Observatoire Géostratégique

numéro 213 / 14 janvier 2019

COP 24 : CHRONIQUE D’UN ECHEC ANNONCE…

« Il faut que le diplomate ait de l’avenir dans ses vues ». Cette maxime de Talleyrand semble avoir été perdue de vue de nos jours dans le domaine de la protection de l’environnement. Depuis décembre 2015, la lutte contre le réchauffement climatique tombe de Charybde en Scylla. Depuis le brillant succès français de la COP21 au Bourget en décembre 2015 (sous la présidence experte de Laurent Gaffius, l’homme au marteau vert)1 au cours duquel 190 pays s’étaient engagés à limiter le réchauffement de la planète au-dessous de 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, les exercices se suivent et se ressemblent. Le même robinet d’eau tiède. Les mêmes déclarations insignifiantes. Les mêmes communiqués de presse triomphants. Des paroles creuses mais pas de mesures significatives pour enrayer durablement le réchauffement inexorable de la planète. Les deux dernières éditions, qu’il s’agisse de la COP 22 (en 2016 à Marrakech)2 ou de la COP23 (en 2017 à Bonn sous présidence fidjienne)3 furent un fiasco comme ceci était largement prévisible.

La COP24 pouvait-elle raisonnablement échapper à la loi de séries ? Après Poznan en 2008 et Varsovie en 2013, la Pologne accueille, pour la troisième fois, la conférence annuelle sur le climat, dite conférence des États parties ou COP. Le pays ne se distingue pourtant pas pour sa politique en faveur de la protection de l’environnement. Peut-être s’agit-il là d’une forme d’hommage du vice à la vertu ? Les représentants de près de deux cents pays se sont retrouvés le 3 décembre 2018 à Katowice en Pologne pour deux semaines de discussions dans le cadre de la COP24 destinée à surmonter les divergences politiques abyssales afin de lutter – en théorie efficacement et non par l’incantation – contre le réchauffement climatique en réduisant le recours aux énergies fossiles.

Mais, il y a loin de la coupe (les paroles diplomatiques) aux lèvres (les actes concrets). Soulignons que la réunion de Katovice se déroule dans un contexte peu propice à de sérieuses avancées sur la question du réchauffement climatique. À maints égards, l’exercice relevait de la quadrature du cercle, faut-il le reconnaître. La chronique d’un échec annoncé accompagné par Emmanuel Macron évoluant du panache au chaos. Le pire désaveu est celui que l’on s’inflige à soi-même. Le président est assis sur un volcan.

UN CONTEXTE PEU PROPICE À DE SÉRIEUSES AVANCÉES

Que peut-on attendre de la réunion de Katovice ? Il convient de savoir raison garder. Cette réunion ne permet que de lancer un grand cri dans le désert, un de plus tant l’environnement – à tous les sens du terme – est dégradé, chaque année encore plus.

Un cri dans le désert : un de plus à chaque COP

Ce ne sont pas les pétitions de principe généreuses (« La génération d’aujourd’hui est la dernière en mesure de prévenir un réchauffement climatique catastrophique, ainsi que la première à en subir les conséquences ») de personnalités du circuit (le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, son envoyé spécial pour le sommet spécial sur le climat de 2019, Luis Alfonso de Alba, son représentant pour la négociation d’un Pacte mondial pour l’environnement, Laurent Fabius l’inoxydable…) ou quelques sympathiques marches vertes, tribunes plus ou moins grandiloquentes4 qui sont de nature à renverser la vapeur5. Le cœur n’y est pas. La confiance n’y est pas. Les résultats non plus. Cela fait bien longtemps que la maison brûle (« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », discours d’ouverture de Jacques Chirac lors du 4ème sommet de la terre à Johannesburg, 2 septembre 2002) et que les pompiers tardent à arriver sur les lieux du sinistre planétaire. La réunion de Katovice ressemble à un nouveau coup d’épée dans l’eau, à un cri dans le désert.

