Observatoire Géostratégique

numéro 174 / 16 avril 2018

L’envers des cartes

SYRIE : L’AVANCEE DE SOTCHI…

Avant même que la rencontre de Sotchi n’ait eu lieu, l’affaire était pliée : « Syrie : les déconvenues de la Pax Poutina » (Le Monde du 30 janvier) ou « L’échec annoncé des pourparlers de Sotchi sur la Syrie » (Le Figaro du 30 janvier). Si ça ce n’est pas des Fakes News ou plutôt des Fake Analyses… On n’est même plus dans la post-vérité, mais plutôt dans la pré-vérité ! Très fort !

Et pour que le message soit bien clair, Isabelle Lasserre – la poutinophobe la plus stupide du monde – affirme : « après avoir sauvé le régime de Bachar al-Assad, Moscou veut aujourd’hui transformer son succès militaire en succès diplomatique ». Quel scoop ! Encore : « lancé en janvier 2017 par le Kremlin à Astana, au Kazakhstan, le processus diplomatique de Sotchi ressemble à une initiative destinée à concurrencer l’influence américaine dans la région et à remettre en cause les propositions occidentales de paix syrienne ». Là, c’est encore plus fort parce que notre petit lapin qui vient de découvrir la neige commet deux Fake News majeures : 1) lancé après la libération d’Alep en décembre 2016, le processus d’Astana porte exclusivement sur les questions militaires (zones de désescalade, échange de prisonniers, amnistie pour les groupes qui rendent les armes, etc.) et ne se confond pas avec celui de Sotchi, destiné à traiter les questions politiques (réformes constitutionnelles, gouvernement de transition, élections, etc.) ; 2) il n’y a pas de « propositions occidentales de paix », mais bien un plan américain destiné à faire en Syrie ce qui a… Continuer la lecture

QUAI D’ORSAY : LA FORTERESSE VIDE…

« On n’est jamais si bien servi que par soi-même ». Telle pourrait être la conclusion à tirer du long entretien accordé par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian à Isabelle Lasserre, l’experte unanimement reconnue des relations internationales dans le quotidien Le Figaro daté du 22 janvier 2018, date du « sommet de l’attractivité » organisé par le chef de l’État à Versailles. Le titre de cet entretien retenu par l’ex-ministre de la Défense de François Hollande est déjà tout un programme : « J’ambitionne une diplomatie qui agisse concrètement »1. Ce texte comporte de notre nouveau Talleyrand photographié en pied et impérialement assis en son palais d’Orsay sur les bords de Seine près de l’hôtel de Lassay (celui occupé par le président de l’Assemblée nationale) à trois jours de la « Nuit des idées » instaurée par Laurent Fabius. À la décharge de notre excellentissime ministre, il faut lui reconnaître une résilience hors du commun pour résister à l’ouragan Jupiter qui est partout à la fois et qui marche allègrement sur ses plates-bandes diplomatiques. Il ne lui laisse que quelques maigres os à ronger, tâche qu’un directeur d’administration centrale pourrait aisément effectuer à une époque où la Cour des comptes rappelle avec vigueur l’obligation d’une meilleure maîtrise de la dépense public au président de la République venue fêter la nouvelle année avec les magistrats de la rue Cambon.

Il est vrai que notre lorientais préféré, qui a parfaitement réussi à l’hôtel de Brienne,… Continuer la lecture

NORD DE LA SYRIE : LA NOUVELLE GUERRE DE L’EMPIRE GLOBAL

Nous avons encore eu droit à trois heures de propagande lamentable – mardi 16 janvier sur Arte -, avec la diffusion du documentaire des « journalistes » américains Michael Kirk et Mike Wiser – « La revanche de Poutine », présenté par une petite speakerine littéralement entrée en pamoison, puis commenté par Christine Ockrent, une grande amie connue de la Russie… Trois heures de Fake News et de délires complotistes sans contrechamp ni contradiction ! Bravo pour le mieux disant culturel et informatif… d’autant qu’Arte multiplie, depuis plusieurs mois, une présentation tout aussi unilatérale et propagandiste de la guerre en Syrie.

