Observatoire Géostratégique

numéro 235 / 17 juin 2019

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 15 juin 2015

Méthode terroriste : temps stratégique et communication symbolique…

Le terrorisme est une méthode : le recours « privé » à une violence létale (ou au moins assez dangereuse pour susciter la crainte de la mort, telle une bombe). Elle a des motivations idéologiques et des fins politiques (faire céder la volonté de l’autre comme la guerre). Mais pour atteindre ces objectifs il faut viser des cibles symboliques, donc utiliser des signes autant que des forces. Le terrorisme, stratégie, est susceptible de se mettre au service des idéologies les plus opposées, mais ne peut, pour autant, faire l’économie d’une théorie : il se pense comme instrument. Non seulement le pratiquant (le terroriste) désire comme le dit un personnage des Justes de Camus « tuer des idées » en tuant des hommes, mais il veut aussi que son acte prenne sens dans une perspective historique. Ne serait-ce qu’au nom du principe « l’avenir nous jugera, la postérité nous justifiera ».

Urgence et projection historique

Ceci implique que le terrorisme se représente à lui-même comme une nécessité provisoire – ce qui confirme s’il en était besoin, le titre de ce colloque « le moment terroriste »-. Contrairement à une armée sensée « servir plusieurs fois », un groupe terroriste ne rêve que de s’auto dissoudre soit en remportant la victoire, et en devenant inutile, soit en passant à un stade suivant, celui du vrai mouvement de masse, du réveil du peuple, de la vraie… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 8 juin 2015

Sommet anti-jihadiste de Paris : la journée des dupes !

Quel bilan militaire tirer des opérations de la Coalition internationale engagées contre l’organisation « Etat islamique » depuis août 2014 ? Quelle stratégie adopter pour endiguer les nouveaux gains territoriaux et idéologiques de l’organisation terroriste ? Mardi 2 juin 2015, s’est tenue à Paris un sommet anti-jihadiste (24 ministres et organisations internationales) qui, en principe, aurait dû fournir quelques éléments de réponse à ces deux simples questions. Rappelons que les jihadistes contrôlent, aujourd’hui un tiers de l’Irak et la moitié de la Syrie, soit environ 300 000 kilomètres carrés.

« Face à Dae’ch, la détermination est totale ! » C’est par cette déclaration – qui n’est pas sans rappeler celles de George W. Bush lorsqu’il menait la guerre globale contre la terreur1 -, que le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a ouvert les travaux. La veille, quelques journalistes – soigneusement triés sur le volet – avaient été convoqués au Quai d’Orsay pour se voir communiquer – off – les « éléments de langage » appropriés : « la lutte contre Dae’ch va prendre du temps, mais nous gagnerons ; pour abattre Dae’ch, il faut d’abord tuer Bachar al-Assad parce que c’est lui qui a créé l’Etat islamique de toutes pièces ; enfin, la stratégie anti-jihadiste adoptée durant l’été 2014 est la bonne, parce que c’est la seule possible ! » A voir ! C’est justement en termes de bilan opérationnel que cette étrange… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 1er juin 2015

Répondre au terrorisme : défis sécuritaires et impératifs sociétaux

Prolongeant la pensée de Heidegger, Albert Camus a écrit pendant la guerre : « Quand on ne sait pas nommer les choses, on ajoute au malheur du monde ». Jamais une phrase n’a été aussi juste si on considère les errements de l’Occident face au terrorisme. La dissuasion nucléaire, la construction européenne et le Pacte atlantique ont mis les Occidentaux à l’abri de la guerre sur leur sol depuis soixante-dix ans. Notre perception collective des conflits armés s’en est trouvée profondément modifiée. Elle l’est d’autant plus que la chute du bloc de l’Est a conféré à nos yeux le monopole de la violence militaire légitime à l’hyper-puissance américaine et à ses alliés de l’OTAN au nom de la défense et de la promotion des valeurs communes partagées en Occident.

