Observatoire Géostratégique                      numéro 80       /      20 juin 2016

EUROSATORY 2016 : LA BALLE AU CENTRE…

Par une fortuite coïncidence, la fête du football et la kermesse de l’armement se déroulent au même moment. Entre le stade de Saint-Denis, celui de Lens et le parc des expositions de Villepinte près de Paris, le choix – pour certains – est cornélien. Eurosatory est le plus important salon international de l’armement terrestre et de la sécurité. Il réunit tous les deux ans, en alternance avec celui de l’aéronautique et de l’espace du Bourget, tout le gotha des marchands de canons et des engins de surveillance.  Depuis l’époque de François 1er la France produit des armes d’excellentes réputations. Il faut s’y résigner. C’est une tradition dont elle s’accommode parfaitement mais sans l’assumer totalement. La presse est discrète, elle relaie les discours alambiqués des communicants qui refusent d’avouer qu’une arme sert à tuer. Le sujet est délicat car comme le rappel Rony Brauman dans une interview à Ouest France « L’armement dépend de la morale de chacun » l’ancien de Médecins sans frontières ajoute « vendre des Mistral c’est pas comme vendre des hôpitaux ». Oui mais, Paris vaut bien une messe et priorité à l’emploi rétorque le patron du GICAT, un groupement de 200 industriels, qui claironne l’embauche de 40 000 personnes d’ici trois ans.

En fait, la morale voudrait que l’on prohibe la vente de canons aux méchants Saoudiens et que l’on cède à prix coûtant des sous-marins aux gentils Australiens. Mais c’est impossible. C’est comme exiger le retour de Platini à l’UEFA ! La balle est une affaire d’Etat. C’est elle qui fait gagner, c’est elle qui fait dresser les foules chantantes en agitant le drapeau. Elle réconcilie et cimente l’union de la nation dans la rage de vaincre l’étranger. Mais comme partout il y a des grincheux qui sous prétexte de quelques tribunes effondrées et de rixes de supporters avinés, voudraient au nom du principe de précaution en interdire l’expansion !

Tout comme le football, l’armement suscite les débats. Étant entendu que nul ne saurait s’afficher ouvertement anti-foot ou pro-armement. Contrairement aux USA, en France on aime le ballon et on déteste les canons. C’est la raison pour laquelle on nous dit tout sur l’Euro 2016 mais rien sur Eurosatory 2016.

La 25ème édition d’Eurosatory ressemble à un banal salon. Des stands d’exposants, des pavillons de différentes nations, des démonstrations de matériels, des conférences d’experts … L’entrée est réservée à 50 000 visiteurs civils et militaires tous triés sur le volet. 700 journalistes accrédités répercutent l’évènement aux quatre coins du monde : on y voit cinq jours durant, une foule de pékins (surtout des hommes) avec un badge autour du cou (nom, prénom, fonction, société, pays) qui déambulent dans les allées gigantesques, s’arrêtent pour reluquer les hôtesses, ramasser un prospectus, échanger des cartes de visite. Bien entendu le lieu est plein d’espions car dès qu’une arme nouvelle arrive sur le marché, la contre-arme qui la détruira doit être au plus vite inventée. C’est comme ça depuis la lance et le bouclier, le fusil et le blindé, le missile et l’anti-missile…la logique inventive de Léonard de Vinci n’a pas changé.

Hedy Belhassine

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PRESIDENTIELLE LIBANAISE : FRANGIEH, PLUS QUE JAMAIS !

Depuis le dimanche 25 mai 2014, le Liban est sans président de la République… En avril 2014, le Parlement s’était réuni à cinq reprises sans parvenir à élire un successeur au président Michel Sleiman, dont le mandat avait expiré le 24 mai à minuit. Lors de la première réunion, le 23 avril, aucun des deux candidats déclarés, le chef chrétien anti-syrien Samir Geagea (extrême-droite) et le député centriste Henri Hélou, soutenu par le leader druze Walid Joumblatt, n’avaient pu obtenir les deux tiers des votes nécessaires pour être élu dès le premier tour (soit 86 des 128 membres du Parlement).

