Observatoire Géostratégique

numéro 260 / 9 décembre 2019

L’envers des cartes

L’Envers des Cartes du 11 mai 2015

Les leçons indispensables de Georges Corm…

Comme Spinoza l’a fait, au péril de sa vie, avec le Traité Théologico-politique (1670), Georges Corm nous rappelle très opportunément aujourd’hui que la liberté d’exégèse des textes sacrés demeure le fondement absolu des libertés civiles et politiques. Cette leçon magistrale fait l’objet de son dernier livre qui paraît actuellement aux éditions de La Découverte1. Magnifique et salutaire en ces temps de « printemps arabes » fanés et d’instrumentalisation des religions !

Depuis sa contribution essentielle à l’analyse de l’un des épicentres majeurs des crises internationales – Le Proche-Orient éclaté (1983) -, Georges Corm construit patiemment, presque en silence, une œuvre des plus importantes pour l’intelligence des relations internationales. Cette élaboration modeste, presque clandestine, ne connaît évidemment pas l’écho qu’elle mériterait pour la bonne et simple raison qu’elle ne participe en rien à la doxa dominante, à la bobologie globale, à l’idéologie occidentale, auto-centrée et mortifère qui s’est imposée comme le discours de la méthode du monde d’aujourd’hui. Tout au contraire l’œuvre de Georges Corm s’inscrit en rupture « radicale » avec les facéties de Bernard Lewis, de Francis Fukuyama et de Samuel Huntington notamment, autrement tous les chiens de garde de l’idéologie dite « néoconservatrice » américaine qui a fait moult émules en Europe et, tout particulièrement à Paris…

Economiste, historien, politologue, cet ancien ministre des finances du gouvernement libanais de Salim al-Hoss (1998-2000) est professeur à l’université Saint-Joseph de Beyrouth. Ses leçons nous rappellent très précisément celles du grand épistémologue… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 4 mai 2015

UN MONDE ARABE DE PLUS EN PLUS FRAGMENTE…

L’information est périssable. Elle n’est pas une science exacte, encore moins une mémoire et force la modestie… Dans notre précédente livraison (Numéro 20 – 27 avril), nous annoncions la fin de la phase des bombardements intensifs de la Coalition menée par Riyad contre le Yémen. Annoncée par le Palais, cette décision n’aura prévalu que quelques jours… Au moins cinq raids aériens ont visé, le 26 avril dernier, des positions militaires et les abords du palais présidentiel dans la capitale yéménite Sanaa. Près du port d’Aden, des navires saoudiens ont pilonné des positions des rebelles chi’ites Houthis.

Ce retournement s’est accompagné d’une nouvelle révolution de palais ! Le 29 avril, le roi Salman a écarté les « colombes » en faveur d’une consolidation de la trêve au profit des « faucons » de la monarchie, notamment les deux ministres les plus puissants du régime : Mohamed Ben Nayef/MBN (intérieur) et Mohamed Ben Salman/MBS (défense) qui confortent leurs positions au sein de l’exécutif saoudien.

Fin janvier, lors du couronnement de Salman, le premier – MBN – (55 ans) qui avait été nommé vice-prince héritier est mainteant promu prince héritier, en remplacement du prince Muqrin, le plus jeune des fils encore en vie d’Abdelaziz, fondateur de la dynastie. Le second (30 ans) – le fils préféré du roi -, remplace MBN et devient ainsi second dans l’ordre de succession, tout en conservant son portefeuille de ministre. Enfin, le roi Salman a remplacé l’insubmersible Saoud… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 27 avril 2015

Pourquoi les raids sur le Yémen se sont arrêtés…

Dans un communiqué affirmant que tous les objectifs ont été atteints, l’Arabie saoudite et ses alliés se sont résolus à opter pour une « solution politique » au conflit inter-yéménite. Ce serait donc à la demande du président yéménite que l’opération « tempête décisive » a pris fin le 20 avril dernier, a expliqué le porte-parole de la coalition dirigée par Riyad, le général Ahmed al-Assiri. Et selon le ministère saoudien de la Défense, les bombardements sont parvenues « avec succès à éliminer les menaces que faisaient peser les chi’ites Houthis sur la sécurité de l’Arabie saoudite et des pays voisins ».

