Observatoire Géostratégique

numéro 218 / 18 février 2019

Humeurs

Humeurs du 28 décembre 2015

QUAND ARAFAT RENCONTRE MITTERRAND…

Bien que toujours sur l’écran radar des chasseurs israéliens, la Palestine a presque disparu des journaux, des studios de radio, des plateaux de télévision, des librairies et des cavernes à colloques et autres séminaires. S’il n’en restait que les ombres platoniciennes d’un possible resurgissement… cela ne serait pas si mal, mais l’affaire paraît plus profonde et plus grave. En effet, cette mise en retrait devenue égarement voire absence, n’est pas tant le fruit d’une ruse de l’histoire, puisque le conflit israélo-palestinien demeure l’épicentre de l’arc des crises proche et moyen-orientales, mais relève plutôt d’une occultation politique et idéologique construite, entretenue et programmée.

L’école néoconservatrice américaine et son surgeon français ont réussi à dissoudre la veine politique et morale de la question palestinienne – celle du droit d’un peuple à disposer de lui-même – dans une mélasse sécuritaire où la lutte anti-terroriste permet et justifie les négations les plus massives. Après les attentats parisiens du 13 novembre dernier, quelques « experts » israéliens sont venus pérorer sur des plateaux de télévisions publiques françaises pour dire leur solidarité en comparant la dernière révolte d’une jeunesse palestinienne désespérée – se faisant quotidiennement massacrer par la soldatesque de Tel-Aviv – avec les attaques de Dae’ch. Faut quand même oser ! Evidemment, les journalistes ont sagement acquiescé au nom de la consigne du moment : « nous sommes en guerre contre le mal absolu ! » et tous les soutiens (d’où qu’ils viennent)… Continuer la lecture

Humeurs du 21 décembre 2015

COP 21 : LES DÉTAILS DU DIABLE…

« La maison brûle et nous regardons ailleurs ». C’est avec cette formule choc que Jacques Chirac débute son discours lors du Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002. Si cette phrase est souvent reprise depuis, c’est qu’elle décrit bien la situation au début de XXIe siècle. Réchauffement du climat, épuisement des nappes phréatiques et des ressources halieutiques, accumulation des déchets et des produits toxiques, multiplication des catastrophes naturelles…, l’heure est grave pour l’environnement. Si ce diagnostic est largement partagé, la seconde partie de cette formule n’en reste pas moins aussi pertinente que la première. Ce consensus ne nous empêche guère de continuer à « regarder ailleurs ». Nul n’ose afficher son indifférence pour le sort de la planète. Mais, dans les faits, peu de chose avance. Pour tenter de réparer l’échec de la conférence de Copenhague en 2009, la France organise au Bourget la vingt et unième conférence des parties à la convention cadre sur le climat (30 novembre -12 décembre 2015). Elle fait de la diplomatie climatique sa priorité pour l’année 20151, du succès de cette conférence un test de la volonté de la communauté internationale à s’accorder sur une gouvernance climatique. Un retour sur le passé s’impose pour appréhender la réalité du présent et les défis du futur.

RETOUR SUR LE PASSÉ OU LES PROMESSES D’UN MONDE MEILLEUR

Des conférences de Stockholm (1972) à Copenhague (2009), le chemin est semé d’embûches.… Continuer la lecture

Humeurs du 14 décembre 2015

LE MINARET TRICOLORE

Laissons les survivants enterrer les morts. Observons le silence. À l’abomination n’ajoutons pas l’indécence des mots. Mais se taire est suspect. L’indignation bruyante est de mise. Pour autant, faut-il se précipiter à la chasse aux boucs émissaires et nourrir des polémiques ? Avant de balayer devant notre porte en dénonçant nos faiblesses, dressons le bilan de nos forces.

François Hollande s’est révélé chef d’État. Qui mieux que lui en ces circonstances aurait été capable de gérer la sidération nationale ? Partout présent, il a été irréprochable. À aucun moment le pouvoir n’a donné l’impression de vaciller. Nulle hésitation, nulle précipitation, nul excès. La police a bien fait son boulot, sapeurs pompiers et hôpitaux se sont dévoués dans la grandeur de leurs traditions. Partout, malgré les coups, l’État est resté digne. Le peuple de Paris aussi.

