Observatoire Géostratégique

numéro 256 / 11 novembre 2019

Editorient

ARMS CONTROL : POUR QUI SONNE LE GLAS ?

« La sagesse ne peut venir que de l’expérience » (Morihei Ueshiba). Et, les relations internationales constituent un domaine dans lesquels les leçons de l’expérience sont incontournables. Tirant les leçons des échecs de la Société des Nations (SDN), les rédacteurs de la Charte de San Francisco ont souhaité faire œuvre utile pour la seconde moitié du XXe siècle. Dans la lignée d’une longue tradition d’éminents juristes, dont le Français René Cassin, ils ont essayé de bâtir la stabilité internationale autour d’un principe cardinal, celui du multilatéralisme onusien. Le préambule de la Charte de l’ONU parle « d’unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales »1. Ce principe a, par la suite, trouvé un point d’application dans une trilogie : maîtrise des armements, désarmement et non-prolifération. Concepts mis en œuvre à travers quelques organes (première commission de l’Assemblée générale de l’ONU traitant des questions relatives au désarmement et à la sécurité internationale, commission du désarmement à New York et Conférence du désarmement à Genève), des traités (dont l’ONU est le dépositaire) et une méthode (le multilatéralisme). Mais, à côté de cette dimension multilatérale de l’Arms Control (concept envisagé dans son acception la plus large), se sont développées des dimensions bilatérales (essentiellement américano-soviétique) et régionales (surtout en Europe avec des structures comme les MBFR, la CSCE à laquelle a succédé l’OSCE basée à Vienne). Or, le moins que l’on puisse dire, en cette fin de deuxième décennie, est que l’Arms Control est à tout le… Continuer la lecture

APRES BEN LADEN, BAGHDADI NOMINE A HOLLYWOOD !

Selon plusieurs sources militaires et diplomatiques, la rédaction de prochetmoyen-orient.ch peut confirmer que ce sont bien les services secrets turcs – à la demande expresse du président Recep Tayyip Erdogan – qui ont informé le Pentagone du lieu exact de la présence d’Abou Bakr al-Baghdadi – le chef de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) – dans la localité de Baricha (gouvernorat d’Idlib) au nord-ouest de la Syrie. Durant la nuit du 26 au 27 octobre dernier, un commando des forces spéciales américaines a pu, ainsi tué le chef terroriste.

En offrant sur un plateau d’argent la tête de celui que Washington présente comme « l’homme le plus recherché du monde », le président turc s’est ainsi assuré du plein soutien américain à son intervention militaire dans le nord de la Syrie. Vu d’Ankara, ce nouveau gage médiatique – fourni à Donald Trump pour sa campagne électoral -, visait aussi à rééquilibrer l’ensemble d’une opération turque ayant surtout bénéficié d’un feu vert russe ! D’une pierre trois coups : l’intervention turque confirme le retrait militaire américain. Elle met fin à la fantasmagorie du « Rojava ». Et surtout, elle permet aux autorités syriennes de reprendre pied à l’Est de l’Euphrate.

Toujours est-il qu’Ankara a pu ainsi se débarrasser – à bas prix – d’un chef jihadiste devenu très encombrant, tant ce dernier aurait pu révéler comment les services secrets turcs avaient pleinement participé à la création de Dae’ch dès 2013, et comment ces mêmes services – avec l’aide de plusieurs mouvements de l’extrême-droite turque –… Continuer la lecture

QUAND GÉRARD ARAUD RÉ-ÉCRIT L’HISTOIRE !

Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps avant de disposer des Mémoires avec un « M » majuscule de l’ambassadeur de France dignitaire, désormais vice-président de Richard Attias & Associates basé à New York, l’incomparable Gérard Araud, gaffeur invétéré, coqueluche des médias1. C’est désormais chose faite depuis le 2 octobre de l’an de grâce 2019 grâce à la bienveillance des éditions Grasset2. La parution de l’ouvrage était annoncée à grands renforts de tam-tam médiatique du Monde3 ou du Figaro4 : qui n’a pas le dernier Araud à Paris ?

