Observatoire Géostratégique

numéro 218 / 18 février 2019

Editorient

Editorient du 15 juin 2015

Lire et relire Le Rempart (2)…

Dans notre précédente livraison (prochetmoyen-orient.ch du 8 juin – numéro 26), nous expliquions pourquoi le livre d’Ali Haroun1 élève l’expérience endurée par l’Algérie durant la décennie sanglante (1988 – 1998) au niveau conceptuel de « paradigme » pour la compréhension du phénomène terroriste, ainsi que pour la recherche de moyens de riposte pertinents et appropriés. Plusieurs lectrices et lecteurs attentifs nous ont fait justement remarquer que l’un des autres enseignements essentiels de ce grand livre concerne la défense de l’Etat et des appareils d’Etat – au premier rang desquels l’armée -, sans lesquels aucune réponse durable ne peut être apporté…

Et le chapitre 1 du Rempart rappelle, justement les « Fondements du Haut Comité d’Etat » (HCE) qui a pu assurer la continuité des institutions algériennes après la suspension d’un processus électoral largement dévoyé. En reprenant la séquence des résultats du premier tour des élections législatives, de la démission du Président Chadli, de la saisine du Conseil constitutionnel et de la proclamation du HCE – le 14 janvier 1992 -, Ali Haroun tord le cou à la légende du « coup d’Etat » propagée par les islamistes et leurs alliés objectifs de l’opération « Qui-tue-qui ? » Dans ce contexte de la montée des périls, il décortique la terrible machine qui va broyer aussi le président Boudiaf, à Annaba, le 29 juin 1992.

Le lendemain des obsèques qui ont vu le héros porté en terre par une marée humaine, Ali Haroun… Continuer la lecture

Editorient du 8 juin 2015

Lire et relire Le Rempart…

Les colloques consacrés au « terrorisme » se suivent et se ressemblent, sauf – assurément celui qui s’est tenu à Genève, le 27 mai dernier, à l’initiative notamment de votre magazine en ligne prochetmoyen-orient.ch1. Pour la doxa dominante, Dae’ch et ses méthodes « barbares » ont vu le jour… en Irak ! L’affaire est entendue par la presque totalité des experts cathodiques qui oublient tout simplement que les mêmes méthodes meurtrières ont largement eu cours en Algérie entre 1988 et 1998, une décennie noire et sanglante qui a fait quelque 200 000 victimes. Durant cette même période, les idéologues des GIA (Groupes islamiques armés) avaient déjà proclamé la renaissance du Califat en multipliant leurs atrocités dans une indifférence internationale généralisée.

Un ouvrage clef, fondamental et définitif éclaire cette période et l’ensemble des modus operandi mis en œuvre à l’époque. Son enquête historique, ses témoignages et ses déconstructions permettent d’établir les « filiations » – au sens bachelardien du terme, c’est-à-dire de manière conceptuelle et actualisée -, permettant justement de comprendre d’où vient réellement Dae’ch et ses différentes tactiques mortifères. Evidemment, paru en 2013, cet ouvrage2 fabriqué et diffusé par une maison algérienne – Casbah-Editions -, n’a pu crever le plafond de verre des intelligentsias francophones blablatant au rythme des modes de Saint-Germain-des-Prés.

La censure passive – mais parfois délibérément orchestrée – dont a été victime ce travail pourtant essentiel à la compréhension du phénomène terroriste contemporain, s’explique par bien d’autres ruses… Continuer la lecture

Editorient du 1er juin 2015

Un colloque à Genève…

Le 27 mai dernier s’est tenu à Genève un colloque bien intéressant : Le moment terroriste – anciennes menaces, nouveaux enjeux et mutations. Co-organisé par le GCSP (Geneva Center for Security Policy), le GIPRI (Institut international de recherches pour la paix) et votre magazine prochetmoyen-orient.ch, il a réuni une cinquantaine des meilleurs experts internationaux.

