Observatoire Géostratégique

numéro 244 / 19 août 2019

L’envers des cartes

EMMANUEL MACRON, LA MOUCHE DU COCHE IRANIEN…

Beyrouth, 6 juin 2019.

Les dernières commémorations du « Jour-J », que les médias français s’obstinent à nommer « D-Day » (c’est plus chic !), ont été l’occasion de nouveaux échanges entre Donald Trump et les dirigeants européens, notamment à l’égard du dossier nucléaire iranien et de la paix au Proche et Moyen-Orient. Edifiant !

Avant d’y revenir, un mot sur cette étrange commémoration. En effet, on reste confondu par l’absence de Vladimir Poutine à ces cérémonies. Depuis 2014 – date de l’annexion de la Crimée – le président russe, n’est plus invité. Quelque analyse que l’on puisse faire des événements de Crimée, l’Histoire, son héritage et ses leçons n’en demeurent pas moins : durant l’hiver 1942/1943, la bataille de Stalingrad constitue bien le vrai tournant de la Seconde guerre mondiale. Sans l’effort de guerre de l’URSS – qui laissent 27 millions de victimes sur le terrain -, le « Jour-J » aurait certainement connu des lendemains plus funestes.

Mais les actuelles commémorations étant ce qu’elles sont, l’idéologie dominante ne peut que ressasser les poncifs de l’Histoire officielle : « si les Ricains n’étaient pas là, vous seriez tous en Germanie, à parler de je ne sais quoi, à saluer je ne sais qui… » comme chantait Michel Sardou ! Ne parlons pas du général de Gaulle qui refuse de se rendre aux premières commémorations parce qu’il sait mieux que quiconque, que les Etats-Unis avaient préparé un plan secret de « colonisation » de la France. A ce sujet, il est très bénéfique de se reporter au livre définitif de l’historien Eric Branca L’Ami… Continuer la lecture

EUROPÉENNES 2019 : LA TRIPLE CLAQUE

« Waterloo, morne plaine ». Elle devait être « la bataille des batailles ». Aujourd’hui, il ne s’agit pas de Napoléon Bonaparte avant Waterloo mais d’Emmanuel Macron, le président qui ne voulait pas être spectateur du scrutin européen du 26 mai 2019. Celui qui s’est engagé dans l’ultime ligne droite pour prévenir, en même temps, la victoire de la peste brune et la dislocation de l’Europe, sans parler de l’abstention. Austerlitz s’est transformé en Waterloo1. Comment en est-on arrivé là ? Par quelles fautes, quelles erreurs ? Faut-il n’y voir qu’une malchance, la faute à pas de chance ? Faut-il y voir l’intervention de puissances étrangères : la main de Poutine dans la culotte du zouave européen, le verbe de Steve Bannon, voire qui sait un coup de Trafalgar de la perfide Albion ? Faut-il y voir une sorte de punition divine des bobards jupitériens sur l’Europe après l’incendie de Notre-Dame-de-Paris ? Les experts se perdent en conjectures. Mais, du côté du pouvoir, la défaite est transformée en victoire2. Jupiter pense qu’il ne fera qu’une bouchée du RN en 20223.

Manifestement, les « mouvements populistes » (nous n’aimons pas ce terme qui ne signifie rien) ont le vent en poupe depuis plusieurs années dans toute l’Europe. C’est une vérité d’évidence qu’il est trop facile de méconnaître. À trop ignorer les nationalistes, les souverainistes, avant de les vilipender, la bienpensance en a fait leur lit. Un remake de « L’étrange défaite » de Marc Bloch que semblent découvrir nos perroquets… Continuer la lecture

OTAGES : QUESTIONS SUR UN « EXPLOIT » !

A l’unisson, Florence Parly, Jean-Yves Le Drian et le Chef d’Etat-major des Armées (CEMA) ont qualifié d’« exploit » la dernière libération de quatre otages au Burkina Faso, dont les deux touristes français enlevés dans le parc du Pendjari (au nord du Bénin) le 1er mai dernier. C’est « très exagéré » aurait pu dire Marc Twain, d’autant qu’en l’occurrence deux de nos meilleurs soldats d’élite sont restés sur le terrain… Certes, on peut parler d’« opération réussie » puisque les otages ont été libérés, mais certainement pas d’un « exploit » puisque le prix payé s’avère lourd, extrêmement lourd… trop cher même pour… un « exploit ».

