Observatoire Géostratégique

numéro 153 / 20 novembre 2017

TEHERAN CRITIQUE PARIS – L’Express, 18 novembre.

Pour la seconde fois en 24 heures, l’Iran dénonce la position de la France, qui demande une révision de son programme balistique. Un point non négociable selon Téhéran.La tension monte d’un cran entre Paris et Téhéran. Pour la seconde fois en l’espace de 24 heures, l’Iran a dénoncé la position de la France, qui demande une révision de la politique régionale et du programme balistique iranien, malgré le rapprochement entre les deux pays depuis l’accord nucléaire en 2015. Tout en réaffirmant sa volonté de "dialoguer" avec l’Iran, le président français Emmanuel Macron avait exprimé vendredi le "souhait que l’Iran ait une stratégie régionale moins agressive" et s’était inquiété de "sa politique balistique qui apparaît non maîtrisée". "Sur les questions de défense et du programme balistique, nous ne demandons la permission à personne (…) En quoi cela regarde [le président Emmanuel] Macron? Qui est-il pour s’ingérer dans ces affaires?" a déclaré ce samedi Ali Akbar Velayati, le conseiller du guide suprême Ali Khamenei pour les affaires internationales à la télévision d’Etat. "S’il veut que les relations entre l’Iran et la France se développent, il doit essayer de ne pas s’ingérer dans de telles affaires, car c’est contraire aux intérêts nationaux de la France" a-t-il ajouté. "C’est évident que notre réponse est négative" aux demandes de la France de négocier sur la question balistique et la politique régionale de l’Iran. Le responsable iranien a encore affirmé que son pays ne demanderait "pas la permission aux autres" pour savoir s’il peut avoir des missiles ou pas, "quelle doit être leur portée". Déjà vendredi, l’Iran avait critiqué une première fois la France après des déclarations du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, accusant Téhéran de "tentations hégémoniques" au Moyen-Orient. Le chef de la diplomatie française avait fait sa déclaration depuis Ryad, peu après une visite d’Emmanuel Macron en Arabie saoudite, grand rival sunnite de l’Iran dans la région. Le porte-parole de la diplomatie iranienne avait alors affirmé que la "partialité" de la France aggravait les crises régionales. "Je conseille au président français d’essayer de suivre l’approche du général De Gaulle et d’avoir une politique semi-indépendante" par rapport aux Etats-Unis, allié de Ryad, a déclaré encore Ali Akbar Velayati, qui a été ministre des Affaires étrangères pendant 16 ans, entre 1981 et 1997. Un accord historique a été conclu en 2015 entre six grandes puissances (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume Uni, France et Allemagne) et l’Iran pour garantir le caractère pacifique de son programme nucléaire, mais le président américain Donald Trump menace d’en retirer son pays. S’appuyant sur la position dure des Etats-Unis, l’Arabie saoudite et Israël demandent aussi une révision de l’accord pour limiter encore davantage le programme nucléaire iranien. Ils exigent aussi plus de pressions pour obtenir une restriction du programme balistique de l’Iran et une limitation de son influence grandissante dans la région, notamment en Irak, en Syrie -où Téhéran est allié du régime de Bachar el-Assad-, au Liban mais aussi au Yémen et à Bahreïn. Face à ces menaces, Emmanuel Macron a proposé à plusieurs reprises d’engager un dialogue avec l’Iran sur son programme de missiles et son influence régionale. 

 

ESCLAVAGE EN LIBYE : MERCI L’OTAN – Bruno Guigue.

