Observatoire Géostratégique

numéro 179 / 21 mai 2018

ADIEU A LA CROIX – Richard Labévière.

Durant de nombreuses années, le journal La Croix a incarné l’une des figures les plus honorables du pluralisme de la presse française. Ses options éditoriales, ses choix et ses angles originaux rompaient souvent avec le conformisme et le suivisme de la presse parisienne, reproduisant avec quelques jours de décalage la hiérarchisation idéologique des grands médias anglo-saxons. Depuis qu’Agnès Rotivel est devenue « responsable du Proche-Orient chez Bayard Presse », cette libre originalité a pris du plomb dans l’aile. Et l’on a vu La Croix rejoindre la doxa des dîners du Siècle et s’égarer dans les banalités idéologiques de la presse gratuite . Aujourd’hui, l’affaire est entendue, et l’on peut dire que le quotidien catholique est rentré dans le rang des perroquets du politiquement correct ! Exemple emblématique dans son édition du 14 mai dernier, La Croix publie une tribune de l’essayiste Frédéric Encel intitulée « La France au Moyen-Orient » : un papier brosse-à-reluire qui dresse des lauriers à la politique étrangère d’Emmanuel Macron, enchaînant une série de contre-vérités, sinon de contre-sens grossiers pour n’importe quel observateur pratiquant – peu ou prou – les terrains proche et moyen-orientaux. Que La Croix, pour qui Dreyfus « était l’ennemi juif trahissant la France » donne ainsi, sans contradiction aucune, la parole à un ancien activiste du Betar (organisation d’extrême-droite pro-israélienne) est une chose. Mais que ce quotidien catholique affiche un « partenariat » avec le même Frédéric Encel en est une autre, l’idéologue-carriériste étant passé maître-pâtissier dans la défense de la politique de Benjamin Netanyahou, dont l’une des obsessions est l’expulsion des Chrétiens de Terre sainte et, plus largement du Proche-Orient !!! Faire ainsi alliance avec des gens qui n’ont de cesse que de favoriser le départ, sinon l’expulsion des Chrétiens d’Orient, fallait quand même le faire ! En bas de la tribune apologico-macronienne d’Encel, on apprend que l’essayiste-propagandiste et La Croix organisent des causeries internationales régulières à la mairie de… Trouville-sur-Mer dans la Calvados. Très chic ! Le maire, Christian Cardon – tendance démocratie-chrétienne teintée de molletisme -, est connu – lui-aussi – pour sa macrono-compatibilité et sa passive compréhension envers la politique de Benjamin Netanyahou. Bref, La Croix, Encel et Cardon vont certainement appeler « à la retenue » à Gaza. Pour notre modeste part, à prochetmoyen-orient.ch, nous ajoutons ces trois entités tristes aux autres produits boycottés de la campagne BDS, engageant nos lecteurs et amis à ne plus acheter La Croix et à éviter Trouville-territoire-occupé !

 

AFFRONTER LES ETATS-UNIS – Bertrand Renouvin, 14 mai.

