Observatoire Géostratégique                      numéro 94       /      26 septembre 2016

ALAIN ET FRANCOIS : CA SUFFIT !

La fondation « inter-confessionnelle » The Appeal of Conscience, basée à New York, a annoncé mercredi dernier, que François Hollande était le lauréat de son prix « Homme d’Etat mondial » 2016. Dans un communiqué, cette fondation, jusque-là injustement méconnue, précise que son prix « honore les dirigeants qui soutiennent la paix et la liberté, par la promotion de la tolérance, la dignité humaine et les droits de l’homme, en défendant ces causes dans leur pays et en travaillant avec d’autres dirigeants mondiaux pour bâtir un avenir meilleur pour tous ». François Hollande a reçu ce prix des mains d’Henry Kissinger (ancien secrétaire d’Etat de Richard Nixon), ancien prix Nobel de la paix.

Les lauréats précédents sont : David Cameron (2015), le président mexicain Enrique Pena Nieto (2014), le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono (2013) et le premier ministre du Canada Stephen Harper (2012), autant de grands humanistes ! En 2009, Muhtar Kent, le président de Coca-Cola et Bernard Arnault, le président de LVMH, ont reçu « l’appel de 2009 Conscience Award », d’autres humanistes mondiaux !

Cette étrange fondation américaine qui se définit comme « un partenariat interconfessionnel de chefs d’entreprise et spirituelles de toutes confessions », a été fondée par Arthur Schneier en 1965. D’origine autrichienne, Arthur Schneier a été le rabbin principal de New York City (Parc East Synagogue) pendant plus de cinquante ans. En 2001, il est le premier rabbin à avoir reçu la Presidential Citizen Medal des mains du président William Clinton. Pour recevoir sa haute distinction, François Hollande s’était fait accompagner de deux autres grandes consciences mondiales : Bernard-Henri Lévy et Jack Lang… Si cette nouvelle marque de reconnaissance internationale n’a modifié en rien le taux record d’impopularité nationale du président français, elle a certainement conforté ses certitudes avant qu’il ne s’adresse à la 71ème assemblée générale des Nations unies, le 20 septembre.

Après les considérations générales d’usage et un appel à mettre en œuvre les dispositions de l’accord de Paris sur le réchauffement climatique, François Hollande a consacré l’essentiel de son propos à la guerre civilo-régionale syrienne : « le dernier appel que je veux lancer ici, et peut-être le plus pathétique, concerne la Syrie. Cette tragédie syrienne sera devant l’Histoire une honte pour la communauté internationale si nous n’y mettons pas fin rapidement. Alep est une ville aujourd’hui martyre qui restera dans la mémoire des Nations comme une ville martyre. Des milliers d’enfants sont écrasés sous les bombes. Des populations entières sont affamées. Des convois humanitaires sont attaqués. Des armes chimiques sont utilisées. Eh bien, je n’ai qu’un seul mot à dire : ça suffit. Comme en février dernier, le cessez-le-feu n’aura tenu que quelques jours. Il aura volé en éclats dès le lendemain de son annonce, sans que l’on n’en connaisse d’ailleurs le contenu. Le régime est responsable de son échec et il ne peut pas s’exonérer des erreurs qui auraient pu être commises par d’autres. Et je dis à ses soutiens étrangers que chacun connait ici, qu’ils doivent forcer la paix, sinon ils porteront avec le régime la responsabilité de la partition et du chaos en Syrie ». Bornons-nous à cinq remarques.

Richard Labévière

lire la suite…

FRANÇOIS HOLLANDE : VOYAGE AU BOUT DE L’ONU !

« Le triomphe des démagogues est provisoire mais les ruines sont éternelles », rappelle Charles Péguy. Avec François Hollande, les discours se suivent (à une cadence infernale) et se ressemblent (à s’y méprendre). Vite prononcés, immédiatement oubliés, telle est la pratique quotidienne ! Nous nous trouvons au cœur même de la politique de l’essuie-glace (un évènement chassant l’autre) qui est la caractéristique principale de notre société hypermédiatisée. Que reste-t-il de ces harangues, de ces incantations, de ces coups de menton martiaux ? Rien ou presque rien. Le temps des discours prescients et ciselés du général de Gaulle, de François Mitterrand et, dans une moindre mesure, de Dominique de Villepin (celui du 15 février 2003) est bien révolu. Le temps est aux petites phrases, aux bons mots et autres calembredaines préparés par les armées de « spin doctors » qui peuplent les palais de la République, droite et gauches confondues.

