Observatoire Géostratégique

numéro 144 / 18 septembre 2017

Humeurs

AFGHANISTAN : LA TERRE A DIMINUE…

« La Terre a diminué », dit l’un des joueurs de cartes du Reform-Club où Phileas Fogg fait le pari de faire le tour du monde en quatre-vingt jours. A l’époque de Jules Verne, ce voyage extraordinaire est rendu possible grâce à la révolution des transports qui marque le XIXème siècle : chemins de fer, bateaux à vapeur, percement du canal de Suez, etc. Aujourd’hui, l’aventure de Phileas Fogg ne serait plus possible parce que les TGV – rebaptisés InOUI – n’arrivent plus à l’heure ; parce que les grands paquebots comme le France, se sont transformés en immeubles de 3 à 4000 logements ; parce que les aéroports – qui n’existaient pas à l’époque – sont devenus des supermarchés où l’on peut pénétrer seulement après s’être complètement déshabillé ; le toucher rectal viendra en même temps que la puce sous-cutanée déjà en service dans quelques sociétés américaines et belges… Envoyer un courrier par la Poste ? Vous n’y pensez pas, c’est maintenant une banque, doublée d’une agence de garde pour les p’tits vieux abandonnés par leurs enfants.

Dans notre mondialisation actuelle qui broie les Etats-nations, les services publics et les outils de redistribution sociale, Phileas Fogg serait encore plus mélancolique, tout simplement parce qu’il n’aurait plus accès aux pays du Sahel et à bien d’autres Etats africains, au sud des Philippines et à bien d’autres régions d’Asie, au Yémen ainsi qu’à de nombreuses régions du Pakistan et d’Afghanistan, voire de Turquie. Le village planétaire rêvé de McLuhan s’est abîmé en un capharnaüm de nouvelles… Continuer la lecture

« CABINET NOIR » : LES MYSTÈRES DE PARIS

« Le seul mystère, c’est qu’il y ait des gens pour penser au mystère » (Fernando Pessoa). Or, le mystère s’épaissit lorsqu’il s’agit de tout ce qui touche à la police. Il devient brouillard lorsque la police fricote avec la politique. Que dire de la morale dont on sait depuis Alain que « La morale commence là où la police s’arrête » ? Les médias font le buzz avec certaines déclarations de François Fillon sur l’existence d’un « cabinet noir » à l’Élysée qu’aurait révélé un ouvrage de trois journalistes du Canard enchaîné1 et sur l’utilisation qu’il en a faite par la suite2.

Il est vrai que les auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai dans la mesure où ils avaient dressé, en 2012, le portrait de l’espion du président de la République Nicolas Sarkozy sous les traits de Bernard Squarcini, l’ancien directeur central du renseignement intérieur (DCRI)3.

C’est peu dire que nos folliculaires ont leurs entrées place Beauvau, à la préfecture de police de Paris et dans la « maison Poulaga » (la police prise au sens large du terme). Grâce à eux, nous sommes conviés à un voyage initiatique dans les arcanes du pouvoir, officiel et occulte, où se font et défont les réputations. Nous assistons aux batailles de pouvoir, aux combats entre hommes et femmes pour l’emporter et, surtout, aux compromissions de tous ordres pour durer le plus longtemps à son poste tout en éliminant ses concurrents avec des méthodes peu orthodoxes.

Après avoir dressé… Continuer la lecture

LA FRANCOPHONIE EST MORTE : MACRON L’A TUER !

« Le français est langue de communication internationale et il nous offre, à la fois, clarté et richesse, précision et nuance… C’est donc en janvier 1944 et par la volonté de Charles de Gaulle que naquit, non seulement l’idée et la volonté, mais surtout la possibilité de la Francophonie » (Léopold Sédar Senghor). Qu’il semble bien révolu le temps où la Francophonie était fière, conquérante ! Tel est le constat alarmiste que nous avions dressé à l’issue des sommets de la Francophonie de Dakar1 puis d’Antananarivo2, sans parler d’une analyse plus globale de la problématique de l’usage du français3 et d’une exégèse de la déclaration conjointe de deux ministres sur le sujet (Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et Audrey Azoulay, ministre de la Culture de François Hollande)4.

