Observatoire Géostratégique

numéro 226 / 17 avril 2019

SOUDAN : LE PRESIDENT OMAR EL-BECHIR RENVERSE PAR L’ARMEE – MEE/Agences, 11 avril.

L’armée a mis fin aux trente ans de règne du président soudanais après des mois de manifestations populaires, mais les meneurs de la contestation rejettent le « coup d’État du régime » Le président soudanais Omar el-Béchir, au pouvoir depuis trois décennies, a été destitué par l’armée, au terme d’un mouvement de contestation populaire de plusieurs mois, a annoncé ce jeudi le ministre de la Défense, Awad Ahmad Ibn Auf. « J’annonce, en tant que ministre de la Défense, la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef », a déclaré Ibn Auf à la télévision d’État. Le ministère a annoncé qu’un « conseil militaire de transition » succédait à Béchir pour une durée de deux ans. L’armée a également décrété un cessez-le-feu sur tout le territoire, imposé un mois de couvre-feu nocturne et annoncé avoir fermé les frontières et l’espace aérien jusqu’à nouvel ordre. Dans la matinée, les renseignements soudanais (NISS) avaient annoncé la libération de tous les prisonniers politiques. Selon le ministère de la Défense, le président déchu est actuellement détenu par l’armée. Dans la soirée, Awad Ahmad Ibn Auf a prêté serment en tant que président du Conseil de transition militaire.

« LA REVOLUTION CONTINUE »

Les meneurs de la contestation ont quant à eux rejeté le « coup d’État du régime ». « Déclaration importante : la révolution continue. » Telle a été la réaction concise du Comité des médecins soudanais suite à l’annonce que l’armée planifiait de prendre le contrôle du pays pour les deux prochaines années. L’Association des professionnels soudanais, fer de lance de la contestation, a également annoncé qu’elle rejetait le « coup d’État » et appelé à la poursuite des manifestations jusqu’à ce que le pouvoir soit transféré à « un gouvernement civil de transition représentant les forces de la révolution. » « Le régime a mené un coup d’État militaire en présentant encore les mêmes visages et les mêmes institutions que ceux qui ont provoqué la colère de notre grande nation. Ceux qui ont détruit le pays et tué son peuple cherchent à voler chaque goutte de sang et de sueur répandue par la nation soudanaise pour secouer son trône », a-t-elle indiqué dans un communiqué. Les activistes avaient averti depuis le matin, dans l’attente de l’annonce de l’armée, qu’ils accepteraient seulement que le pouvoir passe à un gouvernement civil, et beaucoup ont réagi avec colère à la déclaration télévisée du ministre de la Défense. Certains manifestants se sont moqués de l’annonce et ont insisté pour que leurs manifestations se poursuivent. Au cours des derniers jours, les manifestants ont remis en cause le rôle de l’armée à plusieurs reprises, même si sur le terrain, les soldats ont été célébrés pour avoir défendu les manifestants.

