Observatoire Géostratégique

numéro 259 / 2 décembre 2019

ATTENTAT DE LONDRES : LE GOUVERNEMENT PROMET DE FAIRE LA LUMIERE – Le Point/AFP, 30 novembre.

Au lendemain de l’attaque au couteau qui a coûté la vie à deux personnes, le gouvernement britannique a promis samedi de faire la lumière sur les circonstances ayant permis à un ex-prisonnier condamné pour terrorisme, en liberté conditionnelle, de passer à l’acte. « Après tout événement de ce genre, il doit y avoir – et il y a toujours – une évaluation complète et une tentative de tirer les leçons », a déclaré le secrétaire d’État chargé de la Sécurité, Brandon Lewis, sur la BBC.

Il a refusé de dire si l’attaque constituait un « échec » pour les autorités. Qualifiée de « terroriste » par la police, elle est survenue vendredi en début d’après-midi à London Bridge, provoquant la panique dans ce quartier très fréquenté du centre de la capitale britannique. L’assaillant a été identifié par la police comme Usman Khan, 28 ans, condamné en 2012 pour des infractions terroristes et remis en liberté conditionnelle six ans plus tard.

Il participait vendredi à une conférence organisée par l’université de Cambridge sur la réhabilitation des prisonniers, selon la presse. Elle se déroulait dans le Fishmonger’s Hall, un bâtiment à l’extrémité nord du London Bridge à l’intérieur duquel l’attaque a commencé. Porteur d’un engin explosif factice, l’assaillant a été abattu par la police après avoir été maîtrisé sur le pont enjambant la Tamise par des citoyens salués en "héros" au Royaume-Uni.

La libération anticipée en question

Sur des images impressionnantes diffusées sur les réseaux sociaux et relayées par les médias britanniques, on voit l’un d’eux vider un extincteur sur Usman Khan tandis qu’un autre pointe vers lui une défense de narval, probablement prise au Fishmonger’s Hall, qui renferme de nombreux objets anciens. Un autre intervenant, un policier en civil selon les médias, sort de la mêlée après avoir pris le couteau de l’assaillant.

Mais, au-delà de ces actes de bravoure, la question sur toutes les lèvres samedi était de savoir pourquoi Usman Khan a bénéficié d’une libération anticipée et de quelle surveillance il faisait l’objet de la part des autorités. Cette question risque fort de s’inviter dans la campagne électorale qui va reprendre samedi à moins de deux semaines des législatives du 12 décembre, après avoir été temporairement suspendue après l’attaque.

D’après PA, Usman Khan avait été condamné à une peine d’emprisonnement d’une durée indéterminée en 2012, ramenée à seize ans de prison en appel en 2013 pour son appartenance à un groupe qui avait voulu commettre un attentat à la bombe à la Bourse de Londres, le London Stock Exchange, et établir un camp d’entraînement terroriste au Pakistan. Il a été libéré il y un an avant d’avoir purgé la moitié de sa peine, seuil auquel les prisonniers peuvent généralement bénéficier d’une remise en liberté. Sa détention provisoire aurait pu être prise en compte. Le journal The Times a précisé que l’homme portait un bracelet électronique au moment de l’attaque.

Avant le début d’une réunion du comité de crise du gouvernement (« Cobra ») vendredi soir, le Premier ministre Boris Johnson a dit avoir souligné « depuis longtemps » que « c’est une erreur de permettre aux criminels violents de sortir de prison de manière anticipée ». Dans un communiqué, la commission des libertés conditionnelles a indiqué ne pas avoir été « impliquée » dans la libération du suspect, « qui semble avoir été automatiquement libéré sous conditions comme le requiert la loi ». De son côté, la police a renouvelé samedi son appel à témoins après l’attaque dans laquelle un homme et une femme ont été tués et trois personnes blessées, dont l’une était vendredi soir dans un état « critique mais stable ». Une perquisition était effectuée dans une habitation de Stafford, ville du centre de l’Angleterre où Usman Khan aurait résidé. Ce dernier aurait agi seul, selon la police, qui a toutefois appelé le public à rester « vigilant » et à éviter la zone de London Bridge, qui restera bouclée « un certain temps ».

