Observatoire Géostratégique

numéro 200 / 15 octobre 2018

L’envers des cartes

L’AFFAIRE DES CASQUES BLANCS SYRIENS A GENEVE : DECONSTRUCTION D’UNE CAMPAGNE MEDIATIQUE !

L’appareil médiatique occidental ne sert plus à informer !

«La France, et ses alliés de l’OTAN, sont fort impliqués dans la guerre en Syrie ; ce qui explique (mais n’excuse pas) le soutien de leur presse aux groupes terroristes et aux ONG qui les accompagnent. Mais quand les journalistes mainstream d’un pays « neutre », comme la Suisse, adoptent la même logique de combat et s’alignent eux aussi sur les mêmes parti-pris, cela est encore bien plus grave. Depuis le début de la guerre en Syrie nous avons maintes fois dévoilé les fausses informations, également par la presse suisse, à commencer par la RTS (Radio Télévision suisse romande).» Silvia Cattori.

Les récents conflits qui ensanglantent la planète, du Donbass à la Syrie, de l’Afghanistan à la Libye, ont popularisé la notion de guerre hybride. Désormais les guerres ne se limitent plus à un «banal» combat militaire mais se livrent sur tous les plans, militaire, civil, médiatique, économique, social et religieux. La guerre classique, avec hélicoptères, drones téléguidés et kalachnikovs, se double toujours d’une guerre de l’information auprès des opinions publiques par les pays qui télécommandent ces conflits à distance, très loin du front, soit, avant tout, nos démocraties occidentales.

Le conflit syrien, qui dure depuis sept ans et qui recourt à toutes les formes de guerre hybride moderne, est un modèle du genre. En décembre dernier, il a brusquement fait irruption sur la scène suisse, à travers un événement d’apparence banal, à savoir une conférence de presse sur l’organisation syrienne… Continuer la lecture

UNION EUROPENNE/MAISON BLANCHE :
LA JOURNEE DES DUPES…

Dans la vie internationale comme dans la vie interne, le pire est possible. Mais, parfois, c’est le meilleur, ou du moins le moins mauvais, qui survient. Tel est le cas de la rencontre entre le président des États-Unis, Donald Trump et le président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker qui a eu lieu le 25 juillet 2018 à la Maison Blanche pour tenter de désamorcer le conflit commercial entre les deux entités de deux côtés de l’Atlantique1. Les observateurs avertis attendaient peu de cette réunion tant le locataire de la Maison Blanche semblait peu enclin à faire marche arrière sur les mesures qu’il avait prises à l’encontre de l’Europe dans le domaine commercial (taxes douanières punitives réciproques dommageables à tous). Persuader Donald Trump d’enterrer la hache de guerre et renoncer à la surenchère protectionniste sur l’automobile2

Après avoir examiné l’environnement international complexe dans lequel se déroule cette rencontre, il importe d’en apprécier les résultats concrets, à savoir le champ précis du consensus auquel sont parvenus les deux interlocuteurs.

UN ENVIRONNEMENT INTERNATIONAL TOURMENTE

Le moins que l’on puisse dire est que la mission de bons offices du président de la Commission européenne intervient dans un contexte à tout le moins complexe et cela à deux points de vue. Les BRICS ont apporté leur voix au chapitre.

D’un point de vue américain, après avoir déclenché une première salve, le 1er juin 2018 sur l’acier et l’aluminium, Washington menace de relever les droits de douane sur l’industrie… Continuer la lecture

JUVIN/BELHIMER : DEUX LIVRES POUR UN ETE INTELLIGENT !

Toulon, 20 juillet 2018.

Contrairement à ce qu’affirmaient un peu vite quelques idéologues fatigués, l’histoire ne s’est pas perdue dans les gravats du mur de Berlin, ni dans les délices d’une mondialisation qui ne pouvait qu’être heureuse… Non, l’administration tranquille des choses et des hommes ne s’est pas substituée mécaniquement au bruit et à la fureur des passions et des intérêts. Les identités se réveillent, les frontières se réaffirment, les pauvres du Sud se jettent sur les routes de l’exil vers un Nord fantasmé, tandis que des nostalgies d’empire remontent de la nuit des temps à coups de menton et de Tweets

Dans cette anomie générale, la gauche s’est convertie au libéralisme économique, tandis que la droite s’appropriait les droits de l’homme et les « valeurs » du nouveau héros moderne : le Bobo/bourgeois-bohème qui boursicote en écoutant France-Culture. Comme les partis de gauche n’ont plus rien à dire, comme ceux de droite ne savent plus qui ils sont et comme la nature politique continue à avoir horreur du vide, le Bobo s’est mis en marche. Vers quoi ? La réponse n’est pas simple et se perd dans une récurrente scolastique qui n’est plus de grande fraîcheur : réforme, modernisation, innovation et communication. Communication permanente ! L’important n’est plus de faire et savoir faire mais de faire savoir, partout, tout le temps et par tous les temps.

