Observatoire Géostratégique                   numéro 110     /     16 janvier 2017

QUELQUES CONSIDERATIONS SUR LA NOUVELLE GUERRE FROIDE…

Il est bien vrai – comme le souligne Jean Daspry (en tête des Brèves de cette semaine) – que sur le plan des écoutes, de l’espionnage industriel et de l’espionnage tout court, l’affaire des cyber-attaques russes, c’est quand même « l’hôpital qui se moque de la charité… ». Ce n’est certainement pas à un pays dont les services de renseignement écoutent les téléphones de la chancelière Angela Merkel et du président François Hollande – entre autres et sans parler de la myriade de micros installée dans les bureaux bruxellois de la Commission de l’Union européenne – qui peut ainsi donner des leçons et faire la morale à Moscou, sinon à la terre entière.

Cela dit, l’actuelle campagne de communication ciblant la Russie de Vladimir Poutine soulève bien d’autres questions autrement plus préoccupantes. En premier lieu, cette entreprise, relayée par les plus prestigieux organes de presse occidentaux, confirme – s’il en était encore besoin – qu’on est bien passé de l’information, à la communication puis à la propagande la plus grossière. Comme pour les armes de destruction massive d’Irak, comme pour les liens de proximité entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden, comme pour l’usage d’armes chimiques exclusivement par l’armée syrienne, les rédactions occidentales diffusent à nouveau des rumeurs, des approximations et de bien fumeuses analyses, mais rarement des faits, des faits avérés, vérifiés auprès de différentes sources croisées selon les règles basiques du journalisme éternel. Il est vrai que sur ce plan, le journalisme post-moderne empile désormais les post-vérités à qui mieux mieux, les émotions et les affects : je suis ceci ou cela… j’aime ou j’aime pas… ces gonflements de l’égo se substituant à l’information par le biais des Sweet, Fesse-book et autres « réseaux numériques » qui n’ont rien de « sociaux » !

La deuxième question de la nouvelle campagne anti-russe illustre, révèle et confirme l’une des manifestations organiques les plus classiques de la gouvernabilité états-uniennes. A Washington, le pouvoir s’organise et se régule en fonction d’un édifice complexe et diversifié, une sorte de mille-feuilles : la Maison Blanche, le Congrès, le Conseil national de sécurité, une quinzaine d’agences de renseignement, les services spéciaux des grandes sociétés, Wall Street, les lobbies, les think tanks etc. Les différentes strates de ce kouglof recouvrent et garantissent des intérêts économiques, financiers et d’influence qui ne sont pas toujours convergents, ne s’accordant pas toujours avec les intérêts supérieurs des Etats-Unis. Le Watergate, l’Iran-gate, le Ben-Ladengate et bien d’autres coups tordus encore moins avouables ponctuent la longue histoire des ratages de cette « démocratie exemplaire », du moins prétendue telle. En la matière, les coulisses des appareils d’Etat de Washington font plutôt figure d’écuries d’Augias et tous les travaux d’Hercule ne sont pas prêts d’en venir à bout.

Ceci étant dit, plusieurs sources d’un service européen de renseignement (qui n’est pas français) expliquent à prochetmoyen-orient.ch que plusieurs décideurs clefs du Pentagone sont bien à la manœuvre de l’actuelle campagne anti-russe. Leur hantise : voir le nouveau président Trump changer de politique à l’égard de Moscou, mettant ainsi de nombreux bureaux des ministères de la Défense et des Affaires étrangères au chômage technique [..]

Richard Labévière

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LE MONDE HOLLYWOODIEN DE BARACK OBAMA : YES, WE CAN’T !

« Les États-Unis sont un pays où il y a trente-deux religions, il n’y a qu’un seul plat et il est mauvais » (Talleyrand). Le moins que l’on puisse dire est que le bilan de deux mandats de Barack Obama dans les domaines de la politique étrangère et de la diplomatie (2009-2016) laisse un goût amer au sens propre et figuré du terme au moment où il passe le relais à Donald Trump, stigmatisé pour son inexpérience et son imprévisibilité.

