Observatoire Géostratégique

numéro 226 / 17 avril 2019

Editorient

PINOCCHIO A LA PEINE CHEZ PHARAON…

« Alors qu’il avait commencé avec des soulèvements populaires en Égypte et en Tunisie, le printemps arabe a fait tache d’huile d’olive » (Marc Escayrol). Premier déplacement à l’étranger du président de la République depuis le début de l’année 2019 et depuis le début de la crise des « gilets jaunes » à la fin de l’année 2018, la visite en Égypte (27-29 janvier 2019) d’Emmanuel Macron (accompagné de son épouse courroucée de ne plus pouvoir se détendre au Touquet) était attendue avec un intérêt certain par les observateurs. Que reste-t-il des espoirs placés dans les scènes de liesse de la place Tahrir, dans l’élection du président Mohamed Morsi (2012-2013) ? Aujourd’hui, la vie est revenue « à la normale » ou presque (?) sous le règne du Marechal Abdel Fattah al-Sissi qui dirige le pays d’une main de fer ? Les droits de l’homme y sont passablement malmenés à tel point que le port d’un gilet jaune vous conduit automatiquement à la case prison1.

Mais, l’Égypte ne dédaigne pas commercer avec la France éternelle, l’aider, à l’occasion, à rétablir une balance commerciale structurellement déficitaire. Le chef de l’État l’a bien compris, lui l’ancien de Bercy qui a une calculette en guise de cerveau. Entre diplomatie économique et diplomatie des valeurs, il y a bien longtemps que le cœur de l’ex-Golden Boy de la Banque Rothschild ne balance plus. « France is back » sur les bords du Nil pour engranger de mirifiques et juteux contrats dans… Continuer la lecture

L’ORIENTALISME DE L’ONCLE DENIS BAUCHARD…

Dans son livre paru à la fin des années 1970 – L’Orientalisme – L’Orient créé par l’Occident – le grand écrivain palestinien Edward Saïd explique comment, à partir de la peinture et de la littérature du XIXème siècle, les pays occidentaux ont produit récits, images et fantasmes conformes aux besoins de la colonisation et de l’impérialisme. Dans le corpus de cette idéologie qu’il appelle L’Orientalisme, Edward Saïd identifie trois champs principaux qui se recoupent : les domaines de la recherche universitaire, de la diplomatie et des médias. Conforme au fameux Choc des civilisations – titre du livre de Samuel Huntington (1996) -, l’Orientalisme fonde une conception « essentialiste » selon laquelle l’Orient et l’Occident seraient ontologiquement et épistémologiquement deux mondes différents radicalement disjoints, parce que de « natures » antagonistes et par conséquent irréconciliables.

Très en vogue dans les années 1980, l’idéologie orientaliste a connu une nouvelle jeunesse durant la décennie suivante comme référence à l’école américaine néo-conservatrice qui devait atteindre son apogée avec l’invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003. A partir de cette date-rupture, l’école néo-conservatrice et ses fondements orientalistes se sont délocalisés. Dans les décombres du chiraquisme finissant, un surgeon « néo-cons » français a fini par envahir le Quai d’Orsay. De mains de maîtres, ce hold-up a été orchestré par un triumvirat connu : Gérard Errera (ancien secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, passé du jour au lendemain au conseil de Blackstone, un fond d’investissements américain) ; Gérard Araud (ambassadeur inamovible aux Etats-Unis qui tweete plus vite que son ombre) et… Continuer la lecture

LAFARGE EN SYRIE : LE CACHE-SEXE DU QUAI D’ORSAY !

« Les feuilletons doivent être lus par petits bouts, aux cabinets » (Jules Renard). Et, c’est bien le cas de celui qui intéresse www.prochetmoyen-orient.ch depuis plusieurs semaines, depuis plusieurs mois1. Et, le moins que l’on puisse dire est qu’il commence à être particulièrement nauséabond et qu’il doit procurer quelques menues frayeurs aux diplomates Norpois des cabinets, pas les lieux d’aisance, mais les cabinets ministériels aussi inutiles que coûteux. Le feuilleton de l’affaire du cimentier Lafarge en Syrie en pleine guerre civilo-globale dans ce pays n’en finit pas de nous livrer ses derniers secrets au rythme des révélations du Journal du Dimanche.

