Observatoire Géostratégique

numéro 191 / 13 août 2018

Humeurs

MONTRER L’HORREUR ?

Cette semaine, nous ne pouvions ignorer la polémique ayant ciblé Le Media (web-télé proche du parti La France insoumise) qui a refusé de diffuser des images de la guerre civilo-globale de Syrie. Un choix éditorial : quelle arrogance !

Aussitôt, tous les médias bien-pensants sont tombés à bras raccourcis sur la web-télé d’informations alternatives, nourrissant une disputio métaphysique, le genre de controverses dont les médias parisiens raffolent. Bulletin récidiviste de bien-pensance, Courrier International a même fait sa couverture avec un grand titre de Une : « Pourquoi il faut montrer l’horreur – Les images de la guerre en Syrie relancent le débat sur la représentation de la violence dans les médias ». Inévitablement, on a droit à tous les poncifs de la « profession » : « une image est une preuve », « pour une éthique du regard », « le métier de choisir », « donner à voir l’indicible », etc., etc. Peut-on tout montrer ? Courrier international « répond oui », sans la moindre nuance, ni explication…

L’image est-elle toujours une preuve ? Notre réponse est non ! Chaque image (photo, vidéo, croquis, etc.) s’effectue à partir d’un point de vue, d’une « instance », expliquait Michel Foucault, une instance qu’il s’agit toujours de préciser et d’expliquer. Et il ne suffit pas d’indiquer vaguement la source (espace et temps), mais il conviendrait aussi de mentionner les moyens techniques engagés et le diffuseur. L’une des sources redondantes des événements de Syrie, abondamment citée par la plupart des médias occidentaux, n’est autre que l’Observatoire syriens des droits de l’homme (OSDH). Et les répétiteurs-péroquets de cette… Continuer la lecture

SYRIE-CENSURE : LE TEMPS DE LAUSANNE  RECIDIVE…

Le quotidien lausannois Le Temps récidive dans la censure et l’auto-satisfaction. En novembre dernier, cet organe de la bien-pensance locale, régionale et globale avait déjà mené une calomnieuse campagne contre le Club suisse de la presse, afin d’empêcher la tenue d’une table ronde sur la pseudo-ONG – Les Casques blancs – création des services spéciaux britanniques au service des jihadistes d’Alep et de la Ghouta. La semaine dernière, Le Temps de Lausanne a remis le couvert en censurant une tribune co-signée par Gabriel Galice (président du GIPRI), l’écrivain Michel Raimbaud (ancien ambassadeur de France) et l’auteur de ces lignes. Le petit censeur aux ciseaux de bois s’appelle Frédéric Koller. Parfait inconnu, ce petit chien de garde se présente comme le « responsable des pages Débats et Opinions ». Il se défend de toute censure au nom de « critères professionnels » qu’il ne précise pas. Comme disait George Orwell, « la guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force ». Nous reproduisons l’intégralité du texte censuré.

REGARD DIFFERENT SUR LA GHOUTA

Un déluge de dénonciations, condamnations, indignations ! Une fois encore « Le boucher de Damas massacre son peuple, gaze sa population ». Derrière cet écran de fumée, le scandale, aux yeux des plaignants, est que l’Etat syrien reconquiert du terrain sur les groupes terroristes, indigènes ou exotiques, appuyés par « les occidentaux » et leurs alliés du Golfe http://content.time.com/time/world/article/0,8599,1571751,00.html .

Militaires, conseillers spéciaux, humanitaires, journalistes s’entrecroisent, se congratulent, se consolent difficilement les uns les autres.

Le citoyen ordinaire n’aura pas lu le texte… Continuer la lecture

GHOUTA : DEFENSE DU MEDIA !

De l’école il me reste quelques souvenirs fondamentaux. Ainsi l’eau bout à cent degrés, la boussole indique le nord, le chameau blatère, le mètre étalon en platine iridié digère son avoine au Pavillon de Breteuil et la phtaléine du phénol est un révélateur. Le révélateur ? Parlons en puisque « Le Média » vient d’être trempé dans un bouillon de phtaléine, et que ça révèle, ça révèle ! Pire qu’un article de Plenel, ce qui n’est pas peu dire. Oui mais quoi ? Eh bien la vraie nature des bons apôtres qui protestent et se dé-socio-alisent du « Média », au prétexte que son correspondant à Beyrouth, Claude El Khal, a refusé de passer des images de la Ghouta en Syrie, renvoyant dos à dos les propagandistes des deux camps. Et, pour avoir très longtemps respiré la poudre du Moyen Orient, je pense qu’il a eu raison.

