Observatoire Géostratégique

numéro 291 / 13 juillet 2020

L’envers des cartes

CNRS-EDITIONS : LIVRE-EVENEMENT SUR « LA PREVISION » !

En préparation depuis plusieurs mois, la parution d’un livre-événement1 vient d’être heureusement avancée – Covid-19 oblige -. En effet, l’ouvrage arrive à point nommé puisqu’il y est question de prévoir l’avenir des crises au XXIème siècle. « Gouverner, c’est prévoir ! ». On prête souvent la formule à Pierre Mendès-France qui, lors d’un fameux discours devant l’Assemblée nationale – le 3 juin 1953 – avait dit plus précisément : « gouverner, c’est choisir, si difficiles que soient les choix ».

Mais comment prévoir l’avenir d’un monde global, d’un monde VUCA (vulnérable, incertain, complexe et ambigu) ? Un monde marqué par une multiplication d’acteurs et de crises, une redistribution de la puissance, une incertitude stratégique, une ivresse de l’immédiat. En un mot, un monde imprévisible ! Prévoir quoi et prévoir quand ? Dans sa dimension objective et scientifique, la prévision peut-elle penser l’impensable, réduire l’incertitude, dissiper le brouillard du présent pour éclairer la décision politique de demain ? Après le Covid-19, comment anticiper les crises ?

Diplomates, économistes, acteurs du renseignement, universitaires, chercheurs et autres experts croisent – ici – leurs savoirs afin d’inventer les linéaments d’un projet de prévision raisonnable pour les temps qui viennent. Ce livre ambitieux et nécessaire pour dépasser le conformisme de la pensée stratégique est dirigé par le diplomate Paul Dahan, docteur en sciences politiques – chercheur associé au Centre Thucydide de l’université Panthéon-Assas-Paris II. En 2016, il a dirigé un ouvrage remarqué : Diplomates. Dans le secret de la négociation2.

INTENTION HUSSERLIENNE

Fondateur et président de l’IFRI (Institut… Continuer la lecture

EVENEMENT : LES ANTIMEMOIRES DE PIERRE PEAN…

Les mille vies du grand journaliste d’enquête

Le journaliste enquêteur publie ses « Mémoires impubliables » (Editions Albin Michel), une plongée saisissante dans les coulisses de la cinquième République.

En refermant les quelques 650 pages déclinées en 153 chapitres du journaliste Pierre Péan, décédé l’été dernier peu de temps après avoir y avoir mis un point final, le lecteur sait qu’il tient en main un ouvrage hors du commun, un voyage puisé aux meilleures sources dans les enquêtes les plus sensibles de la cinquième République.

« J’ai toujours été très timide, personne ne me croit quand je le dis mais c’est la réalité et j’ai toujours eu beaucoup de difficulté à prendre la parole en public. Combien de fois dans mes rêves me suis-je retrouvé n’ayant plus rien à dire à un auditoire qui attendait ? », confie cet homme de l’écrit, qui faisait d’avantage confiance aux documents secrets qu’à la mémoire sélective et aux mensonges des hommes, qu’il savait pourtant faire parler comme personne.

Les mémoires ou carnets d’un journaliste, ce métier « qui mène à tout à condition d’en sortir » sont pourtant rarement passionnants. Le genre peut entretenir les légendes faisandées d’un Bob Woodward, l’homme qui incarne le mythe d’un cinquième pouvoir (le Washington Post) capable de faire chuter le président Richard Nixon, et qui se retrouve deux décennies plus tard « embedded » dans les marécages de la Maison Blanche tenue par les néoconservateurs, à justifier toutes les dérives de la « guerre mondiale contre la terreur ». Dans un autre registre, celles du Français… Continuer la lecture

LA CHINE PIÉGÉE PAR SON HUBRIS ?

« Détrompez-vous. Les moyens de la Chine sont virtuellement immenses. Il n’est pas exclu qu’elle redevienne au siècle prochain ce qu’elle fut pendant tant de siècles, la plus grande puissance de l’univers. Et des moyens de la France sont eux aussi immenses, parce qu’ils sont moraux. Parce que nous serons les premiers à le faire, nous serons comme un homme qui fait basculer un énorme rocher avec un simple levier parce qu’il a su le placer au point d’équilibre » (Charles de Gaulle)1.