Le président des Etats-Unis est un homme brutal mais sa politique est cohérente. C’est une politique de toute-puissance qui ne s’embarrasse ni du droit international, ni du respect des traités, et qui ne prend aucune précaution à l’égard des vassaux européens. La décision de déchirer l’accord avec l’Iran sur le nucléaire s’inscrit dans un cheminement logique marqué par le rapprochement avec l’Arabie séoudite, par la décision d’installer à Jérusalem l’ambassade des Etats-Unis et par l’opération de représailles montée en avril contre la Syrie. Le retour à une politique de sanctions sérieusement renforcées contre l’Iran satisfait les courants bellicistes aux Etats-Unis et en Israël. Il comble Mohamed Ben Salman qui rêve de voir l’Arabie séoudite prendre la tête des pays sunnites face à un Iran asphyxié par les sanctions, voire militairement défait ou jugulé par le moyen d’un changement de régime. Comme tous les plans, celui-ci comporte des failles et présente des risques mais l’Iran, justement parce qu’il ne dispose pas du feu nucléaire, n’est pas en mesure de résister aux pressions conjuguées de ses ennemis. Tel est, pour l’Orient, le projet politique que les Etats-Unis veulent imposer à l’Union européenne, de gré ou de force. Le gouvernement étatsunien donne aux groupes étrangers un délai de 90 à 180 jours pour cesser tout échange avec l’Iran. Afin que leurs décisions soient respectées, les Etats-Unis imposent une règle d’extraterritorialité très simple : toute entreprise qui utilise le dollar dans ses transactions est passible de sanctions si elle viole la loi américaine même si cette entreprise n’opère pas sur le sol étatsunien ; toute banque qui finance des investissements dans des pays sous embargo peut être frappée de lourdes amendes. La brutalité des Etats-Unis, qui se moquent comme d’une guigne du libre-échange quand leurs intérêts sont en jeu, est notoire. La violence de Donald Trump ne l’est pas moins. Pourtant, Emmanuel Macron a cru qu’il pourrait maîtriser les logiques impériales et séduire l’impétueux locataire de la Maison Blanche par un jeu de postures dont nous avions dénoncé l’obscénité. Il s’est fourvoyé, il s’est laissé humilier et c’est la France qui a été humiliée avant d’être flouée et maintenant mise en demeure de s’incliner devant les diktats de Washington. Nous apprenons plus tard comment s’est fait, dans la tête du président des riches, le partage entre le tropisme atlantiste et l’amateurisme. Il s’agit aujourd’hui de se demander comment la France peut résister et répliquer au gouvernement des Etats-Unis. Il est inutile de cacher que la France est en position de faiblesse. Nous ne sommes pas seulement revenus dans le commandement intégré de l’Otan en 2008. Nous sommes immergés dans les technologies étatsuniennes, complétement dépendants et transparents. Nous avons laissé les Etats-Unis imposer leur législation à l’extérieur de leur territoire, punir Alstom et la BNP et exercer ainsi une contrainte par dissuasion sur les banques et les entreprises françaises.  Cette situation de dépendance sera invoquée par les partisans de la soumission au nom du « réalisme » : ils diront qu’il faut finasser, gagner du temps, demander à Washington des assouplissements ; ils diront même qu’il faut renforcer l’euro en oubliant que l’usage de cette monnaie dans les paiements internationaux est en déclin dans la zone euro comme dans le reste du monde. La France doit cependant engager la confrontation avec les Etats-Unis. Leur politique de déstabilisation et de destruction ne saurait être la nôtre : ce n’est pas l’Iran qui nous menace, ni d’ailleurs la Russie, c’est l’Arabie séoudite qui nous agresse en diffusant une idéologie religieuse clairement subversive.  Nous devons quitter le commandement intégré de l’Otan. Nous devons dénoncer le viol du droit international par les Etats-Unis en matière d’extraterritorialité. Nous devons annoncer dès à présent les contre-mesures fiscales, commerciales, pénales, que nous prendrons à l’encontre des sociétés étatsuniennes si Washington menace nos entreprises et nos banques. Nous devons conquérir notre souveraineté numérique. Nous devons somme toute rompre avec l’atlantisme, jeter à la corbeille les discours sur l’impossible « souveraineté européenne » et réaffirmer par tous moyens l’indépendance de notre nation.

 

LA DECONFITURE DES MEDIAS ARABES PRO-ATLANTISTES DU « PRINTEMPS ARABE » – René Naba/Madaniya, 16 mai.

Les médias arabes pro-atlantistes paraissent frappés de déconfiture, sept ans après le lancement de la contre révolution arabe sous couvert de la séquence dite du « printemps arabe », en superposition au craquèlement du syndicat des pétromonarchies du Golfe consécutif à la guerre entre l’Arabie saoudite et le Qatar, les deux incendiaires wahhabites de la planète. Cette déconfiture met en perspective la mort programmée de la presse périphérique arabe, jadis par excellence l’instrument privilégié de la stratégie oblique de contournement des gouvernements occidentaux et arabes depuis près de deux siècles.

Vers une réduction de la voilure du journal Al Hayat

Al Hayat, longtemps fer de lance de la guerre médiatique saoudienne, jadis journal de référence de l’élite intellectuelle arabe, paraît devoir réduire sa voilure, conséquence de la crise financière dans laquelle se débat la presse écrite arabe, -particulièrement les publications parrainées par l’Arabie saoudite, un royaume en pleine tourmente financière-, et de la crise politique qui oppose au sein de la famille royale, le propriétaire du journal, le Prince Khaled Ben Sultan, à son cousin le nouveau prince héritier Mohamad Ben Salmane. Al Hayat a ainsi décidé de quitter son siège de Londres, qui fut pendant deux décennies le centre de son rayonnement européen et se replier vers Doubaï, alors que bon nombre d’employés du quotidien ont reçu leurs indemnités de fin de service.

