Observatoire Géostratégique

numéro 165 / 12 février 2018

Humeurs

OPERATION MAINS PROPRES EN ARABIE

En Arabie la justice ne connaît que deux sentences : le sabre ou les oubliettes. Exceptionnellement, elle consent au pardon contre le paiement « du prix du sang ». Quel sera le sort des emprisonnés du 4 novembre déjà oubliés des médias ? Ils sont une dizaine de Princes et de ministres, autant de multi milliardaires, deux centaines de millionnaires…

Le jugement de cour sera équitable si l’on en croit le monarque héritier qui a promis à ses sujets l’égalité de tous devant la loi. Mohamed Ben Salman a t-il lu les fables de la Fontaine et l’histoire de la Révolution Française ? A-t-il entendu certains théologiens de l’islam proclamer la compatibilité du Coran avec les principes fondamentaux des droits de l’Homme ? * L’arrestation de princes et d’ultra riches est une révolution dans cette région où les puissants ont toujours bénéficié d’une impunité totale. 

Tous les observateurs ont été sidérés par l’audace de la mesure royale ; d’aucun se demandant si la « purge » était un règlement de comptes entre « gens d’en-haut » ou une épuration exemplaire marquant l’abolition des privilèges. Nul n’ose croire que l’Arabie Saoudite est en train de s’ouvrir à la Justice « al adala ». Si par extraordinaire, cela était, alors les foules qui rejoindront le Prince Mohamed Ben Salman déborderont les frontières de son royaume.

En attendant, le coup de filet de Riyad savamment orchestré dans son organisation et sa communication a provoqué une jubilatoire adhésion populaire dont les précédents sont à rechercher dans les profondeurs de la mémoire arabe avec les souvenirs d’un Nasser ou d’un Bourguiba, idéalisés par… Continuer la lecture

TOUT LE MONDE SAVAIT…

La rumeur, quel magnifique sujet de dissertation philosophique pour lycéens ! La rumeur, quel magnifique sujet d’actualité pour citoyens ! La rumeur, quel magnifique œuvre d’Edgar Morin n’ayant pas pris la moindre ride !1 La rumeur, quel magnifique fonds de commerce pour la toile et tous ses réseaux sociaux ! Ceux qui véhiculent rumeurs et informations bidon sans aucun contrôle sérieux. Ceux qui peuvent détruire réputations et parfois vies en un seul clic. Aujourd’hui, alors que les révélations sur les sujets les plus divers fournissent le quotidien des médias, une phrase magique revient en boucle « tout le monde savait ».

Mais, qui est ce fameux « tout le monde » ? Ne serait-ce pas ce « on » dont on disait en son temps : « on est un con » ? Ne serait-ce pas la version moderne de la rumeur ? Si nous comprenons bien, chez monsieur tout le monde, il y aurait celui qui savait et celui qui ne savait pas. Ne serait-ce pas plutôt une forme de lâcheté collective, de lâcheté individuelle ? Une manière de cultiver l’ambiguïté pour éviter d’affronter la réalité, la Vérité avec un grand « V ». Prenons quatre exemples pour éclairer notre lanterne et tenter d’y voir un peu plus clair !

VIOLENCES SEXUELLES

L’affaire Harvey Weinstein sonne comme un coup de tonnerre dans le ciel bleu d’Hollywood. Elle se développe à la vitesse de l’éclair aux quatre coins du monde2., débouchant sur une vague d’hypocrisie généralisée et, surtout, de délation à jet continu dont l’expression emblématique trouvera sa meilleure forme… Continuer la lecture

DONALD TRUMP, TIGRE ASIATIQUE

« Trump un an après ». Tel est le titre de l’éditorial venimeux du Monde qui s’évertue à dresser un bilan uniquement à charge du président américain, Donald Trump, un an après son arrivée à la Maison-Blanche. Cette saillie ne constitue qu’un modeste exemple de la tonalité des médias « mainstream » sur l’intéressé. La détestation que suscite Donald Trump en France prend prétexte de sa vulgarité, de ses foucades, de ses tweets compulsifs. La pensée conforme préfère s’acharner contre Trump plutôt que de balayer devant sa porte1. Jugeons à travers des faits précis : la visite de Donald Trump en Asie et les ingérences russes aux quatre coins du monde.

