Observatoire Géostratégique

numéro 201 / 21 octobre 2018

Editorient

Editorient du 4 mai 2015

Algérie : retour en grâce (2)

Notre « Editorient » du 6 avril dernier (numéro 17 de prochetmoyen-orient.ch) nous a valu nombre de courriers et de réactions. Il y a d’abord les injures récurrentes des nostalgiques de l’ « Algérie française », sinon de l’OAS pour lesquels l’Algérie ne pourra jamais accéder au statut d’Etat-nation à part entière. Ces fêlés qui ne se pardonnent toujours pas d’avoir raté De Gaulle au Petit clamart1 se sont, récemment réveillés pour condamner la participation du secrétaire d’Etat français chargé des Anciens combattants – Jean-Marc Todeschini – à la dernière cérémonie en hommage aux victimes algériennes de Sétif. Soixante-dix ans après ce massacre, c’était la première fois qu’un membre du gouvernement français assistait à cette commémoration.

Jean-Marc Todeschini a déposé une gerbe de fleurs devant le Mausolée de la première victime de la répression du 8 mai 1945, Saal Bouzid. Ce jour-là, alors que la France célébrait la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, les festivités tournèrent au drame à Sétif, Guelma et Kheratta, dans l’est de l’Algérie, où des nationalistes défilèrent, drapeaux algériens à la main. La répression des manifestations, considérées comme les prémices de la guerre de libération nationale, fit plusieurs dizaines de milliers de morts parmi les Algériens (vraisemblablement 45 000 victimes).

Devant une caméra de la chaîne de télévision France 3, l’eurodéputé et membre du Parti de Gauche Jean-Luc Mélenchon a estimé que « ce n’est pas la France qui est fautive, mais le colonialisme ». Il… Continuer la lecture

Editorient du 27 avril 2015

Ne pas tomber dans le piège !

Après l’attentat déjoué en France qui ciblait, dit-on, deux églises catholiques de Villejuif (Île de France), on apprend qu’un réseau islamiste projetait un attentat contre le Vatican. Etabli en Sardaigne, ce réseau a été démantelé ainsi que 18 personnes arrêtées, parmi lesquelles deux anciens gardes du corps d’Oussama Ben Laden, a annoncé la police italienne le 25 avril dernier.

Le responsable des services de renseignement à Cagliari en Sardaigne, Mario Carta, a indiqué qu’il n’y avait pour l’heure « aucune preuve », mais « une forte présomption » quant à un projet d’attentat contre l’Etat pontifical en 2010. Grâce à des écoutes téléphoniques, les enquêteurs ont pu s’intéresser sérieusement à ce projet d’attaque après avoir identifié des conversations mentionnant la « via della Conciliazione », la principale rue qui conduit au Vatican, ainsi que des propos « ironiques » tenus à l’encontre du pape. « Le jihad part d’Italie » affirme notamment l’un des suspects pendant une conversation enregistrée.

Accusées d’avoir pris part à des actions terroristes au Pakistan, les 18 personnes arrêtées appartiendraient à « une organisation dédiée aux activités criminelles transnationales s’inspirant d’Al-Qaïda et à d’autres factions radicales prônant la lutte armée contre l’Occident et l’insurrection contre l’actuel gouvernement du Pakistan ». D’après les enquêteurs italiens, le réseau « Tabligh Eddawa », dirigé par un imam résidant dans le nord de l’Italie, disposait « d’armes en abondance » ainsi que « de nombreux affiliés prêts à mener des actes terroristes… Continuer la lecture

Editorient du 20 avril 2015

Incohérences occidentales…

Barack Obama vient de renouer avec deux des ennemis historiques de l’Amérique : Cuba et l’Iran. Pour le premier, son inscription sur la liste des Etats soutenant le terrorisme prêtait plutôt à sourire. Assurément, Cuba ne représentait plus une menace stratégique pour les Etats-Unis depuis la fin des années 80. Néanmoins, les administrations américaines successives entretenaient pieusement ce vestige de la Guerre froide en raison du poids électoral – non négligeable – des Cubains de Miami. Et si un accord intermédiaire vient d’être signé avec l’Iran, nous sommes loin d’une normalisation stabilisée. Annoncée pour la fin juin – et même si elle se concrétise -, celle-ci ne traitera pas pour autant l’épicentre de l’arc de crises proche et moyen-oriental, à savoir le conflit israélo-palestinien. Par conséquent, les postures de la Maison blanche suffisent-elles à produire une politique étrangère ?

