Observatoire Géostratégique

numéro 200 / 15 octobre 2018

DE LA DIPLOMATIE DU ROQUET !

Il existe mille et une manières de pratiquer l’art de la diplomatie, couvrant un spectre allant de la plus baroque (celle de Jupiter et de son collaborateur breton) à la plus sophistiquée (celle du Tsar Poutine et de son orfèvre es-diplomatie, Sergueï Lavrov). Nous en avons aujourd’hui la meilleure preuve avec les évolutions du dossier syrien depuis le début du soulèvement fin 2010 à la bataille d’Idlib en septembre 2018.

La première s’apparente à la diplomatie de l’esbrouffe, du verbe, de l’incantation, de l’admonestation. La seconde s’apparente à la diplomatie de la réalité, du silence, de l’action, de l’efficacité.

La première est faite de stratégie de long terme et de temps historique. La seconde surfe sur la vague de la tactique et du temps médiatique. La première agit. La seconde s’agite. À la première, le soin de mener le branle sur le terrain militaire et sur le tapis vert de la négociation. À la seconde, le soin de tenter de se raccrocher à la voiture balai pour tenter d’exister. Telles sont les conclusions préliminaires que l’on peut tenter de tirer après une longue année de diplomatie jupitérienne universaliste, multilatéraliste, humanitariste, progressiste et moralisatrice. Amen ! La parole éloquente fut fréquente, les résultats tangibles rares.

Il est vrai que les rencontres bilatérales à l’Élysée ponctuées par d’improbables conférences de presse furent nombreuses, les déplacements officiels à l’étranger pompeux et creux presqu’aussi fréquents, les conférences internationales (Libyie1, Yémen, financement du terrorisme, MakeourPlanetGreatAgain…) furent aussi médiatiques qu’inutiles, les embrassades avec Donald Trump à Washington furent touchantes et les coups de pied au derrière de l’homme à la mèche blonde brutaux (retrait de l’accord sur le climat, sur le nucléaire iranien, sanctions commerciales contre l’Union européenne…).

Quant à la semaine des ambassadeurs en 2017 suivie par la conférence des ambassadeurs et des ambassadrices en 2018 (typique des révolutions coperniciennes jupitériennes), elles volèrent à un niveau d’irréalisme jamais égalé dans l’histoire de ces rencontres mondaines. Les harangues de la Sorbonne, de New York, de Ouagadougou… furent de grands moments de franche rigolade si l’on prend la peine d’en mesurer l’absence de résultats concrets sur le court et le moyen terme. C’est qu’aujourd’hui dans un contexte de scandales à répétition sur la scène intérieure, la parole du jeune Emmanuel Macron est de moins en moins crédible sur la scène internationale.

Les injonctions viriles de notre fringuant chef de l’État n’impressionnent que quelques folliculaires hexagonaux, courtisans à la brosse à reluire, soucieux de faire partie des « embedded » lors des déplacements, hors France et hors sol, du Seigneur des gogos et de sa Cour sur Air Jupiter One.

De minimis curat praetor s’exclament les authentiques experts des relations internationales et les vieux chevaux de la diplomatie gaullo-mitterrandienne tant la France est hors-jeu diplomatique pour avoir accumulé les cartons rouges de l’incompétence et de l’inconséquence jupitérienne au cours des derniers mois.

Si l’on y ajoute les folles déclarations du chef de la « mafia bretonne » qui commence à donner quelques signes évidents de fatigue et les sermons contradictoires de Loiseau de mauvais augure sur les questions européennes, le tableau est presque complet. La stratégie internationale est inexistante. On en adopte une réfléchie et réaliste comme on l’aurait fait au pays de René Descartes. Que nenni !

On change la stratégie de communication du château – la fameuse com’ et ses sempiternelles éléments de langage ou EDL – pour éviter les couacs à répétition et rétablir – si tant est que l’on puisse rétablir la confiance trompée par un clic salvateur – l’image écornée du président de la République « exemplaire et inaltérable ». Heureusement, on trouve toujours quelques perroquets à carte de presse « pour diffuser la désinformation avec la bonne conscience des intouchables »2.

Jupiter préfère se quereller avec les dirigeants hongrois et italiens, comme dans une querelle de cour d’école, en lieu et place de se poser quelques instants pour tenter de comprendre le monde, ses évolutions préoccupantes et de prévoir l’avenir pour mieux l’anticiper en conjuguant passé et présent. Il préfère passer son temps à passer de multiples coups de téléphone aux quatre coins de la planète et à twitter comme un compulsif pathologique. Avec le bon sens qui le caractérise (qui lui vaut les sarcasmes de nos brillants énarques qui ne se trompent jamais), le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb assène quelques vérités bien senties le 6 septembre 2018 sur BFM/TV sur la pratique jupitérienne. Certaines méritent d’être reprises dans leur intégralité pour mieux en apprécier le sel et le piquant.

La forte baisse du chef de l’Etat dans les sondages (30%) « demande interrogation de notre part », affirme Gérard Collomb, ajoutant que « les réformes sont au départ toujours un peu impopulaires ». Mais « peut-être, les uns ou les autres, nous avons manqué d’humilité », a-t-il affirmé. « J’étais dans le temps professeur de grec. En grec, il y a un mot qui s’appelle ‘hubris’, c’est la malédiction des dieux. Quand, à un moment donné, vous devenez trop sûr de vous, vous pensez que vous allez tout emporter » … « Il y a une phrase qui dit que ‘les dieux aveuglent ceux qu’ils veulent perdre’, donc, il ne faut pas que nous soyons dans la cécité », a-t-il mis en garde. Selon lui, il faut « davantage d’écoute des Français » de la part de l’exécutif. « Il faut toujours regarder ce que pense la base. Il faut que tous les ministres gardent leurs racines, de manière à pouvoir entendre ce que disent les gens, parce que vite, dans les palais de la République, on perd la capacité de lien et d’écoute avec la population ».

Mais, nous sommes pleinement rassurés par la réponse d’Emmanuel Macron :

« Lorsqu’on est à l’orée de prendre une décision sur des sujets importants, il faut toujours écouter nos concitoyens »3.

Nous avions compris que Jupiter écoutait nos concitoyens avec le plus vif intérêt sur tous les sujets sur lesquels il consent à s’abaisser à leur niveau.

 
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On ne saurait mieux dire sur l’isolement de cette cohorte de technocrates (45 nous dit-on) vivant dans un monde irréel. On ne saurait mieux dire sur nos diplomates tels les Philippe Etienne, dont on dit qu’il est parfaitement transparent et qu’il ne pèse pas lourd dans le marigot jupitérien et autres Alice Rufo, la professionnelle des cabinets, pour ce qui est de la cellule diplomatique de l’Élysée et de ses conséquences sur l’isolement croissant et palpable de la France dans le monde.

Les chiens aboient, la caravane passe. Telle est la morale de la diplomatie du roquet !

Jean Daspry
10 septembre 2018

1 Rachida El Azzouzi, En Libye, les milices et les dignitaires hypothèquent les plans de Macron, www.mediapart.fr , 6 septembre 2018.
2 Anne Dastakian (propos recueillis), Julia Kristeva : « La Bulgarie, l’Europe post-totalitaire et moi », Marianne, 7-13 septembre 2018, pp. 46-47.
3 Alexandre Lemarié/Cédric Pietralunga, Macron réplique aux critiques sur sa façon d’exercer le pouvoir, Le Monde, 8 septembre 2018, p. 7.

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