Observatoire Géostratégique

numéro 252 / 14 octobre 2019

Humeurs

PIERRE PEAN : LE RWANDA ET LES GROUPIES DE KIGALI…

Il y avait foule ce mercredi ensoleillé du 31 juillet, église de Bouffémont dans le Val d’Oise. On y célébrait la mort du journaliste Pierre Péan, emporté des suites d’une tuberculose quelques jours plus tôt. La cérémonie, simple et belle, réunissait famille, amis et anonymes, Français de toutes origines, africains aussi, dont beaucoup de Rwandais, évidemment. A l’office, l’abbé Wenceslas, un prêtre Hutu qu’il considérait après enquête comme un « juste », mais poursuivi depuis la fin du génocide par les innombrables groupies de Paul Kagame pour sa participation – imaginaire, tranchera la justice française en 2018 – à la folie collective qui s’est emparée du pays des milles collines en 1994.

L’enterrement de Pierre Péan était également accompagné d’un léger mais dissuasif déploiement de la gendarmerie, au cas où ces mêmes groupies auraient eu l’idée saugrenue de venir perturber l’adieu à un homme intègre et exemplaire, aux antipodes du déferlement de haine ayant pollué ces derniers jours les réseaux sociaux, nouveaux réceptacles de nos névroses contemporaines.

Pour illustrer l’élégante bassesse de ces Savonarole de la réduction « ad-hitlerum », citons parmi d’autres le capitaine Guillaume Ancel, ancien de l’opération Turquoise au Rwanda, se réjouissant sur Twitter de cette « lourde perte pour les négationnistes, Pierre Adolphe Péan, dit le blanc-menteur, (enfin, ndlr) décédé ». Ou encore cette perle relayée par une plumitive de Libération, imaginant, « un grand journaliste français au chevet des nazis, qui serait acclamé en 2019 ». Péan, nazi ? Fichtre… Comment en est-on arrivé là ? Quels chemins filandreux des citoyens apparemment de bonne… Continuer la lecture

GRETA « ET EN MÊME TEMPS » LE CETA…

Nous publions cette semaine le point de vue du grand africaniste Bernard Lugan, dont nous partageons nombre d’analyses.

La rédaction

 

Les prédictions apocalyptiques, à l’image de celles de la jeune Greta Thunberg ne sont pas l’apanage de l’Europe. Les exemples de prophéties millénaristes faites par des adolescents se retrouvent également en Afrique, notamment en Afrique du Sud et plus particulièrement chez les Xhosa.

Qu’il s’agisse des prophéties européennes ou africaines, elles interviennent toujours dans un contexte de grande crise politique, morale ou sociale. En Europe, les prophéties millénaristes les plus connues se sont produites au tournant de l’an mil (ou mille) quand elles annonçaient la fin du monde et qu’elles se traduisirent par les « grandes peurs ». Aujourd’hui, au moment où les Européens doutent en observant la fin de leur modèle civilisationnel et les menaces que le « grand remplacement » fait peser sur leur identité, c’est l’apocalypse climatique qui est annoncée.

Les Xhosa d’Afrique du Sud ont connu un phénomène semblable quand, influencés par une jeune fille, ils se sont auto-détruits. Le contexte est bien connu. Démoralisés par leurs défaites successives face aux Boers et aux Anglais, notamment celle de 1853, et par les pertes de territoire qui en découlèrent, les Xhosa virent également leur mode social bouleversé par l’impossibilité pour les lignages de partir à la conquête de pâturages nouveaux puisque le front pionnier blanc bloquait le leur. Pour ce peuple qui, génération après génération avançait vers le sud en s’établissant sur des terres nouvelles, le traumatisme fut profond.… Continuer la lecture

JERUSALEM SELON ANNE HIDALGO : HONTE ABSOLUE !

Dernièrement, la maire de Paris Anne Hidalgo a inauguré dans le XVIIe arrondissement de la capitale, à l’angle de la rue de Courcelles et du boulevard de Reims, à deux pas du Centre européen du Judaïsme une « Place Jérusalem ». Tout cela sous l’injonction et la bénédiction exclusive de la communauté juive de France et celle des autorités israéliennes. Selon son propre entourage, ce geste était résolument destiné à s’attirer les faveurs d’un « vote confessionnel » pour les prochaines élections municipales de Paris. Lamentable, parfaitement lamentable, d’autant que la « Ville trois fois sainte » abrite justement, aussi, les « lieux saints » des Chrétiens et des Musulmans. Ainsi, les Palestiniens qui appartiennent à ces deux religions, ont une double légitimité sur la ville et le droit – malgré l’occupation et la colonisation étrangères – d’espérer, un jour, faire de Jérusalem la capitale de leur Etat !

