Observatoire Géostratégique

numéro 200 / 15 octobre 2018

BONNE ANNÉE MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Permettez à l’humble et modeste citoyen que je suis de vous souhaiter en cette promesse de l’aube, Monsieur le Président de tous les Français, une bonne et joyeuse année 2018 !

La France, que vous dirigez d’une main de maître, ne se reconnait plus depuis votre prise de fonctions en mai 2017 à la tête du paquebot France. Contrairement à vos prédécesseurs, vous parvenez à la transformer (vous avez banni de votre langage le mot « réforme », trop connoté XXe siècle). Vous avez réussi l’exploit de remettre la République en marche. Votre jeunesse et votre dynamisme y sont pour quelque chose. Les succès sont au rendez-vous tant sur le plan intérieur qu’extérieur. La croissance revient. Le chômage se stabilise. Le sacro-saint droit du travail est modernisé. L’opposition est chloroformée. Les syndicats sont dépassés. Le mouvement social est épuisé. La moralisation de la vie publique est en route.

Nombreux sont les autres chantiers de modernisation (éducation, immigration, justice) que vous avez lancés. Après un tassement durant l’été, votre cote de popularité est de nouveau au zénith. Sur la scène internationale, vous êtes l’objet de toutes les curiosités. Vous tancez un jour Donald (sur le climat et sur Jérusalem), un autre Vladimir (sur l’Ukraine) et Bachar (sur ses massacres). Vous livrez votre vision de l’Europe à la Sorbonne. Vous faites l’éloge du multilatéralisme à New-York et vous faites celle de notre douce France devant la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg.

Vous enterrez définitivement la Françafrique à Ouagadougou. Vous tournez le dos à la repentance à Alger. Vous avez rapidement enfilé le costume de Président et faites respecter la France sur la scène internationale. En un mot, tout vous réussit. Vous guérissez les écrouelles tels les rois thaumaturges. Vous marchez sur l’eau tel Jésus. Vous grondez tel Jupiter. Vous travaillez dur en stigmatisant les « fainéants ». The Economist vient tout juste de désigner la France (la vôtre) comme pays de l’année 2017.

L’année 2018 se présente donc sous les meilleurs auspices. Mais, sait-on jamais ? Sans jouer les Cassandre, quelques signaux faibles (des « polémiques à bas bruit ») parviennent à nos oreilles qui pourraient peut-être gâcher la fête : les inquiétants cas de « burn-out » qui frapperaient votre entourage, les ruades de certains députés de la République en marche, votre escapade à Chambord et celle de votre premier ministre à Nouméa. Cette dernière aurait freiné votre volonté de faire l’acquisition d’un nouvel avion présidentiel. Sur le plan intérieur, l’édifice que vous construisez est encore fragile. S’il n’y a pas de résultats tangibles sur quelques dossiers sensibles (reprise économique, chômage, sécurité, terrorisme, éducation, immigration…), les Français, qui avaient placé d’immenses espoirs en vous, ne vous le pardonneraient pas !

Les récents coups de canif portés par la classe politique (pouvoir exécutif et législatif confondus) à l’éthique que vous portez ne sont pas du meilleur effet pour la France profonde. Le dossier Corse est préoccupant à la lumière des derniers développements en Catalogne. L’opinion est versatile. Sur le plan extérieur, le « emmêmetantisme » a ses limites. Il faudra bien que vous sortiez du bois sur le dossier syrien, en particulier. La récente passe d’armes entre votre chef de la diplomatie (piètre géopoliticien et désastreux diplomate) et Bachar Al-Assad (fin stratège et habile tacticien) traduit un réel amateurisme doublé d’un défaut de clarté de votre ligne. Sur la réforme de l’Europe, les Français, très pragmatiques par nature, attendent des résultats concrets sur leur vie quotidienne allant au-delà de la politique de l’incantation.

En Catalogne, les indépendantistes, que vous avez cloués au pilori, viennent quoi qu’on en pense, pour la deuxième fois consécutive, d’infliger un superbe camouflet à la bien-pensance européenne qui refuse le résultat des urnes et, par la même occasion, bafoue la démocratie que vous portez en étendard. Qu’allez-vous faire pour défendre Airbus contre les prédateurs américains (qui veulent le tuer) avec la complicité active des Britanniques (la perfide Albion) et « passive » de nos amis Allemands (Angela est loin d’être claire sur le sujet) ? Comment comptez-vous traiter votre allié Donald Trump qui vous défie sur le nucléaire iranien, sur le climat, sur Jérusalem, sur l’UNESCO (désormais dirigée par une Française), sur le dumping fiscal… ? Allez-vous demander que les Européens lui infligent des sanctions comme nous le faisons avec la Russie ? Comment allez-vous traiter à l’avenir Vladimir Poutine dont nous avons besoin sur le dossier syrien et dans la lutte contre le terrorisme ?

Et, l’on pourrait multiplier à l’envi la liste des défis que vous aurez à relever et des ambiguïtés dont vous devrez sortir… nous n’espérons pas à votre (notre) détriment. Souvenez-vous que The Economist avait fait de la dirigeante birmane, Aung San Suu Kyi la femme de l’année en 2015 ? En 2017, il vient de reconnaître mezzo voce que ce choix n’était peut-être pas le plus pertinent à la lumière des évènements les plus récents dans ce pays. La prévision est décidemment un art compliqué.

Un peu de modestie, Monsieur le Président de tous les Français surtout lorsque vous annoncez urbi et orbi que « la guerre contre Daech sera gagnée d’ici mi, fin février » ! Bien que vous ayez « plus d’une corde à monarque », la route sera parsemée d’embûches. Souvenez-vous que la roche tarpéienne est proche du Capitole. Tout empire meut un jour de fatuité et d’orgueil. Il en va ainsi de ses dirigeants. « C’est le moment français. Enivrante et terrible responsabilité » (Pascal Bruckner).

 
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Attention aux dérives de la verticalité du pouvoir. Au nom de la France et des Français qui vous ont fait confiance mais aussi des autres encore plus nombreux, permettez, une fois encore, à l’humble et modeste citoyen que je suis de vous souhaiter, Monsieur le Président de tous les Français, une bonne et joyeuse année 2018 !

Ali Baba
1er janvier 2018

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