Observatoire Géostratégique

numéro 191 / 13 août 2018

Editorient

Editorient du 13 juillet 2015

Eternelle Germaine Tillion !

Le 27 mai dernier, Germaine Tillion, ethnologue et résistante auvergnate, fait son entrée au Panthéon. Elle accompagne sous la coupole Jean Zay, Pierre Brossolette et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, quatre figures de la Résistance. L’Association France-Algérie1, qui fut créée notamment grâce à elle et qu’elle présida quelque temps, rend hommage à cette grande dame dans un petit ouvrage qui vient de paraître2. Dans sa préface, Jean-Pierre Chevènement écrit : « La dimension algérienne de la vie de Germaine Tillion est décisive. De ses premières missions d’ethnologie dans les Aurès à son action au cabinet du gouverneur général à Alger, elle a toujours lié l’action sur le terrain, la connaissance, la réflexion et la volonté de peser sur le cours des événements ».

Licenciée ès-lettres, Germaine Tillion est aussi diplômée de l’Ecole pratique des hautes études à Londres, puis de l’Ecole des langues orientales. Elle se spécialise en ethnologie, alors discipline en plein renouveau sous l’égide de Marcel Mauss (1872 – 1950), considéré comme le père de l’ethnographie en France et de Louis Massignon (1883 – 1962). Ce dernier l’encourage à partir dans un pays qui va prendre une place très importante dans sa vie, tant dans ses recherches que dans son « cœur » : l’Algérie. De 1935 à 1940, à 25 ans, elle part étudier la situation et le rôle des femmes berbères des Chaouias, dans la montagne des Aurès, massif du… Continuer la lecture

Editorient du 6 juillet 2015

Guy Mettan déconstruit la russophobie et la presse occidentales !

Ce livre1 est certainement l’une des contributions les plus importantes à la réflexion géopolitique des dix dernières années. Bien-sûr, les grands médias mainstream n’en parleront pas parce qu’il dresse aussi un bilan épistémologique sans concession des pratiques journalistiques en vogue depuis l’invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003. Chacun se souvient que le Washington-Post, le New York Times et le Los Angeles Times avaient complaisamment relayé les mensonges d’Etat – Saddam Hussein est un copain d’Oussama Ben Laden et ses armes de destruction peuvent mettre en péril la planète toute entière en moins de 45 minutes -, donnant ainsi le « la » à presque toute la presse occidentale qui avait justifié cette nouvelle « guerre humanitaire ». Le nombre des victimes civiles de cette « brillante » opération est toujours classifiée « confidentiel défense », comme le sont aussi les exactions actuelles de la soldatesque ukrainienne alliée de l’Occident…

Cette salutaire entreprise de double déconstruction est opérée par Guy Mettan qui n’est pas un perdreau de l’année. Actuel directeur du Club suisse de la presse, ce journaliste chevronné a été, notamment rédacteur en chef de la Tribune de Genève et président du Grand Conseil (parlement) de la République et Canton de Genève. On lui doit déjà une dizaine d’ouvrages sur la géopolitique des Alpes, sur l’histoire politique de la Suisse et de Genève, ainsi que sur… Continuer la lecture

Editorient du 29 juin 2015

Le régime saoudien massacre le peuple yéménite

A l’été 2014, quand Dae’ch menaçait d’envahir le Kurdistan irakien et d’attaquer Bagdad, les pétromonarchies promettaient d’envoyer des chasseurs bombardiers et de l’argent au soutien de la coalition dirigée par les Etats-Unis en vue de contenir les extrémistes. Aujourd’hui Daesh a conquis Palmyre en Syrie et remporté la bataille de Ramadi en Irak, sans qu’aucun avion occidental ou des pays du Golfe ne tente de couper leur route. En revanche l’Arabie saoudite et ses alliés se sont engagés depuis le 26 mars dans une opération de bombardement brutale au Yémen, dans le but affiché de freiner la progression du mouvement Ansarullah et de sa milice houthi (de confession chiite) qui ont pris le pouvoir dans la capitale Sanaa au début de l’année.

