Observatoire Géostratégique

numéro 187 / 16 juillet 2018

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 24 août 2015

« Arabes Chrétiens » : les inconséquences de Laurent Fabius…

Six mois après avoir provoqué une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies pour sensibiliser la communauté internationale au sort des minorités depuis l’expansion de Dae’ch en Syrie et en Irak, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, a annoncé qu’il présiderait – le 8 septembre prochain à Paris – une « conférence internationale sur les victimes de violences ethniques et religieuses » aux Proche et Moyen-Orient. Sont directement concernés, non seulement les « Arabes Chrétiens », mais aussi les Yézidis, les Shabaks et les Mandéens notamment, qui subissent de plein fouet les violences morbides des jihadistes en Syrie et en Irak.

C’est à l’historien libanais Georges Corm que l’on doit de choisir et d’utiliser l’appellation d’« Arabes Chrétiens » plutôt que celle de « Chrétiens d’Orient ». Et ce, pour trois raisons : on ne dit pas « Chrétiens d’Occident », les premières communautés chrétiennes – c’est une tautologie historique – sont bel et bien nées en Orient ; elles appartiennent de plein pied à différentes communautés du monde arabe et sont, tout aussi pleinement partie prenante de son histoire et de ses cultures, par conséquent ses membres peuvent se considérer légitimement comme des « Arabes » ; enfin, l’appellation « Arabes Chrétiens » souligne et induit toute la richesse et la complexité d’un monde arabe… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 17 août 2015

La crise syrienne entre l’Ukraine et l’Arctique…

Durant ces dernières semaines, la crise syrienne a fait l’objet de plusieurs évolutions diplomatiques et militaires de différentes natures et origines, susceptibles de faire bouger quelques lignes, sans pour autant remettre en cause les tendances lourdes. En définitive, la Maison Blanche, les pays européens satellites dont la France, l’Arabie saoudite, la Turquie et Israël veulent toujours faire la peau de Bachar al-Assad. Moscou, Téhéran, le Hezbollah libanais, voire la Chine ne laisseront pas faire, tenant fermement les positions d’un jeu à somme nulle qui finira par déboucher sur l’adoption d’une espèce de « Yalta régional », parce qu’aucun des deux pôles ne peut l’emporter durablement sur l’autre… Ce grand jeu s’étire entre l’Ukraine et le Grand nord arctique !

Symptôme analytique, sinon psychanalytique : la démultiplication de « reportages » et d’éditoriaux, dans la presse occidentale et notamment parisienne, pour nous annoncer l’affaiblissement, sinon la chute prochaine de Bachar al-Assad, que les mêmes rédactions prédisent depuis l’été 2011… Cette résurgence de propagande repose sur une très mauvaise interprétation du dernier discours du président syrien qui a dit essentiellement deux choses : la guerre est plus longue et meurtrière que prévue et « nous avons besoin de tous nos soldats pour défendre l’intégrité territoriale et politique de la Syrie » ; l’accord sur le nucléaire iranien ne modifie en rien l’alliance militaire de la Syrie avec l’Iran et le Hezbollah libanais, appuyée… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 10 août 2015

« Le salafo-jihadisme est entretenu dans plusieurs pays… »

Nous reproduisons l’entretien accordé au quotidien algérien El-Watan durant la conférence d’Alger sur « la dé-radicalisation », les 22 et 23 juillet derniers. Propos recueillis par Salima Tlemçani. Nous nous sommes permis de reprendre quelques erreurs de transcription qui altéraient la compréhension générale.

Spécialiste du financement du terrorisme islamiste, Richard Labévière, rédacteur en chef du magazine en ligne prochetmoyen-orient.ch, dénonce « la naïveté, le machiavélisme ou l’hypocrisie » de certains Etats comme la Suisse ou la France, qui recyclent d’anciens membres du GIA (Groupes islamiques armés). Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il espère casser les faux-fuyants du politiquement correct des Nations unies et parler carrément de « takfirisme », de déviation de l’Islam, d’Islam radical salafo-jihadiste, entretenus par certains pays qui doivent être interpellés pour faire le ménage chez eux.

