Observatoire Géostratégique

numéro 153 / 20 novembre 2017

Humeurs

SYRIE : DRÔLE D’ATTELAGE POUR UNE CONSTITUTION…

Peut-on confier à son ennemi le soin de rédiger sa constitution ? La réponse semble être affirmative pour Randa Kassis. Cette opposante syrienne – ancien membre du Conseil national syrien (CNS) – se concentre, depuis un an sur la rédaction d’une nouvelle constitution pour la Syrie. Elle s’est elle-même confiée cette mission après avoir été exclue des négociations de Genève dirigées par le représentant spécial de l’ONU sur la Syrie Staffan de Mistura.

En fait, les Russes ont décidé de lâcher cette personnalité controversée au profit de Jamil Qadri. Chef de file du groupe dit « de Moscou », cet ancien ministre de Bachar al-Assad – qui a fait défection durant l’été 2012 – est aujourd’hui dirigeant du Parti de la Volonté populaire et du Front populaire pour le changement et la libération. Ce lâchage est bien compréhensible : en s’autoproclamant unilatéralement rédactrice de la « nouvelle constitution syrienne », Randa Kassis a provoqué une certaine confusion dans l’agenda des négociations menées à Genève. Celles-ci comportent quatre dimensions : transition politique, réformes constitutionnelles, élections et lutte contre le terrorisme. Le fait de privilégier préalablement l’aspect constitutionnel sans tenir compte des autres chapitres de la négociation, ni de l’évolution des rapports de force sur le terrain, a passablement gêné les négociateurs russes, Staffan de Mistura et les autres partenaires du processus d’Astana, les Turques et les Iraniens notamment.

En effet, les premiers travaux de Randa Kassis sur une « nouvelle constitution » privilégient d’abord les revendications de la minorité kurde, allant jusqu’à prévoir l’instauration d’un Etat fédéral, l’autonomie, sinon… Continuer la lecture

IDENTITARISME, RÉFÉRENDUM, SÉCESSION : LE RÉVEIL DES NATIONS ?

« Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau » (Alexis de Tocqueville). Chaque jour, nous redécouvrons la pertinence de cette réflexion de cet avocat, publiciste, magistrat, député, ministre des Affaires étrangères du XIXe siècle, auteur de La démocratie en Amérique. Comment mieux illustrer ce jugement qu’en se référant à deux exemples aussi concrets qu’actuels ? « Cinq mille kilomètres séparent Erbil, la capitale de la Région autonome du Kurdistan irakien, de Barcelone, celle de la Communauté autonome de Catalogne. Mais la plus importante différence n’est pas la distance mais la géographie. La Catalogne est située dans une Europe en paix, le Kurdistan irakien dans un monde en guerre. Pourtant, les deux ont un point commun : une volonté affichée par certains de passer de l’ autonomie à l’indépendance »1. Cette problématique, longtemps délaissée du champ de la réflexion des relations internationales, est toujours présente dans le panorama du monde contemporain. Nous y avons consacré une courte réflexion sous l’angle de la question connexe de l’intangibilité des frontières en 20152. C’était, il y a presque deux ans déjà ! Faute d’un traitement adéquat, elle refait son apparition dans un contexte paroxystique en Irak et en Catalogne. Le ver est désormais dans le fruit et le problème risque malheureusement de se poser ailleurs et plus vite qu’on ne le pensait.

DU PARTICULIER : IRAK ET CATALOGNE…

Comme souvent de nos jours, la sidération l’emporte sur la connaissance et l’anticipation de signaux faibles. Ces deux exemples présentent de nombreuses similitudes et… Continuer la lecture

L’ARABIE NE SERA JAMAIS PLUS COMME AVANT…

Le roi Salman vient de permettre aux femmes de conduire. Cette décision mondialement saluée est le résultat des luttes que mènent depuis des années les femmes courageuses d’Arabie.

Manal Al Sharif, l’une d’entre elles, est une jeune femme super diplômée qui travaillait à l’Aramco la compagnie arabo-américaine des pétroles. Un beau jour du mois de mai 2011, cette respectable veuve est sortie de chez elle au volant de sa voiture. Et sa vie a basculé. Arrêtée par la police elle est sermonnée avant d’être raccompagnée à son domicile. Quelques heures plus tard, elle est à nouveau interpellée et jetée en prison sur l’accusation d’avoir gravement troublé l’ordre public. Avant de la juger, les autorités exigent qu’elle fasse publiquement acte de contrition et de repentir sur Facebook où elle compte des mille et des milliers d’amies. La délinquante s’obstine, aggravant son cas de jour en jour. Les prédicateurs montent en épingle le fait divers. Leurs prêches enflamment les mosquées. Des gardes de la foi accusent Manal Al Sharif d’être une Matahari des chiites iraniens, d’autres prétendent qu’elle est au service des singes sionistes ou des incroyants. De toute évidence, Satan n’est pas loin, le procès en sorcellerie est à craindre. 

