Observatoire Géostratégique

numéro 191 / 13 août 2018

CANADA ET ARABIE BADAWI…

Hommage à Chrystia Freeland, la bien nommée native de Rivière-la-Paix. Elle est ministre des Affaires étrangère du Canada, terre d’asile de ceux qui fuient la barbarie. Son nom sera à jamais associé à celui de Badawi. Badawi, le Gandhi de l’Arabie. En langue arabe, ce patronyme se décline et se conjugue désormais à tous les temps ; c’est un mot nouveau qui exprime à la fois le courage, la justice et la liberté.

Chacun connait l’histoire de ce paisible blogger saoudien emprisonné et fouetté en place publique. Son épouse Ensaf, réfugiée avec ses trois enfants à Montréal, se bat inlassablement pour la libération de Raif et de ses proches inlassablement persécutée : frères, sœurs, cousins, copains… Les pays signataires de la déclaration des droits de l’Homme sont indifférents à l’exception de la Suède, l’Allemagne, la Suisse et le Canada.

Indignée par les nouvelles arrestations de Badawi, l’Honorable dame Freeland a publiquement appelé le Royaume d’Arabie à libérer les emprisonnés de Riyad. Alors, répondant à l’audace de cette « intolérable ingérence », le roi et le petit prince ont donné 24 heures à l’ambassadeur du Canada pour faire ses valises. Puis, pour faire bonne mesure, ils ont gelé toutes les transactions commerciales et financières avec Ottawa, rappelé les quelques 7 000 étudiants boursiers et leurs familles, suspendu les relations aériennes, convoqué tous les pays arabes à se solidariser et déclenché un campagne médiatique en faveur … du Quebec libre ! Et comme dame Freeland refusait d’aller baiser les babouches de l’offensé, le roi a ordonné à ses sujets malades s’aller se faire soigner hors du Canada et il a déclenché un mini crach à la bourse de Toronto en bradant massivement quelques millions de titres.

Malgré la canicule, ces gesticulations ont été accueillies avec sang-froid. Hors la réaction bien sentie de quelques chroniqueurs de la presse canadienne, la nouvelle a été reléguée en quatrième de couverture alors qu’elle faisait la une des journaux en Arabie. À Ottawa, un porte-parole a sobrement réagit en quelques mots : « Canada will continue to advocate for human rights and for the brave women and men who push for these fundamental rights around the world ». Et d’entonner in petto in french l’hymne national : ô Canada toujours guidé par sa lumière, gardera l’honneur de son drapeau !

Les échanges commerciaux entre les deux pays sont modestes, à peine quelques petits milliards. Le pays des caribous n’a pas besoin du pétrole et du gaz arabe alors que les saoudiens raffolent du sirop d’érable et fréquentent massivement les universités et les cliniques canadiennes. L’affaire est donc en apparence dérisoire d’autant que l’ire de Riyadh ne concerne pas la livraison à l’armée saoudienne de 900 blindés au prix de 14 milliards de dollars destinés à massacrer les yéménites. Le fabuleux contrat paraît nullement menacé car les industries d’armements canadiennes sont pour la plupart des filiales de groupes US. Au pire, le marché sera repris par la maison mère et sous traité de l’autre coté de la frontière.

Fort de son expérience de fâcherie avec le Qatar qui a pourtant tourné au fiasco, Riyad a également intimé à tous ses pays vassaux d’adopter la même posture indignée. Alors, le « Parlement arabe » ; instance provisoire depuis 2001 où siègent 67 parlementaires fantômes désignés par 22 dictatures et deux démocraties en devenir, a immédiatement rugit…dans l’indifférence générale.

Le message de menace « ubi et orbi » du monarque wahhabite n’a pas d’avantage perturbé les vacances des grands qui ont repoussé à la rentrée l’examen de cette délicate guéguerre entre caribous et camélidés. Il est urgent d’attendre. À Washington on joue au golf, à Brégançon on fait la planche, à Bruxelles on s’informe, à Moscou, une porte parole a sentencieusement déclaré « l’instrumentalisation politique des droits humains est inacceptable ».