TRENTE ANS DE REGNE AUTORITAIRE 

Dirigeant militaire et ancien ministre de la Défense, Omar el-Béchir a mené à bien un coup d’État en 1989, se donnant ensuite le titre de président du Conseil du commandement révolutionnaire pour le salut national. Il a ensuite dissous le gouvernement élu du pays, interdit les partis politiques et les syndicats, et introduit une série de mesures restrictives visant à renforcer son emprise sur le pouvoir, notamment l’instauration de l’État d’urgence et l’interdiction de manifester. Au début des années 1990, le Parti du congrès national (PCN), le parti au pouvoir dirigé par Béchir, « purgeait sans relâche les bureaucraties et le système judiciaire des “laïcs” et des personnes fidèles aux autres partis politiques », a indiqué Human Rights Watch. En octobre 1993, Omar el-Béchir s’est officiellement nommé président du Soudan, remportant une série d’élections ultérieures qu’il a pratiquement contrôlées. Depuis lors, l’homme d’État a systématiquement eu recours au droit militaire et à d’autres mesures restrictives pour conserver sa mainmise sur le pouvoir face à des problèmes économiques croissants, à l’isolement international dont a fait l’objet le Soudan et aux pressions politiques tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger. Pendant des décennies, Omar el-Béchir a été à la tête du PCN, lequel a soutenu en août 2018 sa candidature à sa réélection. À l’époque, Béchir s’était engagé à « satisfaire toutes les demandes de [son] peuple afin de surmonter les nombreuses crises auxquelles [il est] confronté en cette période critique de l’histoire de [son] pays », s’il était réélu lors des élections prévues en 2020, tout en promettant de consolider la loi islamique dans le pays. Cette promesse a toujours été une part essentielle de l’offre de Béchir au peuple soudanais, son plaidoyer pour un État islamique s’accompagnant d’une critique constante de la laïcité occidentale. Mais l’année dernière, le dirigeant de longue date du Soudan a essuyé des critiques croissantes au sein de son propre parti, des membres clés du PCN ayant rejeté sa candidature à la présidence, certains affirmant qu’il souhaitait rester au pouvoir uniquement pour éviter de se retrouver face à la Cour pénale internationale (CPI). La Cour a délivré des mandats d’arrêt à l’encontre de Béchir en 2009 et 2010 pour son rôle dans le génocide au Darfour moins de dix ans plus tôt, qui a fait des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés. La Cour accuse Béchir de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de génocide, concernant le meurtre, la torture, le viol et d’autres attaques systémiques contre des civils dans l’ouest du Soudan. Pendant plus de trente ans au sommet de l’État, Omar el-Béchir a régulièrement dénoncé les forces occidentales, les accusant de tenter de s’immiscer dans les affaires soudanaises et de vouloir le renverser. « Nous ne reviendrons jamais en arrière à cause des complots en cours contre nous », a-t-il déclaré en août.

PRESSIONS ECONOMIQUES

Cependant, ce sont des défis internes qui ont véritablement précipité la fin du régime de Béchir, qui a vu sa popularité décliner de manière drastique face à la crise économique que connaît le pays actuellement et à l’échec des efforts visant à y remédier. « Sa popularité a fortement diminué et le pays est soumis à différents types de crises, en plus de l’isolement international », avait déclaré le politologue Elimam Ahmed à MEE en août dernier. De fait, les manifestations de masse à travers le Soudan, qui ont débuté le 19 décembre dernier, avaient pour cause première la colère publique suscitée par la hausse du prix du pain. Elles se sont ensuite muées en un appel plus large visant à ce que le président se retire et permette une transition politique incluant toutes les tranches de la société. Le mois dernier, Omar el-Béchir a confié la direction du PCN à un nouvel adjoint, ce qui a été considéré par beaucoup comme une tentative d’endiguer les manifestations. Le président a également instauré un régime militaire, interdit les manifestations et raflé des centaines d’activistes pro-démocratie alors que les rassemblements se poursuivaient dans tout le pays. Pendant des mois, Béchir a insisté sur le fait que le changement politique ne pouvait se faire que par les urnes, continuant à imputer les troubles aux forces extérieures cherchant selon lui à détruire le Soudan

REPRESSION DE LA DISSIDENCE

Omar el-Béchir a fait l’objet de critiques de la part de groupes de défense des droits de l’homme durant presque toute sa présidence. Dernièrement, les autorités soudanaises ont été critiquées pour avoir arrêté arbitrairement, détenu et torturé des activistes de l’opposition, des journalistes et d’autres détracteurs présumés, pour avoir accusé d’apostasie des non-musulmans, expulsé illégalement des demandeurs d’asile et autorisé une répression violente contre les civils dans plusieurs régions du pays, entre autres. Mais alors que Béchir était recherché par la CPI et régulièrement condamné par des organisations de défense des droits de l’homme et des activistes au Soudan, il a conservé le soutien de plusieurs gouvernements mondiaux. En réalité, de nombreux pays l’ont soutenu ces derniers mois, notamment au Moyen-Orient et en Afrique, où certains dirigeants ont craint de voir les protestations populaires déborder du Soudan et se propager dans leurs pays. En décembre, quelques jours à peine avant le début des protestations au Soudan, Béchir s’est rendu à Damas pour rencontrer le président syrien Bachar al-Assad. Les deux dirigeants ont souligné la nécessité d’élaborer « de nouveaux principes pour des relations interarabes basées sur le respect de la souveraineté des pays et la non-ingérence dans les affaires intérieures », a rapporté à l’époque l’agence de presse syrienne SANA. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, accusé de mener sa propre répression contre la dissidence, a lui aussi soutenu Béchir, affirmant que le maintien de l’emprise du dirigeant soudanais sur le pouvoir était nécessaire pour la sécurité de l’Égypte. « L’Égypte soutient pleinement la sécurité et la stabilité du Soudan », a déclaré Sissi à un assistant de haut rang de Béchir en visite au Caire début janvier. Durant les premiers jours du mouvement de protestation soudanais, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Chine et les États-Unis ont également déclaré que le maintien de Béchir au pouvoir au Soudan était dans leur intérêt.