 

PAYS-BAS : TROIS MINEURS BLESSES DANS UNE ATTAQUE AU COUTEAU – Le Figaro/Reuters, 30 novembre.

Trois personnes ont été blessées vendredi soir lors d’une attaque au couteau dans une des rues les plus commerçantes de La Haye, a annoncé la police néerlandaise. Selon les médias néerlandais, les victimes ont été précisément ciblées et la piste terroriste a été écartée. « Attaque au couteau avec plusieurs blessés dans la GroteMarktstraat à La Haye. Services d’urgence sur place », a annoncé la police de la ville sur Twitter. Elle a ensuite précisé que trois personnes, mineures, ont été blessées. Les médias néerlandais ont montré des badauds rassemblés derrière un cordon de police. Des hélicoptères survolaient l’endroit de l’attaque et plusieurs véhicules de secours étaient sur place. L’attaque s’est produite alors que de nombreux habitants faisaient leurs courses pour profiter des soldes du « Black Friday » à la Haye, le siège de la Cour et du gouvernement néerlandais. La police a dit rechercher «un homme au teint légèrement basané», âgé de 40 à 50 ans et vêtu d’un manteau noir, d’un pantalon de jogging gris et d’une écharpe. Les autorités néerlandaises n’ont pas donné d’autres informations sur les circonstances de l’attaque. Lundi la police néerlandaise a annoncé l’arrestation de deux hommes soupçonnés de préparer une attaque terroriste aux Pays-Bas à la fin de l’année avec des ceintures d’explosifs et une voiture piégée. Un tribunal néerlandais a récemment condamné un Pakistanais à 10 ans de prison pour avoir préparé un « attentat terroriste » contre le député d’extrême droite anti-islam Geert Wilders. En mars, Gokmen Tanis, né en Turquie, a tué 4 personnes après avoir ouvert le feu dans un tramway à Utrecht. Il est poursuivi pour homicides à des fins terroristes. En septembre 2018, le parquet néerlandais avait déclaré qu’un « attentat terroriste majeur » avait été déjoué aux Pays-Bas grâce à l’arrestation de sept hommes soupçonnés de vouloir passer à l’acte lors d’un « grand événement ».

 

LE PREMIER MINISTRE IRAKIEN ANNONCE SA DEMISSION – Reuters, 29 novembre.

Le Premier ministre irakien Adel Abdoul Mahdi a annoncé vendredi qu’il allait présenter sa démission au Parlement après deux mois d’une contestation aux contours inédits dont le bilan dépasse désormais les 400 morts. Cette annonce n’a pas mis fin au mouvement qui s’est poursuivi vendredi dans le sud du pays, où au moins 21 personnes ont été tuées par les forces de sécurité, mais aussi sur la place Tahrir de Bagdad, l’un des hauts lieux de la contestation, où un millier de personnes étaient toujours rassemblées. Dans un communiqué, Adel Abdoul Mahdi précise que sa décision est une réponse directe à un appel au changement lancé dans la matinée par le grand ayatollah Ali al Sistani. “En réponse à cet appel et afin de faciliter (le changement) aussi vite que possible, je soumettrai au Parlement une demande de démission de la direction de l’actuel gouvernement”, écrit-il dans un communiqué diffusé par ses services. Figure majeure de l’islam chiite, le grand ayatollah Ali al Sistani avait déclaré un peu plus tôt dans la journée que le gouvernement semblait “avoir été incapable de faire face aux événements de ces deux derniers mois” et avait appelé les parlementaires à réexaminer leur soutien au gouvernement d’Adel Abdoul Mahdi, en place depuis octobre 2018. L’Irak est en proie depuis deux mois à un vaste mouvement de contestation contre la corruption des élites et les ingérences étrangères, notamment iraniennes. “La démission d’Adel Abdoul Mahdi n’est qu’un début”, juge un manifestant de la place Tahrir, Mustafa Hafidh. “Nous resterons dans la rue tant que le gouvernement tout entier ne sera pas parti et avec lui tous les politiciens corrompus.”