Au-delà de ce qui pourrait apparaître comme une crise diplomatique sans conséquences provoquée par un roi sénile et son héritier juvénile, l’affaire Badawi ô Canada suscite une autre interprétation. En Arabie sous protectorat des États Unis, nul ne peut imaginer que les Salman père et fils (respectivement, monarque, héritier et ambassadeur à Washington), n’aient pas avisé Donald Trump ou son conseiller Jared Kushner de leur projet d’expulser l’ambassadeur du Canada. Ce feu vert extravagant de la Maison Blanche prolonge au delà du cercle restreint du G7 les conséquences du fiasco de la réunion d’Ottawa en juin dernier et fracture à un moindre coût le puzzle de la diplomatie multilatérale.

Hedy Belhassine

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EUROPE : QUE RESTE-T-IL DU DISCOURS DE LA SORBONNE ?

« Il y a loin de la coupe aux lèvres » nous rappelle ce proverbe qui signifie qu’il peut y avoir un long chemin entre un projet et son aboutissement, entre un désir et sa satisfaction, entre une promesse et sa réalisation1 . Tel est le constat simple, voire simpliste – si tant est qu’il veuille bien ouvrir grands les yeux sur la réalité actuelle – auquel le président de la République, Emmanuel Macron pourrait (devrait) parvenir en matière de (dé) construction européenne. Dix mois environ après, l’Union européenne, qu’il entendait refonder pour la relancer lors de son discours du 26 septembre 2017 à la Sorbonne, n’a jamais été aussi malade, tremblant encore plus sur ses fragiles bases après chaque scrutin législatif dans l’un de ses États membres (Espagne, Autriche, Allemagne, Italie, Hongrie, Slovénie).

Crise des migrants, fiscalité numérique, avenir de la zone euro, relations avec la Russie2 (Jupiter appelle Vladimir Poutine pour s’inquiéter de la situation des droits de l’homme en Russie, ne confiant pas ce soin au trio Juncker-Mogherini/Tusk), avec les États-Unis (dossier de l’acier et de l’aluminium), avec l’Iran3, conception même du projet (Europe puissance à la Française4 ou simple marché comme le veut une immense majorité) et de la place de ses sacro-saintes valeurs, rôle moteur du couple franco-allemand5, contenu concret du projet européen … autant de sujets sur lesquels les 27/28 (mobilisés par les négociations sur le « Brexit ») apparaissent plus divisés que jamais, incapables de s’accorder sur le moindre plus petit dénominateur commun.

« En Europe, la maison brûle »6. Un retour en arrière sur la philosophie générale du discours de la Sorbonne s’impose pour mieux appréhender les raisons de sa déconvenue.

LA LOGIQUE DU DISCOURS : EFFET D’ENTRAINEMENT

Comme souvent dans ce genre d’exercice, il importe de distinguer la substance de la méthodologie, l’un n’allant pas sans l’autre. Si le contenu est vaste, la méthodologie est problématique à plus d’un titre.

Vaste contenu : discours attrape-tout

La créativité. Partant d’un constat de bon sens (l’Europe va très mal au fil du temps7), Emmanuel Macron définit en préalable de son discours de la Sorbonne du 26 septembre 2017 un cadre conceptuel pour le futur de l’Union européenne (les six clés de la souveraineté européenne) qu’il décline en un inventaire à la Prévert de propositions concrètes (plusieurs dizaines couvrant une large palette de domaines allant de la création d’une académie européenne du renseignement au lancement de conventions démocratiques sur l’avenir de l’Europe) sans pour autant établir de priorités, de degré d’urgence, de chiffrement des mesures proposées … pour son projet qui n’a rien d’un mini-compromis à la sauce bruxelloise8. On pourrait le qualifier de révolutionnaire tant il fait fi des prudences de gazelle technocratiques habituelles.

L’ampleur. Le projet est complet, trop complet, voire trop complexe (à l’instar de la pensée jupitérienne) peut-être. Ne dit-on pas que qui trop embrasse, mal étreint. Emmanuel Macron se fixe comme objectif, le plus grand multiple commun à défaut du plus petit dénominateur commun. Mais, la fougue, le lyrisme sont au rendez-vous de la Sorbonne. La Grande Nation entend mener le branle pour remettre l’Europe sur les rails après que le train ait, à plusieurs reprises, déraillé. Qui pourrait critiquer le chef d’État de vouloir secouer les méninges (plus connu sous le vocable de « remue-méninges » ou de « brainstorming », tempête sous les crânes dans la langue anglaise) de ses collègues et de faire la guerre au puissant parti de l’immobilisme ? Le volontarisme est une qualité non négligeable pour secouer l’inertie ambiante dans la diplomatie comme dans bien d’autres disciplines humaines. Personne ne peut lui en faire le reproche. Bien au contraire, il est souvent utile d’aller à l’assaut de citadelles réputées imprenables.

