Observatoire Géostratégique

numéro 165 / 12 février 2018

Editorient

LA DEUXIEME MORT DE KADHAFI

Mi-novembre 2017, une équipe de la télévision américaine CNN assiste à une vente d’êtres humains, quelque part en Libye non loin de la capitale Tripoli. En l’espace de quelques minutes est filmée la mise à prix d’une douzaine de migrants, cédés par des passeurs pour des sommes variant entre 500 et 700 dinars libyens (jusqu’à 435 euros). Avec stupeur et indignation, l’opinion internationale redécouvre l’horreur de l’esclavage, comme si cette pratique d’un autre âge avait définitivement disparu. Pleuvent alors les habituelles litanies : horreur et damnation, plus jamais ça ! etc., etc…

Depuis des années pourtant, des reporters courageux dénoncent des situations d’esclavage qui perdurent notamment en Mauritanie, au Soudan, en Arabie saoudite, au Qatar et parfois jusqu’au cœur des capitales occidentales, mais sans vraiment susciter beaucoup d’intérêt. Encore moins d’indignation face aux différentes formes d’esclavage moderne qui prolifèrent sur la dépouille des services publics et plus généralement d’un salariat devenu archaïque : travail intérimaire, stages, CDD, bénévolats et autres ubérisations de la plupart des tâches et fonctions humaines numérisées, algorithmées, traçables et sous contrôle !

Esclavage en Libye ! Le scandale fait la une de la grande presse internationale avant d’être absorbé par la bûche de Noël et la galette des Rois. Sont toutefois réactivés les poncifs récurrents : c’est la faute de la colonisation, de l’Union européenne, voire plus largement de l’Homme blanc… Heureusement quelques consciences lucides, comme l’écrivain sénégalais Felwine Sarr et le philosophe camerounais Achille Mbembe, rappellent les Africains et les Etats africains à leurs responsabilités1. D’une manière plus… Continuer la lecture

GEOPOLITIQUE DE MONACO

L’équipe de prochetmoyen-orient.ch vous souhaite les meilleures choses pour les temps qui viennent. Nous en aurons grand besoin !

La rédaction

GEOPOLITIQUE DE MONACO

Ces clichés auraient pu être le sujet de l’une des Mythologies de Roland Barthes : d’une manière générale, les journalistes ont immédiatement la dent dure dès qu’il s’agit de Monaco, bien davantage qu’à l’encontre de n’importe quelle autre destination ou objet d’investigation. Les critiques fusent d’autant plus aisément que la Principauté est étroitement associée à la France. Elles ciblent automatiquement ses péripéties princières et ses facilités fiscales, tandis qu’elles épargnent les paradis fiscaux et places off-shore de la planète entière dont la majorité sont sous pavillons américain ou britannique.

En deçà de toute histoire et en omettant les activités internationales de la Principauté, il s’agit d’essentialiser le Rocher pour en faire une robinsonnade princière – par nature -, une espèce de repoussoir, sinon d’alibi aux malversations financières les plus voyantes de la mondialisation contemporaine. Il y a bien, de temps en temps, quelques Panama ou Paradise Papers, inspirés par d’opaques lanceurs d’alertes sur lesquels il faudrait s’interroger sérieusement comme le fait l’excellent juriste Frédéric Delorca1. Il nous rappelle que derrière les indignations financières sélectives se dissimulent souvent le spéculateur international Georges Soros et d’autres ONGs mondialistes. Par conséquent, d’une manière générale – donc mythologique -, Monaco est ausculté comme une espèce de surmoi salvateur qui rendrait plus admissibles toutes les autres injustices du monde et leurs supports territoriaux comme les Bahamas, les îles Vierges ou… Continuer la lecture

ARABIE SAOUDITE : VIPERES AU POINT

Toute l’équipe de prochetmoyen-orient.ch vous souhaite de bonnes fêtes de Noël.

La rédaction

 

ARABIE SAOUDITE : VIPERES AU POINT

Le célèbre roman autobiographique d’Hervé Bazin est sorti en 1948. Vipère au poing relate les relations du narrateur – Jean Reveau – avec sa mère, une véritable marâtre surnommée Folcoche. Ce livre a été lu par les générations suivantes parce qu’il déconstruisait le mythe sacré de la mère aimante et protectrice, restituant les mutations de la vie de famille dans le contexte des Trente Glorieuses. Cette période de croissance et de plein emploi mit les femmes au travail en pliant la cellule familiale aux contraintes d’un capitalisme triomphant, à tel point que le titre du livre est devenu le véritable signifiant d’une époque. Révolue, celle-ci inspire à la fois quelques nostalgies et répulsions nous faisant mesurer à quel point notre temps est différent : tant sur le plan des nouvelles logiques économiques que sur celui des relations entre les personnes, les groupes et les pouvoirs.

