Observatoire Géostratégique

numéro 235 / 17 juin 2019

Humeurs

L’AFFAIRE DJOUHRI, L’AFP ET QUELQUES VERITES…

Vivement qu’Alexandre Benalla rentre de RTT. C’est bien le repos mérité. Mais ça provoque du creux dans le serpent de mer. A défaut de cet Alexandre les « investigateurs », effrayés par le vide de leurs pages, en choisissent un autre. Vous l’avez constaté, les « investigateurs » écrivent beaucoup en Alexandre. Ici, faute d’ami du Président en train de jouer avec un pistolet à eau sur la tempe d’une serveuse, les journalistes en panne se saisissent du remplaçant qui s’impose : Alexandre Djouhri. Ça tombe bien il est sur le ban, celui où l’a justice l’a plaqué en Angleterre. Retour donc de « Monsieur Alex » dans les pales des ventilateurs médiatiques.

Contrairement aux « experts » qui ne le font jamais quand ils dégoisent à la télévision, je vais vous préciser, au sujet de cet homme d’affaires, mes conflits d’intérêts : je n’en ai aucun. La dernière fois que j’ai vu cet homme, c’est en 2007 et comme pot de vin il m’a offert un bon verre de bordeaux. En revanche les tribulations de ce natif de banlieue venant s’installer à la table des tueurs du CAC-40 m’intéresse depuis bien plus longtemps. D’où cette spécialité que je revendique, celle d’être un « Djouhritologue ». En fait, pour continuer de dire vrai, j’ai très tôt senti, autour de ce Rastignac berbère, les sales effluves du racisme. On peut avoir une scierie en Bretagne et un jour devenir Bernard Pinault. Mais pas souper au Ritz avec Dassault quand on est né kabyle du 9-3.

Ce week-end, c’est l’AFP qui réactive le… Continuer la lecture

UN CLINICIEN NOMMÉ MONTBRIAL SE PORTE AU CHEVET DU MONDE

« Les hommes sont ce qu’est l’instant » (Le roi Lear, William Shakespeare). C’est le moins que l’on puisse dire de nos hommes politiques au regard vissé sur leurs téléphones « intelligents » et sur les chaînes d’abrutissement en continu, obnubilés par les folles promesses de l’intelligence artificielle (i.a.). Politique de l’instant, de l’émotion, de l’éphémère, de coup de gueule sans lendemain (du style, je n’admettrai pas, je ne veux pas), telles sont les principales caractéristiques des pompiers pyromanes qui nous gouvernent. Hommes politiques à courte vue qui ont succédé aux hommes d’État à la vision longue. C’est pourquoi, les individus de l’ancienne école, du siècle passé ne boudent pas leur plaisir lorsqu’ils ont le bonheur de retomber sur une analyse des rares penseurs qui osent encore s’exprimer à contre-courant de la doxa et des éléments de langage, nouvelle religion des temps modernes. Tel est le cas de Thierry de Montbrial qui éclaire utilement notre lanterne sur un demi-siècle de relations internationales à l’occasion d’un grand entretien accordé au Figaro. Il nous a semblé utile d’appeler l’attention de nos lecteurs fidèles et avides d’analyses différentes de celles que nous livrent en continu nos perroquets à carte de presse1. Après avoir rappelé qui est l’homme, lisons ce qu’il nous dit du monde d’hier et d’aujourd’hui.

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RAPPEL SUR UN PARCOURS ATYPIQUE

Rappelons tout d’abord qui est Thierry de Montbrial ainsi que certaines des étapes de sa carrière ! Membre de l’Académie des sciences morales et politiques, cet expert de… Continuer la lecture

L’ARDOISE DE LOISEAU À L’ENA

« Si les donneurs de leçons pouvaient commencer par se les appliquer à eux-mêmes, on les entendrait moins !! » (Foozine). Vieille leçon tirée de l’expérience de la vie. Et des exemples nous en avons tous les jours pour celui qui veut faire preuve de sagacité et de mémoire. Car, dans notre civilisation de l’essuie-glaces, on aurait trop tendance à omettre le passé par excès de présentisme. Un cas avait déjà attiré notre attention en 2017. C’était celui de la brillante directrice de l’ENA (2012-2017), la très peu diplomate, Nathalie Loiseau, née Ducoulombier. Vous savez, cette Juppé Girl (elle qui vénère toujours le délinquant récemment intronisé au Conseil inconstitutionnel1) qui a pris en marche le train de la République en godillots. Elle en a été largement récompensée par un maroquin, celui de ministre en charge des Affaires européennes auprès du Breton armé. Elle va conduire la liste de la LREM pour les élections au Parlement européen le 26 mai 20192. Un retour en arrière s’impose sur sa gestion catastrophique de l’ENA de 2012 à 2017 qui conduit à une sérieuse remise à flot par son successeur, Patrick Gérard. Quelques réflexions iconoclastes sont nécessaires qui nous changent des portraits à l’eau de rose, version conte de fées de notre future députée au Parlement européen3.

