Observatoire Géostratégique

numéro 156 / 11 décembre 2017

Humeurs

ALGER : QUELLE PAGE VOULEZ-VOUS TOURNEZ, MONSIEUR MACRON ?

ALGER : QUELLE PAGE VOULEZ-VOUS TOURNEZ, MONSIEUR MACRON ?

Montréal, 9 décembre

Mais qu’est-ce que cette manie qu’ont les présidents français post-indépendance algérienne de vouloir déambuler dans les rues d’Alger ou d’autres villes algériennes lors de leurs déplacements officiels ? Veulent-ils tous revivre l’épopée de Napoléon III découvrant, au 19e siècle, son « royaume arabe » ? Sont-ils tous des nostalgiques des bains de foules du général De Gaule qui, en 1958, prononça les célèbres « Je vous ai compris ! » ou, pire encore, « Vive l’Algérie française ! » ? Ou bien aiment-ils tant les « youyous » et les confettis tombant par poignées des balcons ? A-t-on déjà vu un président algérien paradant sur les Champs-Élysées, acclamé par une foule française lui souhaitant la bienvenue ?

Le président Macron n’a donc pas dérogé à la règle lors de son récent et court voyage à Alger, histoire de pérenniser ce qui est désormais devenu une tradition franco-algérienne, malheureusement unilatérale. Youyous, confettis et bain de foule étaient bien évidemment au rendez-vous de ce mercredi 6 décembre, ensoleillé pour l’occasion.

Il alla spontanément à la rencontre de cette population algéroise. Quelques enfants facétieux, hauts comme trois pommes, lui servirent un « One, two, three, viva l’Algérie ». Un adulte lui souhaita la bienvenue en précisant « nous sommes un seul peuple, le peuple français et le peuple algérien ». Tiens donc, des vestiges de la période coloniale ? Ce monsieur aurait-il lu la déclaration de l’écrivain Boualem Sansal [1] « L’Algérie, c’est la France, et la France,… Continuer la lecture

OPERATION MAINS PROPRES EN ARABIE

En Arabie la justice ne connaît que deux sentences : le sabre ou les oubliettes. Exceptionnellement, elle consent au pardon contre le paiement « du prix du sang ». Quel sera le sort des emprisonnés du 4 novembre déjà oubliés des médias ? Ils sont une dizaine de Princes et de ministres, autant de multi milliardaires, deux centaines de millionnaires…

Le jugement de cour sera équitable si l’on en croit le monarque héritier qui a promis à ses sujets l’égalité de tous devant la loi. Mohamed Ben Salman a t-il lu les fables de la Fontaine et l’histoire de la Révolution Française ? A-t-il entendu certains théologiens de l’islam proclamer la compatibilité du Coran avec les principes fondamentaux des droits de l’Homme ? * L’arrestation de princes et d’ultra riches est une révolution dans cette région où les puissants ont toujours bénéficié d’une impunité totale. 

Tous les observateurs ont été sidérés par l’audace de la mesure royale ; d’aucun se demandant si la « purge » était un règlement de comptes entre « gens d’en-haut » ou une épuration exemplaire marquant l’abolition des privilèges. Nul n’ose croire que l’Arabie Saoudite est en train de s’ouvrir à la Justice « al adala ». Si par extraordinaire, cela était, alors les foules qui rejoindront le Prince Mohamed Ben Salman déborderont les frontières de son royaume.

En attendant, le coup de filet de Riyad savamment orchestré dans son organisation et sa communication a provoqué une jubilatoire adhésion populaire dont les précédents sont à rechercher dans les profondeurs de la mémoire arabe avec les souvenirs d’un Nasser ou d’un Bourguiba, idéalisés par… Continuer la lecture

TOUT LE MONDE SAVAIT…

La rumeur, quel magnifique sujet de dissertation philosophique pour lycéens ! La rumeur, quel magnifique sujet d’actualité pour citoyens ! La rumeur, quel magnifique œuvre d’Edgar Morin n’ayant pas pris la moindre ride !1 La rumeur, quel magnifique fonds de commerce pour la toile et tous ses réseaux sociaux ! Ceux qui véhiculent rumeurs et informations bidon sans aucun contrôle sérieux. Ceux qui peuvent détruire réputations et parfois vies en un seul clic. Aujourd’hui, alors que les révélations sur les sujets les plus divers fournissent le quotidien des médias, une phrase magique revient en boucle « tout le monde savait ».

