Observatoire Géostratégique

numéro 153 / 20 novembre 2017

L’envers des cartes

JOSE BUSTANI : L’HOMME QUI A DIT NON AUX AMERICAINS !

JOSE BUSTANI : L’HOMME QUI A DIT NON AUX AMERICAINS !

Brasilia, Rio de Janeiro, 11 septembre 2017.

Poursuivons notre suite brésilienne en commençant par revenir sur prochetmoyen-orient.ch de la semaine dernière, qui demande une correction et deux précisions. Pan sur le bec ! Le juge Sergio Moro n’est pas un ami de l’actuel président brésilien Michel Temer, comme nous le laissions entendre. « Sa hargne pour Lula s’explique de manière plus profonde », estiment plusieurs sources du ministère de la Justice et de la Citoyenneté ; « ce qui se passe au Brésil est assez comparable à ce qu’a connu l’Italie avec Mani Pulite dans les années 1990 : Moro se rêve en juge Giovanni Falcone, tombeur de tous les puissants, à commencer par l’ancien président Lula et sa successeure Dilma Roussef. Ce processus de lava jato, qui prendra sans doute des années, finira par engloutir Sergio Moro lui-même et risque d’aboutir – comme en Italie – au triomphe d’une solution populiste ».

Concernant l’annonce de Michel Temer d’une privatisation de 4 millions d’hectares de forêt amazonienne, classés « parc naturel », le décret vient d’être annulé après une levée de boucliers tous azimuts. Cela dit, nous fait remarquer un universitaire brésilien, l’Amazonie n’est pas un « jardin botanique » et, comme les autres pays, le Brésil a un droit légitime à pouvoir exploiter ses ressources naturelles, selon des critères de développement durable, bien entendu ! Comme le souligne l’éditeur Carlos Andreazza dans sa tribune « Ambientalismo de oportunidade »1, cela fait des décennies que l’orpaillage, des coupes sauvages… Continuer la lecture

BRESIL EN « PARALYSIE ACTIVE… »

Oiapoque, Macapa, Belém, 3 septembre 2017.

A Saint-Georges – dernière ville de Guyane avant la frontière -, une fois passé le pont qui enjambe le rio Oiapoque, la première ville brésilienne d’Oiapoque (33 000 habitants) s’organise à partir du fleuve, de ses piroguiers, de ses bazars chinois – qui vendent de tout -, et du siège de la police fédérale, en face de l’église catholique qui résiste aux Evangélistes installés en périphérie dans de riches villas. Le centre-ville abrite aussi le musée amérindien très pédagogique avec ses cartes des zones tribales de l’Etat d’Amapa (800 000 habitants), une université dotée d’un département francophone très dynamique, le palais de justice et les deux churrascaria (restaurants de viandes) les plus fréquentés.

Pour sortir de ce bout de Brésil encore pionnier, on emprunte une piste de terre en direction de Macapa (300 000 habitants). Après une heure de route, sur la gauche, une piste plus improbable encore mène à Vila Velha Jari, au bord du rio Cassiporé qui débouche sur le lac Maruani : là où la création du monde a commencé, le royaume de Genival ! C’est l’heure du Mascaret1, lorsque la marée de l’océan remonte le courant descendant des bras d’Amazone : une grande vague qui peut dépasser sept mètres. C’est sur ces berges qu’on peut rencontrer les villageois brésiliens et amérindiens qui ont résisté aux expulsions forcées durant la dictature militaire (1964 -1985), ces années de plomb dont le grand écrivain Jorge Amado décrit si bien les logiques économiques. Les anciens se souviennent, croyant… Continuer la lecture

JUPITER À LA RECHERCHE DE LA DIPLOMATIE PERDUE !

« Nécessité fait loi » nous rappelle l’adage bien connu. Au moment où la présence d’Emmanuel Macron sur la scène internationale, notre vibrionnant président de la République, est de plus en plus fréquente (Cf. la consultation régulière du site internet de l’Élysée1), il serait grand temps qu’il donne un cap et un contenu à sa politique étrangère dont on peine encore à découvrir les linéaments2. Lors du conseil des ministres du 28 juillet 2017, en raison des couacs récents et de la baisse de sa cote de popularité, il marque son intention de « donner du sens à son action » afin qu’elle soit comprise des citoyens. Dont acte ! Au cours des prochaines semaines, deux occasions vont lui être fournies de préciser sa vision jupitérienne et martiale du monde en ce début de XXIe siècle.

