la politique. La vie de notre société se nourrit de dogmes infaillibles, de liturgies désuètes véhiculées par des réseaux qui n’ont de sociaux que le nom tant ils sont intrinsèquement asociaux. Chaque citoyen est le petit doigt sur la couture du pantalon, aux ordres d’un pouvoir omnipotent et omniscient qui pense pour vous et vous signifie ce qui est bon et mauvais pour vous.

Cette atmosphère délétère, anxiogène s’apparente, par bien des égards, au monde orwellien de « 1984 ». Ce monde de la surveillance où « Big Brother vous regarde ». Ce monde du politiquement correct où seule compte la « novlangue » Ce monde du cadenassage des esprits où sévit la « Police de la Pensée ». Ce monde de la certification des bons articles de presse par le pouvoir qui s’apparente au « ministère de la Vérité ». Ce monde des « fake news » où nos dirigeants « en pleine conscience et avec une absolue bonne foi émettent des mensonges soigneusement agencés ». Ce monde du passé recomposé où « l’Histoire toute entière est un palimpseste4 gratté et réécrit aussi souvent que c’est nécessaire ». Ce monde de la duplicité du en même temps où « le mensonge choisi passe ensuite aux archives et devient vérité permanente ». Ce monde de l’uniformisation où « le véritable but de la novlangue est de restreindre les limites de la pensée ». Ce monde du globish où « c’est une belle chose que la destruction des mots ». Ce monde de l’approximation qui se vante d’être celui où « plus vaste est la compréhension, plus profonde est l’illusion ». Ce monde des apparences où « le ministère de la Paix s’occupe de la guerre, celui de la Vérité des mensonges, celui de l’Amour, de la torture, celui de l’Abondance, de la famine ». En un mot, notre monde d’après n’est-il pas celui où « la stupidité est aussi nécessaire que l’intelligence et aussi difficile à atteindre » ? Celui où la sphère médiatique est en train d’enfler – au détriment du reste – et finira peut-être par éclater.

« On avale à pleine gorgée le mensonge qui nous flatte et l’on boit goutte à goutte une vérité qui nous est amère » (Denis Diderot). Notre faute la plus essentielle consiste dans notre amnésie consentie. Une fois encore que de similitudes entre le monde jupitérien et le monde orwellien dont les citations ont été portées en italiques dans le texte pour mieux les mettre en relief. Quelles merveilleuses comparaisons entre deux époques éloignées de soixante-dix ans, marquées par la stérilisation de la pensée, le déni du réel, le mensonge d’État, le scandale d’État… Vous l’aurez compris, une lecture ou une relecture de « 1984 » en 2020, en période de déconfinement, est incontournable pour faire un bond dans le temps, d’Orwell à Jupiter, de l’ancien au nouveau monde. Le tout dans l’attente d’un meilleur lendemain qui n’est pas venu et ne viendra pas.

1 Pierre Jaxel-Truer, Covid-19 : méfiance des Français vis-à-vis des acteurs de la crise, Le Monde, 21-22 mai 2020, p. 8.
2 George Orwell, 1984, Gallimard, 1950.
3 Paul Cassia, Demain les drones, Le Blog de Paul Cassia, www.mediapart.fr , 20 mai 2020.
4 Parchemin dont on a effacé la première écriture pour pouvoir écrire un nouveau texte.


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ADONIS : QUELLE IMAGE POUR LE MONDE DE DEMAIN ? Afrique-Asie, 23 mai.

Adonis n’est pas seulement un immense poète, une légende vivante de la poésie arabe. Il est un observateur avisé et critique du monde, de ses contradictions, de ses pulsions, de ses identités, réelles ou imaginaires. Son confinement, pandémie oblige, lui a permis de méditer, d’observer et de livrer, dans sa langue maternelle, ces quelques réflexions salutaires. Première partie.

UN

Désormais, du fait du coronavirus, beaucoup des nuages, qui voilaient ou camouflaient les fissures profondes dans l’image du monde, se sont dispersées. Cela révèle de nombreux et variés phénomènes, dont je peux citer, d’après ma vision des choses, les plus significatifs dans les actuelles mutations universelles, et je vais les exprimer en ces termes :

Amorphie du « phénomène arabe » et sa dissolution. Les mutations asiatiques sont éclairées par l’ascension chinoise. La déconstruction « collective » européenne éclairée par « l’individualisme » ou « l’égocentrisme » britannique.

L’obsession militaro-économique américaine de l’unilatéralité de la domination et de la transformation du monde en ghettos, marchés et camps militaires.

« Le tapis » invisible sur lequel « s’assoient » tous ces phénomènes, analogiquement ou distinctement, de près ou de loin, pacifiquement ou martialement, en coopération ou par le boycott, pédagogiquement ou disciplinairement, régressivement ou prospectivement, dans la soumission ou la rébellion.

