Observatoire Géostratégique

numéro 144 / 18 septembre 2017

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 25 mai 2015

TROIS DES RAISONS DU SUCCES DE DAE’CH…

Stupeur chez les archéologues : Dae’ch s’empare de Palmyre. Si la chute de Ramadi en Irak est stratégiquement plus préoccupante, ces derniers succès de l’organisation « Etat islamique » pose toutefois question. Les raisons de ces gains territoriaux, sinon idéologiques, sont multiples, mais on peut situer, en les analysants, trois processus majeurs expliquant partiellement cette évolution qui n’a pas l’air de beaucoup inquiéter la « communauté internationale »…

La première raison des succès de Dae’ch est la plus immédiate, sinon la plus aveuglante. Elle concerne la gestion militaire du « problème ». En effet, on sait, depuis les bombardements massifs effectués par les Alliés sur l’Allemagne du printemps 1945, qu’on ne gagne jamais définitivement une guerre par la seule voie aérienne. Malgré l’évolution technologique des chasseurs-bombardiers, des drones et des moyens radars, les systèmes d’armes aériens ne suffisent pas à emporter la décision sans intervention au sol, menée soit par des forces spéciales, soit par des unités conventionnelles. Les différentes opérations effectuées en Afghanistan (depuis les attentats du 11 septembre 2001), en Irak (printemps 2003), en Libye (printemps 2011), au Pakistan et au Yémen, ont largement validée cette loi incompressible de la guerre…

Faut-il encore s’entendre sur la nature, le sens et la finalité de la dénomination « guerre » ! Malgré les « frappes » de la Coalition internationale – qui ont débuté en août 2014 -, les positions… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 18 mai 2015

MOUKALLA, EPICENTRE D’AL-QAÏDA AU YEMEN…

L’officier supérieur d’un service européen de renseignement pointe son doigt sur la carte générale du Yémen (cote BH/Y-235) en expliquant que tous les aéroports du pays ont été entièrement détruits par les derniers raids saoudiens ; tous, sauf un ! Celui de Moukalla : dénomination internationale Riyan-Airport. Ensuite, il exhume de sa sacoche trois clichés satellitaires (datés du 4 mai dernier), montrant deux avions-cargo qui manoeuvrent sur le tarmac. Sur l’une des photos, on distingue un engin en train de décharger des caisses, vraisemblablement de missile Tow1. « Nous n’avons pas pu identifier avec certitude la nationalité de ces appareils dont les immatriculations ont été masquées. Mais d’après nos analyses des mouvements aériens desservant Moukalla, on peut avancer avec une marge d’erreur infime, qu’ils proviennent de la base d’Al-Kharj, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Riyad ».

Notre interlocuteur estime que les forces aériennes saoudiennes ont épargné l’aéroport de Moukalla à la demande des chefs d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA). Depuis que ces jihadites ont pris le contrôle de l’état-major du chef-lieu du Hadramaout, la 2ème région militaire du Yémen – le 3 avril dernier -, plusieurs officiers de liaison saoudiens se sont installés dans la tour de contrôle de Riyan-Airport. Lors de cette prise de contrôle, le commandant de la 2ème région s’était retiré avec ses troupes sans combattre, abonnant aux jihadistes plusieurs chars d’assaut et blindés. Les 400 terroristes libérés des prisons de la ville… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 11 mai 2015

Les leçons indispensables de Georges Corm…

Comme Spinoza l’a fait, au péril de sa vie, avec le Traité Théologico-politique (1670), Georges Corm nous rappelle très opportunément aujourd’hui que la liberté d’exégèse des textes sacrés demeure le fondement absolu des libertés civiles et politiques. Cette leçon magistrale fait l’objet de son dernier livre qui paraît actuellement aux éditions de La Découverte1. Magnifique et salutaire en ces temps de « printemps arabes » fanés et d’instrumentalisation des religions !

