Observatoire Géostratégique

numéro 156 / 11 décembre 2017

SYRIE : DEUX CADRES DE LAFARGE MIS EN EXAMEN – AFP, 9 décembre.

La série de mises en examen se poursuit parmi les cadres et anciens dirigeants de Lafarge. C’est au tour de l’ancien PDG Bruno Lafont d’être mis en cause. La justice, ayant des doutes sur le fait que la direction française de Lafarge puisse ignorer le pacte entre sa filiale syrienne et l’organisation État islamique, a décidé de mettre en examen vendredi 8 décembre l’ex-PDG Bruno Lafont et un autre dirigeant, Christian Herrault pour « financement d’une entreprise terroriste ». Cela avait déjà été le cas, jeudi, de l’ex-directeur général Éric Olsen. Bruno Lafont, PDG du cimentier Lafarge de 2007 à 2015, et Christian Herrault, ex-directeur général adjoint chargé notamment de la Syrie, ont également été mis en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui », a-t-on appris de source judiciaire. Ils ont été placés sous contrôle judiciaire et devront s’acquitter d’une caution, a ajouté cette source, sans en préciser le montant. Les deux dirigeants avaient été placés en garde à vue mercredi dans les locaux du Service national de douane judiciaire (SNDJ) avec Éric Olsen. Ce dernier, DRH puis directeur général adjoint du groupe à l’époque des faits, avant de devenir directeur général après la fusion du cimentier français avec le Suisse Holcim en 2015, a été mis en examen jeudi pour les mêmes chefs et également soumis à un contrôle judiciaire. Il devra s’acquitter d’une caution de 200 000 euros, a indiqué à l’AFP une source proche du dossier. L’affaire est hors norme : la filiale syrienne (Lafarge Cement Syria, LCS) de la société est mise en cause pour avoir pactisé avec l’EI entre novembre 2013 et septembre 2014 afin de maintenir son usine de Jalabiya (nord du pays) dans une zone de conflit tenue notamment par l’organisation djihadiste. Elle lui a fait remettre, via un intermédiaire, plus de 500 000 dollars et lui a acheté des matières premières, dont du pétrole, en violation d’un embargo de l’Union européenne, selon un rapport rédigé à la demande de LafargeHolcim par le cabinet américain Baker McKenzie. Les enquêteurs tentent de déterminer si la direction à Paris était au courant de tels agissements. Les contradictions entre les trois responsables sont nombreuses. Christian Herrault, qui a reconnu début 2017 que le groupe avait été victime d’une « économie de racket », a de nouveau assuré en garde à vue, puis devant les juges vendredi, « avoir régulièrement informé Bruno Lafont de la situation », a relaté une source proche du dossier à l’Agence France-Presse. D’après le rapport Baker McKenzie, l’ex-directeur adjoint opérationnel a aussi affirmé avoir adressé un courriel à Bruno Lafont en juillet 2014 pour l’informer que l’usine était à l’arrêt, le temps de trouver un accord « clair » avec l’EI. Mais l’ex-PDG, entendu en janvier en audition libre par le SNDJ, a démenti avoir eu connaissance de tels faits. « Pour moi, les choses étaient sous contrôle », avait-il affirmé. « Mon client assume toutes ses responsabilités. Une seule question se posait pour lui : fallait-il abandonner l’usine aux mains de l’ennemi ou se soumettre au racket pour pouvoir résister », a réagi l’avocate de Christian Herrault, Solange Doumic. Également sollicité, le conseil de Bruno Lafont n’était pas disponible dans l’immédiat. Il est aussi reproché à Lafarge de ne pas avoir assuré la sécurité de ses employés syriens, restés seuls sur place alors que la direction de l’usine avait quitté la Syrie et que les expatriés avaient été évacués. Outre les trois responsables, trois cadres de Lafarge, dont deux ex-directeurs de l’usine, ont été mis en examen dans cette enquêtemenée au pas de charge par les juges d’instruction. Placés sous contrôle judiciaire, « ils rejettent la responsabilité de la poursuite de l’activité de la cimenterie sur la maison mère », d’après une autre source proche du dossier. Quant à Éric Olsen, il a affirmé devant les juges « n’avoir cessé d’alerter les dirigeants opérationnels, notamment Christian Herrault, sur la situation dans l’usine, relevant qu’il n’avait pas le pouvoir de la fermer », d’après cette source. Il a démenti avoir eu connaissance de tout versement litigieux. « Mon client va former un recours contre sa mise en examen et ne souhaite qu’une chose : que toute la lumière soit faite sur cette affaire le plus vite possible », a déclaré à l’Agence France-Presse son avocat, Pierre Cornut-Gentille. Des organisations non gouvernementales, dont Sherpa, partie civile dans ce dossier, souhaitent aussi que les investigations fassent la lumière sur ce que savaient les autorités françaises de l’époque sur les activités de Lafarge en Syrie.