François Hollande se rend à New York pour prononcer son traditionnel discours – le cinquième et, peut-être, le dernier – devant l’Assemblée générale de l’ONU. Ironie de l’Histoire, quinze ans après les attentats du 11 septembre 2001, la ville est secouée par plusieurs attentats terroristes. Affaibli, Al-Qaïda est remplacé par un groupe encore plus radical, l’EIIL qui entend rappeler qu’il n’est pas entièrement défait1. On ne combat pas une idéologie avec des bombes ! Pour bien souligner l’importance de l’évènement et sa dimension historique et planétaire, le Dieu François Hollande est flanqué d’une Sainte Trinité de ministres des Affaires étrangères : Jean-Marc Ayrault (l’effectif)2, Jack Lang (le putatif) et Bernard-Henri Lévy (l’alternatif). Il est vrai que ce discours suscite un immense espoir à Paris tant il nous est présenté comme un testament. Mais au prononcé à New York, il soulève une immense déception.

***

UN IMMENSE ESPOIR : LA PROMESSE D’UN TESTAMENT

A l’instar d’une offensive militaire précédée d’un tir nourri d’artillerie et d’aviation, toute séquence internationale mettant en scène le président de la République est préparé par une couverture médiatique marquée au sceau de la dictature de la transparence, de l’annonce avant l’annonce.

Une grosse ficelle de « spin doctors » : la dictature de la transparence

Que constate-t-on à l’expérience ? L’important, est de nos jours, plus dans l’annonce d’un évènement international (avant) que dans son contenu réel (après) dans la mesure où, le plus souvent, il n’a souvent aucune consistance, cohérence stratégique et diplomatique3. Les communicants de l’Élysée – Gaspard Gantzer, l’homme qui murmure à l’oreille du président de la République en tête de liste – ont bien compris cette règle cardinale de la com’. Ils font, comme toujours, bien les choses à la veille d’une grande rencontre internationale où se retrouve le gotha mondial. Avant même l’évènement, on nous met à la bouche en dévoilant quelques petits secrets – frelatés au demeurant – que l’on confie aux journalistes bien introduits au château et donc récompensés pour leur docilité, pour ne pas dire leur courtisanerie afin qu’ils les annoncent au bon peuple. « Oyez, oyez, braves gens, damoiselles et damoiseaux ! Troubadours, faites rugir les trompettes, les tambours ! ». L’invite n’a pas pris la moindre ride. L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement en matière de communication, voire de propagande pour employer un terme qui n’a plus cour sauf en Corée du nord ? Dans cette dictature des médias, « l’image absorbe le regard et neutralise la réflexion » 4. Le déni du réel remporte toujours un franc succès.

De quel évènement international s’agit-il aujourd’hui tant nous sommes perdus par l’inflation de sommets, de G20, de rencontres en formats à géométrie variable… ? Du lancement par les chefs d’État et de gouvernement de la planète de la 71ème session de l’Assemblée générale de l’ONU qui se tient dans le Palais de verre à Manhattan (New York) et dont les travaux entre experts au sein de six commissions se prolongeront jusqu’à la mi-décembre dans l’indifférence la plus complète. Rares sont les folliculaires à nous rappeler que cette réunion revêt cette année une importance particulière. En effet, après consultation du Conseil de sécurité (c’est là que les choses sérieuses se décident), l’Assemblée générale doit désigner le successeur de Ban Ki-moon – au bilan contrasté5 -au poste de secrétaire général de l’ONU6. Deux évènements se déroulant en marge de cette session apparaissent comme plus significatifs pour les médias « mainstream ». Le premier est la réception, à la veille de son discours, par le président, des mains d’Henry Kissinger lui-même, du prix de « l’homme d’État mondial de l’année » que lui attribue la fondation « Appeal of Conscience » dans les locaux du mythique Hôtel Waldorf Astoria à New York7. Ne riez pas comme dirait Coluche ! Le second est la rencontre de François Hollande avec l’acteur Léonardo di Caprio pour parler climat. En bref, le président français se livre à une course aux discours à New York8.

