Observatoire Géostratégique

numéro 235 / 17 juin 2019

Editorient

Editorient du 25 mai 2015

Un nouveau Guide des Egarés…

Jean-Michel Vernochet, politologue brillant et reconnu, vient de nous livrer la quatrième édition de son merveilleux petit ouvrage – Les Egarés/Le wahhabisme est-il un contre Islam ?1 -, un grand livre qu’il faut lire, relire et dont il faut parler et reparler dans le contexte actuel du dernier coup d’Etat sudeïri en Arabie saoudite…

Si le Guide des égarés de Maïmonide (1135 – 1204) a inspiré l’écriture du Traité Théologico-politique de Spinoza qui établissait une ligne de démarcation entre foi et raison, entre théologie et philosophie, entre églises et Etat, Les Egarés de Vernochet nous permet d’y voir certainement plus clair, nettement plus clair, au royaume pétrolier des Saoud et, d’une manière plus large, dans ce Proche-Orient enchevêtré de religions, de politiques, d’hydrocarbures et d’ingérences extérieures.

Très documentée, et s’appuyant sur les plus grands islamologues, la dissertation de Jean-Michel Vernochet constitue une véritable démonstration : non content d’avoir baptisé le plus grand pays de la péninsule arabique du nom d’une dynastie, la monarchie en question s’est dotée d’une doctrine dont elle prétend qu’elle seule incarne et restitue la « vraie religion ». Gonflé non ! Le wahhabisme, source d’inspiration et support, de près ou de loin, de tous les radicalismes musulmans, est un islam déviant, nous dit l’auteur, et même, d’un certain point de vue, un « anti-Islam » ; ce que les oulémas férus d’eschatologie nomment le « faux messie » [Dajjal]… Continuer la lecture

Editorient du 18 mai 2015

Paris, Alger, blabla…

Les relations Paris/Alger (on dit rarement Alger/Paris, comme si ce sens unique allait de soi) nourrissent régulièrement la publication d’ouvrages plus ou moins pertinents. Commis par deux journalistes parisiens (l’un à TFI, l’autre au Journal du dimanche), le dernier en date1 est encore plus consternant que les précédents… mais mérite néanmoins un commentaire, tant par ses erreurs, ses absences que ses dits et non-dits idéologiques.

Pas prétentieuse pour deux sous, l’introduction nous avertit, tenez-vous bien : « cette enquête analyse [tous] (tous – c’est nous qui soulignons !) les ressorts de la relation franco-algérienne ». Enfin, vous allez voir ce que vous allez voir ! Effectivement, le chapitre deux s’ouvre déjà sur une bourde majeure situant le « voyage historique de Jacques Chirac à Alger » en… mars 2012… En fait, celui-ci survenait quelque temps après le fameux discours non moins historique de Dominique de Villepin devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 14 février 2003. Le 2 mars 2003, le président français enflammait la corniche de la pêcherie entre la place de la Grande poste et la Wilaya d’Alger. Le lendemain, le 3 mars 2003, depuis l’université d’Oran, Jacques Chirac nous faisait pleurer dans son adresse à la jeunesse algérienne, expliquant pourquoi la France éternelle n’ajouterait pas une guerre supplémentaire à un Proche-Orient déjà suffisamment meurtri. Là-dessus, évidemment pas un mot ! Ajoutons que c’est à feu l’ambassadeur Daniel Bernard (qui fût l’un de nos très grands diplomates) que l’on… Continuer la lecture

Editorient du 11 mai 2015

Pourquoi oublier à ce point Stalingrad ?

Le 9 mai dernier à Moscou, seule l’armée serbe a défilé aux côtés des régiments russes pour la commémoration de la victoire contre les forces du troisième Reich. Aucun des chefs d’Etat occidentaux n’étaient présents pour honorer la mémoire des 27 millions de morts russes civils et militaires… Est-ce suffisant pour affirmer, comme l’ont fait nombre d’éditorialistes et de commentateurs européens, que la Russie de Vladimir Poutine se retrouve ainsi seule et isolée ? « C’est très exagéré ! » aurait dit Mark Twain faisant cette réponse aux journalistes newyorkais qui avaient annoncé prématurément sa propre mort…

Le président de la République populaire de Chine Ji Xin Ping et son homologue indien, Pranab Mukherjee ont, quant à eux, participé aux commémorations. Il n’est pas inutile de rappeler qu’à eux deux, ils représentent plus de 2,5 Milliards de personnes… Et ils n’étaient pas les seuls à souligner ainsi un « isolement », somme toute très relatif. Autant retourner le compliment en se demandant si le suivisme des pays de l’Union européenne, à la remorque de Washington, n’est pas en train d’ « isoler » ces mêmes pays du reste du monde ?