La superbe du président de l’hyperpuissance, donneur de leçons de 2009, fait place à un sentiment d’impuissance d’un président affaibli, d’une Amérique déclinante1, d’un monde dans lequel les cartes sont rebattues, et plus spécialement au Proche et au Moyen-Orient, en cette fin d’année 20162. La voix de l’Amérique est moins entendue que dans le passé. Pire encore, le nouveau président philippin traite son homologue américain de « fils de pute » et se jette ostensiblement dans les bras de Pékin. Inimaginable !

Comment en est-on arrivé là ? Comment celui qui était présenté urbi et orbi comme une sorte de « diplomator » (surnom du conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, Jean-David Levitte) à même de régler définitivement les crises laissées en héritage par George W. Bush, s’est-il transformé, volontairement ou involontairement, en fauteur universel de troubles ? Comment ces guerres du « Grand Moyen-Orient », comme disent les Américains, celles d’Afghanistan, de Syrie, d’Irak, elles aussi, semblent ne jamais se terminer alors qu’elles devaient être courtes et décisives ?3 Il faut savoir tirer les leçons de ses erreurs, de ses bévues, de ses fautes et, a minima, ne pas s’en glorifier.

Or, les Américains sont indécrottables tant ils sont par habités, rongés par l’omnipotence de leur hubris. Entre rupture et continuité, l’action extérieure de Barack Obama aligne une quantité impressionnante d’échecs que ne parvient pas à effacer une poignée de succès.

ENTRE RUPTURE ET CONTINUITÉ : LA PROMESSE DE L’AUBE

Si Barack Obama se situe dans une démarche de rupture par rapport à la politique étrangère catastrophique de George W. Bush, il n’en demeure pas moins que sa démarche demeure contrainte par de fortes données de continuité4.

Une démarche de rupture : du passé faisons table rase

De la théorie abstraite… Comme souvent après une alternance politique, le nouvel élu inscrit sa politique dans une démarche de rupture par rapport à son prédécesseur. Barack Obama ne déroge pas à la tradition (c’est également le cas pour Donald Trump5). Premier noir (afro-américain pour reprendre le terme politiquement correct) à accéder à la magistrature suprême, il bénéficie d’une côte de popularité sans précédent. Il est le chouchou de la médiasphère qui le compare à John Fitzgerald Kennedy. Avant même sa prise de serment sur la Bible, tel Moïse, Barack Hussein Obama marche sur les eaux. Les commentateurs font assaut de superlatifs pour qualifier le nouveau Messie. Jeune, beau, intelligent, dynamique, sportif, flegmatique – en un mot le gendre idéal -, il se débarrassera en un tournemain des nombreux cadavres (Afghanistan, Irak et autres Guantanamo) que lui a laissés George W. Bush dans les placards de la Maison Blanche6. Avant même qu’il ait pu démontrer ses innombrables talents, fait rarissime dans l’Histoire, il est récompensé par le prix Nobel de la paix 2009 « pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples ».

à la pratique déclaratoire. Les mots ne manquent pas dans la bouche du nouveau porteur de la « destinée manifeste » du peuple élu pour imprimer sa marque sur le cours des choses. Les discours se succèdent, se ressemblent. L’Amérique a changé. Mais en fait, elle est pire qu’avant. Revenons aux grandes envolées lyriques de Barack Obama ! Avec la Russie, un nouvel élan aux relations bilatérales nous est annoncé. Il s’agit du « reset », du style nous repartons sur de nouvelles bases plus saines. Avec le monde arabe, les choses vont changer, proclame-t-il lors de son fameux discours du Caire du 4 juin 2009 dans lequel il plaide pour un « nouveau départ fondé sur l’intérêt partagé et le respect mutuel ». Pour ce qui est de la guerre et de la paix, il laisse entrevoir l’avènement d’un monde dénucléarisé, le graal des pacifistes de tout poil dans son discours de Prague du 5avril 2009. Désormais, il entend faire « pivoter » le regard et l’intérêt de l’Amérique du vieux continent européen et de la pétaudière du Proche et Moyen-Orient vers l’Asie, continent en pleine expansion, plus porteur pour l’économie américaine. Sans parler de l’annonce de fermer la prison de Guantanamo avant janvier 2010. La liturgie (le « prédicat ») bat son plein et les gogos y croient dur comme fer.

