Observatoire Géostratégique

numéro 144 / 18 septembre 2017

L’envers des cartes

LE DÉSARROI DE L’ÉLÈVE LE DRIAN : PEUT ET DOIT MIEUX FAIRE !

« Il ne peut y avoir de totalité de la communication. Or la communication serait la vérité si elle était totale » (Paul Ricoeur). Jean-Yves Le Drian n’est pas un communicant. Il le revendique. « Je cherche l’efficacité pas la publicité » déclare-t-il dans un long entretien au quotidien Le Monde, le premier du genre depuis sa prise de fonctions derrière le bureau de Vergennes1. Manifestement, avec cet entretien, il semble rompre avec cette tradition de discrétion qui lui a pourtant porté chance pendant les cinq années durant lesquelles il a dirigé le ministère de la Défense.

La conclusion de nombreux contrats de matériels militaires par des entreprises françaises n’y est pas étrangère. Il entend surtout préciser le cadre conceptuel dans lequel il entend situer son action diplomatique en application d’une nouvelle politique étrangère fixée par le chef de l’État. Revenons à cette présentation médiatisée du 30 juin 2017 du nouveau ministre de l’Europe et des Affaires étrangères au quotidien du soir qui intervient huit jours après celle du président de la République au Figaro2, trois jours avant le discours d’Emmanuel Macron devant le Congrès réuni à Versailles (3 juillet 2017) et quatre jours avant le discours de politique générale du premier ministre, Edouard Philippe (4 juillet 2017).

Si elle est forte sur l’affirmation des principes et le diagnostic porté, elle pêche malheureusement par sa faiblesse sur la réalité des crises et leur traitement.

UN ENTRETIEN FORT SUR LES PRINCIPES ET LE DIAGNOSTIC

Même… Continuer la lecture

SYRIE : BATAILLE DE L’EST ET NOUVEAU DELIRE CHIMIQUE…

Les gazettes nous apprennent que les présidents américain et français se sont longuement parlés au téléphone, mardi dernier, sur « la nécessité de travailler à une réponse commune en cas d’attaque chimique en Syrie », a précisé l’Elysée. La veille – lundi – les stratèges du Pentagone révélaient que « le régime de Bachar al-Assad semblait préparer une nouvelle attaque chimique ». Si cette information s’appuie sur les précédents incidents chimiques, on peut craindre le pire ! Toujours est-il que chaque fois – chaque fois – que l’armée gouvernementale syrienne reprend l’avantage dans la reconquête de son territoire national, une nouvelle attaque chimique est aussitôt attribuée au « régime de Bachar al-Assad », sans qu’on puisse sans conteste en prouver la paternité…

Ce nouvel épouvantail chimique se déploie en pleine bataille de l’Est, une bataille décisive. Avec l’appui des forces russes, iraniennes et celles du Hezbollah libanais, l’armée gouvernementale a désormais repris le contrôle de la « Syrie utile », un axe s’articulant entre le grand Damas, les agglomérations de Homs/Hama et la ville d’Alep. En décembre dernier, la libération de cette ville, qui fut la capitale économique du pays, a constitué le vrai tournant de cette guerre civilo-globale qui fait rage depuis l’automne 2011. Hormis quelques réduits de mercenaires chinois et tchétchènes qui résistent encore dans la province d’Idlib à l’ouest d’Alep, la moitié du pays est maintenant pacifiée, les forces gouvernementales s’étant redéployées à l’Est en deux axes principaux : la ville de Deraa, sur la frontière jordanienne (localité d’où est partie la révolte en mars 2011)… Continuer la lecture

MORALISER LA VIE PUBLIQUE OU MORALISER LES ACTEURS PUBLICS ?

« Du dire au faire, la distance est grande » nous rappelle Cervantès dans son Don Quichotte. Mettons au crédit du nouveau président de la République, Emmanuel Macron d’avoir fait ce qu’il a dit en ce qui concerne la moralisation de la vie publique alors qu’il n’était que candidat à la magistrature suprême ! Il est vrai que notre douce France en a bien besoin tant la confiance des citoyens dans ses représentants a été passablement écornée au cours des dernières années, des derniers mois par les affaires : Cahuzac, Thévenoud, Fillon, Le Roux, Guéant, Boillon… sans parler des plus récentes qui ont pour nom Ferrand, Bayrou, de Sarnez, Goulard et autres1. Elles débouchent immanquablement sur la démission des principaux intéressés2. Il était grand temps de sévir avant que la patrie des droits de l’Homme ne se transforme définitivement en vulgaire république bananière. L’euphorie de la victoire garantit la sincérité de l’intention. Qu’en est-il du contenu des textes qui sont proposés à l’approbation du législateur ? Qu’en est-il des questions importantes que l’on peut et doit se poser à propos de cette réforme d’ampleur du quinquennat à venir ? En d’autres termes, quelle est l’approche critique de la démarche retenue qui s’impose à chacun des citoyens français ?

