Observatoire Géostratégique

numéro 174 / 16 avril 2018

Editorient

LIBAN : QUAND GEBRAN BASSIL SINGE BACHIR GEMAYEL…

En 1984, notre ami Jonathan Randal – grand connaisseur du Liban et reporter au Washington Post – publie un livre capital et essentiel à la compréhension de la guerre civilo-régionale du Liban (1975 – 1990) : La Guerre de mille ans – Jusqu’au dernier Chrétien, jusqu’au dernier marchand, la tragédie du Liban1. Il explique comment la folie des « seigneurs de la guerre » chrétiens-maronites, l’ingérence des services israéliens et la complicité des diplomates américains ont plongé un peuple dans un bain de sang et réduit un Etat à néant. Il retrace l’histoire à peine croyable de la prise de contrôle par les Maronites des banques, du commerce, des armes et de tous les trafics du Proche-Orient.

En 1994, la politologue Régina Sneifer signe un autre ouvrage magistral : Guerres maronites – 1975 – 19902. Elle y retrace les configurations familiales, géographiques et économiques d’affrontements fratricides extrêmement meurtriers entre les Chrétiens maronites, surtout à partir de mai 1978 lorsqu’intervient l’éclatement du Front national Libanais (FNL). La clientèle de la famille Gemayel et le parti des Phalanges (Kataëb) se tournent vers Israël, tandis que les grandes familles du Nord, regroupées autour du président du Liban Sleiman Frangié – les « Arabes chrétiens » – refusent l’« alignement sioniste » au nom de leur appartenance au monde arabe. Cette confrontation conduit à l’assassinat du fils du président – Tony Frangié – afin de faciliter l’accès à la présidence du Liban de Bachir Gemayel3.

En mai 2009, l’auteur de ces lignes publie à son… Continuer la lecture

SYRIE : TRICTRAC TURC A L’AMERICAINE…

Genève, 5 mars 2018.

Ghouta dernière : Il n’aura échappé à personne – cherchant à s’informer un tant soit peu – que les derniers affrontements de la Ghouta orientale donnent lieu à la même désinformation qui prévalut lors de la libération d’Alep fin 2016. Chaque jour, on nous annonce la destruction d’un hôpital comme si cette banlieue nord-est de Damas en abritait une dizaine, voire plus. Qui connaît bien ces quartiers populaires sait qu’ils ne disposent que de deux antennes sanitaires secondaires qui dépendent de l’hôpital Chami, le grand établissement de la partie Est de la capitale syrienne. On nous annonce aussi que ce quartier abrite quelque 400 000 personnes, ce qui est parfaitement exagéré, même si dernièrement la Ghouta a accueilli nombre de jihadistes en déshérence. Toujours est-il que ce chiffre de 400 000 « habitants » tombe du ciel ! On voit aussi ressurgir les fameux « Casques blancs », chevaliers présumés d’une ONG au service de la veuve et de l’orphelin, alors qu’il est établi sans conteste, depuis la bataille d’Alep, que cette officine est une création des services spéciaux britanniques (MI6) au service de Jabhat al-Nosra, c’est-à-dire la Qaïda en Syrie… Enfin, on nous annonce aussi que de nouvelles attaques à l’arme chimique sont en préparation – du côté des forces gouvernementales s’entend et – pour faire bonne mesure – que les armes chimiques syriennes ont été fabriquées avec l’aide de … la Corée du nord ! L’OIAC (Organisation de l’interdiction des armes chimiques) est une agence technique liée aux Nations unies basée à La… Continuer la lecture

DÉFENSE EUROPÉENNE : VIE ET MORT D’UN MYTHE !

« Tout état doit se créer une utopie lorsqu’il a perdu le contact avec le mythe » nous enseigne Ernst Jünger. Le moins que l’on puisse dire est que cette maxime pertinente trouve un point d’application dans la pratique quotidienne des relations internationales. Utopique, elle l’est souvent, mythique, elle l’est également. Les internationalistes, peu au fait des us et coutumes de la diplomatie, ont tendance à minorer cette dimension romanesque, liturgique qui explique bien des choses que la raison ne parvient pas à éclairer. La problématique, le paradigme, pour ne pas dire le serpent de mer de la défense européenne, entre à l’évidence dans cette catégorie d’objets diplomatiques non identifiés (ODNI).

