Observatoire Géostratégique

numéro 132 / 26 juin 2017

ATTENTATS AU PAKISTAN : 57 MORTS, BILAN PROVISOIRE – AFP, 24 juin.

La série d’attentats qui a ensanglanté le dernier vendredi du ramadan au Pakistan, dont une double attaque suicide sur un marché bondé, a fait 57 morts et plus de 200 blessés, selon un nouveau bilan rendu public samedi par les autorités. Un marché de Parachinar, à la frontière afghane, a été frappé en pleine heure de pointe par une double explosion, alors que les chalands s’affairaient à l’approche des festivités de l’Aïd, qui marque la fin du ramadan. Le double attentat dans cette ville majoritairement chiite, capitale de la zone tribale de Kurram, a fait au moins 39 morts et 216 blessés, selon le dernier bilan officiel. Un précédent bilan des autorités locales faisait état de 37 morts. Un total de 106 personnes étaient encore hospitalisées samedi. Ces deux attentats ont été revendiqués, dans un message à l’AFP, par un porte-parole du groupe armé sunnite Lashkar-e-Jhangvi Al-Alami, considéré comme affilié à l’organisation Lashkar-e-Janghvi (LeJ), auteur de plusieurs attentats au Pakistan ces derniers mois. Un autre attentat vendredi a fait 14 morts, dont dix policiers, devant un QG de la police à Quetta, capitale du Baloutchistan, province instable du sud-ouest, selon un nouveau bilan. L’attentat à la bombe visant un véhicule de police a été revendiqué à la fois par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) et par Jamaat-ul-Ahrar, une faction du mouvement taliban pakistanais (TTP). Par ailleurs, toujours vendredi, des tireurs juchés sur des motos ont tué par balles quatre policiers attablés dans un restaurant à Karachi (sud), selon la police locale. Le Pakistan est aux prises de longue date avec des groupes armés, notamment dans les zones tribales du nord-ouest, où une myriade de mouvements islamistes armés opérait en toute impunité jusque récemment, ainsi qu’au Baloutchistan, où, outre les islamistes, les forces de sécurité font face à une insurrection séparatiste.

 

ATTENTAT DEJOUE A LA MECQUE – Ouesy-France, 23 juin.

Les forces de sécurité saoudiennes ont déjoué hier une action "terroriste" contre la Grande Mosquée de La Mecque, premier lieu saint de l’islam, où des dizaines de milliers de fidèles étaient rassemblés. Onze personnes, dont cinq policiers, ont été blessées dans l’effondrement d’un bâtiment de trois étages où se barricadait un kamikaze qui s’est fait exploser, a précisé la télévision, citant le ministère de l’Intérieur. Le kamikaze faisait partie d’un groupe « terroriste », basé dans deux quartiers de La Mecque, et à Jeddah, la capitale économique du royaume, sur la mer Rouge, et dont cinq membres, y compris une femme, ont été arrêtés, a ajouté le ministère. L’attentat déjoué était « imminent et visait la sécurité de la Grande mosquée et celle des fidèles », a ajouté le porte-parole. Selon lui, le kamikaze, chargé de mener l’attentat, s’est fait exploser après avoir refusé de se rendre aux forces de sécurité, qui ont assiégé un bâtiment de trois étages, situé dans l’enceinte de la Grande mosquée et où il s’était barricadé. La tentative d’attentat, déjouée au moment où les fidèles étaient massivement rassemblées à la Grande mosquée pour le dernier vendredi du ramadan, le mois de jeûne musulman, est la deuxième du genre à viser un lieu sacré des musulmans en Arabie saoudite. En juillet 2016, un attentat perpétré à Médine, deuxième lieu saint de l’islam, avait fait quatre morts parmi les gardiens de sécurité, près de la Mosquée du prophète Mahomet. 

