Observatoire Géostratégique

numéro 183 / 18 juin 2018

Humeurs

Humeurs du 22 février 2016

SOLDAT TUNISIEN

Une bouille souriante posée sur un buste d’athlète, des yeux qui brillent pareils à ceux d’un fils qui retrouverait son père ; l’homme s’est dressé sur les accoudoirs de son fauteuil d’infirme comme s’il avait voulu se lever et marcher à ma rencontre. Je suis ému, il est joyeux. C’est un mien pays. On est du même bled. Mon trisaïeul repose dans un mausolée à deux pas de chez lui, alors nul besoin de faire connaissance.

Comme je lui demande dix fois comment il va, il rigole. La vie est belle. Tiens, la semaine dernière il a été autorisé à sortir quelques heures pour découvrir Paris. Il a pris l’autobus et s’émerveille encore d’avoir pu y monter si facilement avec son encombrant fauteuil roulant. Il nie sa condition d’handicapé, loue celle de rescapé. Il répète que c’est son destin, qu’Allah l’a épargné, labès, labès, al hamdoulillah !

Il y a quelques mois, il a sauté sur une mine posée par les maquisards d’Al Qaïda dans un djebel près de la frontière algérienne. Ses camarades urgentistes le croyaient perdu. Les secours ont tardé car les moyens sanitaires héliportés de l’armée tunisienne sont limités. Finalement il est évacué vers Tunis où les chirurgiens militaires accomplissent des miracles. Au sortir de son coma, il reprend l’entraînement quotidien pour rééduquer les restes de son corps amputé des deux jambes.

Puis il est envoyé en France pour être « appareillé » à l’hôpital d’Instructions Militaires de Percy près de Paris. Cet établissement… Continuer la lecture

Humeurs du 15 février 2016

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE : ROY ET CHOUET POUR COMPRENDRE LA « JIHADOLOGIE »…

C‘est la rentrée des libraires. L’actualité croule sous l’Islamomania éditoriale, avalanche de témoignages émouvants ou effrayants et d’analyses hâtives: Google livres propose pas moins de 390 000 titres sur le « jihad ». En jihadologie comme ailleurs, méfions nous des imitations.

Une page de publicité s’impose !

Sur l’Islam des lumières, il faut lire les savants de l’histoire « historique » : Mohamed Arkoun, Jacqueline Chabbi, Mohamed Talbi, Malek Chebbel, Hicham Djaeït, Abdelwahab Meddeb, Hamadi Redissi… Hélas, leurs ouvrages ne sont pas faciles à dénicher. À la Fnac et chez Auchan, on trouve en tête de gondole les déclinaisons alambiquées des thésards coureurs de plateaux télé dont Filiu et Kepel sont d’acceptables pis-aller.

Sur la sanglante Arabie Saoudite « un royaume des ténèbres » fustigée par René Naba, les récits de voyageurs francophones sont rares. L’ethnologue Thierry Mauger, le journaliste Stéphane Marchand portent des regards contemporains sur les mœurs d’une population qui n’a guère évoluée depuis les saisissants articles d’Albert Londres « Pécheurs de perles » écrits en 1931. Prémonitoire, « Les dollars de la terreur » de Richard Labévière publié en 1999 reste la référence incomparable.

Du même tonneau, deux autres auteurs s’écartent des sentiers battus.

Si vous détestez l’intello salonnard en chemise blanche, vous apprécierez Olivier Roy, routard aux pieds nus en quête permanente d’une rencontre. C’est un… Continuer la lecture

Humeurs du 8 février 2016

ANTITERRORISME : RATÉS DES SERVICES OU LÂCHETÉS DES POLITIQUES ?

« Antiterrrorisme. Un an des ratages »1. Le poids des mots, le choc des photos, telle est la devise du célèbre hebdomadaire Paris-Match que l’on feuillette d’un œil distrait chez son coiffeur ou dans la salle d’attente de son chirurgien-dentiste. Effet racoleur assuré, effecteur réducteur garanti pour l’hebdomadaire l’Express avec son accroche à la une ! Si elle est concevable pour narrer de sujets mineurs, d’évènements people, cette méthode est plus critiquable quand il s’agit de traiter des sujets aussi sensibles que la lutte contre le terrorisme contre lequel nous « sommes en guerre ». Les hésitations de l’Histoire se reproduisent invariablement.

