Observatoire Géostratégique

numéro 222 / 18 mars 2019

L’envers des cartes

DIVORCE À L’ANGLAISE : BREXIT  INTROUVABLE,
EUROPE IMPROBABLE…

« Le mariage est la cause principale de divorce » nous rappelle Oscar Wilde. Le mariage contre-nature du Royaume-Uni avec la Communauté économique européenne (CEE) en 1973 (souvenons-nous des fortes réticences du général de Gaulle à l’encontre de ce projet auquel il avait mis son veto) débouche tout naturellement sur un divorce avec l’Union européenne (UE) en 2019 (conséquence du vote du peuple britannique en faveur du « Brexit » du 23 juin 2016)1. L’Histoire reprend le dessus après un intermède de moins d’un demi-siècle, 46 ans plus précisément. Un retour pur et simple à la normale, à la vocation insulaire de ce pays. Tout est bien qui finit bien, pourrait-on dire ! Sauf que cette plaisanterie lancée depuis deux ans ne pourrait être que les zakouskis d’un festin encore plus indigeste concocté par les peuples dans un avenir pas si éloigné. Qui sait ?

Les caves se rebiffent aux quatre coins de l’Europe contre les Diktats et autres Oukazes venus d’un monstre européen qui ne cesse de les mépriser. Revenons un instant sur ce tsunami, ce séisme de forte magnitude que représente le « Brexit ». Alors qu’il remonte à juin 2016, aucune conséquence de ce signal fort n’a, semble-t-il, été tirée depuis. Au niveau européen, c’est « business as usual ». Or, pour prévenir la répétition de tels phénomènes – dont la survenance n’est pas exclue – l’on se contente de remèdes anodins, de remèdes de bonne femme qui ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Un… Continuer la lecture

ARABIE SAOUDITE : LES RUSES DE L’AFFAIRE KHASHOGGI…

La CIA a conclu que le prince héritier saoudien Mohammad ben Salman (MBS) a, bel et bien commandité l’assassinat du « journaliste » Jamal Khashoggi à Istanbul le mois dernier, rapportait vendredi dernier le Washington Post, citant plusieurs sources directement associées aux investigations. Cette information divulguée par le journal où collaborait régulièrement le « journaliste » – opposant à Riyad – contredit frontalement les récentes affirmations du royaume saoudien et de la Maison Blanche qui ont totalement dédouané le prince héritier Mohammed ben Salman. Il est d’abord assez curieux, sinon inhabituel de voir ainsi le principal service de renseignement d’un pays contredire à ce point frontalement le pouvoir exécutif qu’il est censé servir, sans même parler du devoir de réserve des fonctionnaires…

Si l’agence américaine de renseignement refuse de commenter, plusieurs des sources de prochetmoyen-orient.ch confirment que la CIA a bien laissé fuiter ses conclusions qui chargent MBS… « une vieille habitude, mais qui est cette fois-ci est inédite en intensité », commente un espion français en poste à Washington. Toujours est-il que cette affaire rocambolesque n’a pas dit toutes ses ruses, tant elle provoque une véritable onde de choc dans plusieurs directions, dont au moins cinq entraînent des conséquences géopolitiques majeures.

REVOLUTION DE PALAIS INACHEVEE

L’affaire Khashoggi s’inscrit dans la longue histoire des assassinats politiques, avec quelques particularités particulièrement morbides : découpage du cadavre à la scie à métaux, dissolution des morceaux dans un acide fort et humiliation répétée de la famille de la victime… Cet assassinat s’inscrit lui-même dans une vieille tradition de… Continuer la lecture

BARNUM MÉMORIEL : DOUBLE CONFUSION, DOUBLE PEINE…

« Parce qu’un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » avait coutume de dire le maréchal Foch. C’est vraisemblablement de cette maxime dont Jupiter s’est largement inspiré pour entreprendre son exercice « d’itinérance mémorielle » au début du mois de novembre 2018 dans l’Est et le Nord de la France1. Exercice conclu en apothéose à Paris par les célébrations du centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, la grande « boucherie » du début du siècle dernier (10 millions de morts)2. Le président de la République a délaissé un temps l’atmosphère agitée et délétère du microcosme parisien pour retrouver la sérénité et le recueillement des cimetières et des monuments aux morts de la province (les « Territoires », terme impropre mais consacré dans le langage du monde nouveau)3. Mais, chassez le naturel, il revient au galop.

