Observatoire Géostratégique

numéro 284 / 25 mai 2020

ADONIS : QUELLE IMAGE POUR LE MONDE DE DEMAIN ? Afrique-Asie, 23 mai.

Adonis n’est pas seulement un immense poète, une légende vivante de la poésie arabe. Il est un observateur avisé et critique du monde, de ses contradictions, de ses pulsions, de ses identités, réelles ou imaginaires. Son confinement, pandémie oblige, lui a permis de méditer, d’observer et de livrer, dans sa langue maternelle, ces quelques réflexions salutaires. Première partie.

UN

Désormais, du fait du coronavirus, beaucoup des nuages, qui voilaient ou camouflaient les fissures profondes dans l’image du monde, se sont dispersées. Cela révèle de nombreux et variés phénomènes, dont je peux citer, d’après ma vision des choses, les plus significatifs dans les actuelles mutations universelles, et je vais les exprimer en ces termes :

Amorphie du « phénomène arabe » et sa dissolution. Les mutations asiatiques sont éclairées par l’ascension chinoise. La déconstruction « collective » européenne éclairée par « l’individualisme » ou « l’égocentrisme » britannique.

L’obsession militaro-économique américaine de l’unilatéralité de la domination et de la transformation du monde en ghettos, marchés et camps militaires.

« Le tapis » invisible sur lequel « s’assoient » tous ces phénomènes, analogiquement ou distinctement, de près ou de loin, pacifiquement ou martialement, en coopération ou par le boycott, pédagogiquement ou disciplinairement, régressivement ou prospectivement, dans la soumission ou la rébellion.

DEUX

Je me contente ici de toucher en toute brièveté deux problématiques : la première concerne les Arabes, la seconde l’Occident européen et américain. Du point de vue du « phénomène arabe », je vais m’interroger en son nom et par sa langue : l’homme est-il, vraiment, « un animal pourvu de parole », comme l’a défini le premier maître, Aristote, et pourquoi continuons-nous à l’accepter aujourd’hui encore ?

Nous savons tous que cette définition n’est plus précise, et encore moins exhaustive. L’expérience nous oblige, historiquement et épistémologiquement, à la revoir, surtout après l’avènement des phénomènes du « robot » et de « l’intelligence artificielle ».

Par conséquent, Darwin a désormais le droit de rire de là où il est, quand et tant qu’il le souhaite, de la théorie religieuse monothéiste de « la création indépendante » ! Et de s’écrier encore une fois en compagnie de ses amis : Adieu à Adam et Ève ! Bienvenue à « l’animalité » du genre humain ! Les détenteurs des religions monothéistes sont ceux qui doivent se remettre en question, notamment ceux qui croupissent heureux et consentants dans les geôles du « confinement sanitaire de la raison ». Ils doivent se rappeler que la fin du confinement imposé au changement et au destin est conditionnée par la fin du confinement imposé à l’être et à l’existence. Quand bien même « la pensée monothéiste » prétendrait respecter l’esprit et les droits de l’homme, l’esprit ne peut faire ni n’acquiert sa valeur humaine que lorsqu’il est, dans sa construction intrinsèque, ouvert sur la possibilité de se tromper ; et c’est ce à quoi doit s’ouvrir le monothéisme islamique, surtout qu’il se considère comme « le sceau » de la vision monothéiste de l’homme et du monde. C’est que le monde de ce monothéisme s’effrite et s’entre-dévore. Et voilà qu’il transforme, dans ses plus récents effondrements « spirituels », le concept de « dépendance » religieuse interne en dépendance externe totale et absolue, dont l’indépendance personnelle se trouve anéantie et la volonté effacée.

Il n’est donc pas étrange de constater que les trésors des « régimes » autocrates arabes, pourtant si multiples et opulents, n’ont produit, en dernière analyse, depuis leur découverte et fructification, que la pauvreté, l’ignorance, le chômage, la désintégration sociale, le gonflement de l’ego bédouin, si bien que le monde Arabe dans sa totalité, tout au long des quatorze siècles de son existence, a échoué à fonder une société civile, et par là même à fonder un État respectant l’homme et ses droits, la science et ses droits, le savoir et ses droits, le progrès et ses droits.

