Observatoire Géostratégique

numéro 153 / 20 novembre 2017

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 13 avril 2015

DE QUOI L’ « ETAT ISLAMIQUE » EST-IL LE NOM ?

Force est de constater que l’organisation « Etat islamique » (EI) conserve toute sa force de nuisance. Les résolutions du Conseil de sécurité et l’engagement de Washington à combattre ce monstre restent sans effet. Les victoires de la Coalition sont en trompe-l’œil. L’Etats islamique contrôle toujours des zones importantes en Syrie et en Irak. Et ses combattants continuent de progresser en Libye et dans le reste du Moyen-Orient.

La menace ne recule donc pas. Elle progresse. La sphère d’influence de l’EI s’étend désormais aux zones contrôlées par la Talibans au Pakistan et en Afghanistan et celles qui se trouvent sous la coupe de Boko Haram et des Al-Shabab en Afrique. Les événements récents ont montré que ses combattants pouvaient venir commettre des attentats jusqu’en Europe.

Les services de sécurité Syriens, Irakiens et Libyens n’arrivent plus à faire face. Les islamistes continuent à gagner du terrain en mettant en scène leurs exécutions. Avant même leur arrivée, les armées régulières sont tétanisées par la peur. L’EI a ouvert un nouveau front en direction de l’Asie centrale et du Caucase. Elle a les moyens de ses ambitions parce qu’au flux de combattants en provenance des pays arabes et musulmans s’est ajouté le flux des convertis en provenance des Etats-Unis, d’Europe, de la Communauté des États indépendants (CEI) et d’autres pays. Rien qu’en Russie, 1700 personnes sont allées gonfler les rangs de l’EI.

Ces chiffres sont énormes et devraient susciter une réaction… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 6 avril 2015

NUCLEAIRE IRANIEN : AVANCEE HISTORIQUE !

Une page nouvelle s’ouvre au Proche-Orient. Barack Obama rassure Israël et convoque les dirigeants du Golfe à Camp David. Iraniens et Américains scellent une entente « historique ». L’accord-cadre conclu à Lausanne – reconnaissance de l’Iran comme puissance nucléaire régionale et légalisation de son programme, certes, accompagné de contraintes techniques et de mesures de surveillance pour une période de 10 ans – constitue, en définitive, une victoire certaine pour la diplomatie iranienne. L’objectif initial des 5+1 (membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne) était de le démanteler…

Les négociations de Lausanne ont permis de tourner la page de l’un des plus grands contentieux politico-économico-sécuritaires, attisé par l’Occident et ses alliés régionaux dans le Golfe et en Israël pendant douze ans. Les Iraniens ont regagné la confiance de la communauté internationale quant au caractère pacifique de leur programme nucléaire. Evoquant aussi un accord « historique », le quotidien libanais As-Safir du 3 avril dernier souligne qu’ « au bout de 16 rounds et de 18 mois, les deux parties ont fait des concessions techniques et politiques douloureuses ». Iraniens et Américains y ont joué un rôle-clé, tandis que les autres puissances intervenaient, chacune à leurs façons mais à la marge et au service de la stratégie américaine, sinon israélienne (…) Les Américains ont mis à profit les manœuvres françaises cherchant à mettre des bâtons dans les roues et à imposer… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 30 mars 2015

CONTRE-TERRORISME : L’EPICENTRE ALGERIEN !

Initialement cantonnée à quelques villages du nord du Nigéria, la secte Boko-Haram a étendu ses activités criminelles à plusieurs pays déjà confrontés au terrorisme, à la grande criminalité et aux problèmes de mal-développement. De par sa position géostratégique, l’Algérie se situe à l’épicentre d’un arc de crises aggravé par une situation chaotique en Libye et la crise malienne, réactivant la problématique d’un renforcement de la sécurisation de ses frontières aussi bien avec la Tunisie qu’avec la Libye, le Mali, le Niger et la Mauritanie. Cette consolidation stratégique des frontières vise non seulement le terrorisme, mais aussi les trafics de drogues, d’armes, de voitures et d’êtres humains. Elle nécessite la collecte et un meilleur partage du renseignement, ainsi qu’une densification de la coopération locale et internationale. Telles sont les perspectives revisitées par le Forum mondial de lutte contre le terrorisme (FGCT) qui vient de tenir sa troisième réunion à Alger.

