Observatoire Géostratégique

numéro 208 / 10 décembre 2018

Editorient

LA SCIE A METAUX SAOUDIENNE DEVOILE L’HORREUR YEMENITE…

Il aura fallu qu’une quinzaine de barbouzes saoudiennes découpent un opposant à la scie à métaux pour que nos vieilles « démocraties » découvrent que la guerre du Yémen a fait, vraisemblablement plus de 200 000 morts.

L’historien Isa Blumi de l’université de Stockholm écrit : « La guerre contre le Yémen aujourd’hui est un exemple brutal de la façon dont l’expansion des intérêts capitalistes mondiaux détruit les nations. Cela prend d’abord la forme du néo-libéralisme (souvent innocemment qualifié de mondialisation) et ensuite, au moment où commence l’inévitable effondrement structurel du pays ciblé (avec son inévitable résistance populaire qui mine l’ordre politique), on passe à une forme plus directe de violence. La guerre contre le Yémen a pris la forme la plus violente qui soit. Le pays est totalement assiégé dans l’intention évidente de provoquer une famine qui tuera la population résistante. Les pays attaquants, les États-Unis, l’Arabie saoudite, la Grande-Bretagne et les Émirats arabes unis, avaient prévu de s’emparer des ressources du Yémen, mais leur guerre d’agression piétine. Ils font maintenant les premiers pas pour y mettre fin… »

Un silence de plomb recouvre cette guerre clandestine depuis 2015 ! Et ce n’est qu’aujourd’hui qu’on peut enfin lire quelques reportages de terrain dans les presses anglosaxonne, allemande, espagnole et même…parisienne. Formidable ! Un problème majeur demeure quant à l’évaluation du nombre des victimes !

Entre le printemps 2015 et juillet 2017, la coalition américano-saoudienne a effectué plus de 90 000 raids aériens sur le Yémen. La plupart d’entre eux se sont accompagnés de bombardements extrêmement meurtriers.… Continuer la lecture

DES DIVIDENDES DE LA PAIX AUX AGIOS DE LA GUERRE…

Qui sème le vent récolte la tempête. Depuis la prise de fonctions à la Maison Blanche de Donald Trump, le moins que l’on puisse dire est que cela décoiffe à tous les sens du terme. Les chancelleries occidentales habituées au temps long, aux décisions mûrement réfléchies, à la prévisibilité des évolutions du monde en perdent leur latin. Chaque jour que Dieu fait, c’est la même question qui revient dans la bouche des diplomates : quelle va être sa prochaine facétie, sa dénonciation d’un traité, son prochain tweet ravageur ? Depuis plusieurs semaines, leurs interrogations sont d’autant plus fondées qu’un ouvrage assassin écrit par Bob Woodward (l’ancien journaliste vedette du Washington Post ) intitulé Fear : Trump in the White House (Peur : Trump à la Maison Blanche) décrit une Maison Blanche en proie au chaos1. En dépit des dénégations de sa porte-parole, Sarah Sanders (« Des histoires fabriquées, souvent par d’anciens employés mécontents, pour montrer le président sous son pire jour »), le coup asséné fait mal à la crédibilité du 45ème président des États-Unis au moment où ce dernier menace la Russie2 et la Syrie à la veille de la bataille d’Idlib3.

Dans une tribune publiée anonymement par le New York Times, un « haut responsable » de l’Administration dénonce « l’amoralité » et les autres travers du président déjà pointés par le livre de Bob Woodward. Ceci étant dit, il faut faire avec tant qu’il sera à son poste étant entendu que certaines de… Continuer la lecture

L’HONNEUR RETROUVE DE FRANCOISE NYSSEN !

Dans L’Honneur perdu de Katharina Blum, le romancier allemand Heinrich Böll (prix Nobel de littérature 1972) décrit comment la presse à sensation peut détruire des réputations et des vies. Au début, cette citation : « L’action et les personnages de ce récit sont imaginaires. Si certaines pratiques journalistiques décrites dans ces pages offrent des ressemblances avec celles du journal Bild, ces ressemblances ne sont ni intentionnelles ni fortuites mais tout bonnement inévitables ». L’Allemagne des années 1970 traverse alors ses années de plomb, marquées par la répression engagée contre les jeunes activistes de la Fraction armée rouge (RAF) d’Andreas Baader et Ulrike Meinhof.

