Observatoire Géostratégique

numéro 144 / 18 septembre 2017

Editorient

TRUMP POUR LES NULS

L’apparence chaotique de la diplomatie de Donald Trump peut s’expliquer par l’opposition résolue de la quasi-totalité de l’oligarchie états-unienne à son projet diplomatique tel qu’il l’avait exposé dans sa campagne électorale : fin des guerres du Proche-Orient inspirées par le régime change, sans autre but apparent que de défendre les droits de l’homme ou d’établir la démocratie dans le monde arabe, priorité à la lutte contre le terrorisme islamique, recherche d’un accommodement avec la Russie de Poutine.

L’isolement intérieur de Trump

Ces ambitions se heurtent à l’hystérie antirusse d’une partie du pays, spécialement des cercles washingtoniens. Elles se heurtent aussi au rejet systématique de la personnalité du nouveau président par la plupart des grandes forces qui comptent dans le pays  : la quasi-totalité des médias, notamment ceux de la côte Est, New York Times, Washington Post, CBS ( seule exception notable: Fox News), de la plupart des services de renseignement (une vingtaine au total), du Département d’Etat , d’une partie de l’armée et de la justice, des membres du Congrès, même républicains, d’un large segment de l’oligarchie économique (spécialement le monde de la communication : Hollywood, Gafsa). Face à une si formidable opposition, Trump est obligé de donner des gages en enfourchant les bottes de son prédécesseur, ainsi qu’il l’a fait en bombardant le 7 avril dernier l’aéroport syrien d’Al-Chaayrate après la supposée attaque chimique de de Khan Cheikhoun. Des gages qui contredisent ses promesses électorales. De même, il caresse le Pentagone et l’appareil militaro-industriel par la perspective d’une augmentation… Continuer la lecture

FRANCE-CULTURE : RADIO-KAGAME !

Déjà que les matins d’été de France-Culture se sont avérés particulièrement catastrophiques – animés par un p’tit gars inculte commettant des fautes de français à chaque phrase – (questions du genre : ça vous est venu comment…), l’édition du 3 août a passé toute les bornes de l’incompétence, de la complaisance, de la désinformation, sinon de la propagande. En perpétuelle augmentation, les redevances de l’audio-visuel public ne sont pas illégitimes, mais à l’écoute de la station, soi-disant « mieux-disante culturelle », on se demande…

Toujours est-il que pour fêter la prochaine élection à vie de Paul Kagamé à la tête du Rwanda, la radio de Service Public avait invité une ancienne de Radio France Internationale (RFI), Madeleine Mukamabano, célèbre égérie du dictateur rwandais, porte-voix de l’ONG Survie et de tout un réseau – « Liaison Rwanda » -, dans lequel sévissent Jean-Pierre Chrétien, Jean-François Dupaquier et toutes sortes d’autres fêlés. Attention, comme pour la Palestine et la Syrie, on est – ici – dans le religieux, les miracles, l’apologie et l’interprétation sacrée !

Après avoir loué des élections ultra-propres « au point que l’Union européenne n’envoie même pas d’observateur » et une « réussite économique mondiale exemplaire », l’animateur se réjouit de voir Kagamé prendre prochainement les rênes de l’Union africaine avant de demander à Madeleine : « mais pourquoi un tel charisme ? » Elle : « le génocide a inauguré une nouvelle façon de faire de la politique… » Au sujet de ce paradis sur terre – même si l’animateur cite FIDH et Amnesty pour se dédouaner – pas une question… Continuer la lecture

SYRIE : MICHEL DUCLOS, BOUVARD ET PECUCHET

SYRIE : MICHEL DUCLOS, BOUVARD ET PECUCHET

Le 26 juillet dernier, un ancien ambassadeur de France en Syrie (2006-2009) nous a livré une drôle de dissertation1, dont il est bien difficile de saisir la finalité, sinon le sens : critiquer le nouveau président de la République – mais on se sait jamais – tout en le flattant ? Appuyer d’éventuelles offres de services ? Réaffirmer son appartenance au camp néo-conservateur contre celui des gaullo-mitterrandiens ? Cultiver un ego estival en déshérence ? En fait, Michel Duclos craint que la création d’un « groupe de contact » composé des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, des puissances régionales et des parties liées au conflit ne soit pas suffisant pour régler la guerre civilo-globale de Syrie !

