Observatoire Géostratégique

numéro 235 / 17 juin 2019

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 28 septembre 2015

Diplomatie française : improvisations, revirements et amateurisme…

Quelques semaines avant l’élection de François Hollande, un groupe de hauts fonctionnaires français signait une tribune dans un quotidien parisien1, appelant à rompre avec les postures médiatiques de Nicolas Sarkozy. Commentant les propositions du candidat socialiste, ce collectif écrivait : « on ne voit pas encore les axes structurants d’une politique réfléchie. Sans tabous ni autocensure, la première des préoccupations reste la non-prolifération nucléaire et le dossier iranien, mais aussi et peut-être davantage le Pakistan, ainsi que le réarmement d’autres puissances. Quelle est la meilleure politique au regard de nos intérêts? Est-ce pertinent de soutenir Israël quelles que soient les extrémités où l’on risque de nous entraîner? Quelles leçons tire-t-on de l’expédition libyenne – guerre déclenchée au nom des droits humains – dont on ne connaît toujours pas le bilan des victimes, ni l’ampleur des effets déstabilisateurs dans la sous-région sahélienne, sans parler de l’évolution inquiétante des libertés civiles et politiques? Et que penser de la politique de gribouille sur la Syrie, pouvant déboucher sur une militarisation accrue de la crise? L’appel au changement de régime est-il légitime, surtout lorsqu’il est porté par des pays comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite? Ne reproduit-on pas ici les erreurs commises par les Américains et les Britanniques en Irak ? Cela ne ressemble-t-il pas à un vieux remugle de néo-colonialisme? Quant à l’Afghanistan, il restera à dresser un bilan de notre engagement militaire. Ces questions rompent avec le politiquement correct… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 21 septembre 2015

Les appels à négocier avec Bachar al-Assad se multiplient…

La présence croissante de l’armée russe en Syrie, à la demande du gouvernement légal de Bachar al-Assad, et en accord avec l’Iran qui avait envoyé l’un de ses généraux à Moscou début août, donne des sueurs froides aux Occidentaux. D’abord révélée par des sources israéliennes fin août, cette implication du Kremlin a été confirmée par divers rapports faisant état de la création d’une base d’intervention aérienne russe à Lattaquié qui pourrait précéder l’envoi de Mig 29, voire de troupes au sol russes contre Dae’ch.

Le 6 septembre dernier, le secrétaire d’Etat américain John Kerry faisait savoir qu’il avait eu une conversation téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov dans laquelle il lui avait fait part de son inquiétude de voir l’engagement russe « entraîner la perte d’un plus grand nombre de vies innocentes, augmenter le flot des réfugiés et le risque de confrontation avec les forces anti-Dae’ch qui opèrent en Syrie ».

Pourtant cette intervention pourrait avoir pour effet de modérer les élans unilatéralistes des principales puissances militaires occidentales.

Fin août, le mystérieux afflux de réfugiés notamment irakiens et syriens aux portes de l’Europe a relancé les doutes sur la stratégie de bombardement aérien menée par les occidentaux depuis un an. Exploitant notamment l’image de la mort de l’enfant de trois ans d’un réfugié de Kobané – Aylan Kurdi -, des journaux conservateurs britanniques comme « The Sun » et le « Daily Mail … Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 14 septembre 2015

Dae’ch  et les autres : bienvenue dans le « monde VUCA » !

L’ensemble de la presse mondiale a dernièrement commémoré le premier anniversaire de la Coalition internationale qui a déclenché ses premiers bombardements contre des positions de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) en Irak et en Syrie, le 2 août 2014. Un an plus tard, tout le monde s’étonne que cette « alliance », réunissant quand même les armées les plus puissantes du monde, n’ait pas réussi à éradiquer une organisation constituée de quelque 30 à 35 000 fusils tout au plus. Le même constat vaut également pour Jabhat al-Nosra et les autres résidus d’Al-Qaïda ayant prospéré en Asie, en Afrique ou en Europe.

Pourquoi un tel étonnement, sinon une telle cécité ? La réponse est pourtant aussi claire et limpide que La Lettre volée d’Edgar Allan Poe, posée sur là, sous nos yeux, alors que personne ne veut vraiment la voir… Les experts militaires américains, qui donnent le « la » en matière de « guerre contre la terreur » depuis quatorze ans, l’ont dit, redit et écrit : il ne s’agit nullement d’éradiquer le terrorisme, d’en neutraliser définitivement les protagonistes, de casser définitivement ses inspirateurs et d’en assécher les financements. L’objectif principal est de « gérer » son développement, ses mutations et l’évolution de sa cartographie afin d’accompagner la reconfiguration, la modernisation et la diversification de… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 7 septembre 2015

Un ancien patron de la CIA veut s’allier avec Al-Qaïda…

S’allier aux terroristes de Jabhat al-Nosra, c’est-à-dire Al-Qaïda en Syrie et en Irak, pour lutter contre d’autres terroristes, ceux de Dae’ch, l’organisation « Etat islamique », est la dernière trouvaille du général David Petraeus. Cet ancien chef de la CIA vient d’expliquer ce qu’il pense être « une impérieuse nécessité » au site américain d’information The Daily Beast1. Comme plusieurs experts américains, ce général en retraite qui fût en charge de la lutte anti-terroriste en Irak avec le succès que l’on sait, qualifie les terroristes de Nosra de « combattants modérés ». Evidemment par rapport aux fêlés de Dae’ch, c’est une question d’appréciation… Commandant en chef des forces américaines en Afghanistan, ce bon Petraeus était déjà l’inventeur du concept très discutable de « Taliban modéré » dont on peut, aujourd’hui encore, vérifier toute la pertinence alors qu’il ne se passe pas un jour sans qu’un ou plusieurs attentats meurtriers n’ensanglantent Kaboul et ses faubourgs…

Cette conception de la « modération » est l’une des vieilles marottes des « experts » du Pentagone, spécialistes dans le déclenchement de guerres désastreuses – en Afghanistan, dans les zones tribales pakistanaises, au Yémen, en Irak et ailleurs – et de solutions post-conflits toutes aussi foireuses. La méthode est simple, brutale autant que répétitive : on casse tout et ensuite on réfléchit afin de bricoler des… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 31 août 2015

François Hollande et les ambassadeurs ou les sophismes du « rayonnement »…

Le 25 août dernier, François Hollande a ouvert la 22ème conférence des ambassadeurs. Chaque année à même époque, ce rendez-vous traditionnel marque la rentrée de la diplomatie française et donne l’occasion au président de la République de développer sa vision de l’état du monde et de fixer ses priorités.

Sans surprise, François Hollande s’est d’abord conformé aux contraintes de calendrier en appelant les diplomates français à une totale mobilisation en vue de la prochaine réunion sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre prochain. Son deuxième objet était tout aussi attendu : « la planète n’est pas seulement menacée par le réchauffement climatique, elle est confrontée à un terrorisme qui n’a jamais atteint ce niveau de barbarie, ni cette gravité depuis des décennies ». Escortant les reconfigurations du monde depuis la fin de l’empire romain, la notion de « barbarie » est-elle la plus appropriée pour qualifier et comprendre les dernières mutations de la menace terroriste ? Et, rappelant que la France avait été elle-même frappée en janvier dernier et encore tout récemment, le Président s’est félicité d’une réaction de « sang froid » ayant suscité une « solidarité internationale exceptionnelle, parce que la France représente pour le monde entier la liberté ». 

Chacun se souvient, en effet, de la marche républicaine du 11 janvier 2015, qui s’est déroulée en l’absence du… Continuer la lecture