Observatoire Géostratégique                   numéro 114     /     13 février 2017

UNION MOLLE ET BREXIT DUR…

« Les temps sont durs, vive le MOU ! ». C’est ainsi que l’humoriste Pierre Dac annonçait sa candidature à l’élection présidentielle de 1965. Candidat du MOU (« Mouvement Ondulatoire Unifié »), l’humoriste, alors âgé de 71 ans poursuit la plaisanterie tout au long de l’année, peaufinant son programme dans chaque numéro du journal satirique L’os à moelle. Cette énième facétie du roi des loufoques ne connaitrait-elle pas une suite – moins drôle à tous égards – avec la négociation à venir entre le Royaume-Uni et les Vingt-Sept membres de l’Union européenne pour concrétiser le « brexit » décidé par le peuple souverain le 23 juin 2016 ?1 C’est la question que les esprits critiques ne manquent pas de se poser. Après l’ouragan Trump, nous voici « rassurés », l’Europe « attend, consulte, s’informe »2.

Connu pour sa prudence, le ministre des Finances britannique use d’un langage brutal pour intimider les Européens. Le ministre des Affaires étrangères n’est pas en reste. Plus diplomatiquement certes, Theresa May ne mâche pas ses mots, place la barre très haut en se fixant des objectifs ambitieux pour la future négociation de divorce chronophage. Les Britanniques sont déjà en ordre de bataille, ce que ne sont pas encore les Européens malgré plusieurs sommets préparatoires et quelques futiles rencontres franco-allemandes qui ne débouchent sur aucun résultat concret. En réalité, ne sommes-nous pas déjà les spectateurs d’une mauvaise comédie de boulevard dans laquelle le rôle du cocu, du dindon de la farce, de l’idiot du village est parfaitement tenu par l’Europe ?

LE « BREXIT », C’EST BIEN PARTI : LE FEU VERT DE LONDRES

Force est de constater, qu’au moment où les négociations sur les conditions de mise en œuvre concrètes du « brexit » doivent commencer, la balance semble déséquilibrée entre des Britanniques qui ne concèdent rien et des Européens qui concèdent tout.

Des Britanniques qui ne concèdent rien : une force

Désormais, nous savons que les Britanniques (Cf. leur Premier ministre, Theresa May depuis son discours du 17 janvier 2017) ont opté pour un divorce « dur » (« hard brexit ») avec l’Union européenne au détriment d’un divorce doux (« soft brexit »)3. Ils espèrent en tirer le meilleur profit à l’occasion de l’épreuve de force engagée depuis l’été 2016 et dont on n’entrevoit encore ni le terme, ni le contour. Les premières discussions devraient normalement intervenir au printemps prochain, après l’activation par Londres de l’article 50 du traité de Lisbonne, nous dit-on ! La décision de la Cour suprême confirmant celle de la Haute Cour4 et le vote du Parlement ouvrent désormais la voie au lancement de la procédure de divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne5. En un mot, c’est parti et l’année 2017 devrait être celle de la fixation du cadre de la négociation, voire de l’entrée dans le vif du sujet. Et, les sujets de discorde ne manquent pas

Guillaume Berlat

1 Guillaume Berlat, « Brexit » : de Gaulle avait raison, www.prochetmoyen-orient.ch , 27 juin 2016.
2 Jean-Pierre Stoobants, Après l’électrochoc Trump, l’Europe face à elle-même, Le Monde, 5-6 février 2017, p. 21.
3 Agnès Catherine, Être ou ne pas être dans l’Europe, telle est la question, Marianne, 27 janvier-2 février 2017, pp. 42-45.
4 Florentin Collomp, Theresa May forcée de soumettre le Brexit à l’épreuve du Parlement, Le Figaro, 25 janvier 2017, p. 7.
5 Florentin Collomp, Le Parlement britannique lance le Brexit, 2 février 2017, p. 6.
6 Thierry de Montbrial/Thomas Gomart, Notre intérêt national. Quelle politique étrangère pour la France ?, Odile Jacob, 2017.
7 Philippe Bernard, Avec son Livre blanc sur le Brexit, Londres fixe sa stratégie, Le Monde, Economie et Entreprise, Le Monde, 4 février 2015, p. 5.

