Observatoire Géostratégique

numéro 260 / 9 décembre 2019

Humeurs

Humeurs du 11 mai 2015

Mare Nostrum, Triton et après…

Au moins 400 migrants disparus le 12 avril dernier, 40 noyés le 16 avril, l’évaluation de 700 morts dans un nouveau naufrage le 19 avril… Le printemps 2015 restera marqué par ces drames à répétition, une « hécatombe jamais vue en Méditerranée » selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Depuis plusieurs années, l’Italie presse pourtant ses partenaires européens de renforcer l’opération « Triton », coordonnée par l’agence européenne pour la surveillance des frontières (Frontex), celle-ci ne disposant que de faibles moyens. Un sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement a eu lieu le 23 avril dernier à Bruxelles pour étudier une réponse approprié à cette situation. Mais « est-on dans le bon format ? », se demande l’un des officiers supérieurs de la Marine italienne…

Face à une situation qui empire, avec 35 000 personnes qui ont traversé la Méditerranée depuis le début de l’année et au moins 1 600 victimes – selon le HCR -, les responsables européens cherchent encore ce « bon format » qui ne se réduit pas seulement à plus grande présence des Européens en mer ainsi qu’à un partage mieux répartis de l’accueil des migrants et des réfugiés.

Au-delà des bonnes intentions, un plan en 10 points anticipe la « stratégie » que devrait présenter la Commission de Bruxelles ces prochains jours. Le renforcement de l’opération de surveillance des frontières Triton reste à l’ordre du jour, avec un doublement des moyens alloués à… Continuer la lecture

Humeurs du 4 mai 2015

Tunisie, la révolution n’est pas finie…

Au premier coup d’oeil Tunis a changé. La circulation a perdu ses agents siffleurs et ses sens interdits, le code de la route semble avoir été aboli. Chacun se débrouille avec civilité. Le long des avenues des palmiers décapités dressent leurs troncs interminables vers le ciel. On me dit que les arbres sont victimes d’une bestiole qui leur mange le cœur. La population pleure cette malédiction qui menace aussi les oliviers centenaires, les jasmins, les figuiers… C’est le début de la fin du monde ! Comme pour conjurer le sort, la foule fébrile grouille et s’affaire dans tous les sens. Elle est méconnaissable.

Le fantôme dévoilé de Bourguiba

Les Belphégor, les femmes en noir, les bâchées qui attristaient la rue hier encore ont toutes disparu. Les barbus se sont rasé, les sandalettes et les sarouals de Pachtouns sont passés de mode. Travestis de blanc, quelques islamistes furtifs rasent les murs. Inouï ! Au Kram, dans la banlieue de Tunis, on croise moins de créatures voilées qu’à Rambouillet. Certes, la plupart des filles couvrent leurs cheveux d’un fichu de couleur, mais la taille est galbée et les jeans moulés. En quelques mois, la rue tunisienne s’est métamorphosée. L’attentat du musée du Bardo a douloureusement choqué la population. L’opinion a subitement basculé dans la défiance et l’hostilité ouverte envers l’islamisme.

C’est la réincarnation du modèle séculier d’antan. Bourguiba est de retour. Sa pensée assassinée il y a trente ans, ressurgit comme l’idéal d’une société tolérance,… Continuer la lecture

Humeurs du 27 avril 2015

Les leçons du bon docteur Mohanna

Le docteur Kamel Mohanna est président-fondateur d’Amel (Association international coordinatrice du réseau des ONGs arabes et libanaises). Amel est une organisation non-gouvernementale, civile et non-confessionnelle établie au Liban en 1979 pendant la guerre civile et l’occupation israélienne du Sud Liban. A travers ses 24 centres, 6 cliniques mobiles et ses 700 employés, Amel est engagée dans des activités reliées à la santé, l’éducation, la protection de l’enfance, la formation professionnelle, la santé mentale, le développement rural et les droits de l’homme. Ses programmes ciblent les populations marginalisées dans toutes les zones du Liban, sans discrimination de nationalité, d’opinions politiques ou d’appartenance religieuse.

