Observatoire Géostratégique

numéro 244 / 19 août 2019

ALGERIE : AMMAR BELHIMER – PRESIDENT DE LA COMMISSION POLITIQUE, « L’OBJECTIF PRINCIPAL EST UNE ELECTION JOUISSANT DE TOUTES LES GARANTIES DE TRANSPARENCE ET D’INTEGRITE » – El-Moudjahid, 8 août.

L’Instance nationale de dialogue et de médiation a pour objectif principal de réunir le consensus requis pour la tenue d’une élection présidentielle jouissant de «toutes les garanties de transparence et d’intégrité», a indiqué le président de la commission politique de cette instance nationale, Ammar Belhimer. Dans une interview accordée au quotidien national L’Expression, M. Belhimer a rappelé que l’Instance nationale de dialogue est «une structure ad hoc, donc provisoire, qui active le temps d’une mission, elle est indépendante et plurielle», précisant qu’«à ce titre, elle s’appuie sur l’engagement bénévole et résolu de personnalités en vue de la société civile, et n’a pas d’autre ambition que de réunir le consensus requis pour une élection présidentielle qui réunisse toutes les garanties de transparence et d’intégrité». Il a expliqué, également, que l’instance «est une structure dédiée à la médiation en vue d’un dialogue devant conduire les acteurs civils et politiques à sortir du vide institutionnel ouvert par la démission du président sortant». Il a tenu à souligner, à ce propos, que l’instance «n’a pas vocation à être le porte-parole d’une institution civile ou militaire, de partis ou d’associations, de même qu’elle ne prétend ni représenter le mouvement populaire né de l’opposition résolue au 5e mandat du président déchu ni parler en son nom, avec le Hirak, elle partage les revendications fondamentales de protection des droits et des libertés individuelles et collectives et des garanties requises pour un scrutin crédible». M. Belhimer a fait savoir que le panel «aspire à l’unité des forces patriotiques et démocratiques pour qu’éclose le génie libérateur du peuple algérien au service de l’édification d’un Etat de droit assis sur une économie sociale de marché qui consacre le mérite tout en protégeant les plus démunis». Il a, par ailleurs, relevé le fait que les membres du panel «sont conscients des limites de leur action, dans un contexte critique, voire cataclysmique, porteur de toutes les menaces sur les institutions, l’ordre et la stabilité, l’intégrité et la souveraineté nationales». «La mission de médiation est d’autant plus difficile que nous assistons, depuis 2012, à une érosion des espaces de débats. Cela m’amène à évoquer les aspects problématiques de la situation que vit le pays», a-t-il fait observer. «Le fait est que c’est dommage qu’on ait fait le vide sur ce terrain, car la médiation fait partie du nouveau paradigme de la régulation sociale. L’étendue et la force de la médiation sociale sont tributaires de l’état de la société civile», a-t-il déploré. Il a rappelé que les trois étapes du processus qui mènent à la formation de la société civile sont «l’existence d’associations libres (la condition juridique), la formation d’un mouvement associatif (condition sociale) et l’émergence d’une société civile (condition politique)». «Or, force est de constater que le cadre juridique de la médiation sociale est inefficient», a-t-il dit. Pour M. Belhimer, la médiation politique assumée par les partis, les personnalités et autres autorités est aussi «déficiente», mettant l’accent sur le fait que l’«érosion de la médiation politique est illustrée par la prégnance du discours national-populiste et les appréhensions à l’endroit de l’institution partisane». «Si les partis politiques sont le premier levier de la médiation politique qui vient à l’esprit, leur évolution récente atteste de leur érosion continue dans la production de la médiation», a-t-il estimé.

 

ALGERIE : L’OPTION BONAPARTISTE EN VOIE DE CONCRETISATION – Masloub Khider/Algérie-Patriotique, 9 août.

De toute évidence, en cette période de crise politique aiguë, l’armée a pris conscience de l’impérative nécessité du renouvellement «démocratique» institutionnel. Mais selon les conditions dictées par son état-major. En effet, face à l’érosion des instances politiques dirigeantes grabataires corrompues, son objectif est d’instaurer un nouveau compromis historique par l’intégration d’une classe politique rénovée et modernisée défendant les intérêts des différentes composantes de la société civile bourgeoise mais dans le maintien de l’identique système immuable ; dans le prolongement des précédentes restructurations de l’Etat opérées en 1988 avec l’instauration du multipartisme et, dix ans plus tard, avec l’institutionnalisation de la Concorde civile, restructurations animées par la même résolution de sauvegarder le système instauré au lendemain de l’indépendance de l’Algérie. Avec le régime algérien, c’est l’éternel changement dans la sempiternelle continuation.

