Observatoire Géostratégique

numéro 208 / 10 décembre 2018

Humeurs

LA FABRIQUE DE LA GUERRE CIVILE EN FRANCE (1958 – 1962)

Tourné en 1969 et sorti au cinéma en 1971, le film de Marcel Ophuls – Le Chagrin et la pitié – a profondément renouvelé notre compréhension de la France sous l’Occupation, démystifiant notamment plusieurs idées reçues sur la Résistance. Un an plus tard, le livre de l’historien américain Robert Paxton – La France de Vichy1 – complétait cette nouvelle approche, marquant une rupture considérée comme décisive dans l’historiographie de l’une des périodes les plus sombres de notre histoire. Dans sa préface, Stanley Hoffmann soutient que « sur deux points capitaux, l’apport de Paxton est révolutionnaire » : il n’y a pas eu double jeu de la part de Vichy, et le régime n’a pas joué l’effet de « bouclier » en épargnant certaines souffrances aux Français.

Aujourd’hui, l’indispensable maison d’édition La Fabrique, nous livre un ouvrage tout autant révolutionnaire et décisif qui produit le même tremblement de terre épistémologique pour la période 1958 – 1962. Lui aussi américain, l’historien Grey Anderson2, se livre à une relecture toute aussi documentée, à partir de l’ouverture de nouvelles archives et d’une multitude de témoignages inédits, déconstruisant nombre de mythes touchant au retour au pouvoir du général de Gaulle : La Guerre civile en France, 1958 – 19623. D’emblée, le sous-titre donne le ton : « Du coup d’Etat gaulliste à la fin de l’OAS ».

Avec la plus grande rationalité, cet historien de terrain reconstitue les errances de la IVème République qui vont amener au désastre indochinois de Dien Bien Phu – le 7 mai 1954.… Continuer la lecture

OCKRENT EN ARABIE OU BICHONNE CHEZ LES WAHHABITES…

Dotée d’un grand sens du marketing, Christine Ockrent vient de nous livrer une dernière compilation dédiée à MBS, le « prince mystère de l’Arabie ». Bon… c’est à peu près comme si on demandait à un patron de McDo de nous parler grande cuisine… Mais voyons !

Comprenant qu’elle n’est pas d’emblée la personne à qui l’on pense spontanément pour essayer de comprendre l’Arabie saoudite et ses tribulations, la dame nous rassure dès son préambule : « travaillant à l’époque pour 60 Minutes, le magazine d’information de la chaîne de télévision CBS News où je faisais mes classes, j’eus l’occasion de me rendre en Arabie saoudite (…) Depuis, je n’ai cessé d’être intriguée par ce royaume hors du temps, dont le rôle, dans les tourments du Moyen-Orient, est allé grandissant ».

Ce rappel biographique appellerait bien des commentaires, notamment quant à son surnom de « Reine Christine », du seul fait d’avoir « fait ses classes » dans un média américain. Sans épiloguer davantage sur l’état d’aliénation coloniale des propagandistes de ce sobriquet, l’auteur de ces lignes se souvient avec un étonnement durable de Claude Bartolone – alors président de l’Assemblée nationale – qualifiant l’ancienne de CBS, des trémolos dans la voix… de… « grande professionnelle », alors qu’il était interrogé sur l’évident conflit d’intérêt avec son mari Bernard Kouchner, lorsqu’elle fut nommée à la tête de l’Audiovisuel public extérieur.

En l’occurrence, et depuis longtemps, la dame était plutôt connue comme reine du marketing et des ménages. Pour plus de détails, on lira ou relira avec bonheur le chapitre… Continuer la lecture

LA DIPLOMATIE DU FROC BAISSÉ…

« La honte, ce poison de l’âme »1. Il ait des moments où la honte d’être français saisit tout citoyen attaché à certaines valeurs surannées. Les principales sont contenues dans la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les 58 membres de l’Assemblée générale de l’ONU le 10 décembre 1948. Une sorte de bible du vivre-ensemble international2. La bande dessinée Spirou vient de lui consacrer un numéro spécial qui pourrait intéresser les lecteurs rebutés par un texte peu ludique3.

Nous en retiendrons seulement trois : le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne (article 3) ; le rejet de la torture, des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (article 5) et le refus de l’arrestation, de la détention ou de l’exil arbitraire (article 9). Il paraît à tout le moins curieux que la patrie autoproclamée des droits de l’homme, la « Grande Nation » qu’est la France s’essuie récemment les pieds sur de tels principes universels et intangibles auxquels elle semble attachée, du moins dans la théorie.