Au moins 21 ont été tuées par balle à Nassiriya où des manifestants tentaient de forcer l’entrée d’un commissariat de police, dit-on de sources médicales. A Nadjaf, des hommes armés mais non identifiés ont également ouvert le feu sur la foule. Les accrochages et débordements ont franchi un nouveau cap cette semaine avec l’attaque et l’incendie du consulat iranien à Nadjaf et de violents affrontements qui ont fait 62 morts le lendemain, journée parmi les plus sanglantes de la période. Depuis le début de la crise, le bilan des violences établi auprès de sources médicales et policières dépasse désormais les 400 morts, pour la plupart des manifestants jeunes et non armés. Dans son adresse relayée à la télévision par un de ses représentants, le grand ayatollah Sistani a appelé les forces de l’ordre à cesser de tirer sur les manifestants et ces derniers à rejeter toute forme de violence. Mais il s’est aussi aventuré très nettement sur un terrain plus politique, faisant dire que le gouvernement “semble avoir été incapable de faire face aux événements de ces deux derniers mois”. “Le Parlement, dont le gouvernement actuel est issu, doit reconsidérer ses choix et faire ce qui est dans l’intérêt de l’Irak”, a-t-il poursuivi. Jamais depuis le début de la contestation cette figure à la très forte influence sur l’opinion irakienne, majoritairement chiite, n’était allé aussi loin dans la remise en cause du gouvernement. Le Premier ministre n’a pas tardé à en tirer les conclusions.

 

L’IRAK S’ENLISE DANS LA CRISE – RFI, 28 novembre.

Depuis près de deux mois, les manifestants irakiens exigent toujours le départ de leurs dirigeants jugés incompétents et corrompus. Seule réponse apportée par les autorités jusqu’à présent : la violente répression qui a fait plus de 350 morts depuis début octobre. Deux manifestants ont été tués par balle à Bagdad. Les affrontements ont été violents. Les manifestants sont exaspérés. Ultime recours pour faire entendre leur voix : paralyser le pays. Des routes sont coupées, des pneus brulés, et des piquets de grève installés à l’entrée des administrations pour empêcher les fonctionnaires de rejoindre leurs bureaux, comme à Diwaniya par exemple. Presque partout ailleurs dans ces villes du Sud, les écoles sont également fermées. Les Irakiens réclament la refonte complète de leur système politique et le renouvellement total de leur classe dirigeante considérée comme corrompue. Ces régions du Sud sont extrêmement riches en pétrole. Et pourtant leur population vit dans la misère. Principal problème des jeunes irakiens : le chômage. A Nassiriya, l’armée tente de jouer le rôle de pacificateur afin d’éviter le bain de sang. Les manifestants accusent des miliciens liés aux partis au pouvoir de leur tirer dessus à balles réelles. « C’est le chaos à Nassiriya, témoigne un sous-officier de l’armée irakienne. Les locaux des partis politiques au pouvoir ont été incendiés. On sent beaucoup de colère et la situation est identique dans toutes autres les provinces du Sud. C’est un véritable soulèvement. Il y a une grève générale, les écoles sont fermées et les routes sont coupées. » Et le sous-officier de poursuivre : « Nous avons été envoyés en renfort à Nassiriya. En arrivant ici dans la nuit, nous avons découvert une ville entièrement bouclée. Des barricades ont été dressées sur les principales routes et sur les principaux ponts. Notre mission est de protéger les manifestants, les bâtiments officiels et d’arrêter les casseurs qui tentent de semer le trouble. Nous devons rétablir l’ordre. Des jeunes gens sont en train de mourir. C’est inacceptable. Les manifestants exigent la démission du gouvernement et la dissolution du Parlement. Ils veulent aussi des emplois, des infrastructures qui fonctionnent… Leurs revendications sont légitimes. »