Aujourd’hui, l’état-major de l’armée veut réussir son opération de lifting politique afin d’assurer la pérennité du système. Certes, un enrégimentement pérenne du pouvoir est envisageable, mais il serait préjudiciable aux intérêts du capitalisme en Algérie, à notre époque d’extinction des dictatures militaires. Dans cette période de crise économique mondiale marquée par une guerre commerciale exacerbée, du point de vue du capital national, l’Algérie a besoin de stabilité et d’un régime «civil démocratique» technocratique pour affronter efficacement la compétition internationale, notamment dans les secteurs de l’énergie où elle dispose d’une industrie pétrolière et gazière technologiquement efficiente, donc capable de résister à l’âpre concurrence.

En Algérie le « capital social » exige une représentation politique développée et moderne apte à s’adapter à la concurrence économique internationale. Or, cette représentation politique fait cruellement défaut. La plupart des partis sont clientélistes, inféodés au régime et peuplés de parasites politiciens et de prédateurs des richesses nationales. De nos jours, depuis l’indépendance du pays, la domination économique et politique de la «bourgeoisie étatique» s’appuie essentiellement sur «l’administration bureaucratique» de la rente pétrolière et gazière pour assurer la redistribution parcimonieuse de cette rente. De fait, depuis le soulèvement populaire du 22 Février, devant les nouvelles classes capitalistes déterminées à être représentées au sommet de l’Etat pour accéder librement aux capitaux internationaux et aux marchandises et face aux secteurs économiques de la petite bourgeoisie, impatients d’accéder au pouvoir législatif, l’état-major temporise en optant pour le maintien du statu quo et le «patriotisme» économique afin de préserver le secteur productif énergétique, en proie à de vives convoitises.

A l’évidence, après six mois de soulèvement, les rouages de l’Etat se grippent, l’économie périclite, la crise budgétaire s’accentue, le système politique s’ankylose. Les institutions étatiques sont menacées d’éclatement. L’Algérie, guettée par la dislocation. Le régime est en pleine déliquescence. C’est dans ce contexte de crise que le pouvoir grabataire en sursis, soutenu à bout de bras par l’armée contre la volonté plébiscitaire du peuple souverain, tente de recomposer l’équilibre politique entre les différentes fractions bourgeoises recyclées. Mais, avec la dégénérescence des anciennes instances politiques «représentatives» algériennes et l’incapacité de la frileuse bourgeoisie algérienne d’imposer sa feuille de route historique, l’état-major de l’armée se voit contraint d’assurer lui-même la gouvernance du pays. Cette solution transitoire de type bonapartiste, en dépit de son anachronisme et de ses préjudiciables répercussions économiques, est l’unique option «politique» susceptible d’éviter l’effondrement des institutions étatiques, en particulier le cœur de l’Etat (le conglomérat énergétique et militaire et l’administration publique). Mais, surtout, seule apte à circonscrire les affrontements de classe inévitables par, si besoin est, la répression tous azimuts, voire la restriction totale des libertés.

Une chose est sûre : en dépit de la platitude des propositions politiques échafaudées par le panel, la mobilisation populaire n’est pas prête de s’éteindre. Seule la menace de la répression militaire pourrait freiner la détermination du mouvement populaire à poursuivre sa mobilisation. Ce reflux, imposé par la force militaire, signifierait la fin du Mouvement 22 Février. Et, subséquemment, la mise en œuvre de la solution bonapartiste décidée par l’armée afin de consolider le capital national algérien, menacé d’éclatement. Cette option bonapartiste s’appliquerait aussi bien contre la bourgeoisie que contre les classes populaires.

Immanquablement, à la faveur de l’implantation de cette inéluctable greffe bonapartiste, de nombreux membres du mouvement démocratique actuel et ancien se rangeraient sous la bannière de l’armée, en échange de quelques sinécures et prébendes garanties par le nouveau régime bonapartiste. Déjà, la majorité des membres des anciens partis politiques, le FLN et le RND, ont prêté allégeance au nouvel homme fort du pouvoir, le général Ahmed Gaïd- Salah, probable futur empereur galonné de l’Algérie.

En ce qui concerne les islamistes, décontenancés par l’éruption du soulèvement populaire démocratique et «laïque », qui s’est remarquablement distingué par la prodigieuse participation pléthorique des femmes et par l’exhibition d’un esprit patriotique hissé comme étendard contre les tentatives de divisions ethniques opérées par le pouvoir, ils demeurent étrangement circonspects. A priori, ils se sont ralliés aux orientations téméraires du FLN qui soutient, lui, le général Gaïd-Salah.