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LA FRANCE A IMPERATIVEMENT BESOIN D’UN DEUXIEME PORTE-AVIONS !

Conformément à ses options éditoriales et ses priorités géopolitiques concernant les Proche et Moyen-Orient, le Maghreb, le Machrek ainsi que leurs prolongements africains, méditerranéens et asiatiques, prochetmoyen-orient.ch entend aussi intervenir régulièrement sur des questions plus transversales, de Défense, de Sécurité et de Cyber-sécurité touchant directement aux souverainetés nationales.

La rédaction
 
 
Les candidats à la primaire du Parti socialiste y font fait allusion cinq petites secondes : notre pays a impérativement – oui, impérativement – besoin d’un deuxième porte-avions. Malheureusement, les questions pressées des journalistes – notamment sur l’avenir personnel de Bachar al-Assad – n’ont pas laissé le temps aux concurrents de développer cette question pourtant essentielle, non seulement en termes de défense, de crédibilité stratégique et de diplomatie, mais aussi en matière d’emplois, de recherche, de diversification économique, sinon de croissance. En reparlerons-nous au cours de cette campagne bien étrange ? Rien n’est moins sûr…

Le porte-avions (PA) constitue l’instrument de projection de puissance et de souveraineté par excellence. A l’heure actuelle, douze pays possèdent un ou plusieurs PA ou porte-aéronefs de capacité plus ou moins importante et beaucoup de projets de construction sont lancés, que ce soit en Chine, en Inde ou en Russie notamment. Depuis 2001, avec la mise en service du Charles de Gaulle (CdG), la France s’est imposée comme la seconde nation dans le monde (avec les Etats-Unis) à posséder un PA à propulsion nucléaire : en clair, ce qui se fait de mieux dans le domaine. Et dans le paysage européen également, notre pays reste définitivement le seul à pouvoir aligner un PA à part entière, nos autres partenaires ne disposant que de porte-aéronefs aux capacités plus limitées. Tandis que le CdG devrait encore rester en service jusqu’en 2041, il est temps de prévoir la construction d’un second porte-avions (PA-2).

Au fil du temps, le dossier du PA-2 s’est transformé en une espèce de monstre du Loch Ness dont on parle de temps à autre lorsqu’il fait surface avant qu’il ne replonge dans les profondeurs abyssales des priorités électorales. De plus en plus rares sont les opportunités et les cercles où aborder cette question, également évacuée, sinon occultée par les Livre Blanc successifs consacrés à notre Défense et à notre Sécurité. De moins en moins de militaires tiennent la plume, tandis que les experts civils sollicités (hauts fonctionnaires, universitaires, chercheurs, etc.) se rattachent tous – peu ou prou – à une même école néo-conservatrice qui se soucie de la souveraineté de la France comme d’une guigne…

LES COÛTS ET LES GAINS

En 2001, alors qu’un rapport du sénateur André Boyer, l’avait jugé plus que nécessaire, la Loi de programmation militaire (LPM) 2003-2008 – concoctée en période de cohabitation -, le renvoya à plus tard. En 2007, alors candidat à l’Élysée, Nicolas Sarkozy avait affirmé que le PA-2 était une « évidence opérationnelle et politique ». Mais cette « évidence » ne constituait toujours pas une urgence pour la LPM 2009-2013, pas plus qu’elle ne l’est pour la LPM en cours d’exécution. Cela, en raison bien-sûr des sacrosaintes contraintes budgétaires. « Quand on veut faire quelque chose, on trouve les moyens. Quand on ne veut pas, on trouve des excuses », aimait dire le général George Patton.

