Observatoire Géostratégique

numéro 179 / 21 mai 2018

Humeurs

BONNE ANNÉE MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Permettez à l’humble et modeste citoyen que je suis de vous souhaiter en cette promesse de l’aube, Monsieur le Président de tous les Français, une bonne et joyeuse année 2018 !

La France, que vous dirigez d’une main de maître, ne se reconnait plus depuis votre prise de fonctions en mai 2017 à la tête du paquebot France. Contrairement à vos prédécesseurs, vous parvenez à la transformer (vous avez banni de votre langage le mot « réforme », trop connoté XXe siècle). Vous avez réussi l’exploit de remettre la République en marche. Votre jeunesse et votre dynamisme y sont pour quelque chose. Les succès sont au rendez-vous tant sur le plan intérieur qu’extérieur. La croissance revient. Le chômage se stabilise. Le sacro-saint droit du travail est modernisé. L’opposition est chloroformée. Les syndicats sont dépassés. Le mouvement social est épuisé. La moralisation de la vie publique est en route.

Nombreux sont les autres chantiers de modernisation (éducation, immigration, justice) que vous avez lancés. Après un tassement durant l’été, votre cote de popularité est de nouveau au zénith. Sur la scène internationale, vous êtes l’objet de toutes les curiosités. Vous tancez un jour Donald (sur le climat et sur Jérusalem), un autre Vladimir (sur l’Ukraine) et Bachar (sur ses massacres). Vous livrez votre vision de l’Europe à la Sorbonne. Vous faites l’éloge du multilatéralisme à New-York et vous faites celle de notre douce France devant la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg.

Vous enterrez définitivement la Françafrique à Ouagadougou. Vous tournez le dos… Continuer la lecture

AMBASSADES DE FRANCE EN ARABIE SAOUDITE ET TUNISIE : GRAND CAFOUILLAGE !

Billet de notre ami Hedy Belhassine, publié en novembre 2016 et censuré sans explication par Médiapart, avant d’être remis en ligne en septembre 2017.

La rédaction

 

Un ambassadeur infatué de ses médiocres talents et paraissant atteint du syndrome de Stockholm est rappelé d’Arabie pendant qu’à Tunis, un autre à peine nommé collectionne les gaffes. Décidément le cafouillage de la diplomatie arabe de la France est une irréductible constante.

Partage

À Riyad en Arabie, chaque lundi soir, un petit groupe de Français se retrouve au « ciné-club ». C’est un local improvisé dans une villa car il n’y a pas de salle de cinema publique au pays des salafistes. À l’affiche de cette semaine « Made in France ». C’est l’histoire  d’un journaliste musulman qui infiltre les milieux intégristes de la banlieue parisienne… Pas vraiment de quoi distraire les expatriés cinéphiles de leur train-train quotidien. Mais depuis quelques mois, ils ont pris l’habitude de se rassembler après la projection autour d’un chawarma pour commenter non pas le film, mais les derniers épisodes d’un conflit social qui agite et gangrène le moral de la petite communauté française en Arabie Saoudite.

LES IMPAYES DE HARIRI

L’affaire a commencé il y a un plus d’un an par la lente déconfiture de Saudi Oger, un géant du bâtiment et des travaux publics dont les 38 000 salariés ont d’abord été payés partiellement, puis avec retard, enfin plus du tout. Parmi eux environ 250 Français : des techniciens et des ingénieurs installés avec leurs familles. Au début, ils ne se sont pas vraiment inquiétés.… Continuer la lecture

ONE PLANET SUMMIT  OU LA DIPLOMATIE DU MIRAGE…

« On nous cache tout, on nous dit rien ». Tel était le refrain d’une chanson de Jacques Dutronc datant de 1967. Décidément, rien n’a changé depuis la fin des années 1970 alors que nous vivons dans une société de la transparence et de l’infobésité. Candidement, nous avions cru que la planète s’orientait désormais vers un réchauffement de 2°C après le succès historique de Laurent Fabius (Laurent Gaffius) à la COP21 le 12 décembre 2015. Or, que vient-on nous dire aujourd’hui ?

