Observatoire Géostratégique

numéro 290 / 6 juillet 2020

Editorient

BON POUR L’EUROPE, DONC BON POUR L’ALLEMAGNE !

« Ne plus dépendre des autres, ne plus se laisser intimider, et ré-entraîner l’Europe à partir sur une nouvelle base moins chimérique, plus volontaire »1. Tel est l’objectif que l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine propose aux autorités françaises pour préparer le monde d’après. Objectif réaliste et pragmatique à cent lieues des envolées lyriques du président de la République sur la construction européenne comme celle du discours refondateur de la Sorbonne du 27 septembre 2017 qui a fait pschitt2. Depuis cette date, les choses sont allées de mal en pis pour une Union européenne qui apparaît de plus en plus divisée, épuisée, impuissante à relever les immenses défis du monde du XXIe siècle. Que peut-on faire pour la remettre sur les rails ?

Une fois de plus, Hubert Védrine trace un chemin réaliste lorsqu’il écrit : « Je ne peux que redire ma conviction :’Europe doit sortir de l’impuissance et de la dépendance face aux puissances ; il faut qu’elle accepte de se métamorphoser en puissance. Ce n’est pas une question de traité, ni de procédure, ni d’intégration, mais de mental et de courage »3. Alors que l’Allemagne va prendre la présidence semestrielle tournante de l’Union européenne à compter du 1er juillet 2020, la chancelière allemande accorde un entretien spécial aux journaux du réseau Europa4. Cette prise de position, assez rare sous cette forme, donne l’occasion à Angela Merkel de préciser sa position alors que l’Europe traverse une crise existentielle sans précédent. Elle est marquée… Continuer la lecture

PREVISION : LA LECON D’ANATOMIE DE GABRIEL ROBIN…

Il y a quinze jours, nous avons rendu compte de la parution du livre-événement1 dirigé par Paul Dahan2Prévoir le monde de demain. Parmi l’ensemble des contributions, il nous faut revenir aujourd’hui sur celle du diplomate Gabriel Robin qui mérite une attention particulière tant elle aurait pu inspirer La leçon d’anatomie de Rembrandt (1632). Son titre ; « Diplomatie et prévision – Du refus des préjugés au devoir de clairvoyance ».

Gabriel Robin n’est pas un perdreau de l’année. Cet ambassadeur de France – ancien élève de l’Ecole normale supérieure et de l’ENA – a connu une carrière diplomatique aussi riche que diversifiée. Auteur de plusieurs livres importants3, il a, notamment été ambassadeur représentant permanent de la France au Conseil de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à Bruxelles (1987 – 1992). C’est dire si ce diplomate de premier plan est parfaitement habilité à nous parler de l’avenir. Mais, avertit-il, « est-ce à dire que la diplomatie se réduit à n’être rien d’autre qu’un exercice de prévision ? Evidemment non. Pour cette première et simple raison qu’une fois qu’on a prévu, il reste à agir ».

Mais avant de prévoir – et de prévoir juste -, il importe de recueillir l’information auprès de différentes sources (si possible de milieux différents), de l’analyser et de proposer un raisonnement. Gabriel Robin : « il en va en diplomatie comme en médecine, le pronostic procède du diagnostic ; et le premier ne saurait jamais valoir que ce que vaut le second. Le diplomate n’a… Continuer la lecture

UN TIGRE DE PAPIER CAUSE DANS LE POSTE (SUITE)

« Ce n’est pas la comédie du pouvoir » (Françoise Giroud) … c’est le pouvoir de jouer la comédie »1. Après un mois de déconfinement, la parole divine, une fois encore, était attendue telle celle du messie alors que l’exécutif semble débordé par une crise de confiance qu’il ne parvient pas à surmonter. Pour sa quatrième prise de position radio-télévisée du 14 juin 2020 (la précédente remontant au 13 avril 20202), le président de la République, Emmanuel Macron est apparu presqu’égal à lui-même : lyrique, plus bref qu’à l’accoutumée (20 minutes), narcissique comme toujours, contradictoire avec sa ligne habituelle sur bien des sujets importants… Il est vrai que la grogne monte au fur et à mesure du déconfinement. Elle touche de multiples secteurs d’activités de notre pays sinistré en raison de la pandémie mais aussi par l’absence d’anticipation et par l’impréparation de l’élite arrogante. Le président de la République était contraint de démontrer les signes d’une rupture avec les actes I et II de son quinquennat3. À la fois pour solder le passé et préparer l’avenir (la présidentielle de 2022) ; le fameux monde d’après. Est-ce une conversion pérenne ou momentanée pour passer la tempête ? La suite nous le dira. Après avoir rappelé le contexte du prêche jupitérien (une ambiance de fin de règne), nous tenterons de synthétiser le contenu de la prestation du président de la République (le poids des mots) avant d’en retenir la quintessence (la tyrannie des bouffons).