En effet, avant de rappeler les évidences stratégiques et diplomatiques du dossier, c’est – avant tout – sur la dimension économique (et pas seulement budgétaire) qu’il faudrait absolument insister, tant celle-ci réclame une véritable révolution copernicienne dans l’habituelle façon de considérer nos efforts de Défense. En effet, au-delà des investissements directs – le Charles de Gaulle (CdG) a coûté environ 4 milliards d’euros et son IPER1 de 2017 est estimée à 1,3 milliards -, ce choix plus politique que budgétaire entraîne et consolide de multiples retombées en matière d’emplois, de sous-traitance et de recherche. Comme l’a rappelé à de nombreuses reprises l’amiral Bernard Rogel2 : « lorsqu’on parle du PA-2, on se demande toujours ce que cela nous coûte et presque jamais ce que cela nous rapporte… » Ce que cela nous rapporte est plus difficilement quantifiable, parce qu’évidemment moins immédiat que le montant d’une facture, moins appréhendable parce que touchant des secteurs divers peu connus du grand public.

A cet égard justement, il faut rappeler que deux filières françaises notamment ont beaucoup bénéficié – et continuent à le faire – de la construction et de la remise à niveau du CdG : la première est évidente concernant l’industrie nucléaire de notre pays et ses différents sous-traitants ; moins connues sont les conséquences et les apports à notre filière spatiale, elle-même niche d’excellence et d’investissements dont les retombées concernent l’ensemble du secteur des hautes technologies.

Même si comparaison n’est pas toujours raison, regardons seulement le coût de l’opération Sentinelle3, déployée au lendemain des attentats de 7, 8 et 9 janvier 2015, censée faire face à la menace terroriste et protéger les « points sensibles » du territoire. Ajoutée à une efficacité des plus discutables, celle-ci dépasse désormais un montant qui excède 500 millions d’euros ! Certes, eux-aussi difficilement quantifiables, les résultats sécuritaires de Sentinelle n’entraînent assurément aucune – mais alors aucune – conséquence en matière de création d’emploi, encore moins en termes d’investissement, de recherche et d’entraînement économique.

Autre niveau de comparaison : celui des OPEX (opérations militaires extérieures). Comme l’a encore souligné le chef d’état-major de la Marine nationale (CEMM) devant la Commission sénatoriale des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées le 21 octobre 2015 (examen de la LFI 2016), la Marine émarge « très peu au surcoût des OPEX. En moyenne annualisée, la Marine met cinq mille marins en permanence à la mer. Ces cinq mille marins en opérations – qui incluent donc les déploiements du porte-avions – émargent pour moins de 100 millions d’euros sur le 1,2 milliard d’euros affecté aux OPEX ». 

Ainsi, en se revenant à la construction du CdG, on peut estimer celle du PA-2 à environ 4 milliards d’euros, une enveloppe certainement surévaluée. En effet, de substantielles économies pourraient être réalisées sur la base des plans existants du CdG, tout en recherchant une mise en commun optimale des équipements des deux navires. Prévoir une enveloppe plus large pour la construction du PA-2 est, sans doute, légitime et justifié au regard des expériences de plusieurs programmes d’armements français ou européens, qui dépassent souvent les montants des devis initiaux. Quoi qu’il en soit, le fait est que l’investissement devrait s’étaler sur près de quinze ans, soit environ 260 millions d’euros par an.

Dans tous les cas de figures, la décision de lancer le programme du PA-2 ramène à une décision foncièrement politique. De fait, celle-ci s’insère dans le cadre d’une volonté plus large d’assainissement des dépenses publiques afin de dégager les marges nécessaires pour la défense et la Sécurité, l’une des priorités du prochain président de la République. Mais surtout, ce choix doit s’accompagner du changement radical et copernicien de perspective ouvert par l’emblématique rapport du Sénat4 consacré à la maritimisation de l’économie mondiale qui démontre – chiffres à l’appui – comment l’effort français de Défense peut se transformer en axe de croissance, comment le lancement de la construction du PA-2 pourrait dégager nombre de gains en matière d’emplois, d’investissements et de recherche.

NECESSITE STRATEGIQUE

La possession d’un porte-avions nucléaire représente, au même titre que notre dissuasion nucléaire, un atout stratégique et symbolique déterminant pour tenir notre rang de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies. En quinze ans de service opérationnel, le CdG a ainsi parcouru l’équivalent de vingt-trois tours du monde et participé à de nombreuses missions de combat majeures. Ces états de service impressionnants sont appelés à s’étoffer encore largement, le PA devant rester en service au moins jusqu’en 2041.

