Observatoire Géostratégique

numéro 252 / 14 octobre 2019

Humeurs

COMMENT LE YEMEN A VAINCU TRUMP ET MBS !

À la façon de Geneviève Tabouis, l’auteur de ces lignes prédisait il y a quelques années que la coalition militaire saoudienne se casserait les dents au Yémen. Aujourd’hui, non seulement une armée de squelettes affamés a repoussé les légions de mercenaires conduites par des officiers repus, mais elle menace directement les infrastructures vitales de l’Arabie et fait trembler les marchés de Londres et de New York. Elle pourrait bien demain imposer ses conditions à la reddition des Saoudiens qui prétendaient hier encore la soumettre.

ASTERIX LE HOUTHI

La référence à Astérix n’est pas caricaturale quand on mesure l’écart entre les forces en présence. À l’origine on trouve d’un côté la résistance des Houthis soit environ cent mille combattants qui ont conquis la capitale Sanaa avant de fédérer la plupart des tribus du nord et du sud à l’exception de l’Hadramaout occupé par Al Qaïda. De l’autre côté à l’offensive, les forces armées d’Arabie et des Émirats Arabes Unis coalisées, servies par des régiments de mercenaires, le tout formé et équipé par les États Unis et l’Europe. Soit des centaines d’avions de combat, des milliers de chars et de canons, une puissance de feu en matériels conventionnels terrestres et aériens supérieure à celle de la France. 

Depuis 42 mois, le Prince MBS héritier du Royaume d’Arabie tente de mettre à genoux ses voisins : 16 000 raids aériens selon les agences de renseignement soit un chapelet de bombes toutes les deux heures, des offensives de chars, des tirs de salves de missiles… Bilan : des centaines de milliers de civils tués ou… Continuer la lecture

COMMENT JE ME SUIS DECOUVERT JEUNOPHOBE !

Je comprends de nombreuses réactions aux commentaires hostiles à la prestation de Greta Thunberg à la tribune des Nations Unies que ceux qui critiquent son initiative se résumeraient à un noyau de has been « jeunophobes ».

Le glissement dialectique et sémantique est intéressant. Ainsi, quand on critique les propos ou les actions d’une personne, cela ne relèverait pas du débat d’idée et on ne serait animé que par le rejet collectif du groupe social ou humain auquel elle appartient.

Critiquer Vladimir Poutine ne pourrait être que les fait de russophobes primaires, les adversaires des idées de Benjamin Netanyahou seraient des antisémites, les esprits chagrins qui ont condamné le terrorisme de Ben Laden auraient ainsi exprimé leur islamophobie et les critiques de la dictature trentenaire de Robert Mugabe seraient évidemment des racistes voire des nostalgiques de l’esclavage. Toute contradiction, tout débat est ainsi évacué d’office et le contradicteur renvoyé à son insignifiance quasi criminelle

S’agissant de Mademoiselle Thunberg, ses contempteurs seraient donc des vieillards séniles méprisant la jeunesse et ne témoignant aucune compassion aux handicapés.

L’argument est inepte ne vise que maladroitement à dissimuler l’instrumentalisation de cette jeune fille que je veux croire sincère à des fins diamétralement opposées à ce qu’elle souhaite avec ardeur et à juste raison. Elle a droit à toute ma compassion car elle sortira sans doute brisée du rôle qu’on lui fait jouer.

Au XIXe siècle le capitalisme industriel expédiait les enfants pousser des wagonnets dans les mines. Aujourd’hui le capitalisme financier les envoie miner le… Continuer la lecture

IL FAUT SAUVER ADP !

En février dernier, Coralie Delaume et David Cayla lançaient une pétition, que nous fûmes parmi les premiers à relayer, contre la privatisation d’Aéroports de Paris. L’appel eût un large écho, puisque plus de 320 000 personnes ont apporté leur soutien à ce texte qu’il est toujours possible de signer (1). Il ne fait pas de doute que cette pétition a joué un rôle décisif dans une prise de conscience collective qui s’est étendue au Parlement : pendant les débats sur la loi Pacte à l’Assemblée nationale et au Sénat, 218 parlementaires appartenant à diverses formations de droite et de gauche ont lancé la procédure du Référendum d’initiative partagée en signant, selon l’article 11 de la Constitution, une proposition de loi référendaire qui permet d’organiser la collecte de signatures de soutien.

