Observatoire Géostratégique

numéro 123 / 24 avril 2017

L’envers des cartes

ENTRE VRAIES ET FAUSSES VALEURS : LE NOUVEAU PRINCE

« Ce sont les actes qui décident de la valeur des hommes et des institutions » (Henri Lacordaire, 1854). Que constate-t-on de nos jours dans un monde chahuté par l’inculture et par la répétition pavlovienne des certains mots ? A la bourse des éléments de langages, forgés par des communicants affairés, ces mercenaires contemporains de la propagande enrichie, si l’on peut dire, grâce à quelques recettes empruntées au marketing, les valeurs sont désormais au plus haut. Les valeurs, c’est follement actuel et tendance. Pas un homme ou une femme politique qui ne juge indispensable de déclarer haut et fort son attachement aux valeurs, et la nécessité impérieuse de les défendre avec ténacité, voire de les exporter aux quatre coins du monde, y compris à la pointe de l’épée.

L’ensemble se doit d’être prononcé sur un ton grave, d’un air pénétré et le regard fixé au loin afin de lester le ronflement sonore des formules creuses employées d’une hexis corporelle indispensable à leur crédibilité espérée1. Il est vrai que lorsque l’on essaie de définir précisément ce concept, la tâche se révèle ardue (Cf. ses différentes définitions dans le petit Robert, pas moins de six ou sept). Sa signification est floue, pour ne pas dire incertaine. Nous vivons, aujourd’hui, dans un monde de la religion des valeurs, nouvelle bible de temps modernes. Mais quelle est la réalité de ces valeurs, sorte de vieille lune de la démagogie.

LA RELIGION DES VALEURS : LA NOUVELLE BIBLE DES TEMPS MODERNES

Aujourd’hui, chacun y va de… Continuer la lecture

QUELQUES QUESTIONS A PIERRE LELLOUCHE…

Dans son dernier ouvrage – Une guerre sans fin1 -, Pierre Lellouche s’interroge sur les changements géostratégiques en cours et engage la France à renforcer ses souveraineté et sécurité nationale. Bravo ! Molenbeek, Paris, Mossoul, Berlin, Alep… Ces villes ont été le théâtre d’attentats ou de conflits armés perpétrés par des terroristes salafo-jihadistes en 2015 et 2016, autant de manifestations du retour « en boomerang » de la « question d’Orient ». Le fait religieux politisé a engendré une « drôle de guerre » dont nous avons longtemps nié la réalité, avertit Pierre Lellouche. Dans cet ouvrage très documenté, le député Républicain et ancien secrétaire d’État aux Affaires européennes poursuit le travail entamé dans ses précédents livres et analyse les menaces actuelles, à l’appui de son expérience politique et universitaire. S’il ouvre le débat sur des dossiers cruciaux, il n’en avance pas moins des affirmations qui soulèvent passablement de questions de forme et de fonds.

A l’issue d’un travail de trois ans, Pierre Lellouche déconstruit le basculement du monde et la relation Europe/mondes arabo-musulmans, une histoire de quinze siècles qui n’a pas encore dit toutes ses ruses. « Les contemporains ont par définition le plus grand mal à voir venir les guerres », nous explique l’auteur ; « un grand historien, aujourd’hui oublié, Jacques Bainville, avait publié au lendemain de la Première Guerre mondiale un livre visionnaire dans lequel il analysait les conséquences de la paix de Versailles. Il avait également perçu avec une incroyable vista l’effondrement de l’ordre étatique et territorial… Continuer la lecture

LA NOUVELLE GUERRE DES ETATS-UNIS CONTRE L’IRAN…

Téhéran, le 26 février.

Si les embouteillages de Téhéran sont source de plaisanteries multiples – comme par exemple celle consistant à dire qu’ainsi les passagers des voitures immobilisées peuvent poursuivre leur nuit en s’y endormant -, d’une dérision qui puise dans 7000 ans de culture éternelle, les difficultés de circulation de la ville – qui dépasse désormais dix millions d’habitants – disent aussi bien d’autres choses. D’abord que malgré l’accord signé sur le dossier nucléaire (14 juillet 2015), la situation économique reste difficile parce que les grandes banques sous tutelle américaine bloquent toujours la reprise des grands investissements étrangers. Cela dit, on croise moins – dans les rues de Téhéran -, de mendiants et de sans logis qu’à Paris, Londres ou Madrid.