Les chiens aboient, la caravane passe. De ce genre de barnum diplomatique – quantité et qualité des documents approuvés ne font souvent pas bon ménage -, on ne peut attendre que deux issues : un consensus mou ou pas de consensus. Le seul mérite de la première option consiste à se donner bonne conscience à vil prix. Les politiques et les experts rentrent à la maison avec le sentiment du devoir accompli, faisant le dos rond jusqu’à la prochaine réunion de novembre ou décembre 2019. Au Quai d’Orsay, cet exercice pratiqué avec maestria est bien connu. Il porte le nom de politique du chien crevé au fil de l’eau. Il est vrai que l’ambiance générale morose ne prêtait pas à l’optimisme.

Un environnement dégradé : un peu plus chaque année

Sur le plan environnemental, le bilan est de plus en plus préoccupant. Comme le navire qui quitte le port, le monde s’éloigne lentement mais sûrement de son objectif de ne pas dépasser 2°C de réchauffement climatique. Les quatre prochaines années seront plus chaudes que jamais. À Katowice, lors de la COP24, la vingt-quatrième réunion internationale de le convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, le gouvernement américain a tenu une conférence pour soutenir les énergies fossiles et le nucléaire et l’Arabie Saoudite a fait la promotion du pétrole. Washington et Riyad ont d’ailleurs été classés, ce lundi 12 décembre, en queue de peloton des 60 principaux pays qui mettent en œuvre des stratégies pour limiter le réchauffement de la planète au-dessous de 2°C, par rapport à l’ère préindustrielle, dans un classement préparé par des organisations non gouvernementales Germanwatch, Climate Action Network et New Climate Institute. Pour sa part, le PNUE, l’agence des Nations unies pour l’environnement, souligne que les États devraient tripler leurs efforts et limiter plus rapidement que prévu leurs émissions de gaz à effet de serre afin de respecter l’accord de Paris. Un premier état des lieux sur les émissions globales est prévu en 2023, avant un relèvement des ambitions nationales en 2025. Mais cela risque d’arriver bien tard, bien trop tard. Une excellente illustration du trop peu, trop tard.

Sur le plan politique, le bilan est aussi préoccupant. En effet, le contexte est très difficile. Il n’y a plus de grand pays leader crédible. Donald Trump a décidé de retirer les États-Unis de l’accord de Paris. Monopolisé par/empêtré dans la crise des « gilets jaunes », Emmanuel Macron, le « champion de la Terre » de l’ONU, ne fait pas le déplacement à Katovice. Le premier ministre, Édouard Philippe est conduit à y renoncer pour des raisons identiques. Sous la pression de la rue, Emmanuel Macron choisi la fin du mois contre la fin du monde. Le risque de contagion aux pays producteurs de pétrole augmente. De plus, après l’élection de son nouveau président, le Brésil de Jair Bolsonaro, 7e émetteur de gaz à effet de serre au monde, n’a plus l’intention d’accueillir la prochaine COP6. Finalement, le Chili reprend le flambeau pour la COP25. À l’exception de la Chine et du Japon – qui n’est pas très moteur dans les discussions -, aucun grand pays ou grande région ne satisfait ses engagements volontaires, a indiqué cette semaine le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

Dans pareil contexte, on mesure aisément la difficulté auquel sont confrontés les diplomates et experts présents à Katovice. Comment parvenir à réconcilier des points de vue divergents en un si court laps de temps ? Comment coucher sur le papier un improbable accord qui fasse un minimum sens ?7

L’IMPOSSIBLE QUADRATURE DU CERCLE

Pour mieux appréhender la facture de Katovice à la COP24, il faut revenir trois années en arrière en prenant conscience de la mystification de Paris à la COP21 avec son accord en trompe-l’œil, un classique de la diplomatie multilatérale.

