Observatoire Géostratégique

numéro 200 / 15 octobre 2018

Humeurs

Humeurs du 23 novembre 2015

RETOUR DE SYRIE…

J’étais à Damas vendredi soir avec une importante délégation française composée notamment de cinq députés courageux et de quelques représentants non moins courageux de la « société civile », tous concernés par la situation de la Syrie aux avant-postes de la guerre contre « l’état islamique », quand est tombée la cascade de nouvelles tragiques nous parvenant de Paris où « Daech » venait de déclencher une suite d’attentats terroristes sans précédent contre la France et le peuple français.
Cette attaque terroriste, nous savions tous qu’elle aurait lieu mais nous n’en connaissions bien sûr ni l’heure ni le lieu, ni la forme ni l’ampleur qu’elle prendrait.

Le lendemain matin, la délégation française qui était arrivée en Syrie le mercredi précédent afin de s’informer sur le terrain de la situation, notamment celle des minorités chrétiennes, a été reçue dans un climat de grande franchise par le Président Bachar El Assad en personne. Avec gravité et simplicité, celui-ci nous a présenté ses condoléances à l’intention des familles éprouvées et du peuple français ; il nous a dit aussi que nul n’était mieux placé que lui pour comprendre le drame que constituaient ces attaques faisant tant de victimes innocentes, tant la Syrie est en effet elle-même confrontée depuis cinq ans à des tragédies quotidiennes de cette nature.

Ce voyage en Syrie nous aura permis de rencontrer la quasi-totalité des autorités religieuses, du grand Mufti de Syrie au représentant du Patriarche syriaque-orthodoxe en passant par le Cheikh Hekmat Al Hajri,… Continuer la lecture

Humeurs du 16 novembre 2015

INTANGIBILITE DES FRONTIERES OU FRONTIERES DE L’INTANGIBILITE ?

« L’avenir n’appartient à personne. Il n’y a pas de précurseurs, il n’existe que des retardataires » (Jean Cocteau). Bien malin celui qui pourrait dire comment la situation va évoluer au Proche et au Moyen-Orient sur le court, le moyen et le long terme ! Stabilisation ou pourrissement ? Paix froide ou Guerre de Trente ans ? Pérennisation du statu quo ante ou nouvel ordre régional ? Implicitement se pose la question de l’avenir des Etats issus des accords Sykes-Picot de 1916. Au-delà, c’est la problématique de l’intangibilité (l’artificialité) des frontières et celle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui surgit ! Comment passer du monde de l’absolu au monde du relatif pour réfléchir aux solutions envisageables dans cette région ?

Le monde de l’absolu : la suprématie de la norme

Au-delà du droit, il reste aussi et surtout la pratique. Les relations internationales obéissent à des règles empiriques. Elles trouvent parfois une concrétisation dans une règle de droit. Tel est le cas de l’uti possidetis juris ou principe de l’intangibilité des frontières. L’expression provient de l’adage latin uti possidetis, ita possideatis (« Vous posséderez ce que vous possédiez déjà »). La Cour internationale de justice dans l’arrêt Burkina Faso/République du Mali (1986) le définit ainsi : « Le principe de l’intangibilité des frontières vise avant tout à assurer le respect des limites territoriales d’un État au moment de son indépendance ». Qu’en est-il de la pratique suivie depuis 1945… Continuer la lecture

Humeurs du 9 novembre 2015

MACRON ET RON ET RON PETIT PATAPON !

La biographie du nouvel ovni de la politique française, qui sera publiée à la fin du mois par Marc Endeweld, fera un tabac car les Français sont impatients de tout savoir sur le plus énigmatique ministre du gouvernement. La vague de Macron-mania va déferler. On parlera de Macron sur Télématin et au Petit Journal, aux matinales des FM et dans les dîners en ville. Pour s’y préparer sérieusement, voici quelques éléments

Ma-cron. Un nom, deux syllabes. En politique c’est important car on ne fait pas carrière avec un patronyme à rallonge. Il faut que ça claque comme Chi-rac, Gau-din, Ta-pie sous peine d’être raccourci comme Béré, Sarko, ou pire, carrément disqualifié comme Rebsamen. Dupont devrait raboter Aignan ou afficher son chiffre en majuscules comme VGE ou DSK. On ne fait pas campagne avec un nom à coucher dehors, Najat, ministre souriante à deux noms n’est qu’un prénom, Khomri devrait s’amputer de l’El. Taubira seule, restera.