Méthodologie problématique : suivez mon panache blanc !

Un corps malade. Cela ne constitue pas une surprise pour tout homme raisonnable, Emmanuel Macron estime, à juste titre, que l’Europe va mal, de plus en plus mal9. Une Europe, qui malgré des efforts répétés, mais désordonnés, de relance ne parvient pas à prendre un nouvel élan. Une Europe qui part à vau-l’eau. La pathologie est parfaitement connue. Mais, les remèdes sont, au pire, inexistants, au mieux homéopathiques. Ils relèvent du cataplasme sur une jambe de bois. C’est pourquoi, profitant de sa popularité grandissante sur la scène internationale après son élection de mai 2017, il entend frapper un grand coup, médiatique à défaut d’être diplomatique, en donnant le la d’un projet refondateur de l’Europe.

Mais, l’exercice solitaire est risqué, aussi risqué qu’une sortie des tranchées sans préparation préalable de l’artillerie. Il peut parfois conduire à la débandade en rase campagne. La stratégie d’étouffement des oppositions, comme il la pratique sur le plan intérieur (mise à mal par l’affaire Benalla), se retourne contre son auteur sur le plan européen. Elle est assimilée à une forme d’arrogance insupportable de la France par rapport aux petits pays.

Des médecins prudents. C’est que dans la sphère européenne, le cavalier seul est rarement payant. Il cristallise souvent le bloc des grincheux et mobilise rapidement le parti de l’inertie. En effet, les partenaires d’Emmanuel Macron, toujours sourcilleux sur les questions de forme, découvrent dans les médias son ambitieux projet dont il s’était bien gardé de les informer au préalable. Ils n’apprécient guère sa sortie. C’est pourquoi, l’accueil de l’oraison de la Sorbonne est poli pour ne pas dire funèbre. La vengeance, dans la pratique diplomatique, est un plat qui se mange souvent froid. Contrairement aux médias de l’hexagone à qui on peut tout faire gober, les diplomates étrangers ont la mémoire longue et la rancune tenace.

Par ailleurs, ils ont du mal à digérer qu’un jeune freluquet vienne leur faire la leçon avant même d’avoir fait ses preuves sur le circuit européen avec son embrouillamini de procédures jésuitiques, de jurisprudences farfelues, de chausses-trappes venus de la commission, de haines recuites… et autres plaisanteries du même acabit que le citoyen accepte de moins en moins sans barguigner. Le parler-vrai (le parler « cash », en bon français) que le président de la République affectionne oblige à le dire. Peut-être retiendra-t-il la leçon s’il envisageait à l’avenir de formuler de nouvelles propositions de réforme de l’Union européenne ?

Dix mois plus tard, que reste-t-il de ce discours mémorable, de ce morceau d’anthologie diplomatique à l’épreuve du temps, sans parler de l’Histoire avec un grand « H » ?

RÉALITÉ DU DISCOURS : EFFET D’INDIFFÉRENCE

Avec le recul du temps, Emmanuel Macron cumule deux handicaps majeurs pour obtenir l’adhésion – totale ou partielle – autour de son projet fondateur qui tiennent à l’environnement général et européen.

Environnement général défavorable : montée des populismes en l’absence de soutiens

