Observatoire Géostratégique

numéro 226 / 17 avril 2019

Humeurs

DICTIONNAIRE DE LA DIPLOMATIE :
BRAVO MONSIEUR LE PROFESSEUR !

« Le luxe n’est pas un plaisir, mais le plaisir est un luxe » (Francis Picabia). Dans ces temps de morosité ambiante, de grisaille intellectuelle, de pensée unique et parfois cadenassée, il ait parfois des moments d’immenses plaisirs. Plaisirs que nous apprécions à leur juste valeur. Comme un luxe éphémère mais ô combien réconfortant pour l’esprit ! Luxe de plaisirs que nous avons pris en découvrant le Dictionnaire de la diplomatie rédigé par le professeur agrégé de droit public, Jean-Paul Pancracio1. Ce professeur émérite cultive également la passion du protocole de la République2. L’un ne va pas sans l’autre dans notre Douce France. Dans le maquis des Mémoires insipides de diplomates et de « manuels » de diplomatie conçus et réalisés par des « toutologues » (Régis Debray) qui n’ont pas la moindre idée sur la diplomatie, nous avons été littéralement conquis par une authentique recherche scientifique. Elle est à tout à l’honneur de cet universitaire insuffisamment connu du grand public. Une authentique contribution à la connaissance de la diplomatie.

UNE AUTHENTIQUE RECHERCHE DE DIMENSION SCIENTIFIQUE

Les experts se souviennent que cet honnête homme, aussi discret que sérieux dans ses travaux, s’est déjà commis dans une telle aventure en 1998 aux éditions Micro Buss et en 2006 chez Dalloz (ouvrages épuisés). Il est vrai qu’il est l’un des meilleurs connaisseurs français (pour ne pas dire le seul) de la diplomatie et du droit diplomatique. Il possède donc toutes les qualités requises pour profiter de son départ de l’université afin… Continuer la lecture

DE QUELQUES ENJEUX DE DEFENSE
DU TRAITE FRANCO-ALLEMAND D’AIX-LA-CHAPELLE

Les Français doivent-ils ou non être consultés sur un traité qui, sous couvert d’amitié, engage une véritable intégration franco-allemande, et suscite perplexité ou inquiétude ailleurs en Europe ? La signature par le Président Emmanuel Macron, à Aix la Chapelle, le 22 janvier, d’un traité qui prétend renouveler le traité de l’Elysée de 1963, souvent appelé en Allemagne « traité de l’amitié franco-allemande », un traité que les Français n’auront pu découvrir que le 18 janvier précédent, répond à la question – celle qu’il ne faut pas poser ; pas question de consulter les Français sur l’essentiel, amusons-les avec un débat manipulé, et le tour sera joué !

Passons sur les détails. Mais enfin… Est-ce vraiment pertinent d’inciter les enfants français à apprendre l’allemand, une langue qui ne fait pas partie des langues officielles à l’ONU, qui n’est parlée que par les Allemands dans leurs frontières et qui n’a aucune perspective de diffusion à l’extérieur de l’Allemagne ? Il est sans doute juste de prendre dans maints domaines l’Allemagne comme référence. Mais pourquoi elle seule, pourquoi pas l’Italie, ou la Grande-Bretagne, ou la Suisse ? Le texte du traité qui entend renouveler le premier traité de l’Elysée, signé par le chancelier Conrad Adenauer et le général de Gaulle, n’a pas été soumis aux Français.

Les auteurs d’une rédaction approximative et de raccourcis audacieux savent bien pourquoi. Débattu, analysé, sorti de l’ombre où tout peut se jouer, il aurait nourri un débat public de nature à aviver les craintes de ceux qui pensent que le mandat de la… Continuer la lecture

A QUOI SERT L’OBSERVATOIRE DE LA LAÏCITE ?

Personne n’aurait remarqué l’"étude à propos de l’application du principe de laïcité et sa promotion dans le cadre du futur service national universel"(SNU), si le ministre de l’éducation nationale n’avait déclaré vouloir l’écarter dans la mise en oeuvre du futur SNU. Il est vrai qu’elle admettait le port de signes religieux par les jeunes appelés, prise de position qui a immédiatement suscité le débat.