Lors des tours suivants, il suffisait qu’un candidat obtienne la moitié plus un des votes (65 députés) pour accéder à la présidence. Mais une coalition composée du Hezbollah, de son allié chrétien, le Courant patriotique libre (CPL), et de deux petites formations pro-syriennes, avaient bloqué le quorum, pour empêcher l’élection de Samir Geagea ou d’une autre personnalité de l’alliance du 14-Mars (la droite libanaise soutenue par l’Arabie Saoudite et des pays occidentaux).

Ce blocage provoquait une grave entorse au pacte national, qui régit le système politique libanais. Le Premier ministre sunnite et le président du Parlement chi’ite sont en fonction et exercent pleinement leurs prérogatives, alors que les chrétiens gèrent le poste présidentiel qui leur est attribué conformément à la répartition communautaire des responsabilités politiques. Cette vacance de la présidence perdure dans un contexte où les chrétiens craignent de voir leur présence, leur rôle et leur influence se réduire avec la montée des attaques et attentats salafo-jihadistes dans la région. Ces appréhensions sont d’autant plus justifiées que c’est la deuxième fois en sept ans que le Parlement ne parvient pas à élire un président dans les délais constitutionnels. Après la fin du mandat d’Emile Lahoud, en septembre 2007, le Liban était resté sans président pendant plus de six mois. Michel Sleiman n’avait été élu qu’à la faveur d’un compromis interlibanais conclu à Doha, sous l’égide des puissances régionales et internationales. Six ans plus tard, le même scénario se reproduisait, mais dans un contexte régional autrement plus complexe et dangereux.

Dès janvier 2014, prochetmoyen-orient.ch écrivait que, pour sortir de cette impasse, la solution s’appelait Sleiman Frangieh ! Pourquoi ? Parce que ce jeune leader chrétien du Nord, populaire et compétent (ayant occupé plusieurs postes ministériels difficiles) – membre de la coalition du 8 mars -, pouvait parler à la fois à Bachar al-Assad, au Hezbollah, aux Iraniens, aux Russes, aux Saoudiens et aux Occidentaux ! Plus que jamais, cette incompressible évidence demeure pertinente, et ce pour trois raisons : les dernières élections municipales ont conforté la solution Frangieh dans la presque totalité des régions, notamment dans la municipalité emblématique de Jounieh ; la victoire annoncée contre Dae’ch en Irak et en Syrie va consolider les positions russes, iraniennes et du Hezbollah mais simultanément augmenter une menace terroriste ciblant non seulement les pays de la région mais aussi ceux d’Europe et tout particulièrement la France ; enfin, les questions intérieures récurrentes concernant les ordures, l’eau, l’électricité, l’éducation et les minimas sociaux nécessitent une rupture politique radicale avec l’establishment corrompu et vieillissant issu de la guerre civilo-régionale (1975 – 1990).

Dans ce contexte des plus volatiles, la solution Frangieh n’annonce pas la fin de l’histoire et ne prend pas valeur d’un miracle susceptible de résoudre tous les problèmes MAIS, elle présente trois avantages indéniables : éviter la répétition du fiasco irakien : cherchant à exclure les Sunnites du pouvoir le premier ministre Maliki a cristallisé la polarisation communautaire et l’implosion de l’Etat ; la rupture provoquée favoriserait une remise à plat du système politique libanais, le « pays message » se donnant ainsi l’opportunité de devenir « pays laboratoire » ; enfin, et au-delà du Liban, elle aura valeur de symbole pour l’ensemble des Chrétiens d’Orient ou plutôt des Arabes chrétiens, composante historique essentielle à la stabilité et à l’avenir de l’ensemble des Proche et Moyen-Orient.

