Observatoire Géostratégique

numéro 174 / 16 avril 2018

Editorient

DES FAKE NEWS  AUX FAKE  ANALYSES…

Ce soudain engouement pour la traque aux Fake News a quelque chose de profondément suspect. Pas seulement parce que cette nouvelle mode nous vient des Etats-Unis, mais surtout parce qu’elle sous-entend, plus largement, que la confrontation de l’erreur et de la vérité serait un phénomène nouveau, sinon inédit. Que cette dialectique – qui accompagne l’histoire universelle de la raison depuis les pré-socratiques – connaissent quelques difficultés nouvelles avec les disruptions et autres monstruosités de la révolution numérique est une chose, que l’illusion actuelle de pouvoir légiférer sur la vérité, son statut et ses procédures en est une autre.

On ne sait plus très bien qui a dit qu’on a la presse qu’on mérite ! Toujours est-il, que l’état des médias, de leurs modèles économiques, de leurs évolutions et influences, ont toujours valeurs de symptômes quant à la situation d’une société donné, de ses dimensions économiques, sociales, politiques et culturelles s’entend… Dans nos pays occidentaux, et tout particulièrement en France, les journaux sont passés des mains des Résistants et de propriétaires identifiés à celles de grands groupes industriels et financiers dont la préoccupation principale n’est ni de produire, ni de diffuser des Good News, mais de faire de l’argent et du trafic d’influences favorables à leurs propres intérêts. Cette terribles machinerie s’est emballée depuis une quinzaine d’années, dans le contexte d’une mondialisation sauvage où règne une guerre contre tous – par tous les moyens -, générant une régression morbide à l’état de nature.

Plutôt que d’analyser et déconstruire cette préoccupante évolution,… Continuer la lecture

DAVOS : APOCALYPSE NOW !

Genève, Hôtel Intercontinental, 26 janvier 2018.

A deux pas du Palais des nations (siège européen des Nations unies), l’hôtel Intercontinental abrite toujours les délégations étrangères de passage à Genève. Comme dans tous les établissements de ce genre, on n’échappe pas aux écrans Samsung ou équivalents, branchés en permanence sur CNN ou BBC World. Le monde ne se repose jamais, Monsieur ! Et, ce vendredi est d’autant plus cathodique, que le maître du monde est… en Suisse, dans les montagnes des Grisons pour parler aux puissants de la planète réunis au dernier « Forum économique mondial ».

Alors surgit des montagnes enneigées, l’hélicoptère présidentiel VH-71/White One. La caméra suit la lente progression du gros insecte métallique et s’appesantit sur le rotor et les cercles de vapeur blanche provoqués par les pales en mouvement. A ce moment précis, comment ne pas revoir les pales du ventilateur qui brassent le plafond de la chambre d’hôtel du capitaine Willard – des forces spéciales américaines basées à Saïgon – en train de cuver son whisky. La sourde résonnance des pales se mêle à la chanson des Doors « This is the end » qui renvoie du néant la silhouette des UH1, Dustoff/Medevac, les hélicoptères de combat engagés au Vietnam et dans tous les coups tordus d’Amérique latine.

Appontage sous haute sécurité. Policiers et services secrets américains font la loi dans la station grisonne. Les enfants des écoles ont été convoqués pour voir le maître du monde en chair et en os. Donald Trump s’extirpe de l’hélicoptère… Continuer la lecture

G5-SAHEL OU L’ART DE REFILER LA PATATE CHAUDE…

Notre ami, le philosophe Jean Salem nous a quitté. Il y a un an, c’était Lucien Bitterlin. Nous y reviendrons la semaine prochaine.

La rédaction.

G5-SAHEL OU L’ART DE REFILER LA PATATE CHAUDE…

Manifestement, Emmanuel Macron est un homme pressé qui sait ce qu’il veut dans les domaines régaliens de son action qu’il s’agisse de la Défense (« Le Président de la République est le chef des armées » selon l’article 15 de la constitution du 4 octobre 1958) ou bien des relations internationales (« Le Président de la République accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères ; les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires étrangers sont accrédités auprès de lui » selon l’article 14 de cette même constitution). Dans cette seconde sphère, il entend déterminer la politique étrangère de la France (ce qui est son rôle) et conduire la diplomatie (ce qui serait plus le rôle de son ministre des Affaires étrangères).