En dépit de son souhait de s’en tenir à la stricte commémoration des batailles d’hier, Emmanuel Macron est invariablement rattrapé par ses bourdes à répétition du moment. Avec bonheur, il tombe à pieds joints dans les pièges qu’il a lui-même armés. Emmanuel Macron n’est-il pas le meilleur ennemi d’Emmanuel Macron ? Un siècle après, ne s’est-il pas lourdement trompé de combat ? Si l’on veut résumer en quelques mots cette semaine riche en évènements conjuguant passé très glorieux et présent moins glorieux, l’on pourrait dire qu’Emmanuel Macron – volontairement ou involontairement – a excellé dans… Continuer la lecture

DE LA COHABITATION EN AMÉRIQUE !

« Trump est-il foutu ? ». Ainsi, l’Obs, hebdomadaire qui peine à comprendre qu’il est difficile d’être et d’avoir été1, présentait les élections de mi-mandat du 6 novembre 2018 aux États-Unis avant la tenue du scrutin2. Après le temps des certitudes de l’élection d’Hillary Clinton à la présidence du pays, il y a deux ans, nos courageux folliculaires de ce tabloïd boboland, version caviar de gauche, utilisent désormais le conditionnel. Qu’en est-il en vérité après les élections ? Même si Donald Trump doit céder la chambre des représentants au parti démocrate – ce qui ne constitue pas une énorme surprise -, il conserve néanmoins le Sénat à l’issue de multiples scrutins ayant enregistré une participation record.

Le moins que l’on puisse dire est que nous n’avons pas assisté à un tsunami démocrate (la fameuse « vague bleue » tant annoncée si ce n’est espérée) mais à une « victoire en demi-teinte » comme cela est souvent le cas deux ans après l’euphorie de la présidentielle3. La chronique d’une raclée annoncée n’a pas eu lieu tant l’Amérique est un État fédéral complexe qui ne se résume pas à la sociologie politique de la côte Est qui nous est plus familière. En effet, deux ans après l’élection de Donald Trump, les démocrates parviennent à reprendre, de justesse, aux républicains une des deux assemblées du Congrès, la Chambre des représentants, détenue depuis huit ans par le parti actuellement au pouvoir à la Maison Blanche4.

En somme, les résultats de cette consultation populaire… Continuer la lecture

DE BRASILIA À WIESBADEN : LA REVANCHE DES PEUPLES…

Le premier numéro de « Diplomatie internationale » (« Le Magazine indépendant des relations internationales »), bimestriel couvrant la période novembre-décembre 2018 titre à sa Une sur « Populiste et Après ? Jusqu’où ira la vague nationaliste ou souverainiste ? » sur fond de photo de Matteo Salvini, vice-Président du Conseil italien. Il agrémente cette accroche médiatique de différents commentaires. « En Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud ou en Asie, le populisme séduit les électeurs déçus ou inquiets face à l’immigration ou la crise » écrit-il fort justement. Et de présenter les différents articles qu’il soumet aux lecteurs à qui l’on raconte aujourd’hui tout et son contraire sur ce phénomène : « Amérique : faut-il prendre au sérieux Trump ? » ; « Orban : l’homme de fer » ; « Brexit : au bord de l’accord » ; « Russie : l’Europe doit-elle se rapprocher de Poutine » ? ; « Turquie : la stratégie d’Erdogan » ; « Espagne : le retour du Franquisme » ; « Inde : Modi ou les pleins pouvoirs » ; « Israël : le projet de Netanyahu » ; « Venezuela : la dérive de Maduro ». Le tout est réhaussé d’une « opinion » de Michel Onfray, l’interdit de séjour dans les médias français pour cause de parler-vrai de parler qui dérange. Tout est dit ou presque sur le développement d’un phénomène qui laisse nos dirigeants déboussolés1.

La question du dégagisme quasi-permanent des partis traditionnels ne cesse de se poser au cours des dernières années, des derniers avec une réelle acuité sans que nos dirigeants bien/mal inspirés ne… Continuer la lecture