Le nom à deux tons façon pin-pon est plus Joly. Il est préférable au sifflet mono ton. Valls  sonne moins bien que Juppé ou Jospin. Il serait bien plus chantant précédé de l’adjectif « le » comme Le Pen, Le Drian, Lelouche. « Le » Valls ferait plus classieux, mais pas « La » qui serait une fausse note ; on se gausserait des pas de deux du Premier ministre à la une du Canard enchainé… Continuer la lecture

Humeurs du 2 novembre 2015

DE LA VALSE A TROIS TEMPS A LA THEORIE DES TROIS « E »

L’Histoire serait-elle un éternel recommencement ? Nous serions tentés de le croire à la lumière des récents actes de contrition de Barack Obama et de Tony Blair sur l’Afghanistan et l’Irak. Bien sûr, mieux vaut tard que jamais. Mais, l’affaire ne manque pas de sel s’agissant de deux Etats toujours prompts à administrer urbi et orbi leçons de morale et de droit international. En replaçant ces faits mineurs dans leur contexte global et dans le temps long, un constat s’impose à l’observateur critique : l’existence d’une sorte de valse à trois temps : erreurs, excuses, égarements.

Le temps des erreurs : errare humanum est

Le début du XXIème siècle constitue une « sorte de Bérézina de l’interventionnisme occidental autoproclamé » (Hubert Védrine). On connaît les conditions dans lesquelles George W. Bush engage, après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ainsi que ses partenaires de l’Alliance Atlantique (pour la première fois en dehors d’Europe) à faire la guerre contre le terrorisme sur le sol afghan pour y chasser les Talibans qui avaient pris le pouvoir à Kaboul. Force est de constater que si le diagnostic est faux, le traitement le sera tout autant. Quatorze ans après, les Américains et leurs alliés abandonnent l’Afghanistan en proie à de multiples convulsions et à un retour annoncé des Talibans. Tout ça pour ça, est-on tenté de dire !… Continuer la lecture

Humeurs du 26 octobre 2015

DIPLOMATIE: LE GESTE ET LA PAROLE…

Les lettrés et les historiens connaissent la Chanson de Roland dont l’épée Durandal au pommeau d’or renfermant des saintes reliques faillit être emportée par un Sarrasin à Roncevaux le 15 août 778. Ce poème épique sublime de 4000 vers s’achève lorsque le Comte de Bretagne battant sa coulpe, offrit à Dieu son gant droit. Son destre guant a Dieu en porofrit, que les incrédules interprètent comme une allégorie de la main tendue, geste vieux comme le monde qui scelle la communion entre hominidés. La refuser est une insulte réservée aux malotrus.

Les mauvaises manières protocolaires

En 2012, Manuel Valls alors ministre de l’Intérieur ne prit pas la peine d’allonger le bras depuis la seconde rangée des bancs de l’Assemblée Nationale pour saisir la main que lui tendait le Président de la République Tunisienne Moncef Marzouki en visite officielle à Paris. Plus récemment, un syndicaliste en colère ignora la main tendue du Président Hollande. Ni l’un, ni l’autre des illustres dédaignés ne méritaient cet outrage qui rabaisse leurs auteurs.

Comme dans la vie courante, le toucher de main est en diplomatie un exercice réglementé. Interminable sur le perron de l’Elysée et devant la Maison Blanche, furtif dans les couloirs de l’ONU, parfois carrément évité grâce aux portes dérobées. Il y a même des sommets où les chefs d’État, ayant posé en assemblée devant la caméra, jurent de ne jamais s’être étreint les paumes. Ce fut le cas au Caire entre les Présidents… Continuer la lecture