DEUX

Je me contente ici de toucher en toute brièveté deux problématiques : la première concerne les Arabes, la seconde l’Occident européen et américain. Du point de vue du « phénomène arabe », je vais m’interroger en son nom et par sa langue : l’homme est-il, vraiment, « un animal pourvu de parole », comme l’a défini le premier maître, Aristote, et pourquoi continuons-nous à l’accepter aujourd’hui encore ?

Nous savons tous que cette définition n’est plus précise, et encore moins exhaustive. L’expérience nous oblige, historiquement et épistémologiquement, à la revoir, surtout après l’avènement des phénomènes du « robot » et de « l’intelligence artificielle ».

Par conséquent, Darwin a désormais le droit de rire de là où il est, quand et tant qu’il le souhaite, de la théorie religieuse monothéiste de « la création indépendante » ! Et de s’écrier encore une fois en compagnie de ses amis : Adieu à Adam et Ève ! Bienvenue à « l’animalité » du genre humain ! Les détenteurs des religions monothéistes sont ceux qui doivent se remettre en question, notamment ceux qui croupissent heureux et consentants dans les geôles du « confinement sanitaire de la raison ». Ils doivent se rappeler que la fin du confinement imposé au changement et au destin est conditionnée par la fin du confinement imposé à l’être et à l’existence. Quand bien même « la pensée monothéiste » prétendrait respecter l’esprit et les droits de l’homme, l’esprit ne peut faire ni n’acquiert sa valeur humaine que lorsqu’il est, dans sa construction intrinsèque, ouvert sur la possibilité de se tromper ; et c’est ce à quoi doit s’ouvrir le monothéisme islamique, surtout qu’il se considère comme « le sceau » de la vision monothéiste de l’homme et du monde. C’est que le monde de ce monothéisme s’effrite et s’entre-dévore. Et voilà qu’il transforme, dans ses plus récents effondrements « spirituels », le concept de « dépendance » religieuse interne en dépendance externe totale et absolue, dont l’indépendance personnelle se trouve anéantie et la volonté effacée.

Il n’est donc pas étrange de constater que les trésors des « régimes » autocrates arabes, pourtant si multiples et opulents, n’ont produit, en dernière analyse, depuis leur découverte et fructification, que la pauvreté, l’ignorance, le chômage, la désintégration sociale, le gonflement de l’ego bédouin, si bien que le monde Arabe dans sa totalité, tout au long des quatorze siècles de son existence, a échoué à fonder une société civile, et par là même à fonder un État respectant l’homme et ses droits, la science et ses droits, le savoir et ses droits, le progrès et ses droits.

TROIS

En ce qui concerne l’Occident euro-américain, l’obsession militaro-économique américaine a eu deux conséquences : la première est la déconstruction européenne. C’est que « l’union » apparaît plus comme « forme » que comme « sens » ; et il a apparu que la Grande-Bretagne voit plus loin : demeurer dans cette union, c’est être vouée à disparaître, en faisant qu’elle soit un chiffre parmi d’autres, alors qu’elle jouait historiquement le rôle de « chef » au sens de tête, ou de « nombril » au sens de centre. Cette déconstruction européenne a démontré, en dépit de la colère latente, l’angoisse de la mégalomanie américaine qui est le seul régime mondial à avoir déraciné un peuple de son « continent », dont les descendants sont toujours emprisonnés dans de misérables ghettos, et qui continue son parcours de déracinement dans le monde moderne par d’autres méthodes et moyens, en transformant le monde, de l’Amérique latine aux fins fonds de l’Asie, en passant par les pays arabes « amis », en ghettos-cimetières, que ce régime mondial américain dirige afin de les « civiliser » et de les « transformer en démocraties, regorgeant d’universités, de centres de recherches scientifiques, d’hôpitaux, d’usines et de laboratoires », et afin qu’ils « soient libres comme le monde libre » !

QUATRE

Mais, derrière tout cela, qui pourrait nous dire : pourquoi les trois monothéismes sont-ils dans cet état ? Ils nous ont annoncé la bonne nouvelle qu’ils vont mettre l’humanité sur la bonne voie et lui permettre d’être plus créative, plus compétente et performante. Qui pourrait nous dire alors pourquoi leurs systèmes et politiques ont-ils détruit les exceptionnelles créations humaines antérieures ? Et pourquoi leurs « armées » ont-elles pillé, arraché, tué, voué à l’exil, déclenché des guerres sauvages et continuent à le faire ? Pourquoi leurs « cultures » n’ont-elles pas produit un seul penseur du niveau d’Héraclite, Platon ou Aristote ? Pourquoi leurs « institutions » ont-elles tué ou banni leurs contemporains, par une coïncidence ou une autre, à l’instar de Galilée, Marx, Spinoza, Freud, Nietzsche, Averroès, Razès, Ibn ‘Arabi, pour ne citer que ceux-là, à titre d’exemple ? Pourquoi sont-ils tous aujourd’hui « groupes », « doctrines », « prophéties », « sectes », « clans », et chacun d’entre eux prétend qu’il a le monopole de représenter seul la vérité absolue ?

