Observatoire Géostratégique

numéro 218 / 18 février 2019

Editorient

ROBESPIERRE AU ROND-POINT…

Nous avons le privilège de faire partie d’une génération dont les enseignements d’Albert Soboul, d’Albert Mathiez ou de Maurice Agulhon armèrent le désir de connaissance et une certaine passion de la France. Non sans une certaine pertinence, la lecture marxiste de la Révolution française – les livres de l’historien soviétique Boris Porchnev sur les jacqueries antifiscales de l’Ancien régime demeurent sans doute ce qu’on a écrit de mieux sur le sujet – voyait dans les Jacobins une espèce d’ anticipation des Bolcheviks d’Octobre 1917. Député d’Arras au nom du Tiers Etat, Maximilien Robespierre était le grand homme, qui en abattant la monarchie avait changé la France.

Puis, patatras… fin des années 1970, en pleine mode de la mal nommée « nouvelle philosophie », l’historien François Furet et sa disciple Mona Ozouf venaient casser ce qui s’était imposé comme l’un des grands moments de l’histoire nationale. En réduisant l’épisode de la Convention montagnarde à une terreur sanguinaire volontairement provoquée, cette lecture révisionniste imposait, à son tour, l’autre mythe : celui d’une « révolution thermidorienne », faisant des Sieyès, Cambacérès et des dantoniens Tallien ou Fréron de quasi-précurseurs de… François Bayrou !

Heureusement depuis, plusieurs livres importants dont celui de l’éditeur Eric Hazan – Une histoire de la Révolution française1 – ont remis l’église et la mairie au milieu du village. Dans ce mouvement salutaire de recentrage scientifique, peut-on dire, s’impose aussi le dernier ouvrage de Marcel Gauchet consacré à Robespierre2. On pensait n’avoir plus rien à apprendre sur l’archange de la Révolution. Erreur,… Continuer la lecture

2018/2019 : GRANDEUR ET DÉCADENCE
DE LA DIPLOMATIE MACRONIENNE !

Le châtiment de l’hybris1 est la némésis, le châtiment des dieux qui fait se rétracter l’individu à l’intérieur des limites qu’il a franchies. Le Dieu de la verticalité du pouvoir n’en aurait-il pas trop fait dans le registre de la démesure depuis sa victoire de mai 2017 ? Emmanuel Macron n’avait-il pas trop tendance à se croire sorti de la cuisse de Jupiter tant dans l’Hexagone que sur la scène internationale ? Si ces facéties, déjà fort nombreuses, font le jeu des humoristes et autres amuseurs publics français (Nicolas Canteloup, Laurent Gerra…), elles font plutôt grincer des dents dans les chancelleries occidentales (allemande, américaine, belge, hongroise, italienne, et autres (iranienne, russe, turque…).

Après l’acte II de affaire Benalla, la crise des « gilets jaunes »2 a eu un effet révélateur, dévastateur radical pour l’image du président de la République à l’étranger. Le roi est nu sur l’échiquier international ! Échec et mat. C’est qu’il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne. Manu et Bijou avaient eu trop tendance à l’oublier. Après un premier succès de l’année 2018 marqué par une inflation d’envolées diplomatico-lyriques, les temps ont bien changé. Emmanuel Macron est pris au piège qu’il a lui-même armé, celui des ambitions planétaires paralysées.

LE SEMESTRE DES ENVOLÉES DIPLOMATICO-LYRIQUES

Le champion toute catégorie de la parole diplomatique généreuse commence son tour du monde en fanfare et caracole en tête de peloton, devançant tous ses principaux concurrents, sidérés par le grimpeur hors-pair qui avale les cols de première catégorie… Continuer la lecture

RUSSIA TODAY : QUAND LE CANARD SE DECHAÎNE AVEC LES CHIENS DE GARDE !

Voilà déjà plusieurs mois que le journal satirique du mercredi nous a quittés pour suivre une ligne éditoriale bobo-poujadiste macro-compatible. Pour preuve, les derniers éditoriaux consacrés au gilets jaunes qui ont dû faire la joie de Benjamin Grivaux, la tête à claques qui porte la parole du gouvernement. Cet été, le gallinacé nous a infligé, trois mois durant, le même papier consacré au non-respect des procédures de permis de construire commis il y a quinze ans par le mari de Françoise Nyssen, ex-ministre de la culture. Comme s’il n’y avait pas mieux à faire, par exemple du côté des inspecteurs des finances qui continuent leurs allers-retours entre public et privé, démantelant allègrement la filière industrielle française en s’en mettant plein les poches… Non, il fallait absolument dézinguer Madame Nyssen, qui avait l’outrecuidance de préparer une loi sur l’audiovisuel public dont l’une des conséquences aurait été le démantèlement de centaines d’emplois fictifs aux mains des syndicats SNJ-CGT du même audiovisuel public… premiers informateurs du Canard.

