Observatoire Géostratégique

numéro 183 / 18 juin 2018

Editorient

DIPLOMATIE DES SOMMETS… DE L’INCONSISTANCE

« Les discours, les conférences, les lois elles-mêmes sont impuissantes à combattre les nécessités économiques qui étreignent le monde. Il faut s’y adapter ou périr » écrivait Gustave Le Bon dans Les incertitudes de l’heure présente. En quelques mots, il pose un problème important dans un monde aussi imprévisible que dangereux, la capacité des grandes conférences internationales à régler durablement les problèmes de notre monde du XXIe siècle. Si l’on prend le temps de fouiller dans la boîte à outils des diplomates en charge du règlement des grands problèmes de la planète, il existe un instrument peu souvent décrit, celui de la pratique des grands rencontres internationales à large couverture médiatique, ce que l’on qualifie aujourd’hui de sommets.

Les sommets sont de plus en plus fréquents et brefs mais ils font référence dans le monde médiatique qui fait la pluie et le beau temps. Le président de la République, Emmanuel Macron vole de Davos (forum économique) à Dakar (partenariat mondial pour l’éducation), pour s’en tenir à deux exemples parmi d’autres. Il participe aux sommets européens, de l’OTAN, aux G8, G20 et autres G5 Sahel qui ont pour particularité de se tenir au niveau des chefs d’État et de gouvernement. En ce sens, il pratique à la perfection ce que l’on pourrait qualifier de diplomatie des sommets. Quelles sont les évolutions intervenues dans l’histoire de la diplomatie qui ont conduit à cette gouvernance des relations internationales ?

LE MONDE D’HIER : LES SOMMETS DE LA DIPLOMATIE

Force est de constater que… Continuer la lecture

INFORMATION, COMMUNICATION, PROPAGANDE : LE DROIT À LA SERVITUDE…

« Si la propagande et le mensonge pouvaient être stérilisés, la plupart des chaînes d’information n’auraient plus de présentateurs » (Souleymane Boel). Vaste programme aurait dit le général de Gaulle ! Et cela d’autant plus que le champ de l’information, de la communication, voire de la propagande ne cesse de se développer au cours des dernières décennies d’une façon exponentielle à travers les nouvelles techniques de l’information et de la communication (NTIC). Pour la commodité de notre démonstration, nous limiterons notre propos au seul champ des relations internationales dont nous avons déjà exploré, en son temps en compagnie d’un universitaire expert de la communication, une infime partie de la problématique concernée1. À la presse écrite, radiophonique, télévisuelle s’ajoute aujourd’hui toute la galaxie qui tourne autour de la toile et de ses réseaux dits sociaux qui sont plus des raisons asociaux tant le bobard et le n’importe quoi tiennent le haut du pavé médiatique (un défouloir à jet continu, une sorte de « mur des chiottes » en utilisant un langage cru). « Un nombre effroyable de mensonges circulent de par le monde, et le pire, c’est que la moitié sont vrais » nous rappelle avec beaucoup de pertinence Winston Churchill. Essayons d’étudier les trois concepts que sont ceux d’information, de communication et de propagande pour tenter de mieux les cerner dans toutes leurs dimensions !

INFORMATION : LA QUÊTE D’OBJECTIVITÉ

« Renseignement ou évènement qu’on porte à la connaissance d’une personne, d’un public » (définition du Petit Robert).

Comme toujours, il est indispensable de… Continuer la lecture

DIPLOMATIE : LE MYTHE DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

« L’intelligence artificielle n’a rien de terrifiant » (Werner Vogels, Amazon)1. Les diplomates ont souvent réfléchi à la meilleure manière de concevoir et d’aborder leur métier. Comment l’exercer dans des conditions optimales ? La question est maintes fois posée. Elle n’a toujours pas trouvé de réponse idoine tant la diplomatie se prête peu ou pas à la modélisation. Faire semblant de l’ignorer conduira à des impasses contraires aux intérêts supérieurs de la France. Mais, Laurent Fabius avait défriché le terrain grâce à son conception pluridimensionnelle de la diplomatie. Il ne lui manquait qu’un pas à franchir pour passer à la diplomatie de l’intelligence artificielle, ce qui lui aurait évité quelques monumentales bourdes diplomatiques comme sur le dossier syrien. Replaçons le débat dans son contexte actuel pour mesurer les contours de ce concept d’intelligence artificielle conjugué avec celui de diplomatie mais aussi et surtout pour être conscient de ses limites intrinsèques. La diplomatie n’est pas une science. Elle est un art qui se prête peu au langage binaire de l’informatique. Au fil des dernières années, nous sommes insensiblement passés d’une diplomatie de l’artifice sans intelligence à une diplomatie de l’intelligence artificielle pour déboucher aujourd’hui, et peut-être plus encore demain, sur une diplomatie de l’intelligence sans artifice.