Mais cette situation contribue à multiplier les recours aux secteurs informels. Beaucoup d’habitants de la capitale s’improvisent taxis et transporteurs en tous genres, augmentant d’autant les flux de circulation. Aux carrefours les marchands de fleurs et les laveurs de pare-brises sont plus nombreux. La pollution et le stress des employés, qui font parfois six heures quotidiennes de trajet, multiplient d’autant les pathologies nerveuses et autres maladies cardio-vasculaires. C’est l’un des aspects de la nouvelle guerre sourde et invisible que les Etats-Unis poursuivent résolument contre l’Iran et sa population.

Sur la route de l’aéroport Iman Khomeiny, de grandes publicités habillent les viaducs qui enjambent les échangeurs autoroutiers : Global Market in your hands… En fait, le marché global reste, plus que jamais, inaccessible et interdit aux opérateurs iraniens… Continuer la lecture

TRUMP ENTERRE LES ACCORDS D’OSLO…

Le 3 février dernier, Washington annonçait de nouvelles sanctions à l’encontre de 13 individus et 12 « entités » iraniennes dont certaines sont basées en Chine, aux Emirats arabes unis et au Liban, en « riposte » au dernier test d’un missile conventionnel par Téhéran. Le porte-parole de la présidence de la Maison Blanche, Sean Spicer précisait que l’annonce de ces sanctions par le Département du Trésor avait été « clairement » calculée pour répondre à cet essai effectué quelques jours auparavant. Et il ajoutait que ces nouvelles sanctions étaient « dans les tuyaux » bien avant ce tir. « Nous avions ces options à notre disposition parce qu’elles étaient déjà en préparation », confirmait-il.

De source autorisée à Washington, on affirme que ces nouvelles sanctions ne sont que la première étape de la réponse que les États-Unis entendent apporter face « à l’attitude provocante de l’Iran ». « La communauté internationale a été trop tolérante à l’égard du mauvais comportement de l’Iran », a commenté Michael Flynn, le Conseiller à la sécurité nationale de Trump.

L’unilatéralité de la réaction américaine était d’autant plus prévisible que le test balistique iranien n’est absolument pas contradictoire avec l’esprit et la lettre de la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l’ONU qui encadre l’accord nucléaire entre l’Iran et le 5+1 (membres permanents du Conseil plus l’Allemagne). Certes, cet accord du 14 juillet 2015 stipule que l’Iran s’engage à ne pas mettre au point ou acquérir l’arme atomique, mais il ne signifie certainement pas que ce pays doive renoncer à toute espèce de matériels nécessaires à… Continuer la lecture

LA FRANCE A IMPERATIVEMENT BESOIN D’UN DEUXIEME PORTE-AVIONS !

Conformément à ses options éditoriales et ses priorités géopolitiques concernant les Proche et Moyen-Orient, le Maghreb, le Machrek ainsi que leurs prolongements africains, méditerranéens et asiatiques, prochetmoyen-orient.ch entend aussi intervenir régulièrement sur des questions plus transversales, de Défense, de Sécurité et de Cyber-sécurité touchant directement aux souverainetés nationales.

La rédaction
 
 
Les candidats à la primaire du Parti socialiste y font fait allusion cinq petites secondes : notre pays a impérativement – oui, impérativement – besoin d’un deuxième porte-avions. Malheureusement, les questions pressées des journalistes – notamment sur l’avenir personnel de Bachar al-Assad – n’ont pas laissé le temps aux concurrents de développer cette question pourtant essentielle, non seulement en termes de défense, de crédibilité stratégique et de diplomatie, mais aussi en matière d’emplois, de recherche, de diversification économique, sinon de croissance. En reparlerons-nous au cours de cette campagne bien étrange ? Rien n’est moins sûr…

Le porte-avions (PA) constitue l’instrument de projection de puissance et de souveraineté par excellence. A l’heure actuelle, douze pays possèdent un ou plusieurs PA ou porte-aéronefs de capacité plus ou moins importante et beaucoup de projets de construction sont lancés, que ce soit en Chine, en Inde ou en Russie notamment. Depuis 2001, avec la mise en service du Charles de Gaulle (CdG), la France s’est imposée comme la seconde nation dans le monde (avec les Etats-Unis) à posséder un PA à propulsion nucléaire : en clair, ce qui se fait de mieux dans le domaine. Et dans le paysage européen également, notre pays… Continuer la lecture