D’abord, la rituelle conférence des ambassadeurs (rebaptisée il y a peu en « semaine des ambassadeurs » par Laurent Fabius) de la dernière semaine du mois d’août à Paris au cours de laquelle il est censé instruire la fine fleur de la diplomatie française de sa docte parole. Ensuite, le rituel discours devant l’Assemblée générale de l’ONU de la deuxième quinzaine de septembre à New York au cours de laquelle il est censé instruire la fine fleur de la diplomatie mondiale de la pensée internationale du Dieu Macron. Rien de moins. Même si sa pensée est « complexe », pour reprendre ses propres mots (pour refuser le traditionnel entretien avec deux journalistes du… Continuer la lecture

QUI ÊTES-VOUS DONALD TRUMP ?

« La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds » (Bertold Brecht). Le monde vit au cours des dernières semaines au rythme des provocations. À la faveur de la crise de prolifération (nucléaire et balistique) nord-coréenne, le ton ne cesse de monter entre le président Kim Jong-un et son homologue américain, Donald Trump. Aux provocations répétées du premier (dont la dernière est la menace d’un tir de missile balistique au large de l’île de Guam et ses deux bases américaines… remise pour l’instant sine die1) répond la menace verbale, à ce jour, du second (menace d’une réponse par « le feu et la fureur »)2.

L’adoption le 11 août 2017 d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU élargissant le champ des sanctions visant le régime de Pyongyang ne semble pas avoir tempéré les ardeurs du dictateur nord-coréen. Ceci démontre, s’il en était encore besoin, les limites de la politique de « patience stratégique » prônée et mise en œuvre par Barack Obama et, jusqu’à ce jour, par son bouillant successeur, Donald Trump et l’approche coopérative privilégiée par la communauté internationale3. Le chef de l’État américain s’était, encore il y a peu, montré favorable à s’entretenir avec le président nord-coréen.

Ceci conduit, une fois de plus, à s’interroger sur la personnalité de Donald Trump en allant au-delà des clichés médiatiques binaires et manichéens que nous servent pêle-mêle les médias « mainstream » et la bienpensance germanopratine. Une sorte de… Continuer la lecture

DU PANDA AU DRAGON : QUAND LA CHINE S’ÉVEILLERA…

« Les communistes chinois démolissent la Chine ancienne de manière plus implacable que n’aurait pu le faire l’Occident ». Cette citation extraite du recueil de textes publiés sous le titre de L’affaire homme, par Romain Gary (1980) éclaire parfaitement les évolutions qu’a connues la Chine depuis 1945. Aujourd’hui, les médias évoquent l’existence d’une « diplomatie du panda » (plantigrades prêtés contre espèces sonnantes et trébuchantes au Zoo de Beauval et dont le survivant d’une portée de deux aurait pour marraine l’épouse du chef de l’État, Brigitte Macron) au titre de sa puissance douce (« soft power »). Au-delà de son aspect anecdotique, cette pratique chinoise ancestrale remise au goût du jour par Pékin, est significative du « grand bond en avant » de la diplomatie chinoise au cours des dernières années. La Chine excelle aujourd’hui dans la pratique de cet exercice des relations internationales. Comme souvent, un retour sur le passé est incontournable pour mieux apprécier l’ampleur du changement intervenu en plus d’un demi-siècle.

Ce survol nous aide à mieux retracer les phases successives par lesquelles est passée sa diplomatie de la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours. Si la seconde moitié du XXe siècle est marquée au sceau d’une diplomatie de l’effacement, la chute du mur de Berlin conduit la Chine, plus assurée à l’intérieur, à mener une diplomatie de présence sur l’échiquier mondial. Elle conjugue à son plus grand profit les opportunités créées par la mondialisation, une situation économique florissante et l’affaiblissement américain pour devenir… Continuer la lecture