L’EROSION DU SOUTIEN

Cependant, même le soutien tacite à sa présidence s’est finalement érodé cette semaine, après que des milliers de manifestants ont franchi un cordon de sécurité pour organiser un sit-in dans le bâtiment des forces armées soudanaises situé dans le centre de Khartoum. Les participants au rassemblement, qui a duré plusieurs jours, ont appelé l’armée à intervenir pour soutenir leur mouvement. Cette semaine, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Norvège ont également soutenu la revendication des manifestants en faveur d’une transition politique pour aider le Soudan à sortir de l’impasse. « Le temps est venu pour les autorités soudanaises de répondre à ces revendications populaires d’une façon sérieuse et crédible. Le peuple soudanais demande un système politique inclusif et doté d’une plus grande légitimité », ont déclaré ces pays dans un communiqué publié mercredi. Les États-Unis ont joué un rôle de premier plan dans l’isolement du Soudan sur la scène internationale, en maintenant le pays sur sa liste noire des États commanditaires du terrorisme. Toutefois, sous l’ancien président américain Barack Obama, Washington a cherché à assouplir les sanctions imposées au Soudan en échange d’une aide du pays dans les opérations de lutte contre le terrorisme. Des négociations étaient en cours pour retirer le Soudan de la liste des États commanditaires du terrorisme – une étape que Béchir considérait comme cruciale pour relancer l’économie en difficulté du pays –, mais celles-ci sont au point mort depuis que les protestations de masse ont éclaté l’an dernier.

 

LES JUGES DE LA CPI REFUSENT D’OUVRIR UNE ENQUÊTE SUR L’AFGHANISTAN – Reuters, 12 avril.

Amsterdam – Les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont rejeté vendredi à l’unanimité la demande du procureur d’ouvrir une enquête pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre présumés en Afghanistan. La Chambre préliminaire II de la CPI estime en effet qu’"une enquête sur la situation en Afghanistan à ce stade ne servirait pas les intérêts de la justice", précise le tribunal international dans un communiqué. En novembre 2017, le procureur de la CPI avait demandé l’ouverture d’une enquête sur des crimes de guerre et crimes contre l’humanité qui pourraient avoir été commis en Afghanistan dans le conflit qui s’y déroule plus de quinze ans. La Chambre estime que, "nonobstant le fait que toutes les conditions requises sont remplies concernant à la fois la compétence et la recevabilité, la situation actuelle en Afghanistan est telle qu’elle rend extrêmement difficile la réussite d’une enquête et de poursuites". Le mois dernier, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils allaient retirer ou refuser l’octroi de visas aux membres de la CPI qui cherchent à établir si les forces américaines ou leurs alliés ont commis des crimes de guerre en Afghanistan. Ainsi, le visa de la procureure générale de la CPI Fatou Bensouda a été annulé au début du mois d’avril. La CPI avait réagi en affirmant qu’elle continuerait à oeuvrer de manière indépendante et sans relâche, dans le respect de son mandat et du droit. En septembre dernier, Washington a menacé la juridiction basée à La Haye de sanctions si elle décidait d’ouvrir une enquête concernant de potentiels crimes de guerre commis en Afghanistan. Les Etats-Unis n’ont pas ratifié le statut de Rome qui a fondé la CPI en 2002. Le président de l’époque, George W. Bush, s’opposait à la cour. Barack Obama a ensuite pris des mesures pour coopérer avec l’instance.

