Observatoire Géostratégique

numéro 132 / 26 juin 2017

Humeurs

QATAR AU PILORI !

Énorme, inouï ! Aucun scénario n’avait envisagé cette catastrophe aux conséquences encore incalculables. Le vent de panique qui souffle depuis le 5 juin en provenance du Qatar gagne la France. Banquiers, diplomates, spécialistes et stratèges en tous genres se demandent comment se prémunir du pire. Fort heureusement, la bourse n’a pas encore bronché. Les cours de Lagardère, Vinci, Engie, BNP, Veolia, AXA, Airbus, Carrefour, GDF Suez, Accor, Total, Technip….sont restés zen. Aucun footballeur du Paris Saint-Germain n’a toussé, aucun parieur du Grand Prix de l’Arc de Triomphe n’a henni, aucun homme politique n’a pleurniché, aucun journal n’en a fait sa une.

LOI DU SILENCE

Ce qui s’est passé au Moyen-Orient est pourtant stupéfiant. Le « meilleur ami de la France », détenteur de participations majeures dans la presse, l’édition, l’hôtellerie, l’armement, le BTP, la publicité, le luxe, la sécurité, le sport…est ouvertement accusé par quatre pays arabes de nourrir le terrorisme international. Le Qatar serait-il le sponsor de Charlie, Bataclan, Hyper-casher, Nice ? La surprise est de taille pour ceux qui ne savent pas lire. Toujours est-il qu’en moins de trois semaines, le richissime Qatar est passé du statut d’État courtisé à celui de voyou.

Accaparée par les élections et délaissée par la presse, l’opinion publique française n’a pas encore pris la mesure de la gravité de l’événement. La sidération a paralysé les initiatives de la classe politique au point que tous les conseillers en communication s’accordent sur cet unique élément de langage : se taire, ne rien dire, pas un mot.… Continuer la lecture

L’ORIENT-LA-NUIT…

« La comparaison serait, certes profondément naïve. Elle ne devrait même pas se poser. Mais à certains égards, elle pourrait malgré tout être utile pour nous inciter à marquer une courte pause et réfléchir à notre situation actuelle au plan… » Stop, parce que submergé d’un ennui profond, on risque de s’endormir, la suite continuant à enfoncer des portes ouvertes et égrener des platitudes ! Ces phrases de plomb sont les premières de l’éditorial du quotidien libanais L’Orient-le-Jour du mardi 13 juin, signé Michel Touma.

La une : Loi électorale : le vote de demain pour trancher le nœud gordien ? Les pages intérieures sont encore plus affligeantes, enchaînant des titres dont ne voudrait pas l’Almanach Vermot (genre « Mollo les Mollahs », oui ils l’ont fait !), des dépêches mal recyclées et les commentaires les plus réactionnaires. Ecrits avec une tronçonneuse qui saccage quotidiennement la langue française, la plupart des papiers entraînent toujours plus ce journal vers un abîme triplement marqué d’amateurisme, de partis pris idéologiques et d’une pseudo-modernité très cucul la praline…

Pourtant, ni la langue française, ni ce quotidien ne méritait cela ! Né le 15 juin 1971 de la fusion des deux quotidiens francophones libanais les plus influents – L’Orient (fondé à Beyrouth en 1924 par Gabriel Khabbaz et Georges Naccache) et Le Jour (fondé en 1934 par Michel Chiha), il a pourtant ouvert ses colonnes à nombre de journalistes, chroniqueurs et écrivains de premier plan. Devenu au fil du temps la feuille officielle des droites et des extrême droites libanaises, feu… Continuer la lecture

TEMPÊTE DU GOLFE DANS UN VERRE D’EAU ET DE PETROLE…

Dans le torrent de promesses, souvent contradictoires, généré par un Donald Trump alors en campagne, aucun n’a suffisamment noté ses diatribes contre les Frères Musulmans. Philippiques lancées par le candidat mais susurrée à son oreille par le diable Stephen Bannon, son conseiller intime, son pivot d’extrême droite. En se délestant de l’encombrante amitié du Qatar, ce qu’il a fait le 5 juin dernier, le président américain ne faisait que tenir parole. S’il y a un endroit, et là c’est incontestable, qui aide soutien et encourage la Confrérie des Frères à conquérir le monde, c’est bien le pouvoir installé à Doha. En flétrissant le Qatar, Trump touchait les disciples d’Al-Banna en plein cœur.

