Observatoire Géostratégique

numéro 252 / 14 octobre 2019

CACHEMIRE : LA GUERRE, C’EST LA CONTINUATION DE LA POLITIQUE PAR D’AUTRES MOYENS…

C’est sans doute la bombe géopolitique de l’été… Et la question qui vient aussitôt à l’esprit, c’est pourquoi maintenant ? alors qu’aucune menace terroriste imminente ou autre (quoi qu’en dise New Delhi) ne vise particulièrement l’Inde et ses intérêts. Un ambassadeur européen en poste en Asie le dit plus clairement : « En dépit de tout complotisme, c’est bien les Etats-Unis qui ont décidé d’allumer tous les feux possibles contre la Chine qui ose leur résister commercialement. Le Cachemire est l’un d’eux ! ».

Dans sa logique d’agent immobilier, Donald Trump a pris la responsabilité de réveiller la question du Cachemire pour deux raisons principales : faire rendre gorge à Pékin dans la phase actuelle du bras de fer économico-monétaire et « surtout, endiguer, sinon casser l’irrésistible avancée des Routes de la soie et du Collier de perles… », ajoute notre ambassadeur.

Que s’est-il passé ? Annoncée le 5 août dernier par décret présidentiel, la révocation de l’article 370 de la constitution indienne met fin au « statut d’autonomie relative » qui prévalait au Jammu-et-Cachemire depuis sept décennies. Les habitants perdent leur droit exclusif à posséder des terres dans la vallée himalayenne. De plus, selon une loi ratifiée cette semaine par le parlement indien, l’Etat fédéré est scindé en deux « territoires de l’Union », placés sous administration directe de New Delhi.

Selon le Premier ministre Narendra Damodardas Modi, ces mesures vont « donner une chance historique au changement… ». L’abrogation de l’article 370 devrait permettre à New Delhi, estime-t-il, d’assainir les comptes du Cachemire, de débloquer des projets d’infrastructures et d’encourager la croissance régionale. Le premier ministre affirme miser sur les investissements des entreprises et la création d’emplois pour dynamiser la région et susciter au sein de la population « de nouveaux espoirs et de nouvelles aspirations ». 

L’opposition dénonce un « projet nationaliste » qui vise « une assimilation forcée du Cachemire au reste de l’Inde, et qui ne pouvait se faire qu’avec l’abolition de l’article 370 ».

CACHEMIRE, CONFLIT OUBLIE

Le Cachemire est une région montagneuse du sous-continent indien. Depuis la partition des Indes et la disparition de l’État princier du Jammu-et-Cachemire, le Cachemire désigne l’ensemble d’un territoire contesté. Avec le déclenchement de la première guerre indo-pakistanaise en 1947, le Cachemire est de facto partagé entre l’Inde, le Pakistan et la Chine : Trois autorités distinctes qui administrent l’État du Jammu-et-Cachemire pour l’Inde, les territoires de l’Azad Cachemire et du Gilgit-Baltistan pour le Pakistan, ainsi que la région de l’Aksai Chin et la vallée de Shaksgam pour la Chine. L’Inde continue de réclamer l’intégralité du Cachemire historique, à savoir l’Aksai Chin, la vallée de Shaksgam, le Gilgit-Baltistan et l’Azad Cachemire en plus des territoires qu’elle contrôle déjà.

Puissance nucléaire comme l’Inde, le Pakistan revendique la partie du Jammu-et-Cachemire contrôlé par l’Inde. La Chine contrôle les territoires qui lui ont été cédés par le Pakistan, à savoir l’Aksai Chin et la vallée de Shaksgam. Des mouvements séparatistes continuent par ailleurs à revendiquer le rétablissement de l’indépendance du Cachemire. Depuis 1989 y sévit une insurrection séparatiste dans la partie indienne qui a causé la mort de plus de 70 000 personnes.

Aujourd’hui, les 8 millions d’habitants de la vallée indienne du Cachemire sont coupés du monde. Depuis dimanche dernier, tous les moyens de communication sont bloqués et le couvre-feu a été instauré. Avec quelques 40 000 soldats supplémentaires envoyés pour prévenir toute espèce de contestation, la vallée est l’une des zones les plus militarisées du monde.