« On essaie d’agréger la puissance maritime européenne autour de ce symbole qu’est le porte-avions », a aussi expliqué le CEMM aux sénateurs de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, en commentant différents déploiements du CdG, dont le groupe aéronaval a intégré à plusieurs reprises des frégates belge et britannique ajoutant que « ce bâtiment est le dernier de ce type en Europe, au moment où la Chine va en construire quatre, l’Inde également ; où les États-Unis en ont onze qu’ils renouvellent ; où les Britanniques en construisent deux ».

L’amiral Bernard Rogel ajoute : « le savoir-faire de notre groupe aéronaval agit, dans ce contexte, comme un pôle d’attraction des marines occidentales et notamment européennes. Pourquoi les Français baisseraient-ils la garde précisément à cet instant ? Il y a là quelque chose que je ne comprends pas très bien, alors que nous avons réussi à nous maintenir parmi les meilleurs au monde jusque-là ! » Sur le plan stratégique, il ne veut pas que l’on « soit frappé du syndrome du poisson rouge, qui fait un tour de bocal, puis oublie ! ». Et il rappelle que le PA a été régulièrement engagé, notamment quand la France en avait deux, à savoir le Foch et le Clémenceau, au large des Balkans et du Liban.

Richard Labévière
13 février 2017


1 IPER : indisponibilité périodique pour entretien et réparations.
2 Amiral Bernard Rogel : ancien chef d’état-major de la Marine nationale. Il est actuellement le chef d’état-major particulier du président de la république.
3 Après les attentats du 13 novembre 2015, l’effectif de Sentinelle est porté à 10 000 militaires. 6 500 sont déployés en Île-de-France et 3 500 en Province. Au total ce sont 50 unités qui ont été mobilisées pour faire face à cette augmentation du nombre de militaires participants à l’Opération Sentinelle. À cela s’ajoutent les 1 500 marins qui assurent la défense des approches maritimes de la France et les 1 000 militaires de l’Armée de l’Air qui assurent la sécurité permanente de l’espace aérien français. Cela porte donc à environ 13 000 militaires qui assurent la sécurité sur le territoire métropolitain. Selon le ministre de la Défense, la mission de Sentinelle va au contraire « s’élargir » en étant « plus déployée en province » et en agissant « à la fois sur la sécurisation des frontières », avec les forces de sécurité intérieure, et « sur les flux », notamment dans « les zones touristiques » et « au moment des grands événements culturels ou de musique ». En février 2017, on dénombrait 7.000 militaires (pouvant aller jusqu’à 10.000) déployés sur tout l’ensemble du territoire.
4 Maritimisation : la France face à la nouvelle géopolitique des océans. Rapport d’information de MM. Jeanny LORGEOUX et André TRILLARD, fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées n° 674 (2011-2012) – 17 juillet 2012.

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GAFA : LA GAFFE DANOISE – Jean Daspry.
« Au feu les pompiers, la maison qui brûle ». Qui ne connait cette comptine que nous apprenions dans notre enfance, il y a bien longtemps déjà ! Manifestement, c’est une autre sorte de comptine que nous chantent nos amis danois, aujourd’hui. Qu’apprend-on par les médias ? Une nouvelle passée presqu’inaperçue dans le flot d’informations inutiles, qui encombre les chaînes d’abrutissement en continu. Le ministre danois des Affaires étrangères annonce la nomination d’un ambassadeur numérique auprès des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Cette initiative diplomatique révèle, selon ce département ministériel, le poids politique croissant des géants mondiaux du numérique. « Les temps nouveaux requièrent de nouvelles approches diplomatiques » déclarent les autorités danoises sur Twitter pour annoncer cette nomination. Dans une interview au journal danois Politiken, le ministre des Affaires étrangères Anders Samuelsen justifie l’ouverture d’une telle représentation diplomatique par le fait que des entreprises comme Google, Apple ou Microsoft « ont autant d’effet sur le Danemark que des pays entiers ». Il va plus loin en affirmant que « ces sociétés sont devenues un type de nouvelles nations, auquel nous devons nous confronter ». Il conclut en rappelant les conclusions d’une enquête du Financial Times selon lesquelles si Apple ou Google étaient des pays, ces entreprises ne seraient pas loin d’intégrer le G20 au regard de leur capitalisation boursière1. On reste confondu à la découverte de cette information tant par ses conséquences juridiques et diplomatiques qu’institutionnelles et éthiques.