Tel est le cas de sa livraison du 13 janvier 2019 qui n’est pas à la gloire de ce haut lieu de la diplomatie française qu’est le Quai d’Orsay situé près de l’Assemblée nationale sur les bords de la Seine à quelques arpents de terre des Grand et Petit Palais2. On comprend mieux pourquoi le titulaire du fauteuil de Vergennes est parfois conduit à faire un usage immodéré du Chouchen et à raconter de vastes blagues pour pouvoir avaler quelques couleuvres de diamètre conséquent. Revenons sur les principaux acteurs de cette mauvaise comédie de boulevard qui ne semble pas passionner nos folliculaires traditionnellement avides de sensations fortes !

L’ABBÉRANTE MISE EN CAUSE/MISE EN EXAMEN DES DIRIGEANTS DE LAFARGE

Notons que dans notre démocratie parfaite, dans notre état de droit exemplaire, des magistrats sûrs de leur bon droit peuvent priver des citoyens de leurs droits… Continuer la lecture

ROBESPIERRE AU ROND-POINT…

Nous avons le privilège de faire partie d’une génération dont les enseignements d’Albert Soboul, d’Albert Mathiez ou de Maurice Agulhon armèrent le désir de connaissance et une certaine passion de la France. Non sans une certaine pertinence, la lecture marxiste de la Révolution française – les livres de l’historien soviétique Boris Porchnev sur les jacqueries antifiscales de l’Ancien régime demeurent sans doute ce qu’on a écrit de mieux sur le sujet – voyait dans les Jacobins une espèce d’ anticipation des Bolcheviks d’Octobre 1917. Député d’Arras au nom du Tiers Etat, Maximilien Robespierre était le grand homme, qui en abattant la monarchie avait changé la France.

Puis, patatras… fin des années 1970, en pleine mode de la mal nommée « nouvelle philosophie », l’historien François Furet et sa disciple Mona Ozouf venaient casser ce qui s’était imposé comme l’un des grands moments de l’histoire nationale. En réduisant l’épisode de la Convention montagnarde à une terreur sanguinaire volontairement provoquée, cette lecture révisionniste imposait, à son tour, l’autre mythe : celui d’une « révolution thermidorienne », faisant des Sieyès, Cambacérès et des dantoniens Tallien ou Fréron de quasi-précurseurs de… François Bayrou !

Heureusement depuis, plusieurs livres importants dont celui de l’éditeur Eric Hazan – Une histoire de la Révolution française1 – ont remis l’église et la mairie au milieu du village. Dans ce mouvement salutaire de recentrage scientifique, peut-on dire, s’impose aussi le dernier ouvrage de Marcel Gauchet consacré à Robespierre2. On pensait n’avoir plus rien à apprendre sur l’archange de la Révolution. Erreur,… Continuer la lecture

2018/2019 : GRANDEUR ET DÉCADENCE
DE LA DIPLOMATIE MACRONIENNE !

Le châtiment de l’hybris1 est la némésis, le châtiment des dieux qui fait se rétracter l’individu à l’intérieur des limites qu’il a franchies. Le Dieu de la verticalité du pouvoir n’en aurait-il pas trop fait dans le registre de la démesure depuis sa victoire de mai 2017 ? Emmanuel Macron n’avait-il pas trop tendance à se croire sorti de la cuisse de Jupiter tant dans l’Hexagone que sur la scène internationale ? Si ces facéties, déjà fort nombreuses, font le jeu des humoristes et autres amuseurs publics français (Nicolas Canteloup, Laurent Gerra…), elles font plutôt grincer des dents dans les chancelleries occidentales (allemande, américaine, belge, hongroise, italienne, et autres (iranienne, russe, turque…).

Après l’acte II de affaire Benalla, la crise des « gilets jaunes »2 a eu un effet révélateur, dévastateur radical pour l’image du président de la République à l’étranger. Le roi est nu sur l’échiquier international ! Échec et mat. C’est qu’il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne. Manu et Bijou avaient eu trop tendance à l’oublier. Après un premier succès de l’année 2018 marqué par une inflation d’envolées diplomatico-lyriques, les temps ont bien changé. Emmanuel Macron est pris au piège qu’il a lui-même armé, celui des ambitions planétaires paralysées.

LE SEMESTRE DES ENVOLÉES DIPLOMATICO-LYRIQUES

Le champion toute catégorie de la parole diplomatique généreuse commence son tour du monde en fanfare et caracole en tête de peloton, devançant tous ses principaux concurrents, sidérés par le grimpeur hors-pair qui avale les cols de première catégorie… Continuer la lecture