Observatoire Géostratégique

numéro 165 / 12 février 2018

Editorient

SYRIE : LE TEMPS, CENSURE ET DELATION…

Le 29 novembre dernier s’est tenu au Club suisse de la presse (CSP) à Genève une conférence sous forte et visible protection policière ! Il s’agissait pourtant seulement d’expliquer ce que sont réellement les Casques blancs syriens, engagés aux côtés d’Al-Qaïda en Syrie et plus particulièrement à Alep durant la libération de la ville par l’armée gouvernementale. Vanessa Beeley, journaliste d’investigation britannique – indépendante et grande connaisseuse de la Syrie -, le professeur Marcello Ferrada de Noli, responsable de Swedish Doctors for Human Rights, ainsi que l’auteur de ces lignes au nom de prochetmoyen-orient.ch, ont tour à tour rappelé un certain nombre de faits concernant l’étrange ONG, faux nez des groupes salafo-jihadistes engagés en Syrie.

Nous avons cité, notamment le philosophe berlinois Stefan Winter – spécialiste internationalement reconnu de la presse et de la communication – qui écrivait le 17 avril 2017 dans prochetmoyen-orient.ch : « les Syrian White Helmets ( SWH) ont été créés par James LeMesurier, un expert anglais de sécurité et de renseignement, en mars 2013, à la suite d’une rencontre avec des représentants du Syrian National Council (SNC) et de la Qatari Red Crescent Society. Les Qataris procuraient un financement de lancement à hauteur de 300 000 dollars, des financements provenant par ailleurs du Japon, de Grande Bretagne et des États-Unis. Le SNC a placé deux activistes – Raed Saleh et Farouq Habib – aux côtés de LeMesurier pour diriger des SWH. LeMesurier a entraîné les premières équipes de sauvetage ».

« Ensuite, les SWH… Continuer la lecture

COP-23 : LA GRANDE ILLUSION !

« La répétition est la plus forte des figures de rhétorique » comme le souligne Napoléon Bonaparte. Il en va de même pour ces grand-messes internationales qui reviennent à échéance régulière et dont il n’y a rien, si ce n’est peu de chose de concret et de tangible, à attendre. Tel est le cas des conférences des États parties à l’accord sur le climat, sorte de barnum plus connu sous leur acronyme de « COP ». Tout le monde garde à l’esprit le succès éclatant de la COP21 conclue le 12 décembre 2015 par un accord dont le grand ordonnateur fut et restera devant l’Éternel, Son altesse sénilisme (surnom moqueur donné à Gérard Collomb) Laurent Fabius qui espérait en être récompensé par un prix Nobel de la paix. Il garde en trophée de cette épopée le petit marteau vert avec lequel il a enregistré l’accord unanime de tous les participants à la conférence du Bourget.

Même le grand Talleyrand n’aurait pu parvenir à un tel chef d’œuvre de diplomatie multilatérale ! Mais depuis les choses ont peu évolué et surtout pas dans le bon sens. Tel est le constat que les observateurs avertis peuvent dresser à l’occasion de la COP23 dont les travaux ont débuté le 6 novembre 2017 à Bonn sous présidence fidjienne et se sont conclus le 17 novembre 2017 (dans la nuit du 17 au 18) sur un constat d’échec. La France s’octroie un rôle à part, ad vitam aeternam, dans cet exercice de haute diplomatie climatico-médiatique.

DE LA… Continuer la lecture

HARIRI A PARIS, GEAGEA EN EMBUSCADE A BEYROUTH…

Il est sans doute trop tôt, et en tout cas très exagéré de parler du retour de la diplomatie française, sinon d’une « nouvelle diplomatie française » aux Proche et Moyen-Orient, comme l’explique Guillaume Berlat dans L’envers des cartes de cette semaine ! Le Premier ministre libanais est arrivé samedi à Paris avec sa femme. Pas fous, les Saoudiens ont gardé deux de ses enfants en otages. Officiellement, ces derniers poursuivent leurs études dans la capitale du royaume, mais personne n’est dupe ! Saad Hariri devrait « faire une petite tournée arabe » (en Egypte et au Koweït) – selon les propres termes de son entourage – avant de rentrer ce mercredi à Beyrouth pour confirmer ou non sa démission, annoncée le 4 novembre dernier depuis l’Arabie saoudite.