Une contrainte de continuité : il faut que tout change pour que rien ne change

De la force des choses… Mais il y a un revers à la médaille ! C’est l’inertie de l’Amérique et du monde qui l’entoure. Il ne suffit pas d’une baguette magique et d’un peu de poudre de perlimpinpin pour transformer le monde du XXe siècle en monde du XXIe siècle. Homme lettré s’il en est, Barack Obama passe malencontreusement par profits et pertes la célèbre réplique : « il faut que tout change pour que rien ne change » de Tancrède (Alain Delon) dans l’adaptation cinématographique de Lucchino Visconti du roman de Guiseppe Tomasi de Lampedusa, le Guépard. Le cap de l’imposant paquebot Amérique ne se modifie pas d’un simple coup de barre comme un frêle esquif. Il est toujours la résultante de forces contradictoires. Tout d’abord, Barack Obama vit en cohabitation avec le Capitole, compliquant sa tâche. Ensuite, il est soumis aux pressions des multiples lobbies qui sont actifs sur les bords du Potomac (armements, pétrole, pharmaceutiques, OGM…) et qui financent abondamment les dispendieuses campagnes présidentielles. Ils ne s’en laissent pas compter, exigeant les dividendes de leurs bonnes actions. Ils se rappellent à l’occasion au bon souvenir de l’heureux élu qui viendrait à les oublier. En réalité, le président américain n’est pas un homme libre mais un homme sous contrôle dont les marges de manœuvres sont des plus limitées.

à la faiblesse des idées. La célèbre formule de campagne électorale de Barack Obama, « Yes, we can » s’avère être un minable slogan publicitaire sans le moindre contenu géopolitique, stratégique qui inspirera en 2012 celle d’un autre illusionniste de haut vol, François Hollande avec son mantra : « le changement, c’est maintenant ». Dans les deux cas, c’est le poids des mots et le choc du vide intellectuel. Or, pour affronter presque coup sur coup, une crise économique gravissime et les « révolutions arabes », c’est un peu court. C’est tout simplement très léger. Comment peser durablement sur les débats avec de simples bons mots de « spin doctors » ? Comment créer un climat de confiance avec la Russie en humiliant son peuple et en imposant l’OTAN dans son « étranger proche » ? Barack Obama aurait gagné à méditer cette remarque de John Le Carré : « quand le monde sera détruit, ce ne sera pas par des fous, mais par des sages experts et par l’ignorance incommensurable des bureaucrates »7. Par ailleurs, quand on connait le poids de la bureaucratie à Washington, plus prompte à faire valoir un point de vue dans la jungle inter-agences qu’à se battre pour des idées réalistes, on ne peut s’étonner de son inefficacité exaspérante. Parfois, Département d’État, Pentagone, CIA conduisent des politiques contradictoires. C’est dans les détails que l’application de leurs belles théories déconnectées du monde réel fait des ravages. Enfin, on ne peut pas dire que Barack Obama ait été gâté par ses deux secrétaires d’état successifs (Hillary Clinton puis John Kerry), ni chevronnés, ni fins diplomates. Ils sont dépassés intellectuellement, tactiquement par leur homologue russe, Sergueï Lavrov.

Malheureusement, et surtout dans la sphère internationale, il y a toujours loin de la coupe aux lèvres. Barack Obama en fait l’amère expérience après ses huit années passées à la Maison Blanche.

ENTRE SUCCÈS ET ECHECS : LA GRANDE ILLUSION

Un bilan international, quel que soit peu objectif, ne peut faire l’impasse sur les succès enregistrés par Barack Obama durant sa présidence à la tête du pays. Toutefois, il est éclipsé par de nombreux échecs.

Quelques succès limités… : de Téhéran à La Havane en passant par Abbottabad

Dans tout bilan, il existe quelques succès qui méritent d’être soulignés pour tendre au maximum d’objectivité si tant est que cela soit humainement possible. Deux décisions majeures marquent, d’un point de vue historique, la présidence de Barack Obama tant elles constituent une rupture majeure avec le passé.

