Observatoire Géostratégique                      numéro 90       /      29 août 2016

DIPLOMATIE FRANCAISE : DE L’INFLUENCE À L’EFFACEMENT

« Si vous exercez une influence, feignez au moins de l’ignorer » nous rappelle fort à propos Henry de Montherlant dans ses Carnets. Tel n’est pas le cas de la France (le président de la République, François Hollande et son ex-ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius qui fut souvent étranger aux Affaires) qui proclament urbi et orbi que la diplomatie française est avant tout une diplomatie d’influence. Parfois, cette pétition de principe prend la forme de brochure glacée de 200 pages à prétention pseudo-scientifique qui s’apparente, par certains égards, à une forme de propagande officielle1 comme au bon vieux temps. Les vieux concepts ont la vie dure.

Aujourd’hui, il est vrai que, dans ce monde de l’hyper-communication, le faire-savoir a pris le pas sur le savoir-faire. En effet, et à l’inverse du présent, notre pays, dans le passé, fait le choix de pratiquer une authentique diplomatie d’influence sans éprouver le besoin de le crier sur tous les toits à qui veut l’entendre. L’influence ne se décrète pas artificiellement, elle s’impose naturellement comme nous l’enseigne l’Histoire. Peut-être est-il indispensable de préciser ce qui fonde l’influence pour mieux appréhender les conditions dans lesquelles la France passe lentement mais sûrement d’une influence réelle à une influence factice.

LES DÉTERMINANTS DE L’INFLUENCE : UN COCKTAIL D’OBJECTIF ET DE SUBJECTIF

De tous temps, le phénomène de l’influence d’un État dans les relations internationales combine dimensions objective et subjective.

La dimension objective : une réalité incontestable

Evoquer l’influence que peut avoir un pays dans le monde et sur la scène internationale, c’est avant tout faire appel à un autre concept bien connu des internationalistes, celui de puissance. La puissance peut se définir schématiquement comme la « capacité de faire, de faire faire, de d’empêcher de faire, de refuser de faire »2. Pour ce faire, il faut disposer d’une puissance militaire incontestée (de préférence faire partie des cinq Etats dotés de l’arme nucléaire au sens du TNP et d’intervenir hors de son territoire grâce à une capacité de projection autonome), d’une puissance économique (en termes de produit intérieur brut, de vigueur du commerce extérieur, de compétitivité3, de participation aux clubs des grands comme le G7/G8), d’une puissance diplomatique (en termes de présence permanente au Conseil de sécurité de l’ONU, de densité du réseau diplomatique, consulaire, économique et culturel), d’une puissance intellectuelle (en termes de diffusion de la langue grâce à la Francophonie et des idées grâce à ses intellectuels) et d’une magnificence culturelle (littérature peinture, sculpture, théâtre, cinéma…).

Guillaume Berlat

1 Michel Foucher (sous la direction de), Atlas français de l’influence au XXIe siècle, Institut français/Le monde comme il va. Robert Laffont, 2013.
2 Serge Sur, Relations internationales, Montchrestien, lextenso éditions, 6e édition, 2011, p. 249,
3 Cyrille Pluyette, Compétitivité : la France a du chemin à faire, Le Figaro économie, 10 mars 2016, p. 19.

lire la suite…

IRAN, ARABIE SAOUDITE : UNE SI LONGUE QUERELLE…

« Nous sommes chez nous dans le Golfe persique. La côte du Golfe persique et la plupart des côtes de la mer d’Oman appartiennent à notre puissante nation, nous devons donc être présents dans cette région ».

Ali Khamenei, Guide de la Révolution islamique, mai 2016.

« Si l’Iran changeait ses agissements politiques, rien ne nous empêcherait de tourner la page et de construire la meilleure des relations basée sur le bon voisinage, sans ingérence dans les affaires d’autrui ».

Adel Al Jubeir, ministre saoudien des affaires étrangères, mars 2016.   

La rivalité entre Iran et Arabie saoudite apparaît depuis un demi-siècle comme une donnée constante de la géopolitique du Moyen-Orient. C’était vrai du temps du Chah, et la situation s’est encore dégradée avec la République islamique. Les accalmies ont été plutôt rares et en ce printemps 2016, cette relation traverse à nouveau une mauvaise passe. L’aspect le plus visible en est l’opposition frontale des deux pays sur le dossier syrien. S’y est ajoutée à partir de septembre 2015 une séquence d’évènements dramatiques : panique de foule meurtrière à la Mecque entraînant la mort, entre autres, de quelque quatre cents pèlerins iraniens, puis exécution par l’Arabie saoudite du religieux le plus populaire de la communauté chiite de l’est du pays, réaction iranienne avec la mise à sac de l’ambassade saoudienne à Téhéran et du Consulat à Machhad, enfin rupture des relations diplomatiques par Riyadh.

