Observatoire Géostratégique

numéro 187 / 16 juillet 2018

Humeurs

Humeurs du 24 août 2015

Yémen : l’Arabie saoudite souffle sur les braises d’un conflit identitaire…

Les faits – Les dernières victoires des forces loyalistes appuyées par la coalition de pays arabes au sud du Yémen ont provoqué le retranchement des Houthis et de leurs alliés au nord du pays où ils bénéficient d’un large appui des plus grandes tribus, notamment Hâshid et Bakil. Une partition du territoire est prévisible avec une situation institutionnelle analogue à celle de la Libye : un gouvernement à l’est, un autre rival à l’ouest et quelques fiefs jihadistes qui ont leur propre autonomie.

Jusqu’à l’intervention saoudienne, en mars 2015, le Yémen se trouvait déjà aux bords d’une partition nord/sud, voire d’une scission en cinq micro-États. Au Yémen, le sud n’a jamais été un territoire naturel pour les Houthis ; l’enjeu essentiel reste le nord. Le pays souffre de plusieurs lignes de fractures entre islamistes (Houthis, Ikhwâns, AQPA, Dae’ch) et avec les libéraux, marxistes, et nationalistes. Le nord est très hétérogène au niveau tribal, confessionnel et des sensibilités politiques. Le sud reste fortement structuré par les revendications autonomistes ainsi que par les héritages britanniques (1839-1967) et marxiste (1967- 1990), tandis que l’Etat est contesté à l’est par les entités jihadistes.

Ce conflit ne peut donc pas être réduit à de simples considérations religieuses. Lorsqu’un Houthi s’aventure à Aden, il sera rejeté avant tout en raison de son «identité territoriale». Avec la «révolution» de 2011, un projet fédéraliste devait être parachevé par le gouvernement de transition du président… Continuer la lecture

Humeurs du 17 août 2015

Être ou ne pas être gaullien…

Les chansons de geste ont leur charme mais, dans l’ordre politique, elles troublent la réflexion. Il faut se méfier du gaullisme de glorification – comme du légendaire monarchique. Présenter Charles de Gaulle comme un héros digne de l’antique, c’est encourager les dirigeants à la médiocrité. Ecoutons-les : ils sont lucides, et humbles ; ils ne sauraient prétendre à tant de grandeur ; leur courage est d’assumer petitement les petitesses du quotidien ! Les facilités de la psychologie doivent être tout aussi résolument écartées : le Caractère, l’Orgueil, la Volonté… n’expliquent rien car il faut distinguer, quand on s’intéresse aux hommes d’Etat, la personne et le personnage. Il est enfin évident que la carrière, aussi brillante soit-elle, ne prédestine pas. En juin 1940, plusieurs personnalités peuvent jouer un rôle de premier plan : Léon Blum, Georges Mandel, le général Noguès qui commande les forces françaises en Afrique du Nord, le général Catroux qui a été gouverneur général de l’Indochine française de juillet 1939 au 25 juin 1940 et qui a plus d’étoiles à son képi que le général de Gaulle…

Pourquoi Charles de Gaulle ? Régis Debray donne la clé : parce que c’est « le dernier homme d’Etat ouest-européen qui ait pris la puissance de l’esprit au sérieux »1. Le Général n’est pas un intellectuel et l’intellectualité comme l’intellectualisme ne sont pas gage de rectitude : de grands intellectuels, qui plaçaient… Continuer la lecture

Humeurs du 10 août 2015

LE ROI D’ARABIE EN VACANCES CHEZ FRANCOIS…

Salman d’Arabie estive dans le pays de la Révolution et du roi tranché. C’est extravagant et sans précédent.

Certes, la famille royale possède depuis belle lurette un immense palais très laid en front de mer sur la Côte d’Azur aux seins nus où de temps en temps s’en allaient batifoler les marmailles princières. Mais jamais aucun des monarques Saoudiens n’avait songé y transporter sa cour. Ils s’en tenaient à leurs habitudes en Espagne, au Maroc et exceptionnellement aux USA pour y soigner leur cholestérol. Quelle mouche a donc piqué Salman pour aller s’encanailler en terre de débauche républicaine ? L’affection pour François Hollande y est sans doute pour beaucoup car si les fils de Saoud ont toujours firté avec les Présidents français, c’est la première fois que l’un d’entre eux découche dans un gîte tenu par un mécréant, social-démocrate de surcroît.

