Observatoire Géostratégique

numéro 259 / 2 décembre 2019

Orient-ations

ORIENT-ATIONS 224


CENSURES FRANÇAISES. SUITE – Jean Daspry « La vérité a besoin de mensonge – car comment la définir sans contraste ? » (Paul Valéry). Contraste entre la vérité et le mensonge, telle est l’une des principales caractéristiques de la France éternelle ! Contraste d’autant plus frappant que l’on touche aux grands principes et que l’on évolue dans la République en marche. D’un côté, il y a les généreuses pétitions de principe sur la liberté d’expression, de l’autre, il y a la réalité plus triviale, plus liberticide. Plus on célèbre avec faste la Patrie les Lumières, plus on la foule aux pieds sans vergogne. Et cela est d’autant plus vrai que l’on s’attaque à la doctrine officielle, la fameuse doxa, simplement en la questionnant au nom de la disputatio.

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LA FAILLITE DE LA VÉRITÉ SUR LA SYRIE

Nos lecteurs fidèles de www.prochetmoyen-orient.ch en ont été dûment et longuement informés dans note magazine du 25 février 2019. Nous abordions sous divers angles la question de la censure française, en général et des foudres qui se sont abattues sur le colonel François-Régis Legrier, en particulier. Rappelons ce que nous écrivions à l’époque :

Début de citation

« Dans sa livraison des 17 et 18 février 2019, le quotidien Le Monde sous la plume de son experte des questions de défense, Nathalie Guibert nous apprend que la ministre des Armées, la sympathique Florence Parly envisagerait de sanctionner le colonel d’artillerie, François-Régis Legrier pour avoir publié dans la Revue défense nationale un article critique intitulé : « La… Continuer la lecture

ORIENT-ATIONS 223

PINOCCHIO À LA CONQUÊTE DE L’AFRIQUE ORIENTALE – Guillaume Berlat. « L’Afrique ne s’éveillera à son destin que lorsqu’elle aura cessé d’être le jardin zoologique du monde » écrivait Romain Gary dans son merveilleux roman, qui lui vaudra en 1956 le prix Goncourt, Les racines du ciel. Après une longue diète touristique à l’étranger pour jouer son nouveau rôle de composition – animateur de débats publics dans le cadre du grand débat public inventé pour mettre un terme à la jacquerie des « gilets jaunes » -, Emmanuel Macron reprend son bâton de pèlerin, d’évangélisateur des peuples en attente du Nouveau Messie. Pour l’occasion, il découvre la Corne de l’Afrique, l’Afrique orientale à l’occasion d’un périple de quatre jours (11-14 mars 2019) qui le conduit successivement à Djibouti, en Ethiopie et au Kenya. D’entrée de jeu, le chef de l’État confie à quelques folliculaires triés sur le volet une phrase mémorable de son cru : « Les plaques sont en train de bouger dans cette région au sens large. Elle est la plus peuplée d’Afrique et elle concentre les trois défis du continent : le défi démographique, le défi de l’islamisme radical et du djihadisme, le défi du développement ». On l’aura compris, une fois encore, Zorro le sauveur est arrivé et nous allons voir ce que nous allons voir. Revenons sur les trois étapes de sa visite officielle au cours desquelles il déploie toute la palette du petit diplomate : stratégie, économie et environnement.

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DJIBOUTI : LA DIPLOMATIE STRATÉGIQUE

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ORIENT-ATIONS 222

LAFARGE EN SYRIE. LA JUSTICE INJUSTE – Jean Daspry « La justice est la sanction des injustices établies » (Crainquebille, Anatole France). Encore faut-il que les magistrats, surtout ceux qui ont la charge d’instruire des dossiers complexes à dimensions multiples (diplomatique, sécuritaire, économique…), fassent à la fois preuve d’humilité, soient habités par le doute et instruisent à charge et à décharge (pas seulement à charge et à recharge comme c’est trop souvent le cas). Cela leur éviterait de se fourvoyer dans des impasses mais surtout de briser à jamais des vies d’innocents. L’impression générale prévaut qu’ils ne tirent jamais les leçons de leurs échecs, trop nombreux pour passer inaperçus. Nous en avons aujourd’hui un exemple frappant avec le feuilleton de l’affaire Lafarge en Syrie. Que nous disent les faits et que faut-il en penser ?