La question de la primauté dans le Golfe persique, espace d’intérêt hautement stratégique, est au cœur de cette tension, chacun étant peut-être encore plus motivé par la crainte de voir l’autre accéder à cette primauté que par l’envie d’y arriver lui-même. Mais le point d’équilibre entre les ambitions des deux parties se dérobe sans cesse et le désordre qui en naît participe aux désordres qui frappent l’ensemble du Moyen-Orient.

L’Iran se considère chez lui dans le Golfe persique depuis des millénaires. Il se serait volontiers installé sur ses deux rives s’il n’en avait été tenu écarté par l’empire Ottoman, puis par la Grande-Bretagne. L’Arabie saoudite, dans un rôle effacé jusqu’au début des années 1970, accède, elle, peu à peu au premier plan à la suite du retrait britannique de la région et du choix fait par les États-Unis, alors empêtrés dans la guerre du Vietnam, de déléguer la sécurité du Golfe persique à « deux piliers » : Riyadh et Téhéran. Le Chah en profite pour prendre possession des deux îles Tomb et de celle de Moussa, situées à l’orée du détroit d’Ormuz, que les Émirats arabes unis, nouvellement constitués, considèrent comme leur appartenant. Ce sera un sujet de friction permanent, et toujours actuel, avec les Royaumes de la Péninsule arabique. Le Chah prend aussi son rôle suffisamment au sérieux pour venir en 1973 au secours du jeune sultan d’Oman, Qabus Ibn Saïd, dans sa lutte contre la rébellion de la province du Dhofar et scelle ainsi avec ce pays une amitié qui persiste à ce jour. A même époque, Iran et Arabie saoudite se retrouvent quand même côte à côte pour provoquer avec les autres pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) une hausse spectaculaire du prix du baril. Ils disposent désormais d’amples moyens pour financer leur envol économique et stratégique.

Guerre ouverte et guerres de l’ombre

Mais les cartes sont rebattues en 1979 avec l’avènement de la République islamique. Celle-ci, emportée à ses débuts par son élan révolutionnaire, veut transformer à son image le monde islamique, et à terme le monde entier. Elle appelle les peuples voisins à renverser, comme elle vient de le faire, leurs dirigeants corrompus et impies. Ses premières cibles sont la dynastie des Saoud, gardiens illégitimes à ses yeux des Lieux saints, et Saddam Hussein, tyran oppresseur d’un pays à majorité chiite. Elle joue alors clairement un rôle déstabilisateur.

La famille régnante saoudienne se trouve dès l’automne 1979 mise en cause sur deux fronts. En novembre, un commando de Sunnites exaltés prend d’assaut la grande mosquée de la Mecque et parvient à s’y retrancher pendant une dizaine de jours. Au même moment, dans l’est du pays, source de la richesse pétrolifère du royaume, la communauté chiite, inspirée par l’exemple iranien, s’agite. Les autorités réagissent par une vague de répression et le début d’une longue suspicion sur les menées de l’Iran en territoire saoudien.

Quant à Saddam Hussein, il est le premier dirigeant arabe à reconnaître la République islamique. Mais il s’inquiète vite de l’effervescence des Chiites irakiens, échauffés par les imprécations de Khomeyni, et décide en septembre 1980 d’attaquer son voisin, déclenchant une guerre de huit ans. Informé du projet, le Roi Khaled, fidèle à la politique de prudence et d’équilibre régional du Royaume, tente de dissuader Saddam. Mais une fois la guerre déclenchée, il ne lui refuse pas son aide financière, logistique et en pétrole, qui va croissant. Il cherche toutefois une issue qui ne confère pas à l’une des deux parties un ascendant indu au Moyen-Orient. En juin 1982, son successeur, le roi Fahd, s’associe à l’offre de « paix blanche » de Saddam Hussein, dont les forces sont très éprouvées, et propose à l’Iran un chèque de 50 milliards de dollars pour le convaincre de mettre fin au conflit. En vain, Khomeyni veut la chute de Saddam, dont il rêve qu’elle lui ouvrira la route de Jérusalem ! Et la guerre repart pour six années de massacres et de destructions inutiles.

