Observatoire Géostratégique

numéro 231 / 20 mai 2019

Editorient

Editorient du 1er juin 2015

Un colloque à Genève…

Le 27 mai dernier s’est tenu à Genève un colloque bien intéressant : Le moment terroriste – anciennes menaces, nouveaux enjeux et mutations. Co-organisé par le GCSP (Geneva Center for Security Policy), le GIPRI (Institut international de recherches pour la paix) et votre magazine prochetmoyen-orient.ch, il a réuni une cinquantaine des meilleurs experts internationaux.

Les différentes interventions ont permis de sortir des grands récits convenus qui ressurgissent inévitablement dès qu’il est question de « terrorisme « et de sa « scène ». Nous voulions insister sur cet aspect de la « représentation » en reprenant le concept clé de Guy Debord, articulé dans son ouvrage « La société du spectacle ». Pour cette raison, nous avons organisé notre premier atelier autour de la « communication », au sens large, des différents acteurs d’un « moment » terroriste qui s’inscrit dans la longue durée, sinon qui constitue le plus vieux métier du monde…

Le deuxième atelier concernait, évidemment, l’évolution de la cartographie et de la géopolitique de la menace et l’examen des stratégies de Dae’ch. Le troisième se voulait plus opérationnel en s’articulant autour de la question léniniste imparable : que faire ? Dans le périmètre de ce cadrage épistémologique, il nous apparaissait très important, non seulement de reconstituer quelques filiations historiques essentielles (anciennes menaces) mais aussi de restituer la spécificité de la lutte anti-terroriste menée en Algérie entre la fin des années 80 et celle des années 90. Dès cette… Continuer la lecture

Editorient du 25 mai 2015

Un nouveau Guide des Egarés…

Jean-Michel Vernochet, politologue brillant et reconnu, vient de nous livrer la quatrième édition de son merveilleux petit ouvrage – Les Egarés/Le wahhabisme est-il un contre Islam ?1 -, un grand livre qu’il faut lire, relire et dont il faut parler et reparler dans le contexte actuel du dernier coup d’Etat sudeïri en Arabie saoudite…

Si le Guide des égarés de Maïmonide (1135 – 1204) a inspiré l’écriture du Traité Théologico-politique de Spinoza qui établissait une ligne de démarcation entre foi et raison, entre théologie et philosophie, entre églises et Etat, Les Egarés de Vernochet nous permet d’y voir certainement plus clair, nettement plus clair, au royaume pétrolier des Saoud et, d’une manière plus large, dans ce Proche-Orient enchevêtré de religions, de politiques, d’hydrocarbures et d’ingérences extérieures.

Très documentée, et s’appuyant sur les plus grands islamologues, la dissertation de Jean-Michel Vernochet constitue une véritable démonstration : non content d’avoir baptisé le plus grand pays de la péninsule arabique du nom d’une dynastie, la monarchie en question s’est dotée d’une doctrine dont elle prétend qu’elle seule incarne et restitue la « vraie religion ». Gonflé non ! Le wahhabisme, source d’inspiration et support, de près ou de loin, de tous les radicalismes musulmans, est un islam déviant, nous dit l’auteur, et même, d’un certain point de vue, un « anti-Islam » ; ce que les oulémas férus d’eschatologie nomment le « faux messie » [Dajjal]… Continuer la lecture

Editorient du 18 mai 2015

Paris, Alger, blabla…

Les relations Paris/Alger (on dit rarement Alger/Paris, comme si ce sens unique allait de soi) nourrissent régulièrement la publication d’ouvrages plus ou moins pertinents. Commis par deux journalistes parisiens (l’un à TFI, l’autre au Journal du dimanche), le dernier en date1 est encore plus consternant que les précédents… mais mérite néanmoins un commentaire, tant par ses erreurs, ses absences que ses dits et non-dits idéologiques.

