Observatoire Géostratégique

numéro 218 / 18 février 2019

Humeurs

LES PASSEPORTS DIPLOMATIQUES DE M. BENALLA

L’affaire des passeports diplomatiques détenus – et utilisés – par Alexandre Benalla, a fait revenir sur le devant la scène médiatique l’ancien directeur adjoint de cabinet du président de la République. Pour rappel, il avait été contraint de quitter ses fonctions auprès du président Macron au début de l’été 2018 pour avoir participé, le 1er mai, à des opérations de maintien de l’ordre contre des manifestants sans disposer des titres nécessaires et en commettant à cette occasion des violences sur des personnes en cours d’interpellation. Dépourvu à partir de là de toutes fonctions officielles, Alexandre Benalla avait néanmoins conservé deux passeports diplomatiques dont il a fait usage à de nombreuses reprises durant l’été à des fins professionnelles privées. Il avait ce faisant volontairement ignoré les demandes de restitution qui lui avaient été adressées à la fois par le Quai d’Orsay et par l’Elysée.

Sollicité par les médias pour savoir quels avantages donnaient de tels documents, le Quai d’Orsay a précisé, à bon droit, que leur titulaire, s’il n’est pas un agent diplomatique, ne peut pas en aucune manière bénéficier par ce moyen des immunités diplomatiques prévues par la convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. Il ne s’agit dans un tel cas que d’un sauf-conduit permettant à son détenteur de franchir plus aisément les contrôles aéroportuaires. Les autorités douanières et de sécurité en charge de ces contrôles peuvent même demander une fouille des bagages personnels de celui-ci, ce à quoi échappent en principe – sauf soupçon… Continuer la lecture

ADIEU AU CANARD-ENCHAÎNE

J’ai, il y a des lustres, et même des lampadaires comme pourrait en vendre l’antiquaire Brimo de Laroussilhe, que j’ai la chance de connaitre le merveilleux Nicolas Brimo, « Directeur des publications du Canard Enchainé ». Traduisez : c’est lui qui engagé le plus d’argent dans le système coopératif qui préside au fonctionnement du Canard Enchainé, à celui de la gestion de son matelas de 128 millions d’euros. C’est donc lui qui est le meilleur journaliste. Comme moi, en ces très vieux temps, il était mince, gentil, discret, courtois et roulait sur une modeste moto rouge.

Aspiré dans son sillage, comme le cycliste derrière derny, je me suis retrouvé peu de temps à travailler au Canard. Le plus beau jour de ma vie. Je quittais la presse pourrie et bourgeoise, le monde du mensonge pour celui d’une vérité sans frontière. Premier repas collectif, avec la rédaction, et lourde déception : l’un pleurait sur le prix de la réfection de la façade de sa maison (à Neuilly je crois), l’autre sur le prix des pavés – et il fallait encore poser – livrés dans sa campagne de Normandie. J’ai eu l’impression du type qui fait un faux numéro et tombe sur le MEDEF plutôt que sur la Fédération Anarchiste. Je suis parti…

Plus tard, sur des photos publiées dans la presse, j’ai vu que mon ami Brimo fréquentait Latché, la bergerie de Mitterrand. Où la paille des chaises était encore chaude du cul de Bousquet. Pas grave. On ne choisit pas les amis de… Continuer la lecture

ALEXANDRE BENALLA PRIS EN MAIN PAR LE MOSSAD !

Depuis qu’il a quitté l’Elysée – mais l’a-t-il vraiment quitté ? – Alexandre Benalla est marqué à la culotte par le Mossad. Pourquoi diable ? Tous les services secrets du monde, mais en particulier celui d’Israël, rêvent d’avoir sous la main un homme qui a partagé l’intimité des puissants. C’est le cas de Benalla qui, pendant plus de dix-huit mois a vécu dans l’ombre du couple Macron et, à la fois, au cœur d’une machine pas banale, la Présidence de la République Française, cinquième puissance mondiale et membre du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Quand Mitterrand est arrivé au pouvoir en 1981, même si Tonton et ses amis, depuis longtemps, avaient épuré toutes les archives concernant leur maître, le Mossad avait, lui, récupéré des kilos de papiers. Pas tous valorisants pour l’histoire secrète de celui qui arrivait au pouvoir. Vichy, bien sûr. Mais pas seulement. Et ce n’est pas pour le seul amour de la carpe farcie que Mitterrand a réservé sa première visite d’Etat à Israël. Ce Benalla, et ses secrets même petits, n’a donc pas de prix. Et le Mossad, prêt à guider le demandeur d’emploi, est informé de tout ce qui tourne autour de cet Alexandre.