Une découverte, les pratiques esclavagistes filmées par CNN ? On tombe vraiment des nues ? Certainement pas. Le 11 avril 2017, l’Office international des migrations publiait un rapport indiquant que des milliers de migrants transitant par la Libye étaient vendus comme du bétail sur des marchés aux esclaves, avant d’être soumis au travail forcé ou à l’exploitation sexuelle. Cette réalité, tout le monde la connaissait, et personne n’a rien fait. Lorsque Emmanuel Macron a consacré son premier voyage présidentiel à la région sahélienne, on n’a pas le souvenir qu’il ait dit quelque chose. Mais on le comprend : la sécurité des approvisionnements miniers de l’ex-puissance coloniale est une affaire beaucoup plus sérieuse, et on ne va quand même pas perdre son temps avec des broutilles. C’est vraiment dommage, car la France aurait eu beaucoup à dire sur la situation en Libye. Il ne faudrait pas l’oublier : si ce pays est à la dérive, s’il est dépecé par les factions rivales, si la violence y règne, c’est parce que la France et ses alliés l’ont anéanti en 2011. Les marchands d’esclaves ne sont pas tombés du ciel : ils sont arrivés dans les bagages de l’OTAN. Sous des prétextes humanitaires fabriqués par la propagande, Paris, Londres et Washington se sont arrogé le droit de détruire un Etat souverain. Ils l’ont remplacé par la loi de la jungle et le chaos milicien. On voit le résultat. Où sont-ils, ceux qui ont décidé de renverser Mouammar Kadhafi ? On aimerait les entendre, ces visionnaires. Nicolas Sarkozy voulait faire de cette croisade le joyau de son mandat. “Le chef de l’Etat a fait de l’intervention en Libye un combat personnel. Pour le rayonnement de la France”, titre “Le Monde” le 23 août 2011. Le rayonnement est aveuglant ! Pour Alain Juppé, l’intervention en Libye est “un investissement pour l’avenir”. Il aurait dû préciser que cet investissement n’était pas seulement pétrolier. Les esclavagistes le remercient. Eux aussi, ils investissent. Du côté de l’opposition de “gauche”, ce n’est guère mieux. François Hollande approuve le recours à la force contre Kadhafi “parce que sinon Kadhafi aurait massacré une partie de son peuple”. Qu’il se rassure : pour ce qui est des massacres, l’OTAN a fait ses preuves. Le 21 mars 2011, “Libération” demande à Jean-Luc Mélenchon pourquoi il approuve les frappes aériennes en Libye. Il répond : “La première question à se poser est la suivante : y a-t-il un processus révolutionnaire au Maghreb et au Moyen-Orient ? Oui. Qui fait la révolution ? Le peuple. Il est donc décisif que la vague révolutionnaire ne soit pas brisée en Libye.” Il faudrait pourtant que les progressistes ou prétendus tels se mettent sérieusement à méditer la leçon des faits. Car la politique occidentale, c’est toujours le grand écart : on part avec les droits de l’homme et on finit avec le marché aux esclaves. Certains ont beau l’emballer de rhétorique humaniste ou révolutionnaire, l’impérialisme reste l’impérialisme. On peut multiplier à foison les variantes du cache-misère idéologique, le prétendu devoir d’ingérence n’est que le droit que l’on s’arroge à écraser le voisin. C’est le droit du plus fort revu et corrigé par BHL. Les hypocrites diront que l’esclavage ne date pas d’hier et que cette affaire concerne les Africains, niant la responsabilité du néo-colonialisme. Poussés par la misère, ils sont des centaines de milliers à vouloir franchir la Méditerranée au péril de leur vie. La destruction de l’Etat libyen les a mis à la merci des passeurs qui les vendent comme du bétail. S’ils échappent à leurs griffes, leur calvaire ne fait que commencer. Quel paradoxe ! Victimes d’un monde dual, ces damnés de la terre n’ont d’autre espoir que d’aller traîner leur misère dans les pays qui ont fait leur malheur.