Anne Hidalgo le fait elle exprès ? Elle met en scène cette insupportable provocation au moment même où Donald Trump multiplie les agressions contre l’Iran, après, justement, le transfert de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem et la reconnaissance de l’annexion du plateau du Golan syrien. Elle voudrait mettre le feu dans « sa » ville qu’elle ne s’y prendrait pas autrement. Je veux parler des retombées qui ne manqueront pas d’attiser les confrontations entre la clientèle pro-israélienne et les associations en faveur de la libération de la Palestine. Ce faisant, Anne Hidalgo piétine allègrement les centaines de résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, prises sur l’occupation de la Palestine et le… Continuer la lecture

BEN SALMAN, SALVADOR ET DONALD TRUMP

Que peut-il y avoir de commun entre le Prince Mohamed ben Salman d’Arabie, le Christ Sauveur du Monde et Donald Trump ? Un tableau à 450 millions de dollars pardi.

C’est l’histoire d’un petit morceau de bois peint à l’époque de la Renaissance, oublié pendant cinq siècles d’indifférence puis restauré à grands frais par des marchands malins. En 1958, il est cédé pour 45 £, en 2005 il est revendu 10 000 dollars. En 2013, Dmitri Rybolovlev un richissime cardiologue russe reconverti dans la potasse l’achète pour 127 millions de dollars à Yves Bouvier un négociant suisse qui venait de l’acquérir pour 75 millions. Belle plus-value nette fiscale ! Il faut dire que dans l’intervalle, l’oeuvre a été attribuée à Léonard de Vinci par des experts formels aussitôt contredits par quelques-uns de leurs collègues grincheux qui reniflent l’embrouille : « provenance spéculative, attribution optimiste, restauration abusive, prix exorbitant ». 

Art et business

Ouvrons une première parenthèse sur le célèbre vendeur russe qui, entre autres exploits, a généreusement permis en 2008 à Donald Trump de faire une jolie culbute en lui achetant 95 millions de dollars une villa que le futur Président avait acquise quatre ans plus tôt 42 millions (seulement). Seconde parenthèse sur le très avisé homme d’affaires suisse, patron de ports francs à Genève, Singapour, Luxembourg. Ces établissements sont des entrepôts où les marchandises séjournent en suspension de taxes et droits. Les immeubles dédiés aux objets d’art sont de véritables coffres forts implantés près des aéroports. Ils permettent aux fortunés du monde entier d’y déposer des valeurs et des… Continuer la lecture

UN REGARD SALUTAIRE SUR LES GUERRES DE SYRIE !

Dans le flot continu de littérature portant sur l’interminable guerre en Syrie, l’un des derniers titres mérite une attention toute particulière même s’il n’est pas exempt de critiques. Il s’agit de l’ouvrage intitulé Les guerres de Syrie dont l’auteur est un ex-ambassadeur mais aussi un arabisant distingué qui sait de quoi il parle, Michel Raimbaud1. Rappelons pour mémoire que ce diplomate nous a livré en 2017 une excellente analyse des spasmes qui traversent le Moyen-Orient2.

L’homme n’en est donc pas à son coup d’essai. Il possède toutes les qualités intellectuelles et diplomatiques indispensables – contrairement à bon nombre de « Toutologues » chers à Regis Debray qui parlent avec une mâle assurance de l’Orient compliqué – pour traiter d’un sujet ô complexe.

UNE AIDE UTILE À LA COMPRÉHENSION DU DOSSIER

L’ouvrage de 250 pages environ se présente comme une véritable recherche (universitaire ou scientifique) visant à tirer les leçons d’une décennie environ de guerre en Syrie à travers une approche historique, géopolitique, culturelle, religieuse… allant au-delà des lieux communs et des poncifs que les médias moutonniers nous servent à longueur de journée. Michel Raimbaud mène l’enquête en nous livrant les différentes pièces du dossier, du puzzle. À travers quinze chapitres, il nous rappelle l’époque ancienne du mandat sur la Syrie pour nous conduire à l’époque actuelle en disséquant les acteurs principaux de ce drame (néoconservateurs américains et leurs affidés occidentaux, arabes et israéliens) qui se livrent à un crime presque parfait : une guerre au sens… Continuer la lecture