 

TRUMP, JERUSALEM ET LE DROIT INTERNATIONAL – Béligh Nabil, 7 décembre.

En dépit des multiples mises en garde à l’égard de l’embrasement régional que risquait de susciter une telle décision, le président Donald Trump vient de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Alors en pleine campagne présidentielle, Donald Trump avait déclaré que s’il était élu président des États-Unis, il reconnaîtrait Jérusalem comme la capitale d’Israël et transférerait l’ambassade américaine dans la Ville sainte : « je le ferai (…) plutôt rapidement », avait-il même précisé dans une interview à CNN donnée en mars 2016. Désormais élu, et dans un nouveau geste de transgression, il l’a fait. Une décision unilatérale qui a provoqué une réprobation générale de la communauté internationale. Une réaction qui ne saurait faire illusion tant le dossier israélo-palestinien est désormais perçu comme stratégiquement secondaire aux yeux de nombreuses puissances régionales et internationales. Une erreur d’analyse au regard notamment du statut d’exception dont jouit Jérusalem. Le 6 décembre 2017 est donc une nouvelle date historique pour les Israéliens … et les Palestiniens. La déclaration de Trump a été prononcée lors d’une brève allocution au cours de laquelle il a justifié sa position par la volonté de suivre « une nouvelle approche » sur ce dossier et la nécessité de « reconnaître une réalité ». La réalité du rapport de force plutôt que la réalité du droit international, en somme. En tenant l’une de ses promesses de campagne, il rompt avec la ligne suivie jusqu’ici par ses prédécesseurs et renforce l’impression d’un isolement international des États-Unis. Un paradoxe pour la première puissance mondiale, qui voit son soft power s’étioler à mesure que son chef agit sur la scène internationale. Ainsi, si le président américain se dit encore déterminé à faciliter la recherche d’un accord de paix « acceptable pour les deux parties », sa prise de position sur Jérusalem le décrédibilise définitivement aux yeux des Palestiniens. Est-ce la fin du rôle d’« honest broker », d’intermédiaire impartial, que Washington a longtemps revendiqué – avec une part de fiction non négligeable – sur ce dossier ? Certes, pour Donald Trump, l’essentiel est ailleurs : sa décision a d’abord vocation à remobiliser un électorat composé notamment de sionistes chrétiens, des fondamentalistes évangélistes pour lesquels la Palestine est le berceau du peuple juif, une « Terre promise » sur laquelle il convient de regrouper le « peuple élu » pour mieux amorcer sa conversion au christianisme… Il n’empêche, cette décision a une résonnance particulièrement forte, compte tenu de la force symbolique de la ville de Jérusalem et du quitus qu’elle semble définitivement donner à la politique de colonisation israélienne à Jérusalem-Est et ailleurs en Cisjordanie. La stratégie diplomatique suivie depuis plus de deux décennies par l’Autorité palestinienne se trouve condamnée, alors que la posture agressive du Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, à la tête d’un gouvernement formé de partis nationalistes et religieux, se trouve couronnée de succès. Le tout sous le regard passif des pays arabes et européens… en attendant le grand embrasement… ?