En Syrie justement, les Etats-Unis et leurs alliés – pays de l’Union européenne et du Golfe, ainsi qu’Israël – ont perdu la guerre et bien perdu ! Ils ont échoué à démanteler l’Etat-nation syrien, comme ils l’ont fait de l’Irak et de la Libye, comme ils n’ont cessé de le faire en Afghanistan, dans d’autres pays d’Asie et d’Amérique latine. Comme l’explique Alain Joxe dans ses Guerres de l’empire global1 : sur le plan conventionnel, les américains ont perdu toutes les guerres qu’ils ont initiées depuis la fin de la Guerre froide. Mais ces défaites tactiques se sont transformées en autant de victoires stratégiques, multipliant les zones dites « d’instabilité constructive ».

Ces « zones grises » sont devenues autant de puits sans fond pour les exportations d’armes et l’engagement de milices privées (générant des millions d’emplois et des milliards de dollars) ; des laboratoires de nouveaux systèmes de combat et de techniques asymétriques ; les nouvelles frontières d’une… Continuer la lecture

JUPITER À L’ÉPREUVE DES AUTOCRATES TURC ET CHINOIS…

« Je suis attaché aux droits de l’homme, mais je craignais depuis longtemps que le droit-de-l’hommisme, comme seul critère de choix en politique étrangère, nous mène dans une impasse. Nous y sommes. Nous n’avons plus les moyens de nos émotions » écrit l’ex-ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine en 2017. C’est bien de cela dont il s’agit lorsque l’on traite avec des États qui bafouent allégrement les libertés publiques et les droits fondamentaux de leurs citoyens. Et, ils sont légions si l’on en croit les oracles d’Amnesty International. Ils sont de plus et plus incontournables – surtout pour les plus riches d’entre eux – sauf à les ignorer en tombant dans le travers d’une inutile et contreproductive Idealpolitik qui a valu à François Hollande de ne plus peser dans le concert des nations. Son successeur, Emmanuel Macron décide de tourner le dos à cette pratique mortifère de la diplomatie pour une puissance moyenne comme la France.

Après la théorie, vient le temps de la pratique, exercice ô combien compliqué ! En mois d’une semaine, en ce début d’année 2018, le chef de l’État, Emmanuel Macron rencontre le 5 janvier à l’Élysée le très controversé président de la République turque, Recep Tayyip Erdogan1 et les 8 et 9 janvier à Xi’an2 et à Pékin le très autoritaire responsable chinois, Xi Jinping3. En dépit des différences inévitables entre des deux régimes autoritaires, nous pouvons essayer de mettre en exergue les ressemblances entre ces pays en termes de pratique… Continuer la lecture

DU PARADIGME DE LA DIPLOMATIE JUPITÉRIENNE

Six mois après son accession à la présidence de la République française (ainsi que de la « première pandame de France »1), nous disposons déjà d’un socle doctrinal diplomatique important grâce aux discours (devant les ambassadeurs, à New York, à la Sorbonne, à Strasbourg à la Cour européenne des droits de l’Homme, à Bonn pour la COP23, à Paris pour les forces de sécurité intérieure, à Abou Dhabi, à Ouagadougou, Boulogne-Billancourt, vœux au corps diplomatique du 4 janvier 2018…), aux déclarations conjointes adoptées avec ses homologues, aux tweets, aux communiqués diffusés après ses entretiens téléphoniques avec ses alter ego (Donald Trump, Vladimir Poutine…), aux entretiens (der Spiegel, Times, Le Monde2, Antenne 2…), aux exégèses de ses « spin doctors », voire aux pointes d’humour d’Emmanuel Macron (Cf. sa plaisanterie sur la réparation de la climatisation de l’université par le président du Burkina Faso). Dans son entretien fondateur avec Elle, Brigitte Macron évoque un « fou qui sait tout sur tout ».

Quelles conclusions, fussent-elles provisoires, peut-on tirer en de début d’année 2018 marquée par une montée de tensions (États-Unis/Russie sur l’Ukraine, États-Unis/Corée du nord après les dernières sanctions adoptées par le conseil de sécurité) en termes de pratique de sa diplomatie ? Les prêches du chef de l’État furent réguliers et interminables, il ne sait pas faire moins d’un quart d’heure. On commence à y déceler les linéaments de sa pensée planétaire et jupitérienne, pensée dont il confesse qu’elle est « complexe ».

Quelles sont… Continuer la lecture