Présent sur tous les fronts, il fait de la lutte contre le terrorisme la priorité de la diplomatie française (Cf. ses discours lors de la semaine des ambassadeurs et devant les forces de sécurité pour ne citer que les principaux). S’il entend que la France prenne sa part du fardeau dans cette aventure (Cf. opérations « Chammal » au Moyen-Orient et « Barkhane » dans le Sahel), il souhaite que les principaux États concernés en fassent autant afin de relâcher la pression (militaire et financière) sur notre pays.

En expert des finances publiques… Continuer la lecture

JUPI-TAIRE : CENSURES FRANCAISES…

Bienheureux que nous sommes, nous voici face à une nouvelle version du Jupiter : le Jupi-taire. Un dieu propre à faire taire, à étouffer, bâillonner. Le concept de censure démocratique est né. Ouf, on y arrive, le monde du silence approche. Le moment où les « pas contents » devront choisir entre se taire ou aller en prison, couverts d’amendes amers. Comme le fait remarquer Patrick Weil (vrai militant des Droits de l’Homme et professeur à Yale), la différence entre Sarkozy et Macron, nous dit que le premier annonçait avec fracas des choses horribles – qu’il n’appliquait jamais – alors que le second proclame du doucereux pour mettre immédiatement en œuvre de l’épouvantable. Le roi nous prie donc, en attendant mieux, d’accepter la censure d’Internet. Avatar symbolique du rétrécissement progressif du champ de la liberté. Vous avez cru entendre le mot Résistance ? Rêvez encore : la censure est là pour le bien de l’homme.

Ce sont les médias eux-mêmes, depuis 1981 et l’avènement de Dieu Premier, qui ont rendu les armes face à la pensée juste. La crise économique de la presse – conséquence de la fabrique de mensonges – et le regroupement des journalistes derrière la Oumma des bien-pensants, ont creusé leur tombe et celle des libertés. Ce qui fait une économie de croque-mort. Un lecteur vétilleux, précautionneux, de ceux qui ne montent à vélo qu’équipés d’une trousse de secours, me dira : « Comment peut-on désapprouver une mesure qui veut bannir le mensonge et la diffamation d’Internet ? ». J’applaudis et précise qu’en France la loi… Continuer la lecture

LA DEUXIEME MORT DE KADHAFI

Mi-novembre 2017, une équipe de la télévision américaine CNN assiste à une vente d’êtres humains, quelque part en Libye non loin de la capitale Tripoli. En l’espace de quelques minutes est filmée la mise à prix d’une douzaine de migrants, cédés par des passeurs pour des sommes variant entre 500 et 700 dinars libyens (jusqu’à 435 euros). Avec stupeur et indignation, l’opinion internationale redécouvre l’horreur de l’esclavage, comme si cette pratique d’un autre âge avait définitivement disparu. Pleuvent alors les habituelles litanies : horreur et damnation, plus jamais ça ! etc., etc…

Depuis des années pourtant, des reporters courageux dénoncent des situations d’esclavage qui perdurent notamment en Mauritanie, au Soudan, en Arabie saoudite, au Qatar et parfois jusqu’au cœur des capitales occidentales, mais sans vraiment susciter beaucoup d’intérêt. Encore moins d’indignation face aux différentes formes d’esclavage moderne qui prolifèrent sur la dépouille des services publics et plus généralement d’un salariat devenu archaïque : travail intérimaire, stages, CDD, bénévolats et autres ubérisations de la plupart des tâches et fonctions humaines numérisées, algorithmées, traçables et sous contrôle !

Esclavage en Libye ! Le scandale fait la une de la grande presse internationale avant d’être absorbé par la bûche de Noël et la galette des Rois. Sont toutefois réactivés les poncifs récurrents : c’est la faute de la colonisation, de l’Union européenne, voire plus largement de l’Homme blanc… Heureusement quelques consciences lucides, comme l’écrivain sénégalais Felwine Sarr et le philosophe camerounais Achille Mbembe, rappellent les Africains et les Etats africains à leurs responsabilités1. D’une manière plus… Continuer la lecture