La montée des populismes. Le moins que l’on puisse dire est que les vents ne sont pas favorables par les temps qui courent10. L’heure est plus que jamais au « dégagisme populiste »11. Minorée au départ (en Allemagne en particulier), la crise migratoire a cristallisé le rejet contre l’Europe impuissante, les technocrates incompétents, le système verrouillé. L’Espagne vit une crise permanente que l’épisode catalan a amplifiée. L’Autriche est conduite à la cohabitation entre la droite et l’extrême-droite (FPÖ). L’Allemagne, pour la première fois depuis 1945, voit entrer l’extrême-droite (AFD) en force au Bundestag et met six mois avant d’accoucher d’une improbable coalition. La chancelière Merkel voit son autorité contestée, ses jours comptés à la chancellerie. L’Italie est au bord de la crise de nerfs avec l’éviction de Matteo Renzi et le score élevé de la droite populiste et de l’extrême-droite. Elle a désormais un gouvernement placé très à droite sur l’échiquier politique. Sans parler des pays du groupe de Visegrad qui assument leur populisme, voire leur xénophobie. Le résultat des élections législatives en Hongrie du 8 avril 2018 sonne comme une piqûre de rappel pour tous ceux qui pensaient que la montée des populismes était un phénomène conjoncturel12. En Slovénie, le parti antimigratoire remporte les élections législatives le 3 juin 2018. D’autant que le front polono-hongrois opposé à la technostructure bruxelloise, minoritaire il y a quelques années encore, gagne en appuis dans toute l’Union européenne. Il faudra faire avec sauf à courir à la catastrophe sur le plan de la (dé) construction européenne13.

Guillaume Berlat
13 août 2018

1 www.expressio.fr/expressions
2 Sylvie Kauffmann, Comment gérer Poutine ?, Le Monde, L’air du monde, 22 mars 2018, p. 26.
3 Jean-Pierre Stroobants, Les Européens sont divisés sur l’opportunité de nouvelles sanctions contre l’Iran, Le Monde, 21 mars 2018, p. 3.
4 Zaki Laïdi, Il est nécessaire d’acquérir l’instinct de puissance, Le Monde, 8 juin 2018, p. 18.
5 Xavier Bettel, Europe : « Il n’est pas question d’instaurer un directoire Paris-Berlin », Le Monde, 20 mars 2018, p. 4.
6 Gérard Errera, En Europe, la maison brûle, Les Échos, 18 juillet 2018, p. 8.
7 François Géré, Assaut général contre l’Union européenne, Le Monde, 9 août 2018, p. 21.
8 Guillaume Berlat, Jupiter se mue en Atlas, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 octobre 2017.
9 Amélie Poinssot, En route vers la désunion européenne ?, www.mediapart.fr , 7 août 2018.
10 Hubert Védrine, Comptes à rebours, Fayard, 2018.
11 Philippe Ricard/Jérôme Gautheret/Jean-Pierre Stroobants/Thomas Wieder, Le « dégagisme populiste » s’étend en Europe, Le Monde, 23 mars 2018, p. 2.
12 Jean-Jacques Mével, Une vision de l’UE frontalement opposée à celle de Macron, Le Figaro, 10 avril 2018, p. 8.
13 Éditorial, Migrants : une catastrophe politique annoncée, Le Monde, 7 juin 2018, p. 23.

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ARABIE SAOUDITE : UN PAYS DE COCAGNE – Jean Daspry. Que n’entend-on et ne lit-on sous la plume de nos perroquets à carte de presse gavés tels des oies – des fameux éléments de langage ou EDL – par les experts en com’, les communicants du château ? Tout et surtout n’importe quoi lorsqu’il s’agit de « l’Orient compliqué ». L’Arabie saoudite est un sujet de prédilection pour ces folliculaires à la petite semaine et au petit pied qui osent écrire de véritables « fake news » que personne ne relève. Son jeune prince MBS y est traité comme un grand seigneur de la paix et de la liberté guidant le peuple. Mais, il y a mieux. Notre intrépide ministre des Armées, Florence Parly se dépasse, racontant des balivernes de très haute volée devant la représentation nationale au début du mois de juillet 2018. Il est vrai que les feux de la rampe – le succès de l’équipe de France de football lors de la dernière coupe du monde à Moscou puis le Benallagate – avaient éclipsé ses divines et stupides paroles.