On le croit perdu dans les entrailles de l’Histoire et c’est alors que tel Lazare il renaît de ses cendres au moment où personne ne l’attend. Le « Brexit » ; l’incurie du SEAE ; les prudences de gazelle d’une immense majorité ; les instabilités nées des élections en Allemagne, en Autriche, en Espagne… ; la diminution d’appétit des peuples pour la chose européenne… contribuent à mettre en sommeil ce désir de doter l’Union d’une authentique politique étrangère, de défense et de sécurité commune (les acronymes de ce machin évoluent avec le temps). Il est vrai qu’à Bruxelles existe un bidule qualifié d’Alliance atlantique ou de NATO pour les anglo-saxons qui s’occupe de sujets de défense, un joujou, voire un redresseur de torts universel auquel semble être particulièrement attaché l’oncle Sam qui veille, comme le lait sur le feu, de la sécurité des citoyens… Continuer la lecture

ARMES CHIMIQUES OU JUPITER FRAPPÉ(ER) À PERDRE LA RAISON

« Oyez, oyez, Gentes Dames et Nobles Damoiseaux », le Dieu Jupiter a menacé de ses foudres le vilain Bachar Al-Assad devant un parterre trié sur le volet au sein de la presse présidentielle au Grand Palais en ce 13 février de l’an de grâce 2018. Que déclare notre nouveau Vulcain (dieu romain du feu, des volcans et patron des forgerons) à cette docte assemblée ? Emmanuel Macron fixe une ligne rouge dans le dossier syrien. Si la France « a des preuves avérées que des armes chimiques proscrites sont utilisées contre les civils » en Syrie par le régime, « nous frapperons », a réaffirmé mardi le chef de l’État devant l’Association de la presse présidentielle. « Nous frapperons l’endroit d’où ces envois sont faits, ou là où ils sont organisés. La ligne rouge sera respectée », a martelé, martial, le Jupiter des Temps modernes. « Mais aujourd’hui nous n’avons pas de manière établie par nos services la preuve que des armes chimiques proscrites par les traités ont été utilisées contre les populations civiles », s’est-il empressé de préciser1. Ainsi parlait le chef des Armées à nos folliculaires !

Le boucher de Damas est invité à méditer ce qui peut lui en coûter de violer les textes sacrés de la part de la Grande nation. Car nul n’ignore que « la destinée de la France est d’être l’embêteuse du monde. […] Tant qu’il y aura une France digne de ce nom, les Nations… ne seront pas tranquilles »2. En… Continuer la lecture

FRANCOPHONIE : DERNIERES NOUVELLES DU FRONT !

Avec notre jeune quadragénaire de président de la République, Emmanuel Macron, il faut bien le reconnaître, cela secoue en permanence. Son mot d’ordre semble être, un jour, une idée. L’Élysée fait aujourd’hui de la francophonie une « cause nationale » (qu’en sera-t-il demain ?). Nous apprenons que le gouvernement d’Édouard Philippe a lancé le site Internet « monideepourlefrancais.fr » afin de recueillir les propositions des francophones en vue de la conception d’un « grand plan » pour le français, une sorte de politique par le numérique. C’est donc que la langue de Molière en a bien besoin. Notre président jupitérien le présentera officiellement, solennellement le 20 mars 2018. Les idées déposées sur la plateforme numérique « ne resteront pas lettres mortes » et viendront « nourrir ce grand plan pour le français et le plurilinguisme dans le monde », déclare Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, lors du lancement du site à Paris vendredi 26 janvier 2018.

Cette initiative intervient quelques semaines après la nomination de la franco-marocaine, Leïla Slimani comme sa représentante « personnelle » (celle du président de la République française) pour la Francophonie (6 novembre 2017)1 et où Soria Blatmann (l’épouse à la ville du député PS de la Seine et Marne, Olivier Faure qui devrait se recaser à l’UNESCO grâce à la généreuse intervention d’Audrey Azoulay2, ce qui commence à faire jaser Place Fontenoy3), conseillère technique droits humains, francophonie, rayonnement culturel, société civile à la présidence de la… Continuer la lecture