Observatoire Géostratégique

numéro 244 / 19 août 2019

Editorient

RÉFORME DE L’ENA : UNE VASTE BLAGUE…

« Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ». Cette petite phrase, oh combien d’actualité, est pourtant due à un homme politique. Elle est du petit père Queuille, en réalité Henri Queuille, plusieurs fois président du conseil (même pendant deux jours en 1950) et également ministre des finances et de l’intérieur sous la 3eme république. Il fut même ministre et secrétaire d’Etat plus de trente fois ! Un véritable professionnel de la machine politique, et sa fameuse petite phrase est incontestablement le fruit d’une expérience professionnelle riche1. Manifestement, notre plus jeune président de la République est un émule qui s’ignore du « queuillisme » adapté à la sauce Macron. Nous en tenons aujourd’hui une nouvelle preuve avec le projet présidentiel de « réforme » de l’ENA (école nationale de l’arrogance), si tant est que le terme de « réforme » soit adapté dans le cas d’espèce.

Réforme qui concernerait également la haute fonction publique française. Après les annonces jupitériennes grandiloquentes vient le temps de leur mise en œuvre plus mesquine2. Et, alors les questions dérangeantes ne manquent pas : profil du nominé pour conduire la réflexion, contenu de la lettre de mission de Matignon et obstruction de la mafia de l’ENA. Avant de conclure sur le sujet spécifique de la réforme de l’ENA dans le contexte d’une remise à plat du fonctionnement de la haute fonction publique, nous nous pencherons rapidement sur deux exemples de rapport récents qui éclairent la problématique générale.

Dès le départ, lorsqu’Emmanuel Macron a… Continuer la lecture

AMINA, LA PAIX DE DIEU : UN GRAND ROMAN GEOPOLITIQUE !

Il est plutôt inhabituel que prochetmoyen-orient.ch consacre son éditorial à un livre, et qui plus est un roman1. Le faire cette semaine répond à une nécessité tranquille motivée par trois raisons : 1) ce récit d’anticipation se fonde sur plusieurs réalités géopolitiques incompressibles et visionnaires ; 2) ses perceptions décentrées et libérées des obsessions parisiennes en font un vrai roman de la mondialisation contemporaine ; 3) la plume alerte raconte d’étonnantes aventures en comparaison desquelles les tribulations attendues de San Antonio ou de SAS sont de la petite bière. Sans forcer le trait, ce roman prend légitimement place dans la filiation de La Ferme des animaux, du Meilleur des mondes et de 1984

Au début, on craint le pire parce que le scénario semble déjà vu et achevé avant d’avoir commencé. Erreur, profonde erreur, puisqu’au fil des pages s’affirme une saga épique crédible, haletante et si belle. Et il nous tarde de découvrir l’aboutissement dont on pressent qu’il dépassera les mièvreries du conflit des civilisations et de la fin de l’Histoire. Donc, nous ne sommes ni dans les prédictions téléphonées houellebecquiennes, ni dans les métaphysiques bobologiques du moment mais bien dans un réel déjà là ! Rien d’étonnant, l’auteur – Alain Gradiski – est un cadre territorial qui connaît le terrain, la musique, les hommes, les femmes et les lois du voyage.

Simple matelot, le héros embarque à bord d’un SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d’engins) alors que la grippe Amina ravage les cinq continents. La survie passe-t-elle par une… Continuer la lecture

LES DEUX ANS D’UN TITANIC DIPLOMATIQUE…

Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. L’ex-inspecteur des Finances de Bercy, Emmanuel Macron est arrivé au château en mai 2017, précédé de « la promesse de l’aube » avec des idées à contre-temps, pour ne pas dire de fausses idées sur la diplomatie. Ses prétendus conseillers diplomatiques, une sorte de « dream team » (Philippe Etienne, Aurélien Lechevallier, Clément Beaune, Etienne de Gonneville, Alice Rufo, Franck Paris, Jean-Marc Berthon, Alexandre Adam, Marie Audouard, Pascal Confavreux, Marie Philippe, Nicolas Jegou, Jennifer Moreau1) n’entendent rien à la diplomatie tant ils chevauchent en permanence des chimères. En fait de conseillers, il s’agirait plutôt de vulgaires courtisans2.