Les différentes interventions ont permis de sortir des grands récits convenus qui ressurgissent inévitablement dès qu’il est question de « terrorisme « et de sa « scène ». Nous voulions insister sur cet aspect de la « représentation » en reprenant le concept clé de Guy Debord, articulé dans son ouvrage « La société du spectacle ». Pour cette raison, nous avons organisé notre premier atelier autour de la « communication », au sens large, des différents acteurs d’un « moment » terroriste qui s’inscrit dans la longue durée, sinon qui constitue le plus vieux métier du monde…

Le deuxième atelier concernait, évidemment, l’évolution de la cartographie et de la géopolitique de la menace et l’examen des stratégies de Dae’ch. Le troisième se voulait plus opérationnel en s’articulant autour de la question léniniste imparable : que faire ? Dans le périmètre de ce cadrage épistémologique, il nous apparaissait très important, non seulement de reconstituer quelques filiations historiques essentielles (anciennes menaces) mais aussi de restituer la spécificité de la lutte anti-terroriste menée en Algérie entre la fin des années 80 et celle des années 90. Dès cette… Continuer la lecture

Editorient du 25 mai 2015

Un nouveau Guide des Egarés…

Jean-Michel Vernochet, politologue brillant et reconnu, vient de nous livrer la quatrième édition de son merveilleux petit ouvrage – Les Egarés/Le wahhabisme est-il un contre Islam ?1 -, un grand livre qu’il faut lire, relire et dont il faut parler et reparler dans le contexte actuel du dernier coup d’Etat sudeïri en Arabie saoudite…

Si le Guide des égarés de Maïmonide (1135 – 1204) a inspiré l’écriture du Traité Théologico-politique de Spinoza qui établissait une ligne de démarcation entre foi et raison, entre théologie et philosophie, entre églises et Etat, Les Egarés de Vernochet nous permet d’y voir certainement plus clair, nettement plus clair, au royaume pétrolier des Saoud et, d’une manière plus large, dans ce Proche-Orient enchevêtré de religions, de politiques, d’hydrocarbures et d’ingérences extérieures.

Très documentée, et s’appuyant sur les plus grands islamologues, la dissertation de Jean-Michel Vernochet constitue une véritable démonstration : non content d’avoir baptisé le plus grand pays de la péninsule arabique du nom d’une dynastie, la monarchie en question s’est dotée d’une doctrine dont elle prétend qu’elle seule incarne et restitue la « vraie religion ». Gonflé non ! Le wahhabisme, source d’inspiration et support, de près ou de loin, de tous les radicalismes musulmans, est un islam déviant, nous dit l’auteur, et même, d’un certain point de vue, un « anti-Islam » ; ce que les oulémas férus d’eschatologie nomment le « faux messie » [Dajjal]… Continuer la lecture

Editorient du 18 mai 2015

Paris, Alger, blabla…

Les relations Paris/Alger (on dit rarement Alger/Paris, comme si ce sens unique allait de soi) nourrissent régulièrement la publication d’ouvrages plus ou moins pertinents. Commis par deux journalistes parisiens (l’un à TFI, l’autre au Journal du dimanche), le dernier en date1 est encore plus consternant que les précédents… mais mérite néanmoins un commentaire, tant par ses erreurs, ses absences que ses dits et non-dits idéologiques.

Pas prétentieuse pour deux sous, l’introduction nous avertit, tenez-vous bien : « cette enquête analyse [tous] (tous – c’est nous qui soulignons !) les ressorts de la relation franco-algérienne ». Enfin, vous allez voir ce que vous allez voir ! Effectivement, le chapitre deux s’ouvre déjà sur une bourde majeure situant le « voyage historique de Jacques Chirac à Alger » en… mars 2012… En fait, celui-ci survenait quelque temps après le fameux discours non moins historique de Dominique de Villepin devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 14 février 2003. Le 2 mars 2003, le président français enflammait la corniche de la pêcherie entre la place de la Grande poste et la Wilaya d’Alger. Le lendemain, le 3 mars 2003, depuis l’université d’Oran, Jacques Chirac nous faisait pleurer dans son adresse à la jeunesse algérienne, expliquant pourquoi la France éternelle n’ajouterait pas une guerre supplémentaire à un Proche-Orient déjà suffisamment meurtri. Là-dessus, évidemment pas un mot ! Ajoutons que c’est à feu l’ambassadeur Daniel Bernard (qui fût l’un de nos très grands diplomates) que l’on… Continuer la lecture