Mais revenons un instant au cœur de notre sujet que nous aurions trop tendance à oublier, pris par le flot continu d’informations : l’Assemblée générale de l’ONU qui fournit l’occasion à 193 États d’adopter une déclaration « sur la gestion des déplacements massifs de réfugiés et de migrants ».

Une autre ficelle des « spin doctors » : l’annonce avant l’annonce

Qu’apprend-on des milieux autorisés au sein desquels on s’autorise à penser, pour reprendre la formule désormais célèbre de Coluche ? Afin de ne pas faire de jaloux, les communicants arrosent à droite et à gauche. Il s’agit d’abord de la dernière intervention que François Hollande, en sa qualité de président de la République, va prononcer à New York cette année. L’évènement n’est donc pas anodin ! Il entend dresser son testament international. François Hollande saisira cette occasion pour vanter son bilan international, promouvoir son « idée de la France ». Dans un discours aux accents forcément très politiques, nous précise-t-on, il évoquera la Syrie, la paix au Proche-Orient, la COP21 ou encore la lutte contre le terrorisme. Le moyen de peaufiner sa stature de « chef de guerre »9 . Pour ce qui est du journaliste du Monde, vraisemblablement alimenté à la même source (on retrouve le terme de testament), on rappelle que, dans le passé, la diplomatie du général de Gaulle est associée « à l’âge d’or de l’indépendance et de l’influences françaises ». Si on comprend bien le rédacteur, cela ne serait plus le cas. In cauda venenum. Pour ce qui est du bilan de l’actuel quinquennat, le journaliste fait preuve d’un courage à toute épreuve, évoquant une « impression en demi-teinte »10. En langage moins diplomatique, ceci se lit bilan calamiteux !

Qu’en déduit-on logiquement ? L’esthète des relations internationales et de la diplomatie à l’ancienne est tenu en haleine heure par heure, minute après minute par les confidences qui lui sont distillées au compte-gouttes, tel un supplice chinois, par les chaînes d’information en continu. Il va même jusqu’à fantasmer sur le contenu, le style, l’humour du discours du président de la République, François Hollande. Ne se prend-il pas à rêver un instant d’une intervention idéale ? Il imagine, avec un brin de candeur rafraichissante, une sorte de cocktail littéraire digne d’un futur prix Nobel : un tiers Descartes (pour sa raison), un tiers Talleyrand (pour sa clairvoyance), un tiers de Gaulle (pour sa hauteur). En un mot, il songe à un authentique discours à la française, celui que nous envient depuis toujours nos interlocuteurs étrangers. Quel lapin va-t-il nous sortir de son chapeau clac ? Une réponse efficace à la crise de la mondialisation et à la crise financière rampante allant au-delà des remèdes inefficaces du dernier sommet du G20 ? Un plan de paix pour le Proche et Moyen-Orient auquel personne n’avait songé ? Une martingale pour sauver l’Europe de la dislocation après les atermoiements du sommet de Bratislava ? Une clé pour régler le problème des migrants avant le sommet qui lui est consacré ? Il n’en est rien.

Malheureusement, à fixer trop haut la barre avant l’épreuve en grandeur nature, le sportif ne parvient pas à la passer y compris en dépit de l’enthousiasme du moment et des encouragements de ses plus fidèles supporters. C’est alors la fable bien connue des lendemains qui déchantent et c’est bien de cela dont il s’agit avec le discours de François Hollande à New York.

