Observatoire Géostratégique

numéro 205 / 19 novembre 2018

L’envers des cartes

BARNUM MÉMORIEL : DOUBLE CONFUSION, DOUBLE PEINE…

« Parce qu’un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » avait coutume de dire le maréchal Foch. C’est vraisemblablement de cette maxime dont Jupiter s’est largement inspiré pour entreprendre son exercice « d’itinérance mémorielle » au début du mois de novembre 2018 dans l’Est et le Nord de la France1. Exercice conclu en apothéose à Paris par les célébrations du centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, la grande « boucherie » du début du siècle dernier (10 millions de morts)2. Le président de la République a délaissé un temps l’atmosphère agitée et délétère du microcosme parisien pour retrouver la sérénité et le recueillement des cimetières et des monuments aux morts de la province (les « Territoires », terme impropre mais consacré dans le langage du monde nouveau)3. Mais, chassez le naturel, il revient au galop.

En dépit de son souhait de s’en tenir à la stricte commémoration des batailles d’hier, Emmanuel Macron est invariablement rattrapé par ses bourdes à répétition du moment. Avec bonheur, il tombe à pieds joints dans les pièges qu’il a lui-même armés. Emmanuel Macron n’est-il pas le meilleur ennemi d’Emmanuel Macron ? Un siècle après, ne s’est-il pas lourdement trompé de combat ? Si l’on veut résumer en quelques mots cette semaine riche en évènements conjuguant passé très glorieux et présent moins glorieux, l’on pourrait dire qu’Emmanuel Macron – volontairement ou involontairement – a excellé dans… Continuer la lecture

DE LA COHABITATION EN AMÉRIQUE !

« Trump est-il foutu ? ». Ainsi, l’Obs, hebdomadaire qui peine à comprendre qu’il est difficile d’être et d’avoir été1, présentait les élections de mi-mandat du 6 novembre 2018 aux États-Unis avant la tenue du scrutin2. Après le temps des certitudes de l’élection d’Hillary Clinton à la présidence du pays, il y a deux ans, nos courageux folliculaires de ce tabloïd boboland, version caviar de gauche, utilisent désormais le conditionnel. Qu’en est-il en vérité après les élections ? Même si Donald Trump doit céder la chambre des représentants au parti démocrate – ce qui ne constitue pas une énorme surprise -, il conserve néanmoins le Sénat à l’issue de multiples scrutins ayant enregistré une participation record.

Le moins que l’on puisse dire est que nous n’avons pas assisté à un tsunami démocrate (la fameuse « vague bleue » tant annoncée si ce n’est espérée) mais à une « victoire en demi-teinte » comme cela est souvent le cas deux ans après l’euphorie de la présidentielle3. La chronique d’une raclée annoncée n’a pas eu lieu tant l’Amérique est un État fédéral complexe qui ne se résume pas à la sociologie politique de la côte Est qui nous est plus familière. En effet, deux ans après l’élection de Donald Trump, les démocrates parviennent à reprendre, de justesse, aux républicains une des deux assemblées du Congrès, la Chambre des représentants, détenue depuis huit ans par le parti actuellement au pouvoir à la Maison Blanche4.

En somme, les résultats de cette consultation populaire… Continuer la lecture

DE BRASILIA À WIESBADEN : LA REVANCHE DES PEUPLES…

Le premier numéro de « Diplomatie internationale » (« Le Magazine indépendant des relations internationales »), bimestriel couvrant la période novembre-décembre 2018 titre à sa Une sur « Populiste et Après ? Jusqu’où ira la vague nationaliste ou souverainiste ? » sur fond de photo de Matteo Salvini, vice-Président du Conseil italien. Il agrémente cette accroche médiatique de différents commentaires. « En Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud ou en Asie, le populisme séduit les électeurs déçus ou inquiets face à l’immigration ou la crise » écrit-il fort justement. Et de présenter les différents articles qu’il soumet aux lecteurs à qui l’on raconte aujourd’hui tout et son contraire sur ce phénomène : « Amérique : faut-il prendre au sérieux Trump ? » ; « Orban : l’homme de fer » ; « Brexit : au bord de l’accord » ; « Russie : l’Europe doit-elle se rapprocher de Poutine » ? ; « Turquie : la stratégie d’Erdogan » ; « Espagne : le retour du Franquisme » ; « Inde : Modi ou les pleins pouvoirs » ; « Israël : le projet de Netanyahu » ; « Venezuela : la dérive de Maduro ». Le tout est réhaussé d’une « opinion » de Michel Onfray, l’interdit de séjour dans les médias français pour cause de parler-vrai de parler qui dérange. Tout est dit ou presque sur le développement d’un phénomène qui laisse nos dirigeants déboussolés1.

