Observatoire Géostratégique

numéro 156 / 11 décembre 2017

Humeurs

ELLE ET LUI : LA RÉVÉLATION DE JUPITER DIPLOMATE

« Cherchez la femme et vous trouverez le coupable » nous rappelle une expression connue sous sa forme française dans des ouvrages écrits en anglais, en italien et dans d’autres langues. Aujourd’hui, nous n’avons bien heureusement pas à chercher la femme puisqu’elle se livre à nous. Pour tenter de faire remonter son jupitérien de mari dans des sondages peu gratifiants après cent jours de règne, Brigitte Macron, puisque c’est d’elle dont il s’agit, ouvre son cœur au magazine féminin Elle… pour notre plus grand plaisir1. (Le magazine Voici lui emboîte le pas sur le mode des photos volées2). Cet entretien sous forme de recueil de confidences intimes est particulièrement utile pour mieux cerner la personnalité d’Emmanuel Macron de manière générale mais aussi pour mieux comprendre ses premiers pas assurés dans la diplomatie. Que peut-on déduire de cette séance de psychanalyse pour midinettes sur les déterminants de la pratique jupitérienne de la diplomatie ? Nous en retiendrons arbitrairement quatre.

LA DIPLOMATIE DE PIC DE LA MIRANDOLE

Brigitte Macron évoque un « fou qui sait tout sur tout ». Le propos est peu diplomatique mais ô combien révélateur d’un élitisme à la française, en particulier pour bon nombre d’anciens élèves de l’École nationale d’administration (ENA). Philippe de Villiers, lui-même sorti de cette brillante pépinière de grands serviteurs de l’État, la baptise « École nationale de l’arrogance ». On ne saurait mieux dire lorsque les élèves sortent, à l’issue de leur scolarité (si tant est que le terme soit… Continuer la lecture

FRANCE-CULTURE  VIOLE ENCORE SON MANDAT D’INFORMATION IMPARTIALE ET PLURALISTE…

Une fois de plus – le 16 août 2017 -, la radio de Service public France-Culture a produit une émission unilatérale et tendancieuse sur les responsabilités en cause dans la tragédie syrienne sous le titre : « Qui peut juger le régime syrien ? »

Le journaliste producteur et ses deux invitées ont évoqué le besoin de justice pour des victimes syriennes, mais à aucun moment ils n’ont cité directement ou indirectement la moindre défense de leur accusé – « le régime syrien » -, ni même le droit à la défense, un principe pourtant essentiel de toute justice.

Connaissant bien depuis 48 ans la Syrie, ses terrains, son histoire, celle de la région et de ses habitants, de même que certaines de ses administrations techniques, je peux formuler plusieurs arguments qui relativisent et déconstruisent les accusations unilatérales et les prétendues preuves apportées durant cette émission non moins unilatérale.

Dans la présentation et en cours d’émission, on a beaucoup évoqué les efforts de documentation permettant de prouver des crimes, de les localiser et de les quantifier. Néanmoins, aucune datation précise n’a été citée. Les affirmations répétées sans autre précision se sont bornées à citer l’Opération César, du pseudonyme d’un ancien photographe des morgues militaires syriennes, exfiltré à l’été 2013, avec ses fichiers numériques d’abord transmis peu à peu à son contact protecteur. L’affaire fit grand bruit – après une analyse expresse payée par le Qatar à un cabinet londonien proche des services britanniques – pour être médiatisée en levée de rideau d’une série… Continuer la lecture

AFGHANISTAN : LA TERRE A DIMINUE…

« La Terre a diminué », dit l’un des joueurs de cartes du Reform-Club où Phileas Fogg fait le pari de faire le tour du monde en quatre-vingt jours. A l’époque de Jules Verne, ce voyage extraordinaire est rendu possible grâce à la révolution des transports qui marque le XIXème siècle : chemins de fer, bateaux à vapeur, percement du canal de Suez, etc. Aujourd’hui, l’aventure de Phileas Fogg ne serait plus possible parce que les TGV – rebaptisés InOUI – n’arrivent plus à l’heure ; parce que les grands paquebots comme le France, se sont transformés en immeubles de 3 à 4000 logements ; parce que les aéroports – qui n’existaient pas à l’époque – sont devenus des supermarchés où l’on peut pénétrer seulement après s’être complètement déshabillé ; le toucher rectal viendra en même temps que la puce sous-cutanée déjà en service dans quelques sociétés américaines et belges… Envoyer un courrier par la Poste ? Vous n’y pensez pas, c’est maintenant une banque, doublée d’une agence de garde pour les p’tits vieux abandonnés par leurs enfants.