TROIS

En ce qui concerne l’Occident euro-américain, l’obsession militaro-économique américaine a eu deux conséquences : la première est la déconstruction européenne. C’est que « l’union » apparaît plus comme « forme » que comme « sens » ; et il a apparu que la Grande-Bretagne voit plus loin : demeurer dans cette union, c’est être vouée à disparaître, en faisant qu’elle soit un chiffre parmi d’autres, alors qu’elle jouait historiquement le rôle de « chef » au sens de tête, ou de « nombril » au sens de centre. Cette déconstruction européenne a démontré, en dépit de la colère latente, l’angoisse de la mégalomanie américaine qui est le seul régime mondial à avoir déraciné un peuple de son « continent », dont les descendants sont toujours emprisonnés dans de misérables ghettos, et qui continue son parcours de déracinement dans le monde moderne par d’autres méthodes et moyens, en transformant le monde, de l’Amérique latine aux fins fonds de l’Asie, en passant par les pays arabes « amis », en ghettos-cimetières, que ce régime mondial américain dirige afin de les « civiliser » et de les « transformer en démocraties, regorgeant d’universités, de centres de recherches scientifiques, d’hôpitaux, d’usines et de laboratoires », et afin qu’ils « soient libres comme le monde libre » !

QUATRE

Mais, derrière tout cela, qui pourrait nous dire : pourquoi les trois monothéismes sont-ils dans cet état ? Ils nous ont annoncé la bonne nouvelle qu’ils vont mettre l’humanité sur la bonne voie et lui permettre d’être plus créative, plus compétente et performante. Qui pourrait nous dire alors pourquoi leurs systèmes et politiques ont-ils détruit les exceptionnelles créations humaines antérieures ? Et pourquoi leurs « armées » ont-elles pillé, arraché, tué, voué à l’exil, déclenché des guerres sauvages et continuent à le faire ? Pourquoi leurs « cultures » n’ont-elles pas produit un seul penseur du niveau d’Héraclite, Platon ou Aristote ? Pourquoi leurs « institutions » ont-elles tué ou banni leurs contemporains, par une coïncidence ou une autre, à l’instar de Galilée, Marx, Spinoza, Freud, Nietzsche, Averroès, Razès, Ibn ‘Arabi, pour ne citer que ceux-là, à titre d’exemple ? Pourquoi sont-ils tous aujourd’hui « groupes », « doctrines », « prophéties », « sectes », « clans », et chacun d’entre eux prétend qu’il a le monopole de représenter seul la vérité absolue ?

CINQ

Toi, nature-mère-terre, à qui nous adressons-nous, et comment ? Observe avec nous ce « monothéisme » ambiant : même dans la totalité du mal et de son universalité, au lieu que « son peuple » compatisse avec les autres et qu’ils s’entraident, nous voyons des peuples entiers en punir d’autres en les privant même d’acheter des médicaments, cependant qu’ils leur envoient leurs « aides » et « cadeaux » à bord des avions de la mort, de l’extermination et de la destruction !

Dis-nous, toi nature-mère-terre, et dis-nous, toi monothéisme : est-ce vraiment l’humanité ? Est-ce donc vraiment l’homme ? N’est-ce pas la question que permet de poser avec insistance sur le monde l’universalité du coronavirus ?

Addenda

Je souhaite ajouter à ce qui précède ces notes :

Il existe des philosophies et des religions qui pénètrent l’âme et l’esprit de millions d’hommes comme l’eau qui donne vie et « dont a été créé tout ce qui est en vie ». Mais, en un instant, en un tournant civilisationnel, cette même eau peut devenir l’argument pour tuer et exterminer. L’histoire regorge d’expériences vivantes confirmant cette modification.

Le problème que l’humanité affronte aujourd’hui à travers le coronavirus, c’est un fruit qui a bu de cette eau, mais il n’en est pas la racine. Cela étant ainsi décrit, l’audace nous appelle à dire : le problème est dans l’homme, dans ses croyances, idées et morale, et pas du tout dans la nature. C’est ce qui nous pousse à dire que ces croyances, cette morale et ces idées sont une enfance corporelle qui préside à la maturité de l’esprit et de sa sagesse au point d’oblitérer la nature immanente de l’homme.

Une « petite » grippe place le monde entier dans une prison « universelle ». La civilisation monothéiste avec ses trois représentations est le théâtre de cet événement universel.

Adonis, Paris, avril 2020.

