Observatoire Géostratégique

numéro 166 / 19 février 2018

Humeurs

LES ETATS-UNIS : NOTRE MEILLEUR ENNEMI !

« Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation » nous rappelle fort à propos Oscar Wilde. Ils en portent les stigmates dans leur relation avec le reste du monde (« the rest of the world ») comme ils qualifient avec arrogance tout ce qui n’est pas « made in USA ». À cet égard, l’ouvrage d’Eric Branca (historien et journaliste) nous fournit un éclairage particulièrement documenté sur la relation mouvementée entre le général de Gaulle et ses homologues d’Outre-Atlantique de 1940 à 19691. Tout y passe : dénigrement, calomnie, bassesse, procédés déloyaux, campagnes de déstabilisation appuyées sur quelques idiots utiles pendant la guerre (Jean Monnet, Alexis Léger et autres membres de l’entourage du maréchal Pétain) et durant les premières vingt années de la Ve République (de droite comme de gauche et du centre sans parler des syndicats et autres intellectuels allant prendre leurs instructions auprès des ambassadeurs des États-Unis à Paris, parfois moyennant espèces sonnantes et trébuchantes).

« Tout au long de son mandat, de Gaulle et les États-Unis se livrèrent une « guerre froide » dans la Guerre froide. Relations tendues alors que, pensait-on, la victoire contre les forces de l’Axe lors de la Seconde Guerre mondiale avait rapproché, une fois de plus, des amis de 190 ans ! C’était mal connaître le lourd passif entre le général et ses différents interlocuteurs américains à l’exception notable de Richard Nixon »2. Cette citation résume à la… Continuer la lecture

LE BISOU D’UNE NUIT EN TUNISIE

« Une nuit en Tunisie » est le titre d’une mélodie sirupeuse qui a valu au petit pays une renommée planétaire. Depuis soixante dix ans partout dans le monde, aux sons de la trompette de Dizzy Gillespie, des couples d’amoureux s’étreignent sous les étoiles et dansent langoureusement les paupières closes en rêvant qu’ils sont en Tunisie le pays des nuits inoubliables.

Le soir, à la belle saison, à Hammamet, Kélibia, Zarzis, La Marsa… la jeunesse tunisienne se rassemble en couple par milliers pour regarder la mer et murmurer des mots d’amour. Allongés sur la plage, tapis derrière un rocher ou pelotonnés dans une voiture garée au surplomb de la corniche ils se fabriquent secrètement les souvenirs de délices qu’ils partageront durant toute leur existence.

Las, parfois dans l’ombre, rode le prédateur, le chasseur de primes, le rançonneur de bonheur. Généralement pour l’éloigner, il suffit de lui jeter des pierres, un paquet de cigarettes ou quelques dinars…Plus ennuyeuse est la ronde de police, officiellement chargée de traquer le terroriste et subsidiairement de veiller aux bonnes mœurs islamiques. Elle interpelle les couples sans ménagement.

Généralement, l’homme se précipite au devant du brigadier de police avec un sourire engageant, un discours conciliant, voire quelques billets. Et la maréchaussée passe son chemin. Le tarif dépend du lieu, de la mise du couple et de la marque de la voiture… il devient hors de prix si le pandore flaire le crime d’adultère ou d’homosexualité. Ce petit jeu malsain est un héritage de la dictature de Ben… Continuer la lecture

WAHHABISME, SAOUDISME, FONDAMENTALISME, TERRORISME…

« Je suis capable du meilleur et du pire. Mais, dans le pire, c’est moi le meilleur (Coluche). Il en va des colloques et des ouvrages portant sur des thèmes d’actualité internationale comme du reste. On y trouve souvent le pire, rarement le meilleur dans cette société de surinformation, voire de désinformation, de post-vérité et de « fake news ». La problématique du développement du terrorisme en relation avec celle du wahhabisme en fournit un exemple éclairant au pays de l’obscurantisme. La littérature spécialisée, qui y est consacrée, évolue entre travaux de sachants incompréhensibles pour le commun des mortels et travaux d’experts en questions générales (les fameux « toutologues ») qui, au mieux, enfoncent des portes ouvertes, au pire racontent n’importe quoi avec une docte assurance sans évoquer le cas de ceux qui écrivent ce que leurs sponsors leur intiment l’ordre d’écrire. Le juste milieu est toujours mal aisé à trouver. Pour une fois, nous l’avons découvert grâce à un ouvrage collectif (douze contributeurs) publié sous le patronage du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (Cf2R) d’Éric Denécé1.

