Observatoire Géostratégique

numéro 205 / 19 novembre 2018

Humeurs

LE BRETON EST À L’OUEST !

« Errare humanum est, perseverare diabolicum » (l’erreur est humaine, l’entêtement [dans son erreur] est diabolique). Formule qui va comme un gant à l’inénarrable Jean-Yves le Drian ! Manifestement, la conjugaison du poids des ans et des décalages horaires produit chez notre patron du Quai d’Orsay un « jetlag diplomatique »1 qui se traduit par la multiplication des bourdes. À ce stade, cela commence à devenir problématique pour ne pas dire inquiétant ! Dans la diplomatie, plus que dans tout autre discipline, on apprend aux jeunes recrues issues des concours, que si la parole est d’argent, le silence est d’or. Qui plus est, lorsque l’on n’est pas certain de son fait, on s’abstient de tout commentaire intempestif. Petites causes, grands effets ! Patatras, Jean-Yves Le Drian et sa porte-parole (celle qui avale sans coup férir couleuvres et boas) s’enferrent dans des allégations mensongères et des démentis peu convaincants dans la triste affaire Jamal Khasshogi. Les fausses notes de notre barde breton sont révélatrices de l’incompétence de notre lorientais désorienté.

LES FAUSSES NOTES DU BARDE BRETON

Après les couacs de notre plaisantin Jean-Yves Le Drain vient le temps de la leçon de diplomatie ottomane qui lui rappelle que l’on ne peut pas dire n’importe quoi lorsque l’on est en charge de la représentation extérieure de son pays.

Le couac du plaisantin : une erreur impardonnable

Rappelons la bourde bretonne commise par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, bourde qui vaut son pesant d’artichaut ! Ne voilà-t-il pas que Jean-Yves Le Drian crée une inutile… Continuer la lecture

EMMANUEL MACRON, C’EST COMME LA SAMARITAINE…

J’aime beaucoup le Président Macron. Dans cette période où l’on doit chaque soir passer la balayette sous son lit afin de débusquer le terroriste qui doit s’y cacher, avec lui on rigole. Macron c’est, recyclé, le vieux slogan publicitaire d’un grand magasin : « A tout instant il se passe quelque chose aux Galeries Lafayette ». Cette fois le Président a décidé de nous distraire avec Pétain. C’est inattendu, ça fait vieux monde… Mais tant pis. Après avoir fait la guerre aux Russes – par son émanation de RT France -, il était logique qu’il louât le Maréchal ; que revoilà…

Pour être juste, car le temps est au certifié, à l’exact, au vérifié, à l’équitable, remarquons que ce malheureux Macron est mal entouré. Autour de lui s’ébat une nuée de jeunes gens qui ne l’aident guère. Paresseux ? Non. Mais le hasard fait que tous ces biens diplômés n’avaient qu’un seul livre d’histoire, et qu’ils ont fini de le colorier. Benalla aurait pu être un rempart en rendant, par l’écran de ses larges épaules, le discours pétainiste inaudible. Mais Benalla, « l’épaule droite », nous manque, j’espère que les prud’hommes vont le réintégrer.

Personne, au Palais, aucun vieux bouc intello, mariné dans le jus des archives, pour indiquer au Président l’emplacement des champs de mines. Et l’histoire de Pétain, son action, sa philosophie sont du TNT. Une bombe à retardement qu’il ne faut pas toucher, pas plus que le sarcophage de Tchernobyl. Réactiver le Maréchal ça pue, ça déchire, ça blesse, ça injurie, ça offense,… Continuer la lecture

LA FABRIQUE DE LA GUERRE CIVILE EN FRANCE (1958 – 1962)

Tourné en 1969 et sorti au cinéma en 1971, le film de Marcel Ophuls – Le Chagrin et la pitié – a profondément renouvelé notre compréhension de la France sous l’Occupation, démystifiant notamment plusieurs idées reçues sur la Résistance. Un an plus tard, le livre de l’historien américain Robert Paxton – La France de Vichy1 – complétait cette nouvelle approche, marquant une rupture considérée comme décisive dans l’historiographie de l’une des périodes les plus sombres de notre histoire. Dans sa préface, Stanley Hoffmann soutient que « sur deux points capitaux, l’apport de Paxton est révolutionnaire » : il n’y a pas eu double jeu de la part de Vichy, et le régime n’a pas joué l’effet de « bouclier » en épargnant certaines souffrances aux Français.