La question du dégagisme quasi-permanent des partis traditionnels ne cesse de se poser au cours des dernières années, des derniers avec une réelle acuité sans que nos dirigeants bien/mal inspirés ne… Continuer la lecture

POURQUOI LA FRANCE DOIT AVOIR DEUX PORTE-AVIONS !

Avec nos amis du Comité Valmy et d’autres, nous partageons la même critique de la mondialisation contemporaine, de ses effets destructeurs dont l’implosion des Etat-nations ; « la seule démarche capable de permettre une nouvelle libération de la France, passant impérativement par le rétablissement de la souveraineté de son peuple nation ». Sans céder à un militarisme obsessionnel et budgétivore, nous considérons aussi, avec Valmy, que notre pays doit pouvoir assurer sa propre défense – sans l’OTAN -, ni attendre un improbable réveil d’une « défense européenne » qui n’existe pas ! Mardi dernier, à l’occasion du salon Euronaval, la ministre de la Défense Florence Parly a annoncé le lancement du programme du (ou des) futur(s) porte-avions français, conformément à la loi de programmation militaire (LPM 2019-2025).

La rédaction

POURQUOI LA FRANCE DOIT AVOIR DEUX PORTE-AVIONS !

Le 25 septembre dernier, le président de la République a frappé du poing – à plusieurs reprises – sur le pupitre de la 73ème assemblée générale des Nations unies pour défendre le multilatéralisme et rappeler que la France entend peser sur les affaires du monde. Ce discours à l’accent gaullien – dans la filiation de celui prononcé par Dominique de Villepin au Conseil de sécurité le 14 février 2003 contre une nouvelle guerre occidentale en Irak – a été très applaudi et apprécié par une majorité des Etats membres de l’ONU. Mais à ces moments de paroles fortes – qui font la grandeur de notre pays -, il s’agirait maintenant de lier des actes correspondants tout… Continuer la lecture

MERCI POUR CE MOMENT… POPULISTE !

« L’Histoire justifie ce que l’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout » prétend Paul Valéry. Pourtant, les leçons de l’Histoire ancienne et de l’actualité récente ne manquent pas d’intérêt pour celui qui prend le temps de les analyser, de les décrypter. Ce n’est malheureusement pas la tendance actuelle de nos dirigeants murés dans leurs certitudes, nourris à la bienpensance du moment, prompts à manier l’anathème contre tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Nous disposons d’un exemple particulièrement éclairant de ce tropisme avec la chasse lancée contre les « populistes », concept que l’on a du mal à cerner tant il veut dire tout et son contraire.

Au rythme où vont les choses, depuis quelques années, depuis quelques mois, le pire devient possible. Il risque de trouver sa traduction dans deux phénomènes opposés : crépuscule des Dieux (tels notre Jupiter national) et promesse de l’aube (pour le peuple outragé, le peuple martyrisé mais le peuple bientôt libéré). « En France, Emmanuel Macron peut encore compter sur le vide des oppositions et la peur des extrêmes pour tenir. Mais de là à peser sur la marche du monde… »1. Ce que ne veulent pas voir nos dirigeants est que le mal français est plus profond qu’ils veulent bien le dire. Il y a là matière à réflexion, à très sérieuse réflexion.

LE CRÉPUSCULE DES DIEUX : LE BÛCHER DES VANITÉS2

Temps curieux que ceux que nous vivons aujourd’hui, temps faits d’anathèmes et d’excommunications qui… Continuer la lecture