Observatoire Géostratégique

numéro 252 / 14 octobre 2019

Editorient

UN ETE AVEC PIERRE PEAN, RENE NABA ET TIGRANE YEGAVIAN…

Bouffémont, 31 juillet 2019.

Depuis le ciel, Pierre Péan poursuit inexorablement son travail d’enquêteur, de révélateur et détecteur de mensonges, d’idiots et d’idiotes. Il y a d’abord, les tweets et autres injures des « réseaux numériques » – qui n’ont rien de « sociaux » – et dont certaines relèvent du pénal. Viennent ensuite des papiers plus formellement haineux. Ne parlons pas de ceux de Libération-Torchon, qui n’appellent plus aucun commentaire depuis longtemps. Malheureusement et ce n’est pas une surprise, le Canard enchaîné a fait le service minimum : un petit deux colonnes en bas de page ! Quant au Monde qu’on attendait au coin du bois, ce fut encore plus lamentable que tout ce qu’on pouvait craindre sous la plume du sieur Christophe Ayad, celui qui a l’habitude de fouiller dans la vie privée des gens. Il ose commenter et juger les livres de Pierre, notamment l’enquête consacrée à Bernard Kouchner, qualifiée de « pamphlet ». Mais enfin – en l’occurrence – qui juge qui ? Ce n’est certainement pas avec les livres de ce triste sire d’Ayad qu’on va s’endormir ou passer l’été…

Toujours est-il que mercredi dernier, nous avons enterré notre ami Pierre dans son beau village de Bouffémont. Avec les vacances, beaucoup d’absents et d’excusés (Jean-Pierre Chevènement et Hubert Védrine notamment), mais l’intelligence de l’amitié était bien là, toujours en rebonds attendus et plus surprenants ! Ce genre de cérémonie fonctionne toujours selon une espèce de loi de thermodynamique quasiment invariable : au premier cercle de la famille et des intimes s’en ajoutent trois autres :… Continuer la lecture

PIERRE PEAN, PATRIOTE-ENQUÊTEUR ET COMBATTANT !

Quatre-vingt-un ans – de nos jours c’est encore jeune et Pierre Péan aurait pu nous émerveiller encore quelques années… Mais il nous a quittés le 25 juillet dernier. Avant l’été, nous avions fait l’un de nos points réguliers à la brasserie Wepler de la place de Clichy, question d’échanger sur les travaux en cours et la vacuité du temps, sur la presse trop pressée et une classe politique en déshérence…

Dans la minute, les hagiographes du moment se sont précipités en répétant les mêmes poncifs pour saluer le « grand journaliste d’investigation ». Double méprise : vu l’état actuel de la presse et du journalisme, Pierre ne voulait même plus qu’on le traite de « journaliste », qualificatif devenu indigne à ses yeux, tant les membres actuels de la corporation sont devenus de simples passe-plats, sinon les chiens de garde de l’idéologie du temps. Quant à l’investigation, voilà des années que Pierre récuse ce terme : « Investigation, c’est la traduction d’une expression américaine policière. Je préfère le mot ‘enquête’. Je me définirais plutôt comme un ‘enquêteur d’initiative sur sujets sensibles’. Attendre sur son bureau les PV des juges, ce n’est pas ce que j’appelle de l’enquête, mais de la simple gestion de fuites. Le journaliste devient un pion, rentrant dans les objectifs des uns et des autres, devenant l’outil de vengeances ou de stratégies judiciaires. Je revendique de prendre l’initiative, je ne suis pas un auxiliaire de justice, je n’ai pas besoin de la justice pour déterminer le sujet de mes enquêtes », dont acte !… Continuer la lecture

AFFAIRE DJOUHRI : LA FICELLE EST UN PEU GROSSE…

Etant journaliste, c’est-à-dire ni complice ni procureur ni Savonarole, les malheurs ou les bonheurs de Sarkozy, ses plus et ses moins, m’indiffèrent totalement. Seuls les dossiers judiciaires touchant à son activité politique m’intéressent. Le moyen de voir comment se comporte la justice dans une affaire qui touche à un élu au plus haut rang de la République. Les juges sont-ils justes, comme le veut la loi et l’honneur, sont-ils en retrait pour protéger un ancien président, ou au contraire lancés dans une vendetta qui n’a pas lieu d’être dans le monde de robes noires ?