L’important bureau régional de Beyrouth paraît devoir reduire sa voilure, en juin 2018, dans la foulée de la décision du Journal de mettre l’accent sur l’édition éléctronique du quotidien. La direction du journal a ainsi décidé de maintenir la version papier des éditions destinées à l’Arabie saoudite et aux Emirats Arabes Unis, et de lui substituer la version exclusivement électronique pour les éditions à destination de l’Egypte, du Liban et de l’Europe occidentale. Ce même régime s’appliquera à la Revue «LAHA» (Elle), membre du groupe Al Hayat. Ancien interface du général Norman Schwarkzoff, commandant en chef de la coalition internationale durant la première du Golfe (1990), le Prince Khaled Ben Sultan, -alors abusivement désigné par la presse saoudienne comme codirigeant de la coalition-, était en fait chargé de l’intendance, le ravitaillement du corps expéditionnaire de 500.000 soldats américains, européens et arabes. De par ses fonctions lucratives, il avait glané quelques trois milliards de dollars de rétrocommissions. Un pactole qui lui avait permis de s’emparer du journal libanais « Al Hayat », avec le soutien de son père, à l’époque ministre de la défense du royaume, le Prince Sultan Ben Abdel Aziz. Sur ce lien, le rôle du journal Al Hayat, roue dentée de la diplomartie américain. Jadis tout puissant, le clan Ben Sultan, –Khaled Ben Sultan et Bandar Ben Sultan, ancien commandant en chef du djihadisme international– est en pleine disgrâce face à l’émergence de la coqueluche de la nouvelle dynastie wahhabite le Prince Mohamad Ben Sultan (MBS), fils du Roi Salmane et ambitieux prince trentenaire.

  1. MBC, sous la coupe de Mohamad Ben Salmane

La Chaîne MBC avait déjà montré la voie, il y a une décennie, désertant les brumes de Londres pour les pics de pollution de Dubaï. En 2017, MBC a dû licencier 50 employés de son bureau régional de Beyrouth à la suite de la baisse de ses recettes publicitaires de l’ordre de 25 pour cent.

Al Charq Al Awsat lui a emprunté le même chemin y concentrant désormais à Dubaï l’essentiel de ses activités dans le Monde arabe, alors qu’Al Qods Al Arabi, le rival médiatique des médias saoudiens, a perdu de son éclat et de sa pertinence depuis son rachat en 2014 par le Qatar et le départ de son fondateur, Abdel Bari Atwane. Fondée en 1990 par le beau-frère du Roi Fahd Al Ibrahim dans la foulée de l’invasion américaine de l’Irak en vue d’acccompagner la politique atlantiste dans la zone, MBC a été chronologiquement la première chaîne tranfrontière arabe. Disposant de quinze canaux, cette chaine off-shore a assumé un rôle prescripteur de l’opinion arabe avant l’apparition de sa rivale du Qatar en 1995, Al Jazeera.

Privé de subsides publicitaires avec l’arrivée du Roi Salman, MBC a dû démenager vers Doubai avant de tomber dans l’escarcelle de Mohamad Ben Salmane, lors du coup de force du prince héritier contre ses porpres cousins germains, dont Walid Ben Talal, dans le cadre de sa lutte contre la corruption, le 4 novembre 2017. Dans sa boulimie le prince a annexé l’autre chaine saoudienne Al Ikhbaria à son propre goupe de presse, le groupe As Sharq al Awsat.

  1. « New Arab »

« New Arab », « Les Arabes Nouveaux », qui se proposait à l’instigation du Qatar de prendre la relève d’Al Qods Al Arabi, sous la houlette du transfuge communiste palestinien Azmi Bishara et du supplétif français Bourhane Ghalioune, apparaît six ans après sa parution comme une caricature de la presse, une caricature des Arabes, une caricature de la nouveauté, une caricature des nouveaux Arabes.

Sans doute l’un des plus influents éditorialistes arabes, Abel Bari Atwane, le fondateur d’Al Qods Al Arabi, a lancé, lui, le journal en ligne « Ar Rai Al Yom », éclipsant par son audience et sa pertinence la totalité des médias saoudiens réunis.

Sanctionnée d’une chute vertigineuse de son audience du fait de son alignement sectaire sur la ligne confrérique du Qatar, Al Jazeera a perdu, elle, en même temps que sa crédibilité, son rôle prescripteur de l’opinion arabe.

Une autre chaîne, «The Arab TV», basée à Manama, a dû, elle aussi, fermer au terme d’un fonctionnement le plus court des annales des médias, -jour-, victime à la fois de la censure du Bahreïn, en pleine fermentation contestataire et de la vive rivalité opposant son propriétaire, le prince Walid Ben Talal à son cousin, le Prince Mohamad Ben Salmane, qui se veut l’unique représentant de la génération de la relève des princes saoudiens.

Le prince Walid a ainsi renoncé à la constitution d’un empire médiatique, fermant sa chaîne télévisée, cinq ans après la fermeture de son bouquet satellite du groupe ROTANA (cinq canaux) opérant sur Arabsat.

Son conseiller de presse, Jamal Khashooggi, et directeur de la Chaîne «Al Arab» a été placé en résidence surveillée en Arabie pour sa participation jugée indue à un débat aux États Unis sur l’élection de Donald Trump et libéré au bout de neuf mois de rétention pour être finalement autorisé à refaire usage de ses réseaux sociaux.

