Observatoire Géostratégique

numéro 191 / 13 août 2018

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 30 mars 2015

CONTRE-TERRORISME : L’EPICENTRE ALGERIEN !

Initialement cantonnée à quelques villages du nord du Nigéria, la secte Boko-Haram a étendu ses activités criminelles à plusieurs pays déjà confrontés au terrorisme, à la grande criminalité et aux problèmes de mal-développement. De par sa position géostratégique, l’Algérie se situe à l’épicentre d’un arc de crises aggravé par une situation chaotique en Libye et la crise malienne, réactivant la problématique d’un renforcement de la sécurisation de ses frontières aussi bien avec la Tunisie qu’avec la Libye, le Mali, le Niger et la Mauritanie. Cette consolidation stratégique des frontières vise non seulement le terrorisme, mais aussi les trafics de drogues, d’armes, de voitures et d’êtres humains. Elle nécessite la collecte et un meilleur partage du renseignement, ainsi qu’une densification de la coopération locale et internationale. Telles sont les perspectives revisitées par le Forum mondial de lutte contre le terrorisme (FGCT) qui vient de tenir sa troisième réunion à Alger.

Créé le 22 septembre 2011 à New York, cet organisme qui compte une trentaine de membres1 est doté d’un comité de coordination co-présidé par les Etats-Unis et la Turquie et de cinq groupes de travail : Renforcement des capacités au Sahel (co-présidé par l’Algérie et le Canada) ; Renforcement des capacités dans la Corne de l’Afrique (co-présidé par la Turquie et l’Union européenne) ; Renforcement des capacités en Asie du Sud-est (co-présidé par l’Indonésie et l’Australie ; Lutte contre l’extrémisme violent (co-présidé par les Emirats arabes unis et la Grande Bretagne) ; Justice pénale… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 23 mars 2015

LOUXOR-TUNIS : LA DIAGONALE DES FRERES MUSULMANS…

Le 17 novembre 1997, un attentat perpétré au temple d’Hatchepsout de Louxor (Egypte) causait la mort de 62 personnes, parmi lesquelles 36 citoyens suisses. Les 6 terroristes impliqués appartenaient à l’aile militante des Gama’a Al-Islamiyya, faction jihadiste issue de la Confrérie des Frères musulmans1.

Le 10 mars 2000, la Police fédérale (OFP, aujourd’hui Fedpol) rendait public un rapport présentant les conclusions de son enquête et écartant toute espèce d’appréciation politique, « sa seule ambition étant d’éclaircir, autant que faire se peut, le déroulement de l’attentat et les mobiles qui ont gouverné ses auteurs ». La conclusion était on ne peut plus claire: « La Police fédérale est aujourd’hui convaincue que cet attentat ne visait pas la Suisse, ni ses citoyens en particulier. L’exécution de ce massacre visait principalement, en s’attaquant au tourisme, à déstabiliser l’économie et le gouvernement égyptiens. Le fait que plus de la moitié des victimes venaient de Suisse relève d’un hasard tragique ».

A n’en pas douter, les fonctionnaires de l’OFP ont travaillé correctement dans le cadre de leurs contraintes. En soi, leur verdict final de « hasard tragique » n’est pas faux et pourrait qualifier un grand nombre d’attaques terroristes. Certes, la Suisse n’était pas ciblée « directement », mais par défaut. En tant qu’« Occidentaux », les morts de Louxor furent les victimes d’islamistes radicaux cherchant à atteindre le cœur de l’activité touristique, principal secteur de l’économie égyptienne. Les victimes suisses de Louxor,… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 16 mars 2015

Dae’ch, stade suprême de la mondialisation…

Et si l’on faisait complètement fausse route en ce qui concerne l’ « Etat islamique » (Dae’ch) ? Les débats récurrents sur l’Islam dévoyé nous égarent. Faudrait-il commencer par rappeler comment dès le milieu des années 50, les services américains ont instrumentalisé l’Islam radical, notamment le wahhabisme et les Frères musulmans, pour lutter contre les différentes variantes d’un nationalisme arabe, souvent allié de l’Union soviétique…