Aujourd’hui, l’indispensable maison d’édition La Fabrique, nous livre un ouvrage tout autant révolutionnaire et décisif qui produit le même tremblement de terre épistémologique pour la période 1958 – 1962. Lui aussi américain, l’historien Grey Anderson2, se livre à une relecture toute aussi documentée, à partir de l’ouverture de nouvelles archives et d’une multitude de témoignages inédits, déconstruisant nombre de mythes touchant au retour au pouvoir du général de Gaulle : La Guerre civile en France, 1958 – 19623. D’emblée, le sous-titre donne le ton : « Du coup d’Etat gaulliste à la fin de l’OAS ».

Avec la plus grande rationalité, cet historien de terrain reconstitue les errances de la IVème République qui vont amener au désastre indochinois de Dien Bien Phu – le 7 mai 1954.… Continuer la lecture

OCKRENT EN ARABIE OU BICHONNE CHEZ LES WAHHABITES…

Dotée d’un grand sens du marketing, Christine Ockrent vient de nous livrer une dernière compilation dédiée à MBS, le « prince mystère de l’Arabie ». Bon… c’est à peu près comme si on demandait à un patron de McDo de nous parler grande cuisine… Mais voyons !

Comprenant qu’elle n’est pas d’emblée la personne à qui l’on pense spontanément pour essayer de comprendre l’Arabie saoudite et ses tribulations, la dame nous rassure dès son préambule : « travaillant à l’époque pour 60 Minutes, le magazine d’information de la chaîne de télévision CBS News où je faisais mes classes, j’eus l’occasion de me rendre en Arabie saoudite (…) Depuis, je n’ai cessé d’être intriguée par ce royaume hors du temps, dont le rôle, dans les tourments du Moyen-Orient, est allé grandissant ».

Ce rappel biographique appellerait bien des commentaires, notamment quant à son surnom de « Reine Christine », du seul fait d’avoir « fait ses classes » dans un média américain. Sans épiloguer davantage sur l’état d’aliénation coloniale des propagandistes de ce sobriquet, l’auteur de ces lignes se souvient avec un étonnement durable de Claude Bartolone – alors président de l’Assemblée nationale – qualifiant l’ancienne de CBS, des trémolos dans la voix… de… « grande professionnelle », alors qu’il était interrogé sur l’évident conflit d’intérêt avec son mari Bernard Kouchner, lorsqu’elle fut nommée à la tête de l’Audiovisuel public extérieur.

En l’occurrence, et depuis longtemps, la dame était plutôt connue comme reine du marketing et des ménages. Pour plus de détails, on lira ou relira avec bonheur le chapitre… Continuer la lecture

LA DIPLOMATIE DU FROC BAISSÉ…

« La honte, ce poison de l’âme »1. Il ait des moments où la honte d’être français saisit tout citoyen attaché à certaines valeurs surannées. Les principales sont contenues dans la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les 58 membres de l’Assemblée générale de l’ONU le 10 décembre 1948. Une sorte de bible du vivre-ensemble international2. La bande dessinée Spirou vient de lui consacrer un numéro spécial qui pourrait intéresser les lecteurs rebutés par un texte peu ludique3.

Nous en retiendrons seulement trois : le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne (article 3) ; le rejet de la torture, des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (article 5) et le refus de l’arrestation, de la détention ou de l’exil arbitraire (article 9). Il paraît à tout le moins curieux que la patrie autoproclamée des droits de l’homme, la « Grande Nation » qu’est la France s’essuie récemment les pieds sur de tels principes universels et intangibles auxquels elle semble attachée, du moins dans la théorie.

Et cela d’autant plus lorsque cette France est celle de Jupiter qui va faire le paon devant la Cour européenne des droits de l’homme à l’automne 20174. Sa diplomatie du « en même temps » se transforme en duplicité flagrante, en diplomatie à Canossa. Elle met à nu la lâcheté insupportable de certains hauts fonctionnaires français.

LA DUPLICITÉ FLAGRANTE DE JUPITER DROIT DE L’HOMMISTE

En même temps… Continuer la lecture