Observatoire Géostratégique

numéro 144 / 18 septembre 2017

Humeurs

FRANCE CUCUL-LA-PRALINE…

Comme notre rédacteur en chef préféré, je dois – cette semaine – faire aussi dans le grincheux de salubrité publique… C’est l’été : vacances, plages et montagnes de rigueur, mais il neige – pourtant – sur les matinales de France Culture ! Guillaume Erner et son équipe sont – eux-aussi – en vacances, le réveil matin de la station de service public étant, présentement, assuré par un étrange personnage se prénommant Luca Manger…

Loin de nous de réduire le propos à un name calling ou story telling de circonstances vengeresses, d’autant que nous n’avons jamais croisé ce jeune homme. Mais, le fait de pointer et nommer rigoureusement les personnes et les choses, nous en apprend un peu plus sur les logiques d’embauche et de cooptation qui régissent maintenant nos chers médias de service public. Comme disait Georges Canguilhem des inventeurs et des obstacles de l’histoire des sciences : c’est en mettant en filiation leurs noms et qualités qu’on peut reconstruire les logiques souterraines au travail dans l’invention pré-scientifique, sinon dans leurs égarements idéologiques…

En fait, qui est le Sieur Luca Manger ? Un transfuge de France-24 et de I-Télévision, « grand reporter » auto-proclamé cultivant les meilleures idées reçues sur la Syrie, l’Irak et l’Orient compliqué. Il a même commis un recueil de « pensées » où il s’adresse au monde entier à la première personne d’un singulier pascalien : Lettres de Bagdad… Du lourd, qui lui fait dire aujourd’hui sans sourire : « J’aime beaucoup guider et décider quelle est la bonne histoire (…) J’ai connu l’époque où l’on… Continuer la lecture

LES NOUVELLES AVENTURES D’ALICE RUFO !

« Le changement est d’abord un état d’esprit » nous rappelle Jacques Chirac, ex-président de la République et ex-membre de la Cour des comptes. Une fois encore, la lecture du Journal Officiel de la République Française se révèle aussi intéressante qu’étonnante. Derrière la froideur des textes, émerge la chaleur des nominations à des postes de responsabilités, dans le cas de figure à l’Élysée par le président de la République, Emmanuel Macron. Qu’apprend-on à la lecture du JORF du dimanche 18 juin 2017, anniversaire de l’appel du général de Gaulle en 1940 et jour du deuxième tour des élections législatives ?1

Incroyable mais vrai, la réalité dépasse la fiction. Nous en en tiendrons à quatre remarques. La première remarque est de nature quantitative. Ce ne sont pas moins de 45 conseillers qui sont nommés, sans compter ceux qui avaient déjà fait l’objet de nominations juste après l’élection du chef de l’État : directeur de cabinet, secrétaire général, conseiller diplomatique… Nous avons à faire à une véritable armée mexicaine2. Candidement, nous avions cru comprendre que les temps étaient à la déflation des effectifs, austérité et contrainte budgétaire obligent. Force est de constater qu’il n’en est rien3. La République est bon prince. Mais on nous explique que certains conseillers seraient partagés entre l’Élysée et Matignon. Ouf !

La seconde remarque tient à la présence d’une conseillère justice, magistrat de l’ordre judiciaire. Candidement, nous avions cru comprendre que le président ne mettrait pas (plus) son nez dans les affaires de justice… Continuer la lecture

QATAR AU PILORI !

Énorme, inouï ! Aucun scénario n’avait envisagé cette catastrophe aux conséquences encore incalculables. Le vent de panique qui souffle depuis le 5 juin en provenance du Qatar gagne la France. Banquiers, diplomates, spécialistes et stratèges en tous genres se demandent comment se prémunir du pire. Fort heureusement, la bourse n’a pas encore bronché. Les cours de Lagardère, Vinci, Engie, BNP, Veolia, AXA, Airbus, Carrefour, GDF Suez, Accor, Total, Technip….sont restés zen. Aucun footballeur du Paris Saint-Germain n’a toussé, aucun parieur du Grand Prix de l’Arc de Triomphe n’a henni, aucun homme politique n’a pleurniché, aucun journal n’en a fait sa une.