Toute initiative armée, la menace d’y recourir ou même sa simple évocation, dès lors qu’elle ne s’inscrit pas dans le cadre de ce monopole, est décrite par nos médias et ressentie par nos opinions publiques comme illégitime, barbare, assimilable au terrorisme et produite par un « axe du mal ». Cette forme de ressenti est corroborée par le fait que toute entreprise armée entrant en confrontation avec la puissance militaire et technologique de l’Occident et ses alliés se trouve mécaniquement contrainte à mettre en œuvre des stratégies du faible au fort dont la sauvagerie médiatisée et les violences disproportionnées sont des éléments de base.

C’est ainsi que l’étiquette « terroriste »… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 25 mai 2015

TROIS DES RAISONS DU SUCCES DE DAE’CH…

Stupeur chez les archéologues : Dae’ch s’empare de Palmyre. Si la chute de Ramadi en Irak est stratégiquement plus préoccupante, ces derniers succès de l’organisation « Etat islamique » pose toutefois question. Les raisons de ces gains territoriaux, sinon idéologiques, sont multiples, mais on peut situer, en les analysants, trois processus majeurs expliquant partiellement cette évolution qui n’a pas l’air de beaucoup inquiéter la « communauté internationale »…

La première raison des succès de Dae’ch est la plus immédiate, sinon la plus aveuglante. Elle concerne la gestion militaire du « problème ». En effet, on sait, depuis les bombardements massifs effectués par les Alliés sur l’Allemagne du printemps 1945, qu’on ne gagne jamais définitivement une guerre par la seule voie aérienne. Malgré l’évolution technologique des chasseurs-bombardiers, des drones et des moyens radars, les systèmes d’armes aériens ne suffisent pas à emporter la décision sans intervention au sol, menée soit par des forces spéciales, soit par des unités conventionnelles. Les différentes opérations effectuées en Afghanistan (depuis les attentats du 11 septembre 2001), en Irak (printemps 2003), en Libye (printemps 2011), au Pakistan et au Yémen, ont largement validée cette loi incompressible de la guerre…

Faut-il encore s’entendre sur la nature, le sens et la finalité de la dénomination « guerre » ! Malgré les « frappes » de la Coalition internationale – qui ont débuté en août 2014 -, les positions… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 18 mai 2015

MOUKALLA, EPICENTRE D’AL-QAÏDA AU YEMEN…

L’officier supérieur d’un service européen de renseignement pointe son doigt sur la carte générale du Yémen (cote BH/Y-235) en expliquant que tous les aéroports du pays ont été entièrement détruits par les derniers raids saoudiens ; tous, sauf un ! Celui de Moukalla : dénomination internationale Riyan-Airport. Ensuite, il exhume de sa sacoche trois clichés satellitaires (datés du 4 mai dernier), montrant deux avions-cargo qui manoeuvrent sur le tarmac. Sur l’une des photos, on distingue un engin en train de décharger des caisses, vraisemblablement de missile Tow1. « Nous n’avons pas pu identifier avec certitude la nationalité de ces appareils dont les immatriculations ont été masquées. Mais d’après nos analyses des mouvements aériens desservant Moukalla, on peut avancer avec une marge d’erreur infime, qu’ils proviennent de la base d’Al-Kharj, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Riyad ».

Notre interlocuteur estime que les forces aériennes saoudiennes ont épargné l’aéroport de Moukalla à la demande des chefs d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA). Depuis que ces jihadites ont pris le contrôle de l’état-major du chef-lieu du Hadramaout, la 2ème région militaire du Yémen – le 3 avril dernier -, plusieurs officiers de liaison saoudiens se sont installés dans la tour de contrôle de Riyan-Airport. Lors de cette prise de contrôle, le commandant de la 2ème région s’était retiré avec ses troupes sans combattre, abonnant aux jihadistes plusieurs chars d’assaut et blindés. Les 400 terroristes libérés des prisons de la ville… Continuer la lecture