Guillaume Berlat
26 septembre 2016


1 Stéphane Lauer, La piste terroriste se précise à New York, Le Monde, 21 septembre 2016, p. 4.
2 Sophie Coignard, Jean-Marc Ayrault, le fantôme du Quai d’Orsay, Le Point.fr, 20 septembre 2016.
3 Le discours de François Hollande n’échappe pas à la règle. Il n’est pratiquement pas commenté après son prononcé. Celui de Barack Obama a droit à plusieurs analyses dont celle du Monde (« L’appel d’Hollande, le silence d’Obama », de Marc Semo, p. 2) et l’Opinion (« Obama bien trop diplomate », de Pascal Airault, p. 1).
4 Mazarine Pingeot, La dictature de la transparence, Robert Laffont, 2016, p. 151.
5 Ban Ki-moon ou le silence complice, L’Humanité, 21 septembre 2016, p. 17.
6 Celhia de Lavarène, L’ONU se prépare au départ de « l’affligeant » Ban Ki-moon, www.mediapart.fr, 21 septembre 2016.
7 J.M. Th., Hollande champion du (nouveau) monde, Le Canard enchaîné, 21 septembre 2016, p. 8.
8 Davide Revault d’Allonnes, A New York, le président français de discours en discours, Le Monde, 22 septembre 2016, p. 2.
9 Solenn de Royer, Le testament diplomatique de Hollande à New-York, Le Figaro, 20 septembre 2016, p. 8.
10 David Revault d’Allonnes, Le testament du soldat Hollande, Le Monde, 20 septembre 2016, p. 7.

lire la suite…

RESHEBA: LES KURDES CONTRE LES YEZIDIS ? Frédéric Delorca. Nous savons depuis Plutarque que les mises en parallèles sont toujours instructives. La semaine même où la courageuse journaliste yézidie Nareen Shammo faisait ses bagages pour Genève où elle devait accompagner la jeune Nadia Mourad, victime de viols collectifs par des fanatiques de Daech après la chute de Shingal, pour aller témoigner devant les instances internationales du calvaire des femmes vendues comme esclaves en Irak et en Syrie, le gouvernement régional kurde de Barzani suscitait la polémique en programmant au festival annuel du film kurde de Duhok  le 16 septembre dernier un film intitulé « Le vent obscur » (The Dark Wind/ Resheba). Un collectif de juristes yézidis prévoit aujourd’hui de lancer des poursuites judiciaires contre le réalisateur Hussein Hassan. Selon diverses organisations yézidies, ce film déforme la position des institutions religieuses de leur communauté qui ne prône pas le rejet des femmes violées, et il exagèrerait l’hostilité des familles après leur libération. Il présente les Peshmergas kurdes comme des héros alors que leur fuite serait la cause du génocide yézidi. Une des scènes les moins appréciées montre une vieille femme priant une divinité yézidie au moment où elle réalise un avortement sur Pero, l’héroïne du film. Les scènes sur la vente des femmes esclaves sont aussi décriées. Des sites yézidis n’hésitent pas à affirmer que le film serait co-financé par le gouvernement régional kurde et la Qatar, et serait destiné à salir leur cause. Le réalisateur se défend en affirmant qu’il a travaillé en collaboration avec les religieux yézidis et que les spectateurs de cette communauté seraient dans la surréaction pure et simple : notamment ceux qui à Duhok on hurlé parce que l’héroïne esclave sexuelle serait tuée par sa famille à la fin du film, alors que ce n’est pas le cas. Comme toutes les causes communautaires, celle des yézidis prête à caution. On débat beaucoup en ce moment de l’identité de ce groupe ethnoreligieux, adorateur d’un dieu solaire, aux pratiques cultuelles marquées par les pratiques pré-islamiques et le soufisme, sur son appartenance ou non au peuple kurde et sur la qualification de victime de génocide qu’il revendique depuis 2014 (le parlement d’Arménie vient de suspendre l’examen d’un projet de loi tendant à cette reconnaissance). Le fait est cependant que si le régime kurde irakien de Barzani a voulu rendre hommage au calvaire des femmes yézidies asservies la tentative ne convainc pas les principaux concernés, et vient même alimenter la défiance entre les deux lobbyings, kurde et yédizi, actifs pour obtenir le soutien des Occidentaux. Le 19 septembre dernier Zelimkhan Alikoevich Mutsoev, un yézidi, russe tout juste réélu pour la cinquième fois député  à la Douma de la circonscription de Sverdlovsk, appelait le peuple kurde à l’unité contre Dae’ch. Ce genre d’appel n’est pas inutile. L’affrontement politique entre le gouvernement régional kurde et les yézidis autour du film Resheba ce mois-ci, alors que Mossoul n’est toujours pas tombée, augure en effet assez mal de la paix sociale du Kurdistan irakien quand Dae’ch sera éradiquée.