Créé le 22 septembre 2011 à New York, cet organisme qui compte une trentaine de membres1 est doté d’un comité de coordination co-présidé par les Etats-Unis et la Turquie et de cinq groupes de travail : Renforcement des capacités au Sahel (co-présidé par l’Algérie et le Canada) ; Renforcement des capacités dans la Corne de l’Afrique (co-présidé par la Turquie et l’Union européenne) ; Renforcement des capacités en Asie du Sud-est (co-présidé par l’Indonésie et l’Australie ; Lutte contre l’extrémisme violent (co-présidé par les Emirats arabes unis et la Grande Bretagne) ; Justice pénale… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 23 mars 2015

LOUXOR-TUNIS : LA DIAGONALE DES FRERES MUSULMANS…

Le 17 novembre 1997, un attentat perpétré au temple d’Hatchepsout de Louxor (Egypte) causait la mort de 62 personnes, parmi lesquelles 36 citoyens suisses. Les 6 terroristes impliqués appartenaient à l’aile militante des Gama’a Al-Islamiyya, faction jihadiste issue de la Confrérie des Frères musulmans1.

Le 10 mars 2000, la Police fédérale (OFP, aujourd’hui Fedpol) rendait public un rapport présentant les conclusions de son enquête et écartant toute espèce d’appréciation politique, « sa seule ambition étant d’éclaircir, autant que faire se peut, le déroulement de l’attentat et les mobiles qui ont gouverné ses auteurs ». La conclusion était on ne peut plus claire: « La Police fédérale est aujourd’hui convaincue que cet attentat ne visait pas la Suisse, ni ses citoyens en particulier. L’exécution de ce massacre visait principalement, en s’attaquant au tourisme, à déstabiliser l’économie et le gouvernement égyptiens. Le fait que plus de la moitié des victimes venaient de Suisse relève d’un hasard tragique ».

A n’en pas douter, les fonctionnaires de l’OFP ont travaillé correctement dans le cadre de leurs contraintes. En soi, leur verdict final de « hasard tragique » n’est pas faux et pourrait qualifier un grand nombre d’attaques terroristes. Certes, la Suisse n’était pas ciblée « directement », mais par défaut. En tant qu’« Occidentaux », les morts de Louxor furent les victimes d’islamistes radicaux cherchant à atteindre le cœur de l’activité touristique, principal secteur de l’économie égyptienne. Les victimes suisses de Louxor,… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 16 mars 2015

Dae’ch, stade suprême de la mondialisation…

Et si l’on faisait complètement fausse route en ce qui concerne l’ « Etat islamique » (Dae’ch) ? Les débats récurrents sur l’Islam dévoyé nous égarent. Faudrait-il commencer par rappeler comment dès le milieu des années 50, les services américains ont instrumentalisé l’Islam radical, notamment le wahhabisme et les Frères musulmans, pour lutter contre les différentes variantes d’un nationalisme arabe, souvent allié de l’Union soviétique…

Cette instrumentalisation a culminé durant la décennie 1979/89 en Afghanistan où Ben Laden et ses affiliés ont bénéficié du soutien logistique des services américains et pakistanais ainsi que de la manne financière de l’Arabie saoudite et de ses satellites. Cette politique a perduré au-delà des attentats du 11 septembre 2001 dont l’ancien conseiller du président Carter – Zbigniew Brzezinski – affirmait qu’ils ne furent qu’un simple dysfonctionnement au regard de la victoire américaine sur l’empire communiste… De la fin de la Guerre froide jusqu’aux mal nommées « révolutions arabes », Washington n’a cessé de considérer les Frères musulmans et leurs sous-produits comme des alliés objectifs des choix économiques et stratégiques de leur conception de la mondialisation.

En mai 2011, lorsqu’ils décident de supprimer Oussama Ben Laden dont ils connaissent les conditions de villégiature au Pakistan depuis plus de quatre ans, les services américains décident – à la demande expresse d’Obama – de tourner la page Al-Qaïda devenue un obstacle à leur reconfiguration du Grand-Moyen-Orient. A cette époque, la Maison Blanche est persuadée que les… Continuer la lecture