  1. MURR TV : 50 employés sur le tapis pour prix d’un recentrage politique.

Un autre milliardaire a dû aussi serrer les cordons de la bourse et expédié sur le tapis une cinquantaine de ses employés. Invoquant une baisse de ses recettes publicitaires, MURR TV, la chaîne de Michel Murr, bailleur des fonds des équipées des milices chrétiennes durant la guerre civile et père d’Elias El Murr, président d’Interpol, s’est débarrassé du correspondant de la station auprès des groupements djihadistes, dont il était devenu l’apologiste, Hussein Khreiss, de même que du Directeur de l’Information Amjad Iskandar, un proche de Samir Geagea, le chef des Forces Libanaises.

Ce plan d’économie s’est accompagné d’un recentrage politique afin de placer la chaîne en phase avec la ferveur populaire qui s’est emparée de la population libanaise en faveur du Hezbollah lors de sa victorieuse offensive contre les groupements terroristes islamistes dans la zone frontalière syro-libanaise d’Ersal.

  1. Le naufrage de l’Empire financier de Saad Hariri et de son groupe médiatique (Radio Orient, Future TV, Al Mostaqbal)

Enfin, Radio Orient, le relais arabophone de la France dans sa guerre médiatique contre la Syrie, a, elle aussi, subi une purge drastique réduisant considérablement ses prestations, conséquence de la quasi faillite financière de son propriétaire Saad Hariri.

Ses autres médias satellites -la chaîne libanaise « Future TV » et le journal en langue arabe Al Mostaqbal-, ont eu droit au même traitement énergique de dégraissage ; un total de 200 employés sur le tapis.

Signe de sa déconfiture, le chef du clan saoudo américain au Liban, -de nouveau premier ministre du Liban au terme d’un exil de cinq ans, grâce au «feu vert» de son rival absolu, le Hezbollah libanais-, a dû même céder ses actions dans l’Arab Bank, la plus grande banque arabe, à un consortium saoudo jordanien, indice indiscutable de son désarroi financier, alors que son entreprise phare «Saudi Oger», -au passif financier de l’ordre de 10 milliards de dollars-, a été déclarée en cessation de paiement par son parrain saoudien excédé par la gabegie de son poulain.

AH la terrible ingratitude d’un commanditaire vaincu : Au plus fort de la guerre de Syrie, Saad Hariri n’avait pourtant pas hésité à missionner, au mépris de son statut parlementaire, son factotum chiite, le député Okab Sakr auprès des djihadistes islamistes de Syrie, afin de les ravitailler, depuis la zone frontalière turque, en armes, munitions et rémunérations, ravitaillement pudiquement qualifié de «lait en poudres et couvertures».

En vain. Exit Saad Hariri de toute présence significative financière en Arabie Saoudite, un pays dont il porte pourtant la nationalité.

C’est cet homme-là, un premier ministre failli d’un empire financier failli, que François Hollande a gratifié d’une distinction honorifique française, l’élevant au grade de «Commandeur dans l’ordre de la Légion d’Honneur», au même titre que l’ancien prince héritier saoudien le Prince Mohamad Ben Nayef, lui aussi gratifié du même grade, trois mois avant son éviction.

Ah le terrible égarement de la caste politico médiatique française. La réception de Saad Hariri par le nouveau président français Emmanuel Macron, l’été 2017, au lendemain de l’éradication des groupements djihadistes dans la zone frontalière syro-libanaise, visait à détourner l’attention sur l’écrasante victoire du Hezbollah, matérialisée par la reddition de Daech à la milice chiite, dont le premier ministre libanais s’était d’ailleurs abusivement attribué le mérite.

La complaisance des médias français à l’égard de Saad Hariri lors de sa visite à Paris, a révélé, par contre coup, le rôle que la France entendait assigner à l’héritier déconfis dans la reconstruction de la Syrie.

Pas un média, pas plus le journal le Monde que C8, la chaîne de télévision dont le propriétaire Vincent Bolloré caresse le projet de participer au chantier d’agrandissement du port de Tripoli (Nord-Liban), n’avait interrogé l’homme d’affaires libano saoudien sur le licenciement arbitraire, sans indemnités, de plusieurs centaines d’employés français de sa firme Saudi-Oger, en cessation de paiement; Ni non plus sur le sort de plusieurs milliers d’employés de diverses nationalités privés de ressources et d’indemnités, dans la pure tradition du capitalisme sauvage.

Exclue du gigantesque marché de syrien, de l’ordre de 350 milliards de dollars, du fait de sa belligérance exacerbée à l’encontre de la Syrie, la France envisageait de confier à Saad Hariri le rôle de cheval de Troie des entreprises françaises dans une opération à double détente destinée à renflouer un de ses derniers points d’ancrage au Liban, en même temps que de reprendre pied en catimini en Syrie.