Mais, qui est ce fameux « tout le monde » ? Ne serait-ce pas ce « on » dont on disait en son temps : « on est un con » ? Ne serait-ce pas la version moderne de la rumeur ? Si nous comprenons bien, chez monsieur tout le monde, il y aurait celui qui savait et celui qui ne savait pas. Ne serait-ce pas plutôt une forme de lâcheté collective, de lâcheté individuelle ? Une manière de cultiver l’ambiguïté pour éviter d’affronter la réalité, la Vérité avec un grand « V ». Prenons quatre exemples pour éclairer notre lanterne et tenter d’y voir un peu plus clair !

VIOLENCES SEXUELLES

L’affaire Harvey Weinstein sonne comme un coup de tonnerre dans le ciel bleu d’Hollywood. Elle se développe à la vitesse de l’éclair aux quatre coins du monde2., débouchant sur une vague d’hypocrisie généralisée et, surtout, de délation à jet continu dont l’expression emblématique trouvera sa meilleure forme… Continuer la lecture

DONALD TRUMP, TIGRE ASIATIQUE

« Trump un an après ». Tel est le titre de l’éditorial venimeux du Monde qui s’évertue à dresser un bilan uniquement à charge du président américain, Donald Trump, un an après son arrivée à la Maison-Blanche. Cette saillie ne constitue qu’un modeste exemple de la tonalité des médias « mainstream » sur l’intéressé. La détestation que suscite Donald Trump en France prend prétexte de sa vulgarité, de ses foucades, de ses tweets compulsifs. La pensée conforme préfère s’acharner contre Trump plutôt que de balayer devant sa porte1. Jugeons à travers des faits précis : la visite de Donald Trump en Asie et les ingérences russes aux quatre coins du monde.

VISITE PRAGMATIQUE

Pour juger in concreto de l’action de Donald Trump sur la scène internationale, livrons-nous à un rapide survol de la tournée de dix jours qu’il vient d’effectuer en Asie (5-14 novembre 2017) : Japon, Corée du sud, Chine, Vietnam (à l’occasion du sommet de l’APEC où il s’est entretenu avec Vladimir Poutine), Philippines (à l’occasion du sommet de l’ASEAN)2. Quelques remarques de bon sens s’imposent.

En dehors d’une brève visite en Europe (visite en Pologne, participation au sommet de l’OTAN à Bruxelles et aux cérémonies commémoratives du 14 juillet à Paris) et au Moyen-Orient (Arabie saoudite pour une réunion du CCEG et en Israël), sa première grande sortie à l’étranger est consacrée à l’Asie. Ce que son prédécesseur, Barack Obama avait qualifié de « pivot ». Nous sommes donc dans une forme de continuité de la diplomatie américaine.… Continuer la lecture

ARABIE SAOUDITE : LA THEORIE DU COMPLOT

Inlassablement, depuis sept ans, l’auteur de ces lignes dénonce l’obscurantisme du royaume d’Arabie. Mais il faut reconnaître que depuis la confiscation de tous les pouvoirs par Mohamed ben Salman (MBS), une petite lumière ne cesse de grandir au point d’éclairer aujourd’hui d’un jour nouveau le destin de la péninsule arabe. Par l’argent, la guerre et la terreur, le Prince héritier conduit une révolution à marche forcée dont l’un des objectifs proclamés est de rompre avec l’idéologie salafiste : « … nous n’allons pas gâcher nos 30 prochaines années à partager des idées destructrices…nous voulons revenir à un islam modéré ouvert à toutes les religions… nous voulons vivre une vie normal » Discours du 24 octobre 2017.

Applaudissons ces belles paroles, – même si elles sont fortement inspirées par Donald Trump – car elles annoncent peut-être le déclin du wahhabisme. Jusqu’à samedi dernier, l’ambition du jeune Prince de dominer le monde musulman n’était pas prise au sérieux. C’est chose faite. Le dernier épisode de l’épopée bonapartienne de Mohamed Ben Salman façon 18 Brumaire s’est déroulé selon la règle des trois unités «  qu’en un lieu en un jour, un seul fait accompli tienne le théâtre rempli ». En attendant de décrypter et d’analyser les tenants de ce qui s’est réellement passé ce 4 novembre 2017 en Arabie Saoudite, il faut se contenter de décrire le spectacle de l’enchainement des faits.

ACTE I

Le Premier ministre du Liban Saad Hariri, en voyage à Riyad, apparaît à la télévision saoudienne. Il est blême. Comme… Continuer la lecture