Qu’apprenons-nous aujourd’hui que nous avions laissé entrevoir à nos lecteurs dans nos derniers articles sur le sujet ?1

Au fil de l’enquête, huit anciens cadres ou dirigeants, dont l’ex-PDG Bruno Lafont, ont été mis en examen pour « financement d’une entreprise terroriste » et/ou « mise en danger de la vie » de salariés. Deux intermédiaires locaux au cœur de l’affaire, Amro Taleb et Firas Tlass, sont par ailleurs visés par un mandat d’arrêt. « Cette décision lave mon honneur et va me permettre de reprendre le fil de ma carrière ». L’ancien directeur général de LafargeHolcim, Eric Olsen, s’est félicité, mardi, de la levée de sa mise en examen pour « financement d’une entreprise terroriste » dans… Continuer la lecture

ORIENT-ATIONS 221

PINOCCHIO ENTRE DANS L’ARÈNE EUROPÉENNE – RENAISSANCE OU CRÉPUSCULE ? Guillaume Berlat. « La parole est d’argent mais le silence est d’or » nous rappelle l’adage populaire. Après une brève cure de diète médiatique pour crise paroxystique des « gilets jaunes », le président de la République revient à ses fondamentaux. Une parole libre (les petites phrases inopportunes), une parole fréquente (le propre du comédien), une parole creuse (la forme l’emporte sur le fond), une parole discréditée (l’action suit rarement), une parole incantatoire (le docteur Coué est de retour) … Telles sont les principales caractéristiques de la posture bien rôdée du chef de l’État, Emmanuel Macron ! C’est dans un contexte économique, social et international dégradé que Jupiter décide de se lancer dans l’arène européenne1 en publiant le 5 mars 2019 une tribune décalée dans les médias hexagonaux et européens après s’être adressé au peuple italien dans le cadre d’un entretien télévisé avec la chaîne publique Rai Uno le 3 mars 2019.

UN CONTEXTE DÉGRADÉ

Alors que l’on constate un désamour croissant à l’égard de la construction européenne considérée comme aussi tatillonne qu’inefficace, l’Union n’a ni cap, ni boussole, procrastinant sur la voie d’une grave erreur méthodologique.

Un désamour croissant des peuples

Le moins que l’on puisse dire est que l’Europe n’a pas la côte en ce début de l’an 2019. Même s’il ne faut pas leur donner plus d’importance qu’ils n’en ont, les sondages fournissent une photographie intéressante, à l’instant « T », de l’état de l’opinion. Que nous disent-ils à moins de trois… Continuer la lecture

ORIENT-ATIONS 220

MARC DE MIRAMON DE RETOUR DE DAKAR : MACKY SALL REELU SUR UN CHAMP DE RUINES – Les scores honorables réalisés par l’opposition illustrent autant le bilan en demi-teinte de Macky Sall qu’une décomposition du paysage politique sénégalais. La conférence de presse conjointe tenue le soir du premier tour par Idrissa Seck et Ousmane Sonko, au-delà de l’impératif de présenter un front commun en vue d’un éventuel deuxième tour pour chasser Macky Sall du pouvoir, illustre les profonds bouleversements en cours dans la vie politique sénégalaise. En effet, quoi de commun entre l’ancien Premier ministre, « fils » d’Abdoulaye Wade, et le député nationaliste, pourfendeur du Franc CFA et d’un Sénégal corrompu vendu aux « Gaulois » ? Le brouillard s’épaissit encore d’avantage si l’on considère le ticket formé par le libéral Idrissa Seck et le « socialiste » Khalifa Sall, dont on peine à comprendre quelles convergences de programme pourraient bien réunir deux hommes supposés porter des convictions aux antipodes : le culte de l’effort et d’une réussite individuelle censée « ruisseler » sur le reste de la société pour l’un, l’idéal d’égalité et de solidarité pour l’autre.

Certes, la décomposition vient de loin, provoquée autant par les alliances hétéroclites bâties pour venir à bout du système « socialiste » d’Abdou Diouf et celui du « libéral » Abdoulaye Wade, que de l’écroulement des idéologies accéléré par la chute du mur de Berlin.

Aucun pays ou presque n’échappe à cette confusion ambiante, la France en premier chef : « l’ouverture » à gauche pratiquée par Nicolas Sarkozy en 2007 et le mandat catastrophique de François Hollande (2012-2017),… Continuer la lecture