Observatoire Géostratégique

numéro 226 / 17 avril 2019

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 9 mars 2015

ALGER/BAMAKO : UNE DIAGONALE D’ESPOIR…

L’accord de paix et de réconciliation signé le 1er mars dernier à Alger par le gouvernement de Bamako et certains groupes du nord du Mali est, certes modeste mais il esquisse une méthode qui pourrait valoir pour l’ensemble de la bande sahélo-saharienne, y compris pour le sud de la Libye.

Sans reconnaître un statut particulier pour l’autonomie du nord du Mali (l’Azawad), l’un de ses mécanismes prévoit la création d’Assemblées régionales élues au suffrage universel direct dans un délai de dix-huit mois, ainsi qu’une « plus grande représentation des populations du Nord au sein des institutions nationales ». Une refonte de l’armée malienne doit aussi être mise en œuvre afin d’intégrer des combattants des mouvements armés du Nord. Cette méthode a reçu l’appui de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma). Depuis juillet dernier, Alger a organisé plusieurs rencontres avec une équipe de médiation élargie composée de représentants de la Minusma, de l’Union africaine, de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, de l’Organisation de la coopération islamique, de l’Union européenne, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad. « Cet accord a la valeur d’une boussole crédible et efficace vers la paix. », commente Ramtane Lamamra, le ministre algérien des affaires étrangères de l’Algérie.

A New York, les 15 pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies « encouragent les groupes armés de la Coordination à parapher l’accord », a déclaré l’ambassadeur français François Delattre, qui préside le Conseil en… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 2 mars 2015

POUR UN « NOUVEAU » MOYEN-ORIENT…

Gaston Bachelard acquiescerait certainement à ce constat qui encombre l’actualité internationale depuis plus d’un siècle : les obstacles épistémologiques se sont multipliés sur le chemin d’une compréhension simple et d’une stabilisation politique de l’Orient compliqué, de plus en plus compliqué…

Il y eut d’abord les malentendus historiques qui se sont multipliés dès le déclenchement de la Grande révolte arabe (1916-1918). L’empire britannique promet au chérif Hussein de la Mecque la formation d’un grand royaume arabe avec Bagdad pour capitale alors que, dans le même temps, il signe avec Paris des accords secrets organisant le démantèlement et le partage de l’empire ottoman. Signés le 16 mai 1916, avec l’aval de la Russie et de l’Italie, les accords Sykes-Picot établissent deux zones : l’une française comprenant la Syrie, le Kurdistan irakien – « arpents de sables » abandonnés ultérieurement aux Britanniques et le Liban actuels, l’autre britannique englobant les deux royaumes arabes d’Irak et de Jordanie créés pour la dynastie hachémite chassée de la Mecque par les Wahhabites de la famille Saoud et de Bagdad. Un an plus tard, le 2 novembre 1917, la Perfide Albion en rajoute en promettant, dans une lettre adressée à Lord Lionel Walter Rothschild par Arthur James Balfour (ministre des Affaires étrangères), l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. Cette déclaration est considérée comme l’une des premières étapes de la création de l’Etat d’Israël. S’ensuivent la série des guerres israélo-arabes et leurs effets destructeurs durables pour l’ensemble des Proche, Moyen… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 23 février 2015

LE CASSE-TÊTE LIBYEN…

Il faut certainement lire et relire le livre de Jean Ping1Eclipse sur l’Afrique : fallait-il tuer Kadhafi ?2 -, pour bien comprendre l’ampleur du désastre d’une guerre déclenchée unilatéralement en Libye par messieurs Sarkozy et Cameron avant d’être relayée par l’OTAN… S’appuyant sur une interprétation partielle et partiale de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, cette politique coloniale de la canonnière a ouvert durablement la boîte de pandore d’une guerre civile rejaillissant sur l’ensemble de la bande sahélo-saharienne, des côtes de Mauritanie à celles de Somalie ! Aujourd’hui, une quinzaine de camps de formation et de d’entraînement d’activistes jihadistes salafistes s’étirent le long d’un segment qui va de la ville de Sebbah au sud jusqu’à Gât, sur la frontière algérienne. Cet « Afghanistan de proximité » – comme l’a baptisé un ancien chef des services extérieurs français -, sert désormais de profondeur stratégique à une multitude de katiba qui menace l’ensemble des Etats de la région.