JÉRUSALEM, UN STATUT D’EXCEPTION

La ville symbolise à elle-seule le caractère complexe et multidimensionnel du conflit israélo-palestinien : religieux, certes, mais surtout idéologique/nationaliste et territorial. Ces trois aspects sont intimement liés. Jérusalem abrite les Lieux saints des trois religions monothéistes. Une ville « trois fois sainte », en somme, et source de tensions interreligieuses continues et plus ou moins intenses. Le « noble sanctuaire » (selon les musulmans) est le troisième lieu saint de l’islam : il recouvre le dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa. Selon la tradition juive, le mont du Temple (détruit en 70 par l’Empire romain) était en lieu et place d’Al-Aqsa. Depuis l’annexion de Jérusalem-Est, Israël a pris le contrôle du mont du Temple, qui demeure administré par le Waqf, l’office des biens musulmans sous la souveraineté de la Jordanie. Un accord conclu en avril 2013 entre la Jordanie et l’Autorité palestinienne a officialisé le rôle du royaume comme gardien des lieux saints musulmans de Jérusalem. Toutefois, la police et l’armée israéliennes assurent l’ordre et contrôlent l’accès au site (autorisé en principe aux seuls musulmans qui viennent y prier, et interdits aux juifs à l’exception de certaines heures). Si le président américain se dit déterminé à faciliter la recherche d’un accord de paix « acceptable pour les deux parties », sa prise de position sur Jérusalem le décrédibilise définitivement aux yeux des Palestiniens. Au-delà de cette dimension complexe mêlant religion, pouvoir de police et autorité administrative, Jérusalem demeure au centre de la construction idéologique et territoriale du nationalisme israélien et palestinien. C’est la représentation (unitaire/partagée) qui est en jeu. Ainsi, après l’annexion de la partie arabe de la ville, la Knesset a déclaré – en décembre 1980 – Jérusalem « réunifiée » comme « capitale » (« éternelle et indivisible ») de l’État d’Israël. Une revendication rejetée par la majeure partie de la communauté internationale, à l’exception notable désormais des États-Unis, qui s’oppose frontalement à la volonté des Palestiniens de faire de Jérusalem-Est la capitale de leur hypothétique futur État. Ces prétentions antagonistes s’inscrivent dans l’histoire même du conflit israélo-arabe et israélo-palestinien.

DE LA COLONISATION DE JÉRUSALEM-EST AU MUR DE SÉPARATION

Si la partie arabe de la ville fait partie intégrante de la Cisjordanie, la résolution onusienne n° 181 du 29 novembre 1947 sur le plan de partage de la Palestine reconnaît à la ville sainte un statut d’entité séparée qui la place sous le contrôle des Nations-Unies. Elle devait ainsi être dotée d’un statut international. À l’issue de la première guerre israélo-arabe, la partie orientale de Jérusalem a été conquise par l’armée jordanienne, la partie occidentale étant annexée par Israël qui en a fait sa capitale. La « guerre des Six Jours » en 1967 marque un tournant symbolisé par l’annexion israélienne de Jérusalem-Est. Le gouvernement de Levy Eshkol entreprend une politique de « colonisation-judaïsation » de Jérusalem-Est, qui se traduit encore aujourd’hui par une succession d’expropriation et de construction de logements. Pourtant la résolution 242 du Conseil de sécurité (22 novembre 1967) évoque « le retrait des forces armées israéliennes de(s) Territoires occupés » dans le cadre de l’instauration d’une paix durable. La politique de « colonisation-judaïsation » s’est prolongée par un autre phénomène également condamnable sur le plan du droit international. Le 14 avril 2002, le gouvernement israélien dirigé par Ariel Sharon a décidé la construction d’ouvrages formant, selon Israël, une « barrière de sécurité » dans certaines parties de la Cisjordanie et de Jérusalem. Le 1er octobre 2003, le conseil des ministres a adopté un tracé complet formant une ligne continue sur une distance de 720 km le long de la Cisjordanie, au nom de la sécurité d’Israël. L’Assemblée générale a alors saisi la Cour internationale de Justice (CIJ) pour obtenir son avis sur les conséquences, au regard du droit international, de l’édification de ce mur. Ainsi, dans son avis consultatif du 9 juillet 2004, la CIJ a conclu à l’illégalité du mur de séparation, car il concrétise une annexion de territoires occupés et son emplacement ne peut être justifié par des raisons de sécurité nationale. Dans son argumentaire, la Cour précise que « l’édification du mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au droit international. » Et de conclure : « Israël est dans l’obligation de réparer tous les dommages causés par la construction du mur dans le territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est. » La logique séparationniste de ce mur correspond à la vision du monde de Donald Trump, qui n’a pas hésité à citer l’exemple du mur israélien pour justifier le mur qu’il souhaite ériger entre les États-Unis et le Mexique : « Le mur est nécessaire » ; « Ce n’est pas seulement de la politique et pourtant c’est une bonne chose pour la nation d’une certaine manière, parce que les gens veulent de la protection et un mur protège » ; « Il suffit de demander à Israël. Israël vivait une catastrophe qui touchait le pays et qui venait de l’extérieur et les Israéliens ont construit un mur. Les entrées non autorisées se sont arrêtées à 99,9 % », comme il l’a déclaré dans une interview à la chaîne ABC, le 26 janvier 2017.