CINQ

Toi, nature-mère-terre, à qui nous adressons-nous, et comment ? Observe avec nous ce « monothéisme » ambiant : même dans la totalité du mal et de son universalité, au lieu que « son peuple » compatisse avec les autres et qu’ils s’entraident, nous voyons des peuples entiers en punir d’autres en les privant même d’acheter des médicaments, cependant qu’ils leur envoient leurs « aides » et « cadeaux » à bord des avions de la mort, de l’extermination et de la destruction !

Dis-nous, toi nature-mère-terre, et dis-nous, toi monothéisme : est-ce vraiment l’humanité ? Est-ce donc vraiment l’homme ? N’est-ce pas la question que permet de poser avec insistance sur le monde l’universalité du coronavirus ?

Addenda

Je souhaite ajouter à ce qui précède ces notes :

Il existe des philosophies et des religions qui pénètrent l’âme et l’esprit de millions d’hommes comme l’eau qui donne vie et « dont a été créé tout ce qui est en vie ». Mais, en un instant, en un tournant civilisationnel, cette même eau peut devenir l’argument pour tuer et exterminer. L’histoire regorge d’expériences vivantes confirmant cette modification.

Le problème que l’humanité affronte aujourd’hui à travers le coronavirus, c’est un fruit qui a bu de cette eau, mais il n’en est pas la racine. Cela étant ainsi décrit, l’audace nous appelle à dire : le problème est dans l’homme, dans ses croyances, idées et morale, et pas du tout dans la nature. C’est ce qui nous pousse à dire que ces croyances, cette morale et ces idées sont une enfance corporelle qui préside à la maturité de l’esprit et de sa sagesse au point d’oblitérer la nature immanente de l’homme.

Une « petite » grippe place le monde entier dans une prison « universelle ». La civilisation monothéiste avec ses trois représentations est le théâtre de cet événement universel.

Adonis, Paris, avril 2020.

(Traduit de l’arabe par Aymen Hacen)

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En Allemagne, au titre de la compétence universelle, qui devrait servir pour juger MM Bush et Blair, agresseurs et criminels de guerre avérés, a débuté le procès d’un ancien fonctionnaire syrien, réfugié reconnu par des compatriotes affirmant qu’il fut un tortionnaire. Des experts de la GiZ (Coopération allemande) circulant désormais entre Gaziantep et le Vieil Alep pour y encadrer la restauration du patrimoine ne craignent guère. Dans ce pays présidé par un médecin réélu, la COVID-19 fit très peu de victimes, infiniment moins que la guerre de mercenaires entretenue notamment par le régime Sarkozy Hollande : ce n’était pas très malin dixit Macron qui s’en lave les mains, passif, n’osant pas les attaquer, ni révéler le secret-défense de nos interventions illégales en Syrie, mentionnées par un officier de la DGSE. Notre président s’était affolé le 12 mars au vu de prédictions fantasques d’un code de calcul sommaire, il a besoin d’un bon savon ! D’Alep, à l’huile de laurier, excellent comme désinfectant.

Bernard Cornut

 

  1. Quand la CGT ne sabote pas Renault à Sandouville, elle s’occupe de culture. Ainsi, avant d’envisager une reprise dans les musées, elle scrute la taille et la forme des paniers qui recevront les masques usagés. Au Louvre en tout cas, elle a retiré le sien, exigeant une prime pour les gardiens qui étaient en télétravail pendant le confinement. Ils osent tout. C’est à ça qu’on les reconnaît.
  2. De Marianne à Zemmour, on se réjouit dans les villages gaulois des raisonnements spécieux de la Cour de Karlsruhe qui confond droit constitutionnel et droit international. Mais voir Zemmour défendre l’épargne des retraités allemands ‘contraints de se contenter de taux d’intérêt ridiculement bas’, qui se priverait d’un tel plaisir ?
  3. « Plus de fric pour l’hôpital public ! » exige un panneau gilet-jaune. Normal, puisqu’avec 56% de son PIB dédié aux dépenses publiques de santé, la France fait tellement mieux que l’Allemagne (44.6%). On pourrait aussi revoir comment l’argent est dépensé – et tant qu’on y est, faire un audit de l’organisation des services publics. Bon, on disait ça pour rire.
  4. ‘Interdiction à caractère disproportionné’. ‘Atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de culte’. C’est le Conseil d’Etat qui qualifie ainsi la bêtise sectaire de Castaner. La Conférence des Evêques de France est sans doute heureuse mais a laissé partis marginaux ou traditionnalistes monter au créneau à sa place. Même si le chrétien a plus besoin de témoins que de prophètes, elle a perdu une bonne occasion de ne pas se taire.
  5. Après une claque électorale en Espagne et quand il ne pétitionne pas, Valls rêve de redevenir ministre. Il active donc son combat contre l’antisémitisme et l’antisionisme ‘qui est la négation de l’Etat d’Israël’. Après l’époque Gravoin (‘Par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël’), sa nouvelle épouse catalane le convaincra-t-elle qu’on peut combattre le sionisme sans nier l’Etat d’Israël ? Olé !

