Observatoire Géostratégique

numéro 123 / 24 avril 2017

Humeurs

Le vote des citoyens issus de la diversité fera t-il élire Mélenchon ?

C’est un sujet tabou dont tout le monde parle. Les frontistes avec assurance, les autres avec précaution. Les statistiques ethniques sont interdites par la loi. Combien de noirs, combien d’arabes en France ? Nul ne peut exactement le savoir. Une évidente certitude : le peuple des basanés forment la classe sociale la plus pauvre de la société.

détail sculpture visage hommeÀ Paris, ils sont majoritaires dans les premiers métros du matin, sur les chantiers, à l’entretien des hôpitaux et des TGV, chez Mc Do et Uber… dans tous les petits boulots mal payés. On ne les voit jamais dans les beaux quartiers, les club huppés, dans les embouteillages des départs en week end, dans les stations de sport d’hiver…

Aux côtés des travailleurs déplacés de Pologne et de Roumanie, ils forment la cohorte des prolétaires précaires et des chômeurs en alternance.

Pourtant, dans l’élection présidentielle qui s’annonce serré, leurs votes seront déterminants. Sur les 45,7 millions d’inscrits, les citoyens à peau noire ou basanée seraient plus de 4 millions. 

Dix pour cent du corps électoral ce n’est pas rien !

Cette communauté populaire mais non populiste largement anti Front National avait jadis permis la victoire de Chirac en 2002 et de François Hollande en 2012. Aujourd’hui, ces Français d’en bas sont désabusés et déboussolés. Alors devant l’urne, il est probable que leur choix sera dicté par leur appartenance à une catégorie de citoyens doublement discriminés.

Dans la course à l’Élysée, ils sont invisibles en tête d’affiche. On les aperçoit furtivement en arrière plan. Ils sont les accessoires discrets… Continuer la lecture

QUELLE DIPLOMATIE POUR LA FRANCE ?

« La diplomatie, c’est la science de ceux qui n’en ont aucune et qui sont profonds par leur vide » (Honoré de Balzac). À quelques semaines de l’échéance présidentielle française, une réflexion, sur ce que pourrait et devrait être la diplomatie du futur chef de l’État, en ces temps troublés, n’est pas inutile, voire elle est indispensable. Tel est l’objet de l’opuscule que vient de publier Renaud Girard, grand reporter au Figaro1. Avec ce normalien, énarque, érudit, nous avons à faire à un esprit vif, à une bonne plume conjuguée à une expérience du terrain et des arcanes du Quai d’Orsay.

Le ton est donné par le sous-titre de l’ouvrage : « Prendre les réalités telles qu’elles sont ». Il faut remonter à l’exercice du Club des Vingt de l’année 2016 pour trouver pareil travail de qualité2. La présentation de Renaud Girard se présente comme un triptyque frappé au sceau de la logique cartésienne : le général, le spécifique et le concret.

LES SEPT PILIERS DE TOUTE BONNE DIPLOMATIE

Même si la diplomatie n’est pas une science exacte, il n’est pas interdit de l’appréhender comme telle à la lumière des écrits des stratèges (Thucydide, Machiavel…) et des praticiens (Talleyrand, Bismarck, Metternich, Churchill, Kissinger…). Se fondant sur cette approche méthodologique en la nourrissant d’exemples tirés de l’actualité internationale la plus récente, Renaud Girard organise sa réflexion autour des piliers suivants : assumer l’histoire, savoir être réaliste ; séparer l’extérieur de l’intérieur ; assurer l’indépendance nationale ; privilégier le temps long ; renforcer le… Continuer la lecture

PRESIDENTIELLES : DISCOURS DE LA METHODE

S’il n’y a qu’un livre à lire sur et pour la prochaine élection présidentielle et prendre la mesure de la crise de notre démocratie, c’est bien celui-là : Fin de partie – Requiem pour l’élection présidentielle1 de Vincent Coussedière. Tout y est : l’implosion du politique, le diktat des images, l’information-émotion, la médiocrité des acteurs et actrices, l’érection de l’individu contre la collectivité, l’implosion du sens… autant de propositions et corollaires d’une étude raisonnée de L’Idéologie réformiste qui a remplacé les grands récits de la Guerre froide.

