Observatoire Géostratégique

numéro 200 / 15 octobre 2018

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 19 octobre 2015

Etats voyous et grandes voyoucraties…

On le savait déjà, il y a désormais deux camps dans la communauté des nations : celui du droit international œuvrant en faveur d’un nouvel ordre mondial multipolaire en gestation, et celui de l’hypocrisie et de l’arrogance qui cherche à préserver son hégémonie en installant le chaos partout où il rencontre de la résistance.

L’univers arabe et musulman et ses abords d’Afrique, d’Asie ou d’Europe sont le lieu d’une entreprise de destruction et d’asservissement conduite conjointement par l’empire atlantiste sous haute influence israélienne et ses clients islamistes radicaux. La Syrie est devenue le centre de gravité et l’enjeu d’une guerre inédite et perverse, mais aussi, pour ses promoteurs criminels, une cible emblématique. La « mère de la civilisation », qui combat en première ligne les terroristes sauvages du soi-disant « Etat Islamique » et du front Al Nosra/al Qaida, est donc présentée comme « l’Etat voyou » par excellence par ceux-là mêmes qui financent, arment et soutiennent le gangstérisme sanglant des djihadistes. Dans nos « grandes démocraties », l’inversion des rôles est devenu si naturel que nul ne songe plus à s’en offusquer : c’est la base même du « false flag », omniprésent dans la narrative atlantiste.

L’Assemblée Générale des Nations Unies a consacré la journée du lundi 28 septembre dernier à la Syrie. Les puissants de ce monde ont utilisé cette tribune pour réaffirmer leurs positions sur l’interminable conflit. A… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 12 octobre 2015

De la chute de Koundouz et de ses conséquences pour l’Asie centrale et la Russie

Même si Koundouz a été reprise (provisoirement ?) par les Gouvernementaux, sa chute, ce lundi 28 septembre, aux mains des Taliban revêt une grande importance en Afghanistan comme en Asie centrale mais aussi en Russie et sur la scène mondiale. En Afghanistan même, la perte d’une agglomération prestigieuse de 300 000 habitants1, qui plus est ville-pivot « hub » de la région nord, est une catastrophe pour les partisans d’Achraf Ghani, en tout cas un tournant de l’interminable conflit afghan. Pour la première fois depuis 2001 une capitale de province – et non des moindres- tombe dans l’escarcelle des insurgés : c’est justement ce que nombre de spécialistes redoutaient de la part des Taliban qui prouvent ainsi leur aptitude à dominer, à nouveau, l’essentiel du territoire, non seulement ses campagnes mais aussi ses grandes cités.

Par ailleurs, l’assez faible implantation pachtoune autour de Koundouz incite à penser que les Taliban locaux ont dû recourir dans leur conquête à l’aide de Tadjiks, voire d’Ouzbeks transfuges du camp pro-occidental. On ajoutera que les défenseurs de Koundouz ont manqué, ce lundi, de combativité. C’était, jusqu’ici, un phénomène exceptionnel chez les Gouvernementaux. Leur passivité nouvelle ne laisse pas d’être inquiétante.

Enfin, avec la prise de Koundouz, place d’armes qui commande l’accès nord de Kaboul, on peut dire que l’étau taliban se resserre, à la veille de l’hiver, autour d’une capitale… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 5 octobre 2015

Paroles d’ONU, actes d’OTAN…

La partie qui vient de se jouer à l’Assemblée générale des Nations unies s’apparente à La journée des dupes1 : le président Obama laisse entendre qu’on ne peut ignorer Bachar al-Assad pour s’attaquer efficacement à l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch)2 ; François Hollande affirme, pour sa part, qu’« il faut parler à tout le monde, sans exclusive, pour lutter contre Dae’ch », mais ajoute aussitôt qu’il faut exclure le président syrien de toute négociation à venir… De son côté, Vladimir Poutine avait anticipé le rendez-vous onusien en officialisant l’engagement militaire russe en Syrie, point d’appui d’un projet de résolution visant la formation d’une véritable alliance contre Dae’ch. Sur la même ligne, le président iranien Hassan Rohani veut voir « les terroristes vaincus » avant toute négociation politique.