Le couple de français – deux enseignants : Patrick Picque et Laurent Lassimouillas – effectuaient un voyage… d’agrément dans le parc national du Pendjari, une région du nord du Bénin pourtant « déconseillée » par le Quai d’Orsay, « compte tenu de la présence de groupes armés terroristes et du risque d’enlèvement ». Ces derniers mois, le nord du Bénin est devenu plus sensible en raison de la présence de plusieurs groupes jihadistes se réclamant à la fois d’Al-Qaïda et de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch).

Malheureusement, il arrive que les enseignants pensent qu’ils sont plus malins que tout le monde… !A leur décharge, comme a pu le souligner à plusieurs reprises Antoine Glaser1 – l’un de nos meilleurs spécialistes de l’Afrique – « la carte géographique du Quai destinée aux voyageurs est mal foutue et souvent incompréhensible… ». Le lendemain de l’enlèvement du couple français, le nord du Bénin est passé de zone orange… Continuer la lecture

HUIT ANS APRES : LA « PRINTANISATION » DE L’ALGERIE

Cette semaine, nous poursuivons l’examen de la situation en Algérie avec une analyse approfondie de notre ami Ahmed Bensaada. Enseignant, pédagogue, auteur et essayiste, il est titulaire d’un doctorat en physique de l’université de Montréal, ville où il vit depuis une trentaine d’années. Il est auteur et coauteur d’ouvrages pédagogiques et sociopolitiques, ainsi que de nombreux articles publiés dans différents médias. Dernières parutions : Arabesque$ – Enquête sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes – Editions Investig’Action, Bruxelles (2015) et ANEP-Editions, Alger (2016) ; Kamel Daoud : Cologne, contre-enquête. Editions Frantz Fanon, Alger (2016).

La rédaction
 

 

HUIT ANS APRES : LA « PRINTANISATION » DE L’ALGERIE

Une foule dense, une ambiance festive, des jeunes dans la fleur de l’âge, des slogans incisifs, de l’humour subtil et corrosif, le « retiré » d’une charmante ballerine posant pour la postérité1, des jeunes qui balaient les rues après les marches, d’autres embrassant des policiers ou leur offrant des fleurs, des bouteilles d’eau distribuées aux manifestants, un couple qui esquisse un pas de danse dans une rue d’Alger2 … Comment ne pas être fier de cette jeunesse algérienne débordante de vitalité, montrant aux yeux du monde sa maturité politique, sa discipline et son pacifisme? Comment ne pas s’enorgueillir de ce réveil populaire susceptible de mettre fin à des décennies d’immobilisme politique qui a engendré la déliquescence de nombreux secteurs socioéconomiques, provoqué la fuite des cerveaux et jeté à la mer des cohortes de « harragas »? Mais au-delà de ces images idylliques de la… Continuer la lecture

IMPERIALISME : QUAND LA CHINE NOUS ENDORT…

Pour la promotion de ce livre1 dont on parle beaucoup dans les dîners en ville, l’éditeur n’y va pas avec le dos de la cuillère : « a-t-on raison d’avoir peur de la Chine ? Et si, au contraire, son intuition originelle représentait le meilleur antidote au choc des civilisations ? Si elle permettait de faire enfin rimer globalisation et réconciliation ? Aux théories modernes sur l’État, la nation, la guerre, la paix, le conflit des pouvoirs et la domination des nouveaux réseaux, Zhao Tingyang oppose le Tianxia, ce système antique incluant ‘tout ce qui existe sous le ciel’. Un système qui inspira l’Empire du Milieu, vortex ayant su attirer, intégrer, harmoniser les peuples et les cultures. Un système à même, demain, de définir le monde comme sujet souverain. Qu’il critique les courants majeurs de la pensée occidentale, qu’il invoque l’histoire, l’économie ou la théorie des jeux, qu’il révèle des concepts inconnus, c’est toujours en jetant des ponts que Zhao Tingyang nous invite, dans ce maître-livre, à redécouvrir l’universalité ». Bigre !

Pour ne pas mourir idiot, il fallut donc s’infliger la lecture de ces trois cents pages serrées. Dès les premières lignes, l’auteur – Zhao Tingyang – annonce la couleur : « Tianxia ou « Tout sous le ciel » était dans la Chine antique un concept riche de spiritualité, dont celle qui liait les hommes entre eux et celle qui liait l’humanité à la Voie du ciel ». Il définit Tianxia comme une méthodologie pour « redéfinir le concept de la… Continuer la lecture