Observatoire Géostratégique

numéro 127 / 22 mai 2017

Editorient

PREMIERS PAS MACRON-DIPLOMATIQUES : CHANGEMENT D’AIR OU D’ÈRE ?

PREMIERS PAS MACRON-DIPLOMATIQUES : CHANGEMENT D’AIR OU D’ÈRE ? 1

L’occasion fait le larron a-t-on coutume de dire. Au début de l’année 2017, l’affaire était entendue. Le nouveau président de la République était déjà désigné. Il avait pour nom François Fillon, l’ex-collaborateur, Premier ministre de Nicolas Sarkozy. Les multiples péripéties du « Penelopegate » en ont décidé autrement. Ce sera en définitive l’outsider, Emmanuel Macron (39 ans), ex-collaborateur, ministre de l’Économie de François Hollande, que le peuple français choisira le 7 mai 2017 au détriment de la candidate du Front National, Marine Le Pen. Comment se situe-t-il dans une perspective historique, lui dont l’expérience internationale est limitée ? « Mais les successeurs du général de Gaulle ne sont pas issus de la tragédie historique, ils ne sont pas des héros de Corneille. Ils sont les avatars des jeux politiciens ou le résultat d’une cooptation des choix oligarchiques qui ont privilégié le ‘rebranding’. C’est le cas d’Emmanuel Macron, jugé parfait ‘homo politicus néolibéral’, vigoureusement poussé par deux vagues qui se sont conjuguées en sa faveur : celle du ‘dégagisme’, et celle du ‘jeunisme’ »2.

Il importe de dresser un rapide bilan de l’action extérieure de François Hollande pour mieux appréhender les possibles évolutions de son successeur. Il nous faudra nous interroger sur la doctrine et les hommes du président avant de conclure sur ses premiers pas et ses prochaines échéances internationales3.

L’EX-PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE : UN DIPLOMATE GUERRIER

La constitution française confère au président de la République des pouvoirs… Continuer la lecture

LES « RÉVOLUTIONS » ARABES SELON UN AMBASSADEUR…

« Quand on ne sait pas où l’on va, tous les chemins mènent nulle part » (Henry Kissinger). Cette citation – d’une grande actualité – est reprise par Yves Aubin de la Messuzière dans son ouvrage récent consacré aux « révolutions arabes »1. Dans l’abondante littérature auquel ont donné lieu, ces dernières années, les mal nommés « printemps arabes », le point de vue d’un ancien ambassadeur, grand connaisseur du monde arabe (ancien directeur d’Afrique du nord Moyen-Orient au Quai d’Orsay, ambassadeur en Irak, au Tchad, en Tunisie), connu pour son franc parler est bienvenu.

À l’œil du diplomate d’hier, il ajoute celui du chercheur d’aujourd’hui. Il mêle utilement la pratique à la théorie2. Rappelons que l’auteur avait livré, en 2011, ses mémoires d’ambassadeur en Tunisie sous le régime Ben Ali3. Que peut-on dire de son dernier ouvrage ? Deux choses : excellente démarche rétrospective et modeste démarche prospective.

UNE EXCELLENTE DÉMARCHE RÉTROSPECTIVE

Reconnaissons à l’ancien ambassadeur, expert du monde arabe, plusieurs qualités non négligeables par les temps qui courent : bonne plume, approche logique, connaissance précise de l’histoire ancienne et récente, capacité de synthèse… Les chapitres s’enchaînent habilement : ressorts des révoltes arabes, échec de l’islam politique débouchant sur une expansion du jihadisme, sunnisme contre chiisme, tragédie syrienne, énigme saoudienne, malédiction de l’or noir, malédiction proche-orientale pour les États-Unis, retour impérial de la Russie, centralité du conflit israélo-palestinien, décomposition des États et recomposition géopolitique.

Chaque problématique est décortiquée, disséquée et replacée dans son contexte historique, politique, diplomatique,… Continuer la lecture

ANGELA MERKEL OU UNE BELLE LEÇON DE DIPLOMATIE

« La France doit rayonner davantage par son exemple que par ses leçons de morale. Sa diplomatie doit prendre les réalités telles qu’elles sont, pas telles qu’elles voudraient qu’elles soient. Elle doit être réactive, souple, inventive, énergique, alignée sur personne »1. Sur un plan doctrinal, le nouveau président de la République, Emmanuel Macron serait bien inspiré de méditer ce jugement au moment où il lui appartiendra de fixer les grands axes de sa politique étrangères2.