El-Watan : Pourquoi, après tant de victimes, on continue à parler d’extrémisme violent au lieu de terrorisme ? A-t-on peur d’identifier le mal et ses causes ?

Richard Labévière : Nous sommes face aux faux-fuyants sémantiques du politiquement correct, liés au fonctionnement et aux contraintes formelles de ce genre de rencontres organisées sous l’égide du Conseil de sécurité de l’ONU, où l’on évite de citer nommément les pays et les responsabilités impliquées dans le phénomène terroriste. Cela débouche sur une langue de bois qui évite de « nommer un chat un chat ». Pourtant, la conférence d’Alger sur la dé-radicalisation concerne bien le terrorisme salafo-jihadiste et ses… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 3 août 2015

LIBAN : LA SOLUTION CONSENSUELLE, C’EST SLEIMAN FRANGIEH !

A Beyrouth, les ordures ménagères ne sont plus collectées depuis plus de trois semaines. Ayant donné lieu à moult commissions, le contrat de sous-traitance à une société privée ne sera pas renouvelé et fait l’objet d’un véritable pugilat politique dans un contexte de blocage généralisé des institutions. Le Premier ministre Tammam Salam, a menacé de démissionner, si certains ministres de son cabinet continuaient d’entraver les activités du gouvernement. Lors de leur dernière réunion, ces derniers ne sont pas arrivés à se mettre d’accord sur les mécanismes des activités du gouvernement. Le différend principal porte sur les modalités du transfert des prérogatives du président de la République au conseil des ministres. Les divergences de vue, au sujet de la nomination du nouveau président de la République, sont à l’origine de la vacance du poste présidentiel, depuis août 2014.

François Hollande vient de téléphoner longuement au Premier ministre « régent «  pour le dissuader de démissionner, ce qui ajouterait un facteur supplémentaire d’instabilité dans un Liban déjà passablement fragilisé par les attaques de Dae’ch et de Nosra… Le président français avait aussi chargé son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius d’évoquer les blocages de la présidentielle libanaise avec son homologue iranien Mohamad Javad Zarif ainsi qu’avec le président Rohani. Ainsi, le chef de la diplomatie française serait parti à Téhéran avec une liste de trois noms de « président consensuel » en poche… Cette médiation… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 27 juillet 2015

Lutte anti-terroriste : l’esprit d’Alger…

Les 22 et 23 juillet derniers s’est tenue à Alger, au Palais des nations, la Conférence internationale sur « la déradicalisation ». Ce sont principalement les pays membres du GCTT, le Forum global contre le terrorisme, dont la trentaine de membres représentent les différents continents et les quinze Etats du Conseil de sécurité des Nations unies, impliqués dans la lutte contre le terrorisme. Les pays de la région sahélo-saharienne et de l’Afrique de l’Ouest étaient également présents ainsi qu’une quinzaine d’organisations régionales et multilatérales (Union africaine, Union européenne, etc.).

En ouverture, le ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue arabe – Abdelkader Messahel – a précisé les grands axes de travail en insistant sur la « déconstruction des idéologies extrémistes » et les techniques de « dé-radicalisation » au premier rang desquelles l’école et l’éducation ; le détournement et l’instrumentation des grandes religions, dont l’Islam, par des idéologues « souvent ignorants » ; l’importance des vecteurs de propagation dont Internet et la responsabilité des médias plus souvent en recherche de sensationnalisme que de présentations et d’explications rigoureuses des faits ; autant de perspectives nécessitant l’action d’appareils d’Etat forts et responsables.

Sans prétendre ériger le cas algérien en paradigme normatif, sinon exemplaire, Abdelkader Messahel s’est voulu plus pragmatique et opérationnel en engageant les pays participants à partager leur « retour d’expérience », afin de mieux articuler… Continuer la lecture