 

DANS LA PRESSE IRAKIENNE :

Lutte contre Dae’ch

  • Abdel Ghani al-Assadi, commandant de l’ICTS, a affirmé que les forces de sécurité irakiennes s’apprêtaient à pénétrer dans la grande mosquée et que la reprise de cette mosquée représenterait la fin de Daech à Mossoul. (Sabah, p.1)

  • Daech a détruit la grande mosquée et son minaret emblématique à Mossoul où Abou Bakr al-Baghdadi s’était autoproclamé calife de l’Etat islamique. (Iraqiyya TV)

Situation sécuritaire

  • Interrogations sur une participation de la Mobilisation populaire à la reprise d’al-Walid, poste frontalier avec la Syrie. Des troupes de celle-ci auraient affronté, au-delà de la frontière, des combattants irakiens qui se battaient aux côtés des rebelles syriens. (Mada, p.1)
  • Un incendie s’est déclaré dans le marché en gros de Jamila à l’ouest de Bagdad. Les pompiers ont réussi à éteindre le feu. (Machrek, p.1)

  • 800 détenus des prisons de Duhouk, ont été accusés d’appartenir à Daech, selon l’Organisation des droits de l’Homme à Duhouk. (Alem, p.1)

Politique intérieure

  • Le Parlement irakien a fixé au 4 juillet le début de sa prochaine session. (Sumaria TV)
  • Salim al-Joubouri, président du Parlement, a exprimé une nouvelle fois son rejet de tous les projets visant à diviser le pays et a affirmé que les élections législatives auraient lieu à la date prévue. En revanche, il a estimé qu’il serait difficile de respecter la date des élections municipales. Al-Joubouri a indiqué qu’il effectuerait prochainement une visite à Washington. (Sabah, p.1)
  • Afin de mettre un terme aux manipulations exercées par les pays de la région, Salim al-Joubouri, président du Parlement, a lancé une initiative permettant aux opposants à l’étranger de revenir en Irak. Le président du parlement a révélé que les partis politiques s’étaient accordés sur la tenue d’une conférence à Bagdad à laquelle des opposants sunnites réclamés par la justice pourraient assister. (Zaman, p.1, Mada, p.1)
  • L’ANI (Alliance nationale Irakienne, bloc politique chiite) s’oppose à la présence de personnes réclamées par la justice à la conférence que le président du Parlement s’apprête à tenir à Bagdad mi-juillet. (Sabah al-Jadid, p.1)
  • La commission parlementaire de sécurité et de défense a reconnu que la fermeture des rues de Karrada avait des retombées très lourdes sur le commerce avant Aid al-Fitr et a promis de les rouvrir après la fête. (Zaman, p.1)
  • La Mobilisation populaire a annoncé qu’elle envisageait de se doter de sa propre Direction de l’aviation. Au départ cette structure serait créée pour s’occuper de l’évacuation des miliciens blessés mais elle pourrait par la suite s’élargir à d’autres fonctions dans le cadre des combats dans lesquels la MP se trouverait engagée (NINA et Kurdistan 24)

  • Attwan al-Attwani, gouverneur de Bagdad, a indiqué que des milliards avaient été dilapidés sous le mandat de son prédécesseur, Ali al-Timimi. Il a dénoncé la mainmise des groupes armés sur des terrains appartenant à l’Etat. (Adala, p.3)

Situation au Kurdistan

  • Le gouvernement du Kurdistan a déclaré que les congés pour l’aïd el-fitr dureraient cinq jours, de dimanche à jeudi. (Zaman, p.1)

  • Lors de sa rencontre avec les chefs tribaux de Mossoul, Massoud Barzani, président du Kurdistan ; a jugé que Daech ne serait pas anéanti après sa défaite à Mossoul et a exprimé ses préoccupations pour la phase post Daech. (Machrek, p.1).

 

SYRIE : L’ARMEE ENTRE DANS LA PROVINCE DE DEIR EZ-ZOR _ RFI, 24 juin.

