Observatoire Géostratégique

numéro 201 / 21 octobre 2018

Editorient

L’HONNEUR RETROUVE DE FRANCOISE NYSSEN !

Dans L’Honneur perdu de Katharina Blum, le romancier allemand Heinrich Böll (prix Nobel de littérature 1972) décrit comment la presse à sensation peut détruire des réputations et des vies. Au début, cette citation : « L’action et les personnages de ce récit sont imaginaires. Si certaines pratiques journalistiques décrites dans ces pages offrent des ressemblances avec celles du journal Bild, ces ressemblances ne sont ni intentionnelles ni fortuites mais tout bonnement inévitables ». L’Allemagne des années 1970 traverse alors ses années de plomb, marquées par la répression engagée contre les jeunes activistes de la Fraction armée rouge (RAF) d’Andreas Baader et Ulrike Meinhof.

Porté à l’écran en 1975, L’Honneur perdu de Katharina Blum remporta un vif succès, aussi parce qu’il montrait comment nos vieilles démocraties peuvent soudainement se transformer en d’implacables machines arbitraires, tueuses des libertés civiles et politiques les plus fondamentales. Le film montre à quel point la lutte contre le terrorisme peut justifier les pires dérapages. Il montre aussi comment ces mécanismes de défense extrême révèlent le portrait d’une société faite de connivences claniques, de favoritisme social et de corruption des élites.

Même si l’histoire ne repasse jamais les plats à l’identique, la vague d’attentats commis en France en 2015/2016 a ravivé ce souvenir des années de la RAF et des Brigades rouges italiennes. Les événements français se sont déroulés – eux-aussi – comme autant de révélateurs sociaux, les attentats nourrissant une presse de coups, de dénonciations, d’influence, sinon de propagande. Rachetée par de grands groupes industriels et… Continuer la lecture

NUMERO 200 : INFORMER AUTREMENT…

Le premier numéro de notre/votre hebdomadaire numérique prochetmoyen-orient.ch est sorti le 15 décembre 2014. Avec les attentats parisiens de janviers 2015, il a vite pris son rythme hebdomadaire de croisière pour sortir, chaque lundi en début d’après-midi, soigneusement préparé à l’ombre du jet d’eau de Genève. Le choix de la cité de Rousseau ne répond certainement pas à des motivations fiscales, le secret bancaire n’existant plus en Confédération helvétique depuis de nombreuses années, mais plutôt parce que le siège européen des Nations unies y regroupe de nombreuses agences spécialisées de l’ONU, une soixantaine de missions permanentes d’Etats-membres et plus d’un millier d’ONGs, engagées dans les relations internationales.

Au fil des semaines, et fort de votre fidélité, prochetmoyen-orient.ch n’a cessé de croître en audience, comme en reprise pour passer la barre des 100 000 visites durant l’année 2017. Depuis 2018, le titre oscille entre 120 et 130 000 visites, ses papiers étant régulièrement repris par une quinzaine de sites amis, ce qui constitue un lectorat potentiel de 300 000 lecteurs par mois. Très diversifiée, l’équipe rédactionnelle (éclatée entre Paris et Genève/Machrek et Maghreb : Liban, Syrie, Irak et Egypte/Algérie, Tunisie et Libye) s’efforce de faire remonter informations, analyses et humeurs qu’on ne trouve pas dans la presse parisienne « mainstream », pour parler comme Emmanuel Macron et la nouvelle présidente de l’OIF.

Ce parti pris ne s’explique pas seulement par cet incompressible constat qu’on ne peut se contenter de jugements simples pour comprendre l’Orient compliqué. En relisant La Formation de l’esprit scientifique de Gaston… Continuer la lecture

PRESIDENCE RWANDAISE DE LA FRANCOPHONIE : UN "SCANDAL" FRANÇAIS !

Incroyable mais vrai ! L’Elysée soutient une candidature… rwandaise à la présidence de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). La décision doit être entérinée les 11 et 12 octobre prochains à Erevan (Arménie) lors du XVIIème sommet de l’organisation. Cette posture française est absolument scandaleuse ! Depuis son installation en 1994, la dictature de Paul Kagamé s’efforce de promouvoir la langue anglaise et ne cesse de traîner régulièrement la France et ses dirigeants dans la boue. Comment expliquer la décision de l’Elysée, qui en matière de haine de soi, atteint ainsi un sommet difficilement explicable ? En toute amitié, nous avons demandé au grand journaliste d’investigation Pierre Péan d’assurer l’Editorient de cette semaine.

La rédaction.

