Observatoire Géostratégique

numéro 200 / 15 octobre 2018

Editorient

LE CONSEIL ANTICONSTITUTIONNEL !

« La plus grande action magique de l’homme est d’établir des lois » (Tommaso Campanella). Pour ce qui est de notre Douce France, on pourrait ajouter aux normes les institutions. Il est bien connu dans notre pays que si l’on n’a pas de pétrole, on a heureusement des usines à gaz. Qui n’a pas entendu au moins une seule fois dans sa vie prononcé le terme magique, voire liturgique de Conseil constitutionnel ? À l’entendre, on est pris d’une envie irrésistible de se prosterner devant le Saint-Chrême de tout bon juriste qui se respecte. Une institution au-dessus de tout soupçon qui inspire naturellement la confiance quant à son indépendance, son objectivité, sa compétence, son expertise. Rares sont ceux – téméraires à tous les sens du terme – qui s’aventurent à formuler la moindre critique contre ce monument de la pensée à la française, ce Panthéon de la puissance du droit français !

Cela ne serait pas convenable, comme on le disait dans des temps révolus dans les bonnes maisons. Mais, à y regarder de plus près, les structures comme notre Cour suprême, ont une façade qui ne ressemble pas à son intérieur. Les ravalements de façade ne s’attaquent pas à la structure et aux fondations même de l’édifice. Comme souvent dans notre pays, il existe un gouffre entre des principes grandiloquents et des pratiques coupables. C’est pourquoi, il importe de s’arrêter quelques instants sur le cas du Conseil constitutionnel. Parfaite institution en théorie, elle apparait plus douteuse en pratique.

UNE INSTITUTION PLUS… Continuer la lecture

LA DEMOCRATISATION, NECESSITE POLITIQUE OU STRATAGEME POUR JUSTIFIER LE DROIT D’INGERENCE ?

Texte de l’intervention de Michel Raimbaud au colloque de l’UFAC (Union des Universitaires Algériens et Franco algériens), dont la 5eme session s’est tenue à Marseille le 7 avril 2018, sous le thème « Méditerranée : enjeux pour la paix dans la diversité ». Ancien Ambassadeur de France au Soudan, en Mauritanie et au Zimbabwe, auteur de « Le Soudan dans tous ses états : L’espace soudanais à l’épreuve du temps » Paris Karthala 2012 et « Tempête sur le Grand Moyen Orient », éditions Ellipses 2015, réédition 2017.

La rédaction

LA DEMOCRATISATION, NECESSITE POLITIQUE OU STRATAGEME POUR JUSTIFIER LE DROIT D’INGERENCE ?

Les sujets proposés à la réflexion et au débat d’aujourd’hui sont évidemment tous d’actualité. Il n’a donc pas été facile de faire un choix. Pourtant l’un des thèmes proposés a attiré mon attention. A la lumière des expériences nombreuses -pour ne pas dire innombrables- où la « démocratisation » est présentée comme l’enjeu principal, on peut effectivement se demander si celle-ci est «une nécessité politique ou plutôt un stratagème (de classe) pour la prise de pouvoir»…

Sûrement un stratagème dans bien des cas, mais pas forcément un stratagème « de classe » au sens marxiste du terme, dans la mesure où il vise très souvent à remplacer le parti ou le candidat « blanc bonnet » par le candidat ou le parti « bonnet blanc », le tenant du titre et son challenger partageant en général les mêmes idées, offrant les mêmes options à des détails près. Les… Continuer la lecture

SAINT BONIFACE EXCOMMUNIE BACHAR !

Depuis le début de la crise syrienne, Saint Boniface cultivait un recueillement tout œcuménique, ne sachant pas comment les choses tourneraient, hésitant donc à choisir purgatoire, paradis ou enfer pour le salut de son IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques). Dernièrement – plus précisément le 21 août dernier -, alors que la messe est pratiquement dite, il remonte en chaire pour nous asséner une vérité toute homélique : « Les Russes, pas plus que les Occidentaux ne peuvent imposer leur solution en Syrie ». On le sait, ce n’est pas vraiment une découverte, mais bon, le plus étrange est à venir !

