Observatoire Géostratégique

numéro 183 / 18 juin 2018

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 22 février 2016

LA TURQUIE AUX PRISES AVEC SES DÉMONS.

« Le monde entier, fût-il ligué contre toi, ne peut te faire le quart du mal que tu te fais à toi-même ». A la lumière des derniers évènements qui secouent son pays, le président Recep Tayyip Erdogan gagnerait à méditer ce proverbe turc. Alors qu’il dispose de tous les atouts en main (politiques, économiques, diplomatiques, militaires, géopolitiques, culturelles.) pour faire de la Turquie un Etat incontournable, une « nation indispensable » dans la mêlée mondiale, n’est-il pas en passe de la transformer bien malgré lui en Etat paria ? A vouloir ressusciter l’empire Ottoman, ne va-t-il pas en être le fossoyeur ? En l’absence d’une inflexion notable à très brève échéance, la politique du régime actuel risque de solder par une impasse et un désastre. La seule comparaison qui tienne est celle qui confronte le présent au passé, l’existant au révolu. Un retour sur les fastes de l’Empire ottoman, puis sur la naissance de la République turque s’impose pour mieux saisir les raisons des évolutions récentes du régime à la faveur de la prise du pouvoir par l’AKP (Parti de la justice et du développement) et de l’effet boomerang des « révolutions arabes » (Syrie).

L’EMPIRE OTTOMAN : LA SUBLIME PORTE

L’histoire d’un empire d’une exceptionnelle longévité explique les raisons d’un passé glorieux.

Une histoire d’empire qui finit mal. L’Empire ottoman dure de 1299 à 1923. Il s’étend au faîte de sa puissance sur trois continents : toute l’Anatolie, haut-plateau arménien,… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 15 février 2016

BILAN : LAURENT GAFFIUS AU QUAI…

« L’hésitation est le propre de l’intelligence », Henry de Montherlant.

Intelligent, l’homme l’est certainement. Hésitant, l’homme ne l’est certainement pas. Au moment où Laurent Fabius quitte les ors du Palais d’Orsay pour intégrer ceux du Palais-Royal, peut-être pouvons-nous nous essayer à l’exercice du bilan de plus de trois années passées à la tête de ce ministère régalien qu’est le ministère des Affaires étrangères ?1 Il est vrai, comme il se plaît à le souligner, qu’il a plus passé de temps à parcourir le monde dans les airs (un tour du monde par mois) que sur terre derrière le bureau de Vergennes (à imaginer le monde de demain). Au-delà de cette dimension ambulatoire de sa pratique des relations internationales (il est aussi en charge du tourisme) qui comporte certains risques (assoupissement d’Alger, malaise de Prague…), quelle empreinte laissera-t-il dans l’histoire de la diplomatie française (sa principale préoccupation) ? A l’évidence, celle d’un réformateur hors-pair mais aussi celle d’un piètre diplomate2. Son successeur arrive avec, à tout le moins, un lourd passif à apurer pour remettre la diplomatie française sur les bons rails.

UN RÉFORMATEUR HORS-PAIR

Nul ne conteste à Laurent Fabius ses qualités de réformateur tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.

La réforme des attributions du Département. Sous sa férule, le ministère des Affaires étrangères se transforme en ministère des Affaires étrangères et du développement international : MAEDI. Qu’est-ce qui se cache sous… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 8 février 2016

PALESTINE : A QUOI JOUE LAURENT FABIUS ?

Le 29 janvier dernier, au cours d’une cérémonie de vœux au corps diplomatique, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a réactivé une vieille idée de la diplomatie française : une conférence régionale-globale pour relancer les discussions de paix entre israéliens et palestiniens. Cette conférence rassemblerait autour des deux parties leurs principaux partenaires : les Etats-Unis, l’Union européenne et les pays de la Ligue arabe. En cas d’échec, Laurent Fabius a répété que Paris reconnaîtrait de façon unilatérale l’Etat de Palestine. Diantre !

De celle de Madrid en 1991 à celle d’Annapolis en 2007, les conférences israélo-palestiniennes ont toujours demandé un énorme travail de préparation et de mise en condition. Et dans le contexte actuel, rien ne laisse augurer que de telles dynamiques soient envisageables. La sortie de Laurent Fabius, qui doit quitter son poste dans quelques jours pour aller pantoufler à la présidence du conseil constitutionnel, est d’autant plus incompréhensible que François Hollande n’a cessé de donner des gages à Benjamin Netanyahu depuis son arrivée à l’Elysée. Entre autres, chacun se souvient du communiqué de l’Elysée – du mercredi 9 juillet 2014, après plusieurs journées de bombardements israéliens meurtriers sur la bande de Gaza – par lequel la France éternelle « condamnait fermement » les tirs de roquettes du Hamas.

La présidence de la République estimait qu’il « appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 1er février 2016

OPERATION « TIMBER SYCAMORE » : LA GUERRE SECRETE DE LA CIA FINANCEE PAR LES SAOUD…

Un article du New York Times vient de dévoiler le nom de code de la guerre secrète multinationale de la CIA en Syrie : il s’agit de l’opération Timber Sycamore, ce qui peut signifier « Bois de Platane » ou « de Figuier sycomore ». En 1992, les chercheurs syriens Ibrahim Nahal et Adib Rahme avaient publié une étude selon laquelle, « [b]ien que la largeur des cernes soit influencée par les facteurs du milieu, le bois de Platane d’Orient peut être classé parmi les espèces à croissance relativement rapide par rapport au hêtre ou au chêne. » Les groupes rebelles majoritairement jihadistes, qui ont proliféré en Syrie à partir de l’été 2011, pourraient donc être considérés comme des « platanes d’Orient » du fait de leur « croissance rapide » – sans qu’un lien ne soit forcément établi entre le nom de code de cette opération clandestine de la CIA et ce phénomène biologique. Il est également possible que « Sycamore » fasse référence non pas au platane mais au figuier sycomore, dont le « bois peut servir de combustible et le frottement de deux branches permet d’allumer un feu ».  

Essentiellement, le New York Times a révélé dans cet article que l’Arabie saoudite a financé à hauteur de « plusieurs… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 25 janvier 2016

NEUTRALISER DA’ECH  NE RESOUDRA PAS TOUT…

Confirmant le constat du dernier Canard Enchaîné – « Retour complet de la France dans l’OTAN »1 -, le dernier discours du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian2 comporte, au-delà de quelques figures obligées de communication, un constat essentiel : « Al-QaïdaDae’ch et leurs affiliés représentent une menace grave, une menace répandue, une menace durable. Même si la coalition réduit le pseudo-Etat islamique au Levant, comme nous sommes en train de le faire, non sans difficultés mais avec beaucoup de détermination, il ne fait guère de doute qu’une nouvelle tête de l’hydre jihadiste puisse repousser après ailleurs ».

Deux jours plus tard, le général Pierre de Villiers – chef d’état-major des armées (CEMA) – force le trait dans une tribune publiée par Le Monde3 : « Une stratégie basée sur les seuls effets militaires – détruire un camp d’entraînement jihadiste ou arrêter une colonne de pick-up d’AQMI – ne pourra jamais agir sur les racines de la violence, lorsque celles-ci s’ancrent dans le manque d’espoir, d’éducation, de justice, de développement, de gouvernance, de considération. Gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix. Quelle que soit la nature des crises, une approche globale est indispensable, c’est-à-dire une approche interministérielle et internationale. Il faut du temps et il n’y a pas de place pour le développement – économique, mais aussi durable – sans sécurité, comme il n’y… Continuer la lecture