Observatoire Géostratégique

numéro 183 / 18 juin 2018

L’envers des cartes

TRUMP, FOSSOYEUR DU MULTILATERALISME ET DE LA PAIX !

« Les véritables accords sont les accords en arrière-pensées » déclarait Paul Valéry. Il signifie ainsi que les accords internationaux sont le résultat de compromis entre thèses opposées des parties signataires. Ils représentent un point d’équilibre nécessairement instable qui suppose la bonne foi de tous les participants pour être pérennes. Ils comportent toujours une part de dit (visible car écrit) et de non- dit (invisible car non écrit), parfois plus importante que la première. L’accord conclu le 14 juillet 2015 à Vienne entre les Cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (y compris l’Union européenne et l’Allemagne) et l’Iran ne déroge pas à la règle. En échange de l’arrêt de ses activités nucléaires à caractère militaire sous strict contrôle de l’AIEA, Téhéran obtient la levée progressive des sanctions qui lui étaient imposées depuis plus d’une décennie1. C’est ce que les juristes qualifient de contrat synallagmatique, accord qui comporte une obligation réciproque entre les parties.

Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche (8 mai 2018), Donald Trump – fidèle à sa promesse de campagne – annonce le retrait américain de l’accord de Vienne (« dévastateur, terrible, pas équilibré, n’apportant aucune garantie de paix et qui n’aurait jamais dû être signé… ») et la signature du décret restaurant, voire renforçant les sanctions contre l’Iran2. Cette importante décision unilatérale doit s’apprécier au moins à quatre niveaux : américain, européen, français et moyen-oriental.

DIKTAT ET MÉPRIS DES USAGES INTERNATIONAUX

La décision de retrait de l’accord nucléaire iranien prise… Continuer la lecture

COREE- IRAN : DEUX BOMBES, DEUX MESURES !

« Le vrai miracle n’est pas de marcher sur les eaux ni de voler dans les airs : il est de marcher sur la terre » (Houeï Neng). Il est de jours ordinaires qui cachent des moments extraordinaires de l’histoire des relations internationales. Moments qui peuvent s’apparenter à des miracles diplomatiques. Le vendredi 27 avril 2018 en est un pour celui qui souhaite aller au-delà de l’écume des jours et des commentaires superficiels de médias enkystés dans leur routine. À la fin de l’année 2017, Donald Trump nous promettait de nous rejouer « Apocalypse Now » en écrasant le dictateur nord-coréen, Kim Jong-un qu’il affublait du qualificatif de « Little Rocketman ». En ce printemps 2018, le ton a changé. Ce serait plutôt du genre « Embrassons-nous Folleville ! », la paix est pour demain après la rencontre entre les deux présidents coréens le 27 avril 2018 à Panmunjon. Elle en annonce en principe, une autre aussi historique, entre Donald Trump et Kim Jong-un dans les semaines à venir. Cette « Success Story » doit également s’apprécier à la lumière des derniers développements du dossier nucléaire iranien. Elle démontre l’effacement total de l’Union européenne derrière les États-Unis dans ces deux affaires particulièrement sensibles.

LA DÉCLARATION DE PANMUNJON : UN PARFUM EXTRÊME-ORIENTAL

Les résultats de la rencontre historique du 27 avril 2018 doivent s’apprécier à l’aune des canons des relations internationales et de la diplomatie.

De l’incertitude dans les relations internationales

Qui aurait pu imaginer, prévoir, il y a un an encore,… Continuer la lecture

TRUMP-MACRON : UNE HUMILIATION FRANCAISE !

La réciprocité est une grande règle qui préside à la conduite des relations internationales, surtout dans le domaine du protocole et des usages. Donald Trump était officiellement invité à Paris à l’occasion des festivités du 14 juillet 2017. Aujourd’hui, c’est tout naturellement à Emmanuel Macron d’être l’hôte de marque des États-Unis à la faveur de la visite officielle de trois jours (23-25 avril 2018) qu’il effectue dans ce pays, la première de son quinquennat1. Ce déplacement intervient alors que plusieurs conflits durs empoisonnent le climat social en France.