BAGDAD COUPEE EN DEUX

Tard dans la soirée, au terme d’une nouvelle journée meurtrière, un incendie s’est déclaré au consulat d’Iran à Najaf et les hautes flammes ont dévoré l’emblème de la République islamique sur le mur d’enceinte de la représentation diplomatique. Des centaines de jeunes criaient « Iran dehors » et « victoire à l’Irak » à l’intérieur même du complexe diplomatique, ont constaté des journalistes de l’AFP. Cet incendie dans la très symbolique ville sainte chiite de Najaf qui accueille chaque années des millions de pèlerins chiites, principalement iraniens, marque un tournant. Certains n’hésitent pas à faire des centaines de kilomètres pour rejoindre Bagdad, le cœur de la contestation. Bagdad où le mouvement a repris de l’ampleur également, rapportent les agences. Le centre-ville de la capitale irakienne est aujourd’hui coupé en deux. D’un côté, la place Tahrir revêt une ambiance festive, où la distribution de nourriture et les concerts attirent même les familles et de l’autre, sur les ponts, et dans la rue Al Rasheed aux abords de la place, les manifestants affrontent les forces de l’ordre et donnent des airs de ligne de front à cette rue historique de la capitale irakienne. Ici, comme dans le sud du pays, les forces de sécurité font usage de grenades lacrymogènes contre les protestataires, voire même, de balles réelles selon des témoins sur place.

 

DANS LA PRESSE IRAKIENNE :

En bref :

« Notre devoir est de préserver l’ordre et de protéger les manifestants » a affirmé le PM à la suite de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres. « Nous avons mis en place, il y a un mois, des forces de l’ordre, mais faute de temps, nous n’avons pas pu les former et les équiper suffisamment. Nous avons donné comme consigne de respecter les droits de l’Homme » a-t-il précisé (Sabah, p. 1).

Mme Assifa Moussa, porte-parole du PM, a indiqué que le remaniement ministériel pourrait concerner 10 à 12 ministres. Elle a précisé que le PM examinait des biographies des candidats. (Sabah, Machrek, p. 1)

Politique intérieure :

[Manifestations] 

– Hier soir, 13 morts et 75 blessés à Nassiriya, et 2 morts et des blessés à Bagdad. (TV Arabiya)

– Hussein Sabri, activiste à Karbala, a confirmé la volonté des manifestants de maintenir le caractère pacifique des manifestations (Zaman, p. 2). Par ailleurs, des activistes à Nassiriya et à Bassora confirment leur intention de transformer les manifestations en désobéissance générale. (Alem, p. 1)

[Gouvernement]

Le PM Abdel Mahdi a présidé hier la réunion hebdomadaire du conseil des ministres (Sabah, p. 1, 3)

– Notre devoir est de préserver l’ordre et de protéger les manifestants »

– Les manifestations ont nui aux intérêts de la population, et ont fait des martyrs et des blessés parmi les manifestants et les forces de sécurité ».

– Nous suivons de près la mise en applica du rapport de l’ONU sur la responsabilité du gouvernement dans la protection des manifestations pacifiques, le droit de travail, d’étudier, de déplacement »,

– Nous avons formé, il y a un mois, des forces de l’ordre, mais faute de temps, nous n’avons pas pu les former et les équiper à temps. Nous avons donné comme consigne de respecter les droits de l’Homme »,

– La justice agit avec le sens des responsabilités et nous traitons les cas des manifestants traduits en justice avec une grande clémence »,

– Nous sommes avec les manifestations pacifiques, mais nous condamnons ceux qui, cagoulés, menacent de recourir à la violence »,

– Il y a des actions gouvernementales et parlementaires pour réformer la loi électorale et celle de la commission électorale »,

– Les gens souhaitent que la situation revienne à la normale. Le gouvernement ne peut pas rester sans agir. Sinon, l’ordre public va s’effondrer. Ceci pourrait déclencher une guerre civile. Tout changement doit passer par la voie législative, et non par des menaces contre des entreprises pétrolières ou la fermeture des rues et des établissements scolaires »,

– La lois interdit les arrestations extrajudiciaires ».

