Observatoire Géostratégique

numéro 208 / 10 décembre 2018

Editorient

LIBAN : LE PRESIDENT AOUN EST ATTAQUE DE TOUTES PARTS…

Tripoli (Liban, 29 septembre).

Les dernières évolutions de la guerre civilo-globale de Syrie donne pleinement raison au général Michel Aoun, président du Liban depuis le 31 octobre 2016. Adopté en février 2006 par son parti – le Courant patriotique libre (CPL) – et le Hezbollah, le Document d’entente a permis de conforter la résistance face aux agressions israéliennes qui se poursuivent quotidiennement malgré la cinglante défaite de Tel-Aviv en août 2006. Durant l’été 2013, le Hezbollah a officialisé son engagement militaire en Syrie, permettant ainsi d’empêcher des incursions et la formation de sanctuaires jihadistes sur le territoire libanais.

« En effet, sans l’action défensive du Hezbollah, les terroristes de Jabhat al-Nosra et de Dae’ch étaient, à l’époque, en position de prendre le port de Tripoli et de s’y implanter durablement », rappellent plusieurs responsables politiques de la ville portuaire, deuxième agglomération du Liban en ajoutant ; « c’est pour cette raison géopolitique essentielle que le camp du 14 mars, ses alliés – dont le leader druze Walid Joumblatt – et toutes leurs clientèles liées à l’Arabie saoudite et à Israël s’en prennent aujourd’hui si violemment au président Michel Aoun attaqué de toutes parts ».

UNE PAGE D’HISTOIRE

Avant d’arriver aux responsabilités de la présidence de la République, le général Michel Aoun a été le chef des Forces armées du pays de 1984 à 1989, puis chef du gouvernement intérimaire de 1988 à 1990, jusqu’à la signature des Accords de Taëf. Mettant fin à quinze années d’une guerre civile particulièrement meurtrière, ces accords… Continuer la lecture

AVION RUSSE ABATTU EN SYRIE : MOSCOU ET TEL-AVIV DOIVENT REVOIR LEURS ACCORDS…

Beyrouth, 24 septembre.

Le 23 septembre 2018, le porte-parole du ministère russe de la défense Igor Konachenkov s’est exprimé durant une vingtaine de minutes sur les événements ayant abouti au crash du quadrimoteur russe Iliouchine-20, le 17 septembre dernier dans la région de Lattaquié. « Nous pensons que la responsabilité de la tragédie de l’avion Il-20 incombe entièrement à l’Armée de l’air israélienne », a-t-il affirmé. D’après ses explications, l’avion russe a bien été abattu par la défense anti-aérienne syrienne, mais celle-ci était en train de riposter contre plusieurs F-16 israéliens qui auraient sciemment utilisé l’appareil russe comme une couverture, afin de mener une attaque contre la province syrienne côtière de Lattaquié. Que s’est-il réellement passé ?

Le soir du 17 septembre dernier, l’Il-20 russe effectue une mission de renseignement sur la zone de désescalade d’Idlib – avec quinze personnes à bord -, lorsque quatre chasseurs F-16 quittent l’espace aérien israélien pour survoler les eaux internationales de Méditerranée, puis les côtes syriennes à la hauteur du port de Lattaquié. Non loin de là, à quelques dizaines de kilomètres au sud, se trouve la base aérienne russe de Hmeimim. « Moins d’une minute avant son attaque, l’aviation israélienne a prévenu la tour de contrôle de Hmeimim, ne laissant ainsi aucune chance aux avions russes alors en mission, d’adopter la moindre procédure de sécurité », a précisé Igor Konachenkov.

D’autant que les informations tardives se sont révélées parfaitement erronées. En effet, selon le porte-parole de la Défense russe, l’armée de l’air israélienne aurait déclaré s’apprêter à… Continuer la lecture

TERRORISME : LE DRIAN ABUSE DU CHOUCHEN1

C’est proprement sidérant ! Les mots manquent… et on peine vraiment à comprendre les raisons de ce nouvel accident de la diplomatie française. Mardi dernier, le patron du Quai d’Orsay a appelé le « régime syrien » et son allié russe à la « retenue » à Idlib, craignant qu’une offensive contre cette province ne disperse les jihadistes « qui sont des risques pour demain ».