Cette brusque décision indienne relance la tension, sinon la guerre avec le Pakistan et indispose fortement la Chine qui s’appuie dans sa visée hégémonique sur Islamabad, son allié principal.

Comme dans le cas de la guerre asymétrique du golfe Persique, menée contre l’Iran, cette nouvelle crise complexe doit être replacée dans un ensemble de cinq problématiques complémentaires : 1) un bras de fer commercial et monétaire qui est aussi maritime ; 2) le conflit ouvert avec l’Iran ; 3) les difficiles et humiliantes négociations pour la paix en Afghanistan ; 4) une nouvelle crise des missiles ; 5) et enfin, l’endiguement des Routes de la soie et du Collier de perles. Voyons cela…

1) GUERRE DES MONNAIES ET DES BATEAUX

Le bras de fer commercial qui oppose Washington et Pékin depuis plusieurs mois prend chaque jour une tournure plus préoccupante. Désormais, il s’est déplacé sur le terrain monétaire depuis la dévaluation surprise du yuan, lundi dernier par Pékin en représailles à la décision de Donald Trump de taxer davantage les produits chinois. Le Trésor américain – qui ne s’embarrasse pas du respect des souverainetés nationales – a aussitôt accusé la Chine de « manipuler » le yuan… Mardi passé, la décision de Pékin de suspendre ses achats de produits agricoles américains a encore aggravé la crise. Celle-ci pourrait contaminer d’autres dossiers, tant les deux économies sont imbriquées depuis l’accession de la Chine à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en 2001. A l’époque, les Etats-Unis n’avaient pas prévu que la Chine utiliserait tous les avantages du libre-échange, sans en accorder aucun à ses partenaires commerciaux occidentaux qui cherchaient pourtant à s’implanter chez elle.

A quelques mois des présidentielles américaines, Donald Trump paraît résolu à placer cette guerre commerciale au cœur de la campagne pour sa réélection. « Donald Trump applique à la Chine et à son ‘ami’ Xi Jinping deux lois », explique l’historien François Godement, « celle de l’imprévisibilité, parce que la diplomatie chinoise a tout fait pour enserrer ses partenaires dans un système de relations intangibles où elle faisait très peu de concessions ; or l’incertitude gêne les dirigeants chinois et pénalise les investissements en Chine. Et celle d’une concurrence frontale qui lui est suggérée par un entourage stratégique, certains diront de Faucons »1.

Hormis une concurrence acharnée entre Pékin et Washington pour le contrôle des hydrocarbures et des terres rares, entre autres indispensables à l’industrie de pointe électronique, le dossier Huawei oppose les deux pays dans le secteur de la téléphonie 5-G où tous les coups semblent permis. Mais c’est sur les questions stratégiques que les choses s’enveniment. Et c’est là que le dossier du Cachemire prend toute son importance.

Le plus vieux contentieux concerne Taïwan. Revendiquée par Pékin depuis 70 ans, Taïwan demeure l’un des points potentiellement les plus critiques de la planète. Xi Jinping a réaffirmé en janvier dernier qu’il utiliserait s’il le faut la force militaire pour prendre l’île peuplée de 23 millions d’habitants. Chaque année, le Congrès américain publie son rapport sur les violations des droits de l’homme en Chine, Pékin répliquant par la production de son propre rapport sur les Etats-Unis.

2) PEKIN ET ISLAMABAD APPUIENT L’IRAN

Enfin, aux guerres du commerce et des monnaies s’en ajoute une autre tout aussi vitale : celle des bateaux de guerre. En peu de temps, la Chine s’est dotée d’une marine militaire considérable, du moins en tonnage. En quatre ans, elle a mis à l’eau l’équivalent de la Marine nationale française, s’imposant comme le grand rival stratégique des Etats-Unis en Asie-Pacifique. En dépit de l’ONU et du droit maritime international, Pékin prétend s’affirmer comme souverain sur la totalité de la mer de Chine méridionale, s’opposant régulièrement à la liberté de navigation des autres marines hauturières. Depuis l’ouverture de sa première base militaire à l’étranger en juin 2017 – à Djibouti -, Pékin prétend s’imposer comme l’une des marines dominantes dans l’océan Indien où se font face aussi celles de deux autres puissances nucléaires : le Pakistan et l’Inde.