L’islamisme politique ne fait plus recette. En revanche, demeure fortement prégnante l’idéologie salafiste, elle-même appelée à disparaître du paysage culturel défiguré de l’Algérie, à la faveur de l’émergence de cette « révolution » larvée des mentalités. Au reste, l’épouvantail islamiste ne fait plus peur. L’agitation du spectre islamiste n’effraye pas la nouvelle jeunesse moderne immunisée contre la manipulation religieuse, l’embrigadement salafiste, le chantage politique du régime (ou c’est nous ou c’est l’islamisme). En outre, même les imams «étatiques» stipendiés n’échappent pas à la contestation populaire.

De manière générale, dans cette passe d’armes entre le Mouvement 22 Février et le pouvoir cristallisé par l’état-major de l’armée, l’enjeu s’est déplacé au sein du premier camp «belligérant» politique. En effet, on assiste, au sein du Mouvement 22 Février, à l’apparition des premières fissurations entre les partisans de la composante radicale portée par les éléments progressistes les moins crédules – les populations scolarisées des grandes agglomérations et les mouvements issus de la Kabylie de tout temps opposés au régime –, et les tenants pusillanimes de la ligne modératrice, disposés à adhérer au projet de l’état-major.

De toute évidence l’Algérie ne peut continuer de vivre sous un régime illégitime, qui plus est dans un contexte de crise économique grave. Aujourd’hui, une chose est sûre : ceux d’en haut ne peuvent plus diriger le pays car ceux d’en bas n’en veulent plus. Aussi, en l’absence d’entente entre les différentes fractions bourgeoises pour le remplacement de l’ancienne classe dirigeante étatique définitivement disqualifiée, afin d’assurer la pérennité de l’Exécutif et à défaut de la reconstitution de nouveaux corps intermédiaires politiques et syndicaux hautement formées, affranchis de toute subordination à l’Etat, conditions sine qua non pour toute redynamisation de l’économie algérienne afin de garantir la valorisation et la consolidation du capital national aujourd’hui déstabilisé, la solution bonapartiste est déjà inscrite dans le plan de conquête du pouvoir par l’état-major de l’armée. Car, comme l’a écrit Friedrich Engels, «une semi-dictature bonapartiste est la forme normale». Elle défend les grands intérêts matériels de la bourgeoisie, même contre la volonté de la bourgeoisie, mais ne laisse à la bourgeoisie aucune part dans le gouvernement. La dictature à son tour est forcée, contre sa volonté, d’adopter les intérêts matériels de la bourgeoisie comme siens».

A moins d’un rebondissement glorieux, offert par les classes populaires algériennes encore résolues à se battre. En effet, à la faveur de l’accentuation de l’instabilité politique et de l’aggravation de la crise économique, les travailleurs pourraient brandir l’arme ultime de la grève générale et de l’insubordination collective, favorisant ainsi la voie révolutionnaire authentique par l’instauration d’un pouvoir populaire érigé sur les décombres de l’ancien système déjà actuellement largement désagrégé.

NB.: Le bonapartisme est un concept marxiste qui désigne une forme de gouvernement bourgeois autoritaire, qui se place en apparence au-dessus des conflits de parti pour mieux maintenir un ordre menacé. «Par bonapartisme, nous entendons un régime où la classe économiquement dominante, apte aux méthodes démocratiques de gouvernement, se trouve contrainte, afin de sauvegarder ce qu’elle possède, de tolérer au-dessus d’elle le commandement incontrôlé d’un appareil militaire et policier, d’un sauveur couronné.» (Léon Trotsky).

 

DANS LA PRESSE IRAKIENNE :

En bref :

« L’intégration de faqih à la cour fédérale est indispensable », selon la commission parlementaire des lois. (Sabah, p.5).

Le PM Adel Abdel Mahdi, accompagné d’Othman al-Ghanimi, chef d’état-major, Abou Mahdi al-Muhandes, vice-président de la Mobilisation Populaire et les ministres de l’Intérieur et de la Défense, est arrivé à Dyala pour superviser les opérations contre les cellules de Daech. (Machrek, p.1).

Arij Massjidi, ambassadeur d’Iran à Bagdad, a été reçu par Mohammed al-Halboussi, président du Parlement. (Sabah, p.2)

Politique intérieure :

Le Parlement a déclaré la fin de la 1ère année de sa législature avec le vote de 20 projets de loi et il reprendra la tenue de ses sessions de la 2ème année le 3 septembre prochain, a affirmé Chaker Hamed, porte-parole du Parlement. (Sabah, p.1)

La commission parlementaire des lois a affirmé que l’intégration des hommes religieux, en l’occurrence les Faqihs, à la cour fédérale était indispensable étant donné que ceci était stipulé par la Constitution. (Sabah, p.5)

La commission parlementaire de la santé a indiqué que 24.000 irakiens avaient le cancer et que 18 sites étaient contaminés par la radiation. L’Agence internationale de l’énergie atomique a mis en garde le gouvernement irakien contre l’enterrement des matières radioactives. (Mada, p.1)