 

PRESIDENCE RWANDAISE DE LA FRANCOPHONIE : UN "SCANDAL" FRANÇAIS !

En soutenant la candidature de Louise Mushikiwabo – la ministre des Affaires étrangères rwandaises – à la tête de la Francophonie, Emmanuel Macron élève le French Bashing au sommet de l’Etat. Il demande aux dirigeants francophones de donner plus de poids à une personne dont la célébrité s’est construite sur la haine de la France, qui ne manque jamais une occasion de taper sur les militaires et les politiques français accusés de complicité de génocide. Une dame qui n’a aucun état d’âme pour justifier enlèvements et assassinats d’opposants à l’étranger.

Au journaliste d’Al Jazeera, qui lui posait en juin 2016 une question sur l’étranglement du colonel Patrick Karegeya dans un hôtel sud-africain, elle répondit : « Why should I be unhappy about my enemies and people… Continuer la lecture

LIBAN : LE PRESIDENT AOUN EST ATTAQUE DE TOUTES PARTS…

Tripoli (Liban, 29 septembre).

Les dernières évolutions de la guerre civilo-globale de Syrie donne pleinement raison au général Michel Aoun, président du Liban depuis le 31 octobre 2016. Adopté en février 2006 par son parti – le Courant patriotique libre (CPL) – et le Hezbollah, le Document d’entente a permis de conforter la résistance face aux agressions israéliennes qui se poursuivent quotidiennement malgré la cinglante défaite de Tel-Aviv en août 2006. Durant l’été 2013, le Hezbollah a officialisé son engagement militaire en Syrie, permettant ainsi d’empêcher des incursions et la formation de sanctuaires jihadistes sur le territoire libanais.

« En effet, sans l’action défensive du Hezbollah, les terroristes de Jabhat al-Nosra et de Dae’ch étaient, à l’époque, en position de prendre le port de Tripoli et de s’y implanter durablement », rappellent plusieurs responsables politiques de la ville portuaire, deuxième agglomération du Liban en ajoutant ; « c’est pour cette raison géopolitique essentielle que le camp du 14 mars, ses alliés – dont le leader druze Walid Joumblatt – et toutes leurs clientèles liées à l’Arabie saoudite et à Israël s’en prennent aujourd’hui si violemment au président Michel Aoun attaqué de toutes parts ».

UNE PAGE D’HISTOIRE

Avant d’arriver aux responsabilités de la présidence de la République, le général Michel Aoun a été le chef des Forces armées du pays de 1984 à 1989, puis chef du gouvernement intérimaire de 1988 à 1990, jusqu’à la signature des Accords de Taëf. Mettant fin à quinze années d’une guerre civile particulièrement meurtrière, ces accords… Continuer la lecture

AVION RUSSE ABATTU EN SYRIE : MOSCOU ET TEL-AVIV DOIVENT REVOIR LEURS ACCORDS…

Beyrouth, 24 septembre.

Le 23 septembre 2018, le porte-parole du ministère russe de la défense Igor Konachenkov s’est exprimé durant une vingtaine de minutes sur les événements ayant abouti au crash du quadrimoteur russe Iliouchine-20, le 17 septembre dernier dans la région de Lattaquié. « Nous pensons que la responsabilité de la tragédie de l’avion Il-20 incombe entièrement à l’Armée de l’air israélienne », a-t-il affirmé. D’après ses explications, l’avion russe a bien été abattu par la défense anti-aérienne syrienne, mais celle-ci était en train de riposter contre plusieurs F-16 israéliens qui auraient sciemment utilisé l’appareil russe comme une couverture, afin de mener une attaque contre la province syrienne côtière de Lattaquié. Que s’est-il réellement passé ?

Le soir du 17 septembre dernier, l’Il-20 russe effectue une mission de renseignement sur la zone de désescalade d’Idlib – avec quinze personnes à bord -, lorsque quatre chasseurs F-16 quittent l’espace aérien israélien pour survoler les eaux internationales de Méditerranée, puis les côtes syriennes à la hauteur du port de Lattaquié. Non loin de là, à quelques dizaines de kilomètres au sud, se trouve la base aérienne russe de Hmeimim. « Moins d’une minute avant son attaque, l’aviation israélienne a prévenu la tour de contrôle de Hmeimim, ne laissant ainsi aucune chance aux avions russes alors en mission, d’adopter la moindre procédure de sécurité », a précisé Igor Konachenkov.

D’autant que les informations tardives se sont révélées parfaitement erronées. En effet, selon le porte-parole de la Défense russe, l’armée de l’air israélienne aurait déclaré s’apprêter à… Continuer la lecture