 

DANS LA PRESSE IRAKIENNE :

Lutte contre Dae’ch

  • Le JOC a déclaré la libération complète de tous les territoires irakiens et a affirmé que les forces de sécurité irakiennes ont repris toutes les frontières avec la Syrie et ont sécurisé 16.000 kilomètre carré entre Mossoul et al-Anbar. (Mada, p.1)

  • Daech a attaqué le quartier de Rachad au sud de Kirkuk jeudi dernier et a tué et blessé 14 membres de la Mobilisation populaire. Le commandement des opérations de Kirkuk a lancé des opérations à Hawija pour la « nettoyer » des cellules dormantes de Daech. (Mada, p.3)

Situation sécuritaire

  • L’explosion d’une voiture piégée a fait un mort à Tikrit. (Sabah al-Jadid, p.3)

  • L’explosion de deux engins à Hit, à l’ouest de Ramadi, a fait sept morts et blessés. (Sabah al-Jadfid, p.1)

Politique intérieure

  • Le PM al-Abadi a proclamé la victoire contre Daech et s’est adressé aux Irakiens : « votre territoire est complètement libéré. Nous avons repris toutes les régions à Daech. ». Le PM al-Abadi s’est engagé à lancer une guerre sans merci contre la corruption. (Sabah, p.1)
  • L’Irak est sorti du chapitre VII selon une résolution de l’ONU à l’issu de son engagement à payer les indemnisations de Koweït. (Zaman, p.1)
  • Bien que la loi sur la transmission des compétences et des prérogatives aux gouvernorats soit mise en vigueur depuis un an, les ministères, notamment ceux de la santé et des finances, n’ont pas transféré leurs compétences en faveurs des gouvernorats. (Mada, p.1)
  • L’Alliance des forces nationales « bloc parlementaire sunnite » a accusé la Mobilisation populaire de retirer les cartes électorales à la population de Sadiyya à Dyala. (Mada, p.1)

  • La Haute commission des droites de l’Homme a déclaré avoir élu Aqil al-Mansouri président de la commission, selon un communiqué de la commission. (Machrek, p.1)

Situation au Kurdistan

  • Le ministère de la santé du Kurdistan a déclaré que le gouvernement fédéral a alloué 170 milliards ID (environ 130 millions USD) de médicaments pour le Kurdistan. (Zaman, p.1)
  • La pluparts des partis politiques kurdes ont appelé à la lutte contre la corruption dans la région du Kurdistan. De son côté, le président du parlement du Kurdistan a déclaré son soutien au PM al-Abadi dans sa lutte contre la corruption et a ajouté que ce combat ne devrait exempter personne. (Sabah alJadid, p.1)

  • « 145 cas d’exactions contre la liberté d’expression ont été enregistrés au Kurdistan », selon l’Organisation de la paix et de la liberté au Kurdistan. (Sabah al-Jadid, p.1).

