Observatoire Géostratégique

numéro 148 / 16 octobre 2017

Editorient

MENACES CONTRE L’IRAN, BRUITS DE GUERRE AU LIBAN ET GRAND BASCULEMENT…

Le 13 octobre dernier, Donald Trump a annoncé qu’il ne « certifierait » pas l’accord sur le nucléaire iranien. Il s’agissait, comme tous les 90 jours – selon la loi américaine – de valider auprès du Congrès cet accord international qui vise à empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique. Le 20 mai dernier, c’est-à-dire le jour même de la proclamation officielle du résultat de l’élection présidentielle iranienne, qui a vu une nouvelle victoire du réformateur Hassan Rohani – après un scrutin démocratique exemplaire -, Donald Trump avait appelé, depuis Riyad et devant une cinquantaine de pays sunnites (dont une majorité de dictatures), à isoler l’Iran « qui soutient et finance le terrorisme… ». Et pour que les choses sont bien claires, la Maison blanche a lancé conjointement une vaste campagne de presse internationale pour « appeler tous les pays du monde à s’opposer à la dictature iranienne ».

Sans surprise, Le Monde s’est ainsi empressé de publier le tract de Tom Bossert, conseiller à la sécurité intérieure de la Maison Blanche : « Les Etats-Unis continueront à isoler l’Iran et son allié le Hezbollah »1. Un grand morceau d’anthologie de l’Orwellisation des esprits : « le Hezbollah kidnappe des soldats et des civils, lance des roquettes sur des familles et des enfants israéliens, et prépare des attentats terroristes partout dans le monde ». Bigre ! Monsieur Tom Bossert semble ignorer qu’Israël et le Liban ne sont – toujours – pas en paix, que la Ligne bleue (frontière sud sous le contrôle des Nations unies) n’est toujours pas stabilisée,… Continuer la lecture

CATALOPHE, CATASTROGNE ET CATASTROPHE !

Les habitants de la région la plus riche d’Espagne (20% de son PIB) – le Pays Basque arrivant en cinquième position – ne veulent plus payer pour les régions les moins favorisées du pays : Canaries, Andalousie, Estrémadure, notamment.

La Catalogne concentre 50% des start-up du pays. « Nous représentons près du quart du produit intérieur brut, mais nous ne recevons que 9% des investissements réalisés dans le pays », peste un indépendantiste convaincu qui affirme encore : « la Catalogne se porterait beaucoup mieux si elle était indépendante ». Aucune crainte pour son économie ? « Nous ne sortirons pas de l’Europe. C’est facile : dans un premier temps, l’Espagne ne nous reconnaîtra pas, donc nous resterons dedans. Et quand elle acceptera notre départ, l’Union européenne sera toute contente de nous garder ». À l’en croire, c’est un chemin pavé de roses qui attend son futur petit pays : « nous allons devenir la Hollande du sud de l’Europe, un modèle de croissance ». A voir…

ENFANTS GÂTES

Mais ces récriminations d’enfants gâtés laissent un arrière-goût relativement amer lorsqu’on se souvient comment – dans les années 80 – les contribuables européens ont financé l’adhésion de l’Espagne au Marché commun1 et ses ajustements aux différents formats de pays développés. A l’époque, les Catalans ne faisaient pas encore la différence entre les autoroutes catalanes et les autoroutes andalouses… « Il ne faudrait pas oublier, non plus, que la Catalogne s’est modernisée grâce aux bras des estremenos (les travailleurs d’Estrémadure, l’une des régions les plus pauvres d’Espagne), des Andalous ou des Galiciens », souligne… Continuer la lecture

JUPITER SE MUE EN ATLAS !

