Observatoire Géostratégique

numéro 231 / 20 mai 2019

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 22 juin 2015

Le Hezbollah défend l’intégrité du Liban !

Reportage

Toujours inscrit sur les listes américaine et européenne des organisations terroristes, le Hezbollah libanais est engagé officiellement, depuis l’été 2013 et en première ligne, contre les factions terroristes de Nosra (Al-Qaïda en Syrie) et de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch). Environ 5000 de ses combattants défendent quotidiennement la frontière libanaise du Ersal, tout le long de la Bekaa-Est. Plusieurs membres de la rédaction de prochetmoyen-orient.ch se sont rendus sur le terrain…

Alors que la plupart des combats menés par le Hezbollah à la frontière libano-syrienne se concentraient jusqu’à maintenant contre le Front al-Nosra dans la région du Qalamoun, c’est Dae’ch qui a, dernièrement fait monter la tension d’un cran dans la région en menant plusieurs assaut contre des positions avancées de l’organisation chi’ite. Pour la première fois, les deux formations se sont affrontées dans les jurds (massifs) du Qaa et de Ras Baalbeck, deux zones chrétiennes de la Bekaa septentrionale, au nord de Ersal.

Les combattants du Hezbollah ont contré l’assaut jihadiste lancé depuis la région du Kahf, à l’est du jurd de Ras Baalbeck, ciblant ses positions frontalières de Qornet el-Samarmar et Qornet el-Mazbaha. Les combats, d’une extrême violence, se sont propagés jusqu’à la région de Naamate dans le jurd de Qaa. Faisant de nombreuses victimes dans les rangs de Dae’ch, le Hezbollah a poursuivi son offensive, détruisant cinq véhicules blindés terroristes à Zoueitiné et Jeb al-Jarad, ainsi qu’une rampe de lancement pour roquettes à Qornet al-Kaf.… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 15 juin 2015

Méthode terroriste : temps stratégique et communication symbolique…

Le terrorisme est une méthode : le recours « privé » à une violence létale (ou au moins assez dangereuse pour susciter la crainte de la mort, telle une bombe). Elle a des motivations idéologiques et des fins politiques (faire céder la volonté de l’autre comme la guerre). Mais pour atteindre ces objectifs il faut viser des cibles symboliques, donc utiliser des signes autant que des forces. Le terrorisme, stratégie, est susceptible de se mettre au service des idéologies les plus opposées, mais ne peut, pour autant, faire l’économie d’une théorie : il se pense comme instrument. Non seulement le pratiquant (le terroriste) désire comme le dit un personnage des Justes de Camus « tuer des idées » en tuant des hommes, mais il veut aussi que son acte prenne sens dans une perspective historique. Ne serait-ce qu’au nom du principe « l’avenir nous jugera, la postérité nous justifiera ».

Urgence et projection historique

Ceci implique que le terrorisme se représente à lui-même comme une nécessité provisoire – ce qui confirme s’il en était besoin, le titre de ce colloque « le moment terroriste »-. Contrairement à une armée sensée « servir plusieurs fois », un groupe terroriste ne rêve que de s’auto dissoudre soit en remportant la victoire, et en devenant inutile, soit en passant à un stade suivant, celui du vrai mouvement de masse, du réveil du peuple, de la vraie… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 8 juin 2015

Sommet anti-jihadiste de Paris : la journée des dupes !

Quel bilan militaire tirer des opérations de la Coalition internationale engagées contre l’organisation « Etat islamique » depuis août 2014 ? Quelle stratégie adopter pour endiguer les nouveaux gains territoriaux et idéologiques de l’organisation terroriste ? Mardi 2 juin 2015, s’est tenue à Paris un sommet anti-jihadiste (24 ministres et organisations internationales) qui, en principe, aurait dû fournir quelques éléments de réponse à ces deux simples questions. Rappelons que les jihadistes contrôlent, aujourd’hui un tiers de l’Irak et la moitié de la Syrie, soit environ 300 000 kilomètres carrés.