La mystification de Paris : un accord en trompe-l’œil

Dans la diplomatie multilatérale, les experts savent d’expérience que le risque est grand d’ouvrir une négociation pour la négociation sans aboutir à quelque chose de sérieux. C’est qui fut manifestement le cas lors de la COP21. La négociation devient alors une arme de communication destinée à prendre l’opinion à témoin de sa bonne volonté. Ne vaut-il parfois pas d’accord plutôt qu’un mauvais accord ? Rappelons ce que nous écrivions à contre-courant du prêt-à-penser de l’époque à l’issue de la COP 21 qui n’avait de cesse de tresser des couronnes de laurier à notre tandem Hollande-Fabius !

« L’histoire se refuse aux choses bien nettes. Il n’est d’autre vérité que celle que nous imaginons. Si l’accord du Bourget est nécessaire, il n’est pas pour autant suffisant. A l’avenir, l’important est plus dans la façon dont les Etats s’engageront concrètement à lutter contre les causes des dérèglements climatiques que dans les formules ambigües d’une déclaration politique accouchée au forceps. Rien ne va de soi, et les difficultés évoquées plus haut ne vont pas disparaître comme par enchantement. A y voir de plus près, les choses sont moins claires. Le caractère juridiquement contraignant de l’accord est problématique, chaque Etat décidant de l’effort dont il est capable. Pour le devenir, il devra être signé et ratifié par au moins 55 Etats. Par ailleurs, l’accord est relativement flou sur la question de la vérification des engagements et sur le mécanisme de sanction. L’objectif des 1,5° C est inatteignable, de l’avis de nombreux experts, sans un arrêt immédiat de la production de charbon et de pétrole. La difficulté à lever 100 milliards de dollars laisse sceptique sur la possibilité d’aller au-delà dans un contexte de crise économique »8.

Or, ceci n’a fait que se confirmer au fil des mois, des ans. Les faits sont têtus. Chacun des États parties à l’accord reprenant ses billes, réinterprétant les termes de l’accord dans le sens qui lui est le plus favorable à ses intérêts bien compris, sans se soucier le moins du monde, de l’intérêt générale de la « communauté internationale ». Dans la diplomatie, le diable se cache dans les détails.

La facture de Katovice : un désaccord sur l’essentiel

Les experts de la négociation multilatérale onusienne savent parfaitement que le temps et la confiance sont deux ingrédients fondamentaux indispensables pour aboutir au succès espéré. Or, les deux font encore défaut : le temps est compté et la confiance n’est pas au rendez-vous. Au regard des ambitions affichées à Paris en décembre 2015, la COP24 se trouve confrontée à un double défi quasi insurmontable en raison du caractère irréaliste de l’accord et de la position en retrait de plusieurs délégations importantes.

Le premier défi est que les engagements actuels sont insuffisants et trop tardifs comme l’a souligné le secrétaire général de l’ONU lors du lancement des travaux de la COP24. En effet, il ne reste que deux petites années pour engager des efforts complémentaires et décisifs pour contenir la hausse de la température mondiale dans les limites fixées dans l’accord de Paris. En pratique, l’objectif apparaît comme irréaliste, inatteignable dans le contexte actuel. À cet égard, « deux processus clés sont attendus à la COP24 pour le relèvement de l’ambition climatique internationale et l’adoption des règles de mises en œuvre de l’accord de Paris », résume parfaitement Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales). De son côté, le PNUE souligne que les États parties doivent tripler leurs efforts et limiter plus rapidement que prévu leurs émissions de gaz à effet de serre afin de respecter l’accord de Paris. Est-ce possible ? La réponse est dans la question.

Le second défi est que les engagements actuels relèvent de l’accord de principe mais soulèvent de très sérieuses difficultés quant à leur mise en œuvre9. En effet, lors de la réunion de Katovice – ce qui n’a pas pu être le cas lors des COP22 et COP23 -, les règles de mises en œuvre de l’accord de Paris doivent être approuvées pour laisser le temps à chaque pays de revoir ses contributions, savoir quelles émissions sont comptabilisées, quels progrès sont obtenus et quels flux financiers sont disponibles10. Par exemple, les règles de financement doivent être débattues pour s’assurer qu’il n’y a pas de double compte entre les aides au développement et les aides au climat. Il s’agit d’un débat technique mais important pour établir la confiance entre les pays. En un temps, où les nuages sur la croissance mondiale s’accumulent11, on peut douter de la capacité des États à procéder à l’arbitrage entre « fin du mois et fin du monde », l’écologie apparaissant comme punitive. Pourquoi accepter aujourd’hui ce que l’on a refusé hier ? Quel facteur déterminant pourrait justifier d’un tel saut qualitatif ?