Contrairement à de nombreux commentaires estimant que le Hezbollah ne peut être en faveur de cette solution – restant engagé par l’accord qu’il a noué avec Michel Aoun en 2006 -, plusieurs responsables du parti chi’ite ont officieusement opté pour la solution Frangieh. Il est clair que ce n’est pas au Hezbollah à trancher un différend chrétien, mais plusieurs de ses plus hauts responsables ont parfaitement compris que l’après Aoun a déjà commencé… En se rapprochant de l’extrême-droite chrétienne de Samir Geagea, les partisans de Michel Aoun s’illusionnent grandement s’ils croient pouvoir dévorer leur ancien ennemi. Les meilleurs experts du Liban, qui connaissent les capacités de nuisance du commanditaire de l’assassinat de tellement de dirigeants chrétiens dont le père de Sleiman Frangieh1 – prédisent à juste titre qu’après Aoun le patron des Forces libanaises raflera la mise chrétienne. Et ce n’est certainement pas Gibran Bassil, l’actuel ministre des Affaires étrangères (gendre de Michel Aoun), qui pourra empêcher la réalisation de cette triste perspective…

Aujourd’hui, le blocage de la présidentielle libanaise reste total parce que conditionné par la confrontation Arabie saoudite/Iran. Au-delà de l’engagement militaire de Riyad au Yémen et en Syrie, l’élection d’un président libanais demeure l’otage d’une révolution de palais inachevée… En attisant les conflits régionaux, la monarchie wahhabite nourrit une surenchère qui s’explique, en grande partie, par une guerre de succession pour le trône. Partout, le maître d’œuvre de cette politique est Mohamed ben Salman Al-Saoud (MBS), ministre de la Défense et vice-premier Ministre. Il est aussi vice-prince héritier, mais derrière son concurrent Mohammed Ben Nayef ben Abdelaziz Al-Saoud (MBN), lui aussi vice-Premier ministre mais surtout prince héritier en premier. Lié aux grandes sociétés du complexe militaro-industriel américain et aux stratèges du Pentagone, MBN devrait logiquement succéder à l’actuel roi Salmane.

En fait, avec l’aide de son père l’actuel roi Salmane, MBS est en passe de réussir à supplanter son concurrent. Il aurait convaincu le conseil des Oulémas qu’il représente mieux l’orthodoxie wahhabite tout en ayant lancé un ambitieux programme de modernisation de l’économie et de l’administration du royaume baptisé « Vision-2030 ». Hormis MBN, les fils des rois Fahd et Abdallah ont soigneusement été écartés, eux-aussi, de toutes responsabilités importantes. L’Arabie saoudite était traditionnellement dirigée par une famille. Aujourd’hui, elle l’est par un clan.

Cette épuration ne résulte pas seulement de querelles de parentèles, ni ne vise uniquement l’accès à la rente et aux prébendes qui vont avec, mais exprime la volonté du clan des Soudaïri – revenu au pouvoir dans le sillage du nouveau roi Salmane – d’une rupture avec la politique des Tuwaïjri et des tribus Chammar du feu roi Abdallah. Ce dernier était d’autant plus suspect aux yeux des premiers, qu’il cherchait à établir un système d’évitements, sinon d’arrangements avec l’Iran, estimant – sans doute à juste tire – que l’Arabie avait tout à perdre dans une confrontation directe et permanente avec le grand voisin chi’ite.

C’est dans ce contexte de guerre de succession inaboutie que l’Arabie saoudite s’est réconciliée avec les Frères musulmans. Elle continue de soutenir allègrement les katibas de la Qaïda, de Dae’ch, de Jabhat al-Nosra et des autres variantes armées d’un Islam radical qui s’inspire essentiellement du wahhabisme, doctrine officielle de la monarchie. Bien-sûr, Riyad fait officiellement partie de la coalition contre Dae’ch – qui revendique plusieurs attentats contre des mosquées chi’ites du royaume… – et va même jusqu’à fabriquer une nouvelle coalition « arabe » contre l’ « Etat islamique », mais le cœur n’y est pas… Les services de renseignement les plus sérieux sont obligés de reconnaître que l’Arabie saoudite, en dépit de ses efforts de communication, joue toujours un double jeu, continuant en sous main à soutenir les jihadistes engagés au Liban, en Irak, en Syrie, au Maghreb, dans la bande sahélo-saharienne, ainsi qu’en Asie, voire en Europe.