Tout le monde ne parlait que de cela dans les dîners en ville depuis la rentrée de septembre. La curiosité de Boboland est désormais satisfaite. Nous l’avons eu entre les mains et nous ne boudons pas notre plaisir à sa lecture. Un opus magnum sur la diplomatie et les relations internationales que nous attendions avec impatience pour nous expliquer le monde d’aujourd’hui et nous apprendre de quoi serait fait le monde de demain. C’est désormais chose faite avec les 377 pages de Passeport diplomatique. Un voyage au bout de la Carrière de l’une des très grandes pointures du corps diplomatique français réhaussé de considérations sur le monde des affaires stratégiques, sur le monde multilatéral européen, otanien et onusien, sur l’Orient compliqué, sur la vie à Washington sur Potomac…

En prime, nous avons droit à deux chapitres conclusifs de très haute tenue sur la politique étrangère de Donald Trump et sur la place de la France dans… Continuer la lecture

SANTIAGO – BEYROUTH : LE FASCISME REVIENT…

A Violetta, Alberto, Victor et tous les autres. Santiago, Concepcion, Valparaiso 1979 – 1982.

Revoir les « pacos » (les flics) et les « assassinos » (les militaires) dans les rues des abords de l’université Diego Portalès glace le sang. Déjà vu, trop vu ! Lorsque les nervis de la CIA assistaient des escadrons de la mort allant jusqu’à emmurer des blessés encore vivants derrière des murs de briques, rebouchées à la hâte avec du ciment prompt : les « enterrés vivants » ! Le 11 septembre 1973, des chasseurs-bombardiers survolent le palais de la Moneda : près de 3 500 morts, des dizaines de milliers de blessés et disparus ; les doigts du guitariste Victor Jara coupés à la hache…

En ordonnant le déploiement des forces de l’ordre dans les grandes villes du pays, le président Sebastian Pinera (centre-droit) a pris la responsabilité de raviver ces mauvais souvenirs… qui viennent de rafler une quinzaine de vies. Et il ose demander pardon en justifiant sa décision par l’impérieuse nécessité d’assurer « la sécurité » de ses concitoyens ! La sécurité ? La sécurité des gens, en particulier des petites gens… c’est d’abord manger à sa faim, accéder à l’eau potable, à des transports publics abordables pour aller travailler et à un seuil minimal de santé et d’éducation.

Au lieu de cela, et depuis le début de la fin de la dictature Pinochet (1990), les gouvernements socio-démocrates – dont celui de notre ami Ricardo Lagos avant ceux de Michelle Bachelet (2006 – 2010) – ont poursuivi les politiques ultra-libérales lancées sous la dictature par les fous… Continuer la lecture

L’HIVER DE LA DEMOCRATIE A COMMENCE…

Les mots font l’histoire. Mais, les mots peuvent nous sauver. Ou nous perdre. Le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, qui avait pour objectif d’en finir avec les pratiques coupables de l’ancien monde, de la politique à l’ancienne (celle de Jacques Chirac1, d’Édouard Balladur, de Nicolas Sarkozy ou de Patrick Balkany), avait suscité de réels espoirs chez nos compatriotes après son élection par KO de Marine Le Pen. République exemplaire, moralisation de la vie publique, lois du 15 septembre 2017 pour la confiance dans la vie politique, loi du 10 août 2018 pour un État au service d’une société de confiance, renforcement des pouvoirs de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), renforcement des pouvoirs des commissions de déontologie, des déontologues et autres organismes du même acabit… tels sont ses mantras déclamés pour renouer le fil de la confiance entre dirigeants publics, haute fonction publique et citoyens.

Or, nous savons par le fruit de l’expérience qu’il existe un fossé énorme entre les paroles et les actes en général, et en France, en particulier. De plus, nos élites, formées pour la plupart d’entre elles au sein de la prestigieuse école nationale de l’arrogance (ENA), évoluent de plus en plus entre l’erreur et l’orgueil2. Humilité et morale ne sont pas des matières enseignées à Strasbourg dans l’ancienne prison pour femmes qui accueille la crème de l’élite de la République.

Cela laisse des traces indélébiles durant toute sa vie de pantouflages et autres… Continuer la lecture