Dans ce Discours de la méthode, Vincent Coussedière nous réveille de notre sommeil dogmatique ou plutôt de la paresse du temps. Il nous aide à ouvrir les yeux de nos raisons afin de comprendre ce qui nous arrive et comment c’est arrivé ! Cet agrégé de philosophie n’en n’est pas à son premier coup de semonce : on lui doit déjà un Eloge du populisme (Elya, 2012) et Le Retour du peuple – An I (Editions du Cerf, 2016). Fin de partie – Requiem pour l’élection présidentielle achève avec brio cette trilogie nécessaire et salutaire.

Après le débat télévisé à onze, il fallait voir l’une de ses deux animatrices, au bord du contentement suprême, s’auto-congratuler d’avoir ainsi mener à bien « cette première historique ». Première de Primaires – en effet – qui signent la victoire d’une Société du spectacle capable de tout, même du pire2. « Le cours de l’Histoire est essentiellement ironique. C’est de cette ironie que nous faisons les frais aujourd’hui, dans… Continuer la lecture

DIPLOMATIE : BILAN D’UN ANTI-HÉROS/AYRAULT !

« Charité bien ordonnée commence par soi-même ». Le ministre des Affaires étrangères et du développement international (MAEDI), Jean-Marc Ayrault semble avoir fait sienne cette maxime en tirant – sans que personne ne le lui ait demandé – le bilan de son bref passage au Quai d’Orsay. En effet, le titulaire du bureau de Vergennes a cru opportun de procéder à un échange de vues informel avec quelques personnalités triées sur le volet, le 23 mars 2017 dans la Maison des bords de Seine, en présentant « Quelles perspectives pour la diplomatie française »1.

L’ancien maire de Nantes estime « nécessaire de tirer, un peu plus d’un an à la tête de son ministère, quelques enseignements de son expérience passionnante ». Il met l’eau à la bouche des amateurs des relations internationales, toujours curieux de disposer d’un éclairage indispensable de l’artisan de notre diplomatie. Après le temps du diagnostic (confus) vient celui des remèdes (inadaptés) « made in France ».

UN DIAGNOSTIC CONFUS : LA RÈGLE DES TROIS « I »

Qu’apprenons-nous que nous ne sachions de la bouche d’un ministre régalien qui dispose du troisième réseau diplomatique dans le monde ? En ce début du XXIème siècle, les certitudes sur lesquelles nous pensions voir reposer l’ordre international sont ébranlées, nous indique le chef de la diplomatie française. Diantre.

Et Jean-Marc Ayrault d’énumérer les raisons de cette importante mutation, voire de cette révolution copernicienne : concurrence des États par des groupes terroristes ; remise en cause du principe de l’intangibilité des frontières ; contestation… Continuer la lecture

SYRIE : L’INSOUTENABLE LEGERETE DES CERTITUDES…

« Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées » (Georges Brassens). Nos gazettes préférées battent le rappel pour appeler notre attention sur la publication d’un nouvel ouvrage sur la Syrie dans son environnement régional1. L’auteur n’est pas un inconnu sur le sujet. Il est même un récidiviste, au sens littéraire et non pénal du terme, il va sans dire. Il s’agit de Jean-Pierre Filiu qui nous livre une somme de 300 pages2. Pour ce dernier ouvrage, l’auteur privilégie une approche atypique mais non dénuée de sens : retrouver à travers « un héritage délaissé » dans l’Orient compliqué « ces parallèles qui peuvent éclairer notre présent ». Mais pour sympathique qu’elle soit, cette démarche n’est pas exempte de critique dans sa vision actuelle. Aux exigences de la raison qui alimentent la première partie de son ouvrage, Jean-Pierre Filiu opposent les excès de la passion dans la seconde partie.

LES EXIGENCES DE LA RAISON : UN SUCCÈS RELATIF

La lecture de l’ouvrage est plaisante, agréable, le style est alerte, les connaissances historiques certaines. Les douze chapitres couvrant la période allant de « Saint Paul et la naissance de la chrétienté » jusqu’à celle récente intitulée : « Vertiges et impasses de la diplomatie » sont particulièrement documentés et, par voie de conséquence, particulièrement instructifs. L’auteur semble parfaitement à l’aise dans cette région qu’il a parcourue d’abord en tant que diplomate français, puis comme chercheur au CERI/Sciences Po. Il évolue comme un poisson dans l’eau. Nous avons droit à… Continuer la lecture