Quoiqu’il en soit et lorsque cette révolution de palais arrivera à terme, Riyad reviendra à plus de réalisme, non seulement dans sa relation avec Téhéran mais aussi sur les autres dossiers régionaux, dont le Liban. Riyad comme Téhéran devront alors fournir des gages de bonne volonté pour rétablir un meilleur équilibre régional. Dans ces conditions, le Liban et la question de la présidentielle devraient s’imposer comme l’une des priorités d’une paix froide retrouvée entre Sunnites et Chi’ites… Désormais durablement installé dans le paysage politique libanais, la solution Frangieh devrait alors refaire surface et s’imposer.

En dernière instance et au-delà de toutes considérations géopolitiques, l’élection de Sleiman Frangieh à la présidence de la République du Liban prendrait valeur d’un symbole fort, très fort ! En devenant le premier des Libanais, le survivant de la tuerie d’Ehden, qui a exprimé le pardon depuis longtemps, incarnera surtout la volonté d’un pays rassemblé passant du stade de « message » à celui de « laboratoire »… Longue vie au Liban !

Richard Labévière
20 juin 2016


1 Richard Labévière : La tuerie d’Ehden ou la malédiction des Arabes chrétiens. Editions Fayard, 2009.

LAROSSI ABBALLA : OU SONT LES EXPERTS ? – Jacques-Marie Bourget. Après avoir commis son acte barbare, Larossi Abballa a posté une vidéo dans laquelle il proclamait son allégeance au califat autoproclamé de Dae’ch et justifiait son crime en se référant au wahhabisme, ce que les nombreux docteurs es-télévision et « experts » en islamisme, jihadisme, radicalisme, déradicalisme, loup-solitarisme… n’ont pas voulu relever. Et pour cause: le wahhabisme, on n’y touche pas et encore moins les deux monarchies qui l’incarnent, le financent et le propagent jusqu’en Europe, à savoir le Qatar et l’Arabie Saoudite. La vidéo à laquelle l’auteur fait allusion a été supprimée par YouTube. Circulez, il n’y a rien à voir ! Une tête d’ange et un parcours exemplaire : études à l’école polytechnique des Mureaux, stage dans une prison cinq étoiles, réinsertion pour bonne conduite et maitrise des sciences wahhabites… Ses crimes commis, Larossi Abballa, le criminel fou d’Allah qui a poignardé un policier français et sa compagne, s’est attablé devant une caméra afin de confier son testament « au monde », via Facebook Live. La vidéo est là, onze minutes d’un monologue pathétique où il donne ses consignes aux frères, qu’il encourage à suivre son exemple.  Vérifier mes propos est simple : il suffit de se rendre sur YouTube et de taper les nom et prénom du « jihadiste ». Ce qui est étrange dans ce monde d’experts auto-proclamés, mais qui ont en commun la défense des prises de position de l’OTAN, c’est qu’aucun des Mathieu « Guidère » et Gilles Kepel n’ont trouvé le temps de traduire cette diatribe finale. Double traduction, d’abord de l’arabe au français, puisque certain passage sont dans la langue d’Averroès. Puis décryptage de cette traduction afin d’en révéler le contenu « religieux » (ou du moins qui a l’ambition de l’être). Afin que les mécréants et autres croisés puissent savoir qui a entassé cet étrange « catéchisme » dans le cerveau de Larossi  Abballa… Il nous faudrait des exégètes et nos « savants » sont muets… Ayant la malchance de n’être ni arabisant ni théologien et historien de l’islam, j’enrage d’être devant des aveux et un programme que je juge intéressants. Pourtant une chose est claire, pour la partie exprimée en français, le jihadiste de Magnanville est gravement gavé d’un islam wahhabite. Dans sa vidéo on l’entend évoquer le petit fils de Mohammed ben Abdelwahhab, un « savant » qui exprime clairement que l’on peut et doit « faire le djihad même sans le « suivi » les conseils et l’approbation d’un imam ». Voilà qui est dit, avoué et donne une consistance à la théorie des « loups solitaires ». Quand on est isolé, on peut et on doit pratiquer le jihad, les wahhabites le proclament. Bizarre donc que ces maîtres qui nous éclairent au-travers des écrans de télévisons, ne nous expliquent pas tout cela. Abballa n’est pas devenu jihadiste sous l’injonction d’un imam « banal », d’un imam de campagne comme on le dit d’un curé. Il est devenu terroriste pour obéir aux préceptes d’un islam propagé, en France et en Europe, par deux démocraties très douces qui sont l’Arabie Saoudite et le Qatar. Bizarre cet oubli ? Serait-ce le poids économique de ces pays très amis ? Après avoir, et c’est une honte, participé à un Conseil de guerre aux côtés des Saoud, après avoir souillé la Légion d’honneur en décorant un prince-ministre de Riyad, Hollande, afin qu’il n’y ait pas de jaloux, s’en est allé baiser le pied de l’émir du Qatar. Un émir qui, en matière de wahhabisme, dispute la suprématie de son prosélytisme dans le monde avec ses amis-ennemis saoudiens. Evoquer dans la presse le partage philosophique entre Larossi Abballa et l’idéologie religieuse et mortifère de ces deux pays,  piliers de la politique française et acheteurs de Rafales, est sans doute trop mal élevée pour être dite, écrite.

