Observatoire Géostratégique

numéro 191 / 13 août 2018

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 13 juillet 2015

Petite géopolitique de la crise grecque…

En définitive, Alexis Tsipras a su opposer à la machinerie de l’Union européenne les réglages politiques que François Hollande avait promis d’effectuer, durant sa campagne présidentielle, avant d’y renoncer aussitôt une fois élu. En effet, remettre à plat le fonctionnement du grand marché unique et de sa monnaie au service de l’hégémonie allemande et de la globalisation financière constituait l’un des engagements cardinaux du candidat socialiste ! Une fois à l’Elysée, le même se précipite à Washington pour déclarer qu’il faut accélérer la finalisation d’un Traité instituant un grand marché transatlantique… Hallucinant ! Et Tsipras restera certainement dans l’Histoire pour s’être levé contre cet à-plat-ventrisme généralisé face aux banques privées qui « régulent » la mondialisation économique, en veillant scrupuleusement à l’application drastique de la vieille loi d’airain du capitalisme : privation des profits, socialisation des pertes…

Sans jamais apparaître en première ligne de la gestion de crise, le président Barack Obama n’a pourtant cessé de « conseiller » téléphoniquement Angela Merkel et François Hollande « pour sauver la stabilité financière mondiale et la cohésion politique de l’Union européenne », reconnaît l’un des plus hauts-fonctionnaires de l’Elysée en ajoutant : « ce qui l’obsédait davantage était la sécurité du commandement militaire de l’OTAN en Méditerranée orientale ». Certes, la plupart des bases américaines – installées en Grèce durant la Guerre froide – ont été démantelées, mais la plus importante – celle… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 6 juillet 2015

Terrorisme de la misère, misère du terrorisme…

La dernière séquence des attentats revendiqués par Dae’ch (organisation « Etat islamique ») en France, au Koweït et en Tunisie peut se lire, sinon s’interpréter à la faveur de trois perspectives convergentes : Dae’ch avait annoncé à plusieurs reprises que la période du Ramadan (jeûne) serait propice à des actions spectaculaires contre les « Kafir », les mécréants ; l’organisation « Etat islamique » a proclamé le « califat » le 29 juin 2014 et devait marquer, d’une manière ou d’une autre cet « anniversaire » ; enfin, la finalisation de l’accord sur le nucléaire iranien étant annoncée pour la fin juin, Dae’ch se devait aussi de manifester sa désapprobation, sinon sa haine fondamentale envers les Chi’ites.

Cela dit, cette simultanéité d’action dans trois pays – France, Koweït et Tunisie – revêt d’autres significations. Ciblée en janvier dernier par « Al-Qaïda au Yémen », la France est à la fois engagée dans la bande sahélo-saharienne contre les jihadistes locaux (AQMI, Ansar-Eddine, MUJAO, etc.), alors qu’elle soutient ceux de Nosra en Syrie et au Liban… Comprenne qui pourra ! Constat partiellement identique pour le Koweït, dont les différentes banques et autres officines financent joyeusement la nébuleuse terroriste wahhabite depuis des décennies, avec un appui officiellement déclaré à Nosra en Syrie et au Liban ; enfin, la Tunisie nous ramène à un objectif jihadiste des plus classiques… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 29 juin 2015

« Si Dae’ch n’existait pas, il faudrait l’inventer… »

Le quotidien libanais L’Orient-le-Jour revient sur le colloque de Genève « Terrorisme : anciennes menaces/nouveaux enjeux » du 27 mai dernier.

Richard Labévière, expert des questions internationales et stratégiques, écrivain et rédacteur en chef de prochetmoyen-orient.ch – Observatoire géostratégique, analyse le changement de posture des États-Unis dans le traitement des questions liées au terrorisme.

