Observatoire Géostratégique

numéro 222 / 18 mars 2019

Humeurs

Humeurs du 16 mars 2015

Sacré Vaillant, sacré métier !

L’écrivaine Marie-Noël Rio publie ces jours-ci une sélection des reportages du grand écrivain communiste Roger Vaillant, sous le titre – Sacré métier ! – aux éditions Le temps des cerises. Plusieurs de ces articles concernent les Proche et Moyen-Orient. Madame Rio nous a autorisé de publier celui-ci et nous l’en remercions chaleureusement :

COCA-COLA, RITA HAYWORTH ET READER’S DIGEST À LA CONQUÊTE DE L’ÉGYPTE

Les Anglais conquirent naguère l’Orient par des méthodes désormais classiques, mais déjà démodées. On connaît le principe : ils s’attachèrent les classes dirigeantes, pachas égyptiens, chefs nomades ou maharajahs hindous, en mettant à leur disposition, pour la défense de leurs privilèges, l’appui de la flotte et de l’armée britanniques, et, à l’occasion, tout le poids de la livre sterling. […]

L’arme américaine employée aujourd’hui est plus subtile, c’est ce qu’on appelle l’influence culturelle. La fabuleuse expansion du coca-cola dans les pays arabes est la plus grosse et la plus visible réussite de l’influence culturelle yankee dans le Moyen-Orient.

COCA-COLA ROI

Coca-cola comme chacun sait est une sorte de soda assaisonné de kola. Coca-cola ne contient pas d’alcool, ce qui constitue un préjugé favorable à sa réussite dans les pays musulmans, où la loi coranique interdit l’usage des boissons fermentées. […]

Les classes riches furent les premières à adopter coca-cola. D’abord parce qu’on peut le boire directement (une bouteille par personne), soit au goulot, soit avec une paille introduite dans le goulot ; or les riches Egyptiens qui vont souvent… Continuer la lecture

Humeurs du 9 mars 2015

Yémen. Les dernières nouvelles de demain…

Il y a tout juste trente ans, le Yémen était deux. Celui du Nord était capitaliste, celui du Sud était communiste. Avant garde de la pérestroïka de Moscou, les camarades d’Aden voulaient s’ouvrir au monde. Les conservateurs s’y opposaient farouchement. Un jour, en pleine réunion du Comité central les pistolets prirent la parole.

Immédiatement, la ville s’embrase, l’armée se divise et s’affronte. Aden est à feu et à sang. La bataille dure une semaine, le temps d’épuiser les stocks de munitions. Dix, vingt, trente mille morts ? Qui les a comptés ? Ils étaient tous yéménites. Pas un seul étranger. Devant l’aéroport où étaient retranchés des Français, un capitaine de blindé cria dans la radio « cette guerre ne regarde que nous » , et les belligérants allèrent se faire tuer plus loin.

A l’ambassade de France, les provisions étaient abondantes, mais l’eau était coupée, alors celle des climatiseurs fut récoltée. Un soir, à la faveur d’un cesser le feu précaire, la petite colonie étrangère de quelques centaines d’européens se rassembla sur une plage. Les forces spéciales britanniques réussirent à les recueillir sur le yacht de sa gracieuse majesté le Britannia qui par un singulier hasard croisait dans les parages. Puis, au large, les Français furent transférés sur le Jules Verne qui alla les débarquer dignement à Djibouti. L’épisode diplomatique n’était pas glorieux, mais l’honneur tricolore était sauf.

Les choses rentrèrent dans l’ordre. Les staliniens avaient gagné. Le Kremlin entérina la victoire des… Continuer la lecture

Humeurs du 2 mars 2015

Médiapart : les Bobos et les Frères…

S’il est pour ses disciples un maître, notre confrère Edwy Plenel est quoiqu’il arrive, un mètre. Celui qui sert à mesurer la modernité, la justesse d’une cause : le directeur de Médiapart est l’homme du temps. Un as de la pensée à la mode. Quand, face à Yann Barthès son interlocuteur de Canal Plus, je l’entends lancer une déclaration affectueuse à l’adresse de Tariq Ramadan (14), je me doute qu’il est en train de se passer quelque chose. Donc d’important puisqu’Edwy ne roule pas à l’ordinaire : « Avec Ramadan, même si nous avons des divergences, nous devons fonder une maison commune »…

