Observatoire Géostratégique

numéro 208 / 10 décembre 2018

L’envers des cartes

JUPITER A L’ONU : « PESER », MAIS ENCORE…

« L’homme à la colombe ». Tel est le titre d’un roman plus vrai que nature écrit, sous le pseudonyme de Fosco Sinabaldi, par un diplomate français ayant pour fonction celle de porte-parole de la mission permanente auprès de l’ONU au milieu des années 1950 en pleine Guerre froide (l’ambassadeur a pour nom Henri Hoppenot)1. Ce diplomate est plus connu sous son véritable nom, Romain Gary. Ce que beaucoup de nos compatriotes ignorent. Que nous raconte le double prix Goncourt dans ce roman qui emprunte bien évidemment à son expérience de l’institution ayant son siège à New-York ? Voici le résumé qu’en fait l’éditeur :

« L’O.N.U. est en émoi. Un fantôme, portant une colombe, terrorise les dactylos qui font des heures supplémentaires le soir dans le gratte-ciel de l’Organisation à New York. On découvre qu’il s’agit d’un jeune cow-boy du Texas, dont le père est un magnat des pétroles. Johnnie, c’est le jeune homme, est venu dans l’Est faire des études supérieures. Celles-ci ont fait de lui un intellectuel, et son père lui a coupé les vivres derechef. Johnnie s’est dévoué avec passion à l’idéal des Nations Unies. Pour contempler de près cette conscience du monde, il s’est fait loger avec sa colombe dans un réduit secret du building de l’O.N.U. par un cireur de chaussures de ses amis. Au bout de quelques jours, Johnnie a compris que l’O.N.U. est une farce, une grande turbine qui marche au quart de tour, mais n’entraîne aucun moteur. Sa déception prend les proportions… Continuer la lecture

L’UNION EUROPEENNE AU PÉRIL DE LA DÉSUNION…

« On le sait …qu’il y a des conceptions différentes au sujet d’une fédération européenne dans laquelle…les pays perdraient leur nationalité nationale et au faute d’un fédérateur…la fédération européenne serait régie par un aréopage technocratique, apatride et irresponsable ». Et c’est en sautillant sur sa chaise qu’il déclare à propos de la solidarité en matière de défense européenne : « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe ! l’Europe ! l’Europe ! … mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien ». Le général de Gaulle avait vu juste dès 1965 alors que l’on ne parlait que de communauté économique européenne (CEE) qui ne comptait que six membres et que la langue de travail était le français (certains ont trop tendance à l’oublier).

Aujourd’hui, faute de s’être livrée à un authentique exercice d’introspection après une série d’élargissements inconsidérés après la chute du mur de Berlin), l’Europe va mal, très mal1. Elle pourrait courir à sa perte à brève échéance, un phénomène de sdéénisation (celui de la SDN à la veille de la Seconde Guerre mondiale) est en marche. Malgré cette réalité attristante, l’Europe excelle dans deux exercices, celui du baratin et de l’affichage. Cela la conduit naturellement tout droit dans le mur comme le démontrent amplement les périls passés et futurs auxquels elle est confrontée quotidiennement.

L’EUROPE EXPERTE DU BARATIN ET DE L’AFFICHAGE2

Face à l’évidence qui crève les yeux, y compris des malvoyants, ses plus zélés… Continuer la lecture

LA CPI EST MORTE : BOLTON L’A TUER…

On savait la Cour pénale internationale (CPI) (dont le siège est à La Haye) moribonde1 mais on ne savait pas que l’heure de lui administrer l’extrême-onction2 par la très célèbre « communauté internationale » était proche. C’était sans compter sur frère Bolton, John de son prénom, surnommé l’homme à la moustache, qui est venu près du malade (par la parole sacrée prononcée sur les bords du Potomak) pour lui faire ingurgiter un poison mortel avant de lui administrer les saints sacrements.

Il est vrai que le prédicateur John a plus d’un tour dans son sac lorsqu’il s’agit de mettre à bas le dogme du multilatéralisme, de jeter dans les poubelles de l’Histoire les saintes écritures de la juridiction internationale, surtout lorsqu’elle se pare des plumes du « pénal ».