UN PRINCE ENTREPRIS, ENTREPRENANT, ENTREPRENEUR

Le paradis n’existe pas que dans l’au-delà. Il est des pays sur notre accueillante terre où il fait particulièrement bon vivre. L’Arabie saoudite en fait partie. Il y fait toujours beau. Le pétrole coule à flots, les pétrodollars également. Les mécréants, qui omettent de régler leurs impôts, par pure « phobie administrative » (la fameuse maladie rendue célèbre par Thomas Thévenoud), se font prestement embastiller dans des palaces cinq étoiles jusqu’à ce qu’ils aient acquitté leurs dettes au Bercy local. Le châtiment corporel ramène les déviants sur le droit chemin, parfois ad patres. Les femmes sont désormais autorisées à conduire. Les étrangers sont tenus bride courte. L’ambassadeur du Canada dispose de 24 heures pour rejoindre son pays en raison de son « ingérence » dans les affaires intérieures du Royaume (il avait commis un crime de lèse MBS en réclamant la libération de militantes et de militants des droits des femmes)1. Au passage, Riyad gèle, en plein été, ses relations commerciales avec Ottawa2 sans que cela ne suscite la moindre réaction de nos experts de l’indignation à géométrie variable (les BK et autres BHL). Excellente occasion pour MBS de faire passer au second plan ses problèmes interne et externe. Les non-musulmans sont tenus à la plus stricte réserve dans leur (non) pratique religieuse. L’idéologie wahabite prévient l’inflation normative à la française. La police religieuse veille au grain. Le jeune prince MBS dessine un avenir radieux aux pays des mille et une nuit grâce à sa « vision 2030 »3. Il est la coqueluche des chancelleries occidentales qui le reçoivent tel un Dieu riche comme Crésus. Elles lui passent ses passions guerrières au Yémen4. Il possède l’immense mérite de mettre de l’ordre en « Arabie heureuse », son turbulent voisin grâce aux armes les plus sophistiquées acquises à grand frais aux Etats-Unis, en France et au Royaume-Uni (un raid aérien contre un bus fait 30 morts qui sont des enfants, l’ONU demande une enquête)5. Certains jaloux de l’Arabie saoudite évoquent des « crimes contre l’humanité » alors même qu’il ne conduit qu’une « guerre humanitaire », qui plus est, avec des armes intelligentes (aussi « smart » que vos téléphones portables). Décidemment, MBS est le gendre idéal. Il fait ami-ami avec Israël pour faire pièce au vilain persan. Il finance de ci de là quelques mosquées salafistes dans les pays occidentaux, quelques œuvres caritatives dans les pays pauvres, quelques groupes terroristes… Rien de très inquiétant ! Un mécène particulièrement philantrope.

Les bonnes âmes se demandent pourquoi les Nobel de la paix n’ont pas encore pensé à lui pour un prochain prix. Il aurait pourtant le profil idéal pour sa contribution incommensurable à la paix et à la concorde sur notre planète, y compris et surtout en Syrie, au Yémen. Mais, Certains esprits chagrins ont le toupet de prétendre que l’Arabie saoudite a exécuté sept personnes condamnées à mort en un jour. Ces exécutions portent à 73 – bagatelle pour un massacre – le nombre des personnes décapitées depuis le début de l’année 2018, contre 150 l’année précédente. Mais qui aime bien, châtie bien, c’est bien connu. Avec un peu de persévérance, il devrait être encore possible de faire pire6. Quand on pense que le pape François ose inscrire dans le « Catéchisme » une opposition catégorique à la peine de mort !7 Où va-t-on ? Partout où il se produit, le jeune premier amateur devant l’éternel de jolies femmes – qui pourrait le lui reprocher si ce n’est quelques féministes – fait l’objet d’un véritable culte, une « mbsmania ». C’est à celui qui, dans les pays occidentaux, lui baisera le premier et avec la plus grande servilité la babouche royale. Une nouvelle forme de la diplomatie est en gestation, la diplomatie de la babouche.

UNE MINISTRE DES ARMÉES, DÉSARMÉE, DÉSARMANTE

Les meilleurs (les pires) thuriféraires du pays de l’or noir se trouvent en Occident, et plus spécialement, en France. Dernier exemple en date, notre charmante ministre des Armées, Florence Parly. Cette passionaria du pays où les femmes n’ont pas encore un statut égal à celui de l’homme se livre à un vibrant plaidoyer pour le régime saoudien qu’elle pare de toutes les plumes du paon à l’occasion d’une intervention remarquée et remarquable au Palais Bourbon. Elle marquera à l’évidence l’Histoire des libertés publiques8. Cette personne propre sur elle (comme on dit à Bruxelles), habituellement si discrète et si mesurée dans son propos, fait, une fois n’est pas coutume, dans la démesure et dans la flagornerie. Avant toute chose, elle cadre le débat. La France, mère des arts, des armes et des lois n’est pas de la trempe de ceux qui fuient leur responsabilité :

« le gouvernement ne peut laisser sans défense, face à leurs adversaires, des pays avec lesquels nous avons noué des accords de partenariat ».

