Observatoire Géostratégique

numéro 179 / 21 mai 2018

Editorient

ISRAËL TUE, MAIS C’EST LA FAUTE DES PALESTINIENS ET DE L’IRAN !

On vit quand même une drôle d’époque : voilà une armée régalienne – dite de « défense » – qui tue plus d’une soixantaine de personnes et en blesse plusieurs milliers lors d’une manifestation du « droit au retour » et de protestation contre l’installation de l’ambassade américaine à Jérusalem (territoire occupé), mais… mais, il se trouve encore des voix pour oser affirmer que c’est la faute des victimes, que les assassins étaient dans leur bon droit et que toute cette violence… « c’est la faute de l’Iran ! » Orwell, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Aucun étonnement lorsque ces élucubrations proviennent des militants, porte-paroles et nervis de l’Etat israélien. Mais l’atmosphère devient encore plus irrespirable quand ces insultes à l’intelligence collective sont colportées et répétées par des « journalistes » ou des « experts » des médias du service public, financés par nous !

Exemple : Dorothée Olliéric – envoyé spécial de France-2 sur la frontière de Gaza – ose affirmer sans ciller dans le 20-heures du lundi 14 mai que « la violence est instrumentalisée par le Hamas et qu’elle va servir l’organisation islamique… » Mais, ma pauvre chérie, ça fait 70 ans que ça dure, 70 ans que l’armée d’occupation et de répression israélienne tue des civils palestiniens en toute impunité, sans encourir la moindre critique ni sanction internationale. Pour faire carrière dans les rédactions parisiennes (Dorothée le sait parfaitement), il s’agit de raser les murs et, surtout de ne pas se mettre à dos les milieux pro-israéliens français… Cela dit, dans ce contexte de tuerie banalisée, comme l’a justement rectifié Elias… Continuer la lecture

NOUS SOMMES TOUS IRANIENS…

Mardi soir, sans surprise, Donald Trump a donc annoncé que Washington quitterait l’accord sur le nucléaire iranien – signé le 14 juillet 2015 – également par la France, la Grande Bretagne, la Russie, la Chine et l’Allemagne. Cet accord avait permis une levée partielle des sanctions économiques contre l’Iran, en échange du gel et de la supervision internationale du programme nucléaire iranien pour au moins dix ans. Comme l’explique au cordeau Guillaume Berlat, cette décision n’est pas une surprise tant elle est conforme aux obsessions politiques et géopolitiques américaines : satisfaire l’électorat évangéliste et pro-israélien, satisfaire Tel-Aviv et Riyad, défier Moscou et impressionner Pékin…

Mais au-delà de ces effets de conséquences, la « cause efficiente » de cette décision, qui piétine le multilatéralisme et la paix, ramène en droite ligne à l’argent, – l’argent – l’obsession d’un homme d’affaire qui cherche à « faire du fric » par tous les moyens… Dynamitant ainsi l’ordre international et ses différents instruments élaborés au sortir de la Seconde guerre mondiale, le président américain prône le retour à l’état de nature, à la loi du plus fort : celle de la main invisible d’Adam Smith et ses suiveurs classiques et néo-classique (Léon Walras, Vilfredo Pareto et consorts). Et comme les Américains ont l’art d’habiller leurs coups de force en « norme universelle », le Congrès doit encore avaliser la décision pour rendre conforme ce nouvel embargo avec la législation américaine dans un délai de trois à six mois.

Mais dès à présent, aucun nouveau contrat ne pourra être signé entre des… Continuer la lecture

LA SYRIE ATTAQUEE PAR DES OVNIS…

Dès janvier 2011, c’était mal parti avec la résurgence de mouvements anciens, complexes et changeants, mais aussitôt qualifiés par les observateurs pressés de « révolutions arabes ». Révolutions, carrément ! Il se trouva même deux anciens militants trotskistes – Benjamin Stora (spécialiste de l’Algérie) et Edwy Plenel (spécialiste de tout) – pour commettre un livre : Le 89 arabe – Réflexions sur les révolutions en cours. Un livre à ouvrir dès qu’on est un peu mélancolique, tant ses contes et légendes sont à mourir de rire.