VISITE PRAGMATIQUE

Pour juger in concreto de l’action de Donald Trump sur la scène internationale, livrons-nous à un rapide survol de la tournée de dix jours qu’il vient d’effectuer en Asie (5-14 novembre 2017) : Japon, Corée du sud, Chine, Vietnam (à l’occasion du sommet de l’APEC où il s’est entretenu avec Vladimir Poutine), Philippines (à l’occasion du sommet de l’ASEAN)2. Quelques remarques de bon sens s’imposent.

En dehors d’une brève visite en Europe (visite en Pologne, participation au sommet de l’OTAN à Bruxelles et aux cérémonies commémoratives du 14 juillet à Paris) et au Moyen-Orient (Arabie saoudite pour une réunion du CCEG et en Israël), sa première grande sortie à l’étranger est consacrée à l’Asie. Ce que son prédécesseur, Barack Obama avait qualifié de « pivot ». Nous sommes donc dans une forme de continuité de la diplomatie américaine.… Continuer la lecture

ARABIE SAOUDITE : LA THEORIE DU COMPLOT

Inlassablement, depuis sept ans, l’auteur de ces lignes dénonce l’obscurantisme du royaume d’Arabie. Mais il faut reconnaître que depuis la confiscation de tous les pouvoirs par Mohamed ben Salman (MBS), une petite lumière ne cesse de grandir au point d’éclairer aujourd’hui d’un jour nouveau le destin de la péninsule arabe. Par l’argent, la guerre et la terreur, le Prince héritier conduit une révolution à marche forcée dont l’un des objectifs proclamés est de rompre avec l’idéologie salafiste : « … nous n’allons pas gâcher nos 30 prochaines années à partager des idées destructrices…nous voulons revenir à un islam modéré ouvert à toutes les religions… nous voulons vivre une vie normal » Discours du 24 octobre 2017.

Applaudissons ces belles paroles, – même si elles sont fortement inspirées par Donald Trump – car elles annoncent peut-être le déclin du wahhabisme. Jusqu’à samedi dernier, l’ambition du jeune Prince de dominer le monde musulman n’était pas prise au sérieux. C’est chose faite. Le dernier épisode de l’épopée bonapartienne de Mohamed Ben Salman façon 18 Brumaire s’est déroulé selon la règle des trois unités «  qu’en un lieu en un jour, un seul fait accompli tienne le théâtre rempli ». En attendant de décrypter et d’analyser les tenants de ce qui s’est réellement passé ce 4 novembre 2017 en Arabie Saoudite, il faut se contenter de décrire le spectacle de l’enchainement des faits.

ACTE I

Le Premier ministre du Liban Saad Hariri, en voyage à Riyad, apparaît à la télévision saoudienne. Il est blême. Comme… Continuer la lecture

LES ETATS-UNIS : NOTRE MEILLEUR ENNEMI !

« Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation » nous rappelle fort à propos Oscar Wilde. Ils en portent les stigmates dans leur relation avec le reste du monde (« the rest of the world ») comme ils qualifient avec arrogance tout ce qui n’est pas « made in USA ». À cet égard, l’ouvrage d’Eric Branca (historien et journaliste) nous fournit un éclairage particulièrement documenté sur la relation mouvementée entre le général de Gaulle et ses homologues d’Outre-Atlantique de 1940 à 19691. Tout y passe : dénigrement, calomnie, bassesse, procédés déloyaux, campagnes de déstabilisation appuyées sur quelques idiots utiles pendant la guerre (Jean Monnet, Alexis Léger et autres membres de l’entourage du maréchal Pétain) et durant les premières vingt années de la Ve République (de droite comme de gauche et du centre sans parler des syndicats et autres intellectuels allant prendre leurs instructions auprès des ambassadeurs des États-Unis à Paris, parfois moyennant espèces sonnantes et trébuchantes).

« Tout au long de son mandat, de Gaulle et les États-Unis se livrèrent une « guerre froide » dans la Guerre froide. Relations tendues alors que, pensait-on, la victoire contre les forces de l’Axe lors de la Seconde Guerre mondiale avait rapproché, une fois de plus, des amis de 190 ans ! C’était mal connaître le lourd passif entre le général et ses différents interlocuteurs américains à l’exception notable de Richard Nixon »2. Cette citation résume à la… Continuer la lecture