Observatoire Géostratégique

numéro 183 / 18 juin 2018

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 9 novembre 2015

TURQUIE : DÉRIVE TOTALITAIRE, VOIRE FASCISANTE…

Le 12 octobre dernier, prochetmoyen-orient.ch s’inquiétait de la « stratégie de la tension », privilégiée par le président turc Recep Erdogan, entretenant l’insécurité et la peur dans l’espoir de reconquérir une majorité parlementaire, lors de nouvelles élections organisées dans un climat des plus délétères. Devenu le premier président élu au suffrage universel en août 2014, « Tayyip bey », comme l’appellent ses complices, ne veut plus être un président « protocolaire », comme le préconise l’actuelle constitution, mais un chef de l’Etat doté des plus larges pouvoirs. « Environ 80 % des pays du G20 connaissent un régime présidentiel (…) nous sommes obligés de reconnaître les nouvelles réalités du monde », déclarait-il dernièrement.

Cherchant à donner à son Parti de la justice et du développement (AKP – islamo-conservateur), la majorité nécessaire pour faire basculer le pays dans un régime présidentiel fort, les élections législatives du 7 juin dernier lui ont donné tort. Pour la première fois en treize ans, son parti perdait sa majorité parlementaire. Avec 41 % des suffrages, soit 258 députés sur 550, l’AKP restait, certes la première formation politique du pays, mais accusait la défaite électorale la plus cinglante de son histoire. Normalement, le premier ministre Ahmet Davutoglu avait quarante jours pour former un gouvernement d’union nationale. Mais celui-ci a mis une telle mauvaise volonté en proposant seulement des strapontins à l’opposition que de nouvelles élections ont été… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 2 novembre 2015

LE GRAND RETOUR DE L’IRAN ET PARIS MARGINALISÉ…

Téhéran – Comme ceux de Genève I (juin 2012) et II (janvier/février 2014), le processus de Vienne concernant la crise syrienne risque d’être long. Mais ce sommet « pour sortir de l’enfer », selon les propres termes du secrétaire d’Etat américain John Kerry, a d’ores et déjà apporté un grand changement diplomatique : la participation de la République islamique d’Iran, principal allié de Damas. Le retour de son ministre des Affaires étrangères – Mohammad Javad Zarif – dans la ville même où fut conclu l’accord sur le nucléaire iranien, le 14 juillet dernier, consacre la réintégration de l’Iran, dans le jeu international. En effet, tous les acteurs régionaux – y compris l’Arabie saoudite – reconnaissent désormais qu’aucune solution politique ne saurait être trouvée sans Téhéran qui avait été exclu de Genève I et II.

Ce retour se justifie d’abord par la prise en compte des réalités du terrain. Depuis le début du soulèvement en Syrie (mars 2011), la République islamique s’est rangée aux côtés de son allié syrien. La livraison de matériels militaires sophistiqués (missiles sol-sol, blindés et moyens de transmission) et l’engagement sur sol syrien de conseillers militaires iraniens n’ont pas fait défaut, montant en puissance avec la militarisation et la régionalisation du conflit à partir de l’hiver 2011/2012. Dans son discours du 25 mai 2013, le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah – proche allié de Téhéran – officialisait l’engagement de ses combattants aux côtés des… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 26 octobre 2015

QUAND L’IRAN S’EVEILLE !

Ispahan – Les balayeuses municipales tourbillonnent sur la grande place de l’Imam comme des abeilles. Tout autour, les rideaux de fer du Bazar s’ouvrent comme des yeux encore endormis. La ligne d’horizon des minarets et des bulbes de faïence bleue des grandes mosquées se fond dans l’azur d’un ciel radieux. Cet espace symbolique de la dynastie safavide et de son empire renvoie encore les clameurs de la nuit dernière de l’Achoura : des milliers de personnes, de noir vêtues, se frappant la poitrine aux sons des tambours, des trompes et des psalmodies en souvenir du martyr de l’imam Hosseyn et de sa famille (10 octobre 680 lors de la bataille de Kerbala en Irak). La journée du samedi 10 Moharram 1437 de l’Hégire, correspondant au 24 octobre 2015, a été chômée et payée pour l’ensemble des personnels des institutions et administrations publiques, y compris les personnes payées à l’heure ou à la journée.