 

ALLEGEANCE DE WASHINGTON A L’ETAT COLON – Bruno Guigue, 9 novembre.

Donald Trump vient d’annoncer que les USA reconnaissent Jérusalem comme la capitale d’Israël et que l’État hébreu, en tant qu’État souverain, “a le droit de déterminer sa propre capitale”. Cette décision est un camouflet infligé au droit international par la première puissance mondiale. Colonisée et annexée par Israël, Jérusalem-Est est considérée par les Palestiniens comme la capitale de leur futur Etat. Pour l’ONU, c’est un territoire occupé en violation de la légalité internationale, comme l’affirmaient déjà les résolutions 242 et 338 du conseil de sécurité. Mais cette décision est-elle vraiment une surprise ? Elle date de la campagne présidentielle de 2016, et Donald Trump n’en a jamais fait mystère. Boudé par Wall Street qui lui préférait Hillary Clinton, le candidat républicain voulait à tout prix allumer des contre-feux pour rattraper son retard. Il lui fallait obtenir des appuis auprès du lobby sioniste, au risque de voir la victoire lui échapper. Flairant le danger, Donald Trump s’est alors livré à son exercice favori : il a fait de la surenchère pour damer le pion à Hillary Clinton. Invité à l’assemblée annuelle de l’AIPAC, le 21 mars 2016, Donald Trump fait l’impossible pour faire oublier ses déclarations antérieures. Il refusait de prendre position sur la question palestinienne tant qu’il ne serait pas à la Maison-Blanche. Il hésitait à dire si les États-Unis devaient reconnaître ou non Jérusalem comme capitale d’Israël. Il disait que l’Etat hébreu devait payer l’aide militaire octroyée par les USA. Désormais, c’est fini. En vingt minutes, il dit à son auditoire ce qu’il voulait entendre et il obtient des salves d’applaudissements. Debout, en “standing ovation”. Il affirme qu’il est un “soutien de longue date et ami réel d’Israël”. Avec lui à la présidence des États-Unis, Israël ne sera plus traité “comme un citoyen de seconde zone” ! Interrogé le jour même par CNN, il déclare qu’il est prêt à déplacer l’ambassade US à Jérusalem. Manifestement décidé à faire mieux que Clinton, il accuse l’Iran d’être “le plus grand sponsor du terrorisme mondial”, d’établir en Syrie un nouveau front dans le Golan contre Israël, de fournir des armes sophistiquées au Hezbollah libanais, et de soutenir le Hamas et le Djihad islamique. Mais ce discours complaisant n’a pas suffi. Délaissé par les siens, Trump sait qu’il manque de soutiens parmi les donateurs juifs du parti républicain. Ces bailleurs de fonds à l’ancienne, sponsors traditionnels du parti conservateur, sont rebutés par la rhétorique d’un candidat hostile au libre-échange et allergique au “système”. Ils préfèrent se tourner vers une candidate qui n’a jamais lésiné dans son soutien à Israël et au complexe militaro-industriel. Après tout, l’essentiel c’est le business. Pour Donald Trump, du coup, la tâche est rude. Afin d’inverser la tendance, il faut absolument faire quelque chose. A neuf semaines du scrutin, le candidat républicain se résout à abattre sa dernière carte. Elle lui permettra, espère-t-il, de surpasser Hillary Clinton, de la prendre à revers sur son propre terrain. C’est alors qu’il rencontre publiquement Benyamin Nétanyahou, le 26 septembre 2016. A l’issue de cette entrevue, à New York, Trump promet de reconnaître Jérusalem comme “la capitale indivisible d’Israël” et d’y installer l’ambassade américaine s’il est élu à la présidence. Fabuleux cadeau à l’Etat d’Israël, violation du droit international, cette concession à l’occupant serait lourde de conséquences. Trump le sait. Mais il était difficile de faire mieux pour séduire le lobby. Fin septembre 2016, la “future capitale de l’Etat palestinien” passe donc à la trappe. La “solution à deux Etats” fait les frais d’une course à l’échalote entre deux candidats qui ont rivalisé d’imagination pour flatter le lobby. Habiles marionnettistes, les amis de Nétanyahou ont manipulé les deux pantins désarticulés qui se disputaient un pouvoir fantoche. Vainqueur de cette compétition acharnée, Trump a décidé de balayer les illusions entretenues par ses prédécesseurs sur le rôle des USA. Il a emporté la mise le 8 novembre 2016. Nous sommes le 6 décembre 2017. Il aura mis un an à payer l’addition. En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, en y installant leur ambassade, les USA offrent au projet d’Etat palestinien un enterrement de première classe. Ils donnent eux-mêmes le coup de grâce à un “processus de paix” dont ils furent les parrains. “L’heure est venue”, a déclaré Donald Trump devant les chaînes de télévision le 6 décembre. L’heure était donc venue, pour Washington, de balayer tout espoir de paix. A la face du monde, le président américain vient de déclarer que la partie est finie. Quitte à décrédibiliser ses alliés arabes, il proclame que le fait accompli colonial en Palestine est irréversible. Ruinant par avance toute perspective de négociation, ce geste spectaculaire trahit l’allégeance de Washington aux intérêts de l’Etat-colon. A quoi bon négocier si l’enjeu de la négociation (la possibilité d’un Etat palestinien ayant Jérusalem-Est pour capitale) est pulvérisé par Washington ? Paradoxalement, cette ultime reddition américaine aux exigences israéliennes sonne le glas d’une illusion à laquelle les autres puissances, occidentales ou arabes, feignaient de croire encore. Donald Trump vient de leur administrer une douche froide, en leur rappelant qui est le leader du “monde libre”. Mais il y a plus. En validant la rhétorique israélienne sur “Jérusalem réunifiée”, le président américain restaure également la primauté du théologique sur le politique. Les prétentions sionistes sur la Ville sainte se réclament du texte biblique. En les accréditant, Trump réintroduit le sacré dans un conflit d’essence profane. Il percute le droit international avec le droit divin. Il masque d’un écran de fumée l’affrontement qui oppose l’occupant et l’occupé. Cette concession à la mythologie sioniste occulte la lutte de libération nationale du peuple palestinien. A une époque où la manipulation du “religieux” sert l’impérialisme, ce n’est pas innocent.

