Observatoire Géostratégique

numéro 144 / 18 septembre 2017

Editorient

Editorient du 9 février 2015

LECONS DE CHEBAA !

L’attaque israélienne de Quneitra sur le plateau du Golan, puis – dix jours après -, la riposte du Hezbollah dans la région libanaise occupée des fermes de Chebaa, est un événement stratégique capital. Cette riposte s’est déroulée dans une zone ultra-militarisée et, en principe bien défendue… La question pour le cabinet militaire israélien est la suivante : comment six combattants du Hezbollah (le nombre six est symbolique puisque le parti chi’ite a perdu six cadres lors de l’attaque de Quneitra) ont-ils pu pénétrer dans cette zone portant à l’épaule un missile russe Kornett des plus sophistiqués ?

Le commando et son dispositif d’appui arrière sont restés près de trois jours en position de surveillance, guettant le moment opportun pour attaquer, chacun des combattants restant espacés de 900 mètres les uns des autres, à l’insu des radars sophistiqués, des satellites et des drones surveillant ce périmètres en permanence. Le convoi ciblé par le Hezbollah, composé d’unités d’élite, était formé de neuf véhicules non blindés, mais recouvert d’un imposant système de camouflage (filets, branchages, etc.). Certaines sources du Hezbollah laissent entendre que l’opération a été filmée et qu’elle sera diffusée prochainement afin de montrer la panique et la débandade survenues dans la colonne israélienne. Le nombre de victimes reconnues par Tel-Aviv (deux) serait également plus lourd (six morts et autant de blessés graves).

Non seulement, les Israéliens n’ont pas riposté, comme le craignait une grande partie des décideurs politiques libanais, mais ils devront désormais réfléchir sérieusement avant… Continuer la lecture

Editorient du 2 février 2015

UN PRESIDENT LIBANAIS CONTRE L’ « ETAT ISLAMIQUE »…

Dans le contexte régional des plus volatiles que l’on connaît, voyant le conflit irako-syrien déstabiliser quotidiennement les autres pays de la région, le Liban est toujours sans président de la République, depuis 300 jours environ. Chargé d’élire ce président chrétien, le parlement libanais reste verrouillé par l’opposition des deux coalitions « 14 mars » contre « 8 mars ». Régulièrement réapparaît une short-list avec quatre noms : Samir Geaga (le serial killer de la guerre civile 1975-1989), le général Michel Aoun (allié au Hezbollah), Amine Gemayel (qui fût déjà un président très médiocre de 1982 à 1988) et le jeune Sleiman Frangieh (le chef des Marada, les Chrétiens du nord, allié du général Aoun), jouissant d’une réelle expérience ministérielle et d’une vraie reconnaissance interconfessionnelle. Restent les candidatures par défaut : celle du patron de la banque nationale et du chef de l’armée. Deux sémantiques recouvrent ce vrai clivage politique : celle d’un président dit « consensuel », c’est-à-dire « faible » et issu obligatoirement des rangs du 14 mars contre celle d’un « président fort », à même de pouvoir parler aux Syriens, au Hezbollah et aux Saoudiens.

Depuis plusieurs mois, la diplomatie française (historiquement responsable et comptable de l’état actuel des pratiques constitutionnelles libanaises) a opté pour la solution du « président consensuel ». A cet égard, il fallait voir l’ambassadeur de France à Beyrouth faire chorus avec les ténors du 14 mars au dernier Salon du livre,… Continuer la lecture

Editorient du 26 janvier 2015

LE ROI EST MORT, VIVE LE ROI !

La mort du roi Abdallah d’Arabie saoudite, fidèle allié d’Israël et des États-Unis, a suscité la réaction peinée de nombreux dirigeants internationaux. Le président israélien Reuven Rivlin s’est dit « attristé » et a salué l’action du défunt souverain saoudien, le qualifiant de « dirigeant exemplaire par son jugement solide, réfléchi et responsable. Gardien des lieux saints de l’islam, le roi Abdallah a agi en force de modération, respectueuse de ce que Jérusalem a de sensible et de saint, et a cherché à promouvoir une vision de prospérité pour la région. Ses politiques sages ont été un grand apport pour notre région et pour la stabilité du Moyen-Orient. »

