Observatoire Géostratégique

numéro 244 / 19 août 2019

L’envers des cartes

UN PETIT TELEGRAPHISTE FRANÇAIS A TEHERAN…

Dans la crise du golfe Persique, Donald Trump continue à souffler le chaud et le froid, comme s’il s’agissait d’une affaire immobilière. Mais ce faisant, le président américain s’est pris lui-même à son propre piège de ne pas vouloir déclencher une opération militaire conventionnelle1, rejetée par son électorat malgré les rodomontades de John Bolton et Mike Pompeo. Ces deux-là ne finiront- ils pas par se faire virer ? Avec cette obsession «  tous contre l’Iran » , Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron , s’est rendu à Téhéran le 20 juin dernier pour y retourner les 9 et 10 juillet.

L’Elysée explique : « le contexte est extrêmement volatil et extrêmement dangereux, c’est pour cela qu’il très important d’explorer les possibilités d’obtenir une pause entre les deux parties », soulignant que cette initiative vise à ramener l’Iran « à ses obligations au sein du traité ». Ramener l’Iran à ses obligations ? Mais il les respecte parfaitement depuis la signature du traité, ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis !

Cela commence mal : en effet, il aurait d’abord fallu commencer justement par « ramener les Etats-Unis – oui, les Etats-Unis – à leurs obligations au sein du traité ». Signé le 14 juillet 2015, après plus de quinze ans d’âpres négociations entre Téhéran et un format Cinq+Un (les cinq membres permanent du conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne), ce traité entérinait la mise sous contrôle international (effectué par l’Agence internationale de l’énergie atomique – AIEA) de la poursuite d’un programme nucléaire civil iranien contre une levée immédiate… Continuer la lecture

POURQUOI NOTRE PAYS DOIT AVOIR UNE MARINE NATIONALE DE PREMIER PLAN !

« On n’est pas obligé d’approuver ses dirigeants pour être patriote ! »

Edward Snowden

C’est l’été radieux, mais nous ne parlerons ni de canicule, ni de surpopulation des plages et des autoroutes. Par contre, nous en profitons – une fois n’est pas coutume – pour revenir sur les choix éditoriaux de prochetmoyen-orient.ch. Parfois, ces derniers donnent lieu à des commentaires étranges, sinon hallucinogènes ! A ce jour, les moyens statistiques les plus sérieux nous créditent de 200 000 visites mensuelles. Avec la reprise d’une dizaine de « sites amis », on peut considérer que nous doublons la mise, ce qui est disproportionné par rapport à la faiblesse de nos moyens ! Ce constat étant fait, notre volonté d’ajuster et d’approfondir une ligne éditoriale plus argumentée, diversifiée et mieux sourcée demeure au service de nos lectrices, lecteurs et visiteurs.

Nous avons délibérément choisi de livrer – chaque semaine – un contenu éditorial fini, sans prolongement interactif, ni discussion dans les réseaux dits « sociaux », succombant trop souvent au dualisme « j’aime/j’aime pas », estimant qu’il s’agit plutôt d’inventer d’autres supports d’échanges « dialectiques » que d’encourager une « opinion opinante » unilatérale. Cela dit, reprenant certains de nos papiers, les « sites amis » provoquent souvent commentaires et critiques auxquels – encore une fois – nous avons décidé de ne pas répondre, restant adeptes du « verum index sui » spinoziste : la vérité étant la marque d’elle-même ou, plus modestement, un contenu argumenté, sourcé et recoupé se défend lui-même !

Toujours est-il que certains professionnels du « commentaire » répètent souvent les mêmes paradoxes, sinon les mêmes contradictions,… Continuer la lecture

LA DIPLOMATIE D’EMMANUEL MACRON AU DETECTEUR DE MENSONGES…

RIEN NE VA PLUS DANS LE COUPLE FRANCO-ALLEMAND DEPUIS QU’EMMANUEL MACRON EST ENTRÉ PAR EFFRACTION À L’ÉLYSÉE. JAMAIS LA CONFRONTATION LA PLUS STÉRILE AVEC LA CHANCELIÈRE ET LA PRÉSIDENTE DE LA CDU/DCS N’A ÉTÉ AUSSI PAROXYSTIQUE. ET BERLIN RÈGNE EN MAÎTRE INCONTESTÉ À BRUXELLES1. LE RESTE DE LA DIPLOMATIE MACRONIENNE EST AUSSI MAL EN POINT. BRAVO L’ARTISTE QUI ADORE SE METTRE EN SCÈNE, POUR NE PAS DIRE EXULTE DE SE DONNER EN SPECTACLE.

