Observatoire Géostratégique

numéro 226 / 17 avril 2019

L’envers des cartes

CONTRE-ENQUÊTE : COMMENT LES AMERICAINS ONT MIS LA MAIN SUR AIRBUS

« La guerre est un caméléon ».

Carl Von Clausewitz

Aucune commande pour Airbus en janvier 2019, mais des annulations concernant les huit A-380 attendus par la compagnie aérienne Quantas et les cinq A-220 commandés par la défunte PrivatAir. A quelques mois du Salon du Bourget, AIRBUS voit son carnet de livraisons à la baisse avec 313 commandes pour l’A-380 dont 79 restent à livrer – les 53 destinés à Emirates Airlines risquant d’être remis en question. A Toulouse, au siège opérationnel de l’avionneur européen, les langues commencent à se délier…

« Cette contre-performance a valeur de symptôme », estime un haut cadre, « jusqu’à maintenant nous restions à parité à peu près égale avec BOEING alors qu’aujourd’hui nous sommes péniblement qu’aux deux tiers. Le carnet de commandes fait encore illusion, mais l’‘effet cargo’ – selon lequel les engagements pris il y a des années se concrétisent seulement maintenant – dissimule une crise beaucoup plus profonde qui correspond à une lente prise de contrôle d’AIRBUS par les Américains ».

UNE FAUSSE BONNE SANTE

Malgré les derniers revers rendus publics, la santé apparente d’AIRBUS1 semble toujours resplendissante. Cette « fausse bonne santé » s’explique par trois raisons principales : l’absence de nouveaux programmes qui nécessitent toujours des fonds importants soulage la trésorerie ; une réduction drastique des investissements de recherche ; et une politique de couverture euro/dollar qui, avec la baisse du dollar a mécaniquement amélioré les résultats du groupe. Initiée par Louis Gallois (à la tête d’EADS2 de 2006 à 2012), cette politique rend aujourd’hui… Continuer la lecture

UN MONDE HORS LIMITES : LA GUERRE SANS LA FAIRE…

Toujours trop pressée, bardée de certitudes idéologiques et ne travaillant pas suffisamment les dossiers, la presse occidentale a aussitôt qualifié d’« échec » le sommet d’Hanoï… Trop contents d’annoncer un revers pour Donald Trump – honni de la bien-pensance médiatique -, les journalistes en ont aussi profité pour ressortir quelques poncifs sur la Corée du Nord, la Chine et les autres forces du mal. En « Editorient », Guillaume Berlat nous rappelle quelques fondamentaux basiques de la diplomatie, notamment la gestion du temps, d’un temps diplomatique qui s’inscrit souvent dans la longue durée comme ce fut le cas notamment pour les guerres des Balkans ou le dossier nucléaire iranien…

Cet épisode asiatique intervient dans une actualité assez révélatrice du délitement de notre temps. Celui-ci se caractérise par une succession de « moments géopolitiques déliés », n’étant dominé par aucun événement réellement structurant. L’actualité nourrit une « tendance dominante » qui finit par tout lisser et recouvrir les choses d’une anomie commune, générale et persistante. En s’agrégeant, les troubles sociaux, les nuisances environnementales et les conflits armés paraissent annoncer des guerres porteuses de ruptures fondamentales. Or, rien ne se passe et tout finit par se transformer en autant de postures d’évitement dans une confusion qui n’en demeure pas moins des plus morbides.

Ainsi, en va-t-il aujourd’hui de la dernière escalade survenue entre l’Inde et le Pakistan, des menaces et des sanctions qui s’accumulent contre l’Iran, d’un nouvel embargo commercial qui frappe la Syrie ou des manifestations qui se sont emparées du Venezuela et de l’Algérie.

CACHEMIRE EN APESANTEUR… Continuer la lecture

MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE :
DERNIERES NOUVELLES DU FRONT…

Les semaines se suivent dans notre Douce France. Les coups de canif à la morale se poursuivent sans que cela ne suscite de vagues d’indignation de nos droits de l’hommiste de salon. La vie continue comme si de rien n’était. Quelques borborygmes, quelques coups de menton. Mais, rien de plus. Reconnaissons à Jean-Luc Mélenchon le sens aigu de la formule ! Il évoque une « République bananière en marche ».