Souvent ingénieurs, ouvriers spécialisés ou docteurs en sciences dures ou humaines, les chauffeurs de taxi reprennent courage, et pas seulement à cause d’un afflux inédit de touristes italiens, allemands, japonais ou français. L’accord de Vienne du 14 juillet dernier sur le dossier nucléaire a changé l’atmosphère. Il entre officiellement en vigueur ce dimanche 25 octobre, ré-ouvrant les portes du pays aux investisseurs étrangers. La Suisse a devancé tout le monde avant que les Etats-Unis et l’Union européenne n’annoncent formellement la levée des sanctions le 18 octobre dernier. Celle-ci sera effective… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 19 octobre 2015

Etats voyous et grandes voyoucraties…

On le savait déjà, il y a désormais deux camps dans la communauté des nations : celui du droit international œuvrant en faveur d’un nouvel ordre mondial multipolaire en gestation, et celui de l’hypocrisie et de l’arrogance qui cherche à préserver son hégémonie en installant le chaos partout où il rencontre de la résistance.

L’univers arabe et musulman et ses abords d’Afrique, d’Asie ou d’Europe sont le lieu d’une entreprise de destruction et d’asservissement conduite conjointement par l’empire atlantiste sous haute influence israélienne et ses clients islamistes radicaux. La Syrie est devenue le centre de gravité et l’enjeu d’une guerre inédite et perverse, mais aussi, pour ses promoteurs criminels, une cible emblématique. La « mère de la civilisation », qui combat en première ligne les terroristes sauvages du soi-disant « Etat Islamique » et du front Al Nosra/al Qaida, est donc présentée comme « l’Etat voyou » par excellence par ceux-là mêmes qui financent, arment et soutiennent le gangstérisme sanglant des djihadistes. Dans nos « grandes démocraties », l’inversion des rôles est devenu si naturel que nul ne songe plus à s’en offusquer : c’est la base même du « false flag », omniprésent dans la narrative atlantiste.

L’Assemblée Générale des Nations Unies a consacré la journée du lundi 28 septembre dernier à la Syrie. Les puissants de ce monde ont utilisé cette tribune pour réaffirmer leurs positions sur l’interminable conflit. A… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 12 octobre 2015

De la chute de Koundouz et de ses conséquences pour l’Asie centrale et la Russie

Même si Koundouz a été reprise (provisoirement ?) par les Gouvernementaux, sa chute, ce lundi 28 septembre, aux mains des Taliban revêt une grande importance en Afghanistan comme en Asie centrale mais aussi en Russie et sur la scène mondiale. En Afghanistan même, la perte d’une agglomération prestigieuse de 300 000 habitants1, qui plus est ville-pivot « hub » de la région nord, est une catastrophe pour les partisans d’Achraf Ghani, en tout cas un tournant de l’interminable conflit afghan. Pour la première fois depuis 2001 une capitale de province – et non des moindres- tombe dans l’escarcelle des insurgés : c’est justement ce que nombre de spécialistes redoutaient de la part des Taliban qui prouvent ainsi leur aptitude à dominer, à nouveau, l’essentiel du territoire, non seulement ses campagnes mais aussi ses grandes cités.

Par ailleurs, l’assez faible implantation pachtoune autour de Koundouz incite à penser que les Taliban locaux ont dû recourir dans leur conquête à l’aide de Tadjiks, voire d’Ouzbeks transfuges du camp pro-occidental. On ajoutera que les défenseurs de Koundouz ont manqué, ce lundi, de combativité. C’était, jusqu’ici, un phénomène exceptionnel chez les Gouvernementaux. Leur passivité nouvelle ne laisse pas d’être inquiétante.

Enfin, avec la prise de Koundouz, place d’armes qui commande l’accès nord de Kaboul, on peut dire que l’étau taliban se resserre, à la veille de l’hiver, autour d’une capitale… Continuer la lecture