Que la tendance serait plutôt de l’ordre de 3,5°C. Naïvement, nous avions cru en la promesse d’un engagement financier d’un montant de 100 milliards d’euros des pays du Nord en faveur des pays du Sud pour les aider à opérer leur transition énergétique. Or, que vient-on nous dire aujourd’hui ? Que nous sommes loin du compte avec des engagements effectifs de 25 milliards d’euros. Mais, c’est la faute à l’Oncle Donald. Innocemment, nous avions cru que les grands pays pollueurs de la planète avaient été a quia lors de la COP21. Or, que vient-on nous dire aujourd’hui ? Qu’il existe un fossé abyssal entre les paroles et les actes. Que croyez-vous qu’il arrivât ?

Comme dans la chanson d’Henri Salvador, Zorro alias Macron Jupiter (maître de la foudre et des éclairs) est arrivé avec son grand sommet, ses belles déclarations (le climat est « l’un des combats majeurs de notre temps »), ses entretiens avec le Monde ou avec CBS (l’acteur est parfait). Il entend verdir la finance internationale en réunissant… Continuer la lecture

ALGER : QUELLE PAGE VOULEZ-VOUS TOURNEZ, MONSIEUR MACRON ?

ALGER : QUELLE PAGE VOULEZ-VOUS TOURNEZ, MONSIEUR MACRON ?

Montréal, 9 décembre

Mais qu’est-ce que cette manie qu’ont les présidents français post-indépendance algérienne de vouloir déambuler dans les rues d’Alger ou d’autres villes algériennes lors de leurs déplacements officiels ? Veulent-ils tous revivre l’épopée de Napoléon III découvrant, au 19e siècle, son « royaume arabe » ? Sont-ils tous des nostalgiques des bains de foules du général De Gaule qui, en 1958, prononça les célèbres « Je vous ai compris ! » ou, pire encore, « Vive l’Algérie française ! » ? Ou bien aiment-ils tant les « youyous » et les confettis tombant par poignées des balcons ? A-t-on déjà vu un président algérien paradant sur les Champs-Élysées, acclamé par une foule française lui souhaitant la bienvenue ?

Le président Macron n’a donc pas dérogé à la règle lors de son récent et court voyage à Alger, histoire de pérenniser ce qui est désormais devenu une tradition franco-algérienne, malheureusement unilatérale. Youyous, confettis et bain de foule étaient bien évidemment au rendez-vous de ce mercredi 6 décembre, ensoleillé pour l’occasion.

Il alla spontanément à la rencontre de cette population algéroise. Quelques enfants facétieux, hauts comme trois pommes, lui servirent un « One, two, three, viva l’Algérie ». Un adulte lui souhaita la bienvenue en précisant « nous sommes un seul peuple, le peuple français et le peuple algérien ». Tiens donc, des vestiges de la période coloniale ? Ce monsieur aurait-il lu la déclaration de l’écrivain Boualem Sansal [1] « L’Algérie, c’est la France, et la France,… Continuer la lecture

OPERATION MAINS PROPRES EN ARABIE

En Arabie la justice ne connaît que deux sentences : le sabre ou les oubliettes. Exceptionnellement, elle consent au pardon contre le paiement « du prix du sang ». Quel sera le sort des emprisonnés du 4 novembre déjà oubliés des médias ? Ils sont une dizaine de Princes et de ministres, autant de multi milliardaires, deux centaines de millionnaires…

Le jugement de cour sera équitable si l’on en croit le monarque héritier qui a promis à ses sujets l’égalité de tous devant la loi. Mohamed Ben Salman a t-il lu les fables de la Fontaine et l’histoire de la Révolution Française ? A-t-il entendu certains théologiens de l’islam proclamer la compatibilité du Coran avec les principes fondamentaux des droits de l’Homme ? * L’arrestation de princes et d’ultra riches est une révolution dans cette région où les puissants ont toujours bénéficié d’une impunité totale. 

Tous les observateurs ont été sidérés par l’audace de la mesure royale ; d’aucun se demandant si la « purge » était un règlement de comptes entre « gens d’en-haut » ou une épuration exemplaire marquant l’abolition des privilèges. Nul n’ose croire que l’Arabie Saoudite est en train de s’ouvrir à la Justice « al adala ». Si par extraordinaire, cela était, alors les foules qui rejoindront le Prince Mohamed Ben Salman déborderont les frontières de son royaume.

En attendant, le coup de filet de Riyad savamment orchestré dans son organisation et sa communication a provoqué une jubilatoire adhésion populaire dont les précédents sont à rechercher dans les profondeurs de la mémoire arabe avec les souvenirs d’un Nasser ou d’un Bourguiba, idéalisés par… Continuer la lecture