Mme Assifa Moussa, porte-parole du PM, a indiqué qu’un remaniement ministériel pourrait concerner 10 à 12 ministres. Elle a précisé que le PM examinait des biographies des candidats. (Sabah, Machrek, p. 1)

Le ministre de l’Intérieur a annoncé la remise en liberté d’un général enlevé le 10 novembre dernier à Bagdad. (Machrek, p. 1)

[Parlement] 

– Le Parlement devrait auditionner des ministres prochainement, dont celui de l’Enseignement supérieur et des Waqfs chiites. (Sabah, p. 1)

– La commission parlementaire de sécurité et de Défense a l’intention d’auditionner le ministre de la défense à la suite de sa déclaration sur la « partie tierce » et sur l’importation de bombes lacrymogènes. (Machrek, p. 3)

[Réactions politiques]

– « Le limogeage de Mansour al-Marid, gouverneur de Ninive et la désignation de Najem al-Joubouri à sa place sont illégaux » a affirmé Tareq Harb, juriste. Ce dernier a rappelé que le Parlement avait déjà décidé de dissoudre les conseils provinciaux. (Machrek, p. 1)

[Editoriaux]

– Un éditorial dans Zaman (p. 3) affirme que la  seule motivation des jeunes manifestants est d’avoir une vie honorable dans une patrie qui respecte leur citoyenneté. Malgré la violence et la répression exercées à leur encontre, ces jeunes manifestants ont veillé à ce que les contestations conservent un  caractère pacifique. Ces manifestations ont mis à nu la prétendue démocratie en Irak et l’hypocrisie des organisations qui défendent les droits de l’Homme.

– Un éditorial dans Zaman (p. 8) souligne les contradictions dans la gestion de la crise actuelle en Irak. Tous les responsables et les services de sécurité confirment leur volonté d’assurer la protection et la sécurité des manifestants. Mais les manifestants continuent à mourir quotidiennement. Par ailleurs, des activistes sont enlevés par des inconnus. Après un certain temps, on apprend qu’ils sont détenus dans une prison à Bagdad, et que pour obtenir leur remise en liberté, un de leurs proches doit se porter garant. « Aujourd’hui, les enlèvements remplacent-ils les procédures d’interpellation ou la délivrance de mandats d’arrêt ? » s’interroge l’éditorialiste. Par ailleurs, et dans ce même quotidien, un éditorial (p. 12) rappelle que, dès le début, les jeunes Irakiens manifestent contre la corruption, le communautarisme, le clientélisme, les critères partisans et au final, contre la répression des manifestations. La classe politique accusée de tous ces défauts a été la première à appeler à lutter contre ces fléaux. Cette classe politique affirme qu’elle est avec le peuple dans le même bateau, mais elle ignore quelle sera sa destination définitive.

– Un éditorialiste dans Alem (p. 8) s’interroge : « Si le Parlement retire la confiance au gouvernement Abdel Mahdi, le futur gouvernement sera-t-il formé selon les mêmes critères partisans et communautaires ? ».

– Un éditorial dans Mada (p.6) passe en revue tous les échecs et les erreurs commis par le Parti Dawa pendant 14 ans de règne après 2003, comme les évasions des terroristes des prisons, la chute des villes aux mains de Daech, les enlèvements contre les manifestants, l’implication dans des actes de corruption, l’ouverture de chaînes de télévision qui ne font que semer la haine confessionnelle, le trucage des élections et la formation des milices. Pour l’éditorialiste, ce parti a perdu sa crédibilité, et ses appels aujourd’hui en faveur des réformes n’ont pas d’écho dans la rue.

– Un éditorial dans Mada (p. 8) tourne en dérision la communication téléphonique entre Abdel Mahdi et Erdogan. Ce dernier est-il un exemple démocratique à suivre ? L’éditorialiste rappelle les milliers d’arrestations et de limogeages à la suite d’un prétendu coup d’Etat en Turquie, les mesures prises par Erdogan pour limiter la liberté d’expression, le rôle du chef turc dans l’infiltration de terroristes en Irak et la présence illégale des troupes militaires turques sur le sol irakien

Politique étrangère :

Dans une communication téléphonique avec le PM Abdel Mahdi, le Présidence Erdogan a salué « la sagesse et la patience du gouvernement » vis-à-vis des événements. (Sabah, p. 1)

– Le ministre de la Défense s’est entretenu avec le chef d’état-major américain. (Sabah, p. 1)

France-relations bilatérales :

– De jeunes poètes irakiens ont animé une soirée à l’IFI intitulée « Résister en poésie ». (Alem, p. 7)

Sur la toile :

De nombreux internautes ont relayé des vidéos montrant des manifestants mettre le feu au consulat iranien à Najaf.

