Observatoire Géostratégique

numéro 153 / 20 novembre 2017

Humeurs

MOHAMED BEN SALMAN EN MARCHE VERS L’EMPIRE D’ARABIE !

Une révolution silencieuse est en train de projeter l’Arabie Saoudite vers un destin dont nul ne peut prédire s’il sera salutaire ou dévastateur. L’artisan de ce bouleversement discret est un jeune Prince ambitieux, Mohamed fils de Salman qui à la faveur d’un coup d’éclat de Palais en juin dernier, a été sacré unique héritier de son père très âgé. Il ne porte pas encore la couronne mais il est déjà roi et demain, si Allah (et l’Amérique) le veut il sera empereur des arabes.

PORTRAIT

Il y a seulement six ans, rares étaient ceux qui auraient parié un riyal sur l’avenir de ce jeune homme nonchalant que l’on voyait quelques fois à la belle saison déambuler sur les Champs-Élysées. Depuis, il a conquis le royaume en élaguant les mauvaises branches d’une cousinade qui lui faisait de l’ombre. Son exploit au cœur d’une cour royale de gérontes où prolifèrent les « Duc de Guise » et les inquisiteurs de la charia porte l’espoir de la sortie de son pays du moyen-âge.

À 31 ans, sa puissance est sans égale. Il est maître d’un richissime royaume pétrolier sur-armé où un milliard et demi de musulmans rêvent d’aller s’agenouiller. On le dit benêt, on le suppose inexpérimenté et capricieux, on le moque, on le craint. D’allure douce et placide, il a grandi à l’ombre d’une mère de fer et d’un père de velours. Contrairement à ses frères diplômés, il n’a pas suivi de scolarité à l’étranger. L’autodidacte est un géant taiseux qui prise les retraites paisibles sur son… Continuer la lecture

LE CHIEN DU PRESIDENT

Ah quelle belle rentrée politique ! Bravo les communicants, ils ont fait fort.

Pour tenter d’endiguer la descente aux enfers de Macron dans les sondages, ils ont rameuté le clan des 30 millions d’amis. Le décision n’a pas été facile à prendre car ni Brigitte ni Emmanuel n’affectionnent particulièrement les bêtes à poils et à puces. Mais, raison d’état d’impopularité oblige, ils ont fini par y consentir.

Une cellule a été créée dés les premiers jours du mois de juillet pour notamment définir le profil de la bête, procéder à sa sélection, préciser son rôle et désigner les différents responsables qui lui seraient attachés.

Après avoir écarté toutes les suggestions d’acquisition d’un animal de compagnie « clivant » tels que chat, jugé trop indépendant, panda, trop placide, perroquet trop bavard, veau, vache, cochon, couvées…trop bassecour, le comité est vite tombé d’accord sur le chien qui depuis Pompidou, Giscard et Mitterrand symbolise l’attachement du Président au plus fidèle ami des Français. Un pattu, certes, mais de quelle race ? grand, petit, poils durs, longs, frisés ? de chasse, policier, à sa mémère… ? Au troisième jour de concertation l’assemblée à l’unanimité suggéra que le clébard soit de taille moyenne et de race française ou issu d’une saillie mixte. Tous convinrent que le pelage ne puisse en aucun cas rappeler la teinte des cheveux du couple présidentiel. Ni jaune ni fauve et sans taches. Le noir, qui ressort si bien sur le gravier blanc des allées de l’Élysée fut plébiscité.

Un vif débat opposa les partisans de… Continuer la lecture

ELLE ET LUI : LA RÉVÉLATION DE JUPITER DIPLOMATE

« Cherchez la femme et vous trouverez le coupable » nous rappelle une expression connue sous sa forme française dans des ouvrages écrits en anglais, en italien et dans d’autres langues. Aujourd’hui, nous n’avons bien heureusement pas à chercher la femme puisqu’elle se livre à nous. Pour tenter de faire remonter son jupitérien de mari dans des sondages peu gratifiants après cent jours de règne, Brigitte Macron, puisque c’est d’elle dont il s’agit, ouvre son cœur au magazine féminin Elle… pour notre plus grand plaisir1. (Le magazine Voici lui emboîte le pas sur le mode des photos volées2). Cet entretien sous forme de recueil de confidences intimes est particulièrement utile pour mieux cerner la personnalité d’Emmanuel Macron de manière générale mais aussi pour mieux comprendre ses premiers pas assurés dans la diplomatie. Que peut-on déduire de cette séance de psychanalyse pour midinettes sur les déterminants de la pratique jupitérienne de la diplomatie ? Nous en retiendrons arbitrairement quatre.

