Observatoire Géostratégique

numéro 144 / 18 septembre 2017

Humeurs

Humeurs du 25 mai 2015

« Militants ! », vous avez dit militants ?

La semaine dernière, le quotidien parisien Le Figaro et l’hebdomadaire L’Observateur ont publié une dépêche en provenance de l’agence Reuters, rapportant que vingt-deux « militants » avaient été tués par l’armée algérienne. « Militants » de quoi ?

En fait, lors de cette opération, l’Armée nationale populaire algérienne (ANP) a non seulement neutralisé un groupe terroriste important mais elle a aussi mis la main sur un véritable arsenal de guerre près de la localité de Ferkioua, dans la wilaya de Bouira. Dans les secteurs voisins de Blida et Boumerdès (1ère région militaire), deux caches d’armes ont été découvertes contenant une mitrailleuse de type PKT, une mitraillette de type (MAT-49), quatre fusils de chasse, un fusil à répétition. Les militaires ont également découvert un lance-roquettes de type RPG7, deux canons de fusils semi-automatiques, six obus RPG7, huit charges d’obus, 38 téléphones portables bricolés en systèmes de mise à feu d’explosifs, 13 bombes de confection artisanale, quatre paires de jumelles et une importante quantité de munitions de différents calibres. Le communiqué officiel ajoute que 24 kilogrammes de TNT, 12,5 kilogrammes d’explosifs, 170 litres d’acide nitrique ont été également saisis ainsi que 31 détonateurs, six mètres de mèche de détonateur, un groupe électrogène, deux panneaux solaires, des vêtements, des denrées alimentaires et d’autres matériels de survie.

En qualifiant les membres du groupe terroriste neutralisé de « militants », Reuters et ses… Continuer la lecture

Humeurs du 18 mai 2015

Issayas Afewerki, dictateur maître-noyeur de l’Érythrée

Par milliers, les Érythréens se noient. Tout le monde s’en fout. L’actualité préfère les futilités : le foute balle, la famille Le Pen, le temps qu’il fera en mai… La France se regarde le nombril et ne veut pas lever les yeux sur l’horizon. L’été s’annonce serein. On a pris toutes les précautions pour éviter la pollution. Sur la Côte d’Azur, on envisage la pose des filets pour empêcher les immigrants de venir semer l’effroi. Imaginez la scène en plein festival de Cannes ! Des cadavres gonflés, décomposés d’enfants, femmes et hommes échoués sur la plage ! Suite aux naufrages en série, le ministre de l’intérieur communicant a sobrement stigmatisé les passeurs. Il a rappelé les bons scores de la police et manifesté sa ferme résolution de rechercher une « solution européenne à ce drame humain ». On est rassuré.

Il y a quinze jours, le Président tunisien était à Paris. Durant les nombreux échanges de discours, on s’est félicité de part et d’autre de la parfaite coopération en matière de lutte contre l’immigration clandestine. Il est vrai que depuis la révolution, les boat-people comme les touristes, ont déserté la Tunisie. Désormais ils embarquent depuis la Libye. C’est l’un des effets pervers de la chute de Kadhafi. Jadis, quand les filières de passeurs étaient dominées par les Tunisiens, c’était un moindre mal car elles agissaient dans le respect d’un certain code de l’honneur. L’intermédiaire n’était payé qu’à l’arrivée à bon port du migrant… Continuer la lecture

Humeurs du 11 mai 2015

Mare Nostrum, Triton et après…

Au moins 400 migrants disparus le 12 avril dernier, 40 noyés le 16 avril, l’évaluation de 700 morts dans un nouveau naufrage le 19 avril… Le printemps 2015 restera marqué par ces drames à répétition, une « hécatombe jamais vue en Méditerranée » selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Depuis plusieurs années, l’Italie presse pourtant ses partenaires européens de renforcer l’opération « Triton », coordonnée par l’agence européenne pour la surveillance des frontières (Frontex), celle-ci ne disposant que de faibles moyens. Un sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement a eu lieu le 23 avril dernier à Bruxelles pour étudier une réponse approprié à cette situation. Mais « est-on dans le bon format ? », se demande l’un des officiers supérieurs de la Marine italienne…

Face à une situation qui empire, avec 35 000 personnes qui ont traversé la Méditerranée depuis le début de l’année et au moins 1 600 victimes – selon le HCR -, les responsables européens cherchent encore ce « bon format » qui ne se réduit pas seulement à plus grande présence des Européens en mer ainsi qu’à un partage mieux répartis de l’accueil des migrants et des réfugiés.

