Observatoire Géostratégique

numéro 291 / 13 juillet 2020

Editorient

DU RETOUR EN GRÂCE DU CONCEPT DE SOUVERAINETÉ !

« Les petites causes produisent les grands effets » (proverbe français). On ne le redira jamais assez combien un virus microscopique venu de l’Empire du Milieu aura eu de conséquences inattendues, inespérées, de bouleversements impensables dans la grammaire des relations internationales, sur la vie et le fonctionnement de nos démocraties qui se croyaient invincibles1. Sans parler des (r)évolutions dans la linguistique au sens de l’étude du langage dont il est à l’origine à son corps défendant. Tel est le cas, de nos jours, du concept de souveraineté qui respire la Majesté au sens royal du terme alors que nous vivons dans une République monarchique à bien des égards. Hier, voué aux gémonies par la pensée unique, le clergé médiatique pour déviationnisme. Aujourd’hui porté aux nues par des élites déboussolées qui vont chercher dans le monde d’hier les solutions aux maux du monde d’aujourd’hui et de demain. Comment en sommes-nous parvenus à cette situation parfaitement anachronique, ubuesque pour un esprit cartésien ? Il est indispensable, voire incontournable de faire un saut dans le passé.

DES AVATARS D’UN MOT DEVENU GROSSIER AU FIL DU TEMPS

Un retour en arrière est indispensable pour mieux comprendre l’évolution dans l’approche du concept de souveraineté – bien connu des étudiants en droit et en sciences politiques – au cours des derniers siècles. Alors que cet objet juridique bien identifié faisait durant des décennies l’objet d’une vénération comme celle d’un mythe, aujourd’hui, il est l’objet d’un reniement.

La vénération d’un mythe

En France, l’œuvre pionnière la plus… Continuer la lecture

DÉGLOBALISATION, ANTICIPATION, COOPÉRATION TRANSATLANTIQUE

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » (Antonio Gramsci).

LE MONDE DANS TOUS SES ÉTATS1

« L’analyse géopolitique est aussi un moyen de conjurer des guerres ou de trouver une solution à certains conflits » (Yves Lacoste). Nous en aurions un immense besoin au moment où le monde est dans tous ses états – au sens propre et figuré du terme – en raison de la pandémie de la Covid-19 et de ses multiples conséquences. Jamais, le monde n’a été aussi complexe qu’imprévisible qu’en ces temps de confinement suivi d’un déconfinement. Un monde en transition vers un futur incertain. « L’histoire s’accélère avec le coronavirus » (Yuval Noah Harari). En effet, sur le plan géopolitique, l’épidémie de coronavirus constitue un triple accélérateur de l’histoire. Elle confirme la montée en puissance de l’Asie, l’affaiblissement de l’Amérique, et le renforcement de l’Allemagne en Europe. Des grandes tendances qui préfigurent ce que sera le monde en 2030. (Dominique Moïsi, Institut Montaigne). Mais, d’ici cette échéance qui peut nous paraître très lointaine, quelques questions aussi importantes que complexes se posent désormais à tous les analystes en relations internationales avec force acuité. Nous en retiendrons uniquement deux au regard de l’immensité de la problématique retenue. Quelle place réelle la Chine va-t-elle occuper dans le concert des nations durant la décennie à venir ? Que va devenir la relation transatlantique dans cette période d’immense confusion ? En dernière analyse, est-il possible/envisageable de résoudre une équation… Continuer la lecture

JEAN-CHRISTOPHE CAMBADELIS FAIT LA « COMM » D’UNE BANQUE LIBANAISE…

Mais quelle mouche a piqué l’ancien patron du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis (2014 – 2017) ? Le 18 mai dernier, il a fait publier sur le site de la très sérieuse Revue politique et parlementaire une tribune des plus étranges qui s’intitule : « Le coup d’Etat bancaire du Hezbollah au Liban ». Cette information capitale nous avait échappé ! Pourtant, depuis plusieurs mois, la rédaction de prochetmoyen-orient.ch suit de très près la crise économique et sociale qui sévit au Pays du Cèdre, ainsi que ses conséquences politiques en passe de raviver certains des clivages de la guerre civile (1975 – 1990).