L’opération était censée rééquilibrer les forces entre la coalition houthi (qui est élargie aux déçus du régime issu du reversement Ali Abdallah Saleh, dont certains partisans maintenant soutiennent les houthis) au profit des partisans du dernier président déchu et des sécessionnistes sud-yéménites, et il s’agissait tout autant d’éviter de dissuader le peuple yéménite (à majorité sunnite) de soutenir le nouveau pouvoir des houthis (chi’ites) et de montrer au sud de la péninsule arabique comme au nord, que le leadership saoudien sur le monde sunnite reste intact, malgré les dissensions internes à cette monarchie vieillissante aux allures de gérontocratie.

Comme c’est fréquemment le cas, les bombardements saoudiens, loin de dissocier la population yéménite du nouveau régime houthi, ont créé un mouvement de… Continuer la lecture

Editorient du 22 juin 2015

François l’Algérien…

La deuxième visite de François Hollande en Algérie, le 15 juin dernier, devait s’effectuer sous les auspices des affaires. Elle a été entièrement dominée par la question du terrorisme alors que Washington annonçait le succès d’un bombardement ayant visé Mokhtar Belmokhtar, le jihadiste le plus recherché du Sahel et qu’un double attentat-suicide causait la mort de 26 personnes à N’Djamena…

De fait, les entretiens que le président français a eu avec le premier ministre Abdelmalek Sellal, puis avec le président Abdelaziz Bouteflika, ont essentiellement porté sur la sécurité régionale : « nous avons exprimé préoccupation et solidarité par rapport à ce qui vient de se produire au Tchad, un attentat terroriste particulièrement barbare. Il ne fait pas de doute que c’est Boko-Haram qui en est responsable et qui devra rendre compte de cette horreur nouvelle », a déclaré François Hollande avant de féliciter l’Algérie, « actuellement en première ligne de la lutte contre le terrorisme dans la région sahélo-saharienne ». C’est toujours une bonne nouvelle lorsque la relation franco-algérienne/algéro-française se porte bien, mais cette embellie conjoncturelle ne va pas sans poser quelques questions plus profondes.

La rédaction de prochetmoyen-orient.ch a suivi la visite d’Etat effectuée en Algérie (Alger/Tlemcen – décembre 2012) par le président de la République française. Trait des plus sympathiques : gardant un excellent souvenir de son stage de l’ENA poursuivi à Alger en 1978, François Hollande tenait à faire sa première visite d’Etat dans ce pays « dont il gardait un si… Continuer la lecture

Editorient du 15 juin 2015

Lire et relire Le Rempart (2)…

Dans notre précédente livraison (prochetmoyen-orient.ch du 8 juin – numéro 26), nous expliquions pourquoi le livre d’Ali Haroun1 élève l’expérience endurée par l’Algérie durant la décennie sanglante (1988 – 1998) au niveau conceptuel de « paradigme » pour la compréhension du phénomène terroriste, ainsi que pour la recherche de moyens de riposte pertinents et appropriés. Plusieurs lectrices et lecteurs attentifs nous ont fait justement remarquer que l’un des autres enseignements essentiels de ce grand livre concerne la défense de l’Etat et des appareils d’Etat – au premier rang desquels l’armée -, sans lesquels aucune réponse durable ne peut être apporté…

Et le chapitre 1 du Rempart rappelle, justement les « Fondements du Haut Comité d’Etat » (HCE) qui a pu assurer la continuité des institutions algériennes après la suspension d’un processus électoral largement dévoyé. En reprenant la séquence des résultats du premier tour des élections législatives, de la démission du Président Chadli, de la saisine du Conseil constitutionnel et de la proclamation du HCE – le 14 janvier 1992 -, Ali Haroun tord le cou à la légende du « coup d’Etat » propagée par les islamistes et leurs alliés objectifs de l’opération « Qui-tue-qui ? » Dans ce contexte de la montée des périls, il décortique la terrible machine qui va broyer aussi le président Boudiaf, à Annaba, le 29 juin 1992.

Le lendemain des obsèques qui ont vu le héros porté en terre par une marée humaine, Ali Haroun… Continuer la lecture