(Traduit de l’arabe par Aymen Hacen)

 

LIBAN : LE PREMIER MINISTRE PROMET DE FREINER LA FORTE DEPRECIATION ET L’INFLATION – AFP, 21 mai.

Le Premier ministre libanais Hassan Diab s’est engagé jeudi à freiner la dégringolade de la monnaie nationale et à subventionner les produits de base, au 100e jour de l’entrée en fonction de son gouvernement dans un pays en pleine débâcle financière.

Le Liban vit depuis septembre 2019 sa pire crise économique depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), amplifiée par les mesures de confinement liées au nouveau coronavirus. La livre libanaise a perdu plus de la moitié de sa valeur face au dollar dans les bureaux de change, propulsant les projections d’inflation à plus de 50% sur l’année 2020, alors que 45% de la population vit sous le seuil de la pauvreté, selon les estimations officielles. En avril, l’ONG Human Rights Watch a prévenu que plus de la moitié de la population risque de ne plus être à même de subvenir à ses besoins élémentaires. « Le gouverneur de la banque centrale m’a promis que la Banque du Liban (BDL) interviendrait sur le marché dès aujourd’hui pour protéger la livre libanaise et freiner la hausse du taux de change », a annoncé M. Diab dans un discours à l’occasion des 100 jours écoulés depuis le vote de confiance accordé par le Parlement à son cabinet. « J’annonce également que l’importation des produits alimentaires de base sera subventionnée (…) et que les Libanais assisteront bientôt à une baisse des prix de ces produits », a-t-il ajouté.

De son côté, le gouverneur de la BDL Riad Salamé a déclaré ensuite que « les mesures nécessaires pour protéger la livre » entreraient en vigueur le 27 mai. La banque centrale « fournira des dollars pour l’importation de produits alimentaires de base », dans le cadre de ces mesures, a-t-il ajouté dans un communiqué. Au Liban, la monnaie nationale, indexée sur le billet vert depuis 1997 au taux fixe de 1.507 livres pour un dollar, a dégringolé ces derniers mois sur le marché parallèle jusqu’à franchir en avril le seuil historique des 4.000 livres pour un dollar. Face à cet effondrement, la Banque centrale a fixé un plafond de 3.200 livres pour un dollar dans les bureaux de change, mais celui-ci n’a pas été respecté, entraînant une vague d’arrestations de changeurs, dont le président du syndicat des agents de change et son adjoint ainsi que l’inculpation d’un haut responsable de la BDL et d’un banquier de la Société Générale de banque au Liban (SGBL).

Le discours du Premier ministre intervient au moment où des coupures de courant ont lieu depuis quelques jours, imputées par l’Electricité du Liban (EDL) à une augmentation de la demande face à une canicule inhabituelle qui frappe le pays depuis une semaine. Jeudi, des manifestants ont organisé un sit-in au ministère de l’Energie, a indiqué l’agence nationale d’information (ANI), après une tentative mercredi soir par des militants de prendre d’assaut le siège de l’EDL, dans un pays vivant depuis plus de trois décennies au rythme d’une pénurie chronique de courant. Le gouvernement a été formé en début d’année –et obtenu la confiance du Parlement le 11 février–, au terme de plusieurs semaines de manifestations massives ayant entraîné la démission fin octobre de l’ancien Premier ministre Saad Hariri. Ce mouvement de contestation inédit conspue la classe politique, jugée corrompue et incompétente.

 

ANNEXION DE LA CISJORDANIE : LE DEFI DIPLOMATIQUE DE MAHMOUD ABBAS – René Backmann, 21 mai.

En réponse à Netanyahou qui vient d’annoncer la prochaine annexion d’une partie de la Cisjordanie, le président palestinien déclare la fin des accords conclus avec Israël et les États-Unis. Bluff ou coup de poker ?

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi 20 mai la fin des accords et des arrangements, y compris sur les questions de sécurité, conclus avec Israël et les États-Unis. Rendue publique au terme d’une réunion des instances dirigeantes de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de l’Autorité palestinienne, cette décision constitue la réponse de la direction palestinienne aux déclarations de Benjamin Netanyahou, dimanche devant la Knessset. 