La presse traite l’Affaire à la une. La population est divisée, il y a les pro et les anti-Manal. Le roi hésite à se prononcer car la guerre civile menace la dynastie. Même les Américains et les Européens, habituellement empressés à voler au secours de la veuve opprimée, regardent leurs chaussures en se grattant l’oreille… Continuer la lecture

LA DEPÊCHE QUE NE PUBLIERA PAS LA PRESSE PARISIENNE…

Une fois n’est pas coutume, nous publions dans cette rubrique d’humeurs une dépêche de l’Agence France Presse, un « papier d’angle » repris par de nombreux médias au Maroc, en Belgique, en Suisse et ailleurs. En France, comme si la presse parisienne était allergique à la pertinence : silence radio ! Nos rédactions arrogantes et leurs pseudo-experts savent mieux que le monde entier…, L’auteur de cette dépêche – Michel Moutot – est un journaliste remarquable. Il travaille sur le terrorisme et le contre-terrorisme depuis une vingtaine d’années. Citation :

FACE AU JIHADISME, L’IMPORTANCE DE NE PAS SURREAGIR (EXPERTS)

Paris (France)
22 septembre 2017 11:33
AFP (Michel MOUTOT)

Les jihadistes sont comme des mouches dans l’oreille d’un éléphant ou des guêpes dans un char d’assaut : seule une réaction excessive de leurs victimes peut leur donner des espoirs de gains politiques, préviennent des experts.

Les attentats qu’ils commettent, aussi graves et dramatiques soient-ils, ne constituent pas une menace vitale pour les démocraties visées, ajoutent-ils. En revanche, une surréaction peut conduire à l’adoption de mesures drastiques, à des réponses militaires ou policières disproportionnées qui vont en fin de compte faire le jeu des assaillants. 

"La stratégie du groupe État islamique (EI) est largement incomprise" confie à l’AFP Alexander Ritzmann, ancien élu au parlement local de Berlin et membre de l’European Foundation for Democracy. "Ils ne cherchent pas seulement à tuer des Européens mais surtout à accroître la polarisation des sociétés européennes et répandre la peur et la suspicion à l’égard des musulmans". 

"Il faut que les… Continuer la lecture

SABRA-CHATILA, 35 ANS APRES…

L’auteur dédie ce texte au journaliste Amnon Kapeliouk et au Colonel de l’armée israélienne Elie Gueva. Commandant de l’assaut de Beyrouth, le Colonel Elie Gueva a démissionné de son poste sur le champ de bataille en guise de protestation contre des ordres qu’il jugeait contraires aux lois de la guerre et de la morale. Elie Gueva a été depuis lors ostracisé par la société militaire israélienne, frappé du syndrome de Sabra-Chatila, rejeté vers les profondeurs de l’anonymat le plus complet, alors que la mise en relief d’un tel comportement aurait eu valeur pédagogique et thérapeutique.

SAMIR GEAGEA : UNIQUE SURVIVANT DE CETTE TRAGÉDIE

« A Chatila, à Sabra, des non-juifs ont massacré des non-juifs, en quoi cela nous concerne-t-il ?» Intervention du premier ministre israélien Menahem Begin à la Knesset lors du débat sur les responsabilités israéliennes dans le massacre des camps palestiniens du sud de Beyrouth, l’été 1982.
« Toute cette équipée aurait dû porter en sous-titre « Songe d’une nuit d’été » malgré les coups de gueule des responsables de quarante ans. Tout cela était possible à cause de la jeunesse, du plaisir d’être sous les arbres, de jouer avec des armes, d’être éloigné des femmes, c’est-à-dire d’escamoter un problème difficile, d’être le point le plus lumineux parce que le plus aigu de la révolution, d’avoir l’accord de la population des camps, d’être photogénique quoi qu’on fasse, et peut-être de pressentir que cette féerie à contenu révolutionnaire serait d’ici peu saccagée: les Fedayine ne voulaient pas le pouvoir, ils… Continuer la lecture