En juin 1984, l’aviation iranienne s’en prend dans le Golfe persique à des tankers saoudiens, amenant Riyadh à définir une zone d’interdiction aérienne au-delà de ses eaux territoriales. Mais cette décision n’empêche pas de nouvelles attaques de tankers et des accrochages entre les aviations des deux pays. En 1985, Riyadh tente pourtant une nouvelle médiation entre Irak et Iran, encore une fois sans succès. Le Roi Fahd se laisse alors convaincre par les Américains d’ouvrir les vannes de sa production pétrolière, de façon à provoquer une baisse du prix du pétrole qui mette à genoux l’Iran… et l’URSS. L’opération est un plein succès, mais il faudra trois ans pour que la guerre prenne fin par épuisement mutuel des belligérants, et un repli de chacun sur sa frontière1.

Et puis durant cette période, la République islamique, considérant sans doute qu’elle est en droit d’utiliser l’arme des faibles contre ce qu’elle voit comme une coalition hostile du monde entier ou presque, n’hésite pas à recourir aux prises d’otages et au terrorisme : soit par ses propres moyens, soit en mobilisant des mouvements, ancrés dans les communautés chiites, qu’elle a contribué à former et armer, tels le Hezbollah libanais, fondé en 1982, ou le Hezbollah du Hedjaz, actif dans la Péninsule arabique à compter de 1987. Les lieux de pèlerinage sont le théâtre de sérieux incidents : en 1981, les pèlerins iraniens, expressément encouragés par l’Ayatollah Khomeyni, lancent des slogans hostiles aux États-Unis, à Israël… et s’en prennent à la police ; en 1986, la police découvre des explosifs dans les bagages de pèlerins iraniens ; en 1987, nouvelle manifestation à la Mecque de pèlerins qui brandissent des portraits de l’Ayatollah Khomeyni ; il s’en suit une bousculade, et des tirs de la police qui font plusieurs centaines de morts. A Téhéran, les ambassades du Koweït et d’Arabie saoudite sont alors mises à sac, les diplomates saoudiens sont pris à partie par la foule et l’un d’eux y trouve la mort. Peu après, plusieurs explosions frappent des installations pétrolières dans l’est du pays. Riyadh rompt alors ses relations diplomatiques avec Téhéran. Elles seront rétablies en 1991, sous l’impulsion du Président Rafsandjani, partisan de l’apaisement.

À même époque, d’autres attentats à l’origine plus ou moins obscure touchent le pays. Des diplomates saoudiens sont assassinés à Ankara, à Karachi et à Bangkok, trois attentats à l’explosif se produisent simultanément à la Mecque. En 1996 encore, intervient un spectaculaire attentat contre un complexe d’habitation à Khobar, occupé par les militaires américains, faisant parmi eux 19 morts. L’action n’est pas revendiquée, mais les Américains désignent rapidement le Hezbollah du Hedjaz, et derrière lui, les Iraniens. Les Saoudiens sont plus prudents. Il est vrai que le Prince héritier Abdallah, régent de fait du royaume depuis 1995, a fait le choix d’une politique dynamique d’engagement dans la région. En signe de bonne volonté, il accueille en 1996 à Riyadh le Président Rafsandjani puis se rend lui-même à Téhéran l’année suivante à l’occasion du sommet de l’Organisation de la Conférence islamique. Et deux ans plus tard, le nouveau président réformateur iranien, Mohammad Khatami, soucieux lui aussi d’améliorer les relations de Téhéran avec le monde extérieur, se rend à Riyadh. Des conversations qui se nouent, émerge en 2001 un accord de sécurité touchant à la lutte contre la drogue et le terrorisme.

Le prosélytisme saoudien à l’appui des Taliban et des Jihadistes

Mais la détente qui s’était amorcée à la fin de la guerre Irak-Iran et à la disparition de Khomeyni en 1989 pour se maintenir tant bien que mal jusqu’au début des années 2000 ne résiste pas aux crises qui s’enchaînent dans la région à compter du 11 Septembre : interventions américaines en Afghanistan et en Irak, tension internationale autour du nucléaire iranien, Printemps arabes.