LE CONTEXTE DU PRÊCHE JUPITÉRIEN : UNE… Continuer la lecture

WASHINGTON-PÉKIN : NOUVELLE GUERRE FROIDE ?

« La menace chinoise sera le sujet-clé de la présidentielle de 2020 » (Steve Bannon). Retour de l’imprévu, de l’incertitude. Tel semble être la dominante d’un début de XXIe siècle redécouvrant que l’Histoire est tragique à la faveur du périple d’un virus aux yeux bridés aux quatre coins de la planète. Alors que l’on pensait, raisonnablement, à la fin de l’année 2019, que les relations sino-américaines allaient prendre un tour plus serein – un accord commercial ayant été conclu ou sur le point de l’être après plusieurs mois de négociation -, la crise de la Covid-19 du premier semestre 2020 rebat les cartes. Échange de noms d’oiseaux, de menaces et de contre-menaces, de sanctions et de contre-sanctions, évocation par Pékin de sa préparation à une « nouvelle guerre froide » avec Washington1, menace de Donald Trump de priver Hong Kong de plusieurs privilèges accordés par les États-Unis, interdiction des vols chinois…

Et cette liste est loin d’être exhaustive. Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles. Quand cet engrenage préoccupant va-t-il se terminer si tant est que les deux parties ne décident d’en découdre pour affirmer leur suprématie à la face du monde ? Là est la question à laquelle il semble difficile d’apporter une réponse définitive tant les paramètres de la crise sont nombreux et évolutifs. Tentons toutefois de comprendre les tenants et aboutissants la bataille pour la suprématie mondiale avant d’évaluer le ou les risques de dérapage !

LA BATAILLE POUR LA SUPRÉMATIE MONDIALE

Comme toujours, rien… Continuer la lecture

DU RETOUR EN GRÂCE DU CONCEPT DE SOUVERAINETÉ !

« Les petites causes produisent les grands effets » (proverbe français). On ne le redira jamais assez combien un virus microscopique venu de l’Empire du Milieu aura eu de conséquences inattendues, inespérées, de bouleversements impensables dans la grammaire des relations internationales, sur la vie et le fonctionnement de nos démocraties qui se croyaient invincibles1. Sans parler des (r)évolutions dans la linguistique au sens de l’étude du langage dont il est à l’origine à son corps défendant. Tel est le cas, de nos jours, du concept de souveraineté qui respire la Majesté au sens royal du terme alors que nous vivons dans une République monarchique à bien des égards. Hier, voué aux gémonies par la pensée unique, le clergé médiatique pour déviationnisme. Aujourd’hui porté aux nues par des élites déboussolées qui vont chercher dans le monde d’hier les solutions aux maux du monde d’aujourd’hui et de demain. Comment en sommes-nous parvenus à cette situation parfaitement anachronique, ubuesque pour un esprit cartésien ? Il est indispensable, voire incontournable de faire un saut dans le passé.

DES AVATARS D’UN MOT DEVENU GROSSIER AU FIL DU TEMPS

Un retour en arrière est indispensable pour mieux comprendre l’évolution dans l’approche du concept de souveraineté – bien connu des étudiants en droit et en sciences politiques – au cours des derniers siècles. Alors que cet objet juridique bien identifié faisait durant des décennies l’objet d’une vénération comme celle d’un mythe, aujourd’hui, il est l’objet d’un reniement.

La vénération d’un mythe

En France, l’œuvre pionnière la plus… Continuer la lecture