Un autre théâtre d’affrontement central entre les Etats-Unis et la Chine concerne l’Iran. Depuis le 2 mai, Washington interdit unilatéralement les exportations de brut iranien. Ce nouvel embargo américain fait suite à une autre décision tout aussi illégale selon le droit international : la dénonciation par Donald Trump de l’accord sur le nucléaire iranien, signé le 14 juillet 2015 à Vienne après plus de quinze ans d’âpres négociations entre Téhéran et le « format 5 plus un », les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et l’Allemagne. Dénoncée en Asie, comme en Europe, ce diktat, qui généralise l’extra-territorialité du droit américain, expose les contrevenants à de lourdes sanctions financières et commerciales américaines.

Pas question pour Xi Jinping de se plier à ce diktat américain, qui handicape les économies de plusieurs pays asiatiques clients de Pékin, au premier rang desquels le Pakistan. Mais plutôt qu’une résistance frontale, Pékin et Téhéran paraissent avoir opté pour un contournement indirect dans lequel Islamabad joue – justement – un grand rôle. En effet, les ports pakistanais constituent autant de points d’accostages relais pour les pétroliers qui violent l’embargo américain.

Sujet d’agacement permanent pour Washington, ce « laxisme maritime » a encouragé le Pentagone à aider New Delhi afin de mettre en chantier quatre porte-avions qui doivent être déployés dans l’océan Indien et tout particulièrement au large des côtes et des ports pakistanais. « Dans cette logique, le brusque réveil de l’affaire du Cachemire est très ouvertement une façon d’affaiblir le Pakistan », explique un attaché militaire européen dans l’océan Indien, « et c’est aussi un argument supplémentaire pour justifier des transferts de technologie militaires américains et israéliens en faveur de l’Inde. Partiellement contestés par le Congrès, ces transferts sont désormais présentés comme une ‘nécessité’ dans la perspective d’un durcissement, sinon d’une nouvelle confrontation à venir avec le Pakistan ».

3) LA PAIX EN AFGHANISTAN PASSE PAR ISLAMABAD

Au contentieux iranien viennent s’ajouter la gestion d’autres crises mettant en concurrence Washington et Pékin : la Corée du Nord où rien n’est résolu en dépit de la diplomatie médiatique de Donald Trump et Hong Kong où la CIA vient de se faire prendre les mains dans le pot de confiture… Selon le New York Times du 8 août dernier2, une agente de la centrale d’espionnage – « spécialisée en subversion » – s’est fait prendre en photo dans le lobby d’un grand hôtel de Hong Kong alors qu’elle participait à une réunion rassemblant les principaux responsables du mouvement de contestation anti-Pékin. A l’évidence, Washington renoue à Hong Kong (comme elle le fait depuis des années au Tibet et chez les Ouïghours du Xinjiang) avec ses coups tordus des « révolutions de couleur », fomentées en leur temps en Géorgie, en Ukraine et au Liban notamment. « Par extension », ajoute un attaché militaire européen en Asie, « on ne voit pas pourquoi les Américains n’emploieraient pas aussi leurs vieilles méthodes des révolutions de couleur au Cachemire justement… dont la situation conditionne aussi les difficiles pourparlers de paix en Afghanistan ».

Engagées en septembre 2018 à Doha entre le principal mouvement insurgé en Afghanistan et les Etats-Unis (sans le gouvernement afghan), les dernières négociations ont enregistré d’indéniables progrès. Fiasco américain absolu, l’Afghanistan représente pour Washington une sorte de deuxième Vietnam. Les Etats-Unis y ont engouffré des milliards de dollars et perdu de nombreux soldats. Quel échec ! Indescriptible échec de voir ainsi les Taliban – qui interdisent l’école aux petites filles notamment – revenir au pouvoir avec l’aval de l’administration Trump. Raison électorale oblige, celle-ci veut absolument voir les soldats américains « en uniforme » quitter le pays d’ici la fin 2020. Mais comme toujours, le diable se niche toujours dans des détails. En effet, subsiste un désaccord important dans lequel le Pakistan – encore lui – conserve un rôle prépondérant : en Afghanistan, Washington veut conserver un certain nombre de conseillers militaires affecté à l’entretien d’une « force afghane anti-terroriste ».