SYRIE : CES EMBARASSANTES NOTES RUSSES – Michel Annequin. Pourquoi le Conseil de sécurité ne tient-il pas compte des informations fournies par les Renseignements russes au sujet du rôle joué par la Turquie dans le financement de Daech et de Al-Nosra? Se donne-t-on vraiment les moyens de lutter contre le terrorisme comme le prétendent à longueur de journée les responsables politiques Occidentaux. A cinq reprises depuis le début de l’année, (1er février 2016, 10 février 2016, 21 mars 2016, 31 mars 2016, 19 mai 2016), le représentant de la Fédération de Russie auprès de l’Organisation des Nations Unies à New York, Vitaly Churkin, a transmis des informations très détaillées sur les sources de financement de l’Etat islamique. A savoir: le commerce illégal d’hydrocarbures et la revente d’antiquités provenant des pillages commis sur des sites archéologiques en Irak et en Syrie (S/2016/94 – S/2016/143 -S/2016/262 – S/2016/298 -S/2016/457). En donnant les noms des sociétés et des négociants impliqués dans ce vaste trafic, la Russie jette également une lumière crue sur les complicités au plus haut niveau de l’Etat turc qui permettent aux combattants islamistes de se procurer des armes, des munitions et des véhicules. Moscou pointe du doigt l’implication directe des services de renseignements turcs dans cette chaîne d’approvisionnement. Les mémos transmis au Conseil de sécurité montrent que des entreprises turques, pour la plupart installées dans le sud-est du pays, ont fourni des quantités astronomiques de nitrate d’ammonium, de nitrate de potassium, de poudre d’aluminium, de nitrate de sodium et de glycérine; des produits qui servent à produire des bombes. Une partie de ce matériel, armes et composants chimiques, a été acheminée en Syrie avec la bénédiction des autorités turques. Là encore, les notes russes expliquent avec force et détails comment des organisations «philanthropiques» s’y sont prises pour acheminer ces «chargements humanitaires». Les preuves fournies par la Russie sur le double jeu de la Turquie sont accablantes. De surcroît, incontestables et incontestées. Pourtant, le Conseil de sécurité a refusé d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Erdogan joue au sorcier. Tout le monde le sait. Tôt ou tard, les notes russes remonteront à la surface. Entre-temps, quelques milliers de civils syriens de plus auront péri sous les bombes et les tirs de fanatiques armés par la Turquie. L’Histoire retiendra que l’Europe et les Etats-Unis, en voulant ménager leurs intérêts, ont sacrifié leurs valeurs.