 

LA LIGUE ARABE APPELLE A RECONNAITRE L’ETAT PALESTINIEN – RFI, 10 décembre.

La Ligue arabe a tenu au Caire samedi 9 décembre au soir une conférence ministérielle extraordinaire pour répondre à la décision du président Donal Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et d’y transférer l’ambassade américaine. Une décision jugée contraire à la légitimité internationale et condamnée unanimement par les ministres arabes des Affaires étrangères. Les chefs de diplomatie arabe ont appelé la communauté internationale à reconnaître officiellement l’Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale (partie orientale de la ville annexée depuis 1967 par Israël NDLR), pour contrecarrer la décision américaine. Une commission dont la mission consistera à sensibiliser les Etats à cette mesure a été formée par la Ligue. Aucun ministre arabe, à l’exception du Liban, n’a demandé l’adoption de sanctions politiques ou économiques contre les Etats-Unis. Ils ont toutefois demandé à Washington d’annuler sa décision de transfert de l’ambassade car « elle menace la paix et la stabilité dans la région et dans le monde ». Les Arabes ont aussi indiqué qu’ils chercheront à obtenir une résolution du Conseil de sécurité affirmant que la décision américaine était contraire à la légitimité internationale. Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni en urgence vendredi à New York à la demande de huit pays et les Etats-Unis sont apparus totalement isolés diplomatiquement. Ses alliés traditionnels, le Royaume-Uni et la France, ont condamné la décision de Donald Trump comme n’étant « pas conforme aux résolutions du Conseil de sécurité ». Le ministre palestinien des Affaires étrangères a, quant à lui, appelé les Arabes à visiter Jérusalem-Est en signe de solidarité même si cela impliquait de passer par les autorités israéliennes.

Print Friendly, PDF & Email