Observatoire Géostratégique

numéro 174 / 16 avril 2018

Humeurs

MACRON, LE TUNISIEN DITHYRAMBE…

En deux petites phrases prononcées à Tunis !

La visite d’État est un voyage très organisé dont le cérémonial fixé par des usages protocolaires reste sans surprise : tapis rouge, hymnes nationaux, dîner en smoking ou robes longues, échange de cadeaux et décorations, déclaration d’amitié à la tribune de la Chambre, dépôt de gerbes, rencontre avec le patronat, visite au musée, cocktail à l’ambassade, conférence de presse expresse, hymnes nationaux, tapis rouge, encore et encore.

Ceux qui couvaient l’espoir d’un grand discours sur la vision macronienne du monde arabo-musulman ont été déçus. Le Président français s’est strictement inscrit dans la continuité de la visite de François Hollande il y a quatre ans. C’est un copié-collé qui montre que le Quai d’Orsay chausse encore les souliers de Fabius1. Mais il faut rendre justice au président Macron de l’avoir fait avec un surplus de talent et d’empathie.

La situation politique en Tunisie est alarmante. On a oublié que les causes de la révolution de 2011 étaient d’abord économiques. Pourtant, rien n’a été entrepris pour juguler l’extrême pauvreté d’une grande partie de la jeunesse dont l’unique espoir est l’immigration vers deux destinations périlleuses : Lampedusa ou Misrata ; vers deux destins : travailleur clandestin en Europe ou mercenaire en Libye. 

Il y a quinze ans, Chirac dans des circonstances affligeantes et pour justifier la dictature odieuse déclarait depuis Tunis que « le premier des droits de l’homme c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat ». Or si aujourd’hui les libertés fondamentales ont… Continuer la lecture

JEAN : LE SAVANT, LE PROFESSEUR ET LE POLITIQUE

Hommages à Jean Salem et Lucien Bitterlin

JEAN : LE SAVANT, LE PROFESSEUR ET LE POLITIQUE

Il nous disait qu’en revenant à Lucrèce on comprendrait mieux Spinoza et que Démocrite était plus efficace que l’accélérateur de particules du CERN. Dans l’arrière-salle du Saint-Louis, un café aujourd’hui disparu de la place de la Sorbonne, il nous préparait à l’écrit de l’agrégation de philo, tous les samedis de 10 à 13 heures, juste après le cours de Pierre Macherey sur Hegel qui commençait à 8 heures pétantes. Et bonne chance aux retardataires ! Se retrouvaient là les membres fondateurs de l’Institut Gramsci : Philippe Monti (devenu professeur de philo), Bruno Jeanmart (aussi professeur de philo), Pascal Krop (journaliste, aujourd’hui décédé), Yves Roucaute (devenu néo-conservateur) et l’auteur de ces lignes.

Avec autant de patience que d’intelligence, Jean essayait de nous transmettre les rationalités de la dissertation et du commentaire de texte. Des pré-socratiques, des classiques, des précurseurs de Kant, Marx et Freud, aux chercheurs et historiens actuels, il savait tout, survolant de sa modeste autorité la plupart des sujets, toujours avec bienveillance et générosité. Savant tous terrains, en médecine et mathématiques aussi, Jean était l’ami-professeur, nous enseignant la passion de comprendre jusqu’à la béatitude de la Vème partie de l’Ethique. Quel homme !

Avec son aide, j’ai rencontré et interviewé à plusieurs reprises Henri Alleg pour me remettre dans ce contexte si compliqué de la guerre d’Algérie. Militant communiste, Jean n’a jamais reproché à ses amis de ne pas en être ou de ne pas partager… Continuer la lecture

PA-2 : MACRON DIFFERE MAIS NE RENONCE PAS…

Vendredi dernier, le président de la République a présenté ses vœux aux armées depuis le porte-hélicoptères – Dixmude1 – en rade de Toulon. Sa priorité était de rétablir la relation avec nos armées – relation passablement secouée depuis la démission estivale du CEMA, le général Pierre de Villiers. De fait, il a tenté de répondre – point par point – à l’ancien CEMA sur le registre « gros sous », mais sans vraiment afficher de priorités, de véritables ambitions, ni de dessein stratégique