Là-dessus, la révolution numérique n’a pas arrangé les choses, le Bobo s’acharnant à liker ou disliker le monde, accumulant des millions d’amis tout en continuant à… Continuer la lecture

SYRIE : WASHINGTON ET PARIS JOUENT LES PROLONGATIONS !

Beyrouth, 14 juillet 2018.

L’armée gouvernementale syrienne vient de hisser le drapeau national dans les quartiers de Deraa, jusqu’à présent aux mains des jihadistes. Située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Damas, Deraa est d’autant plus symbolique que c’est là – en mars 2011 – qu’a commencé la révolte anti-gouvernementale. Hâtivement présenté, comme une « révolution pacifique » par la presse occidentale, ce mouvement a, dès le départ généré une « mobilisation de confrontation », tournant vite à la lutte armée contre les forces de l’ordre. Aidés par leurs homologues jordaniens, les Frères musulmans syriens y ont introduit des armes de guerres (M-16 américains et RPG) en proclamant que l’heure de la vengeance avait sonné, faisant allusion à leur tentative de coup d’Etat avortée à Hama en 19821.

Toujours à la pointe de la propagande, le quotidien Le Monde titre : « Deraa, l’étincelle de la révolution syrienne s’est éteinte… »2 S’ensuit une hallucinante diatribe anti-russe et anti-Bachar relevant davantage du parti-pris idéologique que d’une information maîtrisée, recoupée et responsable. Depuis mars 2011, Le Monde nous annonce le renversement imminent du « boucher de Damas ». La libération de Deraa constitue pour le quotidien, qui n’est plus que l’ombre de lui-même, un cinglant démenti, sinon un cruel retour du réel signifiant que depuis le début de la crise syrienne, Le Monde nous désinforme et nous ment.

Les membres de la rédaction de prochetmoyen-orient.ch boycottent le quotidien depuis le milieu des années 1980, lorsque le triumvirat de l’imposture – Colombani, Minc et Plenel –… Continuer la lecture

RWANDA : REPONSE A KOUCHNER ET QUELQUES AUTRES…

Décidément, le journal La Croix poursuit sa montée au Golgotha de la bien-pensance idéologiquement dominante. Après avoir noué un partenariat régulier avec Frédéric Encel – ancien militant du Betar (organisation de l’extrême-droite pro-israélienne) – le quotidien catholique nous gratifie d’une double page de communication de Bernard Kouchner, l’ex-French Doctor reconverti dans les affaires sans frontières1, tout spécialement avec certaines républiques africaines improbables. Sur quatre colonnes, une photo en couleurs le montre en visite à Kigali le 18 juin 1994, alors secrétaire d’Etat à l’action humanitaire dans une tenue de Tintin reporter en train d’échanger visiblement de graves propos avec un officier du Front patriotique rwandais (FPR)2.

Le chapô introductif de La Croix précise : « pendant le génocide des Tutsis au Rwanda, Bernard Kouchner s’est rendu à trois reprises à Kigali. Il dit avoir tenté, en vain, d’alerter François Mitterrand sur la nature des crimes commis par le régime hutu ». A la fin de l’entretien, une petite note précise : « la semaine prochaine La Croix publiera une interview de l’amiral Lanxade ». Comme disait Jean-Luc Godard, l’objectivité ce n’est pas une minute pour les camps et une minute pour Hitler, mais c’est un peu plus compliqué…

Toujours est-il, qu’une fois de plus Bernard Kouchner se donne le beau rôle : il savait tout, il avait tout compris et tout anticipé, résolument du côté des gentils, bien-sûr ! Extrait : « Tout cela, je le savais. Bien-sûr qu’il y a des militaires qui, sur ordre, se sont préparés à frapper le FPR. Mais… Continuer la lecture