François Nicoullaud
29 août 2016


1 Sur tous ces épisodes, voir Pierre Razoux « la guerre Iran-Irak, première guerre du Golfe 1980-1988 » Perrin éd., Paris 2013.

lire la suite…

C.N.R. : TROIS P’TITS TOURS ET PUIS S’EN VONT – Jean Daspry. Pour rébarbative qu’elle soit, la lecture de la rubrique « Mesures d’ordre individuel » du communiqué du Conseil des ministres est toujours des plus instructives pour celui qui souhaite s’informer du mercato estival des postes importants de l’administration ayant des conséquences directes sur la vie du pays. Celle du 22 août 2013 n’échappe pas à la règle. Qu’y apprend-on ? Que « sur proposition du Premier ministre, M. Yann JOUNOT, préfet des Hauts-de-Seine (hors classe), est nommé coordonnateur national du renseignement, à compter du 1er septembre 2016 ». Cette nomination d’un haut fonctionnaire, d’un grand serviteur de l’État doit s’apprécier à deux niveaux.. Au niveau des qualités professionnelles de l’intéressé. Que sait-on de lui ?1 Préfet des Hauts-de-Seine depuis 2013, Yann Jouno (57 ans), est licencié en droit, ancien élève de Sciences-Po Paris. Il est nommé directeur de cabinet du préfet de la Drôme dès sa sortie de l’ENA (1987, promotion Fernand Braudel). Entre 1988 et 1990, il occupe les mêmes fonctions au cabinet du préfet de Saône-et-Loire, puis rejoint la préfecture du Loir-et-Cher comme secrétaire général (1990-1991). Chef du cabinet civil du ministre de la Défense Pierre Joxe (1991-1993), il est mis à la disposition de la Cour des comptes (1993). En 1998, il est nommé sous-directeur des compétences et des institutions locales à la direction générale des collectivités locales du ministère de l’Intérieur (1998-1999). Secrétaire général de la préfecture de l’Essonne (1999-2001), puis de la préfecture du Nord, sous-préfet de l’arrondissement de Lille (2001-2006), Yann Jounot est promu préfet délégué pour la sécurité et la défense auprès du préfet de la région Lorraine (2006). Haut fonctionnaire de défense adjoint, directeur de la planification de sécurité nationale au secrétariat général du ministère de l’Intérieur (2008-2010), il est nommé directeur de la prospective et de la planification de sécurité nationale au sein de cette structure, avant d’être directeur de la protection et de la sécurité de l’État au secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), jusqu’en 2013. Yann Jouno possède donc toutes les qualités pour remplir ses nouvelles fonctions. Au niveau du contexte politique et sécuritaire ambiant. Les choses se présentent sous des auspices moins favorables. Yann Jounot succède, au poste de coordonnateur national du renseignement (CNR) à Didier Le Bret, diplomate en poste depuis juin 2015. Ce dernier annonçait, en juillet dernier, vouloir briguer un mandat de député aux prochaines législatives (juin 2017). Il tire la conclusion logique de l’incompatibilité entre l’exécutif et le législatif. Ce poste de coordonnateur national du renseignement, rattaché directement au président de la République, est créé par Nicolas Sarkozy dans la suite du livre blanc sur la défense et la sécurité de 2008. Le même qui élève la fonction « connaissance et anticipation » (en fait le renseignement) au rang de fonction stratégique. L’objectif est de fournir quotidiennement au président de la République une synthèse des travaux de l’ensemble de la communauté du renseignement venant compléter les informations diplomatiques. Or, que constate-t-on ? Tout d’abord, la fréquence de rotation au poste de coordonnateur national du renseignement qui nous paraît incompatible avec la nature de la fonction qui suppose un fort élément de continuité dans l’action. Ensuite, un effacement des derniers titulaires du poste alors qu’il aurait fallu s’appuyer sur des personnalités à fort charisme. Enfin, alors que le renseignement constitue l’un des éléments fondamentaux de lutte contre le terrorisme islamiste sur un plan sécuritaire, on ne peut que regretter cet affaiblissement progressif de cette structure administrative. « Il n’est de richesses que d’hommes » (Jean Bodin). Les habiles constructions technocratiques de l’esprit ne valent rien sans les hommes et les femmes et sans un minimum de continuité dans l’action. A l’Élysée, les records de brièveté de temps passé au poste de coordonnateur national du renseignement, qui tombent comme à Gravelotte, ne sont pas de bon augure pour la pérennité de la fonction, pour l’efficacité de la lutte contre le terrorisme et, en dernière analyse, pour la sécurité de notre pays et de ses citoyens comme le démontrent amplement les attentats de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray. Le refrain de la chanson : « Ainsi font, font, font. Les petites marionnettes. Ainsi font, font, font. Trois p’tits tours et puis s’en vont » ne constitue pas la réponse la plus appropriée à l’ampleur du défi auquel la France est aujourd’hui confronté!

