Observatoire Géostratégique

numéro 208 / 10 décembre 2018

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 10 août 2015

« Le salafo-jihadisme est entretenu dans plusieurs pays… »

Nous reproduisons l’entretien accordé au quotidien algérien El-Watan durant la conférence d’Alger sur « la dé-radicalisation », les 22 et 23 juillet derniers. Propos recueillis par Salima Tlemçani. Nous nous sommes permis de reprendre quelques erreurs de transcription qui altéraient la compréhension générale.

Spécialiste du financement du terrorisme islamiste, Richard Labévière, rédacteur en chef du magazine en ligne prochetmoyen-orient.ch, dénonce « la naïveté, le machiavélisme ou l’hypocrisie » de certains Etats comme la Suisse ou la France, qui recyclent d’anciens membres du GIA (Groupes islamiques armés). Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il espère casser les faux-fuyants du politiquement correct des Nations unies et parler carrément de « takfirisme », de déviation de l’Islam, d’Islam radical salafo-jihadiste, entretenus par certains pays qui doivent être interpellés pour faire le ménage chez eux.

El-Watan : Pourquoi, après tant de victimes, on continue à parler d’extrémisme violent au lieu de terrorisme ? A-t-on peur d’identifier le mal et ses causes ?

Richard Labévière : Nous sommes face aux faux-fuyants sémantiques du politiquement correct, liés au fonctionnement et aux contraintes formelles de ce genre de rencontres organisées sous l’égide du Conseil de sécurité de l’ONU, où l’on évite de citer nommément les pays et les responsabilités impliquées dans le phénomène terroriste. Cela débouche sur une langue de bois qui évite de « nommer un chat un chat ». Pourtant, la conférence d’Alger sur la dé-radicalisation concerne bien le terrorisme salafo-jihadiste et ses… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 3 août 2015

LIBAN : LA SOLUTION CONSENSUELLE, C’EST SLEIMAN FRANGIEH !

A Beyrouth, les ordures ménagères ne sont plus collectées depuis plus de trois semaines. Ayant donné lieu à moult commissions, le contrat de sous-traitance à une société privée ne sera pas renouvelé et fait l’objet d’un véritable pugilat politique dans un contexte de blocage généralisé des institutions. Le Premier ministre Tammam Salam, a menacé de démissionner, si certains ministres de son cabinet continuaient d’entraver les activités du gouvernement. Lors de leur dernière réunion, ces derniers ne sont pas arrivés à se mettre d’accord sur les mécanismes des activités du gouvernement. Le différend principal porte sur les modalités du transfert des prérogatives du président de la République au conseil des ministres. Les divergences de vue, au sujet de la nomination du nouveau président de la République, sont à l’origine de la vacance du poste présidentiel, depuis août 2014.

François Hollande vient de téléphoner longuement au Premier ministre « régent «  pour le dissuader de démissionner, ce qui ajouterait un facteur supplémentaire d’instabilité dans un Liban déjà passablement fragilisé par les attaques de Dae’ch et de Nosra… Le président français avait aussi chargé son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius d’évoquer les blocages de la présidentielle libanaise avec son homologue iranien Mohamad Javad Zarif ainsi qu’avec le président Rohani. Ainsi, le chef de la diplomatie française serait parti à Téhéran avec une liste de trois noms de « président consensuel » en poche… Cette médiation… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 27 juillet 2015

Lutte anti-terroriste : l’esprit d’Alger…

Les 22 et 23 juillet derniers s’est tenue à Alger, au Palais des nations, la Conférence internationale sur « la déradicalisation ». Ce sont principalement les pays membres du GCTT, le Forum global contre le terrorisme, dont la trentaine de membres représentent les différents continents et les quinze Etats du Conseil de sécurité des Nations unies, impliqués dans la lutte contre le terrorisme. Les pays de la région sahélo-saharienne et de l’Afrique de l’Ouest étaient également présents ainsi qu’une quinzaine d’organisations régionales et multilatérales (Union africaine, Union européenne, etc.).