 

DANS LA PRESSE IRAKIENNE :

Lutte contre Dae’ch

  • Les forces de sécurité irakiennes ont assiégé Rawa, dernière région contrôlée par Daech. (Sabah, p.1)
  • L’armée irakienne aurait empêché la fuite de 30 véhicules de Daech à l’ouest d’al-Anbar. La plupart des membres de Daech de la même province ont pris la fuite vers AlbouKamal, qui avait été repris aux forces syriennes. (Mada, p.1)
  • Daech a transformé Hawija en grande fosse commune où 400 victimes ont été retrouvées. (Mada, p. 1) Situation sécuritaire
  • Trois membres de l’armée de l’air ont péri dans un crash de leur hélicoptère à Wasset, selon la cellule d’informations militaire. (Sabah, p.3)
  • Les services de sécurité ont neutralisé une voiture piégée dans la zone d’Abou Khaled, au nord de Bagdad. (Sabah al-Jadid, p. 3)

  • Des inconnus ont lancé deux grenades contre un convoi de l’ICTS au centre de Kirkouk. (Sabah al-Jadid, p. 3)

Politique intérieure

  • Le PM al-Abadi a présidé une réunion du conseil ministériel pour la sécurité nationale pour examiner les contrats d’armement des forces de sécurité, de l’équipement de l’ICTS et des véhicules du ministère de l’Intérieur. (Sabah, p.1)
  • « Le gouvernement remettra le projet du budget 2018 au Parlement dans les jours à venir » a affirmé Saad al-Hadithi, porte-parole du PM. (Bayna al-Jadida, p.1)
  • Des blocs politiques sunnites et kurdes parlent d’un éventuel report des élections (qui devraient avoir lieu le 15 mai 2018). Les premiers justifient cette demande par le non-retour des déplacés dans leurs régions, alors que les seconds sont toujours préoccupés par les crises économique et politiques avec Bagdad. (Mada, p.1)
  • Selon, Mme Rankine Abdallah, tous les députés kurdes, sauf ceux du PDK, reprendront leur participation aux travaux du parlement à Bagdad. (Zaman, p. 1)
  • Des députés et des activistes ont sollicité l’intervention de l’ONU pour que l’amendement du code civil, relatif au mariage des adolescentes, ne puisse pas être voté. (Zaman, p. 1)
  • Un éditorial affirme, dans Sabah (p. 4), qu’à l’approche des élections, les sunnites doivent passer outre le « complexe de la domination iranienne en Irak ». Les chiites doivent quant à eux renoncer au discours confessionnel. Une politique équilibrée rassurerait, en effet, tous les partenaires de l’Irak. Pour les Kurdes, la dernière crise du référendum a montré que les acquis politiques et économiques restaient fragiles. Il est temps d’adopter une vision différente pour sortir de l’impasse politique.
  • Un commentaire affirme, dans Zaman (p. 8), que les partis islamistes influents monteraient des alliances avec des petits partis dits libéraux pour embellir leur image. Néanmoins, une fois au Parlement, les masques tomberont rapidement et leurs vrais visages, communautaristes, réapparaitront.

  • Un journaliste affirme, dans Mada (p. 2) que, une fois la bataille contre Daech terminée, il appartiendra au PM d’ouvrir une enquête sur les raisons de la chute de Mossoul et d’autres villes ayant été sous contrôle de Daech. A défaut d’action, ces drames se reproduiront.

Situation au Kurdistan

  • « Des milliards de dollars, de revenus pétroliers, ont disparu au Kurdistan », selon une enquête kurde. (Sabah, p.1) Politique extérieure
  • Une délégation parlementaire de haut niveau effectuera, demain mardi, une visite en Arabie saoudite et devrait rencontrer Mohamed Ben Salman, prince héritier, Abdallah Ben Mohammed, président du conseil consultatif, ainsi que Adel al-Jubeir, ministre des Affaires étrangères. (Sabah, p.1)
  • Le président Maassoum a reçu l’ambassadeur américain en Irak. (Zaman, p. 1)

  • Le ministre de l’Intérieur a reçu le général Joseph Votel, chef du commandement central américain. (Adala, p. 1)

France-Relations bilatérales

  • L’ambassadeur de France en Irak a participé à une exposition d’art plastique organisée par l’association Kahramana pour l’art moderne. (Mada, p. 12).

 

WASHINGTON MENACE DE FERMER L’AMBASSADE DE L’OLP AUX ETATS-UNIS – RFI, 19 novembre.