« Le Média » ne montre pas la guerre ? Et alors ? Quelle est donc la mécanique qui fâche si violet (la couleur de la phtaléine), nos amis « socios » d’hier et aujourd’hui indignés ? Non pardon pour le synonyme, ils ne le sont plus, je voulais dire meurtris ? Ce qui les blesse c’est de ne point voir couler le sang dans les caniveaux de la Ghouta. Car ces « « blessés » ont là-bas des amis, dits « Casques Blancs », qui s’y entendent en production à l’hémoglobine. Que la Syrie du « clan Bachar » – ce qui commence à faire pas mal de monde – reçoive des mortiers en guise de coup de peigne ? Ce n’est pas grave,… Continuer la lecture

RONY BRAUMAN : L’HUMANITAIRE INTELLIGENT !

« L’objectif de la guerre est une meilleure situation de paix » (Michael Waltzer). Il arrive, fait rarissime pour être souligné, de découvrir dans le flot de livres assommants et « mainstream » fraîchement publiés, la pépite qui vous réconcilie, un temps du moins, avec les écrits contemporains. Tel est le cas du petit opuscule (126 pages) publié aux éditions textuel en ce début d’année 2018 par Rony Brauman sous le titre « Guerres humanitaires ? Mensonges et intox »1 dont la lecture rafraichissante vous fournit un véritable moment de bonheur par sa clarté et par sa lucidité. L’entretien, que l’auteur accorde à Renaud Girard grand-reporter au Figaro, complète utilement notre lecture2. Précisons pour nos lecteurs que, bien que le récit se présente sous forme d’un entretien avec Régis Meyran, il relève à l’évidence de la catégorie des essais.

Organisé autour de six parties (concept de guerres « justes » ; des « faits alternatifs » comme justification de la guerre – le cas de la Libye – ; Somalie, la première guerre humanitaire ; Kosovo, une guerre injuste justifiée sur le plan moral ; Afghanistan, Irak, deux guerres « pour la civilisation ; le droit humanitaire international, une utopie juridique et une rhétorique de pouvoir), l’ouvrage est plaisant à lire tant par sa clarté et son réalisme que par l’humilité de l’auteur qui reconnaît, à plusieurs reprises s’être fait intoxiquer par les médias dans son analyse d’une situation déterminée. Suffisamment peu fréquent pour être signalé à l’ère de nos chers « toutologues… Continuer la lecture

LES RÊVES DU PROFESSEUR FILIU…

À l’heure où nous assistons à une recomposition géopolitique importante au Proche et au Moyen-Orient, tous ceux qui sont avides de comprendre ce qui se passe dans cette région se précipitent sur tous les articles de spécialistes1, sur tous les ouvrages « d’experts » sur le sujet. Cela tombe très bien l’historien, Jean-Pierre Filiu nous livre sur trois cents pages ses réflexions profondes sur ce que l’on a coutume de qualifier par les termes de « révolutions arabes ». Qui de mieux placé que cet arabisant, ex-diplomate (il ne le mentionne plus), professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po Paris, après avoir enseigné à Columbia (New York) et à Georgetown (Washington) pour éclairer notre lanterne de béotien avec un ouvrage fouillé, d’aucuns diront touffu !

Le titre accrocheur est tout un programme : « Généraux, gangsters et jihadistes »2. L’éditeur nous avertit : « cet ouvrage qui fera date… ». Rappelons que cet ouvrage n’est que la suite d’une longue série publiée tout au long des dix dernières années sur sa zone de prédilection. L’homme n’est pas avare d’analyses plus pertinentes les unes que les autres… surtout dans l’erreur.

Cet ouvrage de la plume d’un universitaire averti nous entraîne dans un voyage qui nous ramène jusqu’au au XIIIe siècle pour tenter de comprendre les convulsions actuelles du monde arabe. La thèse principale de l’auteur développée dans son épais volume peut se résumer simplement. Il suffit pour cela de se rapporter à la quatrième de couverture qui en présente la… Continuer la lecture