Nul n’ignore que le chemin vers ce référendum est malaisé. Il faut réunir 4,7 millions de signatures – le dixième des électeurs inscrits, et c’est seulement si la proposition de loi n’a pas été examinée au moins une fois par chacune des deux assemblées dans un délai de six mois qu’un référendum sera organisé. La campagne qui a commencé le 13 juin et qui va durer neuf mois se déroule dans des conditions très difficiles. De nombreux citoyens trouvent bien compliqué de déposer leur signature sur Internet ou dans une mairie. De plus, les médias font silence sur la campagne qui se déroule dans la rue et sur les réseaux sociaux. Ce sont des obstacles sérieux. Ils ne sont pas insurmontables, dès… Continuer la lecture

TUNISIE : KAÏS SAÏED, L’HOMME PROVIDENTIEL ?

En deux semaines, un nouveau zaïm est sorti du rang. Crédité de trois pour cent des intentions de vote en début de campagne au premier tour de l’élection présidentielle, cet inconnu des médias est largement sorti en tête du scrutin et sera probablement proclamé le mois prochain huitième Président de la République Tunisienne.

Le pays était empêtré dans des querelles politiciennes sans issue et soudain le peuple a voté : « dégage ! » Tous les partis politiques ont été balayés. 24 des 26 candidats ont été éliminés parmi lesquels un ancien Président de la République, le Premier ministre en exercice, deux anciens Premiers ministres, le Président de l’assemblée, une palanquée d’anciens ministres…Finalement l’électorat aura pour une large part sanctionné des incapables avérés par leur bilan catastrophique.

Le constat premier glorifie la démocratie. L’incubateur tunisien est prometteur, sa vivacité est de bonne augure pour l’avenir. On croyait l’opinion tunisienne ficelée par les combines, influencée par les réseaux sociaux, soumise à la dictature des médias, bref sensible aux propagandes de toutes sortes. Il n’en est rien. L’électeur est clairvoyant. Avec colère il a sélectionné pour le second tour deux finalistes clivants : Kaïs Saïed,19% des voix est professeur de droit, son challenger l’homme d’affaires Nabil Karoui, 15% est en prison. Par ce choix singulier et inattendu, les tunisiens clament leur soif de justice et leur mépris pour ceux qui ont tenté de les instrumentaliser.

Nabil Karoui a bénéficié de l’effet de victimisation. Le Chef du gouvernement, le tunisois (beldi) Youssef Chahed, probablement… Continuer la lecture

TUNISIE : LA DEMOCRATIE A L’EPREUVE DE NABIL KAROUI…

Au terme d’une campagne électorale passionnée et passionnante suivie à la loupe dans tous les pays arabes, les Tunisiens voteront le 15 septembre pour le premier tour de l’élection présidentielle. Trois semaines plus tard, ils seront appelés à élire leurs députés. Le laboratoire de la démocratie arabe qui compte 11 millions d’habitants affiche deux centaines de partis politiques, quelque 15 000 candidats à la députation et 26 à la magistrature suprême. Cette vitalité masque la situation politique complexe d’un pays à la recherche de son destin post révolution.

Une démocratie représentative en panne 

La liste des candidats à l’élection présidentielle trouve un ancien Président, trois anciens Premiers ministres, neuf anciens ministres, huit médecins, quatre avocats… Sauf surprise improbable, la Tunisie ne sera pas présidée par une femme. Elles sont seulement 2 à se présenter. Pour témoigner de l’exception tunisienne, c’est bien peu. Ce renoncement est une violence faite à elles-mêmes car tant qu’elles ne se mêleront pas de politique à parité, la démocratie sera tronquée.  

L’an dernier, les deux tiers des inscrits se sont abstenus de voter aux municipales. Tout comme celles de la dictature d’hier, les institutions d’aujourd’hui restent perçues comme les lieux de partage d’un pouvoir détourné au profit de quelques malins. La jeune constitution qui repose sur des mécanismes du passé ne paraît pas répondre aux aspirations participatives et de partages qui s’expriment sur la toile et dans les lieux publics.

Ainsi, le nombre d’inscrits sur Facebook et sur les listes électorales est équivalent. Les réseaux sociaux sont devenus le lieu d’échanges politiques où… Continuer la lecture