Poussé par Islamabad, le porte-parole de la délégation taliban à Doha, Suhail Shaheen l’a répété jeudi dernier à la BBC : « nous avons fourni toutes les garanties que personne ne pourrait utiliser notre territoire pour s’en prendre aux intérêts américains, ses alliés ou toute autre nation ». De telles déclarations ne suffisent toutefois pas à rassurer les experts du Pentagone qui savent mieux que quiconque comment et pourquoi les services spéciaux pakistanais (ISI/services extérieurs de l’armée pakistanise et IRIB/services intérieurs) n’ont cessé, ces dernières années, de soutenir les mouvements et attentats jihadistes3, notamment au… Cachemire !

4) LES MISSILES DE LA DISCORDE

La diplomatie chinoise a vertement critiqué, sans jamais le nommer, le nouveau chef du Pentagone – Mark Esper – qui s’est prononcé, samedi dernier pour le déploiement « le plus tôt possible » de nouveaux missiles américains en Asie. « La Chine ne restera pas les bras croisés et sera dans l’obligation de prendre des mesures de rétorsion » a, aussitôt averti le Directeur général du département du contrôle des armements du ministère des Affaires étrangères Fu Cong. Sans préciser quelles mesures Pékin pourrait adopter, il a répété que « toutes les options sont sur la table pour faire face à ce qui ressemble à la crise des missiles de Cuba pendant la Guerre froide ». Ambiance !

Le haut responsable chinois a appelé les pays de la région, notamment l’Australie « à faire preuve de prudence et à ne pas permettre un déploiement de missiles américains sur leur sol, car cela n’entrerait pas dans l’intérêt de leur défense et sécurité nationales ». Plusieurs sources de prochetmoyen-orient.ch estiment que le Pentagone s’apprête à positionner ses nouveaux missiles sur l’île de Guam dans l’océan Pacifique. Fu Cong a clairement averti que cette décision équivaudrait à « installer des armes de destruction massive aux portes de la Chine. Un tel acte sera perçu comme un geste provocateur de la part des Etats-Unis, un acte très dangereux qui pourrait être lourd de conséquences ».

Cet avertissement intervient quatre jours après que les Etats-Unis se sont retirés du Traité de désarmement (FNI) conclu pendant la Guerre froide entre Washington et Moscou pour interdire les missiles de portée intermédiaire (de 500 à 5 500 kilomètres). Washington est désormais en mesure de concurrencer la Chine, qui dispose aussi de cet arsenal – ayant toujours refusé de s’associer à son interdiction. Fu Cong a aussi affirmé que Pékin ne participerait pas à des négociations trilatérales sur la réduction des armements avec la Russie et les Etats-Unis, comme l’exige Washington !

En arrière-plan, cette autre « guerre des missiles » concerne les arsenaux iranien et syrien, ce type de projectiles équipant les unités combattantes du Hezbollah libanais.

5) ENDIGUER LES ROUTES DE LA SOIE

En attisant la question du Cachemire, les Etats-Unis enfoncent un nouveau coin dans l’une des étapes maritimes des Routes de la soie. En 2013, Xi Jinping annonçait un projet d’ampleur : la reconstitution de l’historique Route de la Soie qui reliait – il y a deux millénaires – l’Europe et l’Asie par un réseau de routes commerciales. Sous le nom de « Nouvelles Routes de la Soie », ou projet « One Belt, One Road » (OBOR), la Chine vise aujourd’hui à reconnecter économiquement l’Asie à l’Europe par le développement d’infrastructures à travers près de 70 pays. Au-delà du discours bienveillant de Pékin, cette stratégie affirme une volonté expansionniste principalement définie par quatre objectifs. Premièrement, ces nouvelles routes permettent de désenclaver les régions continentales chinoises. Si la face maritime orientale est économiquement bien exploitée, la Chine de l’ouest se trouve encore enclavée. Deuxièmement, il s’agit de sécuriser la région instable du Xinjiang, confrontée aux revendications séparatistes des Ouïghours. Troisièmement, la Chine s’impose comme la puissance dominatrice du continent asiatique, en « endiguant » par l’économie ses principaux concurrents régionaux, notamment l’Inde et la Russie. Enfin, les routes vers l’Europe ne remplissent pas le simple rôle de voies de communication puisqu’elles permettent à Pékin d’investir des terres riches en ressources naturelles.