Avanie suprême, les deux superstars de la vie médiatique internationale, Walid Ben Talal et Saad Hariri, deux binationaux libano saoudiens, ont été déchus de leur piédestal le même jour par le pouvoir royal saoudien.

Walid Ben Talal a été placé en résidence surveillée sur ordre de son cousin germain, le Prince héritier Mohamad Ben Salmane, dans le cadre de la campagne saoudienne de la lutte contre la corruption, le 5 novembre 2017, de même que Walid Al-Ibrahim, fondateur de la Chaîne MBC et beau frère du défunt du Roi Fahd, alors que Saad Hariri, -sans précédent dans les annales diplomatiques internationales-, était forcé à la démission de son poste de chef de gouvernement libanais et placé en résidence surveillée à Ryad, otage d’un Royaume impétueux.

  1. An Nahar : Gébrane Tuéni ou la fin de l’esbroufe journalistique

Il en a été de même du journal libanais «An Nahar», la roue dentée de la diplomatie atlantiste du Monde arabe, objet, lui aussi, d’un important plan de licenciement, de l’ordre d’une centaine d’employés, conduisant le quotidien à se concentrer sur le numérique sous la houlette de sa nouvelle dirigeante inexpérimentée Nayla Tuéni, fille de Gébrane Tuéni.

An Nahar, qui a abrité une cohorte d’éditocrates verbeux n’ayant produit le moindre scoop depuis dix ans, est désormais l’ombre de lui-même. Un astre mort.

Le parcours de Gébrane Tuéni, assassiné en 2005, constitue à cet égard un cas d’école des alliances politiques rotatives du Liban de l’après-guerre civile, avec une prédilection particulière toutefois pour la fréquentation du grand capital et les hommes de pouvoir au faîte de leur autorité, notamment Michel-El-Murr, Michel Aoun ou Rafic Hariri.

L’homme, qui a bâti sa réputation comme le chantre d’un libanisme intégral pur et dur, d’une spécificité chrétienne libanaise, devra son élection au siège de député de Beyrouth lors de la première consultation électorale libanaise suivant le retrait syrien, en juin 2005, à l’important apport de voix musulmanes exigé de ses électeurs par son chef de liste Saad Hariri pour sauver de la déconvenue son nouvel allié richement doté mais mal-aimé.

Avide et cupide, soucieux de rentabilité «Gaby» avait coutume durant son absence du Liban de louer aux mafieux de la drogue sa voiture blindée offerte par Rafic Hariri.

Nul au sein de la commission d’enquête internationale ne s’est hasardé à fouiller cet aspect marécageux du dossier de son assassinat, sans doute pour ne pas écorner le processus de construction du mythe du «martyr de la presse libanaise».

Pis ! Au terme de quatre générations (Gébrane, Ghassane, Gébrane, Nayla), si la succession dynastique est assurée dans ce journal fondé en 1933, elle ne le sera pas à titre patronymique en ce que le fils de la directrice, Gébrane Malek Maktabi, né en 2010, porte un nom de famille en référence à son père Malek Maktabi, animateur d’un talk-show à la chaîne libanaise LBC et héritier d’une importante famille chiite d’importateurs de tapis persans.

An Nahar s’est offert au milliardaire libano saoudien Rafic Hariri, puis au milliardaire saoudo libanais, le Prince Walid Ben Talal, avant de se flétrir par péremption du produit.

«An Nahar» est désormais, paradoxalement supplanté par son rival beyrouthin, le dernier né de la scène médiatique libanaise, «Al-Akhbar», à la tonalité davantage nationaliste et constitué non moins paradoxalement d’anciens collaborateurs de la famille Tuéni excédés par les dérives autocratiques et politiques du clan. Malgré le recrutement de transfuges de l’ancien vivier communiste libanais, «An-Nahar» s’apparente, par moments, de même que son compère francophone «l’Orient – le Jour», par ses tendances irrédentistes et ses préoccupations libano centristes, à un bulletin paroissial face à la grande configuration journalistique du Moyen- Orient. A n’y prendre garde, son étoile, longtemps brillante au firmament de la constellation de la presse arabe, pourrait ne devenir qu’un simple phénomène d’hystérésis : une étoile, brillante certes mais éteinte…brillante uniquement dans l’imaginaire de ses anciens lecteurs, au titre du fantasme. Dans le camp adverse, le journal «As Safir», le porte-parole de la coalition palestino progressiste lors de la guerre du Liban (1975-1990), a cessé sa parution faute de moyens, alors que le quotidien libanais «Al Akhbar» et la chaîne «Al Mayadeen», fondée par des contestataires à la ligne islamiste d’Al Jazeera, se taillent une place de choix dans le paysage médiatique arabe, de même que la chaîne du Hezbollah «AL MANAR» à la crédibilité incontestable.

