Observatoire Géostratégique

numéro 259 / 2 décembre 2019

Editorient

MONDIALISATION : UN DISCOURS DE LA METHODE…

« Pour tromper le monde, ressemblez au monde » (William Shakespeare, Macbeth). Mais, à quoi ressemble le monde en cette fin d’année 2019 ? La réponse à cette délicate question est loin d’être aisée tant le monde d’aujourd’hui est aussi complexe qu’imprévisible. Manifestement, notre élite germanopratine, qui prolifère dans les cabinets (pas les lieux d’aisance) ministériels, n’a en pas la moindre idée pas plus qu’elle n’en a sur ce que pourraient être les contours du monde de demain. Il n’est qu’à voir, par exemple, comment elle est prise de court par les derniers rebondissements du feuilleton qui a pour nom « Brexit » et par la « tectonique des peuples ». En effet, le court-termisme et le présentisme, conjugués à la politique de l’essuie-glaces (un évènement chasse l’autre) sont les maladies chroniques des politiques qui ont le nez vissé sur le guidon d’un vélo qui avance dans une direction inconnue.

Ces derniers s’agitent désespérément pour exister médiatiquement. Tel est leur unique horizon alors que la planète poursuit inexorablement sa rotation de manière chaotique qui pourrait la conduire à sa perte (Cf. le dérèglement climatique pour ne citer que lui) ! Il est de plus en plus évident que la page du monde d’hier est définitivement tournée alors que les bases du monde de demain doivent être jetées. Un retour en arrière s’impose pour mieux appréhender la situation et éclairer l’avenir.

RAPPELER LES FONDEMENTS DU MONDE D’HIER

Si l’on essaie de résumer de manière sommaire les fondements du monde d’hier, c’est-à-dire… Continuer la lecture

DAKAR : UN NOUVEAU FORUM POUR LA PAIX EN AFRIQUE…

« Le vrai et le faux sont des attributs du langage, non des choses. Et là où il n’y a pas de langage, il n’y a ni vérité, ni fausseté » (Thomas Hobbes).

Les relations internationales, c’est comme la mode. Il y a des saisons idoines pour certains produits de marketing, pour certains articles en tête de gondole. Et cela encore plus sous le quinquennat de notre très médiatique président de la République française. Aujourd’hui, le produit phare, en tête de gondole de la diplomatie jupitérienne porte un nom : Forum. Que signifie ce terme ? Au sens historique, il signifie la place où se réunissait le peuple pendant l’Antiquité. Au sens actuel, il signifie une réunion, un colloque. Hier, on réunissait la fine fleur de la diplomatie (États, organisations internationales et société civile) à Paris pour la seconde édition du Forum sur la paix1.

Aujourd’hui, on change de continent et de portage. Les choses sérieuses se passent à Dakar où se déroule le « sixième Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique » (17-18 novembre 2019) Forum auquel participe le premier sinistre français, Édouard Philippe flanqué d’un duo de choc Parly-Le Drian. Vaste programme, comme aurait dit le général de Gaulle au moment où les plus hautes autorités de l’Afrique de l’Ouest lancent des appels désespérés à l’introuvable communauté internationale pour qu’elle les aide à mettre fin à la prolifération du phénomène djihadiste. La France paie son écot au prix fort tant au sein de l’opération Barkhane que du… Continuer la lecture

ARMS CONTROL : POUR QUI SONNE LE GLAS ?