Si Facebook et les autres réseaux « numériques » – qui n’ont rien de « sociaux » dans la mesure où ils produisent plus d’atomisation sociale et de nouvelles grilles de normes et de contrôles que des pratiques proprement sociales – supplantent désormais les médias traditionnels, ils en révèlent néanmoins la vraie nature et la prochaine disparition. Cette nature est connue depuis longtemps : celle des propriétaires des grands groupes de presse et de leurs modèles économiques, qui, de fait, ont fait dériver les médias de l’information à la… Continuer la lecture

DIASPORALOGUE  POUR COMPRENDRE L’ARMENIE

Dès qu’on connaît Agop Avakian – né au Liban et basé à Genève depuis plus de trente ans -, on tombe immédiatement sous le charme de l’Arménie et des Arméniens : sa gentillesse et son intelligence allient une connaissance maîtrisée du monde à une grande ouverture aux Autres. Son arménité, c’est comme l’Ethique de Spinoza : la déprise de soi, le savoir raisonné et la pratique de la joie.

Suivant le conseil d’Agop, l’auteur de ces lignes se rend souvent à la cathédrale Vank, la Cathédrale Saint-Sauveur d’Ispahan, la plus visitée d’Iran. Elle se situe dans le quartier d’Ispahan appelé la Nouvelle Djoulfa. Elle est dédiée au Saint Sauveur (Jésus Christ) – construite entre 1655 et 1664 -, après que les Arméniens eurent été déportés vers la Nouvelle Djoulfa par le Chah. Le site abrite aussi un musée consacré à l’histoire des Arméniens, une ancienne imprimerie, une bibliothèque riche de plus de sept cents manuscrits, ainsi qu’un mémorial du génocide arménien.

Le monument rappelle que, ni les Etats-Unis, ni Israël n’ont reconnu le premier génocide du XXème siècle. Dans le cas d’Israël, il s’agit non seulement de ne pas s’aliéner la Turquie mais aussi l’Azerbaïdjan, l’un de ses alliés stratégiques en guerre contre l’Arménie. Malgré une importante diaspora arménienne, les Etats-Unis ne parviennent toujours pas à transformer leurs trois résolutions parlementaires successives (1975, 1984, 1996) en une loi formelle alors qu’ils viennent d’appliquer celle de 1995 visant à transporter leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem…

En troisième lieu, il y a le… Continuer la lecture

JERUSALEM : MERCI A DONALD TRUMP !

JERUSALEM : MERCI A DONALD TRUMP !

Donc, Donald Trump a signé l’ordre de transfert de l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem en flagrante violation du droit international et plus particulièrement des résolutions 242 (1967) et 338 (1973) du Conseil de sécurité des Nations unies. Produits de l’histoire d’un conflit qui remonte au démantèlement de l’empire ottoman, ces deux textes correspondent aux réalités du terrain. Depuis les choses se sont, ô combien, dégradées et les accords d’Oslo n’y ont rien changé. A l’époque déjà, le Conseil de sécurité considérait que l’occupation israélienne mettait en péril la paix et la sécurité mondiale :

  • Il déclarait nulles et non avenues les mesures prises par Israël pour changer le statut de Jérusalem.
  • Il appelait à la cessation des colonies israéliennes, qu’il condamnait comme étant sans valeur légale.
  • Il réaffirmait l’applicabilité de la Quatrième convention de Genève aux territoires arabes et palestiniens occupés par Israël depuis 1967, Jérusalem incluse.
  • Il appelait au retour des réfugiés palestiniens.

De façon répétée, le Conseil de sécurité a appelé aussi à la reprise immédiate des négociations dans le cadre du processus de paix au Moyen-Orient, l’objectif étant d’aboutir, sans tarder, à un règlement définitif entre les parties israélienne et palestinienne, c’est-à-dire à la coexistence de deux Etats (Israël et Palestine) avec Jérusalem pour capitale pour les deux Etats.

QUAND WASHINGTON DESUNIT LES NATIONS

Par conséquent, la décision du président américain piétine allègrement ces évidences principielles du droit international. Curieux ? Les Etats-Unis disposent pourtant d’un siège permanent au sein de l’instance… Continuer la lecture