Sur un plan concret, le président du mouvement En Marche serait bien inspiré de s’inspirer de l’exemple diplomatique d’Angela Merkel. Qu’apprend-on des derniers déplacements de la chancelière allemande ? Au cours des dernières semaines, elle s’est rendue successivement à Washington, à Riyad et à Sotchi. Chacune de ses visites constitue en elle-même une leçon de diplomatie pour apprenti diplomate et pour dirigeant politique déboussolé par un monde aussi incertain qu’imprévisible3.

La première leçon est qu’il est souvent indispensable de rencontrer un dirigeant incontournable de la planète pour se faire une idée précise sur le personnage et sur ses idées allant au-delà des poncifs et autres « fake news » qui circulent sur la toile. C’est ce qu’Angela Merkel fait en se rendant à Washington avec l’imprévisible Donald Trump. La deuxième leçon est qu’il faut savoir se faire désirer avec des interlocuteurs trop empressés. C’est ce qu’Angela Merkel fait avec la nouvelle équipe saoudienne qui la réclamait depuis plus de sept ans. Le résultat est à la hauteur de ses… Continuer la lecture

EVENEMENT CHIMIQUE : VOUS AVEZ DIT BIZARRE ? COMME C’EST BIZARRE !

« Il ne suffit pas de parler, il faut parler juste » (William Shakespeare). Le 26 avril 2017, Jean-Marc Ayrault rend l’oracle annoncé quelques jours auparavant. L’attaque au gaz sarin (un neurotoxique particulièrement létal) contre la localité syrienne de Khan Cheikhoun, (88 morts dont 31 enfants selon l’OSDH) du 4 avril 2017 porte "la signature" de Damas (attaque qui a entraîné, le 7 avril 2017, un raid américain de représailles contre une base aérienne du régime).

Ainsi parle le ministre français des Affaires – qui lui sont toujours aussi étrangères – sur le perron de l’Élysée entre deux conseils (de défense et des ministres). Se basant sur des informations (lesquelles ?) émanant des services de renseignement (lesquels ?), le régime de Damas « détient toujours des agents chimiques de guerre, en violation des engagements à les éliminer qu’il a pris en 2013 », précise-t-il. En raison de sa vocation universelle (nous respirons mieux), la France a « décidé de partager avec ses partenaires (lesquels ?) et avec l’opinion publique mondiale (c’est qui ?) les informations dont elle dispose (par qui ?) », apprend-on !

Circulez, il n’y a rien à voir ! La messe est dite. Pas question de jouer les iconoclastes en la matière sous peine d’excommunication médiatique. Pour faire bonne mesure, quelques experts autorisés (en tête desquels, par exemple, le célèbre Olivier Lepick, présenté comme expert des armes chimiques alors même qu’il n’est qu’un historien de formation et non un scientifique) viennent psalmodier, avec componction, dans les médias les mêmes évangiles : le document de… Continuer la lecture

INFLUENCER LA RECHERCHE : VASTE PROGRAMME !

« Si vous exercez une influence, feignez au moins de l’ignorer » écrivait Henry de Montherlant. Tel n’est malheureusement pas la direction privilégiée par la diplomatie française au cours de la dernière décennie et, surtout, sous le magistère de Laurent Fabius. Le Talleyrand du XXIe siècle n’a que le mot influence à la bouche – la sienne au premier chef, il va sans dire – pour qualifier la nature de la diplomatie française qu’il met en œuvre avec le succès que l’on connait. Le « soft power », pour faire plus chic en dédaignant les subtilités de la langue de Molière ! Mais du dire au faire, la distance est grande surtout dans un monde où le faire-savoir a plus d’importance que le savoir-faire. A trop privilégier une diplomatie partisane au détriment d’une diplomatie médiane, la France s’est délibérément marginalisée sur la scène internationale.

C’est désormais une vérité d’évidence ! Dans ces conditions, comment penser raisonnablement influencer la réflexion sur les relations internationales au point d’imposer aux autres sa vision intellectuelle du monde alors que votre voix n’est plus audible, votre diplomatie marginalisée ? C’est le tour de force que demande Laurent Fabius à un diplomate de haut rang, Yves Saint-Geours avec la rédaction d’un « rapport sur les think tank français » qui sera remis à son successeur, Jean-Marc Ayrault en septembre 2016.

UN MONDE SANS MAÎTRE : UNE FRANCE SANS CAP

Dans un monde aussi imprévisible qu’est celui du XXIe siècle et qui fait figure de bateau ivre, la diplomatie française… Continuer la lecture