 

DANS LA PRESSE IRAKIENNE :

Politique intérieure :

Point de presse hebdomadaire du PM :

– « Le 9 avril 2003 est un grand jour. C’est le départ d’un régime dictatorial. Cette date coïncide également avec l’exécution par ce régime tyrannique de Mohammed Baqer al-Sadr en 1980. Cette date doit constituer l’occasion pour consolider l’unité nationale »

– « La pluie et la hausse du niveau de l’eau sont un don du ciel. La situation est sous le contrôle ».

– « Nous avons pris des mesures fermes pour lutter contre la corruption. On a augmenté le nombre des juges d’enquêteurs judiciaires pour que les commissariats de police ne se transforment pas en lieu pour faire chanter les détenus. Nous avons également mis en place un mécanisme de vérification pour lutter contre les emplois fictifs ».

Relations diplomatiques :

– « Le nombre important des délégations en visite en Irak reflète l’importance de l’Irak et le souhait de développer les relations avec ce pays ». Le PM a annoncé un prochain déplacement à Riyad pour conclure des accords, comme il l’a fait avec la Jordanie, l’Iran, l’Egypte et d’autres pays.

– Le Président Barham Salih a reçu une délégation de la haute commission électorale indépendante. Il a mis l’accent sur le règlement de tout problème lié au processus électoral. (Sabah, p. 2).

– Le PM a inauguré une exposition organisée par le ministère de l’Intérieur, consacrée aux documents signés par Saddam Hussein et de ses hauts responsables pour effectuer des massacres contre les Irakiens. (Adala, p. 1).

– Fawzi Terzi, membre du front turkmène, a affirmé que le retour des Peshmergas à Kirkouk constituait une violation de la Constitution. (Machrek, p. 1).

Affaires sécuritaires :

Arrestation à Bagdad de quatre officiers et deux policiers pour avoir perçu les salaires des policiers déserteurs. (Machrek, p. 1).

Selon la Commission nationale des droits de l’Homme, 109 corps des personnes noyées dans le drame du noyage du ferry ont été trouvées, et 76 autres sont toujours disparues. (Zaman, p. 1).

Selon la Commission nationale des droits de l’Homme, plus de 2.000 personnes ont été arrêtées pendant les deux mois derniers à cause de leur implication dans des actes de contrebande de drogue ou de consommation. (Zaman, p. 1).

Politique étrangère :

L’Irak a reçu la quatrième livraison des chars russe T-90. (Machrek, p. 1).

Le Président Barham Salih a reçu le général Kenneth McKenzie, chef du commandement central américain. Le responsable américain a réitéré le soutien de son pays à l’Irak dans la lutte contre le terrorisme. (Adala, p. 1).

Un éditorial dans Sabah (p. 13) revient sur la décision du Président Trump de considérer la Garde révolutionnaire en Iran comme une organisation terroriste. « Comment sortir l’Irak de cette « impasse » géopolitique ? » s’interroge l’éditorialiste. Par ailleurs, et dans ce même quotidien, un commentaire constate une amélioration dans les relations entre Riyad et Bagdad. Mais, le rétablissement des relations ne se passera pas sans problèmes. Téhéran ne se dit pas favorable à l’amélioration des relations irako-saoudienne, c’est-à-dire avec Washington. La Maison Blanche est contre une normalisation des relations entre Bagdad et Téhéran. Bagdad est appelé à donc à mettre en avant les intérêts du peuple irakien.

 

SYRIE : PRES DE 31 000 REFUGIES IRAKIENS VONT RENTRER CHEZ EUX – Paul Khalifeh, 12 avril.