À l’étranger, l’événement a vite pris une dimension planétaire éclipsant toutes les autres horreurs du moment. Après le 11/09, le 13/11 marque le second jalon spectaculaire de cette première guerre asymétrique du 21ème siècle dont on peut craindre qu’elle dure cent ans. Bien sûr, il y eut entretemps des milliers d’attentats tout aussi abondants en perte de sang mais médiatiquement bien moins compatissants : Beyrouth, Bamako, Ankara, Tripoli, Karachi, Tunis, Mogadisco, Bombay, Sanaa, Bagdad…litanie sans fin des villes terrorisées.

Mais Paris la singulière est différente. C’est la capitale de la douce France, le jardin d’attraction de la terre entière. Tous les routards savent comment illuminer le regard de leurs… Continuer la lecture

Humeurs du 7 décembre 2015

PAROLES, PAROLES, PAROLES…1
OU LA DERIVE DU LANGAGE DIPLOMATIQUE

« Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde » (Albert Camus). Le prix Nobel de littérature 1957 ne retirerait pas un mot à son jugement s’il revenait en France en 2015 et assistait au triste spectacle que donnent les responsables de notre politique étrangère et de notre diplomatie. Que ne dirait-il pas en réaction aux écarts de langage diplomatique qui caractérisent la vulgate française pour nommer les spasmes qui secouent le Moyen-Orient, les développements de la crise des migrants et la montée du phénomène du terrorisme ! Comme toujours en matière de relations internationales, un retour sur l’histoire de la diplomatie s’impose pour mieux appréhender les errements actuels et leur nécessaire correction.

Les fondamentaux du langage diplomatique : le primat de la retenue

L’essence même de la diplomatie conduit à adopter un langage fait de retenue et de nuances. Art d’éviter les chocs dans les relations entre Etats, la diplomatie est un mélange subtil consistant à travailler pour le meilleur mais à se préparer pour le pire. « La véritable épreuve de la diplomatie n’est pas la gravité, mais la complexité des évènements, leur multiplicité et leur rapidité » (Alexis Léger dit Saint-John Perse, prix Nobel de littérature 1960). En ce sens, elle est une éternelle toile de Pénélope. Qu’attend-on du diplomate surtout dans une période de crises comme celle que nous traversons actuellement ? Il doit pouvoir anticiper les… Continuer la lecture

Humeurs du 30 novembre 2015

L’ÉTRANGE DÉFAITE OU LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX DE LA DIPLOMATIE FRANCAISE

« La fin des illusions est une illusion. Mais on peut toujours améliorer ses illusions »1. Au moment où le président de la République, François Hollande procède à un aggiornamento de sa politique étrangère sur le dossier syrien (Cf. son discours du 16 novembre 2015 devant le Congrès réuni à Versailles), il est utile de de s’interroger sur les raisons de cette (r)évolution. Les signes avant-coureurs de l’impasse dans laquelle se fourvoyait la France étaient pourtant perceptibles, depuis au moins deux à trois ans, pour celui qui acceptait de regarder la réalité en face2. De façon schématique, et si l’on s’en tient aux leçons de l’expérience, la diplomatie française conduite par Laurent Fabius sous l’autorité de François Hollande a péché au moins à sept titres3.

PREMIER PÉCHÉ : L’AVEUGLEMENT (« Errare humanum est. Perseverare diabolicum »)

A maints égards, le dossier syrien constitue un cas d’école de l’aveuglement sur une grave crise diplomatique de nos élites formés dans les meilleures écoles de la République (ENA, Normale Sup, HEC, X…), celles qui peuplent le tiers des cabinets ministériels. Deux exemples concrets illustrent cet aveuglement. D’une part, comment peut-on soutenir contre toute évidence avec une constance qui mérite louange le « ni Daech, ni Bachar » ? La sécurité de la France passe par le choix entre deux moindres maux. Les attentats du 13… Continuer la lecture