1 Wassinia Zirar, François Hollande a désigné son nouveau coordonnateur national du renseignement, www.acteurspublics.com , 22 août 2016.

lire la suite…

 

KERRY-LAVROV : WASHINGTON COMMUNIQUE A MOSCOU LA LISTE DES GROUPES VOULANT CESSER LE COMBAT – Russia Today, 26 août.

Le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov et son homologue américain John Kerry ont donné une conférence de presse aux quartiers généraux des Nations Unies à Genève. Au Menu : le conflit Syrie et la montée des tensions en Ukraine. Lors de la conférence de Presse, le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a annoncé que «Pour la première fois, Washington a communiqué à Moscou sa liste des groupes voulant se rallier au cessez-le-feu». Les deux homologues ont par ailleurs ajouté que «la coordination entre la Russie et les Etats-Unis à propos des frappes aériennes sur les bastions terroristes n’est pas réglée», ajoutant s’être néanmoins «mis d’accord sur les étapes à suivre pour arriver à un cessez-le-feu véritable en Syrie», bien qu’«aucun accord ne serait conclu tant que toutes les parties n’en seraient pas satisfaites». «Nous sommes proches d’un accord, mais ce dernier n’est pas encore en mesure d’entrer en vigueur», a insisté John Kerry, précisant que les deux puissances «ne souhaitaient pas annoncer un accord qui ne serait pas appliqué à toutes les parties et dont tous les détails ne seraient pas réglés». Sergueï Lavrov et John Kerry se sont mis d’accord de travailler avec les parties impliquées dans le conflit syrien : la Russie – avec le gouvernement et l’opposition qui travaille avec Moscou, et les Etats-Unis – avec l’opposition qui coopère avec eux. En outre, la collaboration entre la base aérienne russe de Khmeimim en Syrie et celle américaine en Jordanie sera renforcée. «C’est un succès que nous avons pu réduire l’incompréhension et le niveau de méfiance réciproque entre les deux pays», s’est félicité le chef de la diplomatie russe. Interrogé sur le rôle joué par les milices kurdes dans le conflit, un autre point important du conflit syrien, Sergueï Lavrov a clairement démontré sa volonté de ne pas voir davantage la coalition se servir de ces forces : «Les forces kurdes ne doivent pas être utilisées dans le conflit [syrien] car cela pourrait une réaction en chaîne de la part des kurdes dans toute la région, ce que ni nous, ni nos partenaires américains ne souhaitons». «De vrais négociations sont nécessaires [en Syrie] et à ce sujet, nous poursuivons les négociations avec toutes les parties, tout en sachant qu’un cessez-le-feu ne sera véritablement possible que s’il existe une réelle séparation entre les terroristes et l’opposition», a rappelé John Kerry. Le ministre russe des Affaires étrangères et son homologue américain se sont rencontrés à Genève pour discuter d’une solution pacifique de la crise syrienne et coordonner les efforts des deux pays dans la lutte contre les terroristes en Syrie. Ils ont négocié à huis clos pendant plus de 12 heures. Les pourparlers interviennent quelques jours après le lancement d’une opération turque en Syrie. L’incursion d’Ankara qui selon les autorités turques a pour but de cibler les positions de Daesh près de la ville de Jarablus a été soutenue par des rebelles syriens et des frappes aériennes américaines. Damas a condamné cette opération en la qualifiant de «violation flagrante de la souveraineté». Et les Unités de protection du peuple (YPG) affirment que le but d’Ankara est les Kurdes plutôt que Daesh. Le 26 août, l’agence de presse turque Anadolu a rapporté que des militaires turcs ont ciblé des combattants kurdes près de Jarablus qui auraient refusé de reculer.