DEUX GOUVERNEMENTS

Ce chaos libyen s’étire entre deux pôles représentés par deux gouvernements et deux parlements : à Tripoli, le gouvernement « révolutionnaire » issu de l’ancien parlement et du Congrès général national libyen autoproclamé. Composée de factions islamistes, notamment les Frères musulmans, cette entité est financée et armée par la Turquie et le Qatar. Fajr Libya (Aube de la Libye) fédère ces différentes forces. A Tobrouk, un gouvernement « libéral » est issu de l’Assemblée constituante élue le 25 juin 2014,… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 16 février 2015


LES DOLLARS DE LA TERREUR !

« C’est à une plongée saisissante dans un univers opaque que vous convie Le Monde aujourd’hui »1… Suivent, douze pages (pas moins) consacrées au « gotha des évadés fiscaux français », leurs comptes secrets et petites cachotteries financières… Six mois après les « révélations » de « LuxLeaks », sur les pratiques fiscales du Luxembourg, voici aujourd’hui le « SwissLeaks » qui entend nous dévoiler toutes les coulisses du pays du coucou et des fromages à trous. Diantre !

Inspirée de « Wikileaks »2, la méthode consiste à regrouper une association d’ « enquêteurs » pour nettoyer les écuries d’Augias. Le Monde, encore : « nous avons partagé ces données avec une soixantaine de médias internationaux, coordonnés par l’ICIJ, consortium de journalistes d’investigation… » Comme pour Clearstream3, chacun se rue sur les journaux pour bien vérifier que son nom ne figure pas sur la liste ; comme pour certaines caricature, c’est bon pour le tirage… S’il y aurait beaucoup à dire sur cette nouvelle figure de l’information postmoderne, il est encore plus curieux de constater qu’on nous sert, en l’occurrence, des évidences – connues depuis plusieurs décennies -, comme les derniers scoops du journalisme dit d’ « investigation » ! Le secret bancaire helvétique n’existe plus depuis belle lurette et la liste des grands évadés fiscaux est parfaitement connue des services compétents…

Mais là, tenez-vous bien, on en apprend de belles : « HSBC abritait (aussi) des… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 9 février 2015


JORDANIE : PSYCHANALYSE DU FEU…

N’oublions jamais que les Anglais ont brûlé Jeanne d’Arc, que la « sainte » Inquisition a traîné des milliers de femmes sur le bûcher « purificateur » parce qu’elles étaient accusées de « sorcellerie ». Ces folies se sont déroulées il y a plusieurs siècles, laissant aux historiens la patience d’en décortiquer les rationalités meurtrières, les justifications idéologiques et politiques. La dernière exécution de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) n’est pas seulement un anachronisme historique mais la manifestation de son « inconscient » théologico-politique. A défaut d’une stratégique construite, elle traduit un mécanisme qui fonctionne à coups de postures tactiques relevant davantage de la psychanalyse que de l’analyse géopolitique.

En suppliciant par le feu le pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh – capturé en décembre dernier alors qu’il participait à des bombardements de la coalition internationale anti-jihadiste -, et en diffusant la vidéo de cette exécution le 3 février dernier Dae’ch fait d’abord preuve d’un immense narcissisme. Les attentats en France ont relancé sa rivalité avec Al-Qaïda – les frères Kouachi se disaient mandatés par Al-Qaïda dans la péninsule arabique, tandis qu’Amedy Coulibaly avait déclaré appartenir à l’Etat islamique. Pour Dae’ch, il s’agissait donc de faire un « gros coup » pour revenir sur le devant de la scène médiatique. Son obsession monomaniaque a toujours été de déclasser les autres groupes jihadistes en surenchérissant dans la terreur : les décapitations (légalement pratiquées par l’Arabie saoudite) se sont quelque peu banalisées. Il fallait… Continuer la lecture