Observatoire Géostratégique

numéro 235 / 17 juin 2019

Editorient

Editorient du 3 août 2015

Impostur-que…

Le mercredi 29 juillet dernier, après des mois de tractations, le président turc Recep Tayyip Erdogan a finalement trouvé un accord avec l’administration Obama, donnant aux Américains un feu vert effectif à l’utilisation de la base aérienne d’Incirlik (au sud du pays) afin de mener des bombardements en Syrie contre les combattants de Dae’ch, l’organisation « Etat islamique ».

Les derniers raids de l’aviation turque contre des bases des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le nord de l’Irak ont fait au moins six morts civils- le samedi 1er août – ont confirmé des responsables locaux alors que l’offensive d’Ankara contre ces rebelles turcs est entrée dans sa deuxième semaine. Vers 04h00 locales (01h00 GMT) des avions de combat turcs ont bombardé le village de Zarkel, dans la région de Rawandouz, à l’est d’Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien. Un responsable local, Nehro Abdallah, a indiqué que deux femmes avaient été tuées dans ces raids qui ont détruit plusieurs bâtiments. D’autres victimes sont à déplorer, toutes membres du PKK, considéré par Ankara et ses alliés occidentaux comme une « organisation terroriste ».

« Nous avons reçu six corps et huit blessés après les raids turcs », a déclaré pour sa part Maqsoud Ismaïl Omar, médecin et responsable des services de santé dans la localité de Soran. Depuis le 24 juillet, des F-16 turcs visent principalement des cibles kurdes en Turquie et en Irak, ainsi… Continuer la lecture

Editorient du 27 juillet 2015

Pieds de nez et pesanteurs de l’Histoire…

Les pieds de nez de l’Histoire sont toujours très instructifs. Il y a déjà plus de vingt ans, exactement de la fin des années quatre-vingt à celle des années quatre-vingt-dix -, soit durant plus d’une décennie, l’Algérie faisait face à une vague de terrorisme inédite extrêmement meurtrière ; et ce, dans l’indifférence internationale la plus générale. Des Algériens tuaient d’autres Algériens… Cela n’intéressait presque personne comme si l’événement correspondait à la « nature » profonde du pays, comme si l’Algérie payait une dette « légitime », comme si ce n’était pas volé, sinon presque normal… Malheureusement, on ne sait que trop d’où viennent et où nous mènent ces conceptions essentialistes, mais comme nous l’enseigne Platon dans sa République, l’Histoire est une « déperdition » contre laquelle les hommes de bonne volonté doivent lutter sans cesse : laboureurs de la mer…

Au milieu des années 1990, il s’est même trouvé une bande de salopards – il n’y a pas d’autres termes -, pour attribuer l’ensemble des massacres aux cadres du pays, alors que la plupart d’entre eux devaient déplorer dans leur famille ou chez leurs proches, des morts, des disparus ou des mutilés. Ce fût l’odieuse campagne du « Qui-tue-qui ? », une campagne de désinformation destinée au démantèlement de l’Algérie dont l’indépendance et la souveraineté faisaient obstacle à de puissants intérêts. Piétinant tous souvenirs, mémoires et enseignements, la même machinerie est… Continuer la lecture

Editorient du 20 juillet 2015

Vers un Yalta proche-oriental…

Il est clair que la signature de l’accord sur le nucléaire iranien (entre Téhéran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu et l’Allemagne), le mardi 14 juillet dernier à Vienne, a provoqué un coup de tonnerre dans les cieux proche-orientaux… Les Emirats arabes unis et le Koweït ont respectivement transmis des télégrammes de félicitation à Téhéran pour cet « accord historique » et d’espoir pour cette « nouvelle page » vers la stabilité et la sécurité dans la région. Masquant mal son inquiétude, l’Arabie saoudite a adressé à son grand rival régional son souhait de bâtir de « meilleures relations » sur la base du « bon voisinage et de la non-ingérence dans les affaires internes ».

