Observatoire Géostratégique

numéro 205 / 19 novembre 2018

Editorient

Editorient du 16 mars 2015

Les journalistes et la Syrie…

En 1974, Louis Althusser publie ses cours pour scientifiques sous le titre Philosophie et philosophie spontanée des savants1 où il explique que toute activité professionnelle fonctionne sur des a priori et génère sa conception du monde, conception foncièrement idéologique. La maladie ne lui laissa pas le temps de s’intéresser aux « journalistes » dont il disait qu’ils sont « les charlatans de la représentation ». Depuis, ces belles années du foisonnement structuralistes, les choses ne se sont pas arrangées… A défaut d’informer et de réfléchir, la presse parisienne d’aujourd’hui préfère les commémorations, anniversaires et autres célébrations. C’est moins fatiguant que de traquer l’actualité, ses rationalités et leurs sens. Ainsi, avons-nous dû faire face, dernièrement, à une avalanche de papiers « commémorant » le déclenchement de la guerre civile en Syrie. Exemple très symptomatique dans Le Figaro du 9 mars dernier : « Quatre ans après ses débuts, où en est la crise syrienne ? »

Que voilà un titre prometteur qui laisse entendre qu’à la lecture de ce qui suit, nous allons apprendre des choses… Malheureusement, alliant l’ignorance et le crétinisme des Alpes à un parti-pris idéologique que l’on peut qualifier d’ « occidentaliste », sinon d’ « atlantisme », s’enchaînent perles et poncifs qui accompagnent toute évocation de la Syrie de récurrences pavloviennes insultant l’intelligence. Mais il importe, néanmoins de déconstruire – aujourd’hui plus que jamais – ces mythologies moins barthésiennes que symptômes d’une orwellisation de la presse afin d’essayer de mieux… Continuer la lecture

Editorient du 9 mars 2015

Nucléaire : la vice-présidente d’Iran confiante…

Madame Masoumeh Ebtekar, vice-présidente iranienne était invitée à Paris par l’UNESCO pour la journée internationale de la femme, le 8 mars dernier. En marge de l’événement, elle a rencontré le ministre français des Affaires étrangères, donné une conférence à l’Académie diplomatique et accordé une interview à prochetmoyen-orient.ch.

Masoumeh Ebtekar est la première femme Vice-présidente de la République islamique d’Iran. Son premier mandat remonte à la Présidence de Mohammad Khatami de 1997 à 2005. En 1979, Masoumeh Ebtekar a activement participé à la Révolution Islamique. Elle fut la porte-parole des étudiants ayant encerclé l’Ambassade d’Iran. Aujourd’hui, la vice-présidente travaille activement à un rapprochement avec l’Europe et les Etats-Unis. Tout en soulignant que la mondialisation actuelle rend les relations, les dossiers et les crises « toujours plus complexes », elle dit vouloir « pratiquer le parler vrai » et un « sens des responsabilités adapté aux exigences d’un « monde fragile, fragmenté et dangereux ».

Sur le dossier du nucléaire, et malgré le dernier discours électoral – plutôt grotesque – de Benyamin Netanyahou devant le Congrès américain, la vice-présidente fait preuve d’une confiance et d’un espoir et réfléchis : « la négociation progresse positivement et j’ai senti que monsieur Laurent Fabius se félicite maintenant de travailler plus directement avec l’Iran (…) Il y a maintenant un consensus général sur le fait que l’Iran peut jouer un rôle positif, proactif et salutaire dans les régions en crise des Proche et Moyen-Orient. En Iran, l’ensemble de… Continuer la lecture

Editorient du 2 mars 2015

La bourde de Gérard…

Le voyage de quatre parlementaires français à Damas « a fait le buzz », comme disent les jeunes gens. Depuis la fermeture de l’ambassade de France à Damas en mars 2012, c’est effectivement le premier événement officiel qui pose les bonnes questions sur une relation bilatérale brutalement et unilatéralement interrompue par Paris, sur la coopération des services de renseignement et sur l’utilité, sinon la fonction minimale du métier.