En latin juridique, cela s’appelle « Pacta sunt servanda ». Ni plus, ni moins ! Tout le monde en est conscient, l’Arabie saoudite est menacée de toutes parts… surtout par ses propres turpitudes qui pourraient un jour lui exploser à la figure.

Mise sur le grill par quelques parlementaires indélicats et vraisemblablement machistes ayant le toupet de critiquer nos ventes d’armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, telle le cave du célèbre film de Michel Audiard, Florence Parly se rebiffe. Et de s’époumoner :

« je pense qu’il n’y a rien à redire à ces ventes d’armes à un État (la riche Arabie) et se défend (contre le très pauvre Yémen ».

Mais comme si son plaidoyer pro Arabie saoudite ne suffisait pas, la ministre des Armées en rajoute une deuxième couche :

« Compte tenu de la situation des civils au Yémen (!), nous ne vendons ne donnons d’armes aux Houthis (les rebelles chiites), contrairement à l’Iran (…) et nous d’octroyons de licences d’exportation à la coalition arabe (dirigée par les Saoudiens) que de façon millimétrée ».

Nos parlementaires bien éduqués n’ont pas eu le culot de demander à la ministre de leur faire un dessin sur ces ventes « millimétrées ». Quant à notre délicieuse Florence Parly, qui gagne à se faire connaître, elle poursuit par ce qui pourrait s’apparenter à une « fake news » (condamnable déontologiquement et juridiquement), elle ose prétendre, le plus sérieusement du monde que :

« Nous n’avons aucun intérêt à attiser une situation déjà très compliquée et catastrophique ».

L’honnête homme n’en croit pas ses oreilles à entendre de telles sornettes. Surtout, lorsque cette personne, dont on ne sait quelles substances illicites elle a pu consommer avant son homélie, ose s’en prendre aux ONG critiquant la vente par la France à l’Arabie saoudite de canons à tir rapide Caesar :

« Je peux répondre que, à ma connaissance, ces canons ne sont pas déployés au Yémen mais à la frontière sud de l’Arabie saoudite, face à des rebelles qui cherchent à pénétrer sur le territoire saoudien ».

Notre brillante, mais néanmoins charmante incompétente ignore que les canons Caesar ont une portée de 10 à 40 km et n’ont pas besoin d’être déployés sur le territoire yéménite pour pouvoir l’atteindre9. Par ailleurs, où a-t-elle lu que les « rebelles yéménites » (qui sont chez eux au passage, ce qui n’est pas le cas des Saoudiens) cherchent à pénétrer sur le territoire saoudien comme une troupe d’occupation (ce qui est le cas des pacifiques saoudiens). Ils mènent simplement des raids de représailles pour répliquer aux bombardements meurtriers de la soldatesque saoudienne. Cela se nomme une guerre asymétrique dans le langage des stratèges (celui qui est pratiqué au ministère des Armées qu’elle dirige), le combat de David contre Goliath pour remonter à des temps aujourd’hui révolus. À quoi lui servent donc ses hordes de conseillers qui ont pour fonction essentielle de la protéger en lui évitant de dire des âneries plus grosses qu’elle ? Pour le coup, c’est raté !

L’argent n’a pas d’odeur surtout chez les marchands de canon, ce qui est normal compte tenu de l’objet même de leur négoce. L’argent n’a pas d’odeur chez nos dirigeants droits de l’hommistes, ce qui l’est un peu moins dans la patrie autoproclamée des droits de l’homme. Mais, ces derniers sont impardonnables lorsqu’ils se livrent, qui plus est devant les représentants du peuple, à pareilles démonstrations de stupidité et à de telles mensonges en déformant la réalité objective. Cela ressemble à s’y méprendre à des « fake news » si les mots encore un sens dans la langue de Molière. À ce niveau de responsabilité, on semble ignorer quelques évidences : la différence entre l’agresseur et l’agressé, la définition du crime contre l’humanité et du crime de guerre, la définition du terme médiation (la France veut jouer au médiateur dans le conflit yéménite en prenant fait et cause pour l’Arabie saoudite10), le droit à la légitime défense … Qu’apprend-on donc à l’ENA à tous ces technocrates en dehors de l’arrogance et du complexe de supériorité ? Décidément, l’Arabie saoudite est un authentique pays de cocagne. Comme dirait le guide Michelin : vaut le détour !