TERRORISME : UN NOUVEL AVATAR DU CONCOURS LÉPINE – Jean Daspry. S’il y a bien une lecture fastidieuse (toujours) mais fascinante (parfois), c’est bien la lecture quotidienne du Journal Officiel de la République Française (JORF pour les fins connaisseurs de la gastronomie administrative). Offerte gratuitement au citoyen par la consultation d’un site internet des plus officiels1, elle lui permet de découvrir quotidiennement l’inventaire à la Prévert de la Mère des arts, des armes et des lois ainsi que les nominations aux fonctions les plus prestigieuses de la République. Le JORF du 16 septembre 2016, à la rubrique « Mesures nominatives. Ministère des Affaires étrangères et du développement international », ne fait pas exception à la règle. Il nous permet de prendre connaissance du décret du 15 septembre 2016 (texte n° 29)2. Il est ainsi libellé : « M. Patrick Maisonnave, conseiller des Affaires étrangères hors classe, est nommé ambassadeur chargé de la stratégie internationale en matière de lutte contre le terrorisme ». Que peut-on en déduire en première analyse ? D’abord, qu’il s’agit d’une création de poste d’ambassadeur thématique tant critiquée par une sénatrice qui en demande chaque année, sans succès, la suppression. En effet, il n’est pas mentionné qu’il remplace un autre fonctionnaire. Ensuite, que le périmètre d’action de ce diplomate chevronné n’est pas précisé, du moins pour le commun des mortels. On imagine qu’il sera, si ce n’est déjà fait, muni d’une lettre de mission délimitant de manière précise le champ de ses activités. Enfin, que l’intéressé (grâce à une recherche ouverte complémentaire) est un ancien élève de l’ENA (promotion Condorcet), âgé de 53 ans , dont les deux derniers postes (importants et en vue diplomatiquement) ont successivement été à l’administration centrale (directeur des affaires stratégiques et de sécurité, direction qualifiée de « secte » au Département et rattachée à la prestigieuse direction générale des affaires politiques et de sécurité) et à l’étranger (ambassadeur de France à Tel Aviv rattachée à la direction Afrique du Nord/Moyen-Orient, direction qualifiée de « rue arabe » au Département). En un mot, un parcours d’excellence pour un agent d’excellence pour une fonction d’excellence. En tentant de faire marcher sa matière grise et avec le recul que donne la hauteur de la pensée, les questions légitimes ne manquent pas sur l’opportunité de la création d’un tel poste d’ambassadeur thématique. La première – mesquine – est de savoir si elle répond à un besoin politico-diplomatique pressant ou bien s’il s’agit simplement d’éviter à un diplomate le passage par la case placard ? Seuls les habitués des dîners en ville connaissent la réponse à cette question. La seconde – substantielle – est de savoir s’il n’aurait pas été préférable de disposer au préalable d’une stratégie interne cohérente de lutte contre le terrorisme avant de se lancer dans la définition d’une stratégie internationale (française, européenne, otanienne, onusienne…) ? A prendre connaissance des déclarations critiques du chef d’état-major des armées sur notre politique anti-terroriste lors des universités de la Défense, on serait tenté de le croire3. La troisième – institutionnelle interministérielle – est de savoir comment se situe notre nouvel ambassadeur sur l’échiquier administratif par rapport à toutes les autres entités en charge de la lutte contre le terrorisme : CNR à l’Élysée ; SGDSN rattaché au premier ministre, UCLAT du ministère de l’Intérieur, ministère de la Défense ; sans parler de la communauté du renseignement et plus spécifiquement de la DGSI et de la DGSE qui entretiennent de longue date fructueuses liaisons avec leurs homologues étrangers. La France détient, doit-on le rappeler, le record toutes catégories des usines à gaz administratives. La quatrième – institutionnelle interne au ministère des Affaires étrangères – est de savoir comment se situera cet ambassadeur par rapport à son ancienne direction (ASD) dont une sous-direction traite des menaces transversales, au premier rang desquelles le terrorisme ? Résultera-t-elle d’un modus vivendi ou d’un bras de fer entre le nouvel ambassadeur et l’un de ses successeurs ? On voit bien que les questions ne manquent pas. A ce stade, nous en sommes réduits à émettre de simples hypothèses de travail ou à s’autoriser à penser comme aurait dit Coluche en son temps. La véritable transparence, ce n’est pas maintenant ! « Je ne participe pas au concours Lépine des solutions les plus stupides contre le terrorisme ». Ainsi parlait, avec pertinence et humour (il faut le lui reconnaître humblement), l’ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy, François Fillon à l’occasion de sa rentrée politique dans ses terres, le 28 août 2016. Avec la nomination de ce nouvel ambassadeur thématique en charge de la stratégie internationale de lutte contre le terrorisme au sein du MAEDI, on est en droit de se demander si François Fillon n’a pas entièrement raison, si le Quai d’Orsay – dont la marche est de plus en plus boiteuse – de Jean-Marc Ayrault (que certains gratifient déjà du qualificatif de « comateux » à mettre en rapport avec celui « d’endormi » de son prédécesseur) ne vient pas d’apporter, à l’insu de son plein gré, une contribution de taille à ce concours Lépine des solutions les plus stupides contre le terrorisme.