En déplacement à Davos, l’ancien président israélien Shimon Peres a qualifié le roi Abdallah de « leader expérimenté » et de « roi sage » et sa disparition de « vraie perte pour la paix au Proche-Orient ». Tel-Aviv a toujours pu compter sur Riyad comme allié dans la lutte contre l’Iran, de même que Washington s’est appuyé de nombreuses fois sur le régime saoudien, notamment pour envahir l’Irak en 2003… Le nouveau roi Salmane Ben Abdel Aziz (78 ans et qui souffrirait de la maladie d’Alzheimer) a nommé par décret le prince Mohammed ben Nayef futur prince héritier et l’un de ses fils – Mohammed ben Salmane – ministre de la défense. Et le nouveau roi a aussitôt déclaré qu’il poursuivrait la « même » politique que son prédécesseur : «… Continuer la lecture

Editiorient du 19 janvier 2015

UN MAL FRANÇAIS

Les attentats commis en France les 7, 8 et 9 janvier derniers auront, malgré leurs dimensions meurtrières et traumatiques, permis de suspendre – pour combien de temps ? -, un déni du réel très franco-français. Celui-ci a notamment recouvert d’une chape de plomb nombre de banlieues auxquelles ni la police, ni les pompiers, ni les médecins ou tout autre fonctionnaire ne peuvent plus avoir accès physiquement.

Ces zones de non-droit sont désormais sous le contrôle de bandes et de petits caïds locaux liés à un banditisme, au sein duquel les vieilles nuances de petite, moyenne et grande délinquance n’ont plus vraiment cours. L’année dernière, pas une semaine ne s’est écoulée sans qu’on n’enregistre des règlements de comptes meurtriers à coup d’armes de guerre à Marseille, en Corse, à Paris, etc. Avant d’avoir séjourné au Yémen, en Tunisie, puis en Libye, les frères Kouachi sont, d’abord et avant tout, de purs produits de la banlieue française. Au lendemain des émeutes de 2005 se sont tenus des Etats généraux de la banlieue et nombre de colloques et réunions en tous genres. Après le temps des experts et de leur parole exorcisante , il ne s’est plus passé grand-chose sur le terrain. La France est le pays du discours où l’on croit que « dire » c’est « faire » et surtout où les élites parisiennes méprise trop souvent l’expérience et le retour du terrain…

Ensuite, s’est rouvert l’inévitable débat sur les faillites d’une éducation nationale qui n’est plus,… Continuer la lecture

Editorient du 12 Janvier 2015

LES PATRIES EN DANGER !

Que dire et surtout que faire, suite à l’attaque meurtrière de la rédaction de l’hebdomadaire Charlie Hebdo ? L’unanimité, tant nationale qu’internationale, dans la réprobation et la condamnation n’est pas vraiment une surprise et c’est bien-sûr une bonne chose. En effet, qui pourrait se réjouir aujourd’hui qu’on exécute ainsi journalistes, dessinateurs et policiers sans être partie prenante de la menace terroriste elle-même ? Mais il y a manière et manière d’exprimer que la « Patrie est en danger ! » et, en la matière, n’est pas Danton qui veut…

Le 7 janvier dernier au soir sur le plateau du 20 heures de France 2, il était piquant de voir le patron d’un hebdomadaire connu s’agitant comme un cabri : « rassemblez-vous ! Combattez ! Résistez ! », alors que sa censure notoire s’exerce régulièrement à l’encontre d’informations construites et vérifiées sur le financement du terrorisme salafo-jihadiste par les pays du Golfe… Politiquement correct oblige ! Le poids des annonceurs et les copinages politiques ne font pas toujours bon ménage avec la sacro-sainte liberté de la presse, de la pensée, le pluralisme et la démocratie.

En titrant : « Le 11 septembre de la pensée libre en France », le quotidien libanais L’Orient-le-Jour fait lui aussi preuve d’une certaine naïveté, sinon d’un vrai contresens. L’horrible attentat commis contre la rédaction de Charlie Hebdo ne signifie pas d’emblée que cet hebdomadaire fut l’un des sanctuaires de la pensée française, ni que celle-ci soit libre, vraiment libre,… Continuer la lecture