La normalisation des relations avec Cuba. Qui aurait imaginé l’impensable au début du mandat de Barack Obama en 2009 : reprendre des relations normales avec l’ennemi cubain ? Or, c’est bien ce qui se passe en 2014 à l’issue d’une longue et délicate médiation conduite par les émissaires du Saint-Siège, épaulés par leurs homologues canadiens8. Cette rupture importante est à mettre au crédit du président américain. Elle est loin d’être négligeable.

La normalisation des relations avec l’Iran. Une fois de plus, l’impensable se produit en raison de la volonté personnelle de Barack Obama. L’affaire se noue en deux temps autour de la négociation sur le programme nucléaire iranien : accord de principe à la fin de l’année 20139 et accord final en juillet 2015. Là encore, nous sommes en présence d’un petit bijou de diplomatie auquel l’Union européenne prend, pour une fois, sa part. Il est à mettre au crédit d’un certain volontarisme du président américain et de son secrétaire d’État, John Kerry.

Guillaume Berlat
16 janvier 2017

1 Richard Labévière : Terrorisme, face cachée de la mondialisation. Editions Pierre-Guillaume de roux, novembre 2016.
2 Richard Labévière : Les Dollars de la terreur. Editions Grasset, 1998.

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C’EST L’HÔPITAL QUI SE MOQUE DE LA CHARITÉ – Jean Daspry. « Honni soit qui mal y pense ». Toujours à la pointe de l’information, le plus souvent non recoupée et non étayée, le quotidien Le Monde des 8 et janvier 2017 reprend à son compte les assertions de la communauté américaine du renseignement « démontrant » l’implication russe dans la campagne présidentielle américaine qui voit la victoire de l’improbable candidat, Donald Trump1. Ce journal de référence de l’intelligentsia parisienne, qui ne parvient toujours pas à digérer la défaite de la candidate qu’il avait adoubée, Hillary Clinton (pas plus que le résultat du « Brexit »), enfourche le cheval du bouc émissaire tout désigné par le monde interlope du renseignement américain : le président russe, Vladimir Poutine. Cela ressemble fort à la formule qui dit bien ce qu’elle veut dire : « la main de Moscou… ». Dans cette histoire, le président américain a la mémoire courte. Il oublie, qu’en matière d’espionnage, les États-Unis donnent souvent la pire des leçons2.

PRÉSENTATION DES FAITS

Que découvre-t-on dans notre gazette préférée ? A lire de plus près la prose du Monde sur une pleine page, il existe, comme souvent un fossé entre le caractère péremptoire de ses titres et le caractère aléatoire de sa démonstration si tant est que ce terme soit totalement approprié dans le cas d’espèce. Le journaliste a l’honnêteté de confesser que le rapport – daté du 6 janvier 2017, de vingt-cinq pages (destiné au public), le reste (vingt-cinq pages également) étant classifié – est très économe en révélations. Il se limite à avancer l’hypothèse d’un vol de données confidentielles du Parti démocrate diffusées pendant la campagne électorale et d’une implication personnelle de Vladimir Poutine dans cette opération destinée à favoriser l’élection de Donald Trump.
Il évoque également l’action des médias officiels russes et des réseaux sociaux. Sur la base d’une interception de conversations entre responsables russes, le Kremlin considère la victoire de Donald Trump comme un « succès géopolitique pour la Russie ». Quel scoop ? Le rapport reconnait que les tentatives d’intrusion dans les réseaux officiels ne concerneraient pas le comptage des votes. La montagne n’aurait-elle accouchée que d’une souris ? Nous sommes bien loin de la vulgate des médias au cours des dernières semaines selon laquelle les électeurs américains auraient quasiment voté pour Donald Trump sur ordre de Moscou. « Le succès n’est souvent que le faux nez qui dissimule un échec »3. Pour charger la barque, de nouvelles révélations croustillantes sur Donald Trump nous arrivent en même temps que le discours d’adieu de Barack Obama le 10 janvier 20164. Elles tendraient à démontrer la faiblesse du renseignement américain5.