Pour bien afficher qu’il a décidé « d’arrêter la lente érosion de nos capacités militaires », il revoit sa copie sur le plan des moyens en affirmant vouloir poursuivre « un effort budgétaire inédit », afin d’atteindre les 2 % de PIB en 2025. Ainsi, il confirme l’augmentation du budget 2018 à 34,2 milliards d’euros (+ 1,8 md, puis 1,7 md chaque année jusqu’en 2022). Et, il annonce en plus 3 milliards d’euros en 2023 pour tenir le cap, c’est-à-dire un an après la prochaine élection présidentielle…

Assurément, le président « fait le job », et plutôt bien : une France forte capable d’assurer sa sécurité dans un monde incertain, de défendre ses intérêts et de participer à la résolution des crises internationales, etc, etc. Il enchaîne sur l’incompressible nécessité d’un outil de défense « complet » et « complémentaire » de notre diplomatie avec nos aides au développement dans une approche globale d’un monde global. Là, il y aurait beaucoup à dire, d’autant que nos aides publiques au développement en baisse constante depuis une vingtaine d’années commencent seulement… Continuer la lecture

RUSSIA-TODAY  : SYLVIE KAUFFMANN NOUS ENNUIE…

L’une des directrices éditoriales du Monde – fonction qu’elle partage avec Gérard Courtois et Alain Frachon – vient de s’illustrer par une chronique très particulière : « Ma semaine devant RT France »1. Dès les premières lignes, on sent un parti pris militant contre la chaine de télévision Russia-Today (RT), une chaine russe : quelle horreur ! et, un petit coup de lèche appuyé à la présidence de la République : cela ne peut pas nuire à la carrière !

Sentencieuse, la dame écrit : « La France étant un pays ouvert et démocratique, cela n’a pas empêché RT d’installer son siège français à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), d’embaucher quelque 150 personnes, dont de nombreux journalistes français et de conclure un accord avec l’opérateur Free (son fondateur, Xavier Niel, est actionnaire du Monde à titre personnel) pour émettre à destination des téléspectateurs français ». S’il est essentiel de rappeler – en ces temps de Fake News – que Boulogne-Billancourt se situe bien dans les Hauts-de-Seine…, il est plus intéressant de rappeler que l’un des actionnaires du Monde a, effectivement participé à l’installation de la chaine russe en France et que celle-ci y a créé quelques emplois.

Ne pouvant pas trop noircir le tableau, la chroniqueuse est obligée d’admettre un autre fait indiscutable : « RT n’est pas (pour l’instant) une chaine à la gloire du régime russe ». Le « pour l’instant » laisse, bien-sûr, augurer d’une suite qui ne saurait que dégénérer : chasser le naturel léniniste, il revient toujours au galop… Puis, devant toutefois rappeler que « la France est 39ème dans… Continuer la lecture

MICHEL DUCLOS, BOUVARD ET PECUCHET…

Ex-ambassadeur de France en Syrie (2006 – 2009), avant d’être relégué à Berne, Michel Duclos est un multirécidiviste aggravé mais constant. Alliant, toujours avec un certain succès, l’ignorance à la certitude sensible, les contre-sens historiques aux prévisions de Nostradamus, il vient de nous remettre le couvert sur la Syrie1.

L’année dernière, il avait déjà livré un papier parfaitement délirant à la revue Commentaire sur le même sujet2, bravement intitulé Notre ami Bachar al-Assad. L’année précédente, il imposait une diatribe du même genre : mais qui est vraiment Bachar al-Assad ? – en reprenant les affirmations péremptoires du roman moyen de sa compagne Les Couleurs du sultan – dans la revue du Centre d’analyses et de prévisions du Quai d’Orsay (CAPS). En ce début d’année, il essaie de murmurer à l’oreille de Jupiter, lui conseillant de s’inspirer des Accords de Dayton (qui mirent fin à la guerre de Bosnie en 1995) pour trouver une solution à la guerre civilo-globale de Syrie.

Sans la moindre pudeur, l’ex-diplomate – qui n’a cessé de faire de la personne de Bachar al-Assad – la question centrale, essentielle et vitale – de la crise syrienne, annonçant régulièrement sa chute irréversible depuis l’été 2011… le même visionnaire – oui le même – ose aujourd’hui nous dire qu’il faut cesser de se focaliser sur la question personnelle de… Bachar al-Assad !!! Faut vraiment oser ! La contradiction est certainement l’un des droits de l’homme fondamentaux, mais à ce point-là, on tombe dans le reniement profond, la… Continuer la lecture