Conséquences juridiques. Traditionnellement, le droit international public ne reconnait qu’un seul et unique acteur des relations internationales, l’État2. Il est le seul à posséder un territoire, une histoire, une population, des institutions et tous autres éléments caractéristiques lui permettant de le représenter sur le plan international. Accepter de mettre les géants de la Silicon Valley, si puissants soient-ils, sur le même plan que les États, si faibles soient-ils, c’est courir le risque de mettre à mal tout le système des relations internationales bâti si laborieusement depuis 1945, en particulier toute sa gouvernance qui repose sur la Charte des Nations-Unies. Ni plus, ni moins. On connait le côté donneur de leçons de morale les pays du nord de l’Europe, mais à ce point, ceci dépasse l’entendement. Ne trouvent-ils pas que leur initiative constitue le plus mauvais des signaux à envoyer à des peuples déjà si défiants à l’encontre de leurs dirigeants et de la mondialisation ? En traitant les GAFA comme de véritables États souverains alors que nous sommes dans l’incapacité d’en donner une définition juridique précise3, le Danemark commet une faute juridique grave. Toutes les meilleures raisons qu’ils donnent pour justifier leur malheureuse initiative n’y changeront rien.

Conséquences diplomatiques. Cette première mondiale risque de soulever, à très brève échéance, toute une série de délicats problèmes diplomatiques. Auprès de quelle institution américaine précise, ce nouvel ambassadeur danois sera-t-il accrédité et présentera-t-il ses traditionnelles lettres de créances ? Quel sera son statut diplomatique par rapport à son collègue, l’ambassadeur du Danemark à Washington ? Disposera-t-il d’un passeport diplomatique ou bien d’un simple passeport numérique ? Que sont les GAFA au regard titre du droit international si ce n’est un « res nullius », un OJNI (« objet juridique non identifié ») ? A titre de réciprocité, qui sera le représentant des GAFA auprès de la couronne danoise ? Quel sera le contenu de ses lettres de créances ? Quel sera son rang protocolaire dans la liste des ambassadeurs accrédités auprès du Danemark ? Comment communiquera-t-il avec ces mêmes autorités danoises ? Par note verbale ou par tweet ou autres joyeusetés des réseaux sociaux ? Par le truchement d’un instrument virtuel dont nous n’avons pas encore connaissance ? Tout ceci frise le ridicule même si cela fait chic et avant-gardiste dans notre monde des apparences et de la connivence.

Conséquences institutionnelles. Nous ne devons pas nous dissimuler les problèmes institutionnels que cette création, sans même que le peuple danois ne soit consulté, risque également de soulever. Quid des Nations-Unies qui ont entrepris un travail de longue haleine sur la société de l’information qui progresse à son rythme mais qui a le mérite de donner la priorité aux États sur les multinationales ? Quid de la prétendue solidarité européenne qui aurait mérité, à tout le moins, une information préalable de ses partenaires à Bruxelles si ce n’est une discussion préalable pouvant déboucher sur une position commune des 28 ou des 27 ?4 Pensent-ils un seul instant être en mesure de faire le poids face à ce mastodonte en cas de difficultés qui ne manqueront pas de survenir, un jour ou l’autre. Les Danois pensent-ils un seul instant qu’ils vont régler tous les problèmes de la société numérique à travers ce gadget dont la création pourrait avoir des raisons plus prosaïques ? Il n’est peut-être pas anodin de savoir qu’Apple et Facebook ont respectivement choisi en 2015 et au début de cette année 2017 d’installer sur le sol danois deux de leurs « data centers ». Le fruit d’un lobbying de « plusieurs années », indique le chef de la diplomatie danoise. L’argent n’a pas d’odeur.

