Observatoire Géostratégique

numéro 174 / 16 avril 2018

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 21 décembre 2015

ET REVOILÀ LES DOLLARS DE LA TERREUR…

Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité, le 17 décembre dernier, la résolution 2253 visant à « tarir les sources de financement » de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch). Pour la première fois, ce sont les ministres des finances des 15 pays du Conseil qui se sont réunis dans ce but à New York.

La résolution, un texte technique de 28 pages mis au point conjointement par Washington et Moscou, cible directement Dae’ch. Elle demande aux pays « d’agir de manière énergique et décisive pour couper les fonds et autres ressources économiques » de l’organisation, dont le pétrole et le trafic d’antiquités, et de sanctionner « de manière plus active » ses soutiens financiers. Les Etats sont invités à faire du financement du terrorisme « un grave crime dans leurs lois nationales », même en l’absence de tout lien avec un acte terroriste précis, et à intensifier les échanges d’informations à ce sujet, y compris entre gouvernements et secteur privé. Ce texte « complète de précédentes mesures et renforce les outils existants », a commenté le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew, qui présidait la séance. « Maintenant, le vrai test sera d’agir résolument pour l’appliquer », a-t-il ajouté en appelant tous les pays membres de l’ONU « à faire la preuve par l’acte… »… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 14 décembre 2015

A QUOI SERVENT LES AMBASSADEURS AU XXIe SIÈCLE ?

« Le statut des ambassadeurs s’est de facto affaibli ». Ce jugement porté par le médecin-ambassadeur-académicien, Jean-Christophe Rufin interpelle. Même s’il est moins tranché que celui porté par le général de Gaulle (« les diplomates ne sont utiles que par beau temps fixe. Dès qu’il pleut, ils se noient dans chaque goutte »), il n’en comporte pas moins une part de vérité. Il donne matière à réflexion en particulier à la lumière des multiples crises – les « révolutions arabes » à titre d’exemple – qui secouent le monde d’aujourd’hui et secoueront assurément le monde de demain. Qu’en est-il du rôle et de la place des ambassadeurs dans la contribution à la définition de la politique étrangère de la France et dans sa traduction diplomatique à travers les siècles ? Le moins que l’on puisse dire est que l’évolution la plus récente est préoccupante. De l’exclusivité, on passe à l’inclusivité pour aboutir lentement mais sûrement à la vacuité.

LES SIÈCLES DE LA MUNIFICENCE ET DE L’EXCLUSIVITÉ

Les premières ambassades sont itinérantes et fastueuses. Au départ, le chef de la mission diplomatique vient se renseigner mais également impressionner le souverain étranger par la valeur de ses présents. C’est un message politique qui lui est adressé. On parlerait aujourd’hui de diplomatie d’influence ou de « soft power ». « Tout petit prince a des ambassadeurs », souligne Jean de… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 7 décembre 2015

LES JOURS D’APRÈS : GUERRE, ONU ET AUTRES BRUITS…

La guerre, c’est comme la raison dans l’Histoire de Hegel : elle peut conduire à quelques contretemps rusés, imprévisibles, surprenants… Ainsi, apprend-on dans Le Monde du 5 décembre – qui, pour une fois, fait son métier d’informer sous l’excellente plume de Nathalie Guibert1 -, que les chasseurs français – engagés dans les cieux irako-syriens -, manquent de bombes… parce que « Paris a cédé une bonne partie de ses stocks de munitions à… l’Arabie saoudite pour soutenir le royaume dans sa guerre contre les rebelles chi’ites au Yémen ». En principe, quand on déclare la guerre, on s’y prépare ! Malheureusement, là-encore, l’improvisation et la « com » pressée ont, semble-t-il, prévalu sur l’anticipation et la planification stratégiques, comme si l’envoi du Charles-de-Gaulle en Méditerranée pourrait atténuer le fiasco annoncé des élections régionales…

