Observatoire Géostratégique

numéro 235 / 17 juin 2019

Humeurs

BLASPHEME A L’ENVERS : LE SCANDALE DE MALICORNAY

En février 2017, à la suite d’une lettre anonyme, Matthieu Faucher – jeune instituteur à Malicornay, petit village de l’Indre – est brutalement suspendu, puis déplacé au motif de « non-respect de la laïcité ». La missive l’accuse de « faire du prosélytisme en enseignant… la Bible ». Quelques jours seulement après cette délation anonyme, l’instituteur est non seulement suspendu par l’inspecteur d’académie, mais proprement traité comme le dernier agent de l’Opus Dei. Bigre !

Les parents d’élèves tombent des nues et se mobilisent aussitôt, multipliant démarches et courriers à l’attention des administrations locales et parisiennes de l’Education nationale, jusqu’ au plus haut niveau. L’affaire parvient au cabinet du ministre Jean-Michel Blanquer, qui a la réputation d’un homme de terrain avisé, sinon visionnaire. Le tribunal administratif est saisi, l’instituteur recevant de nombreux soutiens, dont celui de Régis Debray, auteur notamment d’un rapport important de 2002 : « L’enseignement religieux dans l’école laïque ». Ce texte préconise de renforcer l’étude du « fait religieux » dans l’école publique comme objet d’histoire et de culture générale. Mais rien n’y fait et Matthieu Faucher n’est pas réintégré dans son poste, devant se contenter de « boucher les trous », enchaînant remplacements sur remplacements dans l’académie de l’Indre…

HALLUCINANT !

Hallucinant, proprement hallucinant lorsqu’on sait qu’en France, l’enseignement de la plupart des écoles religieuses et confessionnelles n’est ni encadré, ni suivi par l’inspection de l’Education nationale. Encore mieux : l’existence d’une centaine d’écoles coraniques clandestines (pour ne prendre que cet exemple) – où sont enseignés la haine de l’autre et l’incitation à la violence – est parfaitement… Continuer la lecture

EUROPE : GUY METTAN SUR MAIRE…

« Toutes choses sont bonnes ou mauvaises par comparaison » (Edgar Allan Poe). À quelques encablures du prochain scrutin pour le renouvellement du Parlement européen (26 mai 2019), c’est bien connu, « les Français veulent savoir », comme dirait le folliculaire, Jean-Jacques Bourdin. Que veulent-ils savoir au juste ? S’ils ont leur place dans le processus décisionnel de ce Moloch technocratique. Si l’objectif de cette construction bancale est leur bonheur ou celui des Américains et des Chinois. Si l’Union européenne va continuer à s’élargir avant de s’approfondir. Si ce monstre bureaucratique va cesser d’être une fabrique de normes pour devenir une usine au sein de laquelle le mot puissance n’est plus un concept grossier. Si l’Union va cesser de s’ouvrir aux quatre vents sans réagir. Si l’Europe est la solution ou bien si l’Europe est le problème … Toutes questions des plus légitimes auxquelles les citoyens des pays de l’Union européenne n’ont pas encore reçu la moindre réponse aussi crédible que satisfaisante de la part de leurs dirigeants. Ces derniers s’empressent de les tenir dans l’ignorance la plus crasse, dans l’opacité la plus sordide (Cf. la crise des « gilets jaunes »). Dès fois qu’ils se mettraient à réfléchir, à demander des comptes, à réclamer des têtes. En un mot à vouloir se mêler de ce qui les regarde, du moins en théorie. Tel est le drame d’une construction qui se voulait être bâtie pour les peuples et avec les peuples et qui de facto, si ce n’est de… Continuer la lecture

AL ULA, LE FABULEUX ROMAN DE LA FRANCE-ARABIE…

Le premier roman de tous les temps en Arabie saoudite a été écrit il y a tout juste soixante ans par une femme native de La Mecque. Samira était fille de l’unique chirurgien du Royaume et mère de Dodi, celui-là même qui en 1997 dans le tunnel de l’Alma à Paris aura l’ultime élégance d’accompagner Lady Diana dans la mort. L’écrivaine était la soeur d’Adnan, milliardaire de l’armement et l’heureux propriétaire du plus beau yacht des mers le « Nabila » ; celui-là même qui sera vendu à Donald Trump avant d’être racheté par le Prince Al Walid ben Talal. Comme le grand monde est petit ! Fermons la parenthèse.