Conséquences éthiques. Enfin, en cette période de PenelopeGate, nous ne devons pas nous cacher les éventuels problèmes éthiques sur lesquels ce gadget pourrait déboucher. Au moment où en France les professionnels de la publicité et leurs représentants stigmatisent les pratiques déloyales de Facebook5, les Danois ne courent-ils pas le risque d’une instrumentalisation de leur futur ambassadeur lobbyiste ? Ce pourrait être la fable de l’arroseur arrosé. Quid si la zizanie s’installait entre les quatre GAFA ? Qui privilégier ? On peut faire confiance à nos amis américains pour utiliser toutes les subtilités de leur législation extra-territoriale à leur profit. Rappelons qu’ils ont entrepris la « siliconisation du monde », « l’irrésistible expansion du libéralisme numérique » (Éric Sadin) comme l’un des multiples facettes de la mondialisation heureuse… pour les États-Unis mais malheureuse pour le reste du monde tant elle est dérégulée à leur profit. Quelle sera l’indépendance réelle et l’impartialité objective de ce « diplomate numérique » dans les arbitrages qu’il aura à effectuer entre intérêts privés et publics ? Ne se transformera-t-il pas, de fil en aiguille, en ambassadeur, en cheval de Troie, en idiot utile des GAFA au Danemark et, qui sait, en Europe ? Quel intérêt (national, supranational, privé, public…) est-il censé défendre contre qui ?

« Plus qu’une erreur, une faute ! ». Ainsi s’exprime Talleyrand après l’exécution du duc d’Enghien. Manifestement, ce cavalier seul de Copenhague est une faute. Céder aux sirènes des GAFA n’apportera rien de bon. Le Danemark aurait pu en rester à la formule française en la matière. La France dispose, en effet, depuis 2013 d’un ambassadeur thématique pour la cyberdiplomatie et l’économie numérique (David Martinon) qui officie en qualité de « représentant spécial pour les négociations internationales concernant la société de l’information et l’économie numérique ». L’innovation à tout va peut se révéler autant un bien qu’un mal. Pour certains, mieux vaut se soumettre que de combattre. Alors que les Danois se targuent d’avoir réalisé une première mondiale avec la nomination d’un ambassadeur du troisième type, il y a fort à parier que cette histoire de GAFA tourne du rêve au cauchemar et se transforme bientôt en gaffe danoise.

1 Alexis Feertchak, Le Danemark aura un ambassadeur dans la Silicon Valley, www.lefigaro.fr, 1er février 2017.
2 Jean Combacau/Serge Sur, Droit international public, chapitre V : L’État en droit international, LGDJ, 2016, pp.229-312.
3 Chloé de Woitier, Les professionnels de la publicité s’insurgent contre le duopole Facebook-Google, Le Figaro Economie, 27 janvier 2017, p. 26.
4 Michel Jaubelaux, Au fou ! Le Danemark va établir un ambassadeur auprès des GAFA (Google, Apple, Facebook, Facebbok) !, www.larealiteenface.overblog.com , 3 février 2017.
5 Enguérand Renault/Caroline Sallé, « Les Gafa ne doivent pas ruiner la confiance des annonceurs », Le Figaro Economie, 19 janvier 2017, p. 26.

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TRAFIC DE VISAS – lesafriques.com, 8 février