LA RÉVOLUTION DIPLOMATIQUE FABUSIENNE : LA DIPLOMATIE DE L’ARTIFICE SANS INTELLIGENCE

Le Quai d’Orsay se remet à peine de l’ouragan Fabius (inconnu des météorologues mais bien connu des diplomates) qui lui impose d’en finir avec le monde d’hier pour entrer de plain-pied dans le… Continuer la lecture

LA DGSE  EN DANGER DE SE TRANSFORMER EN NSA  A LA FRANCAISE…

La rédaction transporte ses quartiers dans le Corne de l’Afrique, avant de prendre la mer pour rejoindre Madras/Chennaï en Inde, début avril. D’ici là nous assurons la publication et la diffusion de prochetmoyen-orient.ch, des principaux articles de votre hebdomadaire numérique – à l’exception des deux séries de brèves (En bref et dans La Presse). En vous priant de nous excuser de ces désagréments, nous continuons à vous souhaiter bonne lecture et bonne semaine.

La rédaction

LA DGSE  EN DANGER DE SE TRANSFORMER EN NSA  A LA FRANCAISE…

Djibouti, 17 mars.

Le 17 février dernier, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, les trois patrons des grands services européens de renseignement – Bruno Kahl pour le BND allemand, Alex Younger pour le MI6 britannique et Bernard Emié pour la DGSE – se sont affichés ensemble publiquement pour dire qu’ils travaillaient ensemble… On est rassuré ! Mais cette première avait, semble-t-il, une toute autre fonction : malgré les turbulences du Brexit, il fallait absolument communiquer – co-mmu-ni-quer – pour souligner une convergence sur les conflits en cours au Proche-Orient, sur la lutte anti-terroriste et sur la défense de l’Europe alors que, sur ce dernier dossier, la France apparaît très isolée en soutenant une conception d’« Europe-puissance » dont personne ne veut !

Un diplomate allemand de haut rang a, aussitôt recadré les choses : « les Français sont nos alliés stratégiques. Et, dans le domaine du renseignement, nous travaillons ensemble – unis – comme avec nos partenaires britanniques. Mais, bien entendu,… Continuer la lecture

LIBAN : QUAND GEBRAN BASSIL SINGE BACHIR GEMAYEL…

En 1984, notre ami Jonathan Randal – grand connaisseur du Liban et reporter au Washington Post – publie un livre capital et essentiel à la compréhension de la guerre civilo-régionale du Liban (1975 – 1990) : La Guerre de mille ans – Jusqu’au dernier Chrétien, jusqu’au dernier marchand, la tragédie du Liban1. Il explique comment la folie des « seigneurs de la guerre » chrétiens-maronites, l’ingérence des services israéliens et la complicité des diplomates américains ont plongé un peuple dans un bain de sang et réduit un Etat à néant. Il retrace l’histoire à peine croyable de la prise de contrôle par les Maronites des banques, du commerce, des armes et de tous les trafics du Proche-Orient.

En 1994, la politologue Régina Sneifer signe un autre ouvrage magistral : Guerres maronites – 1975 – 19902. Elle y retrace les configurations familiales, géographiques et économiques d’affrontements fratricides extrêmement meurtriers entre les Chrétiens maronites, surtout à partir de mai 1978 lorsqu’intervient l’éclatement du Front national Libanais (FNL). La clientèle de la famille Gemayel et le parti des Phalanges (Kataëb) se tournent vers Israël, tandis que les grandes familles du Nord, regroupées autour du président du Liban Sleiman Frangié – les « Arabes chrétiens » – refusent l’« alignement sioniste » au nom de leur appartenance au monde arabe. Cette confrontation conduit à l’assassinat du fils du président – Tony Frangié – afin de faciliter l’accès à la présidence du Liban de Bachir Gemayel3.

En mai 2009, l’auteur de ces lignes publie à son… Continuer la lecture