Malheureusement, le format et le cadrage d’une telle visite ont été quelque peu improvisés et brouillés par la présence de « porteurs d’affaires » et d’ex-barbouzes, présents à la périphérie de cet événement important. Quoiqu’il en soit, ces impuretés logistiques ne méritaient pas le flot de colères et d’injures, plus ou moins maîtrisées, des autorités françaises : le président de la République et le Premier ministre ont préféré dire qu’ils n’étaient pas au courant (ce qui est une contre-vérité, sinon un pur mensonge) ; la très kouchnérienne présidente de la Commission des Affaires étrangères a condamné clairement l’opération, tandis que le patron du Parti socialiste en a profité pour traiter à nouveau le président syrien de « boucher », comme s’il était le seul responsable d’une guerre civile qui a fait plus de 200 000 morts… Symptomatique d’une prétention bien française à dire la morale et le droit avant même de procéder à une expertise politique, militaire et diplomatique factuelle, équilibrée et honnête. Quelques jours avant cette visite, le représentant spécial des Nations unies chargé de la… Continuer la lecture

Editorient du 23 février 2015

UN BIEN ETRANGE COLLOQUE GENEVOIS…

Les 16 et 17 février derniers, s’est tenu un bien curieux colloque intitulé : « trouver l’équilibre entre le contre-terrorisme et les droits de l’homme », dans un palace de la riviera genevoise. Organisée par une ONG norvégienne (GNRD – Global Network for Rights and Development), financée notamment par des hommes d’affaires dont Mohamad Dahlan (l’ancien chef des services palestiniens de sécurité), cette réunion avait officiellement pour objectif de proposer à l’Assemblée générale des Nations unies une nouvelle convention destinée principalement à faciliter la coopération des services de renseignement pour lutter plus efficacement contre le terrorisme… Vaste programme !

Parmi une soixantaine de délégations étrangères – dont la majorité issue des représentations diplomatiques installées à Genève auprès des Nations unies -, on a pu remarquer plusieurs responsables des services de renseignement pakistanais, afghan, égyptien et turc. Une équipe, très diversifiée, des différents services israéliens était omniprésente dans la plupart des ateliers et tables rondes ainsi que plusieurs observateurs de la Mission britannique auprès de l’ONU. Le président du GNRD, le Dr. Loai Deeb a introduit les travaux en insistant notamment sur les dimensions quantitatives du terrorisme (nombre d’attentats et de victimes, superficie territoriales contrôlées par des organisations terroristes, etc.), avant d’insister sur les bienfaits annoncés de sa convention destinée à réconcilier les services spéciaux et les ONGs spécialisées en défense des droits humains… Autre vaste programme ! Ensuite, tout le monde s’est égayé dans différents ateliers (suivi de la Convention, radicalisation, réseaux numériques, services… Continuer la lecture

Editorient du 16 février 2015

LA CONTREFACON FINANCE AUSSI LE TERRORISME !

Comme nous le rappelons dans cette livraison l’Arabie saoudite et le Qatar portent une responsabilité majeure dans le financement de l’expansion de l’islamisme radical. A cette évidence géopolitique, plusieurs affaires soulignent le rôle important de l’économie souterraine constituée par la contrefaçon dans le financement des réseaux et de la logistique des attentats. Ce sont des actions qui ne demandent en effet qu’un faible financement et peu de logistique en termes d’organisation. La comptabilité scrupuleuse tenue par Bensaïd, le cerveau des attentats de 1995 l’a démontré.

Comment s’organise les filières de la contrefaçon et peut-on en esquisser une cartographie, sinon une géopolitique? La contrefaçon est très bien organisée au niveau international. Il s’agit de réseaux très bien structurés dont les résultats financiers sont impressionnants, venant en deuxième position après les stupéfiants, dans le cadre de l’activité opaque des filières relevant du crime organisé. On parle d’un chiffre annuel s’élevant à 450 milliards de dollars par an, soit 10% du montant du chiffre du commerce mondial. Outre les atteintes aux économies nationales et à l’image des marques, la contrefaçon reste une activité très lucrative pour ses auteurs et les participants à la chaîne opérationnelle. Elle touche plusieurs domaines: cigarettes, médicaments, produits de luxe, cosmétiques et parfums, vins et spiritueux, maroquinerie, etc.

Elle s’organise sur plusieurs continents et tend à se développer au niveau virtuel ! Pour des raisons politiques et historiques, certains pays sont considérés comme producteurs (Chine par exemple, mais aussi Russie), d’autres… Continuer la lecture