Les relations entre les Etats-Unis et la Palestine se sont tendues le 18 novembre. La Maison Blanche a annoncé vouloir fermer la représentation de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington. En réaction, l’Autorité palestinienne menace de rompre ses relations. Explications sur cette subite escalade. « Nous suspendrons toutes nos communications avec l’administration américaine », c’est la menace lancée par Saeb Erakat, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine. Washington a annoncé samedi 18 novembre à l’Autorité palestinienne que son autorisation pour la représentation de l’OLP aux Etats-Unis ne serait pas renouvelée, cette autorisation doit être validée tous les six mois par le gouvernement américain. L’OLP est représentée à Washington depuis 1980 et c’est la première fois qu’un président américain menace ouvertement d’interdire sa présence aux Etats-Unis. Cette décision tombe mal, car les principaux groupes rivaux palestiniens doivent prochainement se réunir au Caire, dans un effort de réconciliation amorcé le mois dernier. Et les Etats-Unis jouent un rôle important dans ce processus de paix. Saeb Erakat déplore la décision américaine : « A un moment où nous nous efforçons de coopérer pour parvenir à un accord (de paix avec les Israéliens), les Etats-Unis décident de telles démarches qui sont à même de saper la totalité du processus de paix », a-t-il déclaré. La fermeture du bureau de l’OLP n’est pas encore effective, Washington a annoncé donner 90 jours aux Palestiniens pour convaincre Donald Trump de leur engagement dans le processus de paix avec Israël.

 

PREPARATION POUR LE SOMMET DE SOTCHI SUR LA SYRIE – AFP, 19 novembre.

Les chefs de la diplomatie russe, iranienne et turque se sont réunis ce dimanche 19 novembre en Turquie pour s’entretenir de la Syrie, à quelques jours d’un sommet trilatéral crucial consacré à ce pays déchiré par la guerre. Le Russe Sergueï Lavrov, l’Iranien Mohammad Javad Zarif et leur hôte turc Mevlüt Cavusoglu se sont retrouvés ce dimanche 19 novembre à Antalya (sud de la Turquie) pour une réunion à huis clos qui a débuté en fin de matinée, a indiqué un haut responsable turc, sans fournir davantage de détails. Cette réunion visait à préparer un sommet qui se tiendra mercredi 22 novembre dans la station balnéaire russe de Sotchi en présence des présidents russe Vladimir Poutine, iranien Hassan Rohani et turc Recep Tayyip Erdogan, dont les pays jouent un rôle important en Syrie. Moscou, Téhéran et Ankara parrainent ainsi un accord visant à réduire l’intensité des combats pour préparer le terrain à une solution politique au conflit syrien qui a fait plus de 330 000 morts et provoqué le déplacement de millions de personnes depuis mars 2011. Cet accord d’Astana, du nom de la capitale kazakhe où il a été négocié, a permis d’instaurer des « zones de désescalade » prévoyant l’arrêt des combats. Dans ce cadre, la Turquie a notamment déployé des troupes dans la province rebelle d’Idleb (nord-ouest). La Russie et l’Iran soutiennent le président syrien Bachar el-Assad, alors que la Turquie appuie les rebelles qui cherchent à le renverser, même si Ankara a mis en sourdine ces derniers mois ses critiques les plus dures à l’endroit du régime de Damas. Malgré leurs positions contradictoires, la Turquie et la Russie, qui ont traversé une grave crise diplomatique après que l’aviation turque eut détruit en novembre 2015 un appareil russe au-dessus de la frontière syrienne, ont mis ces derniers mois leurs différends de côté pour coopérer sur le dossier syrien. Les trois diplomates en chef se sont entendus sur « tous les points clés », a indiqué dans un communiqué M. Lavrov, sans davantage de précisions. « Grâce au processus d’Astana, nous avons permis d’affermir le cessez-le-feu sur le terrain à l’aide des "zones de désescalade" », a déclaré de son côté M. Cavusoglu après la réunion à Antalya, selon des propos rapportés par l’agence de presse étatique turque Anadolu.

Print Friendly, PDF & Email