Observatoire Géostratégique

numéro 291 / 13 juillet 2020

Editorient

« P4 » DE WUHAN : UN SCANDALE D’ÉTAT ?

Il a osé le dire :

« L’après ne sera pas comme l’avant, mais il ne sera pas le Grand Soir ».

(Gilles Legendre, président du groupe LREM à l’Assemblée nationale, Le JDD, 12 avril 2020).

PETITES CAUSES, GRANDS EFFETS

« Le grand secret de notre maladie oscille entre la précipitation et la négligence » (Goethe). Dans le cas d’espèce, nos brillants dirigeants politiques, d’hier et d’aujourd’hui, cumulent précipitation et négligence. Plus le temps passe, plus les preuves de leur responsabilité s’accumulent. Il n’est nul besoin de s’appesantir sur la gestion catastrophique de la gestion de la pandémie du Covid-191. Quelques termes parlent d’eux-mêmes : masques2 sur lesquels mensonges et incurie ont été légions3, tests4, dépistage, hôpital… Un cas d’école de l’incompétence, de l’inconséquence, de l’incohérence de cette Noblesse d’État si bien croquée par Pierre Bourdieu5, de cette République corrompue si bien analysée par Yves Mény6, de cette Caste si bien décrite par Laurent Maudit7. En un mot, tous les ingrédients sont réunis pour une seconde édition de l’Étrange défaite8, 2020 après 1940. Il n’y aura pas de « jours heureux » – pour reprendre la formule d’Emmanuel Macron9 – sans une réflexion collective sur les tenants et les aboutissants de cette catastrophe bien française10. Il est vrai que « nos démocraties deviennent incapables d’affronter des crises »11.

À ce Waterloo sanitaire (une sorte de juin 4012), s’ajoute aujourd’hui une Berezina diplomatico-stratégique… Continuer la lecture

REPONSE A ROBERT BIBEAU…

Nous diffusons aujourd’hui le numéro 280 de prochetmoyen-orient.ch, prolongeant ainsi une aventure qui a débuté en décembre 2014 entre Genève, Beyrouth, Damas et Paris. Nous en profitions pour lancer un nouvel appel à vos dons et autres soutiens sans lesquels votre hebdomadaire numérique ne peut continuer à exister. Afin de marquer cette étape, nous consacrons l’essentiel de cette dernière livraison à la diplomatie et à la politique étrangère de notre pays, à la manière d’une leçon d’anatomie. D’ores et déjà, il s’agit d’envisager politiques et géopolitiques de l’après. Nous y sommes. Grand merci encore de partager avec nous la suite. Continuez à prendre soin de vous.

La rédaction

REPONSE A ROBERT BIBEAU…

Dans sa Réponse à John Lewis1, Louis Althusser expliquait pourquoi et comment l’« humanisme » est une composante de l’idéologie bourgeoise, entendue comme un système illusoire de représentations assignant des individus à leur place dans la division du travail, perpétuant ainsi la domination sociale. Mais le philosophe marxiste critiquait, surtout et avant tout, un usage mécaniste et théologique des matérialismes dialectique et historique2. Figure de la gauche britannique, John Lewis qui fut ministre unitarien (secte protestante) affirmait que « c’est l’homme qui fait l’Histoire en transcendant l’Histoire »…

Avec Robert Bibeau, nous sommes – toute proportion gardée – confrontés à un cas similaire. « Ex-formateur en perfectionnement des adultes », Robert Bibeau enseigne l’économie et l’histoire dans le secondaire au Québec. On lui doit quelques livres dignes d’intérêt, consacrés à l’histoire du mouvement ouvrier, dont un Manifeste du… Continuer la lecture

UN TIGRE DE PAPIER CAUSE DANS LE POSTE

« La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle se réalise ; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit mérité » (Hans Jonas).