Depuis sa contribution essentielle à l’analyse de l’un des épicentres majeurs des crises internationales – Le Proche-Orient éclaté (1983) -, Georges Corm construit patiemment, presque en silence, une œuvre des plus importantes pour l’intelligence des relations internationales. Cette élaboration modeste, presque clandestine, ne connaît évidemment pas l’écho qu’elle mériterait pour la bonne et simple raison qu’elle ne participe en rien à la doxa dominante, à la bobologie globale, à l’idéologie occidentale, auto-centrée et mortifère qui s’est imposée comme le discours de la méthode du monde d’aujourd’hui. Tout au contraire l’œuvre de Georges Corm s’inscrit en rupture « radicale » avec les facéties de Bernard Lewis, de Francis Fukuyama et de Samuel Huntington notamment, autrement tous les chiens de garde de l’idéologie dite « néoconservatrice » américaine qui a fait moult émules en Europe et, tout particulièrement à Paris…

Economiste, historien, politologue, cet ancien ministre des finances du gouvernement libanais de Salim al-Hoss (1998-2000) est professeur à l’université Saint-Joseph de Beyrouth. Ses leçons nous rappellent très précisément celles du grand épistémologue… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 4 mai 2015

UN MONDE ARABE DE PLUS EN PLUS FRAGMENTE…

L’information est périssable. Elle n’est pas une science exacte, encore moins une mémoire et force la modestie… Dans notre précédente livraison (Numéro 20 – 27 avril), nous annoncions la fin de la phase des bombardements intensifs de la Coalition menée par Riyad contre le Yémen. Annoncée par le Palais, cette décision n’aura prévalu que quelques jours… Au moins cinq raids aériens ont visé, le 26 avril dernier, des positions militaires et les abords du palais présidentiel dans la capitale yéménite Sanaa. Près du port d’Aden, des navires saoudiens ont pilonné des positions des rebelles chi’ites Houthis.

Ce retournement s’est accompagné d’une nouvelle révolution de palais ! Le 29 avril, le roi Salman a écarté les « colombes » en faveur d’une consolidation de la trêve au profit des « faucons » de la monarchie, notamment les deux ministres les plus puissants du régime : Mohamed Ben Nayef/MBN (intérieur) et Mohamed Ben Salman/MBS (défense) qui confortent leurs positions au sein de l’exécutif saoudien.

Fin janvier, lors du couronnement de Salman, le premier – MBN – (55 ans) qui avait été nommé vice-prince héritier est mainteant promu prince héritier, en remplacement du prince Muqrin, le plus jeune des fils encore en vie d’Abdelaziz, fondateur de la dynastie. Le second (30 ans) – le fils préféré du roi -, remplace MBN et devient ainsi second dans l’ordre de succession, tout en conservant son portefeuille de ministre. Enfin, le roi Salman a remplacé l’insubmersible Saoud… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 27 avril 2015

Pourquoi les raids sur le Yémen se sont arrêtés…

Dans un communiqué affirmant que tous les objectifs ont été atteints, l’Arabie saoudite et ses alliés se sont résolus à opter pour une « solution politique » au conflit inter-yéménite. Ce serait donc à la demande du président yéménite que l’opération « tempête décisive » a pris fin le 20 avril dernier, a expliqué le porte-parole de la coalition dirigée par Riyad, le général Ahmed al-Assiri. Et selon le ministère saoudien de la Défense, les bombardements sont parvenues « avec succès à éliminer les menaces que faisaient peser les chi’ites Houthis sur la sécurité de l’Arabie saoudite et des pays voisins ».

Déclenchée le 26 mars dernier, sans résolution-cadre du Conseil de sécurité des Nations unies, cette nouvelle guerre « aérienne » s’est très vite heurtée à trois obstacles incompressibles : 1) celui d’une légalité internationale inenvisageable, puisque ni la Chine ni la Russie n’auraient laissé passer un projet « interventionniste » rappelant la triste jurisprudence de la résolution 1973 – au nom de laquelle fût déclenchée la guerre franco-britannique (appuyée par l’OTAN) contre la Libye au printemps 2011 ; 2) celui des objectifs « militaires », étant entendu que les cibles d’une opération aérienne de ce type sont forcément limitées, se réduisant à des infrastructures impactant l’ensemble de la population locale ; 3) enfin, celui de la popularité, le nombre de victimes civiles co-latérales ne cessant d’augmenter, atteignant plusieurs centaines de personnes selon différentes sources militaires arabes et occidentales.… Continuer la lecture