« Voici la vérité, avait affirmé le premier ministre israélien, dans le discours-programme qui lui a permis d’obtenir la confiance du Parlement. Ces territoires [La Cisjordanie occupée – ndlr] sont là où le peuple juif est né et s’est développé. Il est temps d’appliquer la loi israélienne et d’écrire un nouveau chapitre glorieux dans l’histoire du sionisme. » En clair, le moment est venu de mettre en œuvre le volet territorial de « l’accord du siècle », présenté par Donald Trump en janvier dernier, qui prévoit l’annexion par Israël d’une partie importante (30 à 45 %) du territoire de la Cisjordanie, à partir du premier juillet. 

Ce n’est pas la première fois que Mahmoud Abbas brandit cette menace qui aura pour effet, si elle est réellement appliquée de transférer à l’autorité d’occupation israélienne les responsabilités et les obligations qui lui incombent en vertu du droit international. En particulier de la quatrième Convention de Genève qui tient la puissance occupante pour responsable de la population civile occupée, interdit les punitions collectives, le vol des ressources et l’annexion des terres.

En février, déjà, au lendemain de la présentation à Washington du plan Trump, le président palestinien avait annoncé la fin des accords avec Israël. Mais la « coordination sécuritaire », qui constitue un élément central de ces arrangements s’était poursuivie et les autres aspects des accords n’avaient pas non plus été abolis. La déclaration de la nuit dernière est manifestement d’une autre nature. Parce qu’elle intervient à la suite d’une réunion des instances dirigeantes palestiniennes, attendue depuis plusieurs jours et finalement organisée en urgence à Ramallah. Mais aussi parce qu’elle a lieu dans un contexte politique et diplomatique particulier.

Le retour au pouvoir de Netanyahou, à la tête d’un gouvernement auquel participe finalement celui – Benny Gantz – qui avait fait vœu de le chasser de son poste et de ne jamais siéger avec lui, donne au premier ministre les moyens mais aussi l’obligation de répondre à l’attente de la majorité de son électorat, qui entend étendre la colonisation et annexer la majeure partie de la Cisjordanie. Pour cet électorat de colons, ou de partisans résolus de la colonisation, l’annexion d’une partie au moins de la Cisjordanie est un objectif idéologique majeur. Qui, en outre, scellera officiellement les confiscations et appropriations sauvages de terres palestiniennes auxquelles ils se sont livrés depuis de longues années.

Au moment où va s’ouvrir le procès pour corruption et abus de confiance qu’il a cherché, depuis plus d’un an, à éviter, Netanyahou doit impérativement donner à ses partisans ce qu’ils réclament pour s’assurer de leur soutien, jusque dans la rue, si les décisions des juges lui sont défavorables. Et son ami et protecteur Donald Trump est dans une posture voisine. Mis en difficulté par sa gestion effarante et désastreuse de la pandémie de Covid-19, il lui faut impérativement rassembler les suffrages de son électorat évangélique sioniste, partisan fanatique de l’annexion des territoires palestiniens pour espérer l’emporter sur Joe Biden en novembre.

Cette conjugaison de facteurs a convaincu certaines capitales que le risque de voir Netanyahou prendre dès juillet le risque d’annexer des territoires palestiniens était réel. Et que le moment était venu d’une mise en garde ferme. Dès le début du mois de mai, douze ambassadeurs représentant le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, le Danemark, la Finlande et l’Union européenne ont indiqué au ministère israélien des affaires étrangères que si les plans d’annexion de la Cisjordanie définis dans l’accord de coalition en voie de conclusion étaient mis en œuvre, cette décision aurait de « graves conséquences ».

Deux semaines plus tard, 25 des 27 États membres de l’Union européenne – moins l’Autriche et la Hongrie – demandaient à Israël, par une déclaration commune de renoncer à ses « projets d’annexion » et de respecter le droit international. Au même moment le conseil européen des affaires étrangères débattait de possibles sanctions dans les domaines des sciences et de l’éducation qui n’exigeraient pas le consensus pour être adoptées.

Ces derniers jours encore, Paris, par la voix du ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a demandé à Israël de s’abstenir de « toute mesure unilatérale qui conduirait à l’annexion de tout ou partie des territoires palestiniens ». Josep Borrell, haut représentant européen pour les affaires étrangères, a rappelé que l’Europe « ne reconnaîtrait pas des modifications aux frontières de 1967 qui ne seraient pas agréées par les Israéliens et les Palestiniens ». Le ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas, et le premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, ont publié une déclaration commune exprimant leur « grave préoccupation ».