Avant d’enfoncer cette porte ouverte, faudrait-il encore apprécier l’état d’avancée des processus d’Astana et de Genève dont la France s’est exclue elle-même ! Faudrait-il aussi rappeler les avancées réalisées depuis la libération d’Alep en décembre 2016, avec l’instauration d’un cessez-le-feu, de zones de « désescalade » et d’un accord russo-américain pour l’Est de la Syrie. Faudrait-il enfin évaluer plus sérieusement l’implication centrale de la Turquie dans ces différentes évolutions, ainsi que celle de l’Iran depuis la signature – en juillet 2015 – d’un accord sur son programme nucléaire !

Fidèles à ses convictions néo-conservatrice, Michel Duclos désigne l’ennemi ! Citation : « faut-il laisser la clé des zones libérées – Raqqa, voire aussi la moyenne vallée de l’Euphrate – au régime Assad et accepter une extension de l’implantation iranienne au Proche Orient ? Ou faut-il… Continuer la lecture

NOS RESPECTS MON GENERAL !

On ne peut pas dire tout et son contraire et faire l’inverse de ce qu’on dit… Baisser les impôts et commencer par augmenter la CSG, casser le code du travail et prétendre l’améliorer, annoncer une augmentation du budget de la Défense – pour atteindre 2% du PIB en 2025 – et la veille du 14 juillet décréter une coupe sèche de 850 millions d’euros et un gel de 2,7 milliards, soit près de 10% du budget global de nos armées.

Les coupes annoncées touchent, en premier lieu, le régalien : 47% des annulations, soit 1,4 milliard d’euros entre la Défense, l’Intérieur et le ministère des Affaires étrangères. Défense, lutte anti-terroriste et relance diplomatique sont pourtant les thèmes avancés par le nouveau président de la République comme des priorités nationales. Or ce sont leurs crédits que l’on casse en premier dans la précipitation d’un effet d’annonce ! Il y a clairement une incohérence de fond entre la réalité et celle que le Président de la République distille sur son Smartphone…

Pour financer les 850 millions de coupes, la Direction générale de l’armement (DGA) va classiquement se tourner vers les industriels pour renégocier des prix à la baisse et des livraisons de matériels différées. Mauvaise nouvelle pour les industriels qui emploient directement 165 000 personnes sur le territoire national. Vont souffrir évidemment les emplois et la sous-traitance… La liste des programmes concernés devrait être connue d’ici la fin de l’été, mais on sait déjà ceux qui trinqueront les premiers : annulation de 360 blindés pour l’armée… Continuer la lecture

C’EST À HAMBOURG : G20 OU G VAIN ?

« Ma messe, la voici ! C’est la bible et je n’en veux pas d’autres » (Calvin). La vie internationale possède une dimension liturgique indéniable. À cet égard, la rencontre multilatérale de haut niveau est à la diplomatie ce que la grand-messe est à la religion catholique. Le sommet du G20 (Hambourg, 7-8 juillet 2017) n’échappe pas à la règle. Anti-G20 violent organisé aux abords du lieu de la réunion feutrée des chefs d’État et de gouvernement de ce qui compte dans la planète à l’invitation de la chancelière allemande, Angela Merkel, tel est le lot commun de tous ces barnum de la mondialisation et de la communication. Plus que l’exégèse des longs communiqués finaux insipides, les médias préfèrent scruter les apartés, les poignées de main, les petits mots parfois les gros mots, les sourires narquois, les accolades appuyées, les héros de la photo de famille…

Il est vrai, qu’à défaut de faire le « job », Donald Trump fait le spectacle à lui tout seul tant il mène une « politique étrangère baroque »1 et n’a cure des usages diplomatiques. Ce forum de discussion des principales économies du globe (80% du produit intérieur de la planète) sur les grands enjeux économiques mondiaux n’aura pas atteint ses objectifs. Cette conférence multilatérale est éclipsée par une rencontre bilatérale américano-russe. Elle se conclut par de maigres résultats multilatéraux alors qu’ils constituent en principe sa principale raison d’être. En définitive, ce sommet de Hambourg donne la fâcheuse impression d’une conférence en quête… Continuer la lecture