Dinall’uill

 

UNE LETTRE DU PERE ELIAS ZAHLAOUI
REPONSE A UN AMI D’OCCIDENT

Mon Ami,

En septembre 2018, vous m’aviez offert en cadeau, le nouveau livre du Pape François, « Le Nom de Dieu est Miséricorde », dans une édition française, parue en 2016, chez Robert Laffont.

Je savais que mes lettres ouvertes au Pape François, ainsi d’ailleurs qu’à ses deux prédécesseurs, devaient vous paraître quelque peu injustifiées ou exagérées. Pourtant je n’avais jamais reçu de réponse directe de Rome.

Je me suis donc mis à lire ce livre. Croyez bien que j’ai eu soin de prendre tout mon temps, pour en découvrir la teneur profonde. Hélas, ce fut pour moi une profonde déception.

Dois-je vous rappeler ce que j’avais spontanément écrit au bas de la dernière page, à l’encre rouge, dès que je l’avais terminé ? Je vous l’avais transcrit aussitôt, dans la lettre électronique, que je vous avais adressée alors.

Il m’en coûte terriblement de reproduire aujourd’hui ce texte. L’idée ne me serait jamais venue, de devoir le divulguer un jour, devant le grand public. Mais aujourd’hui, je me dois de le faire. Sachez bien que je le fais en prêtre catholique. Car je suis prêtre, et prêtre de 88 ans, et donc candidat à tout instant, à quitter ce monde, et à comparaître devant ce Jésus que j’ai essayé d’aimer et de servir.

Cependant, je dois d’abord préciser que le Pape François finissait son livre par cette phrase : « Souvenons-nous toujours des mots de St Jean de la Croix : ʺAu soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour ».

J’ai donc aussitôt écrit d’une traite :

« Quel amour ?!

« Crier la vérité de l’injustice, devenue pratique universelle et quotidienne de TOUT l’Occident, n’est-ce pas une façon plus vraie et plus réaliste de vivre l’amour ?

« Ce que j’ai lu dans ce livre est digne d’un curé, mais indigne d’un Pape.» (3/10/2018)

Cependant, il me faut signaler que la première Encyclique du Pape François, « Evangeliigaudium » (La joie de l’Evangile), publié en 2013, avait paru constituer un engagement audacieux et décisif, de l’Église catholique, pour combattre enfin l’injustice monstrueuse, dont sont victimes les milliards, oui les milliards de laissés-pour-compte, à travers le monde. Cette Encyclique me semblait jaillir de la veine même qui avait dicté au Pape Jean-Paul II, ses fameuses quatre-vingt-quatorze déclarations de repentir. Elles figurent toutes dans le fameux livre du journaliste italien, Luigi Accatoli, lui-même ami de Jean-Paul II, ʺQuand le Pape demande pardonʺ. Il n’est pas inutile de signaler que ce livre avait paru en 1997, en trois éditions à la fois : italienne, anglaise et française.

Pour ma part, prêtre de l’Église Catholique, j’y avais même vu l’expression tant attendue, d’une volonté de libération définitive, du mirage désastreux qu’a constitué pour TOUTE l’Église, tant d’Orient que d’Occident, l’alliance avec le pouvoir politique, inaugurée depuis l’empereur Constantin en 313.

Hélas, cette « percée » théologique n’eut jusqu’à ce jour, aucune suite. Pourtant faut-il être aveugle, pour ne pas voir que le monde entier ne fait, de jour en jour, que basculer dans l’horreur de guerres successives, savamment programmées et diversifiées, dont celle, hors norme, menée par 140 pays, les États-Unis en tête, contre ma patrie, la Syrie, depuis plus de neuf ans ?

En outre, pour ne pas mésestimer l’intelligence supérieure ʺhumanitaireʺ des États-Unis, je dois signaler aussi l’embargo total imposé à la Syrie, et prorogé même en ce temps catastrophique du Coronavirus !

Père Elias Zahlaoui

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