Observatoire Géostratégique

numéro 243 / 12 août 2019

Editorient

LE CHOUCHEN S’EMMÊLE LES PINCEAUX…

« Il n’y a pas que des salauds au gouvernement, il y a aussi des incompétents » (Guy Bedos). Nous en avons un spécimen rare derrière le bureau de Vergennes. Pour tenter de faire oublier la claque, l’humiliation que lui a infligée le président brésilien lors de sa récente visite à Brasilia1, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) se livre à une pitoyable opération de communication a posteriori en débordant le strict cadre de la relation bilatérale franco-brésilienne.

Le moins que l’on puisse dire est que le résultat de ce bavardage médiatique sollicité n’est guère brillant. Au lieu d’effacer sa bourde, Jean-Yves Le Drian met encore plus en évidence l’étendue de son incompétence notoire à la tête de la diplomatie française. Et cela vaut pour tous les sujets internationaux qu’il aborde, sans la moindre exception. La question que soulève son madrigal est simple : comment défendre l’indéfendable surtout lorsque l’on ne dispose que de capacités limitées ? C’est mission impossible pour notre Lorientais désorienté qui est très (trop) souvent à l’Ouest. Plus de deux ans après être passé de la rue Saint Dominique (où siégeait le cabinet du ministre de la Défense transformé par fatwa jupitérienne en ministre des Armées) à la rue Esnault Pelleterie (entrée du ministère des Affaires qui lui sont toujours aussi étrangères), notre breton armé semble toujours ignorer les fondamentaux de la diplomatie, en général et de la diplomatie gaullo-mitterrandienne, en particulier. Et ce n’est pas la cohorte de conseillers – de… Continuer la lecture

UN ETE AVEC PIERRE PEAN, RENE NABA ET TIGRANE YEGAVIAN…

Bouffémont, 31 juillet 2019.

Depuis le ciel, Pierre Péan poursuit inexorablement son travail d’enquêteur, de révélateur et détecteur de mensonges, d’idiots et d’idiotes. Il y a d’abord, les tweets et autres injures des « réseaux numériques » – qui n’ont rien de « sociaux » – et dont certaines relèvent du pénal. Viennent ensuite des papiers plus formellement haineux. Ne parlons pas de ceux de Libération-Torchon, qui n’appellent plus aucun commentaire depuis longtemps. Malheureusement et ce n’est pas une surprise, le Canard enchaîné a fait le service minimum : un petit deux colonnes en bas de page ! Quant au Monde qu’on attendait au coin du bois, ce fut encore plus lamentable que tout ce qu’on pouvait craindre sous la plume du sieur Christophe Ayad, celui qui a l’habitude de fouiller dans la vie privée des gens. Il ose commenter et juger les livres de Pierre, notamment l’enquête consacrée à Bernard Kouchner, qualifiée de « pamphlet ». Mais enfin – en l’occurrence – qui juge qui ? Ce n’est certainement pas avec les livres de ce triste sire d’Ayad qu’on va s’endormir ou passer l’été…

Toujours est-il que mercredi dernier, nous avons enterré notre ami Pierre dans son beau village de Bouffémont. Avec les vacances, beaucoup d’absents et d’excusés (Jean-Pierre Chevènement et Hubert Védrine notamment), mais l’intelligence de l’amitié était bien là, toujours en rebonds attendus et plus surprenants ! Ce genre de cérémonie fonctionne toujours selon une espèce de loi de thermodynamique quasiment invariable : au premier cercle de la famille et des intimes s’en ajoutent trois autres :… Continuer la lecture

PIERRE PEAN, PATRIOTE-ENQUÊTEUR ET COMBATTANT !

Quatre-vingt-un ans – de nos jours c’est encore jeune et Pierre Péan aurait pu nous émerveiller encore quelques années… Mais il nous a quittés le 25 juillet dernier. Avant l’été, nous avions fait l’un de nos points réguliers à la brasserie Wepler de la place de Clichy, question d’échanger sur les travaux en cours et la vacuité du temps, sur la presse trop pressée et une classe politique en déshérence…