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AU CONSULAT DE FRANCE A BEYROUTH, les Syriens peinent à obtenir des visas – Médiapart, 18 juin.

Les voies légales existent pour faire venir en Europe les réfugiés syriens sans qu’ils risquent de mourir en mer. Encore faut-il pouvoir y accéder. Exemple au consulat de Beyrouth, au Liban, où les visas, notamment humanitaires, sont délivrés au comptegouttes. Depuis 2011 et le début du conflit en Syrie, la France a accueilli près de 10 000 Syriens sous différents statuts. Certains sont arrivés dans l’Hexagone par leurs propres moyens et y ont demandé l’asile ; les autres, qui n’ont pas les moyens financiers ou refusent de prendre le risque du périple au travers de la Turquie, de la mer Égée et de l’Union européenne (UE), disposent de deux solutions : le dépôt d’une demande de séjour au consulat de France dans les pays voisins ou le programme de réinstallation établi avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Au Liban, une centaine de demandes est déposée chaque mois au consulat. Dans ce pays, deuxième pays d’accueil de ces réfugiés, ils sont près de 1,1 million à être enregistrés auprès du HCR, soit 25 % du pays, un chiffre qui ne prend pas compte les Syriens ne s’étant pas fait reconnaître auprès de l’organisme des Nations unies. En avril dernier, François Hollande, alors en visite à Beyrouth, a promis que la France en accueillerait 1 000 en 2016 et 3 000 d’ici 2017, contre 500 en 2014 et 2015, dans le cadre du programme de réinstallation. En sont exclus les Syriens arrivés au Liban après le 1er janvier 2015, car le HCR ne les enregistre plus. Pour ceux-ci, des possibilités légales pour arriver en France subsistent. « Il existe différents types de visas selon le motif du déplacement – touristique, professionnel, familial, études, asile – et selon la durée du séjour, supérieure ou inférieure à trois mois.

 

DANS LA PRESSE LIBANAISE :

France / Liban / Armée libanaise
L’agence Al Markazia cite le ministre de la Défense Samir Mokbel comme ayant souligné le soutien des Etats-Unis et de la France à l’armée libanaise « après avoir constaté les faits d’armes de l’armée, qui a prouvé mériter toute aide possible d’autant que le Liban se trouve sur la ligne de front en matière de lutte antiterroriste ».

La visite de l’Ambassadeur, lundi, à l’Association des Commerçants de Beyrouth est couverte de manière factuelle par plusieurs médias.

Amine Maalouf, invité de la chaîne israélienne i24 le 2/6

  • Lu sur le site NOW : Amin Maalouf normalizes relations with Israel

  • Al-Akhbar publie trois tribunes critiquant le passage de l’écrivain sur la chaîne israélienne : « Amine Maalouf…concentre-toi sur ton travail littéraire et oublie Israël » (Richard Labévière, rédacteur en chef du site prochetmoyen-orient.ch), « Un intellectuel arabe doit s’adresser à l’occupant en le boycottant » (Khristo El-Murr, professeur universitaire), « Il ne présentera pas d’excuses et ne fera pas marche arrière » (Ziad Mouna).

France/Syrie
Al-Binaa (organe du PSNS) cite des « sources informées » selon lesquelles les forces spéciales françaises présentes dans la région de Ain Arab, au Nord de Raqaa, auraient commencé « à équiper une piste d’atterrissage pour les hélicoptères sur une colline surplombant la ville pour transporter les soldats du nord de l’Irak vers la Syrie ».