Ces félicitations polies et vœux pieux dissimulent mal la réelle inquiétude des puissances arabes sunnites de voir les appétits régionaux de Téhéran aiguisés par son retour sur la scène internationale et pétrolière. A défaut de connaître une nouvelle escalade avec le rival chi’ite, cette situation nouvelle va continuer à nourrir l’obsession chi’ite de Riyad et son inquiétude de voir des « hérétiques » peser davantage, non seulement sur les conflits régionaux, mais aussi sur un Islam plus lointain en Afrique, en Asie, voire en Europe…

Que s’est-il passé ? Après douze ans de négociation et plus de trente ans de confrontation avec les Etats-Unis, la diplomatie iranienne est arrivée à ses fins :… Continuer la lecture

Editorient du 13 juillet 2015

Eternelle Germaine Tillion !

Le 27 mai dernier, Germaine Tillion, ethnologue et résistante auvergnate, fait son entrée au Panthéon. Elle accompagne sous la coupole Jean Zay, Pierre Brossolette et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, quatre figures de la Résistance. L’Association France-Algérie1, qui fut créée notamment grâce à elle et qu’elle présida quelque temps, rend hommage à cette grande dame dans un petit ouvrage qui vient de paraître2. Dans sa préface, Jean-Pierre Chevènement écrit : « La dimension algérienne de la vie de Germaine Tillion est décisive. De ses premières missions d’ethnologie dans les Aurès à son action au cabinet du gouverneur général à Alger, elle a toujours lié l’action sur le terrain, la connaissance, la réflexion et la volonté de peser sur le cours des événements ».

Licenciée ès-lettres, Germaine Tillion est aussi diplômée de l’Ecole pratique des hautes études à Londres, puis de l’Ecole des langues orientales. Elle se spécialise en ethnologie, alors discipline en plein renouveau sous l’égide de Marcel Mauss (1872 – 1950), considéré comme le père de l’ethnographie en France et de Louis Massignon (1883 – 1962). Ce dernier l’encourage à partir dans un pays qui va prendre une place très importante dans sa vie, tant dans ses recherches que dans son « cœur » : l’Algérie. De 1935 à 1940, à 25 ans, elle part étudier la situation et le rôle des femmes berbères des Chaouias, dans la montagne des Aurès, massif du… Continuer la lecture

Editorient du 6 juillet 2015

Guy Mettan déconstruit la russophobie et la presse occidentales !

Ce livre1 est certainement l’une des contributions les plus importantes à la réflexion géopolitique des dix dernières années. Bien-sûr, les grands médias mainstream n’en parleront pas parce qu’il dresse aussi un bilan épistémologique sans concession des pratiques journalistiques en vogue depuis l’invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003. Chacun se souvient que le Washington-Post, le New York Times et le Los Angeles Times avaient complaisamment relayé les mensonges d’Etat – Saddam Hussein est un copain d’Oussama Ben Laden et ses armes de destruction peuvent mettre en péril la planète toute entière en moins de 45 minutes -, donnant ainsi le « la » à presque toute la presse occidentale qui avait justifié cette nouvelle « guerre humanitaire ». Le nombre des victimes civiles de cette « brillante » opération est toujours classifiée « confidentiel défense », comme le sont aussi les exactions actuelles de la soldatesque ukrainienne alliée de l’Occident…

Cette salutaire entreprise de double déconstruction est opérée par Guy Mettan qui n’est pas un perdreau de l’année. Actuel directeur du Club suisse de la presse, ce journaliste chevronné a été, notamment rédacteur en chef de la Tribune de Genève et président du Grand Conseil (parlement) de la République et Canton de Genève. On lui doit déjà une dizaine d’ouvrages sur la géopolitique des Alpes, sur l’histoire politique de la Suisse et de Genève, ainsi que sur… Continuer la lecture