Observatoire Géostratégique

numéro 259 / 2 décembre 2019

DAKAR : UN NOUVEAU FORUM POUR LA PAIX EN AFRIQUE…

« Le vrai et le faux sont des attributs du langage, non des choses. Et là où il n’y a pas de langage, il n’y a ni vérité, ni fausseté » (Thomas Hobbes).

Les relations internationales, c’est comme la mode. Il y a des saisons idoines pour certains produits de marketing, pour certains articles en tête de gondole. Et cela encore plus sous le quinquennat de notre très médiatique président de la République française. Aujourd’hui, le produit phare, en tête de gondole de la diplomatie jupitérienne porte un nom : Forum. Que signifie ce terme ? Au sens historique, il signifie la place où se réunissait le peuple pendant l’Antiquité. Au sens actuel, il signifie une réunion, un colloque. Hier, on réunissait la fine fleur de la diplomatie (États, organisations internationales et société civile) à Paris pour la seconde édition du Forum sur la paix1.

Aujourd’hui, on change de continent et de portage. Les choses sérieuses se passent à Dakar où se déroule le « sixième Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique » (17-18 novembre 2019) Forum auquel participe le premier sinistre français, Édouard Philippe flanqué d’un duo de choc Parly-Le Drian. Vaste programme, comme aurait dit le général de Gaulle au moment où les plus hautes autorités de l’Afrique de l’Ouest lancent des appels désespérés à l’introuvable communauté internationale pour qu’elle les aide à mettre fin à la prolifération du phénomène djihadiste. La France paie son écot au prix fort tant au sein de l’opération Barkhane que du G5 Sahel sans que des résultats probants ne soient au rendez-vous. Gagner la guerre éclair est une chose, gagner la paix longue en est une autre !

Rappelons que ce happening intervient quelques jours après la mort d’un soldat français dans la zone et en même temps qu’une attaque ayant fait 24 morts militaires au Mali ! Les symboles ont leur importance en Afrique, comme du reste en France surtout dans ces périodes de « vents mauvais ». Après une relation relativement exhaustive de cette rencontre par les médias, il importera de nous livrer à quelques réflexions iconoclastes – pourquoi pas dans ces temps de pensée cadenassée – sur la finalité de ce Forum international.

LE FORUM PAR LES MÉDIAS

Que nous dit la presse sur cette important exercice diplomatique multilatéral régional qui est l’occasion d’une rencontre bilatérale franco-sénégalaise aux dimensions sécuritaires mais aussi commerciales ?2

Une dimension diplomatique multilatérale

« Le Forum de Dakar planche sur les défis du Sahel » (la-croix.com) : Plusieurs médias, à l’image de l’AFP (16/11), s’intéressent au « sixième Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique », qu’« É. Philippe [a ouvert aujourd’hui] aux côtés du président sénégalais M. Sall ». L’agence, relevant que le Premier ministre, « accompagné de six ministres, se rend [les 17 et 18/11] à Dakar pour défendre le lien "singulier" entre son pays et le Sénégal, qui est aussi stratégique dans un contexte sécuritaire et migratoire tendu », précise que cette visite « sera marquée par d’importants enjeux géostratégiques », marquée par le déplacement de F. Parly et de J.-Y. Le Drian. La présence de la ministre des Armées est également mentionnée par France Inter (17/11). Cf. aussi lemonde.fr (16/11). Une autre dépêche note que, dans ce cadre, « É. Philippe a exhorté [ce jour] à ne "laisser aucune chance, aucune prise" aux groupes djihadistes dans le Sahel, et a demandé l’implication de tous les États d’Afrique de l’Ouest, lors d’un discours près de Dakar ». De plus, certains médias, à l’instar de France Culture, insistent sur « l’insécurité [qui] s’intensifie et s’étend dans la région » du Sahel. Cf. aussi France Inter.

Comme le savent parfaitement les diplomates expérimentés, il est souvent difficile, délicat de séparer les dimensions bilatérales et multilatérales d’une grande rencontre multilatérale tant les deux dimensions sont le plus souvent très imbriquées.