Les autorités kurdes en Syrie ont annoncé jeudi 11 avril avoir conclu un accord avec Bagdad pour le rapatriement de milliers de ressortissants irakiens vivant dans les camps de déplacés du nord-est syrien, où ont récemment été accueillies des familles de combattants du groupe État islamique. Le nombre de ressortissants irakiens qui seront rapatriés dans leur pays est estimé à 31 000. Il s’agit de civils dont de nombreux enfants seuls, des personnes âgées ou handicapées et des femmes enceintes. La plupart viennent de Baghouz, le dernier fief du groupe État islamique, d’où plus de 60 000 personnes avaient été évacuées entre décembre et mars derniers, au plus fort de l’offensive contre le groupe jihadiste. Ces déplacés sont actuellement logés dans des camps érigés par les autorités kurdes dans l’est de la Syrie. Une délégation du gouvernement irakien a visité certains de ces camps et a rencontré les responsables kurdes pour discuter des modalités de ce rapatriement. « Pour l’instant, 4 000 personnes se sont inscrites pour profiter de cet accord », a déclaré à l’AFP Mahmoud Kero, le responsable des camps. Le début des transferts attend l’ouverture de la frontière par les autorités irakiennes. Cette opération s’étalera sur plusieurs mois car l’infrastructure pour accueillir ce nombre de déplacés n’est pas encore prête en Irak, où ces familles ont souvent tout perdu. Une grande partie de cette population vient des provinces de Ninive et de Salah ad-Din, d’anciens fiefs du groupe État islamique qui ont subi d’importantes destructions pendant la guerre.

 

SANS RIRE, TRUMP FELICITE NETANYAHOU POUR SA VICTOIRE QU’IL QUALIFIE DE « CHANCE POUR LA PAIX » – Agences, 11 avril.

George Orwell pulvérisé… La victoire de Benyamin Netanyahu a été saluée par l’administration américaine. Le président des États-Unis estime que la victoire du chef du Likoud favorise les chances d’aboutir à la paix au Proche-Orient. Donald Trump a appelé Benyamin Netanyahu depuis son avion Air Force One, et a tweeté dans la foulée pour dire sa satisfaction. « J’ai parlé à Bibi Netanyahu pour le féliciter de sa belle victoire. Les États-Unis sont avec lui et avec le peuple d’Israël ! », se réjouit le président sur son réseau social préféré. Le locataire de la Maison Blanche présente le Premier ministre israélien comme son ami, et un formidable allié. Il a pesé de tout son poids dans sa campagne : à deux semaines du scrutin, le président a reçu Benyamin Netanyahu à la Maison Blanche et a annoncé qu’il reconnaissait la souveraineté d’Israël sur le Golan syrien. Un cadeau inespéré pour le Premier ministre israélien, qui a également remercié Donald Trump pour avoir déménagé l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Ces deux décisions contraires au droit international et soulignent le soutien inconditionnel de l’administration américaine à l’État hébreu. Donald Trump a estimé que la réélection de Benyamin Netanyahu était un atout pour aboutir à la paix dans la région. « Je pense que nous avons une meilleure chance d’aboutir maintenant que Bibi a gagné », a-t-il déclaré, et d’ajouter : « Je pense que nous allons voir des choses se passer en termes de paix ». Une allusion au plan concocté dans le plus grand secret depuis des mois par son gendre et conseiller Jared Kushner.

 

LIBYE : L’ONU RECLAME UN CESSEZ-LE-FEU – AFP, 10 avril.

Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunissait en urgence mercredi pour discuter de la situation en Libye, où les combats s’intensifient au sud de la capitale, cible d’une offensive du maréchal Khalifa Haftar. La réunion a commencé à huis clos, à l’invitation de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne, pour discuter d’un projet de résolution demandant un cessez-le-feu. « Il est encore temps pour un cessez-le-feu », a déclaré le secrétaire général Antonio Guterres au bout de deux heures et demi de débat.

« Nous avons besoin de relancer un dialogue politique sérieux», a-t-il ajouté, en reconnaissant que son appel au maréchal de ne pas entreprendre d’offensive sur la capitale, alors qu’il se trouvait en visite en Libye, «n’avait pas été entendu ».

L’Armée nationale libyenne (ANL) de l’homme fort de l’est du pays, le maréchal Haftar, qui mène depuis jeudi dernier une offensive vers Tripoli, a affirmé avoir pris aux troupes du loyaliste une caserne à une cinquantaine de kilomètres au sud de la capitale. Les forces du maréchal semblent avancer sur deux axes: par le sud et le sud-est, où des combats violents opposaient l’ANL à des forces loyales au Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par la communauté internationale et basé à Tripoli.