Même le gouvernement Canadien, soutien habituel d’Israël a manifesté lundi son opposition au projet d’annexion. « Ce qui a été très surprenant, confie un diplomate, a été de voir qu’à Bruxelles, même les Pays-Bas, historiquement favorables à Israël, ont participé avec la France, l’Irlande, le Luxembourg et l’Espagne à des échanges où l’hypothèse de sanctions contre Israël était évoquée ».

Manifestement mobilisé par la préparation de son procès, silencieux face aux réserves des militaires, en activité ou à la retraite, qui soulignent les risques d’explosion d’une troisième intifada ou d’une rupture du traité de paix avec la Jordanie si les projets d’annexion se concrétisent, Netanyahou a laissé son ministère des affaires étrangères dénoncer la « diplomatie du mégaphone » des Européens.

Il est difficile de dire pour l’instant si cette opposition résolue des Européens, rejoints par le Canadien Justin Trudeau et par l’adversaire démocrate de Trump, Joe Biden, qui déclare « ne pas soutenir l’annexion », a joué un rôle dans la décision des Palestiniens d’annoncer la fin des accords. Elle les a apparemment rassurés sur la poursuite de l’aide internationale qui permet à leurs institutions de fonctionner.

Même si Israël, conformément à son habitude, décide de confisquer les montants des taxes qui leur sont dues, et qui constituent une part notable de leurs ressources, ils semblent assurés de ne pas être abandonnés. Ce qui aurait compté au moment de lancer ce défi historique à Israël, aux États-Unis et à la communauté internationale. Mais rendus prudents par l’expérience, ils se préparent, cependant à des jours difficiles. La semaine dernière, les chefs de mission diplomatique palestiniennes ont reçu de Ramallah des notes leur demandant d’évaluer avec quel effectif minimal leurs services pourraient continuer à fonctionner.

 

BIDEN REGRETTE AVOIR DIT QU’UN NOIR « N’EST PAS NOIR », S’IL PENSE VOTER TRUMP – Figaro/AFP, 23 mai.

Le candidat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden a dit vendredi regretter ses propos «fâcheux» après avoir provoqué un tollé en disant à un animateur radio qu’il n’était «pas Noir» s’il songeait à voter pour son rival Donald Trump en novembre. «Je n’aurais pas dû être aussi désinvolte», a déclaré l’ancien vice-président américain, 77 ans, en regrettant ses propos «fâcheux»«Personne ne devrait avoir à voter pour un parti sur la base de sa race, sa religion, ses origines», a insisté l’ancien bras droit de Barack Obama, selon les journalistes ayant assisté à son appel à une organisation promouvant le développement économique des Afro-Américains, la National Black Chamber of Commerce. La polémique est partis d’une interview donnée à Charlamagne tha God, une personnalité qui coprésente une émission populaire de radio new-yorkaise, The Breakfast Club, diffusée vendredi. Lorsque Joe Biden a dit qu’il devait mettre fin à l’entretien, après environ 17 minutes, l’animateur lui a répondu: «Ecoutez, vous devez venir nous voir quand vous viendrez à New York (…) Nous avons plus de questions» à poser avant la présidentielle du 3 novembre. «Vous avez plus de questions? Je vais vous dire, si vous avez un problème pour décider si vous êtes pour moi ou pour Trump, alors vous n’êtes pas Noir», lui a répondu Joe Biden.

L’équipe de Donald Trump a qualifié cet échange de «dégoûtant» sur Twitter, et le fils du milliardaire républicain, Donald Trump Junior, affirmé que Joe Biden avait «une mentalité raciste dégoûtante et déshumanisante». Tim Scott, seul sénateur républicain noir, a réagi en soulignant que «1,3 million de Noirs américains avaient déjà voté pour Trump en 2016. Ce matin, Joe Biden a dit à chacun d’entre nous que nous n’étions pas Noirs»«Je pourrais dire que je suis surpris, mais malheureusement cela correspond à la tendance des démocrates de penser que les voix des Noirs sont gagnées d’avance», a-t-il poursuivi.

Un argument qui pourrait faire mouche auprès de certains électeurs noirs qui déplorent qu’en 2016, les démocrates et Hillary Clinton aient pensé que leurs voix étaient justement «gagnées d’avance» et n’aient donc pas assez fait campagne auprès d’eux, faisant baisser leur participation par rapport aux années Obama. Or la mobilisation de cet électorat sera cruciale pour Joe Biden pour espérer remporter la présidentielle du 3 novembre. «Je n’ai jamais, jamais considéré que les Afro-Américains étaient gagnés d’avance», a-t-il d’ailleurs pris soin de souligner dans ses excuses.