Nous avons déjà eu l’occasion de l’écrire dans les colonnes de prochetmoyen-orient.ch : François Hollande écoute trop ses jeunes communicants, le nez rivé sur l’horizon 2017. En déclarant la guerre à Dae’ch, l’Elysée commet une triple erreur : il saute à pieds joints dans le piège tendu par des jihadistes voulant, sinon être reconnus comme « Etat », du moins cherchant à délocaliser et internationaliser leurs capacités de nuisances pour s’imposer comme acteur à part entière des relations internationales ; cette posture guerrière, qui a inspiré les deux mandats de George W. Bush,… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 30 novembre 2015

GENERAL KHALED NEZZAR : « IL Y A UNE RELATION DIRECTE ENTRE LA QUESTION PALESTINIENNE ET LE TERRORISME ISLAMISTE… »

Le général Khaled Nezzar a été chef d’état-major de l’armée algérienne (ANP), ministre de la défense et membre du Haut-Comité d’Etat (HCE). A ces différents titres, ce grand patriote a été l’un des acteurs majeurs de la lutte anti-terroriste en Algérie durant la « décennie sanglante ». Son action est parfaitement restituée dans le livre majeur de l’avocat Ali Haroun – Le rempart (Casbah-Editions, 2013) -, dont prochetmoyen-orient.ch a, largement rendu compte parce qu’il est, à ce jour l’un des meilleurs livres sur cette période tragique. Au printemps dernier, Claude Hêche – président du Conseil des Etats (chambre haute de la Confédération helvétique) -, en visite officielle à Alger, a plaidé très clairement pour « une meilleure prise en compte du rôle essentiel de l’Algérie pour la stabilité de la région et la lutte contre le terrorisme ». Incontournable au Mali, en Libye et en Tunisie pour son rôle dans la lutte contre le terrorisme et ses efforts de pacification, « l’Algérie mérite d’être soutenue plus ouvertement par la Suisse », a estimé Claude Hêche. Ainsi, il nous a paru important de reproduire dans nos colonnes le dernier entretien du général Khaled Nezzar accordé au magazine Algérie-Patriotique, le 20 novembre dernier.

Comment expliquez-vous la vague d’attentats sans précédent qui a frappé la capitale française ?

Général Khaled Nezzar… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 23 novembre 2015

PARIS/BAMAKO : LE DISCOURS DE GUERRE EMPÊCHE DE REMONTER AUX CAUSES !

L’émotion est toujours lourde, générale et palpable après les attentats terroristes qui ont frappé Paris et Saint-Denis le 13 novembre dernier. Rien de plus logique et compréhensible, mais la rhétorique de la guerre, immédiatement diffusée par la classe politique, les « experts » et les médias pressés, apporte-t-elle la réponse appropriée à la complexité de l’événement ? Rien n’est moins sûr ! Les Libanais qui ont vécu quinze ans dans leurs caves pour rester en vie ; les Afghans, les Irakiens, les Libyens ou les Pakistanais qui n’en peuvent plus ; les dizaines de milliers de Colombiens et de Mexicains enlevés chaque année, les milliers d’Africains otages de Boko-Haram et des Shebabs somaliens et tant d’autres confrontés à de vraies guerres nous regardent avec commisération… sans parler de nos amis algériens !

Entre 1988 et 1998, ces derniers ont dû faire face à une terrible vague de terrorisme dans une quasi-solitude ! A l’époque, les rédactions parisiennes osaient même se demander « Qui-tue-qui ? », laissant entendre que les massacres étaient orchestrés par l’armée algérienne elle-même, cherchant ainsi à préserver son pouvoir ! Nous connaissons de nombreux officiers supérieurs et généraux et responsables politiques algériens de cette « décennie sanglante » ayant directement fait l’objet d’attentats et déplorant victimes et disparitions au sein de leurs propres familles. Bien-sûr, ces décideurs organisaient… Continuer la lecture