Observatoire Géostratégique

numéro 179 / 21 mai 2018

DE QUOI JEAN-CLAUDE MALLET EST-IL LE NOM ?

C’est notre John Bolton à nous ! Bien que fils d’un Compagnon de la Libération, ce néo-con en diable – aussi méprisant que le Conseiller américain à la sécurité nationale pour les inspecteurs de l’OIAC (Organisation de l’interdiction des armements chimiques) – est l’un des principaux inspirateurs des dernières « frappes françaises » en Syrie. Haut fonctionnaire, né en 1955 dans le 16ème arrondissement de Paris, Jean-Claude Mallet est le conseiller inamovible de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, puis patron de la diplomatie française.

Il vient de la bande d’Alain Richard, qui fut ministre de la Défense de Lionel Jospin (du 2 juin 1997 au 6 mai 2002) – aux côtés des Lewandowski, Palagos et autres – qui incarnent l’atlantisme de Guy Mollet, toutes les errances de la SFIO et plus largement les incuries du personnel politique de la IVème République. Très en phase avec l’école néo-conservatrice française, ses orientations idéologiques sont inconditionnellement pro-américaines, pro-israéliennes et, aujourd’hui anti-russes et anti-iraniennes !

Cet énarque classique (promotion Léonard de Vinci) n’a malheureusement jamais terminé sa thèse sur Madame Bovary de Flaubert. Il aurait dû, cela lui aurait ouvert les yeux sur les profondeurs de la nature humaine qu’il a seulement effleurées. Sorti auditeur au Conseil d’Etat, il est persuadé qu’il possède le vrai en toutes choses, avant d’être promu maître de requêtes, puis conseiller d’Etat, en août 2000. Itinéraire classique des hauts fonctionnaires qui ne connaissent pas le terrain, il intègre ensuite le ministère des Affaires étrangères, comme chargé de mission auprès du Directeur des affaires juridiques. Autant dire que son expérience des crises internationales et du fonctionnement des Nations unies frise le degré zéro de l’expérience diplomatique.

Mais, son très léger bagage international ne l’empêche pas d’être appelé auprès de Pierre Joxe, ministre de la Défense, comme « conseiller technique pour les affaires internationales et stratégiques ». Bombardé directeur des mêmes affaires, il prend la direction du SGDN (Secrétariat général de la défense nationale) et s’affirme comme un expert de la dissuasion nucléaire, toujours hors-sol et sans véritable expérience des crises internationales et des métiers profonds de la diplomatie.

Sans véritable conviction politique, Jean-Claude Mallet est nommé par Nicolas Sarkozy comme président de la Commission du Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale qu’il dirige jusqu’à la remise du document en 2008. Fidèle à son tropisme « techno », il écarte les militaires (toujours cette sainte allergie du terrain) au profit de ses copains civils néo-cons – François Heisbourg et Bruno Tertrais notamment -, qui s’étaient prononcés en faveur de l’invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003. Tous les experts sollicités sous sa direction sont de la même école et partagent les mêmes convictions idéologiques. Pas de différences, ni de contradictions dans ces contributions de chercheurs monocolores, arrogants et bénéficiares de ménages qu’on se refile entre copains…

Pas surprenant que le Livre blanc se soit résumé à quelques grands constats techniques généralistes, sans véritable choix stratégique ni grand dessein pour notre pays. On le retrouve ensuite à la présidence de l’Autorité de régulation des télécommunications (ARCEP). Faut bien vivre… en attendant quelques rebondissements de réseaux amis qui lui permettre d’engager sa nouvelle carrière de conseiller inamovible de Jean-Yves Le Drian.

Comme Bachar al-Assad, il est élevé à la dignité de Commandeur de la Légion d’honneur, le 13 juillet 2010. Voilà donc, l’itinéraire de l’un des principaux décideurs des derniers bombardements français sur la Syrie : quelqu’un qui n’a aucune expérience opérationnelle, aucune expérience diplomatique des crises internationales, et qui n’a jamais vraiment mis les mains dans le cambouis du Conseil de sécurité…

Jean-Claude Mallet est, d’abord le nom de ce mal typiquement français, celui qui consiste à nommer des hauts fonctionnaires à des postes dont ils n’ont pas vraiment, ni la connaissance, ni l’expérience des difficultés concrètes du travail quotidien et du terrain. Il est aussi le nom de cette secte néo-conservatrice, qui a mis la main sur le Quai d’Orsay dès le lendemain du discours historique aux Nations unies de Dominique de Villepin qui s’était si brillamment opposé à la guerre d’Irak en février 2003.

 
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Enfin, Jean-Claude Mallet est le nom de l’opacité de cette haute-fonction publique, qui décide – quasi clandestinement – des orientations majeures de notre pays, en dehors de toute consultation de la représentation nationale. Avec de tels héros, la France qu’Alain Peyrefitte décrivait en 1976 n’a pas vraiment changé : « Voici ces Français, qu’on dit – plus que tous autres – ingouvernables ; qui détiennent le record des révoltes, des effondrements de régime, des luttes civiles – des malheurs collectifs. Et voici les mêmes passivement soumis à leur administration, et amoureux (toujours déçus) de l’autorité ; rebelles à leur Etat, en même temps qu’inaptes à vivre sans ce tuteur tracassier ».

Etienne Pellot
23 avril 2018

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