Porté à l’écran en 1975, L’Honneur perdu de Katharina Blum remporta un vif succès, aussi parce qu’il montrait comment nos vieilles démocraties peuvent soudainement se transformer en d’implacables machines arbitraires, tueuses des libertés civiles et politiques les plus fondamentales. Le film montre à quel point la lutte contre le terrorisme peut justifier les pires dérapages. Il montre aussi comment ces mécanismes de défense extrême révèlent le portrait d’une société faite de connivences claniques, de favoritisme social et de corruption des élites.

Même si l’histoire ne repasse jamais les plats à l’identique, la vague d’attentats commis en France en 2015/2016 a ravivé ce souvenir des années de la RAF et des Brigades rouges italiennes. Les événements français se sont déroulés – eux-aussi – comme autant de révélateurs sociaux, les attentats nourrissant une presse de coups, de dénonciations, d’influence, sinon de propagande. Rachetée par de grands groupes industriels et… Continuer la lecture

NUMERO 200 : INFORMER AUTREMENT…

Le premier numéro de notre/votre hebdomadaire numérique prochetmoyen-orient.ch est sorti le 15 décembre 2014. Avec les attentats parisiens de janviers 2015, il a vite pris son rythme hebdomadaire de croisière pour sortir, chaque lundi en début d’après-midi, soigneusement préparé à l’ombre du jet d’eau de Genève. Le choix de la cité de Rousseau ne répond certainement pas à des motivations fiscales, le secret bancaire n’existant plus en Confédération helvétique depuis de nombreuses années, mais plutôt parce que le siège européen des Nations unies y regroupe de nombreuses agences spécialisées de l’ONU, une soixantaine de missions permanentes d’Etats-membres et plus d’un millier d’ONGs, engagées dans les relations internationales.

Au fil des semaines, et fort de votre fidélité, prochetmoyen-orient.ch n’a cessé de croître en audience, comme en reprise pour passer la barre des 100 000 visites durant l’année 2017. Depuis 2018, le titre oscille entre 120 et 130 000 visites, ses papiers étant régulièrement repris par une quinzaine de sites amis, ce qui constitue un lectorat potentiel de 300 000 lecteurs par mois. Très diversifiée, l’équipe rédactionnelle (éclatée entre Paris et Genève/Machrek et Maghreb : Liban, Syrie, Irak et Egypte/Algérie, Tunisie et Libye) s’efforce de faire remonter informations, analyses et humeurs qu’on ne trouve pas dans la presse parisienne « mainstream », pour parler comme Emmanuel Macron et la nouvelle présidente de l’OIF.

Ce parti pris ne s’explique pas seulement par cet incompressible constat qu’on ne peut se contenter de jugements simples pour comprendre l’Orient compliqué. En relisant La Formation de l’esprit scientifique de Gaston… Continuer la lecture

PRESIDENCE RWANDAISE DE LA FRANCOPHONIE : UN "SCANDAL" FRANÇAIS !

Incroyable mais vrai ! L’Elysée soutient une candidature… rwandaise à la présidence de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). La décision doit être entérinée les 11 et 12 octobre prochains à Erevan (Arménie) lors du XVIIème sommet de l’organisation. Cette posture française est absolument scandaleuse ! Depuis son installation en 1994, la dictature de Paul Kagamé s’efforce de promouvoir la langue anglaise et ne cesse de traîner régulièrement la France et ses dirigeants dans la boue. Comment expliquer la décision de l’Elysée, qui en matière de haine de soi, atteint ainsi un sommet difficilement explicable ? En toute amitié, nous avons demandé au grand journaliste d’investigation Pierre Péan d’assurer l’Editorient de cette semaine.

La rédaction.

 

PRESIDENCE RWANDAISE DE LA FRANCOPHONIE : UN "SCANDAL" FRANÇAIS !

En soutenant la candidature de Louise Mushikiwabo – la ministre des Affaires étrangères rwandaises – à la tête de la Francophonie, Emmanuel Macron élève le French Bashing au sommet de l’Etat. Il demande aux dirigeants francophones de donner plus de poids à une personne dont la célébrité s’est construite sur la haine de la France, qui ne manque jamais une occasion de taper sur les militaires et les politiques français accusés de complicité de génocide. Une dame qui n’a aucun état d’âme pour justifier enlèvements et assassinats d’opposants à l’étranger.

Au journaliste d’Al Jazeera, qui lui posait en juin 2016 une question sur l’étranglement du colonel Patrick Karegeya dans un hôtel sud-africain, elle répondit : « Why should I be unhappy about my enemies and people… Continuer la lecture