Alors que la reconquête de la province d’Idlib – à l’ouest d’Alep – a commencé (voir « Idlib : une schizophrénie occidentale » dans prochetmoyen-orient.ch de la semaine dernière), Jean-Yves Le Drian a déclaré sur une chaine de télévision en continu : « il y a un risque sécuritaire dans la mesure où dans cette zone se trouvent beaucoup de jihadistes, se réclamant plutôt d’AlQaïda, qui sont entre 10.000 et 15.000 et qui sont des risques pour demain pour notre sécurité», évaluant à « quelques dizaines » le nombre des combattants français parmi eux ». Il a ajouté qu’ils « risquent de se trouver dispersés si l’offensive syrienne et russe se mettait en œuvre dans les conditions que l’on imagine aujourd’hui ».

Évoquant aussi le risque d’une catastrophe humanitaire dans cette région où se trouveraient quelque trois millions de personnes (à voir…), il aussi affirmé que le précédent d’Alep, autre bastion terroriste libéré en décembre 2016, ne serait « rien par rapport à l’horreur que cela peut représenter ». Il s’est même trouvé un fonctionnaire illuminé des Nations unies pour prédire « la pire des tragédies humanitaires du XXIème siècle ». Diantre !… Continuer la lecture

LE CONSEIL ANTICONSTITUTIONNEL !

« La plus grande action magique de l’homme est d’établir des lois » (Tommaso Campanella). Pour ce qui est de notre Douce France, on pourrait ajouter aux normes les institutions. Il est bien connu dans notre pays que si l’on n’a pas de pétrole, on a heureusement des usines à gaz. Qui n’a pas entendu au moins une seule fois dans sa vie prononcé le terme magique, voire liturgique de Conseil constitutionnel ? À l’entendre, on est pris d’une envie irrésistible de se prosterner devant le Saint-Chrême de tout bon juriste qui se respecte. Une institution au-dessus de tout soupçon qui inspire naturellement la confiance quant à son indépendance, son objectivité, sa compétence, son expertise. Rares sont ceux – téméraires à tous les sens du terme – qui s’aventurent à formuler la moindre critique contre ce monument de la pensée à la française, ce Panthéon de la puissance du droit français !

Cela ne serait pas convenable, comme on le disait dans des temps révolus dans les bonnes maisons. Mais, à y regarder de plus près, les structures comme notre Cour suprême, ont une façade qui ne ressemble pas à son intérieur. Les ravalements de façade ne s’attaquent pas à la structure et aux fondations même de l’édifice. Comme souvent dans notre pays, il existe un gouffre entre des principes grandiloquents et des pratiques coupables. C’est pourquoi, il importe de s’arrêter quelques instants sur le cas du Conseil constitutionnel. Parfaite institution en théorie, elle apparait plus douteuse en pratique.

UNE INSTITUTION PLUS… Continuer la lecture

LA DEMOCRATISATION, NECESSITE POLITIQUE OU STRATAGEME POUR JUSTIFIER LE DROIT D’INGERENCE ?

Texte de l’intervention de Michel Raimbaud au colloque de l’UFAC (Union des Universitaires Algériens et Franco algériens), dont la 5eme session s’est tenue à Marseille le 7 avril 2018, sous le thème « Méditerranée : enjeux pour la paix dans la diversité ». Ancien Ambassadeur de France au Soudan, en Mauritanie et au Zimbabwe, auteur de « Le Soudan dans tous ses états : L’espace soudanais à l’épreuve du temps » Paris Karthala 2012 et « Tempête sur le Grand Moyen Orient », éditions Ellipses 2015, réédition 2017.

La rédaction

LA DEMOCRATISATION, NECESSITE POLITIQUE OU STRATAGEME POUR JUSTIFIER LE DROIT D’INGERENCE ?

Les sujets proposés à la réflexion et au débat d’aujourd’hui sont évidemment tous d’actualité. Il n’a donc pas été facile de faire un choix. Pourtant l’un des thèmes proposés a attiré mon attention. A la lumière des expériences nombreuses -pour ne pas dire innombrables- où la « démocratisation » est présentée comme l’enjeu principal, on peut effectivement se demander si celle-ci est «une nécessité politique ou plutôt un stratagème (de classe) pour la prise de pouvoir»…

Sûrement un stratagème dans bien des cas, mais pas forcément un stratagème « de classe » au sens marxiste du terme, dans la mesure où il vise très souvent à remplacer le parti ou le candidat « blanc bonnet » par le candidat ou le parti « bonnet blanc », le tenant du titre et son challenger partageant en général les mêmes idées, offrant les mêmes options à des détails près. Les… Continuer la lecture