France/Michel Aoun
Al-Liwaa estime que sans la protection, l’aide et l’asile de la France, Michel Aoun aurait sans doute été atteint par les Syriens et n’aurait pas pu, s’il ne vivait pas en sécurité en France, devenir aujourd’hui candidat à la présidentielle. « Mais le voilà aujourd’hui, au lieu d’être reconnaissant envers la France, qu’il s’allie avec le Hezbollah », fustige le quotidien.

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En 1993 la Commission Européenne négociait avec les Etats-Unis pour introduire une taxe sur le CO2. Déjà ! Le dossier de Bruxelles parlait alors du prix du pétrole en ECU/m3 et de la taxe en ECU/tonne. Un jour les négociateurs américains dirent « On n’y comprend rien. Revenez au $/baril !». La Commission céda puis perdit aussitôt la négociation. Quel que soit le vote britannique jeudi, l’UE devrait enfin se mettre à payer pétrole et gaz en Euro/m3. En cas de BREXIT, l’UE libérée du veto britannique pourra progresser vite pour harmoniser les bases fiscales et les taux, étape clé et trop retardée de l’intégration. Au fait savez-vous combien de litres contient un baril ? Non ! Alors vous ne connaissez pas le prix du pétrole !

Bernard Cornut

 

HUMOUR ET DIPLOMATIE : GRAINES DE DISCORDE

« L’humour ne se résigne pas, il défie » (Sigmund Freud). La dénonciation, voire la condamnation de l’humour a longtemps été le « privilège », la marque de fabrique des régimes autoritaires peu soucieux de la protection de la liberté d’expression de leurs citoyens. Aujourd’hui, elle n’est plus l’apanage des dictatures. A défaut d’être touchés par la grâce, les régimes dits démocratiques sont atteints par un double virus. Le premier mal se manifeste par l’imposition d’une forme d’expression aseptisée de la pensée que l’on qualifie de politiquement correct, d’idéologie dominante ou de bien-pensance. Le second se manifeste par la condamnation de l’interdit par diverses formules qui vont de la décrédibilisation ou de l’anathème à la traduction de l’outrecuidant, du déviant devant le tribunal de l’inquisition, le tribunal médiatique, voire devant le tribunal pénal.

Lentement mais sûrement, l’obscurantisme remplace les Lumières. Le conformisme, la servilité l’emportent sur l’impertinence. La pensée unique tient de nos jours le haut du pavé en partie grâce à la tyrannie des communicants et des « perroquets à cartes de presse ». Qu’en est-il de la relation entre diplomatie et humour ? Comment l’humour trouve-t-il sa place dans les traditions diplomatiques ? Comment l’humour peut-il, aujourd’hui encore, déboucher sur de véritables incidents diplomatiques ?

HUMOUR ET TRADITIONS DIPLOMATIQUES

Dans l’histoire de la diplomatie, l’humour est un sujet qu’il convient de manier avec d’infinies précautions à l’extérieur et à déguster avec une extrême modération à l’intérieur.

A l’extérieur : humour, s’abstenir fortement. Si le diplomate offre à la raillerie une cible privilégiée et si on le caricature volontiers, il lui est vivement recommandé de s’abstenir de jouer de l’humour, de l’ironie dans ses relations avec ses homologues étrangers. Cela est souvent mal compris au crible de la traduction d’expressions idiomatiques dans une langue étrangère. Par ailleurs, le diplomate peut considérer qu’un trait d’humour inconsidéré est adressé, au-delà de sa modeste personne, à l’État qu’il représente. Enfin, l’humour n’a pas la même signification au Nord qu’au Sud, en Occident qu’en Orient. Le jeu de mots à la française est souvent mal compris de nos « amis » anglo-saxons. Il est vrai que nous sommes souvent désarçonnés par leurs « private jokes » dont nous peinons parfois à comprendre ce qu’elles auraient d’humoristiques.

Guillaume Berlat

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