Ausculter l’affaire baptisée par « Médiapart », le « financement libyen de Sarkozy », est pour un citoyen ombrageux et vigilant, des plus salutaire ! Disons en aparté, en « off », qu’en tant que journaliste témoin du courant de l’histoire, je crois que la place de Sarkozy, après ses complicités réitérées avec les jihadistes criminels engagés Syrie et son œuvre de destruction en Libye, serait bien plus devant la CPI que devant un tribunal correctionnel parisien… Mais c’est ainsi : « Médiapart » est plus écouté que les voix de l’ONU.

Dommage que les reportages sous forme de « radio trottoir » ne soient plus à la mode. Il aurait été utile de poser à « l’homme de la rue » la question du « financement de Sarkozy par Kadhafi », pour obtenir une réponse qui ne pourrait être autre que celle-ci : « Ah oui, les révélations de Médiapart, les valises de d’argent très frais pour le président » … C’est acté, acquis, les images des valises de cash sont dans les… Continuer la lecture

JUSTICE DE CLASSE, DEMOCRATIE EN DANGER !

Décidément, tout change pour que rien ne change dans le monde nouveau d’Emmanuel Macron. « Étés meurtriers en Macronie » titre Le Point. En juin 2018, nous avons eu droit au feuilleton de l’été (les facéties d’Alexandre Benalla à la Contrescarpe) qui s’est transformé en affaire d’État (nul besoin de s’y attarder)1. En juillet 2019, nous avons droit à un nouvel épisode du feuilleton d’été (deux brillantes décisions de justice concernant, pour l’une, trois proches du président de la République et plusieurs honnêtes citoyens dont le sieur Bernard Tapie, pour l’autre2) qui a tout d’une nouvelle affaire d’État. En prime, la Macronie triomphante nous gratifie d’un nouvel épisode de la moralisation de la vie publique (les dîners fastueux de l’ex-président de l’Assemblée nationale, actuel ministre de l’Écologie, François de Rugy3 et le HLM non occupé durant douze ans par sa directrice de cabinet, la préfette Nicole Klein) qui ne manque pas de sel. C’est le moins que l’on puisse dire !4

Dans cette atmosphère délétère, pour ne pas dire glauque, au moins une bonne nouvelle avec la nomination du nouveau directeur général des affaires politiques et de sécurité du Quai d’Orsay (Philippe Errera). L’un des postes les plus en vue du circuit diplomatique. Emmanuel Macron participe, le 12 juillet 2019 à Cherbourg, au lancement d’un nouveau sous-marin d’attaque, Le Suffren5. Au fil des jours, au fil des heures, nous allons de Charybde en Scylla. Pour couronner le tout, des missiles américains… Continuer la lecture

MULTILATERALISME EN DANGER…

« Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde » nous rappelle fort justement le prix Nobel de littérature, Albert Camus. Depuis plus d’un demi-siècle, les choses ont bien évolué mais dans le mauvais sens. À l’heure de la confusion des genres et des mots, il est de bon ton d’utiliser à satiété quelques mots valise (ceux qui veulent tout et ne rien dire à la fois) pour éviter d’aborder frontalement les véritables débats qui conditionnent la paix et la guerre au XXIe siècle. Parmi ces derniers, deux reviennent de manière pavlovienne dans les conversations des experts autoproclamés, des « toutologues » et dans les dîners en ville : « communauté internationale » et, surtout, « multilatéralisme ». Après avoir posé la problématique de la confusion des termes, nous prendrons deux exemples tirés d’une actualité récente : le G20 d’Osaka et le dernier Conseil européen de Bruxelles.

LA CONFUSION DES TERMES

Le moins que l’on puisse dire est que plus le monde est dangereux1, plus nous vivons dans la confusion des termes couvrant le champ des relations internationales. Arrêtons-nous à deux exemples, ceux de communauté internationale et de multilatéralisme !

La trop fameuse communauté internationale

Le premier terme désigne tous ceux qui partagent votre point de vue. Traditionnellement, les Occidentaux s’assimilent à la « communauté internationale » lorsqu’ils sont confrontés à l’opposition (sous forme de droit de veto des Chinois et des Russes au Conseil de sécurité de l’ONU, à titre d’exemple). Le terme ne possède aucune définition juridique agréée,… Continuer la lecture