Et c’est un agent israélien, travaillant sous couverture dans un aéroport parisien, qui a été le premier informé d’un transfert de 294 000 euros touchant le gendarme Vincent Crase, ami et complice de Benalla, un argent issue des comptes d’oligarques caucasiens. Mieux, le même observateur croit savoir aujourd’hui qu’une autre somme, cette fois… Continuer la lecture

LE FASCISME QUI VIENT…

L’un des intérêts de la révolte qui gronde, et il n’est pas mineur, est d’avoir escamoté un masque. Jusqu’au 17 novembre, premier Episode des Gilets jaunes, sur les écrans de télévision, ou derrière les micros, les commentateurs, reporters, correspondants nous étaient présentés comme des « journalistes ». Alors que le plus souvent, en bons chiens de garde, ils répétaient seulement les éléments de langage transmis par la Place Bauveau. Elle-même dressée, instruite et respectueuse des impératifs des maîtres, c’est-à-dire tout mettre en œuvre pour tenir le rythme de leurs extravagants profits…

Revenons à l’intérêt médiatique de la rébellion. Celui que nous venons d’évoquer. Subitement, sans doute jugée pas assez pugnace, l’armada des bavards menteurs et autres porteurs de micros a soudain été remplacée sur les antennes par de vrais flics. Depuis le 17 novembre, pas un écran pas une oreille n’échappe aux commentaires du policier-expert, de l’expert-policier ou de l’expert-expert. D’hommes et de femmes, cartes de flics dans le sac à main pour lesquels le matraquage ne s’opère plus avec des bâtons, mais avec des mots. Le « story telling » de l’ordre, pas forcément républicain. Saluons donc cette réforme audiovisuelle subreptice, elle a l’avantage d’installer l’authentique contre la copie, le vrai policier contre l’imité.

En Mai 68, par des affiches collées sur les murs en révolte, les citoyens avaient été prévenus : « ORTF : tous les soirs la police vous parle ». Un conseil d’ami comparable à celui aujourd’hui imprimé sur les paquets de cigarettes : « Attention fumer tue ». Cette fois rien, aucun principe de précaution… Continuer la lecture

TU N’AS RIEN VU A ALEP…

Le grand éditeur arlésien1Arnaud Bizalion vient de publier un livre exceptionnel de photographies-documents. Ce travail fera un beau présent de fin d’année : Aleppo mon amour, de la photographe Katharine Cooper. Les clichés rassemblés dans cet ouvrage vivant, parce fabriqué sur le terrain, sont le fruit de deux reportages effectués en avril 2017 et en juillet 2018. Une préface, Marc Ladreit de Lacharrière – président de la société française Fimalac et membre de l’Institut -, ouvre ce magnifique carnet de voyage : « l’écriture photographique de Katharine Cooper est charnelle et généreuse. Ses clichés sont parfois joyeux, parfois tragiques, toujours vecteurs d’espoir. Ce sont des femmes, des hommes, des enfants. Ce sont des Syriens demeurés fiers et dignes, auxquels Katharine Cooper rend hommage, témoignant qu’Alep n’a pas perdu son âme ». Richard Labévière dresse, ensuite une géopolitique de ce regard libre et rigoureux. Nous publions l’intégralité de son texte.

La rédaction 

 

TU N’AS RIEN VU A ALEP…

« Tu n’as rien vu à Hiroshima », lui répète-t-il, tandis qu’elle lui parle de son adolescence à Nevers pendant la Seconde guerre mondiale. Sorti en 1959, le film franco-japonais – Hiroshima mon amour, une liaison de 24 heures – n’est pas, à proprement parler une histoire d’amour. Alain Resnais, dont la carrière vient d’être lancée par Nuit et Brouillard, y traite de la guerre dans ce qu’elle a de plus totale : la bombe atomique. Le film aura un retentissement mondial, non seulement en raison du sujet traité mais aussi parce qu’il… Continuer la lecture