INTERPRÉTATION DES FAITS

Que peut-on déduire de tout cela ? Tout d’abord que certains préfèrent des vérités trop simples à la complexité du réel. Le Monde nous présente en fait une intuition appuyée sur des indices, des présomptions mais rien qui, à notre connaissance, ne soit vérifié. Ensuite, cette démarche est caractéristique d’un temps où l’on privilégie la fausse apparence à la « vérité des faits » (Hannah Arendt). Une allégation n’a jamais constitué une preuve. Enfin, la réponse à de simples questions (esquissées en filigrane dans l’article incriminé) bouleverserait aisément l’architecture de cette pseudo-démonstration, qui jusqu’à plus ample informé, n’est qu’un simple ramassis de conjectures.
Or, nous apprenons, selon ce même quotidien que pour certains experts américains, « ce document ne prouve rien, il est mal conçu, bourré d’erreurs et d’approximations, et semble avoir été rédigé dans la précipitation par des amateurs »6. Un autre média relève que les agences de renseignement ne citent ni sources, ni preuves nouvelles7. Cette thèse n’a bien évidement été reprise par aucune des chaines d’information en continue. Mais rassurons-nous, la vérité finira bien par éclater. Nos folliculaires préférés ont la mémoire courte. Ils devraient faire preuve d’un minimum de prudence quand ils sont confrontés à de telles allégations conjointes du FBI, de la CIA et de la NSA.
En effet, ce sont ces mêmes services de renseignement américains qui avaient intoxiqué la planète avec leur bobard sur la présence d’armes de destruction massive (introuvables) en Irak pour justifier la guerre de 2003 en Irak lancée par George W. Bush. Le fameux discours de Dominique de Villepin du 14 février 2003 nous vaudra une longue période d’excommunication et de « French Bashing » dont nous attendons encore les excuses de nos amis et alliés américains. Il est vrai que Jacques Chirac s’empressera rapidement d’aller à quia pour se faire pardonner son outrecuidance.
Nos perroquets à carte de presse devraient méditer le récent mea culpa de l’économiste de la Banque d’Angleterre qui reconnait s’être trompé en annonçant après le « Brexit » une forte récession. Or, rien de tout cela ne s’est produit. Avec une touche d’humour anglais, il conclut son acte de contrition : « si un économiste vous dit qu’il est sûr de quelque chose, il est temps de s’inquiéter »8.

CONCLUSION PROVISOIRE

Les erreurs du passé excusent-elles celles du présent ? Cette fable démontre que la réflexion, la prudence évitent les chausse-trapes tendues sous nos pieds par nos amis des bords du Potomac. A minima, une benoîte circonspection s’impose au commun des mortels, y compris au site Médiapart qui se croit détenteur de la vérité révélée9. Elle démontre également que nous sommes entrés de plain-pied dans l’ère médiatique de la « post-vérité », celle du bobard permanent (les faits ayant moins d’importance que l’émotion du moment)10. En définitive, toute cette histoire, qui ressemble à une mauvaise farce, épilogue de deux lamentables mandats de Barack Obama dans le domaine de la politique étrangère, c’est l’hôpital qui se moque de la charité !

1 Gilles Paris, Le renseignement américain accuse Poutine d’avoir cherché à favoriser Trump. Poutine mis en cause, Trump minimise, Le Monde, 8-9 janvier 2017, pp. 1-2.
2 Jack Dion, La main de Moscou (saison 2), Marianne, 6-12 janvier 2017, pp. 49-50.
3 Jean-François Parot, L’inconnu du pont Notre-Dame, Jean-Claude Lattès, 2015, p. 181.
4 Gilles Paris, « INFORMATIONS BIDON, VÉRITABLE CHASSE AUX SORCIÈRES POLITIQUE !», Le Monde, 12 janvier 2017, p. 3.
5 J.C., La campagne présidentielle US sabotée par Poutine ?, Le Canard enchaîné, 11 janvier 2017, p. 3.
6 Yves Eudes, Alisa Chevtchenko, pirate ou victime ?, Le Monde, 8-9 janvier 2017, p. 3.
7 Elsa Conesa, Donald Trump minimise l’ingérence russe dans les élections américaines, Les Echos, 9 janvier 2017, p. 8.
8 Éric Albert, L’économiste de la Banque d’Angleterre fait son mea culpa, Le Monde, Économie et entreprises, 8-9 janvier 2017, p. 5.
9 Jérôme Hourdeaux, Cyberattaque russe : Trump s’incline devant les services de renseignement, www.mediapart.fr , 7 janvier 2017.
10 Éditorial, Les risques de la « société « post-vérité », Le Monde, 3 janvier 2017, p. 22.

