Observatoire Géostratégique

numéro 231 / 20 mai 2019

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 28 mars 2016

« DES RESEAUX DORMANTS QUI SE REVEILLENT ET SE VENGENT… »

Entretien publié par le quotidien algérien EL-WATAN, 23 mars 2016.

Spécialiste des réseaux jihadistes et de leur financement, Richard Labévière, rédacteur en chef du magazine en ligne procheetmoyen-orient.ch, explique que les attentats de Bruxelles sont une réponse des réseaux dormants salafo-jihadistes implantés en Belgique, à l’arrestation de Salah Abdeslam et de ses complices. Dans cet entretien, il apporte un éclairage édifiant sur ces réseaux, leur financement, la réaction des services de sécurité à leur égard, tout en exprimant sa crainte «de voir les pays européens tomber dans le piège tendu par les porteurs de l’idéologie de la terreur, celui de susciter la peur, sinon la haine de l’autre».

El-Watan : Quelle lecture faites-vous des attentats en Belgique ?

Richard Labévière : C’est clairement la réponse du berger à la bergère. Les réseaux salafo-jihadistes dormants – qui sont implantés en Belgique depuis vingt ans – se sont réveillés car ils ne pouvaient pas ne pas réagir à l’arrestation de Salah Abdeslam et de ses complices. Ces réseaux criminels sont constitués de petits délinquants et trafiquants qui ont des réflexes de « bandes » : ils se vengent ! L’arrestation d’Abdeslam a provoqué un effet d’accélérateur pour d’autres attentats qui étaient en préparation depuis plusieurs mois. Il est à craindre que d’autres ne suivent…

Contrairement à ce qui a été répété par une majorité de médias, à savoir que Salah Abdeslam était parfaitement… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 21 mars 2016

TERRORISME : ISLAM RADICALISE OU RADICALISATION ISLAMISEE ?

Tous les journaux télévisés francophones du vendredi 18 mars 2016 en ont fait leur titre principal : « Salah Abdeslam, l’ennemi public numéro 1, arrêté ! » Après quatre mois de traque, ce Français de 26 ans, d’origine marocaine- considéré comme le dernier survivant du commando responsable des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis – a été appréhendé et blessé au cours d’une opération de la police belge dans un quartier de Molenbeeck à Bruxelles.

Les enquêteurs français et belges avaient perdu la trace du fugitif depuis qu’il avait été contrôlé le matin du 14 novembre 2015 à bord d’une voiture sur la route Paris-Bruxelles, alors que son nom n’était pas encore apparu dans l’enquête. Un autre homme, lui aussi lié aux attentats de Paris et identifié comme « le soi-disant Mounir Ahmed Al Hadj alias Amine Choukri », a également été blessé durant cette même intervention. « Il avait été contrôlé en compagnie d’Abdeslam à Ulm en Allemagne en octobre 2015 », a précisé le parquet. « Trois autres personnes ont également été privées de liberté », a poursuivi le porte-parole du parquet. Il s’agit des nommés Abid A., Sihane A. et Djemila M, tous membres de la famille qui a hébergé Salah Abdeslam. Au total, trois perquisitions ont eu lieu et se sont achevées en fin de soirée…

Au stade de l’enquête – à la mi-mars 2016 – Salah Abdeslam est considéré « au minimum » comme le « logisticien » du groupe Abaaoud qui a commis les attentats du 13 novembre 2015,… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 14 mars 2016

SYRIE : CINQ ANS DE METAPHYSIQUE DIAFOIRUS …

En France plus qu’ailleurs, certaines questions internationales finissent par confiner au religieux. Il en va ainsi du conflit israélo-palestinien et du génocide rwandais qui déclenchent – aussitôt évoqués – postures mystiques, déferlements de propagande et noms d’oiseaux. N’ayant pas échappé à la boulimie commémorative de la presse parisienne, la crise syrienne qui vient d’entrer dans sa sixième année, provoque encore toutes sortes de transes chez toutes sortes de belles âmes, de redresseurs de pensées courbes et de toutous de garde aux aboiements sélectifs.