Il est vrai que le peuple à la « destinée manifeste » – l’Amérique pour ceux qui ne le sauraient pas encore – n’a jamais trop porté dans son cœur tous les machins et bidules multilatéraux qui entendaient, de près ou de loin, le soumettre à la loi commune, comme le vulgum pecus. Horresco referens clament d’une même voix tous les néo-conservateurs aux quatre coins de la planète.

Au cas où la communauté internationale et ses principaux thuriféraires l’auraient perdu de vue, John Bolton vient de se rappeler à leur bon souvenir avec les formules choc dont il a le secret3. Au diable, la prudence du langage diplomatique. Le lance-flamme est de sortie, Washington menaçant… Continuer la lecture

IDLIB : UNE SCHIZOPHRENIE OCCIDENTALE…

Idlib, cinq lettres qui résonnent à la fois comme l’espoir, le scandale et une nouvelle manifestation du mal récurrent de l’Occident. L’espoir d’une fin prochaine de la guerre civilo-globale de Syrie ; le scandale de jihadistes armés occupant la dernière région d’un pays souverain avec le soutien actif des Occidentaux, des pays du Golfe et d’Israël ; le mal de l’Occident : une schizophrénie récurrente consistant à aider des terroristes, de même filiation que ceux venus tuer nos enfants dans les rues de Paris, Berlin, Londres et de bien d’autres localités d’Amérique, d’Afrique et d’Asie.

A l’ouest d’Alep – au nord-ouest de la Syrie – Idlib est la capitale du gouvernorat du même nom, à moins d’une centaine de kilomètres de la frontière turque. La majorité des habitants d’Idlib travaillaient dans les industries voisines d’Alep et dans l’agriculture. Très fertiles, les terres de la province – 6000 km2 – produisaient en abondance des céréales, du coton, des olives, des figues, du raisin, des tomates et du sésame. La région abrite les vestiges de plusieurs cités antiques dont celle d’Ebla – Tall Mardikh -, site exceptionnel de recherches archéologiques où furent découvertes des tables d’argile couvertes de caractères araméens, la langue du Christ.

Depuis l’automne 2012, la ville est envahie par plusieurs groupes terroristes de la coalition Jaïch al-Fatah (l’Armée de la conquête) regroupant principalement Jabhat al-Nosra (la Qaïda en Syrie), Ahrar al-Cham, Faylaq al-Cham et d’autres factions de jihadistes armés, dont celles de l’organisation « Etat islamique »/Dae’ch. La ville d’Idlib… Continuer la lecture

JUPITER A NOS EXCELLENCES : DIPLOMATIE DU VERBE…

« Ce qu’il dit n’est que du fade verbiage de chancellerie » déclarait Maurice Paléologue (ambassadeur à Sofia de 1907 à 1912 et à Saint-Pétersbourg de 1914 à 1917, puis secrétaire général du ministère des Affaires étrangères dans le cabinet Millerand en 1914). Tel est le principal reproche que l’on peut formuler à l’encontre du discours fleuve (une heure trente minutes environ), fourre-tout prononcé le 27 août 2018 par le président de la République à l’ouverture de la Conférence des ambassadeurs et des ambassadrices1. Son projet de réforme de l’Union européenne y occupe une place de choix en dépit de ses avatars2. Si l’on doit reconnaître à Emmanuel Macron de réelles qualités de tribun, lui fait à l’évidence défaut celle de diplomate au sens le plus classique du terme.

L’art de la diplomatie consiste à trouver les mots justes pour expliquer des choses complexes. Or, dans un monde aussi complexe, Jupiter a la fâcheuse tendance à l’envolée lyrique (il s’éloigne souvent de son texte écrit) qui dilue la force de son propos. De façon liminaire, que pensez de ce cru 2018 du rassemblement annuel des ambassadeurs et des ambassadrices devant le Tout-Paris ? Que dire de l’intervention informe du président de la République ?

CONFÉRENCE DE PLUS EN PLUS INUTILE

Un incontournable détour s’impose sur la présentation officielle de cette aimable rencontre mondaine qui présente les caractéristiques d’un évènement mondain, numérique mais aussi d’un barnum révolutionnaire.

Rendez-vous de boboland

Reportons-nous au site officiel du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) pour découvrir… Continuer la lecture