« Face à Dae’ch, la détermination est totale ! » C’est par cette déclaration – qui n’est pas sans rappeler celles de George W. Bush lorsqu’il menait la guerre globale contre la terreur1 -, que le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a ouvert les travaux. La veille, quelques journalistes – soigneusement triés sur le volet – avaient été convoqués au Quai d’Orsay pour se voir communiquer – off – les « éléments de langage » appropriés : « la lutte contre Dae’ch va prendre du temps, mais nous gagnerons ; pour abattre Dae’ch, il faut d’abord tuer Bachar al-Assad parce que c’est lui qui a créé l’Etat islamique de toutes pièces ; enfin, la stratégie anti-jihadiste adoptée durant l’été 2014 est la bonne, parce que c’est la seule possible ! » A voir ! C’est justement en termes de bilan opérationnel que cette étrange… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 1er juin 2015

Répondre au terrorisme : défis sécuritaires et impératifs sociétaux

Prolongeant la pensée de Heidegger, Albert Camus a écrit pendant la guerre : « Quand on ne sait pas nommer les choses, on ajoute au malheur du monde ». Jamais une phrase n’a été aussi juste si on considère les errements de l’Occident face au terrorisme. La dissuasion nucléaire, la construction européenne et le Pacte atlantique ont mis les Occidentaux à l’abri de la guerre sur leur sol depuis soixante-dix ans. Notre perception collective des conflits armés s’en est trouvée profondément modifiée. Elle l’est d’autant plus que la chute du bloc de l’Est a conféré à nos yeux le monopole de la violence militaire légitime à l’hyper-puissance américaine et à ses alliés de l’OTAN au nom de la défense et de la promotion des valeurs communes partagées en Occident.

Toute initiative armée, la menace d’y recourir ou même sa simple évocation, dès lors qu’elle ne s’inscrit pas dans le cadre de ce monopole, est décrite par nos médias et ressentie par nos opinions publiques comme illégitime, barbare, assimilable au terrorisme et produite par un « axe du mal ». Cette forme de ressenti est corroborée par le fait que toute entreprise armée entrant en confrontation avec la puissance militaire et technologique de l’Occident et ses alliés se trouve mécaniquement contrainte à mettre en œuvre des stratégies du faible au fort dont la sauvagerie médiatisée et les violences disproportionnées sont des éléments de base.

C’est ainsi que l’étiquette « terroriste »… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 25 mai 2015

TROIS DES RAISONS DU SUCCES DE DAE’CH…

Stupeur chez les archéologues : Dae’ch s’empare de Palmyre. Si la chute de Ramadi en Irak est stratégiquement plus préoccupante, ces derniers succès de l’organisation « Etat islamique » pose toutefois question. Les raisons de ces gains territoriaux, sinon idéologiques, sont multiples, mais on peut situer, en les analysants, trois processus majeurs expliquant partiellement cette évolution qui n’a pas l’air de beaucoup inquiéter la « communauté internationale »…

La première raison des succès de Dae’ch est la plus immédiate, sinon la plus aveuglante. Elle concerne la gestion militaire du « problème ». En effet, on sait, depuis les bombardements massifs effectués par les Alliés sur l’Allemagne du printemps 1945, qu’on ne gagne jamais définitivement une guerre par la seule voie aérienne. Malgré l’évolution technologique des chasseurs-bombardiers, des drones et des moyens radars, les systèmes d’armes aériens ne suffisent pas à emporter la décision sans intervention au sol, menée soit par des forces spéciales, soit par des unités conventionnelles. Les différentes opérations effectuées en Afghanistan (depuis les attentats du 11 septembre 2001), en Irak (printemps 2003), en Libye (printemps 2011), au Pakistan et au Yémen, ont largement validée cette loi incompressible de la guerre…

Faut-il encore s’entendre sur la nature, le sens et la finalité de la dénomination « guerre » ! Malgré les « frappes » de la Coalition internationale – qui ont débuté en août 2014 -, les positions… Continuer la lecture