Une fois encore, que pouvait-on espérer de cette grande conférence internationale si ce n’est qu’un échec plus ou moins visible, plus ou moins flagrant que les communicants peineraient à cacher à travers quelques formules creuses dont ils ont le secret ?

CRISE DU MULTILATERALISME

La réunion de Katovice se présente comme l’archétype de la grand-messe que l’on doit alimenter de chimères pour faire illusion, pour ne pas décrédibiliser un multilatéralisme déjà bien mal en point12. Après la guerre des tranchées marquée au sceau d’un minutieux travail de sape des gros bras de l’anti-climat vient la bataille diplomatique pour limiter la casse, un authentique travail de Sisyphe.

La guerre des tranchées : un travail de sape

Hormis, l’opposition frontale des États peu intéressés au consensus en raison des intérêts divergents (pays producteurs de pétrole, pays pollueurs…), il faut toujours compter sur le travail de sape méthodique qui se déroule en coulisses. L’administration Trump, qui a annoncé vouloir quitter l’accord international de 2015, essaie parallèlement de l’affaiblir : blocage quant à la prise en compte du rapport du GIEC sur le réchauffement planétaire de 1,5 °C, réticence à promouvoir les énergies fossiles…13 L’Union européenne, qui est plus divisée que jamais et dont chacun des États membres joue sa propre partition, confirme ainsi l’inexistence d’une politique étrangère commune. La Commission européenne, fidèle à sa vocation de marchande d’illusions, pousse les États membres à se fixer comme objectif à la neutralité carbone en 2050 lors de sa présentation de sa stratégie climat le 28 novembre 2018. Cela ne mange pas beaucoup de pain. À quelques jours de la COP24, elle exhorte les Européens à prendre la tête du combat climatique. Toujours des paroles, rien que des paroles mais pas d’actions concrètes. L’Afrique s’en tire à bon compte en quémandant quelques subsides ne serviront vraisemblablement à rien pour tenir ses improbables engagements14. Cerise sur le gâteau, les Polonais refoulent de leur territoire tous les trublions et menacent les activistes du climat15. Un accord implicite se dégage pour que rien ne change16. « Le climat attendra, encore »17. Il est vrai que les divisions ne manquent pas sur toutes les grandes têtes de chapitre de la conférence18. C’est le moins que l’on puisse dire. On pourrait presque évoquer une sorte de multiplication des diviseurs !

