Observatoire Géostratégique

numéro 153 / 20 novembre 2017

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 27 juillet 2015

Lutte anti-terroriste : l’esprit d’Alger…

Les 22 et 23 juillet derniers s’est tenue à Alger, au Palais des nations, la Conférence internationale sur « la déradicalisation ». Ce sont principalement les pays membres du GCTT, le Forum global contre le terrorisme, dont la trentaine de membres représentent les différents continents et les quinze Etats du Conseil de sécurité des Nations unies, impliqués dans la lutte contre le terrorisme. Les pays de la région sahélo-saharienne et de l’Afrique de l’Ouest étaient également présents ainsi qu’une quinzaine d’organisations régionales et multilatérales (Union africaine, Union européenne, etc.).

En ouverture, le ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue arabe – Abdelkader Messahel – a précisé les grands axes de travail en insistant sur la « déconstruction des idéologies extrémistes » et les techniques de « dé-radicalisation » au premier rang desquelles l’école et l’éducation ; le détournement et l’instrumentation des grandes religions, dont l’Islam, par des idéologues « souvent ignorants » ; l’importance des vecteurs de propagation dont Internet et la responsabilité des médias plus souvent en recherche de sensationnalisme que de présentations et d’explications rigoureuses des faits ; autant de perspectives nécessitant l’action d’appareils d’Etat forts et responsables.

Sans prétendre ériger le cas algérien en paradigme normatif, sinon exemplaire, Abdelkader Messahel s’est voulu plus pragmatique et opérationnel en engageant les pays participants à partager leur « retour d’expérience », afin de mieux articuler… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 20 juillet 2015

Iran : un accord historique d’une histoire qui continue…

Après tout avoir entendu sur le caractère historique de l’accord nucléaire passé le 14 juillet entre l’Iran et les six puissances interprètes de la communauté internationale, comme sur les bénéfices attendus pour l’Iran, sa région et le monde, quelles premières leçons tirer de cet épisode appelé sans doute à marquer un changement d’époque ?

Du prix de la persévérance

D’abord l’importance de la combinaison entre volonté d’aboutir et circonstances. Or cette combinaison a tout d’un jeu de hasard. La persévérance, toutefois, augmente les chances de tirer la combinaison gagnante. Dominique de Villepin a le mérite, en se rendant à Téhéran en octobre 2003 en compagnie de ses collègues allemand et britannique, de poser les fondements d’une négociation qui ne s’est ensuite jamais interrompue, malgré bien des aléas, jusqu’au résultat final de cette semaine. Mais il ne reste pas assez longtemps à son poste pour faire mûrir les premiers fruits de son initiative. 

Le dossier bénéficiait pourtant de la conjoncture favorable créée par la présence simultanée d’un président iranien désireux de renouer avec l’Occident, Mohammad Khatami, et d’un négociateur énergique, Hassan Rouhani. Il est vrai qu’il aurait fallu pour déboucher forcer la main de l’administration de Georges W. Bush, vent debout contre toute entreprise pouvant consolider le régime de Téhéran. Et l’appareil d’État français, encore traumatisé par les effets du différend entre la France et les États-Unis sur l’Irak, n’était pas préparé à une nouvelle brouille avec Washington.… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 13 juillet 2015

Petite géopolitique de la crise grecque…

En définitive, Alexis Tsipras a su opposer à la machinerie de l’Union européenne les réglages politiques que François Hollande avait promis d’effectuer, durant sa campagne présidentielle, avant d’y renoncer aussitôt une fois élu. En effet, remettre à plat le fonctionnement du grand marché unique et de sa monnaie au service de l’hégémonie allemande et de la globalisation financière constituait l’un des engagements cardinaux du candidat socialiste ! Une fois à l’Elysée, le même se précipite à Washington pour déclarer qu’il faut accélérer la finalisation d’un Traité instituant un grand marché transatlantique… Hallucinant ! Et Tsipras restera certainement dans l’Histoire pour s’être levé contre cet à-plat-ventrisme généralisé face aux banques privées qui « régulent » la mondialisation économique, en veillant scrupuleusement à l’application drastique de la vieille loi d’airain du capitalisme : privation des profits, socialisation des pertes…