Des rumeurs font état de menaces contre le grand Ayatollah Sistani. Abou Mahdi al-Mouhandis, vice-Président de la Commission de la Mobilisation populaire a exprimé l’entière disponibilité de cette Mobilisation à défendre la Marja’iyya. Dans ce contexte, des internautes craignent que cela devienne une stratégie pour réprimer les manifestations sous prétexte que des « infiltrés » se trouvant parmi les manifestants chercheraient à tuer le grand Ayatollah.

 

TIGRANE YEGAVIAN : « CHRETIENS D’ORIENT, IL FAUT EVITER LE PIEGE DE LA CROISADE » – Le Figaro, 24 novembre.

Dans son dernier livre « Minorités d’Orient », le journaliste Tigrane Yégavian dresse un panorama alarmant de la situation au Levant, où les minorités souffrent des grandes confrontations géopolitiques.

Un nouveau rapport de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) révèle qu’avec la défaite du Califat, les violences contre les chrétiens ont diminué depuis 2017 en Syrie et en Irak, ce qui n’efface pas un bilan terrible: en une génération, la population chrétienne d’Irak a diminué de 90%. Les chrétiens d’Orient sont-ils condamnés ?

Tigrane YEGAVIAN : Tous les chiffres ne sont que des estimations, mais celles-ci dessinent une tendance claire. Il y avait 1,5 million de chrétiens en Irak avant l’invasion américaine de 2003. Ils seraient aujourd’hui moins de 300.000. En Syrie, ils étaient encore 1,2 ou 1,3 million avant le début du conflit en 2011. La moitié environ aurait quitté le pays. Ceux qui restent se sont réfugiés pour la plupart dans l’ouest de la Syrie, dite «utile», restée aux mains de Damas. La situation est beaucoup plus délicate dans le nord-est pour les Assyro-Chaldéens, les Syriaques et les Arméniens qui ont connu le joug de Daech. Mais, au-delà de l’Etat islamique, il ne faut pas oublier des tendances de plus long terme: en Orient, l’émigration des chrétiens, notamment au sein de la bourgeoisie urbaine, forme depuis longtemps une large diaspora. Un autre facteur est la fécondité des femmes chrétiennes en Orient, très inférieure à celle des femmes musulmanes sunnites, ce qui explique aussi qu’en valeur relative, la part des chrétiens en Orient n’a cessé de diminuer depuis la seconde moitié du XXe siècle.

Vous utilisez l’expression « minorités d’Orient » qui comprend les chrétiens mais aussi les courants musulmans minoritaires. Pourquoi ?

L’expression « chrétiens d’Orient » ne me paraissait pas convenir. Eux-mêmes ne se reconnaissent que rarement comme tels. C’est un peu un terme d’importation qui masque le caractère autochtone de ces populations. Je me méfie aussi d’un discours de protection des « chrétiens d’Orient », souvent plein de bonne volonté mais qui, vu d’Orient, tend à réactiver un univers de « croisade ». Il y a tout un univers romantique qui remonte à Lamartine, Chateaubriand et Volney, qui me paraît contre-productif. Le terme de «minorité» n’est pas idéal, il est aussi très à la mode, mais il permet de mieux décrire le statut de ces populations minoritaires qui vivent dans la continuité du «Millet», ce système politique de reconnaissance des différentes communautés religieuses qui existait dans l’Empire ottoman. Il y a des variations infinies selon les pays de la région, mais globalement, les minorités n’ont pas accédé à un statut de citoyenneté pleine et entière. L’Empire ottoman n’est pas tout à fait mort…

Mais vous estimez aussi que le système très occidental d’État-nation, appliqué à l’Orient au 20e siècle, n’a pas été favorable aux minorités ?