Après avoir consulté nombre d’acteurs libanais – dont l’ancien ministre Georges Corm – et bien d’autres experts internationaux de premier plan, nous étions parvenus à une conclusion provisoire, partagée par les experts les plus sérieux : les Etats-Unis accentuent leurs pressions financières pour faire chuter l’actuel gouvernement d’Hassane Diab qui comprend des ministres du Hezbollah. Pour ce faire, Washington dispose d’un allié de choix : l’ultra-libéral Riad Salamé, le gouverneur de la Banque du Liban (depuis le 1er août 1993) et père de la « dollarisation » de l’économie libanaise. Ce dernier – qui gérait la fortune de l’ancien Premier ministre Rafiq Hariri à Merill Lynch – laisse délibérément s’effondrer la livre libanaise. Ces dernières années, un dollar correspondait à mille cinq cents livres libanaises. Aujourd’hui, le dollar s’échange à quelque… 4000 livres ! Bien que rappelé à l’ordre – et à plusieurs reprises – par le chef du gouvernement libanais, Riad Salamé continue néanmoins à exécuter… Continuer la lecture

ET SI DONALD TRUMP REMPILAIT EN 2021 ? DE L’IMPORTANCE DE LA PRÉVISION SÉRIEUSE !

« La prévision est difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir » (Pierre Dac). Notre élite auto-proclamée est bien placée pour le savoir tant la liste de ses erreurs d’anticipation sur les questions internationales (ne parlons-pas des questions intérieures), au cours de la dernière décennie, est impressionnante1. Si la prévision n’est pas et ne sera jamais une science exacte – méfions-nous des mirages de l’intelligence artificielle ! -, elle peut être utile à condition d’être appréhendée raisonnablement. Que voulons-nous dire ? L’expérience passée enseigne les leçons suivantes : importance d’une démarche frappée au sceau de l’humilité ; bannissant l’arrogance à la française ; conjuguant passé, présent et avenir ainsi que temps long et vaste espace de référence ; n’excluant aucune hypothèse de travail, y compris et surtout les plus improbables (« penser l’impensable ») ; réfutant les chemins de l’a priori et de l’idée préconçue… À ce prix, la prévision peut s’avérer utile dans la mesure où l’on se prépare toujours mieux à une hypothèse que l’on a envisagée qu’à celle que l’on a ignorée (Cf. la crise du Covid-19 que de nombreux experts des pandémies jugées probables après celle du Sras, de la grippe aviaire, du H1N1, d’Ebola…)2. Essayons de nous livrer à un rapide survol de la prévision pour les présidentielles américaines couvrant la période allant de la dernière campagne électorale à l’actuelle, chahutée par la crise du Covid-19.

HILLARY CLINTON DONNÉE À LA MAISON BLANCHE

Souvenons, qu’après le vote sur le « Brexit », hypothèse écartée a priori parce qu’elle contredisait la doxa… Continuer la lecture

LETTRE A MES AMIS(IES) PRO-CHINOIS…

Le terme de « pro-chinois » n’est pas forcément très adapté aux discussions récurrentes que nous avons depuis plusieurs mois – bien avant le déclenchement de la pandémie du Covid-19 – avec plusieurs de nos plus proches amis(ies), lecteurs et lectrices réguliers(ières) de votre hebdomadaire prochetmoyen-orient.ch.

Grosso modo, la moindre critique à l’encontre du modèle de développement économique de la Chine, de son système politique et de ses prétentions hégémoniques sur les plans militaire et culturel, serait infondée ou plutôt malvenue parce qu’elle pourrait être aussitôt interprétée comme un satisfecit au profit de l’hégémonie américaine. Et nos amicaux contradicteurs enfoncent le clou, invoquant un principe de nécessité absolue selon lequel, « il faut bien une alternative aux folies américaines », la Chine incarnant aujourd’hui, justement la seule alternative qui vaille…

Cette dualité a une couleur de déjà vu, nous ramenant aux plus beaux jours de la Guerre froide où il fallait absolument choisir son camp : celui du monde dit « libre » – le camp de l’Ouest tutellisé par les Etats-Unis d’Amérique ou celui du Bloc communiste sous la domination de l’URSS. De la fin de la Seconde guerre mondiale à la Chute du mur de Berlin, cette alternative a fait sens – légitimement sens – mais à d’importantes nuances près, notamment dans le contexte de la décolonisation et des soutiens nécessaires à apporter aux mouvements de libération en Asie, en Afrique, ainsi qu’aux Proche et Moyen-Orient.

Cela dit, et les compagnons de route des partis communistes s’en souviennent, la question, elle-aussi récurrente, se… Continuer la lecture