Observatoire Géostratégique

numéro 201 / 21 octobre 2018

Humeurs

Humeurs du 21 septembre 2015

La marine saoudienne restera-elle française ?

Le Président de la République cultive le paradoxe d’être un inconditionnel allié de la monarchie la plus réactionnaire du monde : l’Arabie Saoudite. Ce soutien est précieux pour le régime wahhabite que les injures aux droits fondamentaux humains détournent de la considération des démocraties. À contre courant, François Hollande enchaîne les sommets et les gestes aimables avec les altesses saoudiennes et ses ministres multiplient les rencontres, fort du soutien des entreprises. Car l’exercice français assumé consiste à monnayer cet alignement diplomatique au meilleur prix.

L’expression du besoin de sécurité saoudien

Obsédée par l’Iran la maison des Saoud cauchemarde de finir comme la dynastie des Pahlavi. Ce sentiment ne fait pas l’unanimité de l’opinion mais c’est celui dont se sert le roi Salman, intronisé en janvier dernier, pour asseoir avec son jeune fils Mohamed un pouvoir qu’une partie de la noblesse dénigre ouvertement. Le laborieux accord sur le nucléaire iranien que Riyad, Tel-Aviv et Paris ont vainement tenté de saboter a exacerbé l’irano-phobie saoudienne et conduit son monarque a élargir la protection stratégique de son territoire en lançant une expédition coloniale au Yémen voisin. Étonnamment et malgré l’assoupissement de l’ONU, tous les partenaires traditionnels de l’Arabie se sont inscrit aux abonnés absents à l’exception des royaumes arabes. Cet isolement a rendu très précieuse la fidélité de la France dont la récompense devrait être à la hauteur de son engagement.

Depuis le 25 mars, l’Arabie et les émirats arabes unis bombardent le Yémen à… Continuer la lecture

Humeurs du 14 septembre 2015

La France des François de 1515 à 2015…

Tous les écoliers connaissent par cœur le cri de souffrance du poète Joachim du Bellay : « France, mère des arts, des armes et des lois, tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle ….». À cette époque, François 1er guerroyait en Italie, « terre des arts ». Il en rapporta un butin fabuleux dont l’œuvre suprême sera exhibée à l’admiration de générations de badauds: la Joconde.

Le roi fit aussi venir Léonard de Vinci, captif consentant, qui acheva les deux dernières années de sa vie dans une dépendance du château royal d’Amboise.

L’artiste, merveilleux vieillard souffreteux de 65 ans, n’était pas seulement le plus talentueux des Florentins, il était aussi le plus grand ingénieur militaire de son temps. Lorsqu’il arriva en France en 1517 il trimballait dans les cartons de ses malles une partie de ses archives : des dessins sublimes mais aussi les plans de forteresses imprenables, les croquis d’engins de guerre diaboliques, préfigurations visionnaires de ce que deviendront plus tard les chars d’assaut, sous-marins, hélicoptères, mitrailleuses… et puis d’autres machines à saigner comme les chariots à faux ou les propulseurs de lances qui avaient fait leurs preuves durant les guerres d’Italie.

Il est probable que les services de renseignement du roi de France s’intéressaient davantage aux armes qu’aux arts. On peut légitimement se demander si le jeune roi français âgé de 23 ans, sous l’influence de quelques rusés conseillers, ne s’est… Continuer la lecture

Humeurs du 7 septembre 2015

Les nouveaux misérables !

Voilà que deux « journalistes » se font piquer en flagrant délit, cherchant à faire chanter Mohammed VI à hauteur de deux, voire trois millions d’euros ! Contre le versement de cette somme, ils auraient renoncé à la publication d’un nouveau brûlot contre la monarchie marocaine. Ils ont été interpellés, au sortir d’un palace parisien, avec en poche un premier acompte de quelque 80 000 euros en petites coupures. Le premier – Eric Laurent – fait part aux enquêteurs de ses soucis d’argent, la seconde – Catherine Graciet – se dit passionnée d’équitation (ça coûte) et désireuse de se mettre au vert (ça coûte aussi) pour écrire une biographie historique.