Malheureusement cela correspond à la tendance des démocrates de penser que les voix des Noirs sont gagnées d’avance. Il a martelé qu’il était prêt à tout moment à comparer son bilan sur le sujet à celui de Donald Trump, dont il a rappelé des propos qui avaient fait scandale, comme lorsqu’il avait qualifié des Etats africains de «pays de merde». Il l’a aussi accusé de mettre en oeuvre des politiques qui nuisent aux Noirs. Donald Trump a régulièrement été accusé de racisme et d’avoir entretenu l’ambiguïté à l’égard des nationalistes blancs. Il reste peu populaire chez les électeurs noirs. Interrogé sur la polémique, l’animateur Charlamagne yha God a déclaré que les «Noirs ont beaucoup investi dans ce parti (démocrate, ndlr) et le retour sur investissement n’a pas été génial»«On ne peut pas me demander d’avoir plus peur de Trump que de vouloir quelque chose pour les miens», a-t-il poursuivi dans un communiqué au site Mediaite. Connu pour ses gaffes, Joe Biden est très populaire auprès de l’électorat noir, qui l’a porté vers la victoire dans la primaire démocrate en lui offrant un score écrasant en Caroline du Sud, fin février, lui permettant de revenir en tête de la course dans l’un des retours les plus spectaculaires de l’histoire politique américaine.

Dans le même entretien, le candidat démocrate a dénoncé la gestion par l’administration Trump de la pandémie de coronavirus, qui frappe dans plusieurs régions américaines les Noirs de façon disproportionnée: «Cette crise expose au grand jour le racisme institutionnel qui prévaut encore dans notre société». L’animateur a noté d’autre part que certains l’exhortaient à choisir une candidate noire à la vice-présidence puisque «les Noirs ont sauvé votre vie politique dans la primaire» démocrate. Joe Biden a répondu qu’il pensait à «de nombreuses femmes noires». Dans les pronostics figurent la sénatrice et ex-candidate à la présidentielle Kamala Harris, ainsi que l’ex-candidate au poste de gouverneur de Géorgie Stacey Abrams, ou encore l’élue de la Chambre des représentants Val Demings.

 

RETRAIT AMERICAIN DU TRAITE « CIEL OUVERT » : UN « COUP » A LA SECURITE EUROPENNE (MOSCOU) – AFP, 21 mai.

La Russie a dénoncé jeudi le « coup » porté à la sécurité européenne après que les Etats-Unis ont annoncé se retirer du traité « Ciel ouvert » en accusant Moscou de ne pas respecter ce texte.

« Le retrait des Etats-Unis de ce traité signifie non seulement un coup porté au fondement de la sécurité européenne mais aussi aux instruments de la sécurité militaire existants et aux intérêts essentiels de sécurité des alliés mêmes des Etats-Unis », a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères Alexandre Grouchko, cité par les agences russes. Le traité « Ciel ouvert », entré en vigueur en 2002, permet aux 34 pays signataires de survoler leurs territoires respectifs pour vérifier leurs mouvements militaires et les mesures de contrôle des armements des uns et des autres. Les Etats-Unis ont accusé à plusieurs reprises la Russie de violer ce traité. Le ministre américain de la Défense Mark Esper avait ainsi assuré début mars lors d’une audition au Congrès : « Ca fait des années qu’ils trichent ». « Ce n’est pas un traité bilatéral, mais multilatéral. Et une décision si brusque affectera les intérêts de tous les participants sans exception », a poursuivi le responsable russe. « Rien n’empêchait de continuer à discuter de ces questions techniques que les Etats-Unis présentent aujourd’hui comme de prétendues violations de la part de la Russie », a-t-il ajouté, accusant Washington d’avoir sabordé l’« instrument qui a servi les intérêts du maintien de la paix et de la sécurité en Europe au cours des 20 dernières années ». Les Etats-Unis avaient déjà accusé la Russie de violer le traité INF sur les missiles terrestres de moyenne portée avant de le dénoncer en 2019. L’avenir du traité russo-américain New Start conclu en 2010 et qui vient à expiration début 2021 est également en question. Il s’agit du dernier accord nucléaire encore en vigueur entre les deux puissances.