Une dimension bilatérale non négligeable

RFI (17/11) indique que « le Sénégal achète trois patrouilleurs de haute mer pour sa marine nationale, acquisition formalisée au palais présidentiel sénégalais en présence du chef de l’État M. Sall et du Premier ministre français, É. Philippe, qui se double de l’achat de missiles mer/mer et mer/air fabriqués par MBDA ». Cf. aussi CNEWS. Parlant d’« un contrat à plusieurs centaines de millions d’euros », Le Télégramme précise que ces patrouilleurs seront fabriqués par le groupe français Kership « qui appartient à Piriou et Naval Group ». De son côté, Mer et Marine (17/11) relève que ces patrouilleurs « OPV 58 S seront les plus grands et les plus puissants bâtiments de la marine sénégalaise qui a fortement renouvelé ses moyens navals ces dernières années, se fournissant d’ailleurs essentiellement en France ». Cf. aussi La Tribune, Lignes de Défense. « Ces contrats s’inscrivent dans le cadre de l’effort que Dakar a lancé pour moderniser et renforcer ses forces armées, et en particulier sa marine militaire, qui doit désormais protéger les importants gisements de gaz et de pétrole récemment découverts dans les eaux sénégalaises », analyse Zone militaire.

Dans ce cadre, RFI consacre un focus à « l’École nationale de cybersécurité à vocation régionale [de Dakar qui] abrite un nouvel institut africain de cybersécurité […] financé par la coopération française de sécurité et de Défense », qui prépare notamment « des scénarios à destination des militaires et décideurs politiques ». Plusieurs médias, dont lepoint.fr, notent que ce déplacement du Premier ministre « a donné lieu à la remise du sabre d’El Hadji Omar Tell, grand résistant à la pénétration française et chef religieux respecté ». Un « geste salué par M. Sall » ainsi que par le député A. Tall Sall, descendante du chef de guerre, qui déclare que « ce sabre devient le symbole d’une relation postcoloniale plus qu’apaisée » (France Inter). Alors qu’Europe 1 rappelle qu’« officiellement, le sabre est prêté pour cinq  ans », France Inter souligne qu’il « faut un vote de l’Assemblée nationale pour entériner la restitution ».  Le Quotidien souligne qu’« a été signée la convention du dépôt de sabre de El Hadji Oumar Tall entre la ministre des Armées, F. Parly, et le ministre de la Culture et de la communication, A. Diop », un geste de Paris rapporté par plusieurs médias sénégalais, dont les quotidiens Enquête et Le Soleil. Ce dernier souligne que « le sabre […] fait partie des objets du musée des Civilisations noires de Dakar ». « On a l’impression aujourd’hui que les français ont vaincu Cheikh Omar Foutiyou et ont pris son sabre. Ce qui est totalement faux ! », selon le site d’information Senego pour qui « le vrai sabre […] se trouve actuellement à Bandiagara chez la famille Tall ». Enfin, la-croix.com rappelle que ce geste « s’inscrit dans le contexte plus vaste des restitutions d’objets du patrimoine africain souhaitées par le président Macron en novembre 2017 dans un discours à Ouagadougou ». L’AFP signale que le Premier ministre a « déjeuné avec des militaires français – dont 300 sont stationnés au Sénégal, avant une démonstration des forces spéciales locales, formées par leurs homologues français ».

Ainsi, nous sommes parfaitement au fait de la dimension bilatérale de ce Forum dont l’objectif initial est de traiter de la dimension sécuritaire régionale, à défaut de la question à l’échelle du continent.

Une dimension sécuritaire régionale

L’AFP rapporte également que, selon les services du Premier ministre, « Dakar, qui doit porter l’effectif de son armée de terre de 20 000 à 30 000 hommes d’ici 2025, "a vocation à faire partie du partenariat pour la sécurité et la stabilité (au Sahel) annoncé lors du G7 de Biarritz" en août, dont "les modalités sont en cours d’élaboration" ». « À ce titre, le Sénégal pourra apporter un soutien aux forces du G5 Sahel », avance la dépêche. Pour sa part, le quotidien burkinabè Le Pays salue le fait que « le Sénégal a su développer une politique préventive qui porte aujourd’hui ses fruits [et] a intelligemment actionné […] les leviers locaux pour se mettre à l’abri du péril » djihadiste. Par ailleurs, la-croix.com insiste sur « la présence annoncée à la cérémonie d’ouverture [du Forum] du nouveau président mauritanien M. Ould Ghazouani, […]  alors que son prédécesseur, M. Ould Abdel Aziz, s’était opposé à l’entrée du Sénégal dans le G5 ». Ainsi, selon le média, « ce rapprochement devrait permettre au Sénégal, membre de la Minusma mais jusque-là exclu du G5 en raison de l’opposition de la Mauritanie, de participer au dispositif ». Ainsi, dans le cadre de ce forum, « les présidents mauritanien et sénégalais […] ont réclamé de concert lundi près de Dakar un mandat renforcé pour les forces combattant la progression djihadiste au Sahel, notamment celle de l’ONU déployée chez leur voisin malien en guerre » (AFP).