Cette instrumentalisation a culminé durant la décennie 1979/89 en Afghanistan où Ben Laden et ses affiliés ont bénéficié du soutien logistique des services américains et pakistanais ainsi que de la manne financière de l’Arabie saoudite et de ses satellites. Cette politique a perduré au-delà des attentats du 11 septembre 2001 dont l’ancien conseiller du président Carter – Zbigniew Brzezinski – affirmait qu’ils ne furent qu’un simple dysfonctionnement au regard de la victoire américaine sur l’empire communiste… De la fin de la Guerre froide jusqu’aux mal nommées « révolutions arabes », Washington n’a cessé de considérer les Frères musulmans et leurs sous-produits comme des alliés objectifs des choix économiques et stratégiques de leur conception de la mondialisation.

En mai 2011, lorsqu’ils décident de supprimer Oussama Ben Laden dont ils connaissent les conditions de villégiature au Pakistan depuis plus de quatre ans, les services américains décident – à la demande expresse d’Obama – de tourner la page Al-Qaïda devenue un obstacle à leur reconfiguration du Grand-Moyen-Orient. A cette époque, la Maison Blanche est persuadée que les… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 9 mars 2015

ALGER/BAMAKO : UNE DIAGONALE D’ESPOIR…

L’accord de paix et de réconciliation signé le 1er mars dernier à Alger par le gouvernement de Bamako et certains groupes du nord du Mali est, certes modeste mais il esquisse une méthode qui pourrait valoir pour l’ensemble de la bande sahélo-saharienne, y compris pour le sud de la Libye.

Sans reconnaître un statut particulier pour l’autonomie du nord du Mali (l’Azawad), l’un de ses mécanismes prévoit la création d’Assemblées régionales élues au suffrage universel direct dans un délai de dix-huit mois, ainsi qu’une « plus grande représentation des populations du Nord au sein des institutions nationales ». Une refonte de l’armée malienne doit aussi être mise en œuvre afin d’intégrer des combattants des mouvements armés du Nord. Cette méthode a reçu l’appui de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma). Depuis juillet dernier, Alger a organisé plusieurs rencontres avec une équipe de médiation élargie composée de représentants de la Minusma, de l’Union africaine, de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, de l’Organisation de la coopération islamique, de l’Union européenne, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad. « Cet accord a la valeur d’une boussole crédible et efficace vers la paix. », commente Ramtane Lamamra, le ministre algérien des affaires étrangères de l’Algérie.

A New York, les 15 pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies « encouragent les groupes armés de la Coordination à parapher l’accord », a déclaré l’ambassadeur français François Delattre, qui préside le Conseil en… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 2 mars 2015

POUR UN « NOUVEAU » MOYEN-ORIENT…

Gaston Bachelard acquiescerait certainement à ce constat qui encombre l’actualité internationale depuis plus d’un siècle : les obstacles épistémologiques se sont multipliés sur le chemin d’une compréhension simple et d’une stabilisation politique de l’Orient compliqué, de plus en plus compliqué…

Il y eut d’abord les malentendus historiques qui se sont multipliés dès le déclenchement de la Grande révolte arabe (1916-1918). L’empire britannique promet au chérif Hussein de la Mecque la formation d’un grand royaume arabe avec Bagdad pour capitale alors que, dans le même temps, il signe avec Paris des accords secrets organisant le démantèlement et le partage de l’empire ottoman. Signés le 16 mai 1916, avec l’aval de la Russie et de l’Italie, les accords Sykes-Picot établissent deux zones : l’une française comprenant la Syrie, le Kurdistan irakien – « arpents de sables » abandonnés ultérieurement aux Britanniques et le Liban actuels, l’autre britannique englobant les deux royaumes arabes d’Irak et de Jordanie créés pour la dynastie hachémite chassée de la Mecque par les Wahhabites de la famille Saoud et de Bagdad. Un an plus tard, le 2 novembre 1917, la Perfide Albion en rajoute en promettant, dans une lettre adressée à Lord Lionel Walter Rothschild par Arthur James Balfour (ministre des Affaires étrangères), l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. Cette déclaration est considérée comme l’une des premières étapes de la création de l’Etat d’Israël. S’ensuivent la série des guerres israélo-arabes et leurs effets destructeurs durables pour l’ensemble des Proche, Moyen… Continuer la lecture