En effet, depuis l’hiver 2011/2012 – la crise syrienne s’est transformée en « une guerre civilo-globale » foncièrement différente de la précédente guerre civilo-régionale du Liban (1975 – 1990). Elle superpose cinq niveaux de conflictualités complémentaires, interactives et récurrentes : Etats-Unis contre Russie ; Arabie saoudite contre Iran ; Turquie contre Kurdes ; jihadistes globaux (Al-Qaïda) contre jihadistes locaux (organisation « Etat islamique »/Dae’ch) ; Israël contre Iran, Hezbollah libanais et le monde entier.

Saint Boniface : « Vladimir Poutine vient de proposer aux Européens de payer la reconstruction de la Syrie afin de permettre aux réfugiés qui ont fui le pays de pouvoir y revenir. Cette proposition peut apparaître tentante pour les Européens. L’Europe est rentrée dans une profonde crise du fait de l’afflux de réfugiés notamment Syriens. Les pays de l’Est s’opposent à tout accueil sur fond de propagande ouvertement raciste, l’Allemagne subit la montée en puissance de l’extrême droite, et l’Italie, pays fondateur… Continuer la lecture

ENFIN, LA SYRIE AUTREMENT…

On commençait à désespérer d’une édition française, unanimement acquise aux prétendues « révolution arabes » et prompte à mettre le seul « boucher » Bachar al-Assad au pilori… sans ménager le moindre contre-champ incluant les autres acteurs de la tragédie syrienne. Les Jean-Pierre Filiu, Basma Kodmani, Ziad Majed et autres égéries de la « révolution syrienne » exerçaient, depuis mars 2011, une sorte de terrorisme intellectuel sur la « vérité » de la crise syrienne, au point qu’il était devenu difficile, sinon impossible d’émettre quelques avis contrastés et plus ou moins éloignés des certitudes de ces braves gens ou réputés tels…

Un jour – certainement – cette bande de crétins aura à répondre des gamins qu’ils ont contribué à envoyer à une mort certaine, les encourageant à rejoindre les rangs de la « rébellion syrienne » qu’ils osaient comparer aux… Brigades internationales de la Guerre d’Espagne. En matière de guerre civile, les comparaisons se révèlent souvent périlleuses et les anachronismes historiques plutôt meurtriers. Mal nommer les choses est certainement ajouter à la dureté du monde ! Mais cultiver à ce point la dualité bête et méchante du dictateur sanguinaire exclusivement occupé à exterminer consciencieusement son peuple face à des Casques blancs auréolés de l’esprit-saint humanitaire, tout à la sauvegarde de la veuve et de l’orphelin… devait atteindre – dans la presse et l’édition parisiennes – les sommets himalayens d’une bêtise face à laquelle celle de Bouvard et Pécuchet s’imposerait comme de la clairvoyance. Que n’a-t-on lu, vu et entendu pendant plus de sept ans dans les médias parisiens, fermés à… Continuer la lecture

CANADA ET ARABIE BADAWI…

Hommage à Chrystia Freeland, la bien nommée native de Rivière-la-Paix. Elle est ministre des Affaires étrangère du Canada, terre d’asile de ceux qui fuient la barbarie. Son nom sera à jamais associé à celui de Badawi. Badawi, le Gandhi de l’Arabie. En langue arabe, ce patronyme se décline et se conjugue désormais à tous les temps ; c’est un mot nouveau qui exprime à la fois le courage, la justice et la liberté.

Chacun connait l’histoire de ce paisible blogger saoudien emprisonné et fouetté en place publique. Son épouse Ensaf, réfugiée avec ses trois enfants à Montréal, se bat inlassablement pour la libération de Raif et de ses proches inlassablement persécutée : frères, sœurs, cousins, copains… Les pays signataires de la déclaration des droits de l’Homme sont indifférents à l’exception de la Suède, l’Allemagne, la Suisse et le Canada.

Indignée par les nouvelles arrestations de Badawi, l’Honorable dame Freeland a publiquement appelé le Royaume d’Arabie à libérer les emprisonnés de Riyad. Alors, répondant à l’audace de cette « intolérable ingérence », le roi et le petit prince ont donné 24 heures à l’ambassadeur du Canada pour faire ses valises. Puis, pour faire bonne mesure, ils ont gelé toutes les transactions commerciales et financières avec Ottawa, rappelé les quelques 7 000 étudiants boursiers et leurs familles, suspendu les relations aériennes, convoqué tous les pays arabes à se solidariser et déclenché un campagne médiatique en faveur … du Quebec libre ! Et comme dame Freeland refusait d’aller baiser les babouches de l’offensé, le roi a ordonné… Continuer la lecture