Voilà, les plans sont tracés et le ciment va tenir bon entre les fils de Trotsky, comme l’est Plenel, et la Confrérie des Frères Musulmans, dont Ramadan est le diamant en Europe. Quel rapport établir entre les idées de Léon qui n’avait jamais assez d’un couteau entre les dents et d’un anarchiste à fusiller pour être heureux et les frères qui prêchent un islam rigoriste et l’asservissement des fidèles ? Sans doute l’amour de l’ordre et de l’organisation de type militaire…

Entre Edwy et Tariq, la passion est si forte qu’elle voyage. Le 15 mars, sous l’égide de Ramadan alors que va se tenir au Qatar le forum du Cile qui – interdit de rire- porte sur les « Dilemmes éthiques contemporains », le directeur de Médiapart va donc prendre la parole pour édifier… Continuer la lecture

Humeurs du 23 février 2015

L’ÉQUATION EGYPTIENNE…

Les tonitruants cocoricos ne doivent pas couvrir les murmures et les chuchotements que suscite l’exploit de la vente de 24 Rafale et de la frégate Normandie à l’Égypte. Cinq mois se sont écoulés entre la proposition et la signature du contrat. C’est du jamais vu dans le secteur de l’armement où les délais habituels se comptent en années. En tout état de cause, la livraison, la mise en place des équipes de maintenance, la formation des premiers techniciens et pilotes ne pourront se faire avant plusieurs mois. Le soutien d’une frégate réclame plusieurs équipages de 150 marins entrainés et des centaines de techniciens à quai. Le Rafale impose la mobilisation de plusieurs dizaines « d’orfèvres » par appareil. Il faudra beaucoup de temps pour les former. Quelles que soient les qualités opérationnelles de la première armée d’Afrique, ce n’est pas demain la veille qu’elle maîtrisera en solitaire ces systèmes de très haute technologie.

Cette opération commerciale à marche forcée traduit une fébrilité de temps de guerre. Elle s’inscrit d’évidence dans la perspective d’une offensive de l’Égypte en Libye dont il reste à deviner l’agenda. Elle marque enfin un engagement politique, prélude possible à une extension des opérations extérieures de la France sous couvert du pavillon Égyptien. Echaudé par les conséquences désastreuses de l’équipée BHL/Sarkozy en 2011, Paris hésite à s’aventurer au delà des frontières du Tchad et du Niger. Pourtant, la Libye est sur le point de tomber entièrement sous la coupe du Calife du Levant.… Continuer la lecture

Humeurs du 16 février 2015

CHEIKH MAKTOUM CONTRE DAE’CH

Voici six mois que les insurgés d’Irak et de Syrie ont conquis un territoire dont la surface, la population et les ressources surpassent désormais la plupart des Etats arabes. Voici trois mois que la communauté internationale coalisée dans une formidable armée aérienne bombarde les positions terroristes. Sans résultat. Les hordes sauvages du calife sont toujours à l’offensive pendant que les armées régulières semblent incapables de les repousser, ni même de les contenir.

Bien qu’il soit difficile d’évaluer la réalité du terrain faute d’observateurs de la presse libre et en raison de la formidable propagande de guerre, le déséquilibre des forces qui s’affrontent est sidérant. D’un coté une poignée de milliers de jihadistes équipés d’armes légères montées sur des Toyota blanches, quelques blindés et des missiles filoguidés, l’ensemble bénéficiant d’un soutien logistique impressionnant servi par des filières invraisemblables de contrebandiers. De l’autre, des armées de professionnels : près d’un demi million d’hommes conseillés par la fine fleur des forces spéciales occidentales, appuyés par des dizaines de satellites, drones, hélicoptères, Tornado, F16, Rafale, missiles de croisière….

Pourtant, les barbus consolident leurs positions et menacent toujours Bagdad. Devant eux, une partie de la population fuit ; celle qui reste se soumet à l’ordre nouveau purifié de toutes les tares de l’ancien régime. La corruption, le clientélisme et l’injustice disparaissent, sans doute momentanément. La Charia impitoyable frappe distinctement. Avant de se retirer des villes conquises, les combattants du calife restaurent l’administration épurée et s’en retournent à leur croisade d’éradication… Continuer la lecture