La bataille diplomatique : un travail de Sisyphe

La diplomatie n’est pas un conte de fées. Force est de constater qu’aucun grand pays ou grande région ne satisfait ses engagements volontaires, selon le PNUE. Selon un rapport de l’ONU en début de conférence, les États devront tripler d’ici 2030 le niveau global de leur engagement pour atteindre l’objectif de ne pas dépasser 2°C de réchauffement climatique. Si rien ne change, la planète se dirige vers un réchauffement de 3,2°C d’ici à la fin du siècle. Pire encore, selon ce même PNUE, le fossé n’a jamais été aussi grand entre, d’une part, les engagements souscrits par les États pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et, d’autre part, la baisse qui serait nécessaire pour respecter l’ambition de l’Accord de Paris de 2015 – à savoir contenir la hausse de la température « nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels ». L’écart (entre le niveau actuel des émissions et le niveau nécessaire) est plus grand que jamais, 49 pays ont passé leur « pic » d’émissions, mais ils ne représentent que 36% des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Et au total seuls 57 États (60% des émissions) seraient en bonne voie d’y parvenir d’ici 2030 – si toutefois leurs promesses de 2015 sont tenues. 2018 a enregistré une nette reprise des émissions de CO²19. Ces simples chiffres démontrent à l’envi la difficulté de l’exercice, la difficulté qui s’attache à concilier l’inconciliable dans un contexte de crise de confiance profonde dans la gouvernance internationale. Mais, le Congrès procrastine en s’escrimant à mettre au point de superfétatoires « règlement » pour la mise en place de l’Accord de Paris » (« guideline for implementation » ou « rulebook ») ; « dialogue de Talanoa », destiné à accélérer l’action en faveur du climat, NDC (« nationaly determined contributions », contributions déterminées nationalement) par rapport à celles de 2015, « déclaration de Silésie sur une transition juste »20 … et autres fadaises du même acabit. La machine multilatérale folle tourne à plein mais surtout à vide. En réalité, la question importante posé aux négociateurs avant l’ultime séance est la suivante : comment parvenir à mettre en œuvre les engagements souscrits lors de la COP21 à Paris ? Ni plus, ni moins. On s’accorde a minima sur le fait, qu’à partir de 2020, les pays devront présenter tous les deux ans leurs plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre et leurs actions d’adaptation au changement climatique. Et ceci pour analyse et vérification auprès du secrétariat de la commission des Nations unies pour le climat. Cela est peu ou pas contraignant. Encore, un exercice de diplomatie incantatoire, faute de mieux. On botte en touche en renvoyant le bébé à la COP25.

La diplomatie environnementale jupitérienne mérite une attention spéciale tant elle est frappée au coin de la plus grande duplicité. Elle se retrouve aujourd’hui prise dans le piège qu’elle a elle-même armé.

MACRON, LE PANACHE OU LE CHAOS21

Désormais, la planète a pris pleinement conscience de la bulle diplomatique jupitérienne. Après avoir gonflé de manière démesurée, elle fait lamentablement pschitt. Après le temps de l’arrogance cher à Jupiter vient celui, moins gratifiant, de l’humilité du nouveau Messie, Jupiter à terre.

Le temps de l’arrogance : Jupiter superstar

Hier encore, Emmanuel Macron se pavanait dans les enceintes internationales. Il y était accueilli en héros du monde nouveau. Il était récompensé par le titre envié de « champion de la terre » que lui décernait l’Organisation des Nations unies pour saluer son action internationale contre le dérèglement climatique, notamment le lancement de l’Alliance solaire avec l’Inde. Pire, il faisait la leçon à Donald Trump en organisant une campagne tonitruante intitulée « Make our Planet Great Again », grand succès médiatique s’il en est. Il parcourait la planète dans son Jupiter Air One (augmentant le bilan carbone de la France), délivrant des satisfécits à Pierre pour ses performances et tançant Paul pour ses mauvais résultats. Sans le moindre complexe, Jupiter s’était érigé en conscience écologique universelle en lieu et place du machin, pratiquant à la perfection l’exercice de com’. On l’aura compris Jupiter excelle dans la diplomatie des slogans, celle qui est concoctée dans les officines des « spin doctors » qui n’ont que faire du fond des problèmes. Des annonces, toujours des annonces qui saturent l’espace médiatique mais qui servent souvent à masquer la vacuité de la politique française en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Ce faisant, Jupiter ignorait une règle élémentaire que l’on enseignait à tout jeune diplomate, faire preuve en toutes circonstances d’une grande réserve, d’une grande humilité pour éviter les effets boomerang. La petite phrase assassine contre tel ou tel qui vous revient à la figure quand vous ne vous y attendez pas. C’est que l’on appelle, dans le langage commun, se tirer une balle dans le pied. Vient ensuite le temps de l’acte de contrition, le temps de l’humilité, vertu peu pratiquée dans et par La Caste. Est-ce crédible ?