Il est clair que l’image des Yézidis du Sinjar et des chrétiens de la plaine de Ninive pourchassés par les djihadistes de Daech en 2014 a été vécue par beaucoup comme une répétition du génocide de 1915 commis par le gouvernement jeune turc contre les Arméniens, les Assyro-Chaldéens, les Syriaques et les Grecs pontiques d’Anatolie. Au début du 20e siècle, le projet nationaliste turc développe une politique de darwinisme social pour broyer toutes les minorités, vues comme autant d’obstacles à la fabrication de l’État-nation. La dimension génocidaire, qui se traduit sur le terrain par une politique d’ingénierie démographique, se prolonge aujourd’hui avec la guerre menée par les Turcs contre les Kurdes en Syrie.

Vous n’êtes pourtant pas tendre avec les Kurdes…

Les opinions publiques occidentales ont été largement dupées en croyant que les Kurdes allaient créer un État utopique dans le nord-est de la Syrie. Sur le terrain, la cohabitation entre Kurdes, Syriaques et Arabes n’était pas le fait d’un pluralisme pacifique, mais d’une domination des Kurdes syriens du PYD, liés aux Kurdes turcs du PKK. Les opposants ont dû quitter la région, y compris les Kurdes favorables à d’autres partis. L’histoire de ces derniers mois offre une autre leçon: les Kurdes de Syrie eux-mêmes ont surestimé leur poids politique, la viabilité de leur projet et leur alliance avec Washington, qui les a finalement abandonnés.

Vous évoquez effectivement la responsabilité des minorités d’Orient dans les malheurs qui leur arrivent. Mais avaient-elles seulement le choix ?

Un autre exemple historique rappelle celui des Kurdes. Dans les années 1920, les Assyriens ont servi de troupes supplétives aux Britanniques dans le nord de l’actuel Irak. Ces chrétiens ont cru aux promesses de Londres et ont voulu créer un État indépendant. Ils ont été massacrés par l’État naissant d’Irak. L’Église chaldéenne a été plus pragmatique en reconnaissant dès le départ l’autorité de Bagdad. Parmi les minorités d’Orient, il y a un irrédentisme animé par une certaine naïveté vis-à-vis de leurs protecteurs occidentaux.

Les minorités d’Orient ont-elles servi et servent-elles encore de «machines de guerre géopolitiques» ?

C’est une expression que je reprends à l’historien et homme politique libanais Georges Corm. C’était clairement le cas au 19e siècle: les deux puissances dominantes en Orient – la France et la Grande-Bretagne – s’appuyaient respectivement sur les communautés maronites et druzes pour établir des têtes de pont en Orient. Aujourd’hui, les chrétiens sont trop peu nombreux pour servir de réel levier d’influence. Mais les deux nouvelles puissances dominantes – les États-Unis et la Russie -s’appuient aussi sur des acteurs minoritaires, les Kurdes et les Alaouites, qui tiennent le gouvernement syrien depuis Hafez el-Assad. En Israël et dans les Territoires palestiniens, les chrétiens souffrent eux de la montée en puissance de mouvements évangéliques américains dont le messianisme sioniste pose une menace existentielle sur l’avenir de la présence chrétienne en Terre sainte.

Les chrétiens en veulent-ils aux Occidentaux pour leur interventionnisme en Orient ?

L’agression illégale et criminelle de l’Irak par Washington en 2003 constitue un moment charnière. Cette guerre a eu raison des chrétiens injustement perçus comme une cinquième colonne par leurs compatriotes musulmans. Les patriarches des Eglises d’Orient se sentent inaudibles et incompris par leurs interlocuteurs occidentaux. L’histoire semble se répéter inlassablement. Hier l’abandon de la Cilicie en 1921 par la diplomatie française, aujourd’hui les Kurdes lâchés par leurs alliés.»

En Syrie, comment les chrétiens se positionnent-ils vis-à-vis du gouvernement syrien de son fils, Bachar al-Assad ?

Dans leur immense majorité, ils le soutiennent, mais ils ne le considèrent pas pour autant comme le réel protecteur des chrétiens, plutôt comme un moindre mal face aux islamistes. S’ils considèrent qu’il n’y a pas d’alternative aujourd’hui, ils ne sont pas dupes du discours officiel de protection des minorités du régime baasiste, qui a un prix. En l’occurrence, les chrétiens ont largement perdu en influence depuis cinquante ans.