Et cela d’autant plus lorsque cette France est celle de Jupiter qui va faire le paon devant la Cour européenne des droits de l’homme à l’automne 20174. Sa diplomatie du « en même temps » se transforme en duplicité flagrante, en diplomatie à Canossa. Elle met à nu la lâcheté insupportable de certains hauts fonctionnaires français.

LA DUPLICITÉ FLAGRANTE DE JUPITER DROIT DE L’HOMMISTE

En même temps… Continuer la lecture

ARABIE SAOUDITE/RUSSIE, DEUX POIDS DEUX MESURES !

On se souvient que l’ex-agent double russe Sergueï Skripal a fini par sortir de l’hôpital de Salisbury (sud-ouest de l’Angleterre) où il était soigné après avoir été empoisonné par un agent innervant. Sa fille Ioulia, empoisonnée en même temps que lui, était déjà sortie le 11 avril dernier. Vladimir Poutine avait souhaité un prompt rétablissement à Sergueï Skripal, tandis que les Etats-Unis et l’UE décidaient d’expulser par dizaines des diplomates russes, en réaction à l’empoisonnement, l’OTAN suivant le mouvement. En effet, le 27 mars 2018, l’OTAN décidait de retirer leurs accréditations à sept membres de la mission russe et de rejeter trois demandes d’accréditation supplémentaires. L’Alliance atlantique a également réduit la taille de la mission russe, ajoutait Jens Stoltenberg. Elle ne pourra plus accueillir que 20 personnes, contre 30 auparavant. « Cela adresse un message très clair à la Russie, à savoir qu’il y a des coûts », déclarait encore le secrétaire général de l’OTAN : « notre décision reflète les graves préoccupations exprimées par les alliés pour leur sécurité », ajoutait Jens stoltengerg, selon qui « c’est la première fois qu’un agent neurotoxique est utilisé sur le territoire d’un pays membre de l’alliance ». Hormis l’OTAN, 144 diplomates russes devraient être expulsés de 26 pays. Les Etats-Unis ont déclaré non grata 60 personnes ; le Royaume-Uni, 23 ; l’Ukraine, 13 ; la France, le Canada, l’Allemagne et la Pologne, 4 ; la République tchèque, la Moldavie et la Lituanie ont annoncé en expulser 3 ; l’Australie, l’Italie, l’Espagne, le Danemark, les Pays-Bas et l’Albanie, 2 ; La Belgique, l’Estonie, la Lettonie, la Finlande, la Suède, la Norvège, l’Irlande, la Roumanie, la Croatie, la Macédoine et la… Continuer la lecture

MYTHOLOGIES : BICHON A LA BARRE DU RAINBOW WARRIOR !

Vous me direz : « quel besoin avais-je d’acheter un supplément de Paris-Match ? Sinon, par rapport au magazine hebdomadaire, de m’infliger une double peine. En réalité, comme je suis très fortuné et que, passant devant la gare Saint Lazare, je n’avais en poche qu’un billet de 50 euros pour acheter L’Equipe, ne voulant pas vexer le kiosquier, j’ai aussi pris un coûteux machin, une édition spéciale de Match qui nous ramène en 1980, et aux alentours. Voilà donc pourquoi je me suis usé la cornée sur cette publication : pour y découvrir un certain nombre de vieilles sottises.

Comme le vin, en prenant de l’âge les mensonges capitaux deviennent capiteux. C’est-à-dire ronds, doux, acceptables : faciles à avaler. Le pompon de l’éventaire est un article qui entend revenir sur l’affaire Greenpeace, celle du Rainbow Warrior. Il est signé Jean-Michel Caradec, vieux laboureur de lieux communs qui s’est illustré jadis en collaborant au magazine VSD, alors entre les mains d’un certain Marc Francelet comme rédacteur en chef, l’ex-attaché de presse du gang Zemour (avec un seul « m », en ce moment faut faire attention).

Dans son article Caradec, publiciste breton, enfile les perles jusqu’au point crucial : qui a révélé le scandale Greenpeace ? Je veux dire, qui a écrit, « la DGSE a fait couler le Rainbow Warrior », le bateau écolo ? Tout apprenti journaliste, préparant son futur chômage sur les bancs du CFJ (Centre de Formation des Journalistes), sait ou devrait savoir que le 8 aout 1985, le confrère qui… Continuer la lecture