Comme les symboles comptent parfois autant que la substance dans les usages diplomatiques, Emmanuel Macron offre en cadeau à Donald Trump un jeune chêne, signe de la vigueur des relations entre les deux pays. Pour ce qui est du contexte géostratégique de cette visite, elle intervient quelques jours après les frappes tripartites contre de prétendus sites clandestins de production d’armes chimiques en Syrie, juste après l’annonce par Kim Jong-un, le leader nord-coréen de la suspension des essais nucléaires et balistiques en même temps qu’une nouvelle orientation économique pour son pays ainsi qu’une rencontre entre les deux présidents coréens (27 avril 2018) et quelques semaines avant une décision importante de l’administration américaine sur l’accord nucléaire avec l’Iran du 14 juillet 2015.

C’est dire que les deux présidents ne manquent pas de sujets de discussion touchant aux grands équilibres mondiaux ! Sur la base d’une relation particulière entre les deux présidents, Emmanuel Macron entend s’attaquer aux racines du mal (la liste des… Continuer la lecture

LONDRES, PARIS, WASHINGTON : LE NOUVEL AXE DU MAL

Dans un État de droit « on ne peut pas se faire justice soi-même » sinon on serait dans une forme de loi de la jungle où seuls les plus forts gagneraient, nous rappelle fort à propos le site du ministère français de la justice1. Or, c’est justement tout le contraire que fait le président de la République, notre fringuant Emmanuel Macron – « garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités »2 – lorsqu’il décide de s’associer, le 14 avril 2018, à des frappes contre des objectifs militaire syriens (prétendus liés à un programme chimique clandestin) en compagnie d’une « coalition avec les États-Unis et le Royaume-Uni » (une sorte de coalition de volontaires) en raison du franchissement d’une « ligne rouge fixée par la France en mai 2017 ».

Alors que les médias moutonniers n’ont de cesse de louer la clairvoyance et le volontarisme de notre nouveau « DiplomatorTerminator »3, il est utile, si ce n’est indispensable, de s’interroger le plus sérieusement du monde, sur la légalité au regard du droit international existant d’une telle expédition conduite par une sorte de quarteron de chefs d’État et de gouvernement, en mal de notoriété et de reconnaissance. À y regarder de plus près, la situation se présente de manière plus contrastée que l’on veut bien nous le dire dans les milieux bien informés !

RÉPONSE PROBLÉMATIQUE : MACRON, LE LIQUIDATEUR4

Commençons par le début, ce que déclare la présidence de… Continuer la lecture

SYRIE : BOMBARDEMENTS FOIREUX A LA DIAFOIRUS !

D’abord, qu’on arrête de parler de « frappes ». Chirurgicales ou non, ces actes de guerre sont destinés à tuer et à détruire et ne sauraient s’assimiler à de simples fessées punitives. Paradoxalement, les bombardements occidentaux du 14 avril 2018 effectués sur la Syrie n’ont fait que trois blessés légers ; ils ont suscité en tout cas des scènes de liesse populaire et renforcé le prestige de Bachar al-Assad, leader arabe qui aura mis en échec la stratégie occidentale au Proche-Orient. Brillant résultat !

En dehors de toutes considérations géopolitiques (nous y reviendrons), on a atteint – avec les dernières péripéties de la crise syrienne -, des sommets himalayens de bêtise et de vulgarité. Bêtise globalisée, méchante et d’un manque total de distinction dans les deux sens du terme – séparation et excellence -, élevée au plus haut niveau d’une communication politique et diplomatique tellement primitive, mais érigée en modèle car émanant du président le plus puissant de la planète. L’un de ses derniers Tweets avant les bombardements : « que la Russie se tienne prête, car ils arrivent nos missiles, beaux, nouveaux et intelligents ». De précédents messages parlaient de « Bachar, l’animal… » Quoiqu’on puisse penser du président syrien, l’emploi d’un tel vocabulaire ajoute inutilement morgue, grossièreté et mépris aux malheurs du monde.

En l’occurrence, la comparaison souvent faite entre Donald Trump et Le Docteur Folamour1, bien trop faible, est loin d’épuiser l’hallucination collective provoquée par cette « diplomatie de l’injonction » et ces tweets à la tronçonneuse du président américain. Et qu’on évite –… Continuer la lecture