L’ambassadeur plénipotentiaire de la France auprès de la RCA, durant deux ans et demi, le tout-puissant Charles Malinas, l’homme de l’opération Sangaris et qui a un moment donné l’impression de décider du devenir des Centrafricains, est soupçonné de trafic de visas dans une enquête interne minutieusement menée au sein du Quai d’Orsay. Selon plusieurs sources concordantes auxquelles nous avons eu accès au sein du Quai d’Orsay, il est clairement indiqué dans un rapport confidentiel produit cet automne par l’Inspection générale des Affaires étrangères françaises sur le fonctionnement de l’ambassade de France à Bangui, où la France conserve encore une influence géopolitique et géostratégique, que des défaillances et des manquements graves ont été relevés dans la procédure de délivrance des visas d’entrée sur le territoire français et l’espace Schengen. Les auteurs du rapport ont relevé des dysfonctionnements graves dans la gestion et la délivrance des visas à Bangui. Saisie sur le dossier, une source qui a requis l’anonymat au sein du Quai d’Orsay nous indique que «des mesures devront être prises». Car le dossier ne peut plus être classé sans suite compte tenu de la gravité des faits constatés par les inspecteurs du Quai d’Orsay. Il est clairement établi que l’ambassadeur Charles Malinas, en fonction jusqu’en octobre dernier en Centrafrique, est vivement mis en cause dans ce rapport. Ce dernier a d’ailleurs été rappelé à la fin de l’année dernière de son nouveau poste d’ambassadeur en République tchèque. Selon nos sources, Malinas n’a plus remis les pieds à Prague depuis son rappel en fin décembre dernier. L’ambassade est désormais administrée par un chargé d’affaires, nous indique-t-on du côté de Prague. Tout démontre pourtant que le dossier est ultra-sensible. La semaine dernière, le directeur Afrique du Quai d’Orsay, Rémi Maréchaux, ancien premier conseiller à l’ambassade de France à Bangui, a récemment effectué le déplacement à Bangui pour vérifier les conclusions du service d’enquête. Les résultats ne font aucun doute : les «dysfonctionnements» constatés sont très graves, «hors normes», nous confie un diplomate, et éclairent de façon peu glorieuse l’action de la France en Centrafrique. Il y a quelques mois, des employés locaux de la chancellerie française à Bangui alertaient déjà la hiérarchie sur les pratiques douteuses de délivrance des visas et des injonctions de l’ambassadeur Charles Malinas auprès des services consulaires de l’ambassade de France à Bangui. Les services de police chargés à Paris de la lutte antiterroriste avaient constaté en effet que des musulmans radicalisés avaient débarqué de Centrafrique vers la France. Les visas, apparemment, leur avaient été accordés généreusement, sans les vérifications d’usage. Or, selon un diplomate français, fin connaisseur de la Centrafrique, «ce sont en fait des centaines et des centaines de visas qui ont été en fait distribués à des Centrafricains musulmans par les services de l’ambassade de France». Au ministère français de la Défense dont les services maintiennent une surveillance sur le pays, ces alertes ont été prises très au sérieux. Il devenait difficile pour le Quai d’Orsay de fermer les yeux. Très rapidement, l’enquête qu’il a diligentée révèle que cette politique laxiste était couverte par l’ambassadeur Charles Malinas lui-même. Dans quel but? À ce stade, les soupçons d’enrichissement personnel ne sont pas écartés par les enquêteurs des Affaires étrangères. Charles Malinas incarnait cette nouvelle catégorie d’ambassadeurs en Afrique plus préoccupés de leurs bonnes relations privilégiées avec le pouvoir local que de servir les intérêts de leur pays. On les voit devenir peu à peu les porteurs de messages à Paris des régimes africains peu accommodés aux valeurs démocratiques. L’ancien ambassadeur à Bangui avait développé une relation privilégiée avec l’ancienne présidente, Catherine Samba Panza, à tel point que certains Centrafricains le désignaient comme le « gouverneur de Bangui ». Désigné à ce poste par Laurent Fabius pour mener, de janvier 2014 à mars 2016, la transition démocratique tout en assurant ses arrières par quelques placements en Côte d’Ivoire, Charles Malinas n’a ménagé aucun effort pour faire admettre à Paris que Martin Ziguélé était l’homme qu’il fallait soutenir. Hélas, le peuple centrafricain en a décidé autrement au grand dam de ce dernier qui a tout fait pour faire battre Anicet Dolonguélé qui n’appréciait pas ses injonctions. Charles Malinas était si bien avec le pouvoir centrafricain qu’il fut promu, le 29 avril 2014, chevalier des arts et lettres, contrairement aux usages en vigueur qui prévoient que les diplomates ne peuvent accepter de décoration que lors de leur départ. L’ex-ambassadeur en poste à Bangui est aujourd’hui empêtré dans un scandale qui risque de l’éloigner des cercles de la haute sphère diplomatique et politique.