L’ouverture du Forum de Dakar est également l’occasion pour plusieurs médias de mettre en avant la situation sécuritaire du Sahel voisin. C’est ainsi que France Inter rapporte que ce forum sur la paix et la sécurité en Afrique s’ouvre « dans un contexte sécuritaire dégradé, avec une poussée djihadiste dans le Sahel, qui souligne l’impuissance des armées nationale, des forces françaises de Barkhane, et des casques bleus incapables de contenir le fléau terroriste ». Le Journal du Dimanche (17/11) relève quant à lui que « la France veut "repréciser" le rôle de l’opération Barkhane pour ne plus être en première ligne ». Cité dans l’article, M. Pellerin, analyste Sahel à l’International Crisis Group, estime que « Barkhane n’est pas au format de cette guerre asymétrique qui se joue sur un espace très vaste, cinq fois celui de la France ». De son côté, W. Nasr, spécialiste des mouvements djihadistes sur France 24, lui aussi cité, explique que l’« on réclame trop » à l’opération : « Le matin, ses hommes doivent creuser des puits, l’après-midi jouer un rôle de police, le soir chasser des terroristes. Cela crée de la confusion sur son rôle ».

Pour sa part, RFI (17/11) estime que, « malgré la présence des 4 000 soldats français de l’opération Barkhane, la sécurité au Sahel se dégrade rapidement. Au point que la violence risque de déborder désormais vers certains pays du Golfe de Guinée », notant qu’« un sentiment anti-Français gagne même les populations ». La radio (16/11), rapportant également que « des milliers de Maliens ont manifesté [le 15/11] à Bamako pour soutenir les forces armées dans leur lutte contre les groupes terroristes et dénoncer la corruption qui entraverait la fourniture de matériel correct pour les soldats », précise que « les manifestants ont aussi critiqué les forces françaises ».

En outre, L’Opinion (15/11) revient sur les raisons pour lesquelles « le Burkina Faso est devenu le maillon faible de la sécurité au Sahel », notant que « dans la capitale sénégalaise, F. Parly, devrait évoquer la réorganisation de la sécurité collective dans l’espace sahélien, notamment avec la montée en puissance des forces spéciales européennes ». Le Parisien (17/11) propose quant à lui, en une, plusieurs articles consacrés à l’opération Barkhane et à la lutte contre les djihadistes sur le terrain, précisant qu’« au Sahel, la force Barkhane souhaiterait que les armées locales montent en puissance pour sécuriser leur territoire ». Le quotidien a ainsi « accompagné des militaires français qui traquent les groupes terroristes dans leur fief situé entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso », dans ce qu’il qualifie d’« enfer djihadiste du sanctuaire de Tofagala ». Revenant également sur l’opération Bourgou 4, lancée le 01/11 et qui s’est achevée hier, le journal estime que « si elle est laborieuse, compliquée à mettre en place, la coordination entre Barkhane, les forces locales et celles du G5 Sahel commence à porter quelques fruits, avec des manœuvres menées de concert ». Cf. aussi Lignes de Défense (17/11).

Interrogés à propos de la situation sécuritaire au Sahel, le président tchadien, I. Déby répond aux questions de Jeune Afrique (17/11) tandis que M. Issoufou, président du Niger, s’exprime dans les colonnes du Journal du Dimanche (17/11). Ce dernier « réclame davantage de solidarité à la communauté internationale », estimant qu’« E. Macron et l’armée française sont les seuls à être au front à nos côtés ». Jeune Afrique, présentant le Tchad comme « le maillon fort de la fragile chaîne sécuritaire face au péril djihadiste », souligne que son président « n’hésite pas à pointer du doigt les promesses non tenues par la communauté internationale ». I. Déby appelle, tout comme son homologue nigérien, à un « mandat onusien de type "chapitre VII" pour les troupes du G5 Sahel » et estime que la priorité est de « donner des moyens aux soldats africains ».

DE QUELQUES RÉFLEXIONS ICONOCLASTES

Faire fi des leçons de l’Histoire en Afrique comme ailleurs, relève de l’hérésie pour les experts des relations internationales. Cela promet de lourdes et douloureuses déconvenues. Déconvenues d’autant plus importantes que l’on fait l’impasse sur le choc des réalités du moment, pris que sont nos dirigeants dans des postures médiatiques et court-termistes ! Qu’en est-il de la vision jupitérienne dans un contexte d’effacement de l’Union européenne en Afrique comme sur nore continent ?