1 www.legifrance.gouv.fr .
2 Décret du 15 septembre 2016 portant nomination d’un ambassadeur chargé de la stratégie internationale en matière de lutte contre le terrorisme – M. MAISONNAVE (Patrick), www.legifrance.gouv.fr , 16 septembre 2016.
3 Claude Angeli, Le chef d’état-major des armées contredit Hollande, Le Canard enchaîné, 14 septembre 2016, p. 3.

lire la suite…

 

L’ECRIVAIN NAHED HATTAR ASSASSINE A AMMAN – RFI, 25 septembre.

Un écrivain jordanien a été tué en pleine rue alors qu’il se rendait à une audience au tribunal d’Amman. Le tueur a été arrêté, ses motivations sont apparemment religieuses. Nahed Hattar, écrivain et journaliste, avait été incarcéré cet été pour une caricature moquant le paradis selon les combattants de l’Etat islamique. C’est d’ailleurs pour cette affaire qu’il devait comparaître aujourd’hui. Libéré de prison il y a deux semaines, Nahed Hattar a été abattu sur le chemin du tribunal. L’homme était plus connu pour ses déclarations coups de gueule, son esprit provocateur que pour ses écrits. Il soutenait également haut et fort le président syrien Bachar el-Assad. En août 2016, il publiait sur Facebook une caricature. On y voyait un combattant de l’Etat islamique, mort au combat, et qui donc arrive au paradis. Il est assis avec deux femmes à ses côtés et il hèle Dieu pour lui demander du vin. Ce dessin ironisait sur le discours jihadiste qui promet aux combattants morts un paradis décomplexé. Mais le message n’est pas passé. Le public et les milieux religieux jordaniens ont crié au scandale. Nahed Hattar a été emprisonné et inculpé d’insulte à la religion. Un crime dans le code jordanien qui peut valoir jusqu’à un an de prison. La Jordanie est un pays à majorité sunnite. Il y est impossible de critiquer la religion et seuls quelques-uns s y risquent. Le tueur a été arrêté, il s’agit d’un Jordanien de 49 ans. Ses motivations sont apparemment religieuses. C’est ce qu’il a déclaré à la police. Il se devait de punir un homme qui ne respecte pas Dieu, a-t-il dit. Le tueur a clairement lié son geste à la caricature publiée en août dernier par l’écrivain jordanien. L’homme vit dans une de ces villes de la banlieue d’Amman où le salafisme et un islam strict sont la règle. On sait qu’il revient tout juste d’Arabie saoudite ou il a accompli l’un des piliers de l’islam, le pèlerinage. L’homme attendait Nahed Hattar devant le tribunal. Il a tiré trois fois et s’est rendu à la police. Il a été rapidement présenté devant la Haute Cour criminelle. Le juge l’a accusé de crime avec préméditation et d’acte terroriste. Il sera donc présenté ultérieurement devant la Cour de sureté de l’Etat, une cour militaire qui traite toutes les accusations de terrorisme. Le gouvernement a réitéré dans l’après-midi sa condamnation, en insistant sur un point : ce type de crime est étranger à la société jordanienne.