On retrouve le même problème de dépendance en Irak: le patriarche chaldéen, qui entend commander l’ensemble des chrétiens du pays, est aujourd’hui largement devenu le client des partis chiites ou kurdes, selon les régions. Idem militairement, les milices chrétiennes ont servi largement de forces supplétives aux chiites ou aux kurdes. En Syrie, le gouvernement a été plus malin en fournissant des armes aux chrétiens qui préféraient ainsi protéger eux-mêmes leurs villages plutôt que de passer par le service militaire. Pour Damas, c’était le moyen de résoudre un problème d’effectifs tout en renforçant leur image de protecteur des minorités.

Quid de l’Égypte du maréchal al-Sissi, lui aussi figure autoritaire d’un nationalisme arabe qui passe pour laïc ?

Là encore, les Cooptes égyptiens le considèrent comme un moindre mal. Il y a eu par le passé des dirigeants chrétiens nationalistes qui ont essayé de dépasser les clivages communautaires mais ils n’ont pas réussi à s’imposer. Avec l’arrivée de Sadate à la tête de l’Égypte en 1970, il y a eu une islamisation progressive de la société, par le bas, le gouvernement ayant donné la rue aux frères musulmans. En face, les chrétiens se sont radicalisés à leur tour, opérant un repli communautaire. Aujourd’hui, leurs représentants auprès du pouvoir sont les églises et non plus des intellectuels laïcs.

À plus long terme, y a-t-il une solution viable pour les minorités d’Orient ?

Je voudrais rester optimiste et dire que la seule réponse politique passera par la création d’une véritable citoyenneté, ce qui implique justement de séculariser la question des chrétiens d’Orient. Cette réforme nécessaire passe aussi par les diasporas chrétiennes qui jouent un rôle croissant. Et puis il y a le Liban: malgré les difficultés, il reste un phare de liberté et un exemple de pluralisme.

Mais il faut être deux pour faire une réforme. L’islamisation radicale en Orient n’est-elle pas un frein pour l’instant insurmontable ?

Elle le sera, du moins tant qu’un pays comme l’Arabie saoudite continuera d’asperger le monde musulman de son idéologie wahhabite d’un autre âge.

 

VIOLENCES CONJUGALES : LA CONDAMNATION DE KAMEL DAOUD CONFIRMEE PAR LE TRIBUNAL D’ORAN – Algérie-toute-heure, 28 novembre.

Le tribunal d’Oran a confirmé la condamnation de Kamel Daoud, après opposition de l’auteur, initialement condamné par contumace pour coups et blessures volontaires avec usage d’arme, sur son ancienne épouse la dénommée E.HN, ce qui ressort du jugement en notre possession (voire le document). Pour rappel, cette condamnation a été révélée par AlgérieTouteHeure, ( voire le lien et l’auteur »émancipé » et défenseur des droits de femmes dans d’autres cieux annonçaient aux médias algériens et étrangers qu’il nous poursuivra en justice, sachant que la confirmation de la condamnation, coïncidait avec la célébration de la journée mondiale de lutte contre la violence des femmes. Ce qui signifie que l’auteur des CBV avec usage d’arme, compte poursuivre en justice le tribunal d’Oran qui l’a condamné. AlgerieToute qui a révélé cette condamnation, ne s’intéressait nullement à un fait divers, comme c’est le cas pour certains médias sensationnels où sulfureux, mais tentait de démasquer un « auteur » néocolonisé, au service des officines hostiles à l’Algérie et ses valeurs, comme l’a bien révélé l’auteur Ahmed Bensaada dans son livre ». Par ailleurs, AlgérieTouteHeure s’interroge sur le silence de certaines associations de défense des droits des femmes en Algérie, et certains hommes de littérature, et défie les brebis galeuses, otages de leurs frustrations d’objets néocolonisés par excellence. Désormais, l’image iconique de « l’émancipateur « des femmes, et « intellectuel »porté sur le devant de la scène par les salons feutrés des salons du parisianisme, ne défilera plus sur les plateaux pour « libérer » les femmes, en vue de complaire à ses ventriloques du Tout-Paris politico-médiatico-mondain.

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