LA SAGA DE L’ÉCOLE DE L’ELITE MAL GÉRÉE PAR LOISEAU

Quelques mois après son départ de Strasbourg, nous attirions l’attention sur la situation financière catastrophique dans laquelle sa directrice de 2012 à 2017… Continuer la lecture

DE L’HOMME DU MONDE AU MONDE DES HOMMES…

Cela faisait plus de deux ans que nous n’avions pas eu de nouvelles du ministre écrivain, énarque et agrégé de lettres, Bruno Le Maire. C’est désormais chose faite avec son dernier récit autobiographique intitulé Paul, une amitié.1 L’homme a la plume facile. L’homme est narcissique. Il aime se mettre en scène. Son parcours littéraire est déjà bien rempli autant que son parcours politique. Il est écrivain à succès de librairie affirmé avec Le Ministre ; Des hommes d’État ; Sans mémoire, le présent se vide ; Musique absolue. Une répétition avec Carlos Kleiber ; Jours de pouvoir ; À nos enfants, Ne vous résignez pas ! Il est politicien à l’échine particulièrement souple qui le fait évoluer de Jacques Chirac – directeur de cabinet du premier ministre, Dominique de Villepin dont il a été conseiller au Quai d’Orsay – à Emmanuel Macron – ministre de l’Économie et des Finances – en passant par Nicolas Sarkozy – secrétaire d’État aux Affaires européennes puis ministre de l’Agriculture – sans oublier un passage par les mandats électifs ( conseiller régional de Haute-Normandie et député de l’Eure) sous le quinquennat de François Hollande. À bientôt 50 ans, le juvénile Bruno Le Maire fait déjà figure de vieux routier de la littérature et de la politique. Le ministre est ambitieux. Il s’est déjà essayé à la course à la présidentielle mais sans succès à ce stade. Qui sait ! Sait-on jamais ? Bruno Le Maire évolue au gré des pages entre l’écrivain et le diplomate.

BRUNO LE MAIRE ÉCRIVAIN

Revenons… Continuer la lecture

VOYAGE AU CŒUR DE LA DIPLOMATIE

« La mémoire, ce passé au présent » (François Chalais). Dans le maquis des Mémoires de diplomates retraités, rares sont les pépites ! Comme pour les chercheurs d’or, le lecteur averti remue des tonnes de boue pour trouver enfin quelques précieux grammes d’or dont on savoure l’éclat. Tel est le cas de l’ouvrage que vient de publier chez Plon le diplomate arabisant qu’est Yves Aubin de la Messuzière1. Ce dernier nous avait déjà livré ses réflexions sur ses années Ben Ali en Tunisie2 et, plus récemment, sur le grand chambardement du monde arabe3. Même si la particule respire le sang bleu, l’auteur a le cœur à gauche. Nul n’est parfait. Après une analyse de l’ossature générale de la présentation chronologique de sa carrière de diplomate, nous nous concentrerons sur quelques qualités de cet ambassadeur atypique.

L’OSSATURE GÉNÉRALE DE SA PRÉSENTATION

L’approche globale permet à l’auteur de se concentrer sur sa vie de diplomate-saltimbanque qui lui a permis de croiser plusieurs de nos dirigeants et d’en dresser quelques portraits utiles aux historiens.

Une approche globale

Cet ancien ambassadeur, qui a roulé sa bosse dans des pays tourmentés ou en guerre, nous livre un récit chronologique de ses différents postes, avec une insistance toute particulière sur ses différentes affectations à l’étranger (Palestine, Yémen, Tchad, Irak, Tunisie de Ben Ali, Italie au Palais Farnèse et mission à Gaza en qualité de chercheur) et à l’administration centrale (il passe rapidement sur son poste de rédacteur géographique, de sous-directeur aux relations culturelles… Continuer la lecture