1 Anne Pélouas, Crise diplomatique entre Riyad et Ottawa, Le Monde, 11 août 2018, p. 4.
2 Yves Bourdillon, L’Arabie saoudite va vendre tous ses actifs canadiens, Les Échos, 9 août 2018, p. 5.
3 Arabie saoudite. La Sami, bras armé de MBS, face aux défis de Vision 2030, www.intelligenceonline.fr , 25 juillet 2018, p. 1.
4 J.C, Les Saoudiens perdants contre l’Iran au Yémen ?, Le Canard enchaîné, 8 août 2018, p. 3.
5 Allan Kaval, Une frappe tue des dizaines d’enfants au Yémen, Le Monde, 11 août 2018, p. 4.
6 Peut mieux faire, Marianne, Mieux vaut en rire !, 27 juillet- 2 août 2018, p. 30
7 Jérôme Gautheret, Le pape inscrit dans le « Catéchisme », son opposition catégorique à la peine de mort, Le Monde, 4 août 2017, p. 7.
8 Claude Angeli, La ministre des Armées en avocate des Saoudiens, Le Canard enchaîné, 1er août 2018, p. 3.
9 Etienne Pellot, Bonnet d’âne pour Florence Parly : les armes françaises sont engagées au Yémen, www.prochetmoyen-orient.ch , Dans la presse, 6 août 2018.
10 Jean Daspry, Yémen : une faute française, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 juillet 2018.

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LA COLOMBIE RECONNAIT L’ETAT PALESTINIEN – AFP, 9 août.

Le gouvernement sortant de Colombie a décidé, juste avant l’investiture du nouveau président mardi, de reconnaitre la Palestine en tant qu’Etat libre, indépendant et souverain, selon un document officiel publié mercredi à Bogota. "Je me permets de vous informer qu’au nom du gouvernement de la Colombie, le président Juan Manuel Santos a décidé de reconnaître la Palestine comme un Etat libre, indépendant et souverain", selon un document du ministère colombien des Affaires étrangères daté du 3 août. Le conservateur Ivan Duque a pris ses fonctions mardi à la tête de la Colombie, succédant à l’impopulaire président de centre-droit Juan Manuel Santos. Il s’est dit notamment déterminé à durcir la politique de son prédécesseur envers les guérillas et à asphyxier diplomatiquement le gouvernement de Nicolas Maduro au Venezuela voisin. Plus de 130 pays reconnaissent déjà l’Etat palestinien.

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Sanctions, sanctions, sanctions américaines envers l’Iran: les médias ne parlent que de cela, mais rien n’est dit sur leur cause, sur une faute éventuelle de l’Iran. Le pouvoir américain ne cherche même pas à mentir comme pour l’Iraq. Expliquer ce serait déjà justifier, pourrait ricaner Valls. Sanctions complètement injustifiées donc, pourtant peu de protestations officielles outrées s’élèvent contre le cow-boy pantin du poker menteur. Soumission, soumission, soumission, hélas. Impunité toujours ? Pourtant selon le Code Pénal français, art. 211.1 : « en exécution d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national…, commettre ou de faire commettre, (la) soumission à des conditions d’existence de nature à entraîner (sa) destruction totale ou partielle » c’est un crime contre l’humanité ! In God We Trust proclame le dollar d’un Trésor américain surendetté. Mieux vaudrait la Justice que ce faux jeton.

Bernard Cornut

 

CAROLINE FOUREST, UN ACCIDENT MEDIATIQUE…

Grâce, ou plutôt à cause d’une certaine Caroline Fourest, l’hebdomadaire Marianne1 rejoint le panier à torchons où s’abîment déjà nombre de grands titres de la presse parisienne officielle. Petite chienne de garde multirécidiviste, cette bécassine, qui se révoltait dernièrement de voir l’un des joueurs de l’équipe de France faire un signe de croix après avoir marqué un but, s’en prend cette fois-ci à… Frédéric Taddeï, grand journaliste, animateur de télévision et de radio. Quel crime aurait-il commis ?