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Zéro impunité, c’est à la mode pour accuser le régime honni du jour, nos candidats et un ancien président en proie à de multiples poursuites. Trump se heurte à l’heureuse séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Au niveau international, rien de tout ça. Les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité peuvent bloquer la saisine de la CPI. G.W. Bush court toujours après son agression illégale de l’Iraq, son père aussi 26 ans après son double bombardement de l’abri civil d’Ameriyah. Blair et Perle séjournent en France sans risque de commission rogatoire. Kissinger fut décoré par la France alors qu’il dut un jour lointain s’enfuir de l’hôtel Bristol pour éviter le juge. Pour sauver Sharon poursuivi par la justice belge, les Etats-Unis avaient menacé de sortir le QG de l’OTAN de Bruxelles. Justice mondiale zéro !

Bernard Cornut

 

TERRORISME EN DEBAT ?

On apprend que l’IREMMO (Institut de recherche et d’études méditerranéennes Moyen-Orient) organise prochainement un colloque intitulé « Le terrorisme en débat ». A priori, c’est une bonne nouvelle. Bonne nouvelle… chaque fois qu’on peut produire un peu de jus de crâne sur ce dossier qui donne lieu à tellement de malentendus, de contre-sens, d’idéologies, sinon de propagandes.

Malheureusement, en l’occurrence la première table ronde du colloque en question intitulée « Aux origines du terrorisme » est « modérée » par… Madame Agnès Levallois, « consultante ». Ca part mal et d’autant plus mal que cette « consultante » multirécidiviste dit tout et son contraire sur les Proche et Moyen-Orient – depuis des années – en fonction des commandes de ses chers clients. Egérie des mal nommées « révolutions arabes », comme son copain Jean-Pierre Filiu, parce qu’il fallait absolument coller à la ligne Fabius estimant que « les p’tits gars de Jabhat al-Nosra (la Qaïda en Irak et en Syrie) font du bon boulot… » -, la dame mêle d’une manière très commerciale la quête de la vérité avec ses affaires. Par conséquent, et pour y voir plus clair sur les origines du terrorisme, on peut craindre le pire.

La suite n’est guère plus rassurante puisque le programme nous annonce la participation du journaliste Alain Gresh. Cet ancien du Monde Diplomatique, écarté à cause de sa proximité d’affaires et d’idéologies avec le télé-corano-évangéliste Tariq Ramadan – le BHL de l’Islam -, multiplie actuellement démarches et influences pour que son mentor obtienne… la nationalité française ! Le grand rêve de Ramadan : être candidat à l’élection présidentielle française de 2022 pour « communautariser » le vote musulman. Tout un programme auquel Alain Gresh souscrit et collabore. Là-aussi, on n’est guère rassuré sur ce qui pourra être dit sur la filiation idéologique de la Confrérie des Frères Musulmans – matrice essentielle du terrorisme contemporain -, dont Ramadan est un agent d’influence, financements du Datar à l’appui… Comme pour le cas précédent : les affaires sont les affaires.

La suite est encore plus édifiante, puisque la deuxième table – qui sont les jihadistes ? – ronde sera « modérée » par Dominique Vidal, présenté comme « historien » ! En l’occurrence « historien auto-proclamé », cet autre thuriféraire des « révolutions » arabes est, lui-aussi un digne représentant de la ligne Fabius et d’une cause palestinienne formatée aux contraintes du politiquement le plus correct, entre droit-de-l’hommisme dominant et détestation des mondes chi’ites.

Participe à cette deuxième table le savoyard égaré François Burgat, lui encore adepte frémissant de la ligne Fabius et de la Confrérie des Frères musulmans, Frères musulmans qu’il considère comme les démocrates-chrétiens de l’Islam… Plus grave quant au terrorisme contemporain, après ses différents livres – dont L’islamisme en face, autre apologie des Frères musulmans -, ce « chercheur » émérite qui travaille aussi avec Christine Ockrent et Bernard Kouchner dans un think-tank bruxellois très juteux, nous répète depuis des années que la violence terroriste actuelle n’est qu’un juste retour de nos anciennes guerres coloniales ! Ce n’est pas complètement faux, mais ce qui l’est, est bien de réduire ainsi la causalité du phénomène terroriste à cette seule dimension…

Etienne Pellot

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