Leur ligne de défense, bien sûr, est de crier au loup en prétendant être tombés dans un piège… Toute honte bue, l’un des auteurs a déclaré au Parisien du 31 août dernier : « je pense même qu’une tentative de corruption, cela ferait un beau chapitre d’ouverture » (sic). Les éditions du Seuil chercheraient-elles à tirer profit de cette histoire ? Aux fonctionnaires compétents de trancher. Quoi qu’il en soit, la corporation du journalisme français, qui ne jouit pas d’une irréprochable réputation, n’en sort pas grandie. Si la plupart des confrères ne se risquent pas à cautionner une telle pantalonnade – même si certains proches tentent d’accréditer la thèse de la machination -, le discours dominant consiste à répéter que tous les métiers ont leurs moutons… Continuer la lecture

Humeurs du 31 août 2015

CONTRE LA GUERRE CIVILE GLOBALE !

Dans le contexte d’une nouvelle guerre que prépare actuellement Tel-Aviv pour attaquer à nouveau le Liban et le Hezbollah, nous vous proposons une tribune inédite, écrite le 28 juillet 2006 en réponse à celle que l’essayiste Bernard-Henri Lévy publia dans Le Monde de la veille : « La guerre vue d’Israël ». Signée par une douzaine d’intellectuels, cette tribune fût censurée par le « journaliste » Nicolas Truong alors responsable des pages « débats » du quotidien du soir. Comme il se doit, ce dernier invoqua un manque de place alors que l’article de monsieur Lévy occupait une demie-page du journal avec une accroche de Une s’étalant sur deux colonnes.

Le texte était précédé de l’avertissement suivant : « Les résultats de la guerre menée en Libye doivent nous amener à promouvoir tous les moyens susceptibles de consolider une Syrie pluriconfessionnelle ».

CONTRE LA GUERRE CIVILE GLOBALE !

La tragédie syrienne ne relève pas d’un homme, en l’occurrence Bachar al-Assad, qui n’aurait plus toutes ses facultés, ni d’un régime qui correspondrait, par essence et a priori, à une dictature ubuesque. A mauvais diagnostic, mauvaise ordonnance ! Et avant de réclamer des « avions pour Alep », convient-il de bien savoir de quoi l’on parle.

Victimes du fantasme des mal nommées « révolutions arabes », nombre d’observateurs pressés ont pensé qu’il suffisait de mobiliser des foules par… Continuer la lecture

Humeurs du 24 août 2015

Yémen : l’Arabie saoudite souffle sur les braises d’un conflit identitaire…

Les faits – Les dernières victoires des forces loyalistes appuyées par la coalition de pays arabes au sud du Yémen ont provoqué le retranchement des Houthis et de leurs alliés au nord du pays où ils bénéficient d’un large appui des plus grandes tribus, notamment Hâshid et Bakil. Une partition du territoire est prévisible avec une situation institutionnelle analogue à celle de la Libye : un gouvernement à l’est, un autre rival à l’ouest et quelques fiefs jihadistes qui ont leur propre autonomie.

Jusqu’à l’intervention saoudienne, en mars 2015, le Yémen se trouvait déjà aux bords d’une partition nord/sud, voire d’une scission en cinq micro-États. Au Yémen, le sud n’a jamais été un territoire naturel pour les Houthis ; l’enjeu essentiel reste le nord. Le pays souffre de plusieurs lignes de fractures entre islamistes (Houthis, Ikhwâns, AQPA, Dae’ch) et avec les libéraux, marxistes, et nationalistes. Le nord est très hétérogène au niveau tribal, confessionnel et des sensibilités politiques. Le sud reste fortement structuré par les revendications autonomistes ainsi que par les héritages britanniques (1839-1967) et marxiste (1967- 1990), tandis que l’Etat est contesté à l’est par les entités jihadistes.

Ce conflit ne peut donc pas être réduit à de simples considérations religieuses. Lorsqu’un Houthi s’aventure à Aden, il sera rejeté avant tout en raison de son «identité territoriale». Avec la «révolution» de 2011, un projet fédéraliste devait être parachevé par le gouvernement de transition du président… Continuer la lecture