C’est au même constat, aussi peu encourageant, que parvient un journaliste du Monde dans sa chronique « Culture » sous un titre à l’humour noir et grinçant : « My God, la francophonie ! »5. Les présidents passent, les problèmes demeurent… voire s’aggravent à la vitesse de l’éclair. Dans cette période de « Macronmania » exacerbé, il est particulièrement osé de jouer les iconoclastes. Mais, osons ! Depuis plusieurs années, nous sommes les témoins d’une dérive constante qui tourne à la violation de la loi Toubon de 1994. Elle s’accompagne aujourd’hui d’une accélération soudaine du phénomène qui se traduit par une violation caractérisée de la constitution française de 1958.

UNE DÉRIVE CONSTANTE : LA VIOLATION DE LA LOI TOUBON DE… Continuer la lecture

LA MARCHE TURQUE OU LA FUITE EN AVANT

« Erdogan transforme le récit du putsch raté en ‘épopée’ » titre le quotidien Le Monde un an après l’aventure sans lendemain du 15 juillet 2017 pour les opposants au nouveau Sultan ottoman1. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le sujet tant le président turc a « profité du coup d’État militaire raté pour réussir un véritable coup d’État civil » (Ahmet Insel, chroniquer au quotidien de centre gauche, Cumhuriyet)2.

Que d’évènements n’allant pas dans bonne direction ont modifié le paysage politique turc depuis douze mois ! La situation actuelle du pays, dirigée par une main de fer par Recep Tayyip Edogan, peut s’apprécier à trois niveaux différents pour mieux cerner la réalité en cet été 2017 : celui de la dérive autoritaire du régime, celui de l’importance géostratégique du pays et, enfin, la pusillanimité de la communauté internationale, étant précisé que ce concept est utilisé par commodité de langage.

Un accélérateur de la dérive autoritaire du régime d’Erdogan

Bien que non exhaustive, la liste des violations de l’État de droit par un pays membre du Conseil de l’Europe et partie à la Convention européenne des droits de l’Homme de 1950 est impressionnante : instauration de l’état d’urgence pendant l’été 2016 qui débouche sur des arrestations à grand échelle (40 000 à 50 000 personnes) sans compter les innombrables mesures attentatoires aux libertés fondamentales (privations de passeports, saisies de biens et de comptes, fermetures d’entreprises et d’établissements d’enseignement) qui visent la confrérie de l’imam Fethullah Gülen (prédicateur… Continuer la lecture

UN AMÉRICAIN À PARIS : LES EXPERTS COM’ !

« Dieu des dieux, c’est bien pratique d’être Jupiter ! D’être à la fois maître des ténèbres et de la lumière, du soleil et du tonnerre… de tout et de son contraire… Et la divinité de l’Élysée ne se prive pas d’en abuser »1. Manifestement, la mi-juillet 2017 donne l’occasion au président de la République, Emmanuel Macron de se glisser lentement mais sûrement dans la peau de Jupiter diplomatique. Le 13 juillet au matin, il est l’hôte du 16ème conseil des ministres franco-allemand à l’Élysée2. Il entend mettre son volontarisme au service de la cause européenne moribonde3. C’est du genre Zorro est arrivé, la célèbre chanson d’Henri Salvador.

Angela Merkel n’a pas tourné les talons que le chef de l’État déroule le tapis rouge pour l’imprévisible Donald Trump accompagné de sa charmante épouse Melania qui effectue une visite surprise à l’hôpital des enfants malades (Necker) dès son arrivée sur le sol français. Le moins que l’on puisse dire est qu’il l’accueille avec chaleur, les mots la traduise4. Cet activisme diplomatique, souvent décousu et débridé, pose une double question, d’opportunité et de crédibilité de notre Jupiter-Talleyrand.

Une question d’opportunité de la visite à Paris du président américain. Alors que Donald Trump se trouve, à nouveau, en grande difficulté à Washington (Cf. les accusations portées contre son fils de collusion avec la Russie pour déstabiliser la candidate Hillary Clinton5), il est reçu en grandes pompes à Paris alors, qu’au départ, il… Continuer la lecture