Observatoire Géostratégique

numéro 156 / 11 décembre 2017

BERNARD LAVILLIERS TOMBE DE LA COLLINE…

Colline de Sion (54), le 30 juin 2017.

Comme chaque année, l’été et les vacances ramènent kyrielle de festivals et colloques à la belle étoile. D’une manière ultra sélective, la rédaction de prochetmoyen-orient.ch – elle-aussi -, participe à cette joyeuse transhumance. Ainsi, du 29 juin au 2 juillet derniers, nous étions conviés à intervenir durant le festival Là-haut-sur-la-colline, sur les hauteurs – au-dessus de Nancy – qui inspirèrent La Colline inspirée de Maurice Barrès, une belle occasion de lire ou relire l’un des chefs d’œuvre de la littérature française… Le thème retenu de cette année « Radicalisation/dé-radicalisation » a donné lieu à plusieurs tables rondes, cafés littéraires et autres échanges de haute tenue.

Organisé par l’association Festi-Live1, cette manifestation, et nous citons « veut interpeler et promouvoir la culture au service du vivre ensemble grâce à des conférences, des concerts et des ateliers initiation- découverte. Pour cette édition 2017, le thème retenu est « les jeunes entre radicalisation et fraternité, vers quel choix ? Le festival est d’abord un festival de musique avec des scènes locales de grande qualité, une scène nationale et internationale avec Radio Elvis, Bernard Lavilliers, Keny Arkana, Noa et Gaël Faye ». Pour l’organisation et la logistique, plusieurs centaines de bénévoles – tellement bénévoles et hospitaliers – rendent cette manifestation tout à fait unique et éminemment fraternelle justement !

Une fois le gros de notre travail accompli, nous nous réjouissions d’écouter – donc – Bernard Lavilliers, vedette annoncée du grand concert du samedi soir. Le Stéphanois a enchanté notre adolescence – Viens petite fille demoiselle, visiter la plage aux de Wendel… – et quelques années suivantes, notamment lors d’une fête de la musique à Beyrouth où nous avions partagé un dîner exceptionnel d’amitié et de fraternité chez notre ami Michel Elefteriadès, le patron du Music Hall. Nous gardions aussi au cœur les premières parties du festival annuel du Monde libertaire d’Antony, lorsque Bernard Lavilliers enchantait et fusionnait la salle avant l’entrée en scène du grand Léo Ferré que nous avait présenté Maurice Joyeux, Bizule Novarina et Max Molliet. En fait, des retrouvailles… du moins le croyait-on !

Mauvaise, mauvaise, très mauvaise surprise ! Dès son arrivée, Bernard Lavilliers s’est montré particulièrement détestable avec les organisateurs de Là-haut-sur-la-colline, le manager de la star passant toutes les bornes d’arrogance et de grossièreté… La suite allait être pire encore : équipe réduite à un improbable musicien désaccordé pour une prestation de deux heures – montre en main – durant laquelle l’ancienne icone des luttes ouvrières aura enchaîné tous les poncifs les plus grotesques : « ses » femmes et « ses » commentaires de macho de sous-préfecture, « sa » pseudo-brazilianité de beauf mondialisé, « ses » souvenirs d’ex-taulard avec plusieurs charges contre ce pauvre Marc Trévidic – l’un de nos grands juges anti-terroristes – que le Stéphanois a pris pour un juge d’assises…

Peu de chansons, si peu… La récitation massacrée de L’école de la poésie qui ne chante plus mais rampe… et que Bernard Lavilliers s’est – semble-t-il – approprié en citant du bout des lèvres, au détour d’une saillie pseudo-révoltée, Léo Ferré et encore… enfariné d’autres slogans creux et appels à la « révolte » … Aucune émotion, encore moins de partage : mépris des organisateurs, certes, mais aussi de ce public conquis qui s’était spécialement déplacé en masse. Quelle insondable déception ! Le temps qui passe transforme tout, l’Histoire est une perpétuelle déperdition.

Le temps, comme dit Hegel, est le concept même qui est là et se présente à la conscience comme une intuition vide ! Plutôt que d’essayer de la remplir un peu, Bernard Lavilliers – ce soir-là – s’est ingénié à creuser et agrandir ce vide que les organisateurs du festival de La Colline cherchent courageusement à transformer. Une fois son cachet de… 35 000 euros en poche (pour une petite heure de chansonnette), la déception incarnée s’est immédiatement retirée dans un hôtel cinq étoiles de Nancy où il a – aussi – emmerdé, tout spécialement le petit personnel, refusant notamment de quitter sa chambre avant 14 heures… Les stars du néant n’ont pas les mêmes horaires que la grande hostellerie capitaliste, c’est bien connu !

Toujours est-il que cet ancien du laminoir est – à l’évidence – devenu un parfait gros con, emporté par la vague de fric mondialisé. Souviens-toi, mon cher Bernard… à l’école de la poésie, on n’apprend pas ! On se bat ! chantait – lui – le grand Ferré ! Nous essaierons de continuer à le faire sans toi, en évitant désormais ta « musique » d’imposture, tes « concerts » numériques-fric et ton arrogance de petit parvenu du système que tu fais semblant de combattre…

Mauvais vent et mauvais présages, en tombant de la Colline, tu viens de sortir de la conscience, de la générosité et des écrans de la fraternité pour rejoindre ceux de la beauferie globalisée. Au plaisir de ne plus jamais te croiser… espèce de bouffon !

Richard Labévière, (Raouché, Beyrouth).

1 Association Festi-Live : 4, rue Notre Dame – 54330 Saxon-Sion. Téléphone : 06 66 89 76.

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