Dans ce contexte d’expansion du projet « One Belt, One Road », la Chine a conclu en 2013 un accord spécial avec le Pakistan pour le développement d’un partenariat au sein du « China-Pakistan Economic Corridor » (CPEC). Les investissements engagés atteindraient aujourd’hui environ les 65 milliards de dollars. Prenant sa source à Kashgar, dans le Xinjiang chinois, ce corridor traverse le Cachemire et descend jusqu’à la côte pakistanaise en passant par Islamabad.

Au sud, le projet débouche sur deux ports : Karachi à l’est mais surtout Gwadar à l’ouest. Le port de Gwadar constitue un emplacement éminemment stratégique pour la Chine et son allié pakistanais. Il est stratégique en tant que tel : situé en eaux profondes, Gwadar est en mesure d’accueillir des navires de grandes tailles. Mais il ouvre également la mer d’Arabie à la Chine. Pékin se donne ainsi l’accès aux côtes africaines et se positionne dans une zone où transite un cinquième des ressources pétrolières mondiales.

Parallèlement, l’accès au détroit d’Ormuz, au canal de Suez et in fine au pourtour méditerranéen en est aussi favorisé. La portée stratégique du port pakistanais est par conséquent considérable pour Pékin.

ET PENDANT CE TEMPS…

Oui pendant ce temps, Donald Trump annonce aussi le renforcement des sanctions visant à empêcher toute transaction avec le Venezuela et Cuba. De son côté, Tel-Aviv autorise la construction de plus de 2 300 logements dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. C’est devenu une loi de thermodynamique : Israël donne toujours un coup d’accélérateur à la colonisation en Palestine lors de chaque grande crise internationale, croyant que ses violations du droit passeront inaperçues…

A ce propos, il convient de citer un article publié fin février par Robert Fisk dans The Independent. Il suggérait que les tentatives d’Israël de vendre des armes à l’Inde visaient à recréer la situation des Rohingyas birmans au Cachemire, région majoritairement peuplée de musulmans et située à la frontière indo-pakistanaise.

Et l’auteur d’ajouter : « Depuis des mois, Israël prend parti pour le gouvernement nationaliste indien BJP dans une coalition tacite – et politiquement dangereuse – de « lutte anti-islamiste ». Il s’agit d’une alliance non officielle et non reconnue, tandis que l’Inde est devenue le plus grand marché de l’armement pour le commerce d’armes israéliennes. »

Ce n’était donc pas un hasard si la presse indienne vient de déclarer que les « bombes intelligentes » Rafael Spice-2000, de fabrication israélienne, étaient utilisées par les forces aériennes indiennes pour attaquer les « terroristes » de Jaish-e-Mohammed au Pakistan. L’Inde était le plus gros client d’armes d’Israël en 2017 et a dépensé 530 millions de livres sterling pour des batteries de défense antiaérienne, des systèmes radars et des munitions israéliennes, dont des missiles air-sol testés, pour la plupart, lors des frappes militaires israéliennes contre des populations palestiniennes et des cibles en Syrie.

En définitive, « la brusque décision indienne concernant le Cachemire consiste à créer un nouveau théâtre de guerre asymétrique à l’encontre de l’Empire du milieu et de ses alliés au premier rang desquels le Pakistan qui est une pièce majeure de la politique chinoise des Routes de la soie et du Collier de perles », conclut l’ambassadeur dont les propos ouvrent notre article.

Cette nouvelle péripétie régionale illustre le renversement que Michel Foucault fait subir à la formule de Clausewitz. Ce n’est pas la guerre qui est la continuation de la politique par d’autres moyens, mais bien la politique qui est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Omniprésent dans les relations internationales, ce renversement ne prend pas de vacances…

 
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Bonne lecture. A la semaine prochaine.

Richard Labévière
12 août 2019

1 Le Figaro, 8 août 2019.
2 New York Times, 8 août 2019 : « Théorie de la Chine : ingérences secrètes américaines ».
3 Lire le livre de René Naba : Le Pakistan face au défi du monde post-occidental et de l’Eurasie. Editions Golias, mars 2019 ; chroniqué dans le numéro 242 de prochetmoyen-orient.ch, 5 août 2019.

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