Observatoire Géostratégique

numéro 153 / 20 novembre 2017

Editorient

HARIRI A PARIS, GEAGEA EN EMBUSCADE A BEYROUTH…

Il est sans doute trop tôt, et en tout cas très exagéré de parler du retour de la diplomatie française, sinon d’une « nouvelle diplomatie française » aux Proche et Moyen-Orient, comme l’explique Guillaume Berlat dans L’envers des cartes de cette semaine ! Le Premier ministre libanais est arrivé samedi à Paris avec sa femme. Pas fous, les Saoudiens ont gardé deux de ses enfants en otages. Officiellement, ces derniers poursuivent leurs études dans la capitale du royaume, mais personne n’est dupe ! Saad Hariri devrait « faire une petite tournée arabe » (en Egypte et au Koweït) – selon les propres termes de son entourage – avant de rentrer ce mercredi à Beyrouth pour confirmer ou non sa démission, annoncée le 4 novembre dernier depuis l’Arabie saoudite.

Vraisemblablement, il répétera les arguments rédigés pour lui par les services saoudiens : le méchant Hezbollah ne doit plus participer au gouvernement libanais et disparaître de la surface de la terre ! Mais avant d’évaluer les conséquences de ce Vaudeville sur la situation libanaise, il faut souligner deux informations importantes : d’abord, il y a cette visite du patriarche maronite en Arabie saoudite. Comme si c’était le moment ! Ensuite, il y a les révélations du quotidien Al-Akhbar selon lesquelles le chef de l’extrême-droite (Forces libanaises/FL) – Samir Geagea disposerait désormais d’une milice armée de quelques 10 000 fusils. Dans ce contexte, la succession de Saad Hariri et la formation d’un nouveau gouvernement aiguise déjà bien des appétits.

UNE VISITE HISTORIQUE ?

Le patriarche maronite – le cardinal Bechara Raï… Continuer la lecture

JUPITER FAIT LA COUR À STRASBOURG !

« C’est la première fois que j’utilisais l’imagination comme arme de défense et rien ne devait m’être plus salutaire » (Les cerfs-volants, Romain Gary). Première fois pour un président de la République française, Emmanuel Macron qui se rend le 31 octobre 2017 à Strasbourg pour y discourir devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) du Conseil de l’Europe que certains ont tendance à confondre avec la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) dont le siège est à Luxembourg. Avant sa prestation devant ces 47 magistrats, on nous explique doctement que le chef de l’État est venu s’y expliquer sur les mesures prises pour lutter contre le terrorisme islamique (état d’urgence vivement critiqué par le Conseil de l’Europe dont il a été mis fin le 30 octobre 2017 et dont les principales mesures ont été intégrées dans la loi du 31 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme1.

Avant d’aborder le contenu stricto sensu de l’intervention du chef de l’État devant la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg, il importe de fournir quelques informations sur la genèse du Conseil de l’Europe et de la Cour européenne des droits de l’Homme. Il conviendra ensuite d’analyser les tenants et aboutissants de ce discours.

DE QUELQUES RAPPELS INDIPSENSABLES SUR LE CONSEIL DE L’EUROPE ET DE LA CONVENTION EUROPÉENE DES DROITS DE L’HOMME

L’histoire du Conseil de l’Europe et de la Cour européenne des droits de l’homme mérite que l’on… Continuer la lecture

LIBAN : DEMISSION D’HARIRI CONTRE L’IRAN !

Beyrouth, le 5 novembre.

La démission, vendredi dernier, du Premier ministre libanais Saad Hariri sonne comme un coup de tonnerre supplémentaire dans les cieux déjà passablement tourmentés des Proche et Moyen-Orient. Cette décision spectaculaire fait suite à l’appel du président américain Donald Trump, lancé le 20 mai dernier depuis Riyad, d’« isoler l’Iran ». Elle intervient dans la phase ultime d’une révolution de palais en Arabie saoudite qui a vu, samedi dernier, l’arrestation d’une trentaine de princes et d’hommes d’affaires. Enfin, elle survient dans un contexte stratégique dominé par la reprise en main de la presque totalité du territoire syrien par l’armée gouvernementale et ses alliés russes, iraniens et du Hezbollah libanais.