 

DANS LA PRESSE IRAKIENNE :

En Bref

La commission électorale a annoncé les résultats des élections à Kirkouk et à Dohouk : l’UPK en tête à Kirkouk, le PDK en première place à Dohouk (Sabah, p. 1).

Abadi : la Commission doit procéder à un dépouillement manuel à Kirkouk et si les résultats dans les urnes ne correspondent pas à ceux des appareils, cela pourrait nous enjoindre de vérifier manuellement toutes les urnes au niveau national (Al-Iraqiyah TV).

Ayad Allawi, chef de l’Alliance Wattaniya, a réclamé l’annulation des résultats des élections (Machrek du 14 mai, p. 1). 

Les forces de sécurité dans la zone verte ont remis en liberté Jassim al-Helfi, membre du parti communiste, dirigeant de Sa’éroun (facebook).

Politique intérieure

·        Le conseil des ministres a appelé la haute Commission électorale indépendante (IHEC) à faire preuve de transparence quant aux recours, déposés par les blocs politiques, relatifs aux résultats des élections, et à effectuer rigoureusement les vérifications conformément à la loi. De même, il a appelé les blocs politiques et les citoyens à contester les résultats pacifiquement par les moyens légaux. La Commission doit vérifier le bon fonctionnement des appareils pour respecter la volonté des électeurs.

·        Le PM al-Abadi a affirmé : « J’ai reçu des représentants de Kirkouk et d’autres gouvernorats me sollicitant en vue d’une vérification de 83 urnes sur 1350. Pour éviter que ces contestations ne dégénèrent en conflit entre sympathisants des différents blocs politiques, la Commission doit régler ces différends le plus tôt possible. Nous avons exhorté l’IHEC à mettre en place les mesures adéquates pour surmonter cette crise afin d’éviter toute dégradation sécuritaire. Les forces de sécurité œuvrent pour un rétablissement de la sécurité à Kirkouk ».

·        « Une question cruciale : les résultats, donnés par les appareils électroniques, correspondent-ils à ceux dans les urnes ? La plupart des contestations portent sur ce point. Pour régler ce problème, la Commission doit procéder au dépouillement manuel des urnes à Kirkouk. Si les résultats des urnes ne correspondent pas à ceux-des appareils, cela pourrait nous enjoindre de vérifier manuellement toutes les urnes au niveau national. Nous regrettons que la Commission n’ait pas recruté une société de contrôle et de maintenance pour ces appareils ».

·        « Les résultats dans une région, connue pour la majorité d’une composante particulière (NDT : les Arabes de Kirkouk), se seraient exprimés en faveur d’une autre communauté (NDT : kurde), selon les allégations de certains blocs politiques ».

·        La Commission a souhaité transférer les urnes de Kirkouk à Bagdad pour effectuer le dépouillement. Or, des citoyens craignent que des actes de fraude ne soient commis pendant le transfert. Mieux vaut donc de procéder au dépouillement sur place, à Kirkouk, que de prendre un risque pareil ».

Nucléaire iranien

·        « L’accord nucléaire a été signé entre l’Iran d’une part et six pays de l’autre. L’Irak n’en faisait pas partie. J’aurais souhaité que cet accord soit respecté. Il était possible de le modifier, mais pas s’en retirer. C’est la première fois que ce genre d’événement arrive dans les relations internationales. L’administration américaine actuelle aurait dû respecter ce qui avait été signé par l’ancienne. Nous ne nous attendons pas à une guerre dans la région bien que la situation en Syrie soit toujours inquiétante »

Elections législatives

·        La commission électorale a annoncé les résultats des élections à Kirkouk et Dohouk.

A Kirkouk, l’UPK vient à la tête suivi de l’Alliance arabe, du Front turkmène et de Nasr d’al-Abadi. Fateh, d’al-Amiri, arrive en 5ème et Wataniya, d’Allaoui, en 6ème place.

A Dohouk, le PDK occupe la première place, suivi de l’Union islamique kurde, et la « Coalition pour la démocratie et la Justice » de Barham Salih. L’UPK occupe la 4ème place suivi par al Jil al-Jadid en 5e position. La Groupe islamique kurde, l’Alliance Rafidaïn, le conseil chaldo-assyrien, le Mouvement Babylonien (chrétiens), le Parti socialiste démocratique kurde complètent respectivement le classement. (Sabah, p. 1).

·        Al-Abadi, Massoud et Nichervan Barzani, Ammar al-Hakim et Hadi al-Amiri ont présenté leurs félicitations à Moqtada al-Sadr pour la victoire remportée par sa formation politique, Sa’éroun. (Sabah, p. 1).