Selon un processus répétitif, un réflexe quasi-pavlovien et au terme d’un raisonnement spécieux, chaque attentat commis en France, depuis celui de Mohamed Merah en 2012, donne lieu à un procès en sorcellerie instruit contre les services en charge de la lutte contre le terrorisme désignés comme les boucs émissaires tout trouvés. Nous avons parfois l’impression d’un grand retour de l’Inquisition. Comme souvent en politique et comme nous le rappelle Frédéric Nietzche : « Pensons-y ! Celui que l’on punit n’est plus celui qui a commis l’action. Il est toujours le bouc émissaire »2. Parallèlement, un ministère de l’absolution des décideurs politiques semble être la règle dans notre pays, aboutissant de facto si ce n’est de jure à l’exonération des coupables qu’ils sont… Continuer la lecture

Humeurs du 1er février 2016

CINQ ANS DE « PRINTEMPS ARABES » OU LA FIN D’UNE CHIMÈRE !

« Une hirondelle ne fait pas le printemps ». Une fois de plus, nos décideurs, stratèges, penseurs officiels et autres folliculaires des chaînes d’information en continue auraient gagné à se remémorer cet adage en ce début de l’année 2011 lorsqu’ils baptisent « printemps arabes » les soulèvements qui gagnent subitement Tunis, Tripoli, Sanaa, Le Caire, Damas… Les « printologues » (Mezri Haddad) sont à court de qualificatifs pour définir ce phénomène nouveau qui les enivre (la révolution n’a-t-elle pas une odeur de parfum exotique ?) qui prend de vitesse la communauté internationale, y compris ses composantes les plus clairvoyantes. Cinq ans après, les mêmes oracles changent de logiciel climatique. L’hiver succède au printemps ! En ce début d’année 2016, ils parlent désormais d’« hiver arabe » qui a le parfum du sang et des larmes. Il serait caractérisé par une démocratie inachevée, un retour autocratique, deux guerres civiles sur fond de menace islamiste et des millions de réfugiés1. Comme souvent, un retour sur le début de cet immense espoir né en 2011 s’impose pour comprendre la réalité la plus triviale en 2016 : la fin d’une grande illusion.

2011 : LE DÉBUT D’UN IMMENSE ESPOIR

En l’espace de quelques semaines, les experts auto-désignés en prospective annoncent urbi et orbi rien moins qu’une révolution copernicienne qui touche le Proche-Orient, le… Continuer la lecture

Humeurs du 25 janvier 2016

RENIER OU ÊTRE DECHU…

Que les assassins soient tondus puis déchus en grande cérémonie place de la République après lecture du Préambule de la Constitution, et puis après ? En tuant pour des idées contre lesquelles depuis des siècles des millions de Français se sont sacrifiés, les mabouls du jihad n’étaient déjà plus des nôtres mais des avatars déshumanisés.

Même les pays de leurs ancêtres ont refusé que leurs dépouilles viennent souiller leurs cimetières, alors ils ont été ensevelis en catimini, sans tristesse ni regrets dans une fosse recouverte d’une terre qui les avait fait naître. Ils ont amplement mérité l’indignité nationale. La déchéance est un leurre qui masque l’enjeu central des prochaines élections : celui de la dénaturalisation des binationaux. Hollande a-t-il voulu prématurément désamorcer ce pétard à mèche longue ?

Depuis soixante ans, une partie de l’opinion française est obsédée par l’immigration. Elle refuse l’intégration et le partage des différences, elle exige l’assimilation, confondant identité et identique. Cette aspiration a été ignorée par les gouvernements et les élus qui ont pratiqué une politique de différenciation et de communautarisme. Par commodité, ils ont conduit une politique publique d’implantation de ghettos et sous-traité « la paix sociale » aux États anciennement colonisés.

Les banlieues révèlent des quartiers monocultuels : Algériatown, Tunisiatown, Chinatown, Turquitown…. »Qui se ressemblent s’assemblent », avec les encouragements des pouvoirs publics. Ainsi perdure le système d’enseignement des langues et cultures d’origines (ELCO) dont les programmes incontrôlés véhiculent… Continuer la lecture