Deux ans après la prise de fonctions d’Emmanuel Macron à la tête d’un État en faillite, le moins que l’on soit autorisé à dire est que la diplomatie d’Austerlitz ressemble comme deux gouttes d’eau à la diplomatie de Waterloo. Le navire France prend l’eau de toutes parts. Une sorte de Titanic diplomatique… Une diplomatie qui conjugue harmonieusement vrais échecs et fausses valeurs pour celui qui prend le temps d’analyser la pratique jupitéro-pinocchienne extérieure au-delà de l’écume médiatico-bling-bling.

DIPLOMATIE DES VRAIS ÉCHECS

Penchons-nous un instant sur les grandes déculottées de la diplomatie des apparences qui ne trompe plus, de nos jours, que quelques gogos naïfs ou autres folliculaires « embedded »3 ! Nous nous en tiendrons à quatre : Libye, Syrie, Mali et Brexit.

Libye ou la déflagration qui n’en finit toujours pas

Nous n’en finissons pas de payer, intérêt et principal,… Continuer la lecture

PARIS-BERLIN : LA MÉSENTENTE CORDIALE

Il n’ait de meilleur sourd que celui qui ne veut entendre. Décidemment, il n’ait pas plus aveugle qu’un (deux dans le cas d’espèce) journaliste du prestigieux quotidien Le Monde, surtout lorsqu’il se présente comme un expert des questions internationales ! Manifestement, nos journalistes (« grands reporters » pour certains pour reprendre la terminologie consacrée) ne connaissent rien à la politique étrangère, à la diplomatie (ils ne savent pas faire la différence entre ces deux termes) sans parler des relations internationales et de la construction européenne1. Manifestement, ils ne savent pas ce qu’est un signal faible. Manifestement, ils ne font pas la moindre différence entre stratégie et tactique, entre temps long historique et temps court médiatique. Manifestement, ils ignorent conjugaison du passé, du présent et du futur. Manifestement, ils racontent tout et n’importe quoi avec l’assurance des ignorants. Mais, il faut leur reconnaître une qualité indéniable en ces temps de complexité et d’imprévisibilité du monde de ce début de XXIe siècle, la clairvoyance rétrospective. Mais, ils évoluent dans le monde du superficiel et de l’éphémère, le seul qui convienne à leur ignorance. Nous en avons aujourd’hui un exemple frappant avec la problématique de la relation franco-allemande. Après la ballade du couple heureux, nous avons droit aux accents du lamento du couple désuni à deux pas de la rupture. Dieu soit loué, nos brillants journalistes commencent tout juste à prendre conscience de leurs illusions perdues ! Manifestement, ils ignorent que « les grands naufrages s’annoncent par d’imperceptibles craquements tandis que l’on… Continuer la lecture

LA FRANCE PIÉGÉE DANS LE BOURBIER LIBYEN !

« De la Libye vient toujours quelque chose de nouveau » (Aristote). La seule question est de savoir si ce sont des bons ou de mauvais vents. Or, depuis l’exécution en règle en 2011, de Mouammar Khadafi supervisée par Nicolas Sarkozy (lequel recevait encore le guide libyen en visite officielle à Paris en 2007) dans les environs de Syrte1, rien ne va pas plus dans ce nouvel État failli ainsi que dans sa périphérie proche et lointaine. Emmanuel Macron, qui s’était fait fort de mettre un terme au duel entre les frères ennemis (Faïez Sarraj et Khalifa Haftar), récolte aujourd’hui ce qu’il avait semé hier. Notre brillant chef de l’État ignore manifestement que « Dans la diplomatie comme dans les travaux des champs, il y a des saisons fécondes et des saisons ingrates. Elles alternent d’ordinaire et c’est en travaillant qu’il faut se préparer au retour des temps meilleurs » (Jean Herbette, 1927). Aujourd’hui, les critiques pleuvent de toutes parts contre la duplicité de la diplomatie française sur le dossier libyen, contre les errements de son en même temps, y compris de la part du secrétaire général de l’ONU, le portugais, Antonio Gutteres (lequel aurait piqué une sainte colère en accusant la France de « double jeu »). Petit à petit, le piège, qu’elle a minutieusement armé, semble inexorablement se refermer sur elle, s’ajoutant à la liste, déjà impressionnante de ses échecs diplomatiques et sécuritaires aux quatre coins de la planète. Comme souvent dans une démarche qui se… Continuer la lecture