Dans un contexte international volatile et fragmenté, marqué par la disparition progressive du leadership américain, la multiplication des acteurs et la fin des alliances stables, la configuration de la menace terroriste est de plus en plus complexe. Comment a évolué le traitement du phénomène terroriste par les puissances occidentales et leurs alliés ? Comment expliquer les contradictions entre la déclaration d’une guerre totale contre le terrorisme incarné par des organisations comme le groupe État islamique (Dae’ch), et dans la pratique, un conflit de moyenne et basse intensité contre l’EI ? Pourquoi l’approche politique de résolution des crises a été supplantée par la logique sécuritaire du maintien, de l’entretien et de la gestion de ces situations ? Richard Labévière, expert des questions internationales et stratégiques, rédacteur en chef de prochetmoyen-orient.ch – Observatoire géostratégique, répond à L’Orient-le-Jour.

OLJ: Le 27 mai 2015, à Genève, vous avez organisé un colloque sur le terrorisme dans lequel vous parlez d’« anciennes menaces » mais de « nouveaux enjeux ». Qu’entendez-vous par là ?

RL : Le premier point sur les anciennes menaces était de montrer la vraie filiation… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 22 juin 2015

Le Hezbollah défend l’intégrité du Liban !

Reportage

Toujours inscrit sur les listes américaine et européenne des organisations terroristes, le Hezbollah libanais est engagé officiellement, depuis l’été 2013 et en première ligne, contre les factions terroristes de Nosra (Al-Qaïda en Syrie) et de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch). Environ 5000 de ses combattants défendent quotidiennement la frontière libanaise du Ersal, tout le long de la Bekaa-Est. Plusieurs membres de la rédaction de prochetmoyen-orient.ch se sont rendus sur le terrain…

Alors que la plupart des combats menés par le Hezbollah à la frontière libano-syrienne se concentraient jusqu’à maintenant contre le Front al-Nosra dans la région du Qalamoun, c’est Dae’ch qui a, dernièrement fait monter la tension d’un cran dans la région en menant plusieurs assaut contre des positions avancées de l’organisation chi’ite. Pour la première fois, les deux formations se sont affrontées dans les jurds (massifs) du Qaa et de Ras Baalbeck, deux zones chrétiennes de la Bekaa septentrionale, au nord de Ersal.

Les combattants du Hezbollah ont contré l’assaut jihadiste lancé depuis la région du Kahf, à l’est du jurd de Ras Baalbeck, ciblant ses positions frontalières de Qornet el-Samarmar et Qornet el-Mazbaha. Les combats, d’une extrême violence, se sont propagés jusqu’à la région de Naamate dans le jurd de Qaa. Faisant de nombreuses victimes dans les rangs de Dae’ch, le Hezbollah a poursuivi son offensive, détruisant cinq véhicules blindés terroristes à Zoueitiné et Jeb al-Jarad, ainsi qu’une rampe de lancement pour roquettes à Qornet al-Kaf.… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 15 juin 2015

Méthode terroriste : temps stratégique et communication symbolique…

Le terrorisme est une méthode : le recours « privé » à une violence létale (ou au moins assez dangereuse pour susciter la crainte de la mort, telle une bombe). Elle a des motivations idéologiques et des fins politiques (faire céder la volonté de l’autre comme la guerre). Mais pour atteindre ces objectifs il faut viser des cibles symboliques, donc utiliser des signes autant que des forces. Le terrorisme, stratégie, est susceptible de se mettre au service des idéologies les plus opposées, mais ne peut, pour autant, faire l’économie d’une théorie : il se pense comme instrument. Non seulement le pratiquant (le terroriste) désire comme le dit un personnage des Justes de Camus « tuer des idées » en tuant des hommes, mais il veut aussi que son acte prenne sens dans une perspective historique. Ne serait-ce qu’au nom du principe « l’avenir nous jugera, la postérité nous justifiera ».

Urgence et projection historique

Ceci implique que le terrorisme se représente à lui-même comme une nécessité provisoire – ce qui confirme s’il en était besoin, le titre de ce colloque « le moment terroriste »-. Contrairement à une armée sensée « servir plusieurs fois », un groupe terroriste ne rêve que de s’auto dissoudre soit en remportant la victoire, et en devenant inutile, soit en passant à un stade suivant, celui du vrai mouvement de masse, du réveil du peuple, de la vraie… Continuer la lecture