·        Informations relatives à un rapprochement entre Maliki, al-Amiri et al-Abadi. Début des pourparlers intensifs pour réaliser le plus grand bloc parlementaire. (Zaman, p. 1).

·        Mohammed Taqi al-Mola, dirigeant de l’Assemblée suprême islamique, appelle à un nouveau scrutin « plus transparent ». Il a précisé que le retard pris pour annoncer le vote des Irakiens à l’étranger provoquait des doutes. (Machrek, p. 1).

·        Ayad Allawi, chef de l’Alliance Wattaniya, a réclamé l’annulation les résultats des élections, la formation d’un gouvernement intérimaire jusqu’à ce que de nouvelles élections soient organisées. Dans un communiqué publié, à Bagdad, cette formation politique estime que les conditions ne sont pas réunies pour organiser des élections. Le niveau élevé de boycott, la violence, les fraudes et la présence des immigrés et des déplacés font de ces élections, un scrutin non-transparent. (Machrek du 14 mai, p. 1).

·        Un éditorial de Sabah (p. 5) craint la formation du futur gouvernement basé sur des critères communautaires sous prétexte de « gouvernement d’unité nationale ». Dans les démocraties « enracinées », il y a une majorité politique face à une minorité qui forme une opposition. Un parlement sans opposition et un gouvernement où tout le monde est représenté ne valent rien.

·        Un autre éditorial du quotidien Zaman (p. 3) rappelle que 55% des Irakiens ont boycotté les récentes élections législatives en signe de mécontentement et de protestation contre une classe politique corrompue. Les nouveaux députés doivent prendre cette abstention en considération. Les Irakiens ne veulent plus voir les politiciens se moquer d’eux à nouveau.

Politique générale

·        Le Président Maassoum a examiné avec l’un de ses adjoints, Nouri al-Maliki, les résultats des récentes élections législatives. (Sabah, p. 1).

·        Un éditorial dans le quotidien Zaman (p. 2) intitulé « Le mystère d’al-Bagdadi » rappelle que le chef de Daech et son groupe ont pu occuper rapidement trois gouvernorats, le tiers du territoire irakien, en quelques jours. Ceci a nécessité la formation d’une coalition internationale de 55 pays, plus l’Iran pour y faire face. Pendant trois ans, l’idéologie de Daech a séduit un grand nombre de jeunes, y compris des Européens. Néanmoins, depuis la défaite de ce groupe terroriste, le chef de Daech al-Bagdadi a disparu. Personne ne parle de lui. « Al-Bagdadi était-il un personnage secondaire pour détruire Mossoul ? reparaitra-t-il à nouveau dans un autre coin dans ce monde ? » s’interroge le journaliste.

Affaires sécuritaires

·        Les forces de sécurité ont tué cinq membres de Daech au sud-ouest de Kirkouk. (Mowaten, p. 1).

·        Le tribunal d’instruction a entendu les accusés du crime de l’assassinat d’un médecin (chrétien) de sa famille à Bagdad. (Bayyna al-Jadida, p. 2).

·        Les forces de sécurité dans la zone verte ont remis en liberté Jassim al-Helfi, membre du parti communiste, dirigeant de Sa’éroun. Elles ont affirmé qu’une erreur, due à un homonyme, est à l’origine de cette éphémère arrestation. Quant à al-Hafi, ce dernier a affirmé sur sa page Facebook que « Les sales milices ont commencé leur travail en m’arrêtant à l’entrée de la zone verte ». (Bayyna al-Jadida, p. 3).

Politique étrangère

·        Le conseil des ministres a voté en faveur de l’ouverture de deux consulats honoraires de Chypre à Bassora et à Erbil. (Alem, p. 1).

·        Un éditorial de Zaman (p. 4) intitulé « Poutine et son 4ème mandat » affirme que le chef du Kremlin cherche à faire revivre l’empire russe. Pour le chroniqueur, la Russie recule et perd sa place politiquement et économiquement sur la scène internationale. Moscou s’ingère dans plusieurs pays, notamment la Syrie. La politique de Poutine nuit à l’image de la Russie.

 

CRIMES ISRAELIENS A GAZA – 17 mai.

Ce 17 mai 2018, un groupe de 560 Palestiniens habitants à Gaza, victimes des tirs israéliens lors des manifestations, agissant en leur nom personnel ou au nom d’un proche parent tué, ont adressé à Madame BENSOUDA, Procureur de la Cour pénale internationale, une plainte dénonçant ces crimes de guerre, et lui demandant de saisir les juges de la Cour pour obtenir l’autorisation d’ouvrir une enquête.

1/ Un travail collectif et organisé, depuis la Palestine

Cette plainte a été annoncée depuis Gaza, au plus près des victimes.