À la lumière des récents évènements, nous serions tentés de l’approuver. Le cœur du réacteur de la démocratie, à savoir le Conseil constitutionnel mérite une attention toute particulière. Notre site avait appelé l’attention de ses lecteurs sur les lourdes hypothèques qui grèvent l’indépendance et l’impartialité de cette structure qui devrait théoriquement être au-dessus de tout soupçon1. Inimaginable dans une authentique démocratie, imaginable en France.

La nomination d’Alain Juppé au Conseil constitutionnel sert de révélateur aux pratiques étonnantes de la patrie autoproclamée des droits de l’homme. Une requête de la défense de Nicolas Sarkozy s’ajoute à la liste des récriminations légitimes contre ce pseudo-tribunal constitutionnel. Les chers pantoufleurs qui nous coûtent un « pognon de dingue » sont également à l’honneur par le site acteurs publics. Tout ceci nous conduira à nous délecter de quelques délices de la vie hexagonale qui font tout le charme de la France à l’étranger… au plus mauvais sens du terme, doit-on s’empresser de le dire.

LES GAITÉS DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL

On nous cache tout. C’est qu’il se passe des choses bien étranges au… Continuer la lecture

IRAN : POURQUOI TANT DE HAINE ?

La République islamique d’Iran commémore actuellement ses quarante ans d’existence. Et le moins que l’on puisse dire est que cette occasion donne lieu (de la part des pays occidentaux) à un déferlement continu de désinformation, de propagande, sinon d’une haine rarement égalée à l’encontre d’un pays qui ose ne pas être comme le nôtre ! Même la Corée du Nord est mieux traitée depuis qu’elle accepte de parler avec Donald Trump. Cuba aussi fête les 60 ans de sa révolution dans la même quasi-clandestinité, dans la même hostilité froide, irrationnelle et générale. La mondialisation n’aimerait-elle pas la différence ?

Quelles que soient les erreurs qu’elles aient pu commettre -comme si nos démocraties n’en faisaient jamais- les révolutions cubaine et iranienne ont su, contre vents et marée, défendre des indépendances et souverainetés nationales garantes de la permanence d’une voie spécifique de développement économique, social et culturel. Sans doute, l’idéologie dominante déteste l’Iran et Cuba, notamment parce le centre de leurs villes ont su se préserver des implantations tapageuses de McDonald’s, Starbucks Coffee et autres calamités de la malbouffe anglosaxonne. Suprême impertinence, ces deux pays s’honorent de ne pas fonctionner comme nos vieilles démocraties parlementaires. Et c’est au moment même où leurs mécanismes fatigués craquent de toutes parts sous les coups de boutoir des jacqueries les plus profondes que les pays occidentaux font preuve de la plus invraisemblable arrogance : tout ce qui n’est pas comme nous est détestable !

Pensez : la révolution islamique qui a eu le toupet de retenir en otage quelque… Continuer la lecture

QUAND LA DIPLOMATIE FRANCAISE MARCHE SUR LA TÊTE…

« Je n’aime pas jouer la conscience universelle. Je trouve ça indécent » (Raymond Aron)1. Et, faute de pouvoir compter sur sa puissance économique et sa capacité de conviction, la diplomatie française se vautre dans le moralisme le plus candide. Elle se complait à jouer les consciences universelles autoproclamées, distribuant les bons et les mauvais points à l’aune de ses propres, mais surtout, de ses fausses valeurs. Cette tendance structurelle se double d’une dimension conjoncturelle depuis l’atterrissage sur terre du Dieu Jupiter-Mars (dernières révélations d’Alexandre Benalla) par un très beau mois de mai de l’an de grâce 2017. Mais, à trop marcher sur l’eau, ne voilà-t-il pas (révélation récente du premier intéressé près des Pyramides égyptiennes), que l’on se retrouve à évoluer sur la glace, à patiner maladroitement sur la mer agitée des « gilets jaunes » et d’une Europe à la dérive ! Après l’état de grâce (béni) vient l’état de glace2 (maudit). Nous disposons aujourd’hui d’un énième exemple d’une diplomatie française qui perd le cap et la boussole3.

La maladresse d’une diplomatie incohérente nous vient, une fois de plus, de Budapest. Un bref retour en arrière à l’été 2018 s’impose pour savourer tout le sel de cette lourde bourde diplomatique de l’hiver 2019. Il permet de mieux comprendre les derniers développements des relations bilatérales franco-hongroises. Un grand bravo à Jean-Yves Le Chouchen et à toute sa mauvaise troupe ! À quand la remise de l’Oscar du diplomate le plus minable du circuit français ? En tout état… Continuer la lecture