Défense d’intérêts corporatistes et ouvertures d’investigations à géométrie variable : le Canard nous avait habitués à plus d’indépendance, mais sa « liberté de la presse » commence sérieusement à s’user parce qu’elle sert de moins en moins… C’est ainsi que le salutaire devoir d’irrespect rejoint les pratiques douteuses des campagnes de communication, des trafics d’influences et, paradoxalement, les habitudes propagandistes de la grande presse.

Autres exemples : les livres consciencieusement chroniqués des seuls copains, selon le système du renvoi d’ascenseur, ou les carabistouilles du Quai d’Orsay effleurées de… Continuer la lecture

QUAND LE QUAI D’ORSAY PERD LE CAP ET LA BOUSSOLE…

« Il n’y a rien de stable ni rien de permanent en ce monde, tout passe » (proverbe latin). Rien ne change en ce bas monde en cette fin de deuxième décennie du XXIe siècle. À l’heure où le monde ne sait pas/plus où il va, il est essentiel – et cela dans l’absolu – que les responsables français de l’action internationale aient une stratégie, une tactique, une volonté et des moyens (humains et financiers) pour les guider dans le brouillard1. Cela s’appelle une authentique politique étrangère. Dans une logique cartésienne, cette dernière est définie par le président de la République. Sa mise en œuvre relève de la diplomatie prise en charge par le Quai d’Orsay (ministre, cabinet, administration centrale et réseau diplomatique, consulaire, culturel, économique…).

Cette ardente obligation est la condition de la crédibilité de la parole de la France sur la scène internationale. Et cela à une époque où l’image du chef de l’État et, par voie de conséquence, de la France à l’étranger, est passablement écornée. En effet, le plus jeune président de la Ve République ne fait plus rêver et la France attire les sarcasmes (Cf. les articles de la presse étrangère). Aux États-Unis, en Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni, plus largement au sein de l’Union européenne2, on estime, après l’acte V de l’action des « gilets jaunes », qu’Emmanuel Macron est à terre et que la France est un pays irréformable. La côte de popularité du chef de l’État est… Continuer la lecture

APRES LA TUERIE DE STRASBOURG, REMONTER AUX CAUSES !

Bernières-sur-Mer, 16 décembre.

La France est décidément un pays bien curieux ! Un jour on veut tuer du flic, un autre on applaudit et on embrasse les forces de l’ordre ! Faudrait savoir… et tendre vers des postures moins schizophréniques, plus cohérentes, sinon plus responsables. La défense du contrat républicain nécessite bien l’observation de quelques règles rousseauistes mais atteint toutefois ses limites lorsque les défenseurs eux-mêmes n’entendent plus rien… Vient alors le temps des jacqueries, inorganisées le plus souvent, incontrôlées, radicales avec son inévitable lot de violences exaspérées. C’est alors que les braves gens prennent peur !

Métaphysiquement, comme le professe le camarade Emmanuel Kant, tout être normalement constitué est spontanément en faveur de la paix perpétuelle donc contre la violence civile et politique, pour la justice sociale donc contre l’exploitation de l’homme par l’homme, pour le progrès donc contre les régressions obscurantistes. Mais, sur le plancher des vaches historiques, les événements se soumettent rarement à cet idéal abstrait qui persévère dans le ciel des idées… et, plus d’une fois qu’à son tour, la violence sociale pousse chômeurs, agriculteurs, retraités, intérimaires et autres déclassés des classes pauvres, moyennes et moyennement pauvres, à la marginalisation, la souffrance et parfois même au suicide.

Face à cette rhétorique dualiste qui oppose la violence du mal au souverain bien tellement plus acceptable, on peut comprendre l’agacement de Jean-Luc Mélenchon face au harcèlement journalistique l’appelant à « condamner la violence ! ». Quelle violence ? Celle qui quotidiennement mine et marginalise les plus petits, les plus faibles, ou celle qui… Continuer la lecture