A tout le moins, peut-on parler d’une doctrine Obama ? « Nous faisons des ouvertures, mais nous préservons toutes nos capacités », répondait dernièrement le président des Etats-Unis. Merci Monsieur de la Palice… on ne saurait mieux dire. Pour l’éditorialiste du Wall Street Journal Daniel Henninger, la doctrine Obama, « c’est parler doucement et porter un grand bâton sans la moindre intention de l’utiliser ». Mais encore ?

Depuis son fameux discours du Caire sur l’Islam1 – destiné à tourner la page des attentats du 11 septembre 2001 et à améliorer les relations américaines avec les musulmans -, on ne… Continuer la lecture

Editorient du 13 avril 2015

LES FRERES MUSULMANS DEMASQUES !

Enfin un livre de fond1 sur la Confrérie des Frères musulmans ! On le doit à un jeune chercheur égyptien Chérif Amir, qui non seulement maîtrise la langue, l’histoire et la bibliographie du sujet, mais s’engage aussi sur le terrain, au-delà de la seule recherche universitaire, pour nous embarquer dans une enquête passionnante, importante et quasiment inédite.

Depuis 1928, date de sa création, le mouvement des Frères musulmans n’a cessé de comploter pour prendre le pouvoir en Egypte afin d’y imposer une idéologie réactionnaire et sectaire. L’histoire de la Confrérie s’enracine dans l’obsession du jeune imam Hassan el-Banna rêvant de reconstruire le califat islamique disparu quatre ans plus tôt, avec la chute de l’empire ottoman. De fait, le programme politique des Frères musulmans se réduit à reproduire à l’identique la première ère de l’Islam ; à faire revivre l’esprit du jihad (de ses formes plus modérées aux plus radicales, postulant la lutte armée) et à soumettre le monde à la bannière du Coran, selon les préceptes de son idéologue principal : Sayyed Qotb.

Et pour atteindre ses visées stratégiques, les tactiques employées par les Frères musulmans « ont toujours été machiavélique », nous dit Chérif Amir : « ils ont d’abord réussi à convaincre le dernier monarque de l’Egypte – le roi Farouk 1er -, de leur fidélité, tout en faisant de même avec le colonel Nasser, auprès de qui ils mirent en avant leur popularité parmi les Egyptiens, si bien que celui-ci,… Continuer la lecture

Editorient du 6 avril 2015

Algérie : retour en grâce…

De 1988 à 1998, l’Algérie a dû faire face à une vague de violences terroristes sans précédent. Rares sont les familles algériennes qui n’ont pas à déplorer une victime, un ou une disparu(e) durant ces années de plomb baptisées « la décennie noire » ou « la décennie sanglante ». A l’époque, ce pays méditerranéen majeur, l’un des trois grands du continent africain, n’a pas reçu beaucoup de soutiens internationaux et a dû faire face au terrorisme dans une quasi-solitude avec ses propres moyens. Pire, au plus fort de ces années sombres, une clique de « journalistes » et d’idéologues parisiens lançaient la campagne du « Qui-tue-qui ? » laissant entendre que les autorités algériennes étaient elles-mêmes responsables et l’unique responsable des tueries… jetant le plus lourd des discrédit sur l’armée et les autres appareils d’Etat du pays. Cette machinerie propagandiste a fait des dégâts considérables, non seulement en France, mais dans d’autres pays européens, aux Etats-Unis, ainsi qu’en Suisse…

Avec le temps, criminologues, historiens, anthropologues et autres experts et praticiens de terrain ont su et pu tordre le cou à cette campagne de désinformation et de diffamation fabriquant une deuxième mort insultante, insensée et insupportable pour l’ensemble des victimes d’un terrorisme qui décapitait déjà au nom de la restauration du Califat… Aujourd’hui, face à Nosra, Dae’ch, Boko-Haram, les Shebab somaliens et d’autres héritiers des GIA (Groupes islamiques armés) algériens en Syrie, en Irak, au Nigéria et dans d’autres pays de… Continuer la lecture