 

DANS LA PRESSE LIBANAISE :

Armée libanaise / Reconduction du mandat du général Jean Kahwagi ?
Selon l’agence Al Markazia, cette reconduction est acquise à 99%. Tous les blocs politiques au sein du gouvernement, à l’exception du Courant patriotique libre, qui la juge illégale, approuvent cette décision. Ce serait au ministre de la Défense, Samir Mokbel, de la prendre, au cas où le Conseil des ministres ne se réunit pas. Le décret serait signé à 0 heure, dans la nuit du 28 au 29 septembre.

Sécurité / Arrestation par l’armée libanaise de l’«émir » Imad Yassine, la tête de Daech du camp de réfugiés palestiniens d’Aïn El Héloué

  • L’Emir de l’EI à Aïn El Héloué arrêté par l’armée. L’opération a eu lieu au lendemain d’affrontements entre le mouvement Fateh et les partisans de Bilal Badr, un caïd du camp. Selon un communiqué de l’armée, « plusieurs mandats d’arrêt étaient émis à l’encontre de Imad Yassine qui préparait des attentats terroristes contre des postes de l’armée, des lieux touristiques et commerciaux, et des zones d’habitations dans plusieurs régions libanaises (…) Yassine a été aidé par des organisations terroristes se trouvant hors du Liban ».
  • Les « partisans du cheikh Imad Yassine » ont diffusé un communiqué promettant aux « complices [des SR de l’armée] qui ont vendu ce moudjahid » – dont Osbat Al-Ansar, le dénommé Mahmoud Issa, alias Lino, et des dirigeants du mouvement Fateh – de le venger.
  • D’après les informations du Akhbar, d’autres membres de Daech, notamment Jamal Roumayed et Hilal Hilal, se trouveraient toujours dans le camp d’Aïn El-Héloué.
  • Selon une « source sécuritaire de haut niveau » que cite Al Joumhouria, Yassine était chargé d’assassiner plusieurs responsables politiques à Saïda et à Beyrouth, notamment Nabih Berri.
  • Al Manar (Hezbollah) estime que l’arrestation de Yassine aurait un effet domino et permettrait le démantèlement de « plusieurs cellules terroristes disséminées sur le territoire libanais ».
  • La NBN (proche de Nabih Berri) rapporte que le terroriste était chargé par « l’organisation-mère à l’étranger » de mener des attentats contre des positions de l’armée libanaise et des agglomérations résidentielles.

  • Rosanna Rammal (Al Binaa, organe du PSNS) n’exclut pas des opérations terroristes visant l’armée en guise de vengeance. Elle se demande à ce propos si les pays occidentaux, « qui ne cessent de rappeler leur attachement à la stabilité du Liban », fourniront à l’armée les armes et équipements dont elle a besoin dans le cadre de sa lutte antiterroriste.

lire la suite…

 

Les guerres du Moyen-Orient résultent de l’affrontement des puissances pour contrôler robinets et couloirs d’export du pétrole et du gaz. La hausse du baril entre étés 2010 et 2014 finança moult mercenariats pour créer de nouvelles frontières, des couloirs de gazoducs et oléoducs. Inversons ce processus destructeur. Taxons vite et bien énergies fossiles, transactions financières et armes : d’où baisse de la demande et du baril, extinction des excès des ploutocraties, financement des réparations et reconstructions, soutien aux transitions, protection du climat. Les fautes reconnues de Bush, Blair, Cameron, Sarkozy, et Netanyahou notamment ne peuvent rester impunies, en respect aux millions de victimes des pays ravagés par leurs guerres. Une Résolution sous chapitre VII suffirait : application des Résolutions sous 6 semaines. Jamais plus 2 poids et 2 mesures, dixit Chirac en 91. Pas de paix dans l’impunité, dixit Ayrault !

