Observatoire Géostratégique

numéro 174 / 16 avril 2018

Humeurs

GHOUTA : DEFENSE DU MEDIA !

De l’école il me reste quelques souvenirs fondamentaux. Ainsi l’eau bout à cent degrés, la boussole indique le nord, le chameau blatère, le mètre étalon en platine iridié digère son avoine au Pavillon de Breteuil et la phtaléine du phénol est un révélateur. Le révélateur ? Parlons en puisque « Le Média » vient d’être trempé dans un bouillon de phtaléine, et que ça révèle, ça révèle ! Pire qu’un article de Plenel, ce qui n’est pas peu dire. Oui mais quoi ? Eh bien la vraie nature des bons apôtres qui protestent et se dé-socio-alisent du « Média », au prétexte que son correspondant à Beyrouth, Claude El Khal, a refusé de passer des images de la Ghouta en Syrie, renvoyant dos à dos les propagandistes des deux camps. Et, pour avoir très longtemps respiré la poudre du Moyen Orient, je pense qu’il a eu raison.

« Le Média » ne montre pas la guerre ? Et alors ? Quelle est donc la mécanique qui fâche si violet (la couleur de la phtaléine), nos amis « socios » d’hier et aujourd’hui indignés ? Non pardon pour le synonyme, ils ne le sont plus, je voulais dire meurtris ? Ce qui les blesse c’est de ne point voir couler le sang dans les caniveaux de la Ghouta. Car ces « « blessés » ont là-bas des amis, dits « Casques Blancs », qui s’y entendent en production à l’hémoglobine. Que la Syrie du « clan Bachar » – ce qui commence à faire pas mal de monde – reçoive des mortiers en guise de coup de peigne ? Ce n’est pas grave,… Continuer la lecture

RONY BRAUMAN : L’HUMANITAIRE INTELLIGENT !

« L’objectif de la guerre est une meilleure situation de paix » (Michael Waltzer). Il arrive, fait rarissime pour être souligné, de découvrir dans le flot de livres assommants et « mainstream » fraîchement publiés, la pépite qui vous réconcilie, un temps du moins, avec les écrits contemporains. Tel est le cas du petit opuscule (126 pages) publié aux éditions textuel en ce début d’année 2018 par Rony Brauman sous le titre « Guerres humanitaires ? Mensonges et intox »1 dont la lecture rafraichissante vous fournit un véritable moment de bonheur par sa clarté et par sa lucidité. L’entretien, que l’auteur accorde à Renaud Girard grand-reporter au Figaro, complète utilement notre lecture2. Précisons pour nos lecteurs que, bien que le récit se présente sous forme d’un entretien avec Régis Meyran, il relève à l’évidence de la catégorie des essais.

Organisé autour de six parties (concept de guerres « justes » ; des « faits alternatifs » comme justification de la guerre – le cas de la Libye – ; Somalie, la première guerre humanitaire ; Kosovo, une guerre injuste justifiée sur le plan moral ; Afghanistan, Irak, deux guerres « pour la civilisation ; le droit humanitaire international, une utopie juridique et une rhétorique de pouvoir), l’ouvrage est plaisant à lire tant par sa clarté et son réalisme que par l’humilité de l’auteur qui reconnaît, à plusieurs reprises s’être fait intoxiquer par les médias dans son analyse d’une situation déterminée. Suffisamment peu fréquent pour être signalé à l’ère de nos chers « toutologues… Continuer la lecture

LES RÊVES DU PROFESSEUR FILIU…

À l’heure où nous assistons à une recomposition géopolitique importante au Proche et au Moyen-Orient, tous ceux qui sont avides de comprendre ce qui se passe dans cette région se précipitent sur tous les articles de spécialistes1, sur tous les ouvrages « d’experts » sur le sujet. Cela tombe très bien l’historien, Jean-Pierre Filiu nous livre sur trois cents pages ses réflexions profondes sur ce que l’on a coutume de qualifier par les termes de « révolutions arabes ». Qui de mieux placé que cet arabisant, ex-diplomate (il ne le mentionne plus), professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po Paris, après avoir enseigné à Columbia (New York) et à Georgetown (Washington) pour éclairer notre lanterne de béotien avec un ouvrage fouillé, d’aucuns diront touffu !