Il peut paraître étrange en effet que l’Observatoire de la laïcité, auteur de ce travail, semble vouloir écarter le principe de neutralité, alors même que son rôle est d’"assister le gouvernement dans son action visant au respect du principe de laïcité dans les services publics". Surtout, on peut se demander si cette prise de position est conforme avec l’objet même du SNU, qui, selon les termes du Président de la République, est d’"impliquer davantage la jeunesse française dans la vie de la Nation, de promouvoir la notion d’engagement et de favoriser un sentiment d’unité nationale autour de valeurs communes". Comment parvenir à un tel résultat sans imposer le respect de la neutralité ? Comment faire respecter des valeurs communes en mettant l’accent sur les différences ? 

De fait, après l’intervention du ministre, l’Observatoire a immédiatement engagé une opération de communication mi-déminage, mi-rétropédalage, consistant en une "mise au point" diffusée sur son site. Jean-Louis Bianco y affirme que le texte en question n’est pas une "recommandation" ni une "préconisation", encore moins un "avis". Bref, l’étude en question "se borne à rappeler précisément le cadre du droit positif et… Continuer la lecture

LES PASSEPORTS DIPLOMATIQUES DE M. BENALLA

L’affaire des passeports diplomatiques détenus – et utilisés – par Alexandre Benalla, a fait revenir sur le devant la scène médiatique l’ancien directeur adjoint de cabinet du président de la République. Pour rappel, il avait été contraint de quitter ses fonctions auprès du président Macron au début de l’été 2018 pour avoir participé, le 1er mai, à des opérations de maintien de l’ordre contre des manifestants sans disposer des titres nécessaires et en commettant à cette occasion des violences sur des personnes en cours d’interpellation. Dépourvu à partir de là de toutes fonctions officielles, Alexandre Benalla avait néanmoins conservé deux passeports diplomatiques dont il a fait usage à de nombreuses reprises durant l’été à des fins professionnelles privées. Il avait ce faisant volontairement ignoré les demandes de restitution qui lui avaient été adressées à la fois par le Quai d’Orsay et par l’Elysée.

Sollicité par les médias pour savoir quels avantages donnaient de tels documents, le Quai d’Orsay a précisé, à bon droit, que leur titulaire, s’il n’est pas un agent diplomatique, ne peut pas en aucune manière bénéficier par ce moyen des immunités diplomatiques prévues par la convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. Il ne s’agit dans un tel cas que d’un sauf-conduit permettant à son détenteur de franchir plus aisément les contrôles aéroportuaires. Les autorités douanières et de sécurité en charge de ces contrôles peuvent même demander une fouille des bagages personnels de celui-ci, ce à quoi échappent en principe – sauf soupçon… Continuer la lecture

ADIEU AU CANARD-ENCHAÎNE

J’ai, il y a des lustres, et même des lampadaires comme pourrait en vendre l’antiquaire Brimo de Laroussilhe, que j’ai la chance de connaitre le merveilleux Nicolas Brimo, « Directeur des publications du Canard Enchainé ». Traduisez : c’est lui qui engagé le plus d’argent dans le système coopératif qui préside au fonctionnement du Canard Enchainé, à celui de la gestion de son matelas de 128 millions d’euros. C’est donc lui qui est le meilleur journaliste. Comme moi, en ces très vieux temps, il était mince, gentil, discret, courtois et roulait sur une modeste moto rouge.

Aspiré dans son sillage, comme le cycliste derrière derny, je me suis retrouvé peu de temps à travailler au Canard. Le plus beau jour de ma vie. Je quittais la presse pourrie et bourgeoise, le monde du mensonge pour celui d’une vérité sans frontière. Premier repas collectif, avec la rédaction, et lourde déception : l’un pleurait sur le prix de la réfection de la façade de sa maison (à Neuilly je crois), l’autre sur le prix des pavés – et il fallait encore poser – livrés dans sa campagne de Normandie. J’ai eu l’impression du type qui fait un faux numéro et tombe sur le MEDEF plutôt que sur la Fédération Anarchiste. Je suis parti…

Plus tard, sur des photos publiées dans la presse, j’ai vu que mon ami Brimo fréquentait Latché, la bergerie de Mitterrand. Où la paille des chaises était encore chaude du cul de Bousquet. Pas grave. On ne choisit pas les amis de… Continuer la lecture