LA DEFAITE DE L’AXE AMERICANO-ISRAELO-SAOUDIEN

Avec la libération de Deir ez-Zor par l’armée gouvernementale syrienne, l’opposition armée et ses soutiens sunnites – Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis, Koweït, etc. – sont aux abois. En reprenant le contrôle des régions de l’est de la Syrie, l’armée syrienne et ses alliés, non seulement libèrent des zones pétrolières qui seront essentielles pour la reconstruction du pays, mais surtout opère leur jonction avec les forces de Bagdad sur la frontière avec l’Irak, une bande de quelque 650 kilomètre entre la Jordanie et la Turquie.

« L’épouvantail d’un « couloir chi’ite » tant redouté par Washington, Riyad et Tel-Aviv ressurgit comme un spectre panique », souligne un ambassadeur européen en poste à Beyrouth, « à tel point que pour retarder cet inéluctable retournement, les forces spéciales américaines présentes dans la zone ont poussé des groupes kurdes à faire… Continuer la lecture

LA REVUE STATEGIQUE  ET APRES ? – POUR UNE STRATEGIE MARITIME ET NAVALE FRANCAISE

NUMERO 150 !!! L’équipe de prochetmoyen-orient.ch est heureuse et fière de vous livrer – cette semaine – sa 150ème livraison. Comme vous l’avez remarqué, depuis notre premier numéro du 15 décembre 2014, nous avons élargi nos informations et analyses des géopolitiques du Proche et Moyen-Orient, évoluant d’une cartographie monographique et régionale vers un format plus large, plus intercontinental, sinon global, pour essayer d’appréhender les dossiers depuis la Méditerranée et d’autres pays européens, depuis la Russie, le Brésil et les Afriques. En élargissant le panel de nos plumes, conseillers et experts, nous avons aussi cherché à développer des thématiques transversales, économico-financières, maritimes, de défense et de sécurité. Pour encore mieux œuvrer à la recherche et la compréhension d’un Proche et Moyen-Orient global, nous avons aussi besoin de votre soutien financier et c’est pourquoi des bulletins de souscription ont fait leur apparition dans la chute de nos articles. En effet, afin de poursuivre l’aventure éditoriale de prochetmoyen-orient.ch, nous avons besoin de vos encouragements, de votre aide et de vos soutiens. Vous le savez aussi : de nos jours, la liberté éditoriale se paie au prix fort, de plus en plus fort ! Cette semaine l’Editorient est à quatre mains, signé par Jean Daspry et Richard Labévière. Grand merci et bonne lecture. La Rédaction.

LA REVUE STATEGIQUE  ET APRES ?

Alors que nous vivons dans un monde en transition marqué au sceau de l’imprévisibilité, de la simultanéité et de la complexité des crises, de la multiplication des acteurs, de l’affirmation de postures… Continuer la lecture

AFRIQUE-ASIE, C’EST FINI !

Le numéro de septembre 2017 d’AfriqueAsie est le dernier. Le mensuel vient de déposer le bilan et ne paraîtra plus. Quelle tristesse de voir ainsi ce titre historique disparaître ! Dans la presse française, Afrique-Asie était une institution. Lancé en 1969 par Simon Malley, Africasia est devenu Afrique-Asie en 1972. Suite à des difficultés financières, la diffusion s’interrompt de juillet 1987 à octobre 1989. A l’époque, Le Monde place Afrique-Asie « au premier rang de la presse tiers-mondiste de langue française ». Effectivement, le titre s’inscrit dans la filiation de la conférence de Bandung (1955), à la convergence du non-alignement, de la Tricontinentale et des mouvements de décolonisation africains et asiatiques.

Militant à la plume acérée, Simon Malley n’a pas que des amis. Il est momentanément expulsé de France en 1980, accusé de nuire, par ses propos, « aux intérêts de la France dans des Etats ayant avec elle des relations diplomatiques normales », selon les propos du ministre de l’Intérieur de l’époque Christian Bonnet, en réponse à une question à l’Assemblée nationale de Laurent Fabius. En 1981, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en France, Simon Malley peut revenir et poursuivre l’aventure éditoriale d’Afrique-Asie.

En décembre 2005, le journal dépose le bilan, ciblé depuis des années par un contrôle fiscal politique. Simon Malley portera plainte contre l’administration fiscale, contestant auprès du Tribunal administratif les conclusions de cette enquête à charge qui aboutira à la liquidation de la société Afriasial qui exploitait le titre. Le tribunal… Continuer la lecture