LA DIPLOMATIE DE PIC DE LA MIRANDOLE

Brigitte Macron évoque un « fou qui sait tout sur tout ». Le propos est peu diplomatique mais ô combien révélateur d’un élitisme à la française, en particulier pour bon nombre d’anciens élèves de l’École nationale d’administration (ENA). Philippe de Villiers, lui-même sorti de cette brillante pépinière de grands serviteurs de l’État, la baptise « École nationale de l’arrogance ». On ne saurait mieux dire lorsque les élèves sortent, à l’issue de leur scolarité (si tant est que le terme soit… Continuer la lecture

FRANCE-CULTURE  VIOLE ENCORE SON MANDAT D’INFORMATION IMPARTIALE ET PLURALISTE…

Une fois de plus – le 16 août 2017 -, la radio de Service public France-Culture a produit une émission unilatérale et tendancieuse sur les responsabilités en cause dans la tragédie syrienne sous le titre : « Qui peut juger le régime syrien ? »

Le journaliste producteur et ses deux invitées ont évoqué le besoin de justice pour des victimes syriennes, mais à aucun moment ils n’ont cité directement ou indirectement la moindre défense de leur accusé – « le régime syrien » -, ni même le droit à la défense, un principe pourtant essentiel de toute justice.

Connaissant bien depuis 48 ans la Syrie, ses terrains, son histoire, celle de la région et de ses habitants, de même que certaines de ses administrations techniques, je peux formuler plusieurs arguments qui relativisent et déconstruisent les accusations unilatérales et les prétendues preuves apportées durant cette émission non moins unilatérale.

Dans la présentation et en cours d’émission, on a beaucoup évoqué les efforts de documentation permettant de prouver des crimes, de les localiser et de les quantifier. Néanmoins, aucune datation précise n’a été citée. Les affirmations répétées sans autre précision se sont bornées à citer l’Opération César, du pseudonyme d’un ancien photographe des morgues militaires syriennes, exfiltré à l’été 2013, avec ses fichiers numériques d’abord transmis peu à peu à son contact protecteur. L’affaire fit grand bruit – après une analyse expresse payée par le Qatar à un cabinet londonien proche des services britanniques – pour être médiatisée en levée de rideau d’une série… Continuer la lecture

AFGHANISTAN : LA TERRE A DIMINUE…

« La Terre a diminué », dit l’un des joueurs de cartes du Reform-Club où Phileas Fogg fait le pari de faire le tour du monde en quatre-vingt jours. A l’époque de Jules Verne, ce voyage extraordinaire est rendu possible grâce à la révolution des transports qui marque le XIXème siècle : chemins de fer, bateaux à vapeur, percement du canal de Suez, etc. Aujourd’hui, l’aventure de Phileas Fogg ne serait plus possible parce que les TGV – rebaptisés InOUI – n’arrivent plus à l’heure ; parce que les grands paquebots comme le France, se sont transformés en immeubles de 3 à 4000 logements ; parce que les aéroports – qui n’existaient pas à l’époque – sont devenus des supermarchés où l’on peut pénétrer seulement après s’être complètement déshabillé ; le toucher rectal viendra en même temps que la puce sous-cutanée déjà en service dans quelques sociétés américaines et belges… Envoyer un courrier par la Poste ? Vous n’y pensez pas, c’est maintenant une banque, doublée d’une agence de garde pour les p’tits vieux abandonnés par leurs enfants.

Dans notre mondialisation actuelle qui broie les Etats-nations, les services publics et les outils de redistribution sociale, Phileas Fogg serait encore plus mélancolique, tout simplement parce qu’il n’aurait plus accès aux pays du Sahel et à bien d’autres Etats africains, au sud des Philippines et à bien d’autres régions d’Asie, au Yémen ainsi qu’à de nombreuses régions du Pakistan et d’Afghanistan, voire de Turquie. Le village planétaire rêvé de McLuhan s’est abîmé en un capharnaüm de nouvelles… Continuer la lecture