LE CONTENU DES PROJETS DE LOI POUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA CONFIANCE DANS L’ACTION PUBLIQUE

Il convient, de manière très classique, d’étudier le contenu des textes tels qu’ils ressortent du communiqué publié à l’issue du conseil des ministres du 14 juin 2017, trois textes… Continuer la lecture

LIBAN: LA NOUVELLE MALEDICTION DES MARONITES…

Beyrouth, le 17 juin 2017.

Après des mois de confrontations agitées, le feuilleton a pris fin : une nouvelle loi électorale a été adoptée au Liban. Soutenu par le gouvernement, le texte a été approuvé- vendredi dernier – par le Parlement. L’accord est censé ouvrir la voie à la tenue d’élections législatives, annoncées pour le 6 mai 2018. Aucun scrutin législatif n’a pu être organisé depuis huit ans, le mandat du Parlement ayant dû être prolongé de quatre ans.

C’est sur la base de la proportionnelle, une première dans l’histoire du Liban indépendant, que se dérouleront les prochaines élections. Un changement qualifié d’« historique » par plusieurs leaders politiques. La loi, qui découpe le pays en quinze circonscriptions, ne devrait pourtant pas entraîner de bouleversements majeurs sur l’échiquier national, les principaux partis s’étant assurés de conserver la maîtrise d’un système qui demeure profondément confessionnel.

En fait, la montagne accouche d’une souris porteuse d’un simple réajustement ayant trait à la place des Chrétiens dans l’équation politique libanaise, en l’occurrence l’alliance des Forces Libanaises (FL) de Samir Geagea et du Courant Patriotique libre (CPL) du général-président Michel Aoun. Les intérêts partisans continueront à régir la circonscription de Beyrouth. Rien ne change dans le découpage de la Bekaa, rien ne change non plus dans le Akkar (nord du pays). Toujours au Mont-Liban, les cazas du Kesrouan et de Jbeil sont fusionnés pour former une circonscription de huit sièges. Dans le premier, les grandes familles continueront à faire la loi, tandis les voix chi’ites seront… Continuer la lecture

QATAR: AVEC L’AVAL DE WASHINGTON, L’ARABIE SAOUDITE VISE D’ABORD L’IRAN…

Ehden (nord du Liban), 11 juin 2017.

Lundi 5 juin, vers 5 heures du matin, l’Arabie saoudite, l’Egypte, le Yémen, les Emirats arabes unis et Bahreïn annoncent la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Ces cinq pays accusent l’émirat de « soutenir et de financer le terrorisme «. Quel scoop ! Et quelle découverte de la part de pays, au premier rang desquels l’Arabie saoudite, qui financent effectivement, soutiennent et arment les factions de l’Islam le plus radical depuis plus de trente ans! Une vaste plaisanterie tellement illustratrice de notre ère post-vérité/ Fake-News et plus c’est gros plus ça passe…

Suite à cette considérable révélation, personne ne devrait douter que les Etats-Unis, la Grande Bretagne ou la France, proposent une résolution au Conseil de sécurité des Nations unies afin d’adopter de sévères sanctions – à tout le moins – contre un Qatar qui, ah tiens donc!, y bénéficie de privilèges politiques, économiques et fiscaux considérables. Mais le plus probable est, bien-sûr, qu’il ne se passera rien et que les pays occidentaux vont se murer dans un attentisme embarrassé mais conciliateur… En d’autres termes, on devrait se demander pourquoi – dès qu’il est question de terrorisme et de financement du terrorisme -, la planète entière déraisonne complètement!

L’auteur de ces lignes travaille et enquête depuis plus de trente ans, notamment sur le rôle central de l’Arabie saoudite dans la problématique du financement de l’Islam radical et du terrorisme islamiste. En 1998, notre livre – Les Dollars de la… Continuer la lecture