Le poids de l’Histoire

Le moins que l’on puisse dire est que tous ces articles de presse mettent l’accent sur plusieurs points importants que nous avons déjà développés au cours des derniers mois dans les colonnes de ce magazine : janvier 20183, mars 20184, septembre 20195, novembre 20196, pour ne citer que les principaux relatifs au continent africain. C’est peu dire que la question du renforcement de la paix et de la sécurité en Afrique ne date pas d’aujourd’hui. Elle puise ses racines dans un passé ancien (les avatars de la décolonisation des pays francophones des années 1960) et dans un passé récent (les suites de notre intervention inconsciente en Libye en 2011). Nous ne devons pas perdre de vue cet élément temporel qui se décline également dans sa dimension spatiale.

Le choc des réalités

L’exercice se révèle plus compliqué en pratique qu’en théorie7 tant sur un plan strictement sécuritaire que sur un plan général.

C’est que le métier des armes ne s’improvise pas par un coup de baguette magique. De ce point de vue, il y a encore beaucoup à faire en dépit des stages offerts aux militaires africains dans nos meilleures écoles depuis la vague d’indépendance dans les années 1960. Penser, un seul instant, que les forces armées africaines (exceptées celles du Tchad) soient pleinement opérationnelles dans un avenir proche relève de l’utopie. Cela revient à chevaucher des chimères, exercice favori de nos dirigeants auxquels fait défaut tout sens commun. Autre question, la coopération entre les différentes forces présentes sur place (onusienne avec la MINUSMA, nationale avec les Américains et les Européens) n’est pas toujours pleinement satisfaisante. Et, il y a beaucoup à faire pour que cela soit le cas, une fois encore dans un avenir proche. Et, c’est là le cœur du problème de l’efficacité de tous ces bidules mis en place à la hâte pour résoudre des problèmes structurels d’une grande complexité.

Par ailleurs penser, que le problème du terrorisme – au Sahel et en Afrique comme en France – se résoudra uniquement par une démarche coercitive (la force) sécuritaire relève de l’utopie. Pour y parvenir, il faudra puiser dans la boîte à outils du règlement des conflits en ajoutant approche diplomatique (médiation, conciliation, négociation…), économique (aide au développement ciblé et non déversée manu larga comme cela fut le cas dans le passé), sociale (programme d’aides en matière de natalité), éducationnelle (il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine) … En un mot, la mise en œuvre d’une approche pluridisciplinaire combinant sécurité et développement. Et, qu’on le veuille ou non, tout cela prendra du temps, beaucoup de temps. Cela ne se fera pas en tournemain comme feint de le penser notre président jupitérien, à la vitesse de l’éclair ou de la foudre. Comme le rappelle Tertius Zongo, ancien ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso : « l’aide ne doit plus être quelque chose qu’on vient nous mettre dans la bouche sans ce que nous ayons décidé ce que nous allons manger. Imposer des solutions qui n’ont rien à voir avec l’histoire de nos pays conduit à l’échec ». On ne saurait mieux dire si l’on pense que le phénomène du terrorisme s’est largement nourri de l’excellente intervention occidentale en Libye. Ne l’oublions pas ! Après avoir joué les pyromanes en Libye, voilà que nous enfilons les habits des pompiers pour tenter de circonscrire le feu qui couve dans le continent africain avec des intensités différentes en fonction des États, de leur stabilité, de leur résilience.

Sans remettre en cause le travail formidable que font nos militaires sur le continent africain – parfois avec des moyens humains et matériels ridicules compte tenu de l’ampleur du défi à relever -, il n’est pas inutile de s’interroger sur les moyens, les objectifs, la tactique et la stratégie mise en œuvre pour parvenir à nos fins8. Et, c’est là que le bât blesse. La question doit être appréhendée à deux niveaux complémentaires : le national (le Mali) et le régional (le Sahel). Pour ce qui est du Mali, si la France a évité un effondrement du régime, elle ne s’est pas attaquée aux multiples causes de cette crise structurelle (économiques, sociales, religieuses, ethniques, irrédentisme touareg, trafics en tous genres, corruption endémique des dirigeants…). Lorsque le médecin ne s’attaque pas aux racines du mal, il y a fort à parier que les mêmes causes produisent les mêmes effets. S’agissant du Sahel, lutter contre le terrorisme sur une étendue aussi vaste avec des moyens si réduits revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. Il s’agit de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Nous n’en dirons pas plus. Toutes ces questions soulèvent toujours la même question, celle de la pertinence actuelle de l’opération Barkane9 qui tourne à la force d’occupation du point de vue des pays d’accueil et à la farce diplomatique du point de vue de notre engagement dans la zone. Farce pour ne pas dire fiasco qui coûte régulièrement la vie à nos militaires devenus des cibles faciles pour des terroristes solidement implantés dans des régions de grande instabilité.