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LES PALESTINIENS ONT DROIT A UN ETAT – L’Humanité/Pierre Barbancey, 13 janvier

Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, se veut modérément optimiste quant aux résultats de la conférence internationale sur le Proche-Orient.

Quel est le but de cette conférence ?

Jean Asselborn Il y a d’abord eu la première conférence qui s’est tenue à Paris au mois de juin, puis la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU au mois de décembre. Le moment est donc opportun. Mais j’estime que les États-Unis ont
fait une erreur. Si, en décembre 2014, on avait voté la résolution qui était pratiquement la même que celle adoptée récemment, on aurait gagné deux ans et on aurait pu faire autre chose avec cette résolution que ce qu’on peut en faire maintenant. Le but est de permettre à la communauté internationale de montrer qu’elle se prononce pour une solution à deux États. Une soixantaine de pays seront présents. Mais il y aura deux grands absents : Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, et celui de Grande-Bretagne, Boris Johnson. Après 2014 et l’échec de ce qu’on a appelé l’initiative Kerry, il y a eu des évolutions qui font peur. Il y a maintenant pratiquement 600 000 colons qui vivent à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Et Israël a annoncé vouloir construire 55 500 nouveaux logements dans ces zones. Aujourd’hui, il y a une réelle volonté politique de dire qu’il est dans l’intérêt d’Israël (et pas seulement celui des Palestiniens qui ont le droit à un État indépendant), d’arriver à une solution concrète sur la base de la résolution de l’ONU. Mais quand on écoute un membre du gouvernement Netanyahou, Naftali Bennett, dire qu’il n’y aura pas d’État palestinien, quand on voit que l’élection de Trump signifie la fin d’un État palestinien et qu’un élu républicain parle d’un « soi-disant État palestinien », qu’il y a une menace américaine de bloquer tous les fonds pour les Nations unies si la résolution 2334 est maintenue… il y a de quoi être inquiet.

Concrètement, que va-t-il se passer après cette conférence ?

Jean Asselborn Il faut attendre le 20 janvier (l’intronisation de Donald Trump comme président des États-Unis – ndlr). Car nous, Européens seuls, nous ne pourrons pas modifier la situation. On aurait pu imaginer une implication plus forte de l’Union européenne au sein du quartet (États-Unis, Russie, UE et ONU – ndlr) pour exercer une pression plus importante. Mais maintenant, s’il faut agir contre la volonté du gouvernement américain… Et puis, il faut regarder la position des pays arabes qui, pour moi, reste une inconnue. J’ai peur que, pendant quatre ans, il y ait un statu quo avec tout ce qui peut se passer sur le terrain. Comment les jeunes en Palestine, mais aussi en Israël, vont réagir ? Il risque d’y avoir des soulèvements. Sans parler d’un possible transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.

Cela signifierait que la solution à deux États deviendrait impossible ?

Jean Asselborn Évidemment, si on parle d’un seul État, il ne faudrait pas aboutir à un système d’apartheid mais à un État où tout le monde aurait les mêmes droits. Mais est-ce qu’on est prêt à aller vers ça ? J’en doute. Il se pourrait aussi que les Américains disent aux Palestiniens qu’ils ont un État, c’est la Jordanie. Je ne peux pas être optimiste, mais il y a tout de même ce signal de la communauté internationale réunie à Paris pour essayer de faire le suivi de la résolution de l’ONU. Ça ne peut pas être une mauvaise chose. Aux Nations unies, il y a 193 États et les 4/5es veulent forcer les Israéliens à arrêter les colonies et à se mettre autour de la table.