En ouverture, le ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue arabe – Abdelkader Messahel – a précisé les grands axes de travail en insistant sur la « déconstruction des idéologies extrémistes » et les techniques de « dé-radicalisation » au premier rang desquelles l’école et l’éducation ; le détournement et l’instrumentation des grandes religions, dont l’Islam, par des idéologues « souvent ignorants » ; l’importance des vecteurs de propagation dont Internet et la responsabilité des médias plus souvent en recherche de sensationnalisme que de présentations et d’explications rigoureuses des faits ; autant de perspectives nécessitant l’action d’appareils d’Etat forts et responsables.

Sans prétendre ériger le cas algérien en paradigme normatif, sinon exemplaire, Abdelkader Messahel s’est voulu plus pragmatique et opérationnel en engageant les pays participants à partager leur « retour d’expérience », afin de mieux articuler… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 20 juillet 2015

Iran : un accord historique d’une histoire qui continue…

Après tout avoir entendu sur le caractère historique de l’accord nucléaire passé le 14 juillet entre l’Iran et les six puissances interprètes de la communauté internationale, comme sur les bénéfices attendus pour l’Iran, sa région et le monde, quelles premières leçons tirer de cet épisode appelé sans doute à marquer un changement d’époque ?

Du prix de la persévérance

D’abord l’importance de la combinaison entre volonté d’aboutir et circonstances. Or cette combinaison a tout d’un jeu de hasard. La persévérance, toutefois, augmente les chances de tirer la combinaison gagnante. Dominique de Villepin a le mérite, en se rendant à Téhéran en octobre 2003 en compagnie de ses collègues allemand et britannique, de poser les fondements d’une négociation qui ne s’est ensuite jamais interrompue, malgré bien des aléas, jusqu’au résultat final de cette semaine. Mais il ne reste pas assez longtemps à son poste pour faire mûrir les premiers fruits de son initiative. 

Le dossier bénéficiait pourtant de la conjoncture favorable créée par la présence simultanée d’un président iranien désireux de renouer avec l’Occident, Mohammad Khatami, et d’un négociateur énergique, Hassan Rouhani. Il est vrai qu’il aurait fallu pour déboucher forcer la main de l’administration de Georges W. Bush, vent debout contre toute entreprise pouvant consolider le régime de Téhéran. Et l’appareil d’État français, encore traumatisé par les effets du différend entre la France et les États-Unis sur l’Irak, n’était pas préparé à une nouvelle brouille avec Washington.… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 13 juillet 2015

Petite géopolitique de la crise grecque…

En définitive, Alexis Tsipras a su opposer à la machinerie de l’Union européenne les réglages politiques que François Hollande avait promis d’effectuer, durant sa campagne présidentielle, avant d’y renoncer aussitôt une fois élu. En effet, remettre à plat le fonctionnement du grand marché unique et de sa monnaie au service de l’hégémonie allemande et de la globalisation financière constituait l’un des engagements cardinaux du candidat socialiste ! Une fois à l’Elysée, le même se précipite à Washington pour déclarer qu’il faut accélérer la finalisation d’un Traité instituant un grand marché transatlantique… Hallucinant ! Et Tsipras restera certainement dans l’Histoire pour s’être levé contre cet à-plat-ventrisme généralisé face aux banques privées qui « régulent » la mondialisation économique, en veillant scrupuleusement à l’application drastique de la vieille loi d’airain du capitalisme : privation des profits, socialisation des pertes…

Sans jamais apparaître en première ligne de la gestion de crise, le président Barack Obama n’a pourtant cessé de « conseiller » téléphoniquement Angela Merkel et François Hollande « pour sauver la stabilité financière mondiale et la cohésion politique de l’Union européenne », reconnaît l’un des plus hauts-fonctionnaires de l’Elysée en ajoutant : « ce qui l’obsédait davantage était la sécurité du commandement militaire de l’OTAN en Méditerranée orientale ». Certes, la plupart des bases américaines – installées en Grèce durant la Guerre froide – ont été démantelées, mais la plus importante – celle… Continuer la lecture