Le titre accrocheur est tout un programme : « Généraux, gangsters et jihadistes »2. L’éditeur nous avertit : « cet ouvrage qui fera date… ». Rappelons que cet ouvrage n’est que la suite d’une longue série publiée tout au long des dix dernières années sur sa zone de prédilection. L’homme n’est pas avare d’analyses plus pertinentes les unes que les autres… surtout dans l’erreur.

Cet ouvrage de la plume d’un universitaire averti nous entraîne dans un voyage qui nous ramène jusqu’au au XIIIe siècle pour tenter de comprendre les convulsions actuelles du monde arabe. La thèse principale de l’auteur développée dans son épais volume peut se résumer simplement. Il suffit pour cela de se rapporter à la quatrième de couverture qui en présente la… Continuer la lecture

POUR BLOQUER DJOUHRI, LE DROIT SUISSE EST-IL DEVENU TORDU ?

Il y a cinq ans Alexandre Djouhri m’a un jour offert un verre de rouge, j’avoue donc mon conflit d’intérêts. Voilà mon crime. Pour le reste, depuis des années je suis la trajectoire de ce personnage, jeune homme de Seine-Saint-Denis devenu locataire habituels des plus grands palaces du monde. Une parabole qui provoque la jalousie de ceux qui s’estiment titulaires, de naissance, des premiers rangs du théâtre du monde ; et n’entendent pas laisser leur place. Jusqu’au racisme puisque ce qui m’anime en l’espèce, ce qui me navre, ce sont les mots sélectionnés par la presse dès que leurs nouveaux chiens de garde aboient après Djouhri. Je ne vais donc pas entrer dans les salades financières qui mêlent une villa à Antibes, des tableaux hollandais de Guéant et le financement de la campagne de Sarkozy. Inventaire dans lequel les juges eux-mêmes ne voient aucune lumière puisqu’ ils n’ont jamais mis cet Alexandre en examen. Soyons clair, ce dont Djouhri est ne nom dans les médias m’est nauséeux.

Les médias officiels et subventionnés par l’Etat ont tant fait que, dans le domaine de la chasse un nouveau standard chic est né : la chasse au Djouhri. Après celle aux papillons, aux sorcières, aux dahus (sans oublier la chasse d’eau), voilà que les journaux renouvellent le genre. Djouhri ? Qui ne connait les aventures que les meilleurs de nos confrères lui prêtent ? Au point de se demander si cet Alexandre n’est pas –pour un peu- responsable du réchauffement climatique. Comme le berbère, le kabyle,… Continuer la lecture

CHASSE À L’HOMME ET PRÉSOMPTION DE CULPABILITÉ…

Drôle d’époque que celle où nous vivons aujourd’hui ! Celle des emballements médiatiques, des émotions, des fausses nouvelles, des bobards, des contradictions permanentes entre les paroles et les actes, des procureurs auto-désignés pour la circonstance… La question du harcèlement sexuel – il n’est pas question ici de nier la réalité d’un phénomène grave puni par la loi – fait la une des médias depuis les révélations de l’affaire Weinstein. La parole des femmes se serait libérée, nous dit-on. La machine à délation, la lapidation en ligne aussi avec tous les hashtags (#balancetonporc et #meetoo) et autres réseaux sociaux qui donnent le la de la bienpensance. Il ne se passe pas une seule journée sans que nos perroquets à carte de presse ne livrent en pâture le nom d’un coupable médiatique et cela sans autre forme de procès. Cela a pour nom la « justice 2.0 » dont le principe est : « vous êtes accusé… vous êtes condamné ! » (Cf. la caricature parue dans le volatil du 31 janvier 2018 en page 6).

L’avant-dernier en date est le jeune ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, transfuge de la droite, accusé de viol après qu’une première information ait été classée mais qui se retrouve sur la sellette bien malgré lui. Aussitôt, certains (certaines) réclament sa tête et exigent sa démission immédiate de ses fonctions au nom de la morale et de l’exemplarité. Accusé de viol (il aurait implicitement arraché le consentement de cette ancienne « call girl » à une… Continuer la lecture