Sans jamais apparaître en première ligne de la gestion de crise, le président Barack Obama n’a pourtant cessé de « conseiller » téléphoniquement Angela Merkel et François Hollande « pour sauver la stabilité financière mondiale et la cohésion politique de l’Union européenne », reconnaît l’un des plus hauts-fonctionnaires de l’Elysée en ajoutant : « ce qui l’obsédait davantage était la sécurité du commandement militaire de l’OTAN en Méditerranée orientale ». Certes, la plupart des bases américaines – installées en Grèce durant la Guerre froide – ont été démantelées, mais la plus importante – celle… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 6 juillet 2015

Terrorisme de la misère, misère du terrorisme…

La dernière séquence des attentats revendiqués par Dae’ch (organisation « Etat islamique ») en France, au Koweït et en Tunisie peut se lire, sinon s’interpréter à la faveur de trois perspectives convergentes : Dae’ch avait annoncé à plusieurs reprises que la période du Ramadan (jeûne) serait propice à des actions spectaculaires contre les « Kafir », les mécréants ; l’organisation « Etat islamique » a proclamé le « califat » le 29 juin 2014 et devait marquer, d’une manière ou d’une autre cet « anniversaire » ; enfin, la finalisation de l’accord sur le nucléaire iranien étant annoncée pour la fin juin, Dae’ch se devait aussi de manifester sa désapprobation, sinon sa haine fondamentale envers les Chi’ites.

Cela dit, cette simultanéité d’action dans trois pays – France, Koweït et Tunisie – revêt d’autres significations. Ciblée en janvier dernier par « Al-Qaïda au Yémen », la France est à la fois engagée dans la bande sahélo-saharienne contre les jihadistes locaux (AQMI, Ansar-Eddine, MUJAO, etc.), alors qu’elle soutient ceux de Nosra en Syrie et au Liban… Comprenne qui pourra ! Constat partiellement identique pour le Koweït, dont les différentes banques et autres officines financent joyeusement la nébuleuse terroriste wahhabite depuis des décennies, avec un appui officiellement déclaré à Nosra en Syrie et au Liban ; enfin, la Tunisie nous ramène à un objectif jihadiste des plus classiques… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 29 juin 2015

« Si Dae’ch n’existait pas, il faudrait l’inventer… »

Le quotidien libanais L’Orient-le-Jour revient sur le colloque de Genève « Terrorisme : anciennes menaces/nouveaux enjeux » du 27 mai dernier.

Richard Labévière, expert des questions internationales et stratégiques, écrivain et rédacteur en chef de prochetmoyen-orient.ch – Observatoire géostratégique, analyse le changement de posture des États-Unis dans le traitement des questions liées au terrorisme.

Dans un contexte international volatile et fragmenté, marqué par la disparition progressive du leadership américain, la multiplication des acteurs et la fin des alliances stables, la configuration de la menace terroriste est de plus en plus complexe. Comment a évolué le traitement du phénomène terroriste par les puissances occidentales et leurs alliés ? Comment expliquer les contradictions entre la déclaration d’une guerre totale contre le terrorisme incarné par des organisations comme le groupe État islamique (Dae’ch), et dans la pratique, un conflit de moyenne et basse intensité contre l’EI ? Pourquoi l’approche politique de résolution des crises a été supplantée par la logique sécuritaire du maintien, de l’entretien et de la gestion de ces situations ? Richard Labévière, expert des questions internationales et stratégiques, rédacteur en chef de prochetmoyen-orient.ch – Observatoire géostratégique, répond à L’Orient-le-Jour.

OLJ: Le 27 mai 2015, à Genève, vous avez organisé un colloque sur le terrorisme dans lequel vous parlez d’« anciennes menaces » mais de « nouveaux enjeux ». Qu’entendez-vous par là ?

RL : Le premier point sur les anciennes menaces était de montrer la vraie filiation… Continuer la lecture