« La sagesse ne peut venir que de l’expérience » (Morihei Ueshiba). Et, les relations internationales constituent un domaine dans lesquels les leçons de l’expérience sont incontournables. Tirant les leçons des échecs de la Société des Nations (SDN), les rédacteurs de la Charte de San Francisco ont souhaité faire œuvre utile pour la seconde moitié du XXe siècle. Dans la lignée d’une longue tradition d’éminents juristes, dont le Français René Cassin, ils ont essayé de bâtir la stabilité internationale autour d’un principe cardinal, celui du multilatéralisme onusien. Le préambule de la Charte de l’ONU parle « d’unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales »1. Ce principe a, par la suite, trouvé un point d’application dans une trilogie : maîtrise des armements, désarmement et non-prolifération. Concepts mis en œuvre à travers quelques organes (première commission de l’Assemblée générale de l’ONU traitant des questions relatives au désarmement et à la sécurité internationale, commission du désarmement à New York et Conférence du désarmement à Genève), des traités (dont l’ONU est le dépositaire) et une méthode (le multilatéralisme). Mais, à côté de cette dimension multilatérale de l’Arms Control (concept envisagé dans son acception la plus large), se sont développées des dimensions bilatérales (essentiellement américano-soviétique) et régionales (surtout en Europe avec des structures comme les MBFR, la CSCE à laquelle a succédé l’OSCE basée à Vienne). Or, le moins que l’on puisse dire, en cette fin de deuxième décennie, est que l’Arms Control est à tout le… Continuer la lecture

APRES BEN LADEN, BAGHDADI NOMINE A HOLLYWOOD !

Selon plusieurs sources militaires et diplomatiques, la rédaction de prochetmoyen-orient.ch peut confirmer que ce sont bien les services secrets turcs – à la demande expresse du président Recep Tayyip Erdogan – qui ont informé le Pentagone du lieu exact de la présence d’Abou Bakr al-Baghdadi – le chef de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) – dans la localité de Baricha (gouvernorat d’Idlib) au nord-ouest de la Syrie. Durant la nuit du 26 au 27 octobre dernier, un commando des forces spéciales américaines a pu, ainsi tué le chef terroriste.

En offrant sur un plateau d’argent la tête de celui que Washington présente comme « l’homme le plus recherché du monde », le président turc s’est ainsi assuré du plein soutien américain à son intervention militaire dans le nord de la Syrie. Vu d’Ankara, ce nouveau gage médiatique – fourni à Donald Trump pour sa campagne électoral -, visait aussi à rééquilibrer l’ensemble d’une opération turque ayant surtout bénéficié d’un feu vert russe ! D’une pierre trois coups : l’intervention turque confirme le retrait militaire américain. Elle met fin à la fantasmagorie du « Rojava ». Et surtout, elle permet aux autorités syriennes de reprendre pied à l’Est de l’Euphrate.

Toujours est-il qu’Ankara a pu ainsi se débarrasser – à bas prix – d’un chef jihadiste devenu très encombrant, tant ce dernier aurait pu révéler comment les services secrets turcs avaient pleinement participé à la création de Dae’ch dès 2013, et comment ces mêmes services – avec l’aide de plusieurs mouvements de l’extrême-droite turque –… Continuer la lecture

QUAND GÉRARD ARAUD RÉ-ÉCRIT L’HISTOIRE !

Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps avant de disposer des Mémoires avec un « M » majuscule de l’ambassadeur de France dignitaire, désormais vice-président de Richard Attias & Associates basé à New York, l’incomparable Gérard Araud, gaffeur invétéré, coqueluche des médias1. C’est désormais chose faite depuis le 2 octobre de l’an de grâce 2019 grâce à la bienveillance des éditions Grasset2. La parution de l’ouvrage était annoncée à grands renforts de tam-tam médiatique du Monde3 ou du Figaro4 : qui n’a pas le dernier Araud à Paris ?

Tout le monde ne parlait que de cela dans les dîners en ville depuis la rentrée de septembre. La curiosité de Boboland est désormais satisfaite. Nous l’avons eu entre les mains et nous ne boudons pas notre plaisir à sa lecture. Un opus magnum sur la diplomatie et les relations internationales que nous attendions avec impatience pour nous expliquer le monde d’aujourd’hui et nous apprendre de quoi serait fait le monde de demain. C’est désormais chose faite avec les 377 pages de Passeport diplomatique. Un voyage au bout de la Carrière de l’une des très grandes pointures du corps diplomatique français réhaussé de considérations sur le monde des affaires stratégiques, sur le monde multilatéral européen, otanien et onusien, sur l’Orient compliqué, sur la vie à Washington sur Potomac…

En prime, nous avons droit à deux chapitres conclusifs de très haute tenue sur la politique étrangère de Donald Trump et sur la place de la France dans… Continuer la lecture