Déclenchée le 26 mars dernier, sans résolution-cadre du Conseil de sécurité des Nations unies, cette nouvelle guerre « aérienne » s’est très vite heurtée à trois obstacles incompressibles : 1) celui d’une légalité internationale inenvisageable, puisque ni la Chine ni la Russie n’auraient laissé passer un projet « interventionniste » rappelant la triste jurisprudence de la résolution 1973 – au nom de laquelle fût déclenchée la guerre franco-britannique (appuyée par l’OTAN) contre la Libye au printemps 2011 ; 2) celui des objectifs « militaires », étant entendu que les cibles d’une opération aérienne de ce type sont forcément limitées, se réduisant à des infrastructures impactant l’ensemble de la population locale ; 3) enfin, celui de la popularité, le nombre de victimes civiles co-latérales ne cessant d’augmenter, atteignant plusieurs centaines de personnes selon différentes sources militaires arabes et occidentales.… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 20 avril 2015

Le Soudan vote entre charia, boycott international et rébellions régionales…

Le 5 avril dernier, des rebelles du Kordofan du Sud ont revendiqué la prise d’un camion transportant du matériel destiné à la préparation des élections générales. Les rebelles de la branche Nord du Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM-N) « ont tendu une embuscade et se sont emparés d’un véhicule rempli d’urnes électorales » sur la route reliant Kdugli, la capitale de l’État du Kordofan du Sud, avec la ville de Dilling, a affirmé un chef rebelle.

En mars dernier, le SPLM-N a annoncé vouloir « tout mettre en œuvre » afin de perturber les élections. En effet, les violences se sont intensifiées dans le Kordofan du Sud et la région voisine du Nil-Bleu, provoquant le déplacement d’au moins 20 000 personnes. le ministre de la Défense Abdel Rahim Mohammed Hussein a déclaré le 10 avril que l’armée « ne permettrait pas aux rebelles d’entraver le scrutin ». Depuis 2011, Khartoum mobilise d’importants moyens militaires pour contrer une révolte armée dans le Kordofan du Sud et le Nil-Bleu, où des groupes armées revendiquent plus d’autonomie avec le soutien logistique des autorités du Soudan du Sud1.

Le 13 avril dernier, la république du Soudan a tenu ses élections présidentielles et législatives, « le processus s’étant étalé sur trois jours afin de permettre au plus grand nombre d’électeurs de voter », a précisé le président de la CEN Muhktar… Continuer la lecture

L’Envers des Cartes du 13 avril 2015

DE QUOI L’ « ETAT ISLAMIQUE » EST-IL LE NOM ?

Force est de constater que l’organisation « Etat islamique » (EI) conserve toute sa force de nuisance. Les résolutions du Conseil de sécurité et l’engagement de Washington à combattre ce monstre restent sans effet. Les victoires de la Coalition sont en trompe-l’œil. L’Etats islamique contrôle toujours des zones importantes en Syrie et en Irak. Et ses combattants continuent de progresser en Libye et dans le reste du Moyen-Orient.

La menace ne recule donc pas. Elle progresse. La sphère d’influence de l’EI s’étend désormais aux zones contrôlées par la Talibans au Pakistan et en Afghanistan et celles qui se trouvent sous la coupe de Boko Haram et des Al-Shabab en Afrique. Les événements récents ont montré que ses combattants pouvaient venir commettre des attentats jusqu’en Europe.

Les services de sécurité Syriens, Irakiens et Libyens n’arrivent plus à faire face. Les islamistes continuent à gagner du terrain en mettant en scène leurs exécutions. Avant même leur arrivée, les armées régulières sont tétanisées par la peur. L’EI a ouvert un nouveau front en direction de l’Asie centrale et du Caucase. Elle a les moyens de ses ambitions parce qu’au flux de combattants en provenance des pays arabes et musulmans s’est ajouté le flux des convertis en provenance des Etats-Unis, d’Europe, de la Communauté des États indépendants (CEI) et d’autres pays. Rien qu’en Russie, 1700 personnes sont allées gonfler les rangs de l’EI.

Ces chiffres sont énormes et devraient susciter une réaction… Continuer la lecture