Vraisemblablement, il répétera les arguments rédigés pour lui par les services saoudiens : le méchant Hezbollah ne doit plus participer au gouvernement libanais et disparaître de la surface de la terre ! Mais avant d’évaluer les conséquences de ce Vaudeville sur la situation libanaise, il faut souligner deux informations importantes : d’abord, il y a cette visite du patriarche maronite en Arabie saoudite. Comme si c’était le moment ! Ensuite, il y a les révélations du quotidien Al-Akhbar selon lesquelles le chef de l’extrême-droite (Forces libanaises/FL) – Samir Geagea disposerait désormais d’une milice armée de quelques 10 000 fusils. Dans ce contexte, la succession de Saad Hariri et la formation d’un nouveau gouvernement aiguise déjà bien des appétits.

UNE VISITE HISTORIQUE ?

Le patriarche maronite – le cardinal Bechara Raï… Continuer la lecture

JUPITER FAIT LA COUR À STRASBOURG !

« C’est la première fois que j’utilisais l’imagination comme arme de défense et rien ne devait m’être plus salutaire » (Les cerfs-volants, Romain Gary). Première fois pour un président de la République française, Emmanuel Macron qui se rend le 31 octobre 2017 à Strasbourg pour y discourir devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) du Conseil de l’Europe que certains ont tendance à confondre avec la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) dont le siège est à Luxembourg. Avant sa prestation devant ces 47 magistrats, on nous explique doctement que le chef de l’État est venu s’y expliquer sur les mesures prises pour lutter contre le terrorisme islamique (état d’urgence vivement critiqué par le Conseil de l’Europe dont il a été mis fin le 30 octobre 2017 et dont les principales mesures ont été intégrées dans la loi du 31 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme1.

Avant d’aborder le contenu stricto sensu de l’intervention du chef de l’État devant la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg, il importe de fournir quelques informations sur la genèse du Conseil de l’Europe et de la Cour européenne des droits de l’Homme. Il conviendra ensuite d’analyser les tenants et aboutissants de ce discours.

DE QUELQUES RAPPELS INDIPSENSABLES SUR LE CONSEIL DE L’EUROPE ET DE LA CONVENTION EUROPÉENE DES DROITS DE L’HOMME

L’histoire du Conseil de l’Europe et de la Cour européenne des droits de l’homme mérite que l’on… Continuer la lecture

LIBAN : DEMISSION D’HARIRI CONTRE L’IRAN !

Beyrouth, le 5 novembre.

La démission, vendredi dernier, du Premier ministre libanais Saad Hariri sonne comme un coup de tonnerre supplémentaire dans les cieux déjà passablement tourmentés des Proche et Moyen-Orient. Cette décision spectaculaire fait suite à l’appel du président américain Donald Trump, lancé le 20 mai dernier depuis Riyad, d’« isoler l’Iran ». Elle intervient dans la phase ultime d’une révolution de palais en Arabie saoudite qui a vu, samedi dernier, l’arrestation d’une trentaine de princes et d’hommes d’affaires. Enfin, elle survient dans un contexte stratégique dominé par la reprise en main de la presque totalité du territoire syrien par l’armée gouvernementale et ses alliés russes, iraniens et du Hezbollah libanais.

LA DEFAITE DE L’AXE AMERICANO-ISRAELO-SAOUDIEN

Avec la libération de Deir ez-Zor par l’armée gouvernementale syrienne, l’opposition armée et ses soutiens sunnites – Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis, Koweït, etc. – sont aux abois. En reprenant le contrôle des régions de l’est de la Syrie, l’armée syrienne et ses alliés, non seulement libèrent des zones pétrolières qui seront essentielles pour la reconstruction du pays, mais surtout opère leur jonction avec les forces de Bagdad sur la frontière avec l’Irak, une bande de quelque 650 kilomètre entre la Jordanie et la Turquie.

« L’épouvantail d’un « couloir chi’ite » tant redouté par Washington, Riyad et Tel-Aviv ressurgit comme un spectre panique », souligne un ambassadeur européen en poste à Beyrouth, « à tel point que pour retarder cet inéluctable retournement, les forces spéciales américaines présentes dans la zone ont poussé des groupes kurdes à faire… Continuer la lecture