Elle résulte d’un travail construit et organisé, entre la Commission Palestinienne Indépendante pour la Poursuite des Crimes Sionistes contre les Palestiniens (TAWTHEQ) – une structure publique créée par le Conseil législatif palestinien le 29 octobre 2010 -, une quarantaine d’avocats palestiniens exerçant à Gaza, en coopération avec l’avocat français Gilles DEVERS, et l’avocat jordanien Khaled Al-SHOULI. La plainte est également signée par 30 avocats, marquant leur implication et leur solidarité.

Cette plainte s’inscrit dans la continuation d’un effort engagé il y a bientôt 10 ans, la première plainte à la Cour pénale internationale ayant été posée en janvier 2009, dans le contexte de l’agression militaire israélienne « Plomb Durci ».

2/ Les premières preuves apportées

Pour chaque dossier, sont fournis les éléments d’identité, les pièces médicales, et des témoignages. Ces éléments ne remplacent pas l’enquête, mais montrent qu’une enquête est nécessaire et possible. Les dossiers répondent aux meilleurs standards internationaux.

La plainte contient une analyse détaillée de la situation d’Ibrahim Abu Thoraya, ce jeune Palestinien de 29 ans, amputé des deux jambes, qui avait été abattu par une balle tirée dans la tête par un soldat israélien le 15 décembre 2017, alors qu’il manifestait près de la frontière, sur son fauteuil roulant. Une enquête approfondie a été effectuée, et la famille a donné son accord pour que soit pratiquée une autopsie. Les éléments médicaux et scientifiques, ainsi que les témoignages et les photographies, confirment que c’est un crime israélien commis contre une personne handicapée.

Le caractère groupé de cette plainte démontre, par la répétition des faits, qu’il s’agit d’une politique assumée de répression par le meurtre, par les dirigeants israéliens, politiques et militaires.

3/ Des crimes qui relèvent de la CPI

La plainte a été rédigées directement au nom des victimes, depuis la Palestine. C’est à l’égard du procureur un message puissant : les victimes palestiniennes, dans les jours qui suivent les agressions, s’adressent à leur juridiction naturelle, la Cour Pénale Internationale.

Bien sûr, seront aussi engagées d’autres démarches auprès des rapporteurs spéciaux de l’ONU ou du Commissaire des droits de l’homme de l’ONU. De même, les plaignants sont attentifs à toute démarche qui viendrait conforter leur action, et ils suivront les débats du Conseil des Droits de l’Homme qui doit se réunir demain 18 mai.

Ceci dit, les Palestiniens mettent en garde contre des discours qui ne sont suivis par rien de sérieux. Il est temps que la Justice se prononce.

Vu la gravité des crimes, la réponse doit être un jugement pénal, et pour les Palestiniens, le seul recours crédible est la Cour Pénale Internationale. À ce jour, 560 dossiers ont été transmis à la Cour, et bientôt il y en aura autant, suite au massacre commis le 14 mai 2018 par l’armée d’occupation.

4/ La procureur doit demander à la Cour l’autorisation d’ouvrir une enquête

Le procureur de la Cour pénale internationale, qui a expliqué qu’elle suivait la situation avec attention, doit prendre en compte cette volonté des victimes. Les Palestiniens sont très attentifs à tout progrès qui sera fait dans la procédure, car ce sera une étape dans le combat contre l’impunité.

Le Procureur fera son enquête comme il le souhaite, et enquêtera sur tous les aspects qui lui paraissent pertinents. Contrairement à la partie israélienne, les Palestiniens ne redoutent pas la justice : ce sont eux qui appellent à l’ouverture de l’enquête, et ils savent que le droit leur donnera raison.

Il serait souhaitable que l’Autorité palestinienne appuie cette action en adressant au Procureur une déclaration officielle, fondée sur l’article 14, et les victimes lancent un appel public en ce sens car cela renforcerait l’efficacité de la procédure. Quoi qu’il en soit, elles s’organisent en comptant d’abord sur elles-mêmes, et elles agissent en fonction. Même sans une démarche explicite de l’Autorité palestinienne (Art. 14), le procureur a la possibilité d’ouvrir l’enquête de sa propre initiative (Art. 15), comme il vient de le faire dans la situation concernant l’Afghanistan.

L’inaction encourage le crime, et chacun doit prendre ses responsabilités. Quelles que soient les difficultés à se faire entendre, les Palestiniens poursuivront leur chemin, qui s’inscrit dans la démarche d’un peuple agissant depuis 70 ans pour le rétablissement de ses droits.

A ceux qui contesteront cette procédure, rendez-vous est donné devant les juges de la Cour pénale internationale, dans le cadre d’un procès équitable, et nous verrons alors de quel côté est le droit.

Contacts  Maître Gilles DEVERS et Maître Khaled Al-SHOULI

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