Amel s’illustre dans une région où les divisions confessionnelles, politiques, sociales et économiques sont légion. Malgré ces difficultés, elle refuse de sombrer dans le pessimisme, adoptant les mots de Nelson Mandela : « L’Action sans la vision signifie perdre du temps, la vision sans l’action n’est que rêve mais la vision avec l’action peut changer le monde ». Depuis des années, cette organisation diffuse « la pensée positive et l’optimisme permanent » et son travail est guidé par les 3Ps « Des principes qui définissent une Position que nous mettons en Pratique », explique le Dr Mohanna, « prouvant que la société civile libanaise est tout à fait capable de construire son propre futur ».

Premièrement, Amel est capable d’assurer plus de 53% de ses financements à travers la participation des bénéficiaires, les revenus des frais de location de ses propriétés… Continuer la lecture

Humeurs du 20 avril 2015

Au Yémen, le ciel risque de nous tomber sur la tête !

Saada ressemble au village d’Astérix, le Yémen à la Gaule et les Houtistes aux Bretons. Depuis dix ans, tout a été tenté pour domestiquer ces irréductibles arabes. Al Qaïda a lancé des assauts en Toyota. Elle s’est cassé les dents. Les obus saoudiens ont pilonné à tout va. Sans résultats. Enfin, confondant Houtistes et Jihadistes, les drones américains ont accumulé les bavures. En France, rares sont ceux qui ont entendu parler de ces batailles entre Goliath et les Lilliputiens. Les ennemis acharnés des Houtistes sont – tenez-vous bien – : Al Qaïda, Daech, les monarchies du Golfe, et pour faire bonne mesure, les Etats-Unis et Israël. Ils sont fous ces Houtistes !

Le mois dernier, ils ont marché sur la capitale Sanaa et provoqué la fuite de tous leurs dirigeants incompétents lesquels se sont empressés d’appeler à l’aide leurs comparses étrangers au nom de la légitimité internationale. Immédiatement, les rois du pétrole ont rassemblé leurs légions pour aller châtier les insurgés.

La guerre de César

Sans consultation de l’ONU ni préavis, le roi Salman d’Arabie a attaqué le Yémen. Son aviation a neutralisé les aéroports et prit le contrôle de l’espace aérien ; sa marine a bloqué tous les ports de la mer rouge et de l’océan indien. Toutes les infrastructures essentielles ont été bombardées. Aden, seconde ville du pays, 800 mille habitants est coupée du monde, elle manque d’eau, de… Continuer la lecture

Humeurs du 13 avril 2015

Après Lausanne…

Les résultats obtenus le 2 avril à Lausanne par le groupe dit P5+1 (les cinq membres du Conseil de sécurité plus l’Allemagne) et l’Iran marquent un temps décisif dans le long processus initié en 2012 par les premiers contacts noués entre Américains et Iraniens sous l’égide du Sultan d’Oman. Ce processus avait ensuite été impulsé par « le Plan commun d’action » adopté par les sept parties prenantes le 24 novembre 2013. Ce document fixait la méthode, les mesures de mise en confiance et les objectifs de la négociation de fond qui allait s’ouvrir pour parvenir à un accord durable et complet sur la question du programme nucléaire iranien.

Les formules qui viennent d’être trouvées à Lausanne ont fait sauter un certain nombre d’obstacles sur la voie d’un tel accord, faisant enfin jaillir la lumière au bout du tunnel. Ce résultat a été atteint au prix d’efforts exceptionnels venant au premier chef des délégations américaine et iranienne. Il peut être en particulier salué comme un succès pour l’équipe américaine, conduite par John Kerry qui a beaucoup donné de sa personne. Les diplomates américains ont mobilisé en cette affaire toute leur persévérance, leur imagination, leur capacité d’initiative pour parvenir à forcer les résistances iraniennes et emporter les résultats que l’on connaît.

Dans le même temps, un analyste doit la vérité à ses lecteurs. Deux documents émergent comme la partie visible de l’accord. Le premier est une déclaration commune lue successivement par la Haute représentante de l’Union européenne, Federica… Continuer la lecture