Observatoire Géostratégique

numéro 252 / 14 octobre 2019

Editorient

QUADRA-KURDES…

La machine médiatique à décerveler s’est à nouveau emballée avec la dernière offensive turque menée dans le nord de la Syrie. Une fois encore, émotions et morale (politiquement correcte) supplantent l’information factuelle et l’analyse politique, ramenant une situation complexe à l’étroit dualisme bons/méchants, bien/mal, Kurdes/Turcs… Les belles âmes droits-de-l’hommistes usent et abusent de l’anachronisme historique n’hésitant pas à qualifier la non-réaction occidentale face à l’offensive turque de « Munich d’aujourd’hui ». Bernard-Henri Lévy et ses complices multiplient les impostures intellectuelles et la « menteuse des plateaux » – Caroline Fourest – nous assène un clip à la gloire des « combattantes » kurdes, financé par des bailleurs de fonds israéliens. Pas simple donc, de chercher à comprendre cette nouvelle péripétie de la « guerre civilo-globale » de Syrie.

Bien des journalistes, qui situent tout juste la Syrie sur une carte, nous rabattent les oreilles avec l’autonomie du « Rojava ». Le Rojava ? C’est l’appellation d’un territoire « fabriqué », dont les bases démographiques et historiques sont largement fantasmées. Le 17 mars 2016, des factions kurdes proclament le « Rojava », entité « fédérale démocratique » comprenant les trois cantons « kurdes » – d’Afrine, de Kobané et de Djézireh. Mais avant de considérer le « Rojava » comme une entité naturelle, géographique sinon éternelle qui aurait toujours existé, il faut s’arrêter un instant sur la généalogie historique de cette appellation pour mieux voir ce qu’elle recouvre.

QU’EST-CE QUE LE « ROJAVA » ?

Le terme est employé par certains mouvements nationalistes kurdes pour désigner une zone géographique, historiquement peuplée par les Kurdes, et incluse dans l’État syrien par les autorités françaises après la Première Guerre… Continuer la lecture

QUE RESTE-T-IL DU G7 DE BIARRITZ ?

« Quand orgueil chevauche devant, honte et dommage suivent de près » nous rappelle un dicton populaire. Et, c’est bien la leçon que l’on peut tirer aujourd’hui du dernier sommet du G7 de Biarritz sous présidence française alors, qu’il y a quelques jours encore, Jupiter et sa cohorte de courtisans nous vantaient le succès incommensurable de ce barnum. Jamais, nous avions eu droit à une telle débauche de superlatifs pour qualifier l’exploit diplomatique du président de la République. Une sorte de Machiavel croisé de Talleyrand en action face à ses homologues stupéfaits. Une authentique leçon de diplomatie multilatérale qui avait permis de régler, en un tournemain, les grands problèmes de la planète alors que personne n’y croyait la veille encore. Son succès sur la scène internationale renforçait sa main sur la scène intérieure au moment où une rentrée sociale difficile se préparait (prolongation de la grève des urgentistes, réforme des retraites, incendie de Rouen, manifestations des policiers, mécontentement croissant des citoyens dû à une défiance à l’égard de la parole politique…).

Pour notre part, à contre-courant de la bienpensance germanopratine et très modestement, nous avions émis de sérieux doutes sur le prétendu succès de cette rencontre en nous fondant sur des réalités objectives et non sur quelques chimères médiatiques1. Certains trouvaient nos jugements trop entiers, trop catégoriques. Alors que la fumée médiatique se dissipe autour de cette grand-messe, les réalités les plus triviales refont surface. Tous les problèmes présentés comme résolus restent pendants, pour certains se sont… Continuer la lecture

74ème ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’ONU : MINILATERALISME !

NUMERO 250 ! Lancé en décembre 2014, notre hebdomadaire numérique – basé à Genève – vous livre aujourd’hui sa 250ème livraison. Selon de fiables estimations, nous enregistrons – aujourd’hui – entre 180 et 200 000 visites mensuelles. Avec la reprise d’une dizaine de sites amis, nous doublons vraisemblablement la mise. Comment expliquer un tel résultat ? L’un de nos amis – chercheur – apporte une réponse qui nous fait chaud au cœur : « parce que prochetmoyen-orient.ch est un espace de liberté, ce qui, de nos jours, devient de plus en plus rare… ». Merci ! Et merci aussi à nos soutiens fidèles ! Comme annoncé à plusieurs reprises, et afin de pérenniser prochetmoyen-orient.ch, nous vous proposerons au début de l’année prochaine un nouveau modèle économique. Bonne lecture et bonne semaine.