 

 

LE CHEF DE LA DIPLOMATIE DE L’UE DENONCE LES MENACES DE L’IRAN CONTRE ISRAËL – AFP, 21 mai.

Le chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell a condamné jeudi les menaces proférées la veille par le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, à l’encontre d’Israël, estimant qu’elles mettaient en danger la paix mondiale.

« Je condamne dans les termes les plus fermes possibles l’appel du Guide suprême iranien @khamenei_ir à combattre Israël », a écrit M. Borrell sur Twitter. « Cela constitue une menace à la paix et à la sécurité internationales. La sécurité d’Israël est d’une importance primordiale et l’UE se tiendra à ses côtés », a-t-il poursuivi. « Nous allons soutenir (…) toute nation ou tout groupe qui s’oppose et combat le régime sioniste », avait quant à lui écrit mercredi l’ayatollah Ali Khamenei sur son compte Twitter, appelant à défendre les « combats » des Palestiniens pour déterminer leur avenir. Il avait ajouté que la « nature du régime sioniste était incompatible avec la paix car les sionistes cherchent à accroître (la surface de) leur territoire ». « Eliminer le régime sioniste ne veut pas dire éliminer les Juifs (…) Mais "éliminer Israël" », avait encore écrit le Guide suprême iranien, qualifiant les sionistes de « cancer » et appelant à chasser les « voyous comme (Benjamin) Netanyahu », le Premier ministre israélien.

 

ISRAËL : LE PROCES DE NETANYAHOU MET LA COALITION A MAL – RFI, 24 mai.

Reconduit il y a peu à son poste, le Premier ministre doit comparaître ce dimanche 24 mai pour la première fois devant la justice. Mis en examen dans trois affaires, il va devoir s’expliquer sur des soupçons de corruption. Clamant son innocence, Benyamin Netanyahu a multiplié les attaques contre la justice. Mais pour la première fois fois en Israël, un chef du gouvernement se retrouve sur le banc des accusés.

« Dossier 67-104-01-20, l’État d’Israël contre Benyamin Netanyahu. » Voilà le titre que le Premier ministre israélien a tout fait pour éviter. Il fait pourtant la Une du premier quotidien du pays et critique du pouvoir, Yedioth Ahronoth, avec la photo qu’il ne voulait pas non plus voir à la Une du journal : son portrait barré des mots « sur le banc des accusés ». « Le citoyen Netanyahu », souligne Israel Hayom. Le quotidien gratuit et proche du pouvoir affirme qu’il s’agit en réalité d’une bataille sur l’identité du pays, nous rapporte différents correspondants. Les journaux en Israël sont unanimes : c’est l’heure de vérité pour « Bibi », comme il est surnommé. Un « procès en pleine tempête », estime Maariv, qui décrit bien l’ambiance générale d’une bataille pour la survie du Premier ministre. La presse rappelle, bien sûr, les trois chefs d’accusation : abus de confiance, fraude et surtout corruption. Les quotidiens présentent aussi les trois autres personnalités dans le box des accusés. Les défenseurs de Netanyahu sont bien déterminés à se battre jusqu’au dernier centimètre, affirme le quotidien libéral Haaretz, qui rappelle les efforts du Premier ministre israélien au cours des 18 derniers mois pour échapper à la justice. Et dans ce journal, un chroniqueur souligne que tous les autres sujets que son procès, y compris l’occupation des territoires, sont relégués à l’arrière-plan et pour longtemps.

Tentatives de « politisation » de la justice

Le chef de la police, le procureur d’État puis le procureur général : ces dernières années, les cadres du système judiciaire ont été tous publiquement attaqués par Benyamin Netanyahu, le Premier ministre les accusant de « chasse aux sorcières ». Ces invectives et accusations fragilisent le pouvoir judiciaire, estime Yuval Shany. « Vous devez choisir votre camp, analyse le vice-président en charge de la recherche à l’Institut israélien de la démocratie, au micro de notre correspondant à Jérusalem, Guilhem Delteil. Si vous êtes avec Netanyahu, vous vous opposez à l’appareil judiciaire. Si vous êtes avec le système judiciaire, dans ce cas-là, vous devez être de gauche. Et cela politise un système qui pendant des années a été considéré comme au-dessus de l’arène politique. »