Bernard Cornut

 

SACRE PIERRE CONESA !

Pourtant remarqué à chacune de ses interventions à la télévision, Pierre Conesa y est rarement invité. Agrégé d’histoire, énarque, ses états de service dans l’enseignement, la défense, l’armement et le renseignement auraient pu lui assurer un complément de retraite confortable dans le lobbying en tous genres s’il s’était enfin abstenu de dire ce qu’il pense. Trop savant, trop brillant, trop décontracté, il a longtemps partagé les secrets d’État, il en sait long, il décourage les candidats à la contradiction. Lorsqu’en responsabilité il lui arrivait d’être placardisé, il en profitait pour voyager dans des pays sans touristes ou écrire des livres singuliers : son petit Guide du paradis Edition de l’Aube 2011 est une friandise truculente à mettre sur toutes les tables de chevet. Cet intellectuel ne pouvait pas escamoter le débat sur l’Islam. Il n’est pas arabisant, n’a jamais mis les pieds à La Mecque mais a visité toutes les capitales du Moyen-Orient où il a observé les Altesses dans l’ombre discrète des délégations officielles; de surcroît, il n’a pas son pareil pour faire la synthèse d’une pile de documents.

Avec la parution de sa dernière contribution Dr Saoud et Mr Djihad ou La diplomatie religieuse de l’Arabie Saoudite chez Robert Laffont, l’iconoclaste jette un pavé qui fera des vagues dans le marigot des jihadologues. Il s’agit d’une échographie du monstre à double visage qui ronge l’islam: la monarchie wahhabite saoudienne.

Hubert Védrine dans une préface remarquable salut cette étude du  saoudo-wahhabisme comme élément du « soft power idéologique planétaire » au même titre que celui d’Israël, de la Russie, du Vatican…et juge l’ouvrage « sévère mais documenté… qui comble une lacune de l’analyse politique » espérant au passage que le moteur auxiliaire du wahhabisme saoudien de « certains émirats » (traduire le Qatar), fera l’objet d’un indispensable complément d’enquête.

La diplomatie religieuse de l’Arabie Saoudite est un modèle d’endoctrinement et de prosélytisme d’État au service d’une idéologie que Pierre Conesa n’hésite pas à comparer à celui des Khmers rouge et des Nazis. C’est une usine à propager le racisme , la misogynie, l’homophobie, la haine du dissemblable. Elle dispose de moyens logistiques illimités et bénéficie d’une totale impunité auprès de la communauté internationale corrompue par les achats de pétroles et les ventes d’armes.

Avec la rigueur du professeur d’Université, il retrace la genèse du Royaume wahhabite en s’appuyant sur une solide documentation d’ouvrages académiques dont le plus remarquable mérite d’être inlassablement cité : « Le pacte de Nejd » par Hammadi Redissi, publié au Seuil en 2007, qui demeure l’ouvrage le plus éclairant sur l’émergence planétaire de l’islam sectaire.

Conesa scrute le formidable réseau d’influence de la Ligue Islamique Mondiale, une ONG qui dispose d’un budget annuel estimé à 5 milliards de dollars soit cinq à sept fois plus que l’ex URSS et vingt fois moins que le Vatican.

Cette diplomatie prosélyte de l’ombre est sans contradicteur car elle est systématiquement défendue par la diplomatie officielle. Aucun régime démocratique ne peut lutter contre contre le mal qui se déguise en bien ; contre Dr Saoud et Mr Djihad ; contre le chantage et l’argent. Et l’auteur de rappeler que le gouvernement d’union de la gauche de Mitterrand s’était résolu, au début des années 80 à contracter un emprunt de 3 milliards de dollars auprès de Riyad ;

Hedy Belhassine
26 septembre 2016

lire la suite…

Print Friendly