L’auteur de ces lignes se souvient d’une confrontation télévisée avec Samir Aïta – éternel courtisan de tous les défecteurs syriens, de Rifaat al-Assad à Moustapha Tlass en passant par Abdel Halim Khaddam – dont l’obsession est de devenir ministre, un jour… Ceint d’une écharpe rouge, rouge comme celle de Christophe Barbier (révolutionnaire en chef de L’Express), le sieur Aïta ne cessait d’invoquer – trémolos dans la voix – la « révolution » syrienne ! A la dixième évocation récurrente du même type, votre serviteur se permet de mettre en garde l’imprécateur contre l’abus textuel du terme ! Réponse courroucée du pré-ministre : « mais vous, jeune homme qu’est-ce que vous pouvez bien connaître des révolutions ? »

IL ETAIT UNE FOIS LA REVOLUTION

Quelle grande joie de pouvoir retorquer que – comme jeune reporter – j’avais eu la chance de pouvoir couvrir la chute d’Anastasio Somoza au Nicaragua et de travailler, quelque temps, avec les plus hauts responsables du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), précisant que « la révolution sandiniste » fut marquée par :… Continuer la lecture

LE FINANCEMENT DU TERRORISME, LE PRESIDENT ET LES ELEPHANTS…

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La rédaction.

LE FINANCEMENT DU TERRORISME, LE PRESIDENT ET LES ELEPHANTS…

Jeudi dernier au siège de l’OCDE à Paris, le président de la République Emmanuel Macron a clôturé une conférence intitulée « No Money for Terror – Conférence de lutte contre le financement de Daech et Al-Qaïda ». Un « Pas d’argent pour la terreur » n’aurait empêché personne de dormir, mais les anglicismes, « ça fait plus moderne », disent les communicants ! Toujours est-il que durant une journée et demie, plusieurs centaines d’experts de haut niveau (financiers, juristes, membres des services spéciaux – et pas ceux de BFM ou C dans l’air), des représentants de 70 pays et d’une vingtaine d’organisations internationales ont pu croiser leurs expertises au sein de différents ateliers et tables rondes1.

Les participants que prochetmoyen-orient.ch a rencontrés, se sont unanimement félicités de la qualité de l’organisation et de la logistique, ainsi que du contenu des travaux. Dont acte – et bravo aux chevilles ouvrières de cette réunion qui conforte la « French touch » et consolide les outils de lutte contre le financement du terrorisme.

Cela dit, en se réduisant à Dae’ch et… Continuer la lecture

MONSIEUR LE PRESIDENT,

« Je vous écris une lettre que vous lirez peut-être… » La suite est aussi connue que le sont Les Misérables et La Marseillaise. Mais, rassurez-vous, il ne sera pas question de renouer avec le pacifisme transcendantal de Boris Vian – le monde a tellement changé -, mais plutôt de vous transmettre une profonde inquiétude qui concerne à la fois le respect du droit international, les responsabilités, les intérêts de la France et une autre guerre qui vient…

En préambule, permettez – Monsieur le Président – quelques remarques de forme. Récemment, à deux reprises (avec Laurent Delahousse de France-2, puis Jean-Pierre Pernaut de TF1), vos communicants ont opté pour des entretiens type « brosse à reluire ». Le dimanche 15 avril, vous étiez face à Jean-Jacques Bourdin de RMC et Edwy Plenel de Médiapart, pour ce qui était annoncé comme une « interview de rupture ». Le premier dont l’obsession se résume en une formule – « les Français ont le droit de savoir ! » – et le deuxième (l’ami de Tariq Ramadan), consumé d’un trotskisme hystérique prompt à tous les amalgames (que vous avez du reste justement dénoncés), n’avaient visiblement pas suffisamment préparé l’entretien, notamment sur le dossier syrien.

Sans cravate – comme des jeunes à casquettes hip/hop visière inversée en signe de rébellion – les deux bonshommes se sont ingéniés à vous questionner en martelant vos nom et prénom, évitant soigneusement de vous appeler une seule fois « Monsieur le Président ». Après les virées nocturnes en scooter de votre prédécesseur, vos premiers pas… Continuer la lecture