Au-delà des bonnes intentions, un plan en 10 points anticipe la « stratégie » que devrait présenter la Commission de Bruxelles ces prochains jours. Le renforcement de l’opération de surveillance des frontières Triton reste à l’ordre du jour, avec un doublement des moyens alloués à… Continuer la lecture

Humeurs du 4 mai 2015

Tunisie, la révolution n’est pas finie…

Au premier coup d’oeil Tunis a changé. La circulation a perdu ses agents siffleurs et ses sens interdits, le code de la route semble avoir été aboli. Chacun se débrouille avec civilité. Le long des avenues des palmiers décapités dressent leurs troncs interminables vers le ciel. On me dit que les arbres sont victimes d’une bestiole qui leur mange le cœur. La population pleure cette malédiction qui menace aussi les oliviers centenaires, les jasmins, les figuiers… C’est le début de la fin du monde ! Comme pour conjurer le sort, la foule fébrile grouille et s’affaire dans tous les sens. Elle est méconnaissable.

Le fantôme dévoilé de Bourguiba

Les Belphégor, les femmes en noir, les bâchées qui attristaient la rue hier encore ont toutes disparu. Les barbus se sont rasé, les sandalettes et les sarouals de Pachtouns sont passés de mode. Travestis de blanc, quelques islamistes furtifs rasent les murs. Inouï ! Au Kram, dans la banlieue de Tunis, on croise moins de créatures voilées qu’à Rambouillet. Certes, la plupart des filles couvrent leurs cheveux d’un fichu de couleur, mais la taille est galbée et les jeans moulés. En quelques mois, la rue tunisienne s’est métamorphosée. L’attentat du musée du Bardo a douloureusement choqué la population. L’opinion a subitement basculé dans la défiance et l’hostilité ouverte envers l’islamisme.

C’est la réincarnation du modèle séculier d’antan. Bourguiba est de retour. Sa pensée assassinée il y a trente ans, ressurgit comme l’idéal d’une société tolérance,… Continuer la lecture

Humeurs du 27 avril 2015

Les leçons du bon docteur Mohanna

Le docteur Kamel Mohanna est président-fondateur d’Amel (Association international coordinatrice du réseau des ONGs arabes et libanaises). Amel est une organisation non-gouvernementale, civile et non-confessionnelle établie au Liban en 1979 pendant la guerre civile et l’occupation israélienne du Sud Liban. A travers ses 24 centres, 6 cliniques mobiles et ses 700 employés, Amel est engagée dans des activités reliées à la santé, l’éducation, la protection de l’enfance, la formation professionnelle, la santé mentale, le développement rural et les droits de l’homme. Ses programmes ciblent les populations marginalisées dans toutes les zones du Liban, sans discrimination de nationalité, d’opinions politiques ou d’appartenance religieuse.

Amel s’illustre dans une région où les divisions confessionnelles, politiques, sociales et économiques sont légion. Malgré ces difficultés, elle refuse de sombrer dans le pessimisme, adoptant les mots de Nelson Mandela : « L’Action sans la vision signifie perdre du temps, la vision sans l’action n’est que rêve mais la vision avec l’action peut changer le monde ». Depuis des années, cette organisation diffuse « la pensée positive et l’optimisme permanent » et son travail est guidé par les 3Ps « Des principes qui définissent une Position que nous mettons en Pratique », explique le Dr Mohanna, « prouvant que la société civile libanaise est tout à fait capable de construire son propre futur ».

Premièrement, Amel est capable d’assurer plus de 53% de ses financements à travers la participation des bénéficiaires, les revenus des frais de location de ses propriétés… Continuer la lecture