La vision jupitérienne

Pour mémoire, rappelons que lors du sommet Union européenne-Union africaine d’Abidjan, qui a suivi sa visite à Ouagadougou, le président de la République déclare : « ça n’avance pas vite » et « il est indispensable que nous arrivions à gagner cette guerre le plus vite possible ». C’est le moment français contemporain. Enivrante et terrible responsabilité10. Méfions-nous du choc des réalités qui annonce des déconvenues. On l’aura compris, Emmanuel Macron entend préparer une stratégie de sortie même si son entourage s’en défend. Une des règles d’or en politique intérieure comme en politique internationale est de refiler le mistigri à l’autre. En termes peu diplomatiques, on pourrait dire que la montée en puissance du Forum international de Dakar relève de l’art de refiler la patate chaude aux Africains. Existe-t-il une autre solution viable à ce jour ? La réponse est malheureusement dans la question.

L’effacement de l’Union européenne

En dernière analyse, tenter de répondre à ces défis pose une autre question lancinante : que fait l’Union européenne sur ce continent autrement que se résigner à être « l’empire des courants d’air »11 ? Va-t-elle encore longtemps continuer à conforter la fameuse phrase d’Henri Queuille : « L’immobilisme est en marche, rien ne saurait l’arrêter » ? En plagiant Aristote, l’on pourrait ajouter que le caractère d’une organisation internationale (comme des femmes et des hommes) se mesure à ses actes ! Attendons de voir ses actes et d’en mesurer les effets concrets sur le terrain… sauf à ce que nous soyons confrontés à de vulgaires platitudes diplomatiques.

« Aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tient en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, la guerre de chacun contre chacun » (Thomas Hobbes).

 
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« Il ait des moments où la diplomatie n’est autre chose que du spectacle ». L’initiative de Dakar doit être saluée à sa juste valeur, la prise en mains par les États concernés de leur destin commun dans la lutte contre le fléau du terrorisme islamiste au Sahel et, par voie de conséquence, dans le renforcement de la paix et de la sécurité internationale en Afrique de l’Ouest mais aussi sur tout le continent. Formons le vœu qu’elle soit couronnée de succès à moyen et à court terme ! Reste désormais à mettre en harmonie les paroles et les actes. Chose pas toujours aisée comme le savent les experts des relations internationales surtout lorsqu’il s’agit de coordonner des formations militaires qui n’ont pas la même culture, des diplomaties qui ont tendance à faire passer les procédures avant la substance. Dans cette période extrêmement chaotique de l’Histoire, il importe de saisir toutes les occasions de mettre en commun les bonnes volontés pour relever les défis et les menaces du XXIe siècle. Comme le soulignait en son temps Montaigne : « il faut voyager pour limer et frotter sa cervelle contre celle d’autrui ». Reste à savoir si G5, CEDEAO, Forum de Dakar sauront se coordonner efficacement entre elles mais aussi avec les différentes opérations de maintien de la paix de l’ONU, pour lutter contre le terrorisme au Sahel ? Et ainsi, travailler à la sécurité, condition nécessaire au développement harmonieux des peuples. Tel est l’un des principaux défis que doit aujourd’hui et devra demain relever le Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique.

Guillaume Berlat
25 novembre 2019

1 Jean Daspry, Forum de la paix ou pet de lapin ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 18 novembre 2019.
2 Zoom défense, 18 novembre 2019.
3 Guillaume Berlat, G5 Sahel ou l’art de refiler la patate chaude, www.prochetmoyen-orient.ch , 22 janvier 2018.
4 Guillaume Berlat, G5 Sahel ou le casse-tête chinois, www.prochetmoyen-orient.ch , 26 mars 2018.
5 Guillaume Berlat, Lutte contre le terrorisme dans le Sahel : G5 ou CEDEAO ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 23 septembre 2019.
6 Guillaume Berlat, Un (e) mort de trop, un (e) mort pour rien ! , www.prochetmoyen-orient.ch , 11 novembre 2019.
7 Claude Angeli, La guerre perdue que voulait gagner Macron, Le Canard enchaîné, 14 mars 2018, p. 3.
8 Claude Angeli, D’autres guerres fraîches et joyeuses en attente, Le Canard enchaîné, 20 mars 2019, p. 3.
9 Nicolas Barotte, Face à la dégradation sécuritaire, la Sahel et la France cherchent des réponses, Le Figaro, 20 novembre 2019, p. 8.
10 Pascal Bruckner, « Le XXIe siècle ne sera pas américain », Le Monde, 15 décembre 2017, p. 21.
11 Jacques Julliard, L’Europe, grand corps malade, Marianne, 15-21 novembre 2019, p. 8.

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