Le temps de l’humilité : Jupiter à terre

Après le temps de l’autocélébration des vertus hexagonales vient celui, moins reluisant, de la vérité des faits et de la révélation au grand jour des bobards de la veille. Emmanuel Macron est déboulonné de son piédestal. C’est que le pacte écologique promis par Jupiter semble passé à la trappe pour plusieurs raisons structurelles (incapacité de la France à respecter ses engagements internationaux en violation de la règle Pacta sunt servanda, ce qui n’est pas nouveau)22 et conjoncturelles (conséquences inattendues de la crise des « gilets jaunes » avec le retrait de la taxe sur les carburants23). Dans ce dernier domaine, le président de la République, principe de réalité oblige, a été contraint de privilégier « la fin du mois à la fin du monde » quoi qu’en pense cette irresponsable agitée qui a pour nom Laurence Tubiana, grognard de la COP21 (encore une égérie du vieux monde)24. Surprise, Emmanuel Macron ne se rend pas à Katovice pour faire la leçon aux autres délinquants écologiques. Un temps prévu, le premier ministre Édouard Philippe ne fait pas non plus le déplacement, mobilisé par la crise des « gilets jaunes » qu’il n’avait pas vu venir, lui le brillant conseiller d’État droit dans ses bottes et arrogant dans ces fausses certitudes. C’est François de Rugy (celui dont la résidence secondaire à Ouessant a été maculée avec le slogan « vendu »), ministre de la transition écologique, qui y représente la France ces jours-ci. À Katovice, la France rase les murs en dépit de quelques rodomontades ! Comme bientôt à Bruxelles où le dérapage de ses finances fait grincer des dents les comptables de la Commission européenne25. « Le président français a tenté de se faire passer pour le champion du climat, mais les faits parlent d’eux-mêmes », rappelle Clément Sénéchal, chargé de campagne climat de Greenpeace France. « La France n’est pas à la hauteur de l’urgence climatique. Au plan national, les émissions de CO2 ne cessent d’augmenter. Pire, la France a renoncé à atteindre ses objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre jusqu’en 2023 au moins, soit après la fin de ce quinquennat ». Après les excès d’honneur, Emmanuel Macron est accablé par l’indignité tant sur le plan intérieur qu’extérieur. L’un ne va pas sans l’autre. Jupiter est devenu l’ennemi utile de la Hongrie, juste retour des choses26. Il est moqué à Berlin, Bruxelles et Rome. « Son nouveau monde a déjà mille ans, il tombe en ruine »27.

« Appuyez-vous sur les principes, ils finiront bien par céder » nous rappelle fort à propos ce grand orfèvre de la diplomatie que fut Talleyrand ! Dans un contexte de tendance globale à la hausse des températures de 3 à 5° C, l’optimisme n’est pas de mise alors que les États devraient tripler leurs efforts et manque d’ambition politique dans ce domaine. Que valent des textes creux qui ne font qu’enregistrer le dissensus profond entre les États parties, qui iront garnir utilement les poubelles de l’Histoire ? À quoi bon peuvent servir ces grands raouts inutiles ? Ne faudrait-il pas, une fois pour toutes, les réunir uniquement lorsque le moment est propice à des avancées significatives ? Cela ferait au moins des économies de salive et de papier et contribuerait à réformer le multilatéralisme pour le rendre plus efficace. Quand va-t-on cesser de se voiler la face ? « Il y a tant de chemin à parcourir, et nous devons agir rapidement. Pas dans des décennies, maintenant » comme le rappelle utilement un représentant du PNUE. Le résultat pour le moins mitigé, pour ne pas dire plus, de la réunion de Katowice signe en réalité l’acte de décès de l’accord de Paris. En prolongeant le raisonnement, ne peut-on pas affirmer que le dérèglement du climat n’est-il pas l’une des conséquences d’une mondialisation échevelée ?

 
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Ne peut-on pas dire également que la démocratie a échoué à traiter le problème environnemental ? L’accord de Paris a marqué l’apogée de trente ans de mondialisation et de multilatéralisme. Le désaccord de Katovice semble briser cet élan sur l’accumulation des rancœurs des populations contre leurs dirigeants28. En définitive, les résultats de la COP24 illustrent parfaitement l’une des meilleures répliques du répertoire de Jacques Chirac, les emmerdes, ça vole toujours en escadrille.