Divergences de terminologie et de calendrier, ce n’est pas exceptionnel à la tribune de l’Assemblée générale, mais au final, les Occidentaux marinent dans leur alliance avec la Turquie et l’Arabie saoudite (business first) dont le premier objectif reste le démantèlement de la Syrie alors que Russes et Iraniens continuent d’appuyer Damas pour endiguer les progrès régionaux et internationaux des groupes salafo-jihadistes… En définitive, Dae’ch peut se rassurer et continuer à profiter des aides financières, humaines et logistiques des pays du Golfe, tout autant que les différentes vitrines d’Al-Qaïda en Irak et en Syrie – érigées en « opposition modérée »… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 28 septembre 2015

Diplomatie française : improvisations, revirements et amateurisme…

Quelques semaines avant l’élection de François Hollande, un groupe de hauts fonctionnaires français signait une tribune dans un quotidien parisien1, appelant à rompre avec les postures médiatiques de Nicolas Sarkozy. Commentant les propositions du candidat socialiste, ce collectif écrivait : « on ne voit pas encore les axes structurants d’une politique réfléchie. Sans tabous ni autocensure, la première des préoccupations reste la non-prolifération nucléaire et le dossier iranien, mais aussi et peut-être davantage le Pakistan, ainsi que le réarmement d’autres puissances. Quelle est la meilleure politique au regard de nos intérêts? Est-ce pertinent de soutenir Israël quelles que soient les extrémités où l’on risque de nous entraîner? Quelles leçons tire-t-on de l’expédition libyenne – guerre déclenchée au nom des droits humains – dont on ne connaît toujours pas le bilan des victimes, ni l’ampleur des effets déstabilisateurs dans la sous-région sahélienne, sans parler de l’évolution inquiétante des libertés civiles et politiques? Et que penser de la politique de gribouille sur la Syrie, pouvant déboucher sur une militarisation accrue de la crise? L’appel au changement de régime est-il légitime, surtout lorsqu’il est porté par des pays comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite? Ne reproduit-on pas ici les erreurs commises par les Américains et les Britanniques en Irak ? Cela ne ressemble-t-il pas à un vieux remugle de néo-colonialisme? Quant à l’Afghanistan, il restera à dresser un bilan de notre engagement militaire. Ces questions rompent avec le politiquement correct… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 21 septembre 2015

Les appels à négocier avec Bachar al-Assad se multiplient…

La présence croissante de l’armée russe en Syrie, à la demande du gouvernement légal de Bachar al-Assad, et en accord avec l’Iran qui avait envoyé l’un de ses généraux à Moscou début août, donne des sueurs froides aux Occidentaux. D’abord révélée par des sources israéliennes fin août, cette implication du Kremlin a été confirmée par divers rapports faisant état de la création d’une base d’intervention aérienne russe à Lattaquié qui pourrait précéder l’envoi de Mig 29, voire de troupes au sol russes contre Dae’ch.

Le 6 septembre dernier, le secrétaire d’Etat américain John Kerry faisait savoir qu’il avait eu une conversation téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov dans laquelle il lui avait fait part de son inquiétude de voir l’engagement russe « entraîner la perte d’un plus grand nombre de vies innocentes, augmenter le flot des réfugiés et le risque de confrontation avec les forces anti-Dae’ch qui opèrent en Syrie ».

Pourtant cette intervention pourrait avoir pour effet de modérer les élans unilatéralistes des principales puissances militaires occidentales.

Fin août, le mystérieux afflux de réfugiés notamment irakiens et syriens aux portes de l’Europe a relancé les doutes sur la stratégie de bombardement aérien menée par les occidentaux depuis un an. Exploitant notamment l’image de la mort de l’enfant de trois ans d’un réfugié de Kobané – Aylan Kurdi -, des journaux conservateurs britanniques comme « The Sun » et le « Daily Mail … Continuer la lecture