Les habitants de Sadr City ont organisé une manifestation devant les locaux de la municipalité à cause de la dégradation des infrastructures de leur quartier. (Machrek, p.1)

Mohammed al-Halboussi, président du Parlement, a déclaré la fin du 2ème semestre de la 4ème législature et le début de vacances du Parlement. (Sabah d’hier, p.2)

Affaires sécuritaires :

Le PM Adel Abdel Mahdi, accompagné d’Othman al-Ghanimi, chef d’état-major, Abou Mahdi al-Muhandes, vice-président de la Mobilisation Populaire et les ministres de l’Intérieur et de la Défense, est arrivé à Dyalapour superviser le lancement de la troisième phase des opérations contre les cellules de Daech. (Machrek, p.1, Sabah, p.2)

Les forces de sécurité ont arrêté neuf personnes lors d’un conflit tribal armé. (Zaman, p.1)

Le tribunal d’instruction a déclaré l’arrestation de cinq officiers et huit policiers à la suite de l’évasion de 14 trafiquants de drogues. (Zaman, p.3)

La haute commission des droits de l’Homme en Irak a indiqué avoir enregistré plus de 7.000 condamnés et arrêtés, dont 125 femmes, pour leur implication dans le trafic de drogues en Irak. elle a ajouté que La surpopulation carcérale était l’un des principaux problèmes des prisons en Irak. (Machrek, p.1)

La commission indépendante de déontologie a déclaré le recouvrement d’un milliard USD pendant le 1er semestre de cette année. (Machrek, p.1)

Les postes frontaliers ont déclaré avoir démantelé un réseau de faux monnayeurs et de trafiquants de drogues en flagrant délit. (Mowaten, p.1)

Yassin al-Yasseri, ministre de l’Intérieur, a effectué une visite de terrain à al-Anbar et aux services relevant du ministère. (Sabah d’hier, p.2)

L’arrestation de huit détenus sur les 15, impliqués dans le trafic de drogues, qui se sont évadés d’un commissariat de police à Bagdad. (Mada d’hier, p.3)

Avec le soutien de l’aviation de la Coalition internationale, l’ICTS a lancé des opérations à l’ouest de Hawija pour traquer les cellules de Daech. (Sabah d’hier, p.4)

Haji Kandour al-Cheikh, dirigeant yézidi, a imputé aux Peshmergas les massacres commis contre les Yézidis le 3 août 2014. Il a affirmé que les Peshmergas contrôlaient entièrement la région de Sinjar et que le retrait de ces forces était injustifié et sans combat. (Machrek d’hier, p. 1)

Politique étrangère :

Arij Massjidi, ambassadeur d’Iran à Bagdad, a été reçu par Mohammed al-Halboussi, président du Parlement. Les échanges ont porté sur la visite prévue prochainement d’Ali Larijani, président de l’Assemblée consultative islamique, à Bagdad. (Sabah, p.2)

Une réunion tripartite, des ministres des Affaires étrangères de l’Irak, de l’Egypte et de la Jordanie, s’est tenue hier à Bagdad pour renforcer la coopération dans les domaines sécuritaire, politique et économique et évoquer la lutte contre le terrorisme et les dernières évolutions politiques sur le plan régional. (Mada, Sabah d’hier, p.1)

Le PM Adel Abdel Mahdi a reçu les ministres égyptien et jordanien des Affaires étrangères. (Adala, p.1)

Le ministère irakien du Pétrole a démenti tout lien avec l’affaire du pétrolier arraisonné par les forces navales des Gardiens de la Révolution iraniens. (Sabah d’hier, p.2)

Un éditorial dans Zaman d’hier (p. 2) revient sur le récent entretien à Bagdad des ministres des affaires étrangères de l’Irak, de l’Egypte et de la Jordanie. Cet entretien a pour but de convaincre Bagdad de faire partie d’un projet de liaison ferroviaire, reliant le port de Jaffa sur la méditerranée, via la Jordanie vers le Golfe, dans le cadre du projet américain « l’accord du siècle », destiné à régler le conflit israélo-palestinien. L’éditorialiste estime que Bagdad se trouve actuellement dans une position qui pourrait l’obliger à accepter cette proposition. L’Irak se trouve actuellement dans une crise économique. La population irakienne est favorable à s’éloigner de la cause palestinienne pour s’occuper prioritairement des affaires intérieures. L’Irak dispose des infrastructures dont les chemins de fer et le futur port de Fao. Pour éviter toute opposition à ce projet, notamment de la part des groupes paramilitaires de la Mobilisation Populaire, Washington a commencé à imposer des sanctions contre des chefs et des dirigeants irakiens. Par ailleurs, des capitales arabes, proaméricaines, pourraient réclamer à Bagdad leurs dettes ou suspendre leurs investissements dans ce pays, notamment dans les régions libérées.

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