Guillaume Berlat
17 décembre 2018

1 Guillaume Berlat, COP21 : les détails du diable, www.prochetmoyen-orient.ch , 21 décembre 2015.
2 Guillaume Berlat, COP22 de Marrakech : la montagne accouche d’une souris, www.prochetmoyen-orient.ch , 28 novembre 2016.
3 Guillaume Berlat, : COP23 : la grande illusion, www.prochetmoyen-orient.ch , 27 novembre 2017.
4 Liza Herzog, Nous pouvons tous agir pour le climat, Le Monde, 11 décembre 2018, p. 17.
5 Simone Tagliapietra/Georg Zachmann, Des politiques climatiques plus justes sont possibles, Le Monde, 16-17 décembre 2018, p. 6.
6 Audrey Garric/Simon Roger, À la COP24, le Brésil avance avec certitude, Le Monde, 13 décembre 2018, p. 9.
7 Marc Cherki, En Pologne, la COP24 s’ouvre dans un contexte difficile, Le Figaro, 1er-2 décembre 2018, p. 14.
8 Guillaume Berlat, précité.
9 Audrey Garric, Climat : les pays pétroliers sur le frein, Le Monde, 12 décembre 2018, p. 6.
10 Anne Cheyvialle, COP24 : l’enjeu du financement, Le Figaro, 4 décembre 2018, p. 12.
11 Éric Albert, Les nuages sur la croissance mondiale s’accumulent, Le Monde, Économie & Entreprise, 11 décembre 2018, p. 6.
12 Jean-Luc Porchet, Katowice va au charbon, Le Canard enchaîné, 5 décembre 2018, p. 5.
13 Christophe Gueugneau, À la COP24, les États-Unis poursuivent leur travail de sape de l’accord de Paris, www.mediapart.fr , 11 décembre 2018.
14 Arona Diedhiou, Changement climatique : « L’Afrique doit prendre sa part de responsabilité », Le Monde, 13 décembre 2018, p.9.
15 Christophe Gueugneau, La Pologne traque les ONG à la COP24, www.mediapart.fr , 10 décembre 2018.
16 Joël Cossardeaux/Richard Hiault, COP24 : démission planétaire sur le climat, L’inquiétude monte dans la dernière ligne droite de la COP24, Les Échos, 14-15 décembre 2018, pp. 1 et 6.
17 Laura Berny, Le climat attendra encore, Les Échos, 14-15 décembre 2018, p. 7.
18 Audrey Garric, COP24. Des négociations minées par les divisions. Les négociations sur le climat en proie aux divisions, Le Monde, 16-17 décembre 2018, pp. 1 et 6.
19 Marc Cherki, Nette reprise des émissions de CO² en 2018, Le Figaro, 6 décembre 2018, p.13.
20 Simon Roger, Climat : la Pologne réclame une « transition juste », Le Monde, 5 décembre 2018, p. 6.
21 Mathieu Laine, Macron, le panache ou le chaos, le Figaro, 4 décembre 2018, p. 18.
22 Marc Cherki, La France réduit ses ambitions de baisse d’émissions de CO², Le Figaro, 1er-2 décembre 2018, p. 15.
23 Françoise Fressoz, Le pacte écologique, première victime de la crise, Le Monde, 7 décembre 2018, p. 7.
24 Laurence Tubiana (propos recueillis par Audrey Garric), « Opposer climat et gilets jaunes est une folie », Le Monde, 8 décembre 2018, p. 15.
25 Anne Rovan, Macron, champion déchu de la cause euro, Le Figaro, 14 décembre 2018, p. 4.
26 Blaise Gauquelin, Macron nouvel ennemi utile de la Hongrie, Le Monde, 13 décembre 2018, p. 16.
27 La lettre de M. de Rastignac, Débandade, Valeurs actuelles, 6 décembre 2018, p. 90.
28 Philippe Escande, La mondialisation bonne pour la planète, Le Monde, Économie & Entreprise, 4 décembre 2018, p. 1.

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