« Un homme ne doit pas avaler plus de bobards qu’il ne peut en digérer » (Henry Brooks Adams). Par les temps qui courent, nous sommes contraints de gober les multiples bobards (« fake news ») que nous servent nos perroquets à carte de presse sur les chaînes d’abrutissement en continu avec une constance qui mérite louange. Avec le ton péremptoire et hautain qui le caractérise, le quotidien Le Monde, qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut, titre en première page de son édition du 23-24 juin 2019 : « Trump : les coulisses d’une diplomatie illisible »2. Il consacre, sur deux pages, un long reportage du type journalisme militant3, aux errements de la diplomatie du 45ème président des États-Unis au travers d’un portrait trash et cash de son conseiller national à la sécurité, John Bolton, l’homme à la moustache qui hait le multilatéralisme4. C’est ce que l’on appelle enfoncer le clou. À découvrir attentivement cette prose de haut vol, on s’interroge sur le point de savoir s’il… Continuer la lecture

CINQ LECONS DE LA CRISE DU GOLFE PERSIQUE…

Après la destruction d’un drone américain1 – jeudi 20 juin -, qui se trouvait bien dans l’espace aérien iranien, Donald Trump a réagi en deux temps : il a d’abord déclaré que l’Iran avait commis « une grave erreur », laissant entendre qu’il y aurait des représailles. Dans un second temps, et pour faire baisser la pression, il s’est ravisé en estimant qu’une « erreur humaine », sinon un « acte stupide » était possible, ramenant la destruction du drone à une « décision possiblement individuelle ». Toujours est-il que, selon plusieurs sources militaires des plus crédibles (confirmées par le site du New York Times), la Maison Blanche a bel et bien donné son feu vert – dans la nuit de jeudi à vendredi passés – à une série de bombardements stratégiques sur l’Iran ; opération baptisée « Enduring Punishment ».

Cette opération devait cibler différents sites militaires iraniens : stations radars, batteries de missiles et dépôt de munitions. Il s’agissait d’opérer de nuit afin de « minimiser les pertes humaines », reproduisant le même mode opératoire des bombardements occidentaux effectués sur la Syrie le 13 avril 2018. Au dernier moment, alors que les appareils allaient pénétrer dans l’espace aérien iranien, Donald Trump s’est à nouveau ravisé, annulant purement et simplement l’opération. Les sources militaires de prochetmoyen-orient.ch indiquent aussi que le téléphone rouge, reliant en permanence Moscou et Washington, aurait fonctionné dans l’urgence et « à diverses reprises » comme du temps de la crise des missiles de Cuba2.

Un responsable du Pentagone a confirmé à l’agence de presse AP… Continuer la lecture

KURDISTAN IRAKIEN : LE QUAI D’ORSAY CONFIE UNE MISSION A L’AFFAIRISTE BERNARD KOUCHNER…

Les Etats-Unis ont réussi à déclencher une guerre asymétrique dans le golfe persique. Comme si la région en avait besoin ! Mais c’est bon pour eux, pour les cours du pétrole et les actions en bourse du complexe militaro-industriel : America first ! Les bruits de bottes et de torpilles atténuent le fiasco annoncé du fameux « deal du siècle », un « plan de paix globale » entre Israël, la Palestine et le monde arabe. Préparé par le propre gendre de Donald Trump, cette imposture, qui doit être dévoilée à Bahreïn le 24 juin prochain, vient d’être qualifiée de « morte née » par le ministre américain des Affaires étrangères Mike Pompeo lui-même… C’est dire ! Mais, pour ne pas être totalement ridicule, le même vient d’effectuer une tournée dans les pays arabes afin de s’assurer (chèques à l’appui) que les chaises ne seront pas complètement vides. Les « amicales » pressions ont surtout visé le Maroc et l’Egypte, les deux pays sunnites clefs du dispositif moyen-oriental de Washington. Par conséquent, la dernière petite guerre persique arrive à point nommé pour mettre toutes les difficultés de la région sur le dos de l’Iran. Voulant laisser se dissiper les fumées propagandistes, prochetmoyen-orient.ch reviendra sur ces différents événements, la semaine prochaine.

La rédaction

 

Tripoli (Liban), Ehden, 13 juin 2019.

Se rendre par avion à Erbil – la capitale du Kurdistan irakien, à 70 kilomètres de Mossoul – est plus facile que d’aller à Nice, Dublin ou Genève. Pas besoin de visas, ni d’aucune formalité avec la capitale irakienne Bagdad. Un contrôle… Continuer la lecture