L’approche méthodologique retenue (du général au particulier) nous parait particulièrement séduisante pour la compréhension d’une problématique tout aussi complexe dans sa mise en œuvre que simple dans son objectif. Elle part d’un constat objectif portant sur « un régime fondé sur une idéologie archaïque et sectaire » (l’Arabie saoudite) pour poursuivre sur « la diffusion du fondamentalisme et de la haine » ainsi que sur « l’exportation du terrorisme… Continuer la lecture

SYRIE : DRÔLE D’ATTELAGE POUR UNE CONSTITUTION…

Peut-on confier à son ennemi le soin de rédiger sa constitution ? La réponse semble être affirmative pour Randa Kassis. Cette opposante syrienne – ancien membre du Conseil national syrien (CNS) – se concentre, depuis un an sur la rédaction d’une nouvelle constitution pour la Syrie. Elle s’est elle-même confiée cette mission après avoir été exclue des négociations de Genève dirigées par le représentant spécial de l’ONU sur la Syrie Staffan de Mistura.

En fait, les Russes ont décidé de lâcher cette personnalité controversée au profit de Jamil Qadri. Chef de file du groupe dit « de Moscou », cet ancien ministre de Bachar al-Assad – qui a fait défection durant l’été 2012 – est aujourd’hui dirigeant du Parti de la Volonté populaire et du Front populaire pour le changement et la libération. Ce lâchage est bien compréhensible : en s’autoproclamant unilatéralement rédactrice de la « nouvelle constitution syrienne », Randa Kassis a provoqué une certaine confusion dans l’agenda des négociations menées à Genève. Celles-ci comportent quatre dimensions : transition politique, réformes constitutionnelles, élections et lutte contre le terrorisme. Le fait de privilégier préalablement l’aspect constitutionnel sans tenir compte des autres chapitres de la négociation, ni de l’évolution des rapports de force sur le terrain, a passablement gêné les négociateurs russes, Staffan de Mistura et les autres partenaires du processus d’Astana, les Turques et les Iraniens notamment.

En effet, les premiers travaux de Randa Kassis sur une « nouvelle constitution » privilégient d’abord les revendications de la minorité kurde, allant jusqu’à prévoir l’instauration d’un Etat fédéral, l’autonomie, sinon… Continuer la lecture

IDENTITARISME, RÉFÉRENDUM, SÉCESSION : LE RÉVEIL DES NATIONS ?

« Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau » (Alexis de Tocqueville). Chaque jour, nous redécouvrons la pertinence de cette réflexion de cet avocat, publiciste, magistrat, député, ministre des Affaires étrangères du XIXe siècle, auteur de La démocratie en Amérique. Comment mieux illustrer ce jugement qu’en se référant à deux exemples aussi concrets qu’actuels ? « Cinq mille kilomètres séparent Erbil, la capitale de la Région autonome du Kurdistan irakien, de Barcelone, celle de la Communauté autonome de Catalogne. Mais la plus importante différence n’est pas la distance mais la géographie. La Catalogne est située dans une Europe en paix, le Kurdistan irakien dans un monde en guerre. Pourtant, les deux ont un point commun : une volonté affichée par certains de passer de l’ autonomie à l’indépendance »1. Cette problématique, longtemps délaissée du champ de la réflexion des relations internationales, est toujours présente dans le panorama du monde contemporain. Nous y avons consacré une courte réflexion sous l’angle de la question connexe de l’intangibilité des frontières en 20152. C’était, il y a presque deux ans déjà ! Faute d’un traitement adéquat, elle refait son apparition dans un contexte paroxystique en Irak et en Catalogne. Le ver est désormais dans le fruit et le problème risque malheureusement de se poser ailleurs et plus vite qu’on ne le pensait.

DU PARTICULIER : IRAK ET CATALOGNE…

Comme souvent de nos jours, la sidération l’emporte sur la connaissance et l’anticipation de signaux faibles. Ces deux exemples présentent de nombreuses similitudes et… Continuer la lecture