Observatoire Géostratégique

numéro 235 / 17 juin 2019

L’envers des cartes

UN MONDE HORS LIMITES : LA GUERRE SANS LA FAIRE…

Toujours trop pressée, bardée de certitudes idéologiques et ne travaillant pas suffisamment les dossiers, la presse occidentale a aussitôt qualifié d’« échec » le sommet d’Hanoï… Trop contents d’annoncer un revers pour Donald Trump – honni de la bien-pensance médiatique -, les journalistes en ont aussi profité pour ressortir quelques poncifs sur la Corée du Nord, la Chine et les autres forces du mal. En « Editorient », Guillaume Berlat nous rappelle quelques fondamentaux basiques de la diplomatie, notamment la gestion du temps, d’un temps diplomatique qui s’inscrit souvent dans la longue durée comme ce fut le cas notamment pour les guerres des Balkans ou le dossier nucléaire iranien…

Cet épisode asiatique intervient dans une actualité assez révélatrice du délitement de notre temps. Celui-ci se caractérise par une succession de « moments géopolitiques déliés », n’étant dominé par aucun événement réellement structurant. L’actualité nourrit une « tendance dominante » qui finit par tout lisser et recouvrir les choses d’une anomie commune, générale et persistante. En s’agrégeant, les troubles sociaux, les nuisances environnementales et les conflits armés paraissent annoncer des guerres porteuses de ruptures fondamentales. Or, rien ne se passe et tout finit par se transformer en autant de postures d’évitement dans une confusion qui n’en demeure pas moins des plus morbides.

Ainsi, en va-t-il aujourd’hui de la dernière escalade survenue entre l’Inde et le Pakistan, des menaces et des sanctions qui s’accumulent contre l’Iran, d’un nouvel embargo commercial qui frappe la Syrie ou des manifestations qui se sont emparées du Venezuela et de l’Algérie.

CACHEMIRE EN APESANTEUR… Continuer la lecture

MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE :
DERNIERES NOUVELLES DU FRONT…

Les semaines se suivent dans notre Douce France. Les coups de canif à la morale se poursuivent sans que cela ne suscite de vagues d’indignation de nos droits de l’hommiste de salon. La vie continue comme si de rien n’était. Quelques borborygmes, quelques coups de menton. Mais, rien de plus. Reconnaissons à Jean-Luc Mélenchon le sens aigu de la formule ! Il évoque une « République bananière en marche ».

À la lumière des récents évènements, nous serions tentés de l’approuver. Le cœur du réacteur de la démocratie, à savoir le Conseil constitutionnel mérite une attention toute particulière. Notre site avait appelé l’attention de ses lecteurs sur les lourdes hypothèques qui grèvent l’indépendance et l’impartialité de cette structure qui devrait théoriquement être au-dessus de tout soupçon1. Inimaginable dans une authentique démocratie, imaginable en France.

La nomination d’Alain Juppé au Conseil constitutionnel sert de révélateur aux pratiques étonnantes de la patrie autoproclamée des droits de l’homme. Une requête de la défense de Nicolas Sarkozy s’ajoute à la liste des récriminations légitimes contre ce pseudo-tribunal constitutionnel. Les chers pantoufleurs qui nous coûtent un « pognon de dingue » sont également à l’honneur par le site acteurs publics. Tout ceci nous conduira à nous délecter de quelques délices de la vie hexagonale qui font tout le charme de la France à l’étranger… au plus mauvais sens du terme, doit-on s’empresser de le dire.

LES GAITÉS DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL

On nous cache tout. C’est qu’il se passe des choses bien étranges au… Continuer la lecture

IRAN : POURQUOI TANT DE HAINE ?

La République islamique d’Iran commémore actuellement ses quarante ans d’existence. Et le moins que l’on puisse dire est que cette occasion donne lieu (de la part des pays occidentaux) à un déferlement continu de désinformation, de propagande, sinon d’une haine rarement égalée à l’encontre d’un pays qui ose ne pas être comme le nôtre ! Même la Corée du Nord est mieux traitée depuis qu’elle accepte de parler avec Donald Trump. Cuba aussi fête les 60 ans de sa révolution dans la même quasi-clandestinité, dans la même hostilité froide, irrationnelle et générale. La mondialisation n’aimerait-elle pas la différence ?