Cette référence de notre profession a, le grand tort (aux yeux de la redresseuse de torts) de rejoindre l’équipe de la chaine de télévision Russia-Today-France. Citons l’étrange chroniqueuse : « (Taddeï)… prostituant ainsi le journalisme pour le mettre au service de la plus perverse des propagandes d’Etat distillant les Fake News chères au Kremlin… » Diantre ! Chacun sait que dans notre monde mondialisé de la « guerre de tous contre tous », le Kremlin est le seul acteur – le seul – malfaisant à « distiller » délibérément des Fake News. A en croire la Dame de Marianne, Etats-Unis, Chine, Inde, Pakistan, Grande Bretagne et France notamment, auraient donc définitivement renoncé à ce genre de Fake manipulations pour se conformer strictement aux canons d’une vérité toute nue…

Mais dans quel monde vit cette Madame Fourest pour oser laisser entendre que la Russie (post-soviétique s’entend) serait le seul Etat au monde à mettre en œuvre des stratégies de Soft Power, sinon de propagande ? La confrontation entre l’erreur et la vérité ne date pas de l’apparition des Fake News et ponctue même toute l’histoire de la raison occidentale, même très antérieurement aux pré-socratiques. Mais Caroline Fourest sait-elle seulement ce que sont ces précurseurs de l’histoire de nos sciences exactes et humaines ? Un peu de culture arrondirait parfois bien des idées reçues… Mais là, on nage en pleine bêtise à la Bouvard et Pécuchet.

Rappelons seulement quelques exemples récents d’accumulation de mensonges d’Etats par la grande presse américaine, britannique (et par extension occidentale), afin de persuader le monde qu’Oussama Ben Laden et Saddam Hussein étaient les meilleurs copains, tandis que – selon Tony Blair (à l’époque Premier ministre de Grande Bretagne) – le dictateur irakien pouvait menacer la terre entière en moins de… 45 minutes avec ses terribles armes de destruction massive, secrètes et tellement secrètes qu’on ne les a jamais trouvées. Ne parlons pas des blockbusters hollywoodiens, diffusés dans les plus petits cinémas jusqu’au fin fond de la Papouasie extérieure, qui depuis des décennies refont les guerres américaines afin de nous persuader que le massacre des Indiens, des Latino-américains, des Vietnamiens, des Irakiens, des Palestiniens et autres indigènes iraniens, étaient absolument nécessaires à la survie de la planète et au bien de l’humanité toute entière…

Caroline Fourest qualifie ce sens de la mémoire historique de « fibre paranoïaque », étant entendue que tout être vivant qui contesterait ses propres obsessions se révèlerait fatalement complotiste, porteur de Fake News ou propagandiste des plus sombres idéologies. Et notre chasseuse de primes au service du politiquement le plus correct décide de mouiller la chemise pour nous dire qui – qui – est vraiment Frédéric Taddeï. Et là – horreur absolue ! – révélée par la grande investigatrice, on découvre que le journaliste qui vient de rejoindre Russia-Today-France a été collaborateur de… L’Idiot international. Quelle révélation !

Sans rappeler que ce journal pamphlétaire (le genre pamphlétaire serait-il devenu un délit en France ?) a été fondé par Jean-Edern Hallier, l’un des meilleurs écrivains de sa génération, ce simple rappel (aux yeux de Madame Fourest) semble vouer à tout jamais Frédéric Taddeï aux pires des gémonies. Si elle avait un tant soit peu ouvert et lu ce journal, du moins si elle avait eu la curiosité de se plonger dans la collection de L’Idiot International, Caroline Fourest aurait pu effleurer un niveau de talent journalistique et littéraire à laquelle elle ne pourra – visiblement – jamais prétendre.

A notre tour de nous interroger sur qui est cette « chroniqueuse » de Marianne qui, dans l’entourage de Frédéric Taddeï, relève (tenez-vous bien !) des « ambiances » qui rappellent « les cabarets sous l’occupation ». Et là on atteint des sommets : mais que sait cette gamine de l’occupation et de ses cabarets !!! Ce qui est parfaitement établi – par contre -, c’est que Madame Fourest s’est vu interdire le plateau d’une grande émission de télévision du service public – justement – pour avoir été prise en flagrant délit de mensonge. Oui, de mensonge ! Autant dire que cette bouffonne n’est pas la mieux placée pour juger Frédéric Taddeï, la chaine de télévision Russia-Today-France et qui que ce soit dans les métiers de la presse et de l’information !

Richard Labévière

1 Marianne, du 20 au 26 juillet 2018.

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