VIOLENTS COMBATS

À une trentaine de kilomètres au sud de la capitale, l’aéroport international de Tripoli, inutilisé depuis 2014, est aussi le théâtre de combats, selon des journalistes de l’AFP dans le secteur. «Pour le moment, c’est toujours le jeu du chat et de la souris», lance sur la route de l’aéroport un commandant d’un groupe armé loyal au GNA. «Ça tire à l’artillerie lourde et aux obus. L’aéroport est sur la ligne de front aujourd’hui. C’est très dangereux pour vous», explique cet officier pour justifier son interdiction à une équipe de l’AFP de s’approcher des combats.

À Ain Zara, plus à l’est, une ville de la banlieue de Tripoli parsemée de fermes agricoles, les combats font rage. Après une percée dans cette zone, située à une dizaine de kilomètres au sud de Tripoli, des combattants de l’ANL, les forces du GNA ont réussi à les repousser plus au sud. Sur l’avenue principale de cette ville, bordée de commerces et de maisons, un monticule de sable érigé par les forces pro-GNA sépare désormais les deux camps, selon des journalistes de l’AFP sur place. «Les affrontements se sont intensifiés. Nous avons peur de quitter la maison (…). Ça tape fort!», a indiqué par téléphone une habitante du quartier.

CATASTROPHE HUMANITAIRE

Le Croissant-Rouge libyen a indiqué que ses équipes avaient pu «intervenir mercredi matin pour évacuer des civils dans les zones de combats». L’organisation n’a pour l’instant accès qu’aux zones contrôlées par le GNA, et de façon discontinue. Dans un pays plongé dans le chaos depuis la chute du régime Kadhafi en 2011, les organisations internationales craignent que les civils ne fassent une nouvelle fois les frais des violences. Quelque 4500 personnes ont déjà été déplacées par les combats, selon l’ONU. Le centre d’analyses International Crisis Group (ICG) a estimé pour sa part qu’un «déploiement plus important de combattants» ou «une intervention militaire extérieure» en Libye pourraient précipiter une «catastrophe humanitaire».

Selon le dernier bilan du ministère de la santé du GNA arrêté dimanche soir, au moins 35 personnes ont été tuées depuis jeudi. Le centre d’analyses International Crisis Group (ICG) a mis en garde mercredi dans un rapport contre une «catastrophe humanitaire» dans ce pays. Selon le centre d’analyses, «l’ANL pourrait capturer Tripoli (…) à la seule condition que ses adversaires changent de camps ou fuient comme ce fut le cas dans le centre et le sud» du pays. Il a toutefois jugé que cette perspective était incertaine, «car les deux côtés semblent de force égale sur le plan militaire». Les combats compromettent le processus politique, et le report, annoncé mardi, de la Conférence nationale libyenne prévue du 14 au 16 avril à Ghadamès paraissait inéluctable. En préparation depuis plusieurs mois par l’ONU, elle devait permettre de dresser une «feuille de route» à même de sortir le pays du chaos. L’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, devait s’exprimer à ce sujet.

L’OTAN « PREOCCUPEE »

Soutenu par une autorité basée dans l’est du pays mais non reconnue internationalement, le maréchal Haftar espère étendre son emprise sur l’ouest de ce pays pétrolier, alors qu’il contrôle déjà l’est et – plus récemment – le sud. Mais, en face, les forces loyales au GNA de Fayez al-Sarraj affirment être déterminées à mener une contre-offensive généralisée. Le porte-parole de l’ANL, Ahmad al-Mesmari, a accusé le GNA de s’«allier avec des milices islamistes». «La bataille n’est plus aux mains de (Fayez) al-Sarraj. Elle est désormais aux mains des terroristes», a-t-il dit mardi, citant notamment des milices venues de Misrata, à 200 km à l’est de Tripoli. De son côté, l’Otan s’est dit «profondément préoccupée» par les combats entre forces rivales en Libye, a assuré mercredi son secrétaire général Jens Stoltenberg, appelant à une solution politique, «seul moyen de garantir la paix et la stabilité pour tous les Libyens». La Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a rappelé «toutes les parties» à «leur obligation, en vertu du droit international, de garantir la protection des civils et des infrastructures civiles». Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, a demandé d’«épargner les civils, notamment les réfugiés et les migrants bloqués» en Libye. L’Unicef a indiqué de son côté que « près d’un demi-million d’enfants à Tripoli et des dizaines de milliers d’autres dans les régions occidentales» étaient «directement menacés ».

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