« La parole est au peuple. La parole du peuple, c’est le souverain » (Charles de Gaulle). Manifestement, le président de la République est omniprésent sur la scène intérieure et sur la scène internationale, pris d’une boulimie jamais égalée de paroles même à l’époque de Nicolas Sarkozy…1 Pour ce qui est des actes, nous jugerons dans quelques mois. Emmanuel Macron veut transformer la France (Cf. les ordonnances sur la loi travail que nul ne conteste en réalité), changer le monde (Cf. son discours devant la 72e Assemblée générale de l’ONU à New-York le 19 septembre 20172) et aujourd’hui refonder l’Europe (Cf. son discours devant des étudiants venus de toute l’Europe dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne le 26 septembre 2017)3. Alors que l’Union européenne est marquée par un signe d’usure qui compromet son avenir (Cf. mise en route de la négociation sur le « Brexit », désaccord sur la répartition des migrants décidée il y a deux ans, sur l’évolution de la zone euro, mise en cause par la Hongrie et la Pologne du socle des valeurs fondamentales de l’Union et , ce qui est plus grave encore, sur les objectifs du projet européen), le docteur Macron livre urbi et orbi le diagnostic du mal qui frappe l’Europe et le remède miracle qu’il a dans sa trousse à outils4. Dans quel environnement se situe cette intervention ? Quel est son contenu ? Quelle pourrait être la suite de cette intervention ?

L’ENVIRONNEMENT DE L’INTERVENTION

Environnement… Continuer la lecture

UN PRÉDICATEUR À MANHATTAN

« La France ne peut être la France sans la grandeur » (général de Gaulle). Cette réflexion du premier président de la Cinquième République semble inspirer – du moins dans ls mots – l’approche internationale de son huitième devant le gratin du monde réuni à New York dans la grande salle de l’Assemblée générale de l’ONU le 19 septembre 20171 comme ce fut le cas lors de son discours du 29 août 2017 à l’occasion de la récente semaine des ambassadeurs à Paris2. Le décorum est là et bien là ! Jupiter s’adresse à ses pairs immédiatement après Donald Trump. Il n’est pas venu seul à Manhattan. La Cour fait le déplacement : la moitié du gouvernement (une douzaine de ministres), de grands patrons engagés dans la transition énergétique et numérique (qui ne pèsent rien par rapport aux GAFA et qui sont particulièrement utiles pour résoudre les principales crises qui secouent le monde et réformer l’ONU)3, sans parler des hauts fonctionnaires courtisans ayant l’immense privilège d’être conviés à la sauterie onusienne dont l’amie de prochetmoyen-orient.ch, Alice Rufo (aujourd’hui ils sont 53 conseillers à l’Élysée selon le dernier pointage4). À la veille du discours jupitérien, Jean-Yves Le Drian, le lorientais désorienté, fait le service avant-vente, expliquant que la France souhaitait désormais s’impliquer sur tous les dossiers en cette période de défiance croissante5. Dans un contexte contrasté (baisse constante de sa popularité), Emmanuel Macron joue la partition internationale dans un discours au style Zorro… Continuer la lecture

DIPLOMATIE À L’ÉCONOMIE, SÉCURITÉ À L’ENCAN

« La sécurité des Français est la raison d’être de notre diplomatie » martèle d’entrée de jeu le président de la République, Emmanuel Macron dans son discours à l’ouverture de la semaine des ambassadeurs (29 août 2017) en son palais de l’Élysée. Quelques instants après, il enfonce le clou : « Assurer la sécurité de nos concitoyens fait de la lutte contre le terrorisme islamiste la première priorité de notre politique étrangère »1. Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, nos excellences doivent traquer le terroriste partout où il se trouve, y compris dans les cocktails mondains des ambassades. Tout ceci est clair comme de l’eau de roche. Or, qu’apprend-on de notre volatil préféré ? Que des agents de recrutement local, fortement suspectés de radicalisation auraient été (failli être ?) engagés par les ambassades de France à Londres et à Doha2.

Mais, heureusement il y a la nouvelle porte-parole du Quai d’Orsay, Agnès Romatet-Espagne qui a été chargée par son ministre Jean-Yves Le Drian de dépoussiérer la communication du Quai d’Orsay dont les contenus étaient jugés insipides, manquant de profondeur stratégique, de perspective historique et de prospective dans l’explication de notre diplomatie et de notre politique étrangère, nous dit-on3. [Pour la petite histoire, après avoir occupé le poste de conseiller diplomatique du premier ministre, Manuel Valls, son époux, Stéphane Romatet vient d’être nommé ambassadeur de France au Caire. Après avoir occupé le poste de directeur-adjoint de cabinet de Bernard Kouchner, il fut nommé directeur… Continuer la lecture