Quelles que soient les erreurs qu’elles aient pu commettre -comme si nos démocraties n’en faisaient jamais- les révolutions cubaine et iranienne ont su, contre vents et marée, défendre des indépendances et souverainetés nationales garantes de la permanence d’une voie spécifique de développement économique, social et culturel. Sans doute, l’idéologie dominante déteste l’Iran et Cuba, notamment parce le centre de leurs villes ont su se préserver des implantations tapageuses de McDonald’s, Starbucks Coffee et autres calamités de la malbouffe anglosaxonne. Suprême impertinence, ces deux pays s’honorent de ne pas fonctionner comme nos vieilles démocraties parlementaires. Et c’est au moment même où leurs mécanismes fatigués craquent de toutes parts sous les coups de boutoir des jacqueries les plus profondes que les pays occidentaux font preuve de la plus invraisemblable arrogance : tout ce qui n’est pas comme nous est détestable !

Pensez : la révolution islamique qui a eu le toupet de retenir en otage quelque… Continuer la lecture

QUAND LA DIPLOMATIE FRANCAISE MARCHE SUR LA TÊTE…

« Je n’aime pas jouer la conscience universelle. Je trouve ça indécent » (Raymond Aron)1. Et, faute de pouvoir compter sur sa puissance économique et sa capacité de conviction, la diplomatie française se vautre dans le moralisme le plus candide. Elle se complait à jouer les consciences universelles autoproclamées, distribuant les bons et les mauvais points à l’aune de ses propres, mais surtout, de ses fausses valeurs. Cette tendance structurelle se double d’une dimension conjoncturelle depuis l’atterrissage sur terre du Dieu Jupiter-Mars (dernières révélations d’Alexandre Benalla) par un très beau mois de mai de l’an de grâce 2017. Mais, à trop marcher sur l’eau, ne voilà-t-il pas (révélation récente du premier intéressé près des Pyramides égyptiennes), que l’on se retrouve à évoluer sur la glace, à patiner maladroitement sur la mer agitée des « gilets jaunes » et d’une Europe à la dérive ! Après l’état de grâce (béni) vient l’état de glace2 (maudit). Nous disposons aujourd’hui d’un énième exemple d’une diplomatie française qui perd le cap et la boussole3.

La maladresse d’une diplomatie incohérente nous vient, une fois de plus, de Budapest. Un bref retour en arrière à l’été 2018 s’impose pour savourer tout le sel de cette lourde bourde diplomatique de l’hiver 2019. Il permet de mieux comprendre les derniers développements des relations bilatérales franco-hongroises. Un grand bravo à Jean-Yves Le Chouchen et à toute sa mauvaise troupe ! À quand la remise de l’Oscar du diplomate le plus minable du circuit français ? En tout état… Continuer la lecture

LIBAN ENTRE CORRUPTION, TEMPÊTE ET RESISTANCE…

Beyrouth, 2 janvier 2018.

Jeudi soir, après plus de huit mois de tergiversations, de négociations de couloir et de marchandages au trébuchet, le secrétaire général du conseil des ministres Fouad Fleifel a lu publiquement au palais de Baabda la liste des membres et des portefeuilles du nouveau gouvernement. Reconduit, le premier ministre sortant Saad Hariri a commencé par s’excuser auprès des Libanais pour une vacance gouvernementale qui aura duré 252 jours. Le regard flottant, presqu’absent, il s’est ensuite adressé à ses trente nouveaux ministres pour les mettre en garde : « nous sommes face à des défis économiques, financiers, sociaux et administratifs, sans compter une situation régionale difficile et les menaces qui demeurent à notre frontière avec Israël, autant d’éléments qui font de la coopération entre les membres du gouvernement un préalable obligatoire… ».

PRESSIONS AMERICAINES

En effet, le Pays du Cèdre est au bord de la déroute financière : la dette publique (plus de 82 milliards de dollars, la troisième la plus élevée du monde) ne cesse d’augmenter. Le 23 janvier dernier, les Etats-Unis – par l’intermédiaire de l’une de leurs officines de propagande financière – ont dégradé la « note » des trois plus grandes banques libanaises. En visite à Beyrouth le sous-secrétaire d’Etat américain pour les Affaires politiques David Hale a ouvertement menacé le Liban de sanctions économiques si le Hezbollah devait participer au futur gouvernement. Non content d’avoir détruit l’Irak et la Libye et d’essayer de faire la même chose avec la Syrie et l’Iran, Washington – qui veut maintenant… Continuer la lecture