Si nul ne conteste la gestion désastreuse de l’emprisonnement des enfants de Deraa, ayant écrit sur les murs : « Bachar dégage ! » – affaire qui a constitué le facteur déclencheur de la crise en mars 2011 – ; si chacun pouvait s’inquiéter de la lenteur des réformes de structures, qui étaient pourtant engagées avec l’aide de la France depuis le début des années 2000 ; enfin, si personne ne pouvait comparer la Syrie avec la Confédération helvétique, il paraissait tout aussi stupide de la confondre avec la Corée du nord…

Deraa : une troisième année de sécheresse avec plusieurs milliers d’ouvriers agricoles impayés, des armes de guerre qui rentrent impunément depuis la Jordanie et l’Irak voisins par les caravanes des tribus transfrontalières sunnites et les activistes des Frères musulmans jordaniens qui chauffent à blanc la prière du vendredi… ça fait beaucoup ! L’auteur de ces lignes a vu – de ses yeux vus – des snippers masqués tirer depuis les toits des maisons sur les… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 7 mars 2016

BOKO HARAM OU LES RAISONS DE LA COLÈRE

« On ne sait pas ce que c’est, mais il faut lever les épaules, quand on en parle »1.

La lutte contre le terrorisme relève, de la quadrature du cercle. Hier, Al-Qaïda en Afghanistan et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL ou son acronyme Daech) qui essaime au Moyen-Orient (Irak, Syrie, Yémen où il conteste AQPA); au Maghreb (où il marginalise AQMI ; en Afrique (Shebab en Somalie débordant au Kenya) ; en Asie (Pakistan) et en Océanie (Australie); en Amérique (Canada, Etats-Unis) ; en Europe (Belgique, France, Danemark…). Le péril djihadiste, nouvelle cuvée, inquiète de plus en plus l’Occident par sa radicalité. Au cœur de l’Afrique, un autre mouvement est très actif au Nigéria : « Boko Haram a commencé à attaquer les écoles ‘au style occidental’ et d’autres ont lancé des attaques similaires, en particulier contre des écoles de filles. Les valeurs que les fanatiques dénoncent comme étant ‘occidentales’, – la liberté individuelle, la démocratie, l’égalité des sexes, le pluralisme religieux – sont ici au cœur du débat »2. En 2015, le groupe prête allégeance à l’EIIL.

Il convient de revenir sur l’histoire mouvementée du Nigéria depuis son indépendance pour appréhender les conditions de l’émergence du groupe islamiste, Boko Haram. Au début de l’année 2016, une réflexion s’impose pour briser le labyrinthe du silence, traiter les racines du mal.

NIGERIA : UNE HISTOIRE MOUVEMENTEE…

L’histoire du pays est celle de l’instauration de la démocratie chez un colosse aux pieds d’argile.

Le… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 29 février 2016

RIYAD CONTRE BEYROUTH : PUNITION COLLECTIVE !

L’Arabie saoudite vient d’interdire à ses ressortissants de se rendre au Liban et demande à ceux qui y sont installés de le quitter. Quelques heures plus tard, les Emirats arabes unis emboîtaient le pas à Riyad en adressant « formellement » la même interdiction à leurs citoyens. Plus encore, ils ont décidé de réduire au minimum leur représentation diplomatique à Beyrouth. Leur ambassadeur a regagné Abou Dhabi en affirmant qu’ « il partait en vacances », le ministère émirati des Affaires étrangères publiant un communiqué, mardi dernier, indiquant qu’il « se coordonne avec toutes les parties concernés afin de mettre en application cette décision… » Simultanément, c’était au tour de Bahreïn d’annoncer qu’il interdisait « définitivement » à ses nationaux de se rendre à Beyrouth et dans toutes autres localités du Liban.

Cet enchaînement d’interdictions intervient alors que les autorités libanaises sont toutes occupées à préparer les contacts devant permettre au Premier ministre par intérim Tamman Salam d’entamer une tournée dans les pays du Golfe, notamment en Arabie saoudite pour essayer de tourner la page du différend né de la position exprimée par le Liban lors des deux dernières conférences de la Ligue arabe et de l’Organisation de la conférence islamique. Que s’est-il passé ? Dans un éclair de lucidité, le ministre libanais des Affaires étrangères Gebran Bassil s’est abstenu d’avaliser les communiqués belliqueux exprimant une indéfectible solidarité avec l’Arabie saoudite, suite aux dégradations causées par des manifestants à l’ambassade de la monarchie à Téhéran.

C’était sans compter que ces crétins de Saoudiens ont toujours… Continuer la lecture