Dans la minute, les hagiographes du moment se sont précipités en répétant les mêmes poncifs pour saluer le « grand journaliste d’investigation ». Double méprise : vu l’état actuel de la presse et du journalisme, Pierre ne voulait même plus qu’on le traite de « journaliste », qualificatif devenu indigne à ses yeux, tant les membres actuels de la corporation sont devenus de simples passe-plats, sinon les chiens de garde de l’idéologie du temps. Quant à l’investigation, voilà des années que Pierre récuse ce terme : « Investigation, c’est la traduction d’une expression américaine policière. Je préfère le mot ‘enquête’. Je me définirais plutôt comme un ‘enquêteur d’initiative sur sujets sensibles’. Attendre sur son bureau les PV des juges, ce n’est pas ce que j’appelle de l’enquête, mais de la simple gestion de fuites. Le journaliste devient un pion, rentrant dans les objectifs des uns et des autres, devenant l’outil de vengeances ou de stratégies judiciaires. Je revendique de prendre l’initiative, je ne suis pas un auxiliaire de justice, je n’ai pas besoin de la justice pour déterminer le sujet de mes enquêtes », dont acte !… Continuer la lecture

AFFAIRE DJOUHRI : LA FICELLE EST UN PEU GROSSE…

Etant journaliste, c’est-à-dire ni complice ni procureur ni Savonarole, les malheurs ou les bonheurs de Sarkozy, ses plus et ses moins, m’indiffèrent totalement. Seuls les dossiers judiciaires touchant à son activité politique m’intéressent. Le moyen de voir comment se comporte la justice dans une affaire qui touche à un élu au plus haut rang de la République. Les juges sont-ils justes, comme le veut la loi et l’honneur, sont-ils en retrait pour protéger un ancien président, ou au contraire lancés dans une vendetta qui n’a pas lieu d’être dans le monde de robes noires ?

Ausculter l’affaire baptisée par « Médiapart », le « financement libyen de Sarkozy », est pour un citoyen ombrageux et vigilant, des plus salutaire ! Disons en aparté, en « off », qu’en tant que journaliste témoin du courant de l’histoire, je crois que la place de Sarkozy, après ses complicités réitérées avec les jihadistes criminels engagés Syrie et son œuvre de destruction en Libye, serait bien plus devant la CPI que devant un tribunal correctionnel parisien… Mais c’est ainsi : « Médiapart » est plus écouté que les voix de l’ONU.

Dommage que les reportages sous forme de « radio trottoir » ne soient plus à la mode. Il aurait été utile de poser à « l’homme de la rue » la question du « financement de Sarkozy par Kadhafi », pour obtenir une réponse qui ne pourrait être autre que celle-ci : « Ah oui, les révélations de Médiapart, les valises de d’argent très frais pour le président » … C’est acté, acquis, les images des valises de cash sont dans les… Continuer la lecture

JUSTICE DE CLASSE, DEMOCRATIE EN DANGER !

Décidément, tout change pour que rien ne change dans le monde nouveau d’Emmanuel Macron. « Étés meurtriers en Macronie » titre Le Point. En juin 2018, nous avons eu droit au feuilleton de l’été (les facéties d’Alexandre Benalla à la Contrescarpe) qui s’est transformé en affaire d’État (nul besoin de s’y attarder)1. En juillet 2019, nous avons droit à un nouvel épisode du feuilleton d’été (deux brillantes décisions de justice concernant, pour l’une, trois proches du président de la République et plusieurs honnêtes citoyens dont le sieur Bernard Tapie, pour l’autre2) qui a tout d’une nouvelle affaire d’État. En prime, la Macronie triomphante nous gratifie d’un nouvel épisode de la moralisation de la vie publique (les dîners fastueux de l’ex-président de l’Assemblée nationale, actuel ministre de l’Écologie, François de Rugy3 et le HLM non occupé durant douze ans par sa directrice de cabinet, la préfette Nicole Klein) qui ne manque pas de sel. C’est le moins que l’on puisse dire !4

Dans cette atmosphère délétère, pour ne pas dire glauque, au moins une bonne nouvelle avec la nomination du nouveau directeur général des affaires politiques et de sécurité du Quai d’Orsay (Philippe Errera). L’un des postes les plus en vue du circuit diplomatique. Emmanuel Macron participe, le 12 juillet 2019 à Cherbourg, au lancement d’un nouveau sous-marin d’attaque, Le Suffren5. Au fil des jours, au fil des heures, nous allons de Charybde en Scylla. Pour couronner le tout, des missiles américains… Continuer la lecture