L’armée syrienne a pénétré vendredi 23 juin pour la première fois depuis 2014 dans la province orientale de Deir Ezzor, contrôlée entièrement par le groupe Etat islamique à l’exception d’une partie de sa capitale et de l’aéroport. Deir Ezzor est une région stratégique à plus d’un titre, ce qui explique l’acharnement avec lequel les 7 000 hommes de l’armée syrienne, assiégés depuis trois ans dans une poche de 20 kilomètres carrés, défendent leurs positions. Sur un plan économique, la plus grande partie de la production de pétrole en Syrie se trouve dans cette province. Géographiquement, Deir Ezzor est limitrophe de l’Irak et son contrôle permet d’établir une continuité territoriale entre Téhéran et le Liban, en passant par Bagdad et Damas. Un enjeu hautement stratégique pour l’Iran et ses alliés dans la région. Enfin, sur un plan politique, le contrôle de cette province à majorité sunnite permet au régime de conserver une base sociale au sein de cette communauté, qui compose l’écrasante majorité des groupes rebelles. On comprend donc que la reprise de Deir Ezzor est un enjeu prioritaire pour Damas. L’armée syrienne et ses alliés avancent en direction de la province de trois axes différents. Les premières troupes sont entrées vendredi 23 juin à partir du Sud, en longeant la frontière syro-irakienne, dont elles contrôlent désormais une centaine de kilomètres. D’autres forces avancent dans le centre du pays vers la ville de Sokhna. Enfin, une troisième colonne progresse dans le sud de la province de Raqqa vers l’Est. Ces forces, estimées à 20 000 hommes, convergent vers un seul objectif : la ville de Deir Ezzor.

 

L’EGYPTE RETROCEDE TIRAN ET SANAFIR A L’ARABIE SAOUDITE – RFI, 24 juin.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a ratifié ce samedi 24 juin un accord entre Le Caire et Riyad en vertu duquel l’Egypte rétrocède deux îles de la mer Rouge à l’entrée du golfe d’Aqaba. L’accord qui avait été signé l’année dernière avait été approuvé par le Parlement la semaine dernière malgré une virulente polémique. Abdel Fattah al-Sissi a attendu l’annonce de la fête marquant la fin du ramadan pour ratifier l’accord égypto-saoudien. Un moment choisi pour éviter une éventuelle réaction de mécontentement populaire. En effet, tout le pays est en congé pour trois jours. Des milliers d’Egyptiens avaient manifesté contre l’accord rétrocédant les îles de Tiran et Sanafir à l’Arabie saoudite au lendemain de sa signature en avril 2016. Pour eux, le sang égyptien avait coulé pour la défense de ces îles lors de la guerre de 1967 avec Israël. La Haute Cour administrative avait annulé l’accord et souligné l’égyptianité des deux îles tandis qu’un tribunal des référés avait jugé le contraire. Mais la Haute Cour constitutionnelle devant laquelle l’affaire a été portée a décidé cette semaine de « suspendre tous les jugements concernant les îles » en attendant qu’elle se prononce sur la question de savoir si l’accord relève d’un acte de souveraineté ou si le gouvernement doit procéder préalablement à un référendum. Cette ratification a provoqué de vives réactions dans les médias et sur les réseaux sociaux de la part des militants de gauche notamment. L’avocat Khaled Ali, candidat à l’élection présidentielle de 2012 et figure de proue de la bataille juridique contre la remise des îles à l’Arabie Saoudite compare la ratification de l’accord à la Déclaration Balfour. Une déclaration de 1917 ou l’Empire britannique promettait au mouvement sioniste une patrie en Palestine. De nombreux militants de gauche comparent la rétrocession des îles à la cuisante défaite de la guerre des Six jours contre Israël, il y a exactement cinquante ans. Dans les milieux culturels le célèbre romancier Ibrahim Abdel Meguid estime que la date du 24 juin 2017 marque l’occupation de l’Egypte. Certains anciens collaborateurs du président Sissi s’élèvent contre sa décision. Hazem Abdel Azim qui avait été en charge de la jeunesse dans la campagne du candidat présidentiel Sissi parle d’un « cadeau de deux îles égyptiennes fait aux Saoudiens à l’occasion de la fête de l’Aïd.

Print Friendly