La rédaction

 

74ème ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’ONU : MINILATERALISME !

« Le grand pêché du monde d’aujourd’hui, c’est le refus de l’invisible » (Journal, Julien Green)

« En juin dernier, le Représentant permanent du Nigéria auprès des Nations Unies, Tijjani Muhammad-Bande, a été élu par acclamation pour présider la 74e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui démarre mardi 17 septembre à New York. Assemblée générale des Nations Unies, débute cette semaine à New York. Des centaines de chefs d’État, de dirigeants d’entreprises, de représentants de la société civile et de personnalités de tous bords se joindront à l’ONU pour une semaine d’événements, de réunions et, bien sûr, de discours. Les Nations unies ont offert depuis 1945 un espace de dialogue fécond aux… Continuer la lecture

MISE EN EXAMEN : PRÉSOMPTIONS D’INNOCENCE ET DE CULPABILITÉ…

« Le roi avait perdu son premier ministre. Il choisit Zadig pour remplir cette place. […] C’est de lui que les nations tiennent ce grand principe : qu’il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent » (Voltaire, Zadig ou La destinée – Histoire orientale, Chapitre VI). Comment mieux résumer la problématique de la présomption d’innocence aussi souvent invoquée, aussi souvent bafouée, dans la patrie autoproclamée des droits de l’homme qu’est la France, que par ce jugement de Voltaire ? Le concept est si souvent employé dans le langage courant qu’il en est galvaudé. Hormis quelques experts du droit, personne ne sait plus ce que la présomption d’innocence veut dire très concrètement. Elle est souvent excipée à l’occasion de la mise en examen d’une personnalité politique. Nous en avons un exemple éclairant à l’occasion de la mise en examen de Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale. De manière pertinente et dans une approche juridique, l’entourage du chef de l’État rappelle que mise en examen ne signifie pas culpabilité en raison du principe de présomption d’innocence. C’est pourquoi, il ne saurait démissionner de ses fonctions. Mais, certains rappellent une jurisprudence Balladur au terme de laquelle tout ministre mis en examen doit démissionner. Mais Richard Ferrand n’est pas/plus ministre1.

Comment veut-on que les citoyens normaux n’y perdent pas leur latin ? Ils ont l’impression fugace, intuitive que le droit est souple, malléable, à géométrie variable. Maître Dupond-Moretti, qui a le sens de la formule choc, établit… Continuer la lecture

NOTRE NOUVEL AMI POUTINE : C’EST PAS GAGNE !

« Il vient une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, il faut l’action » (Victor Hugo). Nul autre homme d’Etat n’a été autant fasciné par l’Histoire que le général de Gaulle. Sa très sûre et immense connaissance du passé européen, de la culture de l’Europe et de ses mythes, et la relation intense entre la France et la Russie étaient chacune partie intégrante de son univers mental et de son imaginaire. Le général de Gaulle voyait la Russie comme cet « allié de revers » indispensable à sa sécurité, mais plus encore parce qu’elle participait à sa conception de l’équilibre de l’Europe et de la place de l’Europe dans le monde1. Emmanuel Macron désire mettre ses pas dans ceux du général de Gaulle au moment où il aborde l’acte II de son quinquennat. La rencontre avec Vladimir Poutine au Fort de Brégançon (19 août 2019)2 et le discours devant la conférence des ambassadeurs et des ambassadrices3 marquent les deux temps forts de ce retour (salutaire et ô combien indispensable) à une diplomatie gaullo-mitterrandienne4 qui avait été perdue de vue au profit d’une diplomatie atlantiste prônée par « l’État profond »5. Il faudra plusieurs jours à notre clergé médiatique pour comprendre la signification réelle de cette (r)évolution, de cette nouvelle grammaire des relations internationales. Nous en avons un exemple éclairant avec la présentation relativement exhaustive que consacre le quotidien de référence, Le Monde à cette mue diplomatique jupitérienne sur le… Continuer la lecture