Pas prétentieuse pour deux sous, l’introduction nous avertit, tenez-vous bien : « cette enquête analyse [tous] (tous – c’est nous qui soulignons !) les ressorts de la relation franco-algérienne ». Enfin, vous allez voir ce que vous allez voir ! Effectivement, le chapitre deux s’ouvre déjà sur une bourde majeure situant le « voyage historique de Jacques Chirac à Alger » en… mars 2012… En fait, celui-ci survenait quelque temps après le fameux discours non moins historique de Dominique de Villepin devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 14 février 2003. Le 2 mars 2003, le président français enflammait la corniche de la pêcherie entre la place de la Grande poste et la Wilaya d’Alger. Le lendemain, le 3 mars 2003, depuis l’université d’Oran, Jacques Chirac nous faisait pleurer dans son adresse à la jeunesse algérienne, expliquant pourquoi la France éternelle n’ajouterait pas une guerre supplémentaire à un Proche-Orient déjà suffisamment meurtri. Là-dessus, évidemment pas un mot ! Ajoutons que c’est à feu l’ambassadeur Daniel Bernard (qui fût l’un de nos très grands diplomates) que l’on… Continuer la lecture

Editorient du 11 mai 2015

Pourquoi oublier à ce point Stalingrad ?

Le 9 mai dernier à Moscou, seule l’armée serbe a défilé aux côtés des régiments russes pour la commémoration de la victoire contre les forces du troisième Reich. Aucun des chefs d’Etat occidentaux n’étaient présents pour honorer la mémoire des 27 millions de morts russes civils et militaires… Est-ce suffisant pour affirmer, comme l’ont fait nombre d’éditorialistes et de commentateurs européens, que la Russie de Vladimir Poutine se retrouve ainsi seule et isolée ? « C’est très exagéré ! » aurait dit Mark Twain faisant cette réponse aux journalistes newyorkais qui avaient annoncé prématurément sa propre mort…

Le président de la République populaire de Chine Ji Xin Ping et son homologue indien, Pranab Mukherjee ont, quant à eux, participé aux commémorations. Il n’est pas inutile de rappeler qu’à eux deux, ils représentent plus de 2,5 Milliards de personnes… Et ils n’étaient pas les seuls à souligner ainsi un « isolement », somme toute très relatif. Autant retourner le compliment en se demandant si le suivisme des pays de l’Union européenne, à la remorque de Washington, n’est pas en train d’ « isoler » ces mêmes pays du reste du monde ?

Comment oublier à ce point la bataille de Stalingrad et ses deux millions de morts qui marquèrent le véritable virage de la Seconde guerre mondiale, le début de la fin de la monstruosité nazie ? Ce ne sont pas seulement les forces occidentales alliées qui ont gagné cette guerre, contrairement aux… Continuer la lecture

Editorient du 4 mai 2015

Algérie : retour en grâce (2)

Notre « Editorient » du 6 avril dernier (numéro 17 de prochetmoyen-orient.ch) nous a valu nombre de courriers et de réactions. Il y a d’abord les injures récurrentes des nostalgiques de l’ « Algérie française », sinon de l’OAS pour lesquels l’Algérie ne pourra jamais accéder au statut d’Etat-nation à part entière. Ces fêlés qui ne se pardonnent toujours pas d’avoir raté De Gaulle au Petit clamart1 se sont, récemment réveillés pour condamner la participation du secrétaire d’Etat français chargé des Anciens combattants – Jean-Marc Todeschini – à la dernière cérémonie en hommage aux victimes algériennes de Sétif. Soixante-dix ans après ce massacre, c’était la première fois qu’un membre du gouvernement français assistait à cette commémoration.

Jean-Marc Todeschini a déposé une gerbe de fleurs devant le Mausolée de la première victime de la répression du 8 mai 1945, Saal Bouzid. Ce jour-là, alors que la France célébrait la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, les festivités tournèrent au drame à Sétif, Guelma et Kheratta, dans l’est de l’Algérie, où des nationalistes défilèrent, drapeaux algériens à la main. La répression des manifestations, considérées comme les prémices de la guerre de libération nationale, fit plusieurs dizaines de milliers de morts parmi les Algériens (vraisemblablement 45 000 victimes).

Devant une caméra de la chaîne de télévision France 3, l’eurodéputé et membre du Parti de Gauche Jean-Luc Mélenchon a estimé que « ce n’est pas la France qui est fautive, mais le colonialisme ». Il… Continuer la lecture