En 1959 Samira alors âgée de 23 ans publie au Liban Waddat amali, « L’adieu à mes espoirs ». Au Caire, à Bagdad et à Damas, c’est un succès parmi les intellectuels arabes qui lisaient autre chose que le Coran. Samira Bint al Jazirah al Arabiya (Samira fille de la péninsule arabe) éditera aussi en 1974 à Beyrouth le premier magazine féminin de langue arabe « Al Charkiya » (l’Orientale) et sera élue Présidente de l’Union des Femmes Arabes. Elle quittera brutalement le monde douze années plus tard laissant à ses lecteurs le souvenir de nouvelles aux titres désespérants : « Souvenirs larmoyants ; Gouttes de larmes ; Funérailles de roses... » Cette romancière qui cachait soigneusement son identité sous un pseudonyme se nommait Samira Khashoggi. C’était la tante de Jamal, le journaliste assassiné au consulat d’Arabie d’Istanbul. C’est sans doute pour célébrer l’anniversaire de la naissance du roman en Arabie que le… Continuer la lecture

EUROPE : LA RÉVÉLATION DES CONTRAIRES !

En ces temps de manichéisme exacerbé, il est de bon ton d’opposer les bons progressistes (qui veulent plus d’Europe mais une Europe brouillonne et ignorante des nations et des citoyens) aux méchants populistes (qui réclament moins d’Europe mais une Europe plus efficace et respectueuse des nations et des citoyens). L’immense avantage de cette première démarche est de neutraliser tout débat sérieux par discréditation ab initio du contradicteur et tout cela en se donnant bonne conscience. Dans ces conditions, le choix du citoyen pour les élections au Parlement européen (26 mais 2019) devient théorique.

Comment envisager un seul instant de privilégier le Mal au détriment du Bien ? C’est que l’essence de la discussion n’est plus de nature politique (au sens noble du terme) mais de nature morale (au sens le plus vague du terme).

Le débat tourne court car il n’y a plus matière à débat mais à monologue de la bienpensance. Elle assène ses vérités révélées sur le sacré qui a pour nom Europe. Circulez, il n’y a rien à voir. Résultat : le citoyen reste sur sa faim. Comment peut-il imaginer porter son suffrage sur des partis qui prônent un questionnement des textes sacrés et ainsi se voit frappé d’excommunication, de lapidation par la justice médiatique ? C’est tout simplement impossible. À étudier de plus près les professions de foi des uns et des autres, on découvre que du côté des bons, on nous impose l’Europe du néant et de l’incantation alors que du côté des méchants, on découvre l’Europe… Continuer la lecture

LE MÉTIER DE DIPLOMATE : UN PORTRAIT VÉRITÉ

Quantité n’est pas nécessairement synonyme de qualité. Nous en avons la preuve en découvrant l’abondante offre de littérature que nous proposent nos libraires préférés (voir quelques sites internet spécialisés). Les sommes ne sont pas automatiquement signe d’additions de bonnes idées. La longueur du propos est parfois le masque d’une confusion de la pensée. La notoriété n’est pas toujours gage de qualité surtout pour ceux (celles) qui produisent de la pseudo-analyse à jet continu à tel point que l’on peut se demander quand ils (elles) trouvent le temps de réfléchir. Sans tomber pour autant dans la caricature, il arrive, pour notre plus grand bonheur, de découvrir quelques petites perles qui dépassent en qualité nombre d’opus magnum.

Tel est le cas d’un petit opuscule par la taille (format Que sais-je ? et 129 pages) mais par grand par la valeur pédagogique et intellectuelle. Nous voulons parler de celui de Raoul Delcorde intitulé : « Le métier de diplomate »1. [Notons au passage qu’il est presqu’impossible de se procurer cet ouvrage dans l’Hexagone. Ce qui est bien dommage pour sa diffusion. Mais, par le truchement d’une bonne âme belge, nous avons pu l’obtenir]. Le terme de qualité nous paraît être le plus grand dénominateur commun à cet ouvrage atypique.

UN HOMME DE QUALITÉ

L’homme est diplomate (ambassadeur de Belgique à Ottawa après l’avoir été à Stockholm et à Varsovie) et enseignant (docteur en science politique et professeur invité à l’UCL au sein de laquelle il y enseigne les questions européennes). Il a… Continuer la lecture