« Ils n’ont ni loupe ni longue vue, il leur faut de bonnes grosses horreurs bien visibles ». Ce texte écrit en 1836 par Honoré de Balzac n’a pas pris la moindre ride, presque deux siècles après1. Le moins que l’on puisse dire est que la mauvaise troupe de Jupiter n’a rien vu venir de la crise sanitaire avant la mi-mars alors que les signes avant-coureurs d’une catastrophe étaient bien visibles plus tôt. De faute lourde en faute lourde, l’exécutif et ses brillants conseillers, pour la plupart sortis de l’école nationale de l’arrogance (ENA), ont transformé une erreur de gestion – en particulier sur les masques sans parler des tests2 et autres joyeusetés du même tonneau – en véritable fiasco d’État3, si les mots ont encore un sens dans notre belle langue française. Les amateurs, présentés comme l’élite de la République, sont apparus au grand jour, au fil des jours4.

Pour le chef de l’État, il y aura un avant et un après Covid-19 tant les maladresses ont été légions, quotidiennes et lourdes de conséquences graves pour les hordes de morts qui auraient pu être évitées si les mesures élémentaires de prévention avaient été décidées dès le… Continuer la lecture

DELIRE PROPAGANDISTE AUTOUR D’UN COLLOQUE SUR L’AFRIQUE DES GRANDS LACS…

En dépit d’une intense pression des relais de Paul Kagame en France – et au prix de grossiers mensonges détaillés ici – le colloque intitulé « Afrique des Grands-Lacs : 60 ans d’instabilité », a pu se tenir au Sénat le 9 mars dernier. Récit d’un naufrage moral et intellectuel pour une poignée d’apprentis maîtres censeurs.

C‘est un certain Romain Gras, plumitif à Jeune Afrique, qui s’est chargé de déclencher les hostilités le 28 février dernier : le Sénat français s’apprêtait, le 9 mars, à accueillir des « conférenciers taxés de négationnisme » à l’occasion d’un colloque intitulé « Afrique des Grands Lacs : 60 ans de tragique instabilité ». Taxés de négationnisme, certes, mais au nom de quelle autorité morale ? Celle de Paul Kagame bien sûr et de toutes ses groupies, dont l’impayable (pour qui n’en a pas les moyens) Jeune Afrique, la plupart de ses lecteurs ignorant sans doute que la bible de l’actualité « françafricaine » a reçu et continue de recevoir des centaines de milliers d’euros de subventions de la part de Kigali (1).

L’article signait donc le coup d’envoi d’une grossière tentative de censure, heureusement vouée à l’échec, mais dont il s’agit cependant de déconstruire les mécanismes, tant elle illustre le poison du débat franco-rwandais depuis le génocide de 1994.

QUAND « Jeune Afrique » DENONCAIT LE « clan des durs »,

INCARNE PAR « Ibuka »

Pour en saisir l’obscénité comme l’indécence, il faut remonter aux lendemains du 6 avril… Continuer la lecture

EMMANUEL MACRON : DE CLÉMENCEAU À GAMELIN

« J’avais toujours un extrême désir d’apprendre à distinguer le vrai d’avec le faux, pour voir clair en mes action et marcher avec assurance en cette vie » (Discours de la méthode, René Descartes).

« Il n’y a qu’une réponse à la défaite, c’est la victoire » (Winston Churchill). Victoire contre la pandémie de coronavirus que nous souhaitons tous pour notre pays et pour nous-mêmes mais, aussi et surtout, analyse des causes, des responsables de la défaite, plus qu’étrange, des morts inutiles dont nous aurions pu faire l’impasse !1 Vaste programme dans l’un et l’autre cas, comme aurait dit le général de Gaulle. Après le temps béni de l’insouciance (jusqu’au 16 mars 2020) vient automatiquement celui honni de la contrariété (depuis le 17 mars 2020). Celui où il faut rendre des comptes de ses paroles malheureuses (elles furent nombreuses)2 et de ses actes inadaptés (ils le furent tout autant)3. Celles et ceux de Jupiter à propos de sa « Jupidémie »4. Car les questions qui fâchent ne manquent pas5 et ne manqueront pas de se poser à l’avenir en dehors de « La Mélancovid » (Libération). Gestion de crise pour le moins hasardeuse6.

Pas question de nous ressortir le trop fameux responsable mais pas coupable comme à l’époque de l’affaire dite du sang contaminé de l’actuel président du Conseil constitutionnel, ex-plus jeune premier ministre, Laurent Fabius, le moment venu pour s’exonérer de toutes ses fautes lourdes, impardonnables. Le court-termisme… Continuer la lecture