Observatoire Géostratégique

numéro 208 / 10 décembre 2018

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 14 septembre 2015

Dae’ch  et les autres : bienvenue dans le « monde VUCA » !

L’ensemble de la presse mondiale a dernièrement commémoré le premier anniversaire de la Coalition internationale qui a déclenché ses premiers bombardements contre des positions de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) en Irak et en Syrie, le 2 août 2014. Un an plus tard, tout le monde s’étonne que cette « alliance », réunissant quand même les armées les plus puissantes du monde, n’ait pas réussi à éradiquer une organisation constituée de quelque 30 à 35 000 fusils tout au plus. Le même constat vaut également pour Jabhat al-Nosra et les autres résidus d’Al-Qaïda ayant prospéré en Asie, en Afrique ou en Europe.

Pourquoi un tel étonnement, sinon une telle cécité ? La réponse est pourtant aussi claire et limpide que La Lettre volée d’Edgar Allan Poe, posée sur là, sous nos yeux, alors que personne ne veut vraiment la voir… Les experts militaires américains, qui donnent le « la » en matière de « guerre contre la terreur » depuis quatorze ans, l’ont dit, redit et écrit : il ne s’agit nullement d’éradiquer le terrorisme, d’en neutraliser définitivement les protagonistes, de casser définitivement ses inspirateurs et d’en assécher les financements. L’objectif principal est de « gérer » son développement, ses mutations et l’évolution de sa cartographie afin d’accompagner la reconfiguration, la modernisation et la diversification de… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 7 septembre 2015

Un ancien patron de la CIA veut s’allier avec Al-Qaïda…

S’allier aux terroristes de Jabhat al-Nosra, c’est-à-dire Al-Qaïda en Syrie et en Irak, pour lutter contre d’autres terroristes, ceux de Dae’ch, l’organisation « Etat islamique », est la dernière trouvaille du général David Petraeus. Cet ancien chef de la CIA vient d’expliquer ce qu’il pense être « une impérieuse nécessité » au site américain d’information The Daily Beast1. Comme plusieurs experts américains, ce général en retraite qui fût en charge de la lutte anti-terroriste en Irak avec le succès que l’on sait, qualifie les terroristes de Nosra de « combattants modérés ». Evidemment par rapport aux fêlés de Dae’ch, c’est une question d’appréciation… Commandant en chef des forces américaines en Afghanistan, ce bon Petraeus était déjà l’inventeur du concept très discutable de « Taliban modéré » dont on peut, aujourd’hui encore, vérifier toute la pertinence alors qu’il ne se passe pas un jour sans qu’un ou plusieurs attentats meurtriers n’ensanglantent Kaboul et ses faubourgs…

Cette conception de la « modération » est l’une des vieilles marottes des « experts » du Pentagone, spécialistes dans le déclenchement de guerres désastreuses – en Afghanistan, dans les zones tribales pakistanaises, au Yémen, en Irak et ailleurs – et de solutions post-conflits toutes aussi foireuses. La méthode est simple, brutale autant que répétitive : on casse tout et ensuite on réfléchit afin de bricoler des… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 31 août 2015

François Hollande et les ambassadeurs ou les sophismes du « rayonnement »…

Le 25 août dernier, François Hollande a ouvert la 22ème conférence des ambassadeurs. Chaque année à même époque, ce rendez-vous traditionnel marque la rentrée de la diplomatie française et donne l’occasion au président de la République de développer sa vision de l’état du monde et de fixer ses priorités.

Sans surprise, François Hollande s’est d’abord conformé aux contraintes de calendrier en appelant les diplomates français à une totale mobilisation en vue de la prochaine réunion sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre prochain. Son deuxième objet était tout aussi attendu : « la planète n’est pas seulement menacée par le réchauffement climatique, elle est confrontée à un terrorisme qui n’a jamais atteint ce niveau de barbarie, ni cette gravité depuis des décennies ». Escortant les reconfigurations du monde depuis la fin de l’empire romain, la notion de « barbarie » est-elle la plus appropriée pour qualifier et comprendre les dernières mutations de la menace terroriste ? Et, rappelant que la France avait été elle-même frappée en janvier dernier et encore tout récemment, le Président s’est félicité d’une réaction de « sang froid » ayant suscité une « solidarité internationale exceptionnelle, parce que la France représente pour le monde entier la liberté ». 

Chacun se souvient, en effet, de la marche républicaine du 11 janvier 2015, qui s’est déroulée en l’absence du… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 24 août 2015

« Arabes Chrétiens » : les inconséquences de Laurent Fabius…

Six mois après avoir provoqué une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies pour sensibiliser la communauté internationale au sort des minorités depuis l’expansion de Dae’ch en Syrie et en Irak, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, a annoncé qu’il présiderait – le 8 septembre prochain à Paris – une « conférence internationale sur les victimes de violences ethniques et religieuses » aux Proche et Moyen-Orient. Sont directement concernés, non seulement les « Arabes Chrétiens », mais aussi les Yézidis, les Shabaks et les Mandéens notamment, qui subissent de plein fouet les violences morbides des jihadistes en Syrie et en Irak.

C’est à l’historien libanais Georges Corm que l’on doit de choisir et d’utiliser l’appellation d’« Arabes Chrétiens » plutôt que celle de « Chrétiens d’Orient ». Et ce, pour trois raisons : on ne dit pas « Chrétiens d’Occident », les premières communautés chrétiennes – c’est une tautologie historique – sont bel et bien nées en Orient ; elles appartiennent de plein pied à différentes communautés du monde arabe et sont, tout aussi pleinement partie prenante de son histoire et de ses cultures, par conséquent ses membres peuvent se considérer légitimement comme des « Arabes » ; enfin, l’appellation « Arabes Chrétiens » souligne et induit toute la richesse et la complexité d’un monde arabe… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 17 août 2015

La crise syrienne entre l’Ukraine et l’Arctique…

Durant ces dernières semaines, la crise syrienne a fait l’objet de plusieurs évolutions diplomatiques et militaires de différentes natures et origines, susceptibles de faire bouger quelques lignes, sans pour autant remettre en cause les tendances lourdes. En définitive, la Maison Blanche, les pays européens satellites dont la France, l’Arabie saoudite, la Turquie et Israël veulent toujours faire la peau de Bachar al-Assad. Moscou, Téhéran, le Hezbollah libanais, voire la Chine ne laisseront pas faire, tenant fermement les positions d’un jeu à somme nulle qui finira par déboucher sur l’adoption d’une espèce de « Yalta régional », parce qu’aucun des deux pôles ne peut l’emporter durablement sur l’autre… Ce grand jeu s’étire entre l’Ukraine et le Grand nord arctique !

Symptôme analytique, sinon psychanalytique : la démultiplication de « reportages » et d’éditoriaux, dans la presse occidentale et notamment parisienne, pour nous annoncer l’affaiblissement, sinon la chute prochaine de Bachar al-Assad, que les mêmes rédactions prédisent depuis l’été 2011… Cette résurgence de propagande repose sur une très mauvaise interprétation du dernier discours du président syrien qui a dit essentiellement deux choses : la guerre est plus longue et meurtrière que prévue et « nous avons besoin de tous nos soldats pour défendre l’intégrité territoriale et politique de la Syrie » ; l’accord sur le nucléaire iranien ne modifie en rien l’alliance militaire de la Syrie avec l’Iran et le Hezbollah libanais, appuyée… Continuer la lecture