Dans notre mondialisation actuelle qui broie les Etats-nations, les services publics et les outils de redistribution sociale, Phileas Fogg serait encore plus mélancolique, tout simplement parce qu’il n’aurait plus accès aux pays du Sahel et à bien d’autres Etats africains, au sud des Philippines et à bien d’autres régions d’Asie, au Yémen ainsi qu’à de nombreuses régions du Pakistan et d’Afghanistan, voire de Turquie. Le village planétaire rêvé de McLuhan s’est abîmé en un capharnaüm de nouvelles… Continuer la lecture

« CABINET NOIR » : LES MYSTÈRES DE PARIS

« Le seul mystère, c’est qu’il y ait des gens pour penser au mystère » (Fernando Pessoa). Or, le mystère s’épaissit lorsqu’il s’agit de tout ce qui touche à la police. Il devient brouillard lorsque la police fricote avec la politique. Que dire de la morale dont on sait depuis Alain que « La morale commence là où la police s’arrête » ? Les médias font le buzz avec certaines déclarations de François Fillon sur l’existence d’un « cabinet noir » à l’Élysée qu’aurait révélé un ouvrage de trois journalistes du Canard enchaîné1 et sur l’utilisation qu’il en a faite par la suite2.

Il est vrai que les auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai dans la mesure où ils avaient dressé, en 2012, le portrait de l’espion du président de la République Nicolas Sarkozy sous les traits de Bernard Squarcini, l’ancien directeur central du renseignement intérieur (DCRI)3.

C’est peu dire que nos folliculaires ont leurs entrées place Beauvau, à la préfecture de police de Paris et dans la « maison Poulaga » (la police prise au sens large du terme). Grâce à eux, nous sommes conviés à un voyage initiatique dans les arcanes du pouvoir, officiel et occulte, où se font et défont les réputations. Nous assistons aux batailles de pouvoir, aux combats entre hommes et femmes pour l’emporter et, surtout, aux compromissions de tous ordres pour durer le plus longtemps à son poste tout en éliminant ses concurrents avec des méthodes peu orthodoxes.

Après avoir dressé… Continuer la lecture

LA FRANCOPHONIE EST MORTE : MACRON L’A TUER !

« Le français est langue de communication internationale et il nous offre, à la fois, clarté et richesse, précision et nuance… C’est donc en janvier 1944 et par la volonté de Charles de Gaulle que naquit, non seulement l’idée et la volonté, mais surtout la possibilité de la Francophonie » (Léopold Sédar Senghor). Qu’il semble bien révolu le temps où la Francophonie était fière, conquérante ! Tel est le constat alarmiste que nous avions dressé à l’issue des sommets de la Francophonie de Dakar1 puis d’Antananarivo2, sans parler d’une analyse plus globale de la problématique de l’usage du français3 et d’une exégèse de la déclaration conjointe de deux ministres sur le sujet (Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et Audrey Azoulay, ministre de la Culture de François Hollande)4.

C’est au même constat, aussi peu encourageant, que parvient un journaliste du Monde dans sa chronique « Culture » sous un titre à l’humour noir et grinçant : « My God, la francophonie ! »5. Les présidents passent, les problèmes demeurent… voire s’aggravent à la vitesse de l’éclair. Dans cette période de « Macronmania » exacerbé, il est particulièrement osé de jouer les iconoclastes. Mais, osons ! Depuis plusieurs années, nous sommes les témoins d’une dérive constante qui tourne à la violation de la loi Toubon de 1994. Elle s’accompagne aujourd’hui d’une accélération soudaine du phénomène qui se traduit par une violation caractérisée de la constitution française de 1958.

UNE DÉRIVE CONSTANTE : LA VIOLATION DE LA LOI TOUBON DE… Continuer la lecture