LA BALLADE DU COVID-19

« De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas ». Un grand classique des relations internationales comme des relations amoureuses. Hier encensée, aujourd’hui vilipendée. En quelques mois, en quelques jours, la Chine perd l’aura qu’elle avait su construire patiemment au cours des dernières décennies. Alors que certains prédisaient la fin du régime communiste, comme ce fut le cas de l’URSS après la chute du mur de Berlin, elle est toujours là. Elle a su tirer le meilleur parti d’une globalisation/mondialisation sans règles à son seul avantage (« China First »).

Discrètement, mais sûrement, hier, elle tisse sa toile économique aux quatre coins de la planète. Aujourd’hui, elle entend, ouvertement et sans la moindre retenue, tirer les bénéfices géopolitiques, stratégiques, militaires, diplomatiques de sa puissance (économique) retrouvée. Et, c’est peut-être là que le bât blesse tant la crise du Covid-19 met en exergue les bobards, mensonges2, contre-vérités… d’un régime qui apparaît au grand jour sous son vrai jour,… Continuer la lecture

PALESTINE : VIPERES AU POINT  !

On pouvait s’y attendre, et prochetmoyen-orient.ch l’a écrit à plusieurs reprises : le Covid-19 risquait de relancer et d’amplifier les pandémies politiques et géopolitiques qui sévissent depuis tant d’années aux Proche et Moyen-Orient. C’est fait ! L’hebdomadaire Le Point du 11 mai dernier publie une bien étrange tribune qui va exactement dans ce sens : « Protégeons les Arabes qui dialoguent avec Israël ».

Préambule : « Le Point publie une tribune signée par plus de soixante députés et sénateurs français de droite, du centre et de gauche, anciens chefs de gouvernement, anciens ministres, intellectuels, qui s’engagent contre le virus de la haine en apportant leur soutien aux représentants de la société civile de seize pays arabes qui ont fondé le Conseil arabe pour l’intégration régionale. Celui-ci a pour objectif de tendre la main à Israël et de lutter contre les préjugés en instaurant un véritable dialogue israélo-arabe pour normaliser les relations et mettre fin à toute forme de boycottage ».

La suite de ce texte/tract s’articule autour de sept impostures des plus abjectes, tant elles insultent, à la fois, l’Histoire, l’intelligence et la conscience humaine collective. Imposture : « Ce mot vient du verbe imposer. Or on en impose aux hommes par des actions et par des discours (…). On en impose aux autres, on s’en impose à soi-même. Toutes les manières possibles dont on abuse de la confiance ou de l’imbécilité des hommes sont autant d’impostures. Mais le vrai champ et sujet de l’imposture sont les choses inconnues. L’étrangeté des choses leur donne crédit. Moins elles sont sujettes à nos discours ordinaires, moins… Continuer la lecture

SOMMET DU P5 OU LA DIPLOMATIE DU PÉTARD MOUILLÉ !

« Il ne s’agissait pas d’un de ces ‘pétards diplomatiques’ qui font beaucoup de bruit, mais sont dépourvus d’efficacité » (Robert Schuman, 1964).

« La supériorité des diplomates, c’est d’être borné et de le savoir. Ils ne visent que des objectifs limités dans le champ du possible » (Comte de Saint-Aulaire, 1929). Sans grand risque d’erreur, nous pourrions ajouter que l’infériorité des princes qui nous gouvernent, c’est d’être borné et de ne pas le savoir. Ils ne visent que des objectifs inatteignables dans le domaine de l’impossible.

Ceci explique la multiplication des fiascos diplomatiques de notre président de la République, Kim Jong-Macron depuis sa prise de fonctions, il y a déjà trois ans. Du discours de la Sorbonne (sur la refondation de l’Europe)1 au discours de l’École de Guerre (sur l’autonomie stratégique au regard de l’Union et de l’OTAN)2, le chef de l’État accumule les déconvenues sur la scène internationale avec une constance qui mérite louange. Dans le monde feutré du Quai des Brumes de l’Ancien monde, on qualifiait ces faux-pas de pétard diplomatique.

Ce dernier est au diplomate, ce que le pétard mouillé est à l’artificier.

Aujourd’hui, nous disposons d’un nouvel exemple. Il n’est ni le premier et ne sera pas le dernier tant les m…. volent en escadrilles (Jacques Chirac) dans le monde merveilleux de Jupiter et de sa cohorte de la République en masque. Il s’agit de la proposition de réunion d’un P5 (cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU) par téléconférence pour… Continuer la lecture