Mais comme souvent, le nouveau maître de Washington, et de la planète, a oublié de lire ses fiches cuisine. Il ignorait qu’au Qatar, sur la base Al-Udaï aimablement mise à la disposition des Etats-Unis, onze mille militaires estampillés USA séjournent là. Que depuis cette base gigantesque, jadis proposée à la France qui l’a refusée, les Américains envoient des aéronefs qui, au choix, bombardent la Syrie, l’Afghanistan ou l’Irak. Comment insulter un ami si précieux ? Certes le Qatar n’est pas un vrai pays mais seulement une bouteille de gaz. Pour y changer le régime envoyer une escouade de gardes-champêtres suffit ! Les Etats-Unis ont naguère donné leur feu vert à l’installation sur le trône de l’émir Hamad, puis c’est Washington encore qui a donné le top départ au même Hamad prié de laisser la place à son fils Tamin… Continuer la lecture

MACRON DIPLOMATE : PREMIERS PAS, PREMIER FAUX PAS…

« Il faut écouter beaucoup et parler peu pour bien agir au gouvernement d’un État » (Richelieu). Au moment où la « macronmania » tourne aujourd’hui à plein régime1 comme ce fut le cas avec « l’obamamania » en son temps, il n’est pas inutile de s’arrêter quelques instants, avec le minimum de hauteur, sur les premiers pas d’Emmanuel Macron sur la scène internationale sur laquelle il tente de s’affirmer2. Nous avons récemment présenté un tableau de la situation à laquelle est confronté le plus jeune président de la Vème République au moment de son installation au 55 rue du Faubourg Saint-Honoré3.

Un constat s’impose : la France est affaiblie moralement, politiquement, économiquement et diplomatiquement4 après le quinquennat de François Hollande quoi qu’en dise son conseiller diplomatique, Jacques Audibert (Cf. article sur le sujet dans ce magazine). Après le temps du sursaut doit venir celui de la refondation que nous promettait le candidat à l’élection présidentielle. Qu’en est-il de la forme et surtout du fonds (de ses premiers entretiens) que l’on a trop souvent tendance à confondre allègrement s’agissant du président ? Comme cela était largement prévisible, un couac était presque inévitable.

LA FORME : UN INDÉNIABLE SUCCÈS

Emmanuel Macron est manifestement un homme pressé qui fait un marathon diplomatique au pas de course, imprimant ainsi sa marque personne sur la conduite de sa politique étrangère.

Un marathon au pas de course. En moins d’une semaine, Emmanuel Macron aura rencontré la chancelière allemande, Angela Merkel à… Continuer la lecture

FEMMES CHASSEES DES RUES DU QUARTIER CHAPELLE-PAJOL !

En France, l’égalité est inscrite sur le fronton des bâtiments publics et pourtant nos élus ne régissent pas quand des femmes, je ne parle même pas des filles et femmes des banlieues, sont agressées dans Paris intra-muros.

Dans un reportage publié dans Le Parisien du 18 mai, « Paris: les femmes chassées des rues dans le quartier Chapelle-Pajol », Cécile Beaulieu décrit le quotidien des habitantes du quartier, lesquelles ne peuvent plus se déplacer seules, ni porter jupes ou vêtements moulants sans se faire injurier voire agresser. La rue, les trottoirs, les cafés, les bars, les squares leur sont interdits, à tel point que quitter son appartement devient une transgression. Ce territoire est celui des hommes et ils font régner leur loi. Une situation qui tend à s’étendre dans les quartiers les plus populaires.

Dernièrement revenant de Charles de Gaulle, waze pour éviter les embouteillages m’a fait passer par le centre de Saint Denis. J’ai pu constater, effarée, que seuls les hommes étaient aux terrasses des cafés et les femmes le plus souvent voilées longeaient discrètement le trottoir. Il était 19 heures.

On évite de dire affirme Céline Pina que « ces populations sont la cible des fondamentalistes et des tenants de l’Islam politique qui chauffent à blanc les replis identitaires et font de la remise en cause des fondations mêmes des sociétés occidentales par la revendication identitaire et religieuse, le seul axe d’affirmation politique et sociale des communautés qu’ils influencent de plus en plus. Et s’ils se sentent autorisés à… Continuer la lecture