LOI DU SILENCE

Ce qui s’est passé au Moyen-Orient est pourtant stupéfiant. Le « meilleur ami de la France », détenteur de participations majeures dans la presse, l’édition, l’hôtellerie, l’armement, le BTP, la publicité, le luxe, la sécurité, le sport…est ouvertement accusé par quatre pays arabes de nourrir le terrorisme international. Le Qatar serait-il le sponsor de Charlie, Bataclan, Hyper-casher, Nice ? La surprise est de taille pour ceux qui ne savent pas lire. Toujours est-il qu’en moins de trois semaines, le richissime Qatar est passé du statut d’État courtisé à celui de voyou.

Accaparée par les élections et délaissée par la presse, l’opinion publique française n’a pas encore pris la mesure de la gravité de l’événement. La sidération a paralysé les initiatives de la classe politique au point que tous les conseillers en communication s’accordent sur cet unique élément de langage : se taire, ne rien dire, pas un mot.… Continuer la lecture

L’ORIENT-LA-NUIT…

« La comparaison serait, certes profondément naïve. Elle ne devrait même pas se poser. Mais à certains égards, elle pourrait malgré tout être utile pour nous inciter à marquer une courte pause et réfléchir à notre situation actuelle au plan… » Stop, parce que submergé d’un ennui profond, on risque de s’endormir, la suite continuant à enfoncer des portes ouvertes et égrener des platitudes ! Ces phrases de plomb sont les premières de l’éditorial du quotidien libanais L’Orient-le-Jour du mardi 13 juin, signé Michel Touma.

La une : Loi électorale : le vote de demain pour trancher le nœud gordien ? Les pages intérieures sont encore plus affligeantes, enchaînant des titres dont ne voudrait pas l’Almanach Vermot (genre « Mollo les Mollahs », oui ils l’ont fait !), des dépêches mal recyclées et les commentaires les plus réactionnaires. Ecrits avec une tronçonneuse qui saccage quotidiennement la langue française, la plupart des papiers entraînent toujours plus ce journal vers un abîme triplement marqué d’amateurisme, de partis pris idéologiques et d’une pseudo-modernité très cucul la praline…

Pourtant, ni la langue française, ni ce quotidien ne méritait cela ! Né le 15 juin 1971 de la fusion des deux quotidiens francophones libanais les plus influents – L’Orient (fondé à Beyrouth en 1924 par Gabriel Khabbaz et Georges Naccache) et Le Jour (fondé en 1934 par Michel Chiha), il a pourtant ouvert ses colonnes à nombre de journalistes, chroniqueurs et écrivains de premier plan. Devenu au fil du temps la feuille officielle des droites et des extrême droites libanaises, feu… Continuer la lecture

TEMPÊTE DU GOLFE DANS UN VERRE D’EAU ET DE PETROLE…

Dans le torrent de promesses, souvent contradictoires, généré par un Donald Trump alors en campagne, aucun n’a suffisamment noté ses diatribes contre les Frères Musulmans. Philippiques lancées par le candidat mais susurrée à son oreille par le diable Stephen Bannon, son conseiller intime, son pivot d’extrême droite. En se délestant de l’encombrante amitié du Qatar, ce qu’il a fait le 5 juin dernier, le président américain ne faisait que tenir parole. S’il y a un endroit, et là c’est incontestable, qui aide soutien et encourage la Confrérie des Frères à conquérir le monde, c’est bien le pouvoir installé à Doha. En flétrissant le Qatar, Trump touchait les disciples d’Al-Banna en plein cœur.

Mais comme souvent, le nouveau maître de Washington, et de la planète, a oublié de lire ses fiches cuisine. Il ignorait qu’au Qatar, sur la base Al-Udaï aimablement mise à la disposition des Etats-Unis, onze mille militaires estampillés USA séjournent là. Que depuis cette base gigantesque, jadis proposée à la France qui l’a refusée, les Américains envoient des aéronefs qui, au choix, bombardent la Syrie, l’Afghanistan ou l’Irak. Comment insulter un ami si précieux ? Certes le Qatar n’est pas un vrai pays mais seulement une bouteille de gaz. Pour y changer le régime envoyer une escouade de gardes-champêtres suffit ! Les Etats-Unis ont naguère donné leur feu vert à l’installation sur le trône de l’émir Hamad, puis c’est Washington encore qui a donné le top départ au même Hamad prié de laisser la place à son fils Tamin… Continuer la lecture