 

DANS LA PRESSE DU LIBAN :

Boycott du bloc aouniste du Conseil des ministres de ce jour

  • Le gouvernement s’est réuni en l’absence des trois ministres du bloc parlementaire aouniste du changement et de la réforme (Courant patriotique libre et Tachnag) qui boycottent la séance sur fond de report, à la mi-septembre, du départ à la retraite du commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi.
  • La réunion devait donc se réduire à « une expédition des affaires courantes », mais le ministre du Tourisme, Michel Pharaon, s’est retiré de la séance, car le gouvernement aurait abordé des « dossiers litigieux » qui, selon lui, « nécessitent la présence de tous les pôles politiques ».

  • Avec le Conseil des ministres, aujourd’hui, le début d’une escalade aouniste limitée. « Deux paramètres empêcheraient le CPL de mener son escalade jusqu’à la démission, ou la remise en cause du système : 1/ la position de Washington, principal soutien de l’armée, qui prône le maintien en fonction des responsables militaires avec lesquels il a l’habitude de traiter et 2/ le manque d’enthousiasme du Hezbollah à entamer la phase de négociations autour d’un déblocage institutionnel, voire d’une constituante, comme le reconnaissent des sources concordantes du 14 Mars ».

lire la suite…

 

La Turquie avait conditionné l’usage de la base d’Incırlık par la coalition anti-ISIS menée par les USA à la chute du président syrien. Après la prise de Tell Abyad par des milices kurdes progressant depuis Kobane et Hassakeh en juin-juillet 2015, la Turquie posa sa ligne rouge : qu’elles ne franchissent pas l’Euphrate pour tenter leur jonction avec Afrine, bourgade syrienne à majorité kurde. Kerry et Lavrov ayant affirmé en été 2015 leur volonté commune de préserver l’intégrité territoriale de la Syrie dont seul le peuple syrien déciderait de l’avenir, après un cessez-le-feu, une réforme constitutionnelle et des élections libres, justes et transparentes, la brève intrusion de chars turcs vers Jerablous en Syrie fut menée après une discrète mission des services turcs à Damas. Dialogue repris ?

Bernard Cornut

 

JEAN-PIERRE CHEVENEMENT POUR SORTIR DE LA GUERRE !

Message de chantage, l’attentat est toujours un appel à transiger. Non pas avec les terroristes qui sont des marionnettes sacrifiées, mais avec leur commanditaire revendicateur.

Le 14 juillet, quelques heures après que le Président de la République eut annoncé « l’état d’urgence ne sera pas prolongé », un boulet de camion fauchait des vies par dizaines sur la Baie des Anges : échec des pourparlers  en coulisses, rupture de la trêve ? Revenant sur sa décision le François Hollande déclarait dans la nuit : « Nous continuerons à frapper dans leur repère ceux qui, justement, nous attaquent sur notre propre sol, ». Douze jours plus tard, un prêtre était égorgé : la médiation de l’Eglise à la mode Sant’Egidio est-elle récusée ? Le décryptage de l’information permet toutes les interprétations car la France est empêtrée dans plusieurs guerres.

Guerre contre un homme

Quatre ans après l’injonction française : « il faut éliminer Bachar ! » le Président Syrien son armée et son peuple (alliés aux Russes et aux Iraniens) résistent non seulement aux rebelles soutenus par les occidentaux mais aussi à Jabhat al-Nostra/Fath al Sham, filiale d’AlQaïda puissamment armée par l’Arabie saoudite et le Qatar. Ces jihadistes « font du bon boulot et donc il est difficile de les désavouer », dixit Laurent Fabius. Pourtant, ce soutien peu glorieux est imparfaitement assumé car au lieu de laisser se constituer des  brigades internationales façon guerre d’Espagne, le gouvernement emprisonne les jeunes volontaires qui veulent aller faire du bon boulot ! Les ennemis de nos ennemis ne sont pas tout à fait nos amis.

Autre paradoxe : l’internalisation de la guerre civile de Syrie a pour origine la noble indignation de notre allié inconditionnel, la monarchie saoudienne qui prétendait hypocritement voler au secours du printemps des démocrates arabes. Alors que rien ne nous y obligeait, sous l’influence de quelques télé-jihadologues de Sciences Po, nous avons entre Damas et Riyad, choisi le parti du plus riche espérant sans doute quelques retours sur investissements. À la table diplomatique internationale, nul autre pays européen n’est tombé dans le piège tendu par les faucons d’Arabie, d’Israël et des Etats-Unis.

Hedy Belhassine

lire la suite…

Print Friendly