On chuchote que Salman, au fond de lui même, est un progressiste qui souffre des souffrances qu’il inflige aux autres. Il voudrait arrêter de bombarder le Yémen, désarmer les salafistes jihadistes de mésopotamie d’Asie et d’Afrique, moderniser la charia, abolir la peine de mort, libérer les esclaves, les femmes et les bloggeurs, tendre la main aux chiites, promouvoir l’égalité….Bref, il voudrait graver « liberté » sur son étendard aux côtés de la chahada. Hélas, contrairement à l’adage «  que veut le roi le veut la loi », Salman n’est rien, il est nu, sans constitution ni article… Continuer la lecture

Humeurs du 3 août 2015

Diogène et Descartes…

Je n’ai pas de nom. Je suis chien.

Comme tous ceux de ma race, je coule en Grèce une vie de patachon. En ce pays béni des canidés, je suis libre. J’erre à ma guise. Ni Dieu ni maître. Dans leur sagesse mémorielle, les humains ont retenu que nous étions les lanceurs d’alerte infaillibles. C’est pourquoi dans un sursaut de raison, ils n’ont jamais tenté de nous domestiquer car ils savent d’expérience que dès que la terre s’apprête à trembler, nous nous mettons à hurler. Prévenus, les bipèdes se ruent hors de leurs maisons menacées d’effondrement.

Depuis la nuit des temps, nous en avons sauvé tant et tant, qu’en reconnaissance ils nous ont à jamais affranchis de la laisse et du collier, ils nous nourrissent copieusement et nous permettent d’errer à notre guise paisiblement. Avec la douzaine de congénères qui partagent mon village, nous nous entendons bien. Il y a bien parfois des bagarres lorsqu’une chienne fait sa chienne, mais dans l’ensemble nul ne montre jamais les crocs. Le soir, notre petite meute se rassemble sur la dalle fraîche en face du port. On reste des heures à plat ventre le museau entre les pattes ou affalés sur le côté. On soupire, on s’ébroue, on va parfois lécher le flanc ou renifler le derrière d’un voisin… Les piétons nous évitent, les touristes craignent notre indifférence.

Certains tentent de nous amadouer avec des mots étrangers ou des croquettes d’importation immangeables. Parfois, un téméraire s’approche avec son… Continuer la lecture

Humeurs du 27 juillet 2015

Les ONGs, c’est comme les trains…

Effectivement, les ONGs, c’est comme les trains, ça peut en cacher un autre… Il ne s’agit pas – ici – de contester l’apport de la « société civile » à la vie internationale, mais faut-il encore que celle-ci et celle-là correspondent à des déterminations stabilisées et compatibles avec une règle du jeu commune du contrat social, national et multilatéral.

Les médias contemporains ont pris la fâcheuse habitude de recevoir, de relayer et de valoriser les messages des ONGs comme parole d’Evangile, de Coran ou de Talmud… sans toujours bien vérifier la composition et l’identité de leurs cadres et militants, sans vérifier la provenance de leurs financements, ni sans beaucoup s’intéresser à leur feuille de route répondant souvent à des objectifs foncièrement politiques, voire franchement économiques et financiers. Contrairement aux vieilles démocraties-témoins, les cadres d’ONGs ne sont pas élus mais bénéficient néanmoins d’un a priori favorable, comme s’ils participaient organiquement à la promotion des valeurs du bien, tandis que les Etats et leurs appareils ne cesseraient d’ourdir complots, coups tordus et autres machinations.

La vogue du droit-de-l’hommisme kouchnérien sans frontière, sans foi ni loi, n’a eu de cesse de promouvoir « le devoir d’ingérence » au nom d’une morale spontanée, d’autant plus unanime qu’elle était rarement définie. Les déviations successives de cette idéologie dominante qui a correspondu à l’avènement des « nouveaux philosophes » parisiens (fin des années soixante-dix) a engendré nombre de confusions allant, dans certains cas,… Continuer la lecture