Comment oublier à ce point la bataille de Stalingrad et ses deux millions de morts qui marquèrent le véritable virage de la Seconde guerre mondiale, le début de la fin de la monstruosité nazie ? Ce ne sont pas seulement les forces occidentales alliées qui ont gagné cette guerre, contrairement aux… Continuer la lecture

Editorient du 4 mai 2015

Algérie : retour en grâce (2)

Notre « Editorient » du 6 avril dernier (numéro 17 de prochetmoyen-orient.ch) nous a valu nombre de courriers et de réactions. Il y a d’abord les injures récurrentes des nostalgiques de l’ « Algérie française », sinon de l’OAS pour lesquels l’Algérie ne pourra jamais accéder au statut d’Etat-nation à part entière. Ces fêlés qui ne se pardonnent toujours pas d’avoir raté De Gaulle au Petit clamart1 se sont, récemment réveillés pour condamner la participation du secrétaire d’Etat français chargé des Anciens combattants – Jean-Marc Todeschini – à la dernière cérémonie en hommage aux victimes algériennes de Sétif. Soixante-dix ans après ce massacre, c’était la première fois qu’un membre du gouvernement français assistait à cette commémoration.

Jean-Marc Todeschini a déposé une gerbe de fleurs devant le Mausolée de la première victime de la répression du 8 mai 1945, Saal Bouzid. Ce jour-là, alors que la France célébrait la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, les festivités tournèrent au drame à Sétif, Guelma et Kheratta, dans l’est de l’Algérie, où des nationalistes défilèrent, drapeaux algériens à la main. La répression des manifestations, considérées comme les prémices de la guerre de libération nationale, fit plusieurs dizaines de milliers de morts parmi les Algériens (vraisemblablement 45 000 victimes).

Devant une caméra de la chaîne de télévision France 3, l’eurodéputé et membre du Parti de Gauche Jean-Luc Mélenchon a estimé que « ce n’est pas la France qui est fautive, mais le colonialisme ». Il… Continuer la lecture

Editorient du 27 avril 2015

Ne pas tomber dans le piège !

Après l’attentat déjoué en France qui ciblait, dit-on, deux églises catholiques de Villejuif (Île de France), on apprend qu’un réseau islamiste projetait un attentat contre le Vatican. Etabli en Sardaigne, ce réseau a été démantelé ainsi que 18 personnes arrêtées, parmi lesquelles deux anciens gardes du corps d’Oussama Ben Laden, a annoncé la police italienne le 25 avril dernier.

Le responsable des services de renseignement à Cagliari en Sardaigne, Mario Carta, a indiqué qu’il n’y avait pour l’heure « aucune preuve », mais « une forte présomption » quant à un projet d’attentat contre l’Etat pontifical en 2010. Grâce à des écoutes téléphoniques, les enquêteurs ont pu s’intéresser sérieusement à ce projet d’attaque après avoir identifié des conversations mentionnant la « via della Conciliazione », la principale rue qui conduit au Vatican, ainsi que des propos « ironiques » tenus à l’encontre du pape. « Le jihad part d’Italie » affirme notamment l’un des suspects pendant une conversation enregistrée.

Accusées d’avoir pris part à des actions terroristes au Pakistan, les 18 personnes arrêtées appartiendraient à « une organisation dédiée aux activités criminelles transnationales s’inspirant d’Al-Qaïda et à d’autres factions radicales prônant la lutte armée contre l’Occident et l’insurrection contre l’actuel gouvernement du Pakistan ». D’après les enquêteurs italiens, le réseau « Tabligh Eddawa », dirigé par un imam résidant dans le nord de l’Italie, disposait « d’armes en abondance » ainsi que « de nombreux affiliés prêts à mener des actes terroristes… Continuer la lecture