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Encore trop négligée et occultée dans les débats électoraux, la politique étrangère au Moyen-Orient conditionne pourtant les autres, sécurité, défense, mais aussi finance, environnement, emplois. Car sans politique et dialogues justes, fermes, exigeants, pas de retour à la paix régionale, seuls perdureront désespoir et violences des désespérés aisément manipulables et le yoyo déstabilisant du baril. Et alors l’intérêt économique de la transition énergétique resterait incertain, les acteurs hésitants : adieu les emplois induits massivement attendus, la politique énergie-climat serait peu mise en œuvre ! Pour créer des emplois et la paix avec,  il faut donc sortir tous nos candidats qui regrettent encore qu’on n’ait pas bombardé la Syrie en septembre 2013 et qui croient encore à la propagande des médias.

Bernard Cornut

 

LE FABULEUX DESTIN D’ALICE RUFO

« Une République exemplaire », tel était le slogan de campagne de François Hollande en 2012. Au moment où son mandat touche à son terme et où les membres des cabinets ministériels cherchent à se recaser au plus vite dans la perspective d’une défaite de la gauche annoncée, ce serait plutôt « Une République délétère » que le chef de l’État laissera en héritage à son successeur en 2017. Un exemple vaut mieux que de longs discours. Il ne s’agit bien évidemment pas d’incriminer uniquement le comportement d’un haut fonctionnaire mais les dérèglements d’un système de castes, d’entre-soi, de favoritisme, d’élites qui se comportent en oligarchie1. Ce système porte en lui les germes du populisme2.

Une fois de plus, la lecture du Journal officiel de la République française (JORF) est éclairante, pour ne pas dire affligeante tant la réalité dépasse parfois la fiction. Qu’apprend-on en découvrant la rubrique « mesures nominatives, Premier ministre » du JORF daté du 5 janvier 2017 ?3 Que « par décret du Président de la République en date du 4 janvier 2017, vu l’avis favorable du premier président de la Cour des comptes sur les nominations de Mme Alice Rufo…sont nommés conseillers référendaires…. Mme Alice Rufo, conseillère des Affaires étrangères (4e tour)… » et cela dans une liste comportant 15 fonctionnaires. Cette fonctionnaire intègre la prestigieuse rue Cambon sans passer par le premier grade, celui d’auditeur (de deuxième ou de première classe), ce qui lui aurait permis de faire ses classes dans un domaine qu’elle découvrira4.

Au passage, notons que le président de la République a été également bon prince à l’égard du conseiller pour les territoires au cabinet du Premier ministre, Guillaume Lacroix qui figure également dans cette liste5. Jusqu’à présent, Alice Rufo faisait partie du pôle diplomatique de la présidence de la République comme étant en charge des sommets internationaux et de l’Asie. Quel parcours ascendant non dénué de mérites pour cette brillante jeune femme !

Après avoir intégré l’école normale supérieure, Alice Rufo (fille du pédopsychiatre, Marcel Rufo) montre un penchant certain pour la diplomatie. Un stage au Quai d’Orsay la conforte dans son opinion. Elle intègre la Maison des bords de Seine par le biais du très sélectif concours des secrétaires des Affaires étrangères en 2006. Elle y occupe les fonctions de rédactrice jusqu’en 2007. Mais l’appétit vient en mangeant. Alice Rufo prépare le concours de l’ENA à titre interne. Elle intègre la prestigieuse école sise à Strasbourg en janvier 2008 et en sort au Quai d’Orsay comme conseillère des Affaires étrangères.

Jean Daspry

1 Monique Canto-Sperber, L’oligarchie française. Démocratiser l’enseignement supérieur, PUF, 2017.
2 Raphaëlle Rérolle, Élites un monde clos. Entre-soi au sommet, Le Monde idées, 7 janvier 2017, pp. 1, 4 et 5.
3 Décret du 4 janvier 2017 portant nomination (Cour des comptes), texte n° 40.
4 Projet de loi portant dispositions statutaires applicables aux membres de la Cour des comptes, www.senat.fr
5 Un dirigeant du PRG nommé à la Cour des comptes, www.acteurspublics.com , 5 janvier 2017.

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