Dans l’accord de gouvernement, le mouvement Bleu-Blanc de Benny Gantz, qui a fait campagne contre ce qu’il qualifiait d’atteintes à l’État de droit de la part de Benyamin Netanyahu, a exigé d’obtenir le ministère de la Justice. Ces attaques médiatiques du Premier ministre et ses alliés seront un défi majeur, prévient Yuval Shany : « Cela va mettre Bleu-Blanc dans une position politique très délicate. Ils vont se trouver entre le marteau et l’enclume parce qu’ils devront défendre publiquement la Cour, mais cela fragilisera de plus en plus leur accord avec le Likoud. » Dès sa première semaine, le nouveau ministre de la Justice a dû dénoncer les propos d’un de ses collègues, membre du Likoud, qui qualifiait le Procureur général de « criminel présumé ».

 

FRANCE : UN PORTE-AVIONS DE NOUVELLE GENERATION POUR 2036 – AFP, 18 mai.

Le porte-avions de nouvelle génération appelé à remplacer le Charles de Gaulle sera mis à la mer pour de premiers essais en 2036 et sera construit aux Chantiers de l’Atlantique, a confirmé lundi la ministre française des Armées Florence Parly lors d’un déplacement sur le site industriel.

« C’est ici, à Saint-Nazaire, que sera construit le porte-avions de nouvelle génération, qui succédera au Charles de Gaulle en 2038, avec, en ligne de mire, 2036 pour les premiers essais à la mer », a déclaré la ministre qui était sur place pour découper la première tôle d’un bâtiment ravitailleur de force. L’unique porte-avions français, le Charles de Gaulle, sera remplacé par ce porte-avions de nouvelle génération qui doit être construit à Saint-Nazaire (Ouest) car « les Chantiers de l’Atlantique sont les seuls chantiers capables de construire un navire d’une telle taille et d’un tel tonnage », a expliqué Mme Parly à la presse. « Nous travaillons sous forme d’études » sur ce porte-avions de nouvelle génération, a poursuivi la ministre. « Le porte-avions devra être à la mer en 2036 pour ses premiers essais », a insisté Florence Parly, mais il est encore trop tôt pour évoquer le budget de construction du navire destiné à prendre le relais du Charles de Gaulle qui « arrivera en fin de vie en 2038-2040 ». « La loi de programmation militaire prévoit le budget des études et lorsque le président de la République aura pris ses décisions, l’essentiel des moyens destinés à la construction de ce nouveau porte-avions figureront dans une prochaine loi de programmation militaire », a-t-elle expliqué.

A Saint-Nazaire, la ministre a pu observer les gigantesques paquebots de croisière qui sont en construction et notamment l’ultra-luxueux « Celebrity Apex » qui est terminé mais n’a pas pu prendre la mer en raison de la pandémie de Covid-19. L’immobilisation de ce géant des mers symbolise les incertitudes autour du marché des croisières et les commandes militaires sont plus que jamais essentielles pour les Chantiers de l’Atlantique. Interrogé sur ce sujet, la ministre a assuré que « l’État sera présent aux côtés des Chantiers de l’Atlantique, comme aux côtés de l’ensemble des entreprises de la base industrielle de défense, pour contribuer à la relance de l’économie française ». Florence Parly a participé à une cérémonie de découpe de la première tôle d’un bâtiment ravitailleur de force qui doit être livré par les Chantiers de l’Atlantique en 2022. Il sera le premier d’une série de quatre navires qui seront livrés en 2022, 2025, 2027 et 2029, a détaillé la ministre.

En procédant à la découpe de la tôle dans un des ateliers de fabrication, Florence Parly a salué le savoir-faire du « plus grand chantier naval d’Europe » et donné des précisions sur les caractéristiques des bâtiments ravitailleurs. Ils permettront de ravitailler les bateaux de la Marine nationale en carburants, munitions, pièces de rechanges et vivres. Une des nouveautés, par rapport aux trois bâtiments ravitailleurs actuels, est qu’ils disposeront d’une « double coque pour protéger les océans de tout incident pétrolier ». Le groupe italien Fincantieri doit racheter les Chantiers de l’Atlantique mais la Commission européenne a ouvert fin octobre une enquête approfondie sur ce projet d’acquisition, jugeant l’opération susceptible de réduire « la concurrence sur le marché de la construction navale de croisière ».
 

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