Observatoire Géostratégique

numéro 271 / 24 février 2020

DELEVOYE ROYALE… VERS UNE SORTIE SANS-GÊNE…

« Mentir, c’est cacher une vérité que l’on doit manifester » (Jean-Jacques Rousseau). Les semaines se succèdent et se ressemblent étrangement sous le règne de Jupiter 1er. La Vérité semble être un concept à géométrie variable dans le nouveau monde béni, promis par Emmanuel Macron durant toute sa campagne pour l’élection présidentielle du printemps 2017. À l’épreuve du temps, à la manière de François de Malherbe, on pourrait dire : et, Vérité, elle vécut ce que vivent les Vérités, l’espace d’un matin.

C’est que les adeptes des petits arrangements avec la Vérité dans la Macronie et sa République en godillots ou les fuites sont légions. Il suffit de citer quelques experts en la matière : Bayrou, de Sarnez, Goulard, Pénicaud1 qui est obligé d’aller a quia ( cette fois-ci, les choses n’ont pas traîné)2, Hulot, Ferrand, de Rugy, Travers, Mézard, Collomb, Nyssen, Loiseau… et le dernier venu dans le club fermé, l’ex-président du CESE et ex-haut-commissaire en charge des retraites, Jean-Paul Delevoye3.

Pour mieux apprécier les tenants et aboutissants de cette affaire de Clochermerle aux dimensions d’un scandale d’État4 qui pousse dehors l’ex-expert en retraites en tous genres5, il importe de revenir successivement sur les situations respectives de Jean-Paul Delevoye6, du secrétaire général du gouvernement (SGG), Marc Guillaume et du président de la République, Emmanuel Macron. Comme toujours, dans ce genre de carabistouilles, chacun renvoie la patate chaude à l’autre7.

UN HAUT COMMISSAIRE GRAND ÉTOURDI ET UN GROS CACHOTIER

Il est nul besoin de revenir sur les péripéties quotidiennes qui ont conduit un Jean-Paul Delevoye décrédibilisé à présenter sa démission au premier ministre8. En dépit des bobards qui nous étaient assénés à jet continu par de piètres avocats de la LREM du cas Delevoye9, la position du gouvernement était devenue intenable face aux révélations des médias à longueur de journée. Nous avions droit à une sorte de calendrier de l’Avent, nouvelle formule, chaque ouverture d’une petite porte nous apportait un gros mensonge. Au bout de treize, il a fallu se rendre à l’évidence, le sieur Delevoye était devenu trop encombrant pour un gouvernement affaibli par une grève interminable10. Un léger oubli d’une activité bénévole dans sa déclaration à la HATVP s’est rapidement transformé en grosse cachoterie de multiples activités rémunérées, bien rémunérées surtout lorsque l’on propose de mettre les Français à la diète côté retraite.

Contrairement à ce quelques courtisans, voulaient bien nous asséner pour tenter de sauver le soldat Delevoye, l’affaire est loin d’être anodine. Outre les sanctions « administratives » prévues par la loi pour violation de l’article 23 de la Constitution qui interdit tout emploi public ou toute activité professionnelle aux membres du gouvernement durant leur mandat, quelques poursuites pénales pourraient suivre à l’initiative de poursuites du parquet de Paris11. C’est désormais chose faite depuis le 18 décembre 2019. En effet, le parquet de Paris a été saisi par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) des « omissions » dans la déclaration d’intérêts de Jean-Paul Delevoye, qui ont conduit à sa démission des fonctions de haut-commissaire aux Retraites12.

Voici ce qu’écrit Paul Cassia, professeur agrégé de droit public à Pari I sur le sujet et, le moins que l’on soit autorisé à dire, c’est du lourd, du très lourd en termes juridiques :

Début de citation

« Les manquements à la loi du haut-commissaire aux retraites

Ils sont de trois ordres : certains découlent de son statut de titulaire d’un emploi public ; d’autres de violations de la loi ordinaire du 11 octobre 2013 ; les derniers de la méconnaissance de la Constitution.

Jean-Paul Delevoye a été nommé haut-commissaire à la réforme des retraites par un décret du 14 septembre 2017 aux signatures du président de la République, du Premier ministre et de la ministre des Solidarités et de la santé. Cette nomination est assise sur le décret n° 2017-1328 du 11 septembre 2017 instituant un haut-commissaire à la réforme des retraites, pris aux signatures du Premier ministre et de la ministre des Solidarités et de la Santé. A compter du 14 septembre 2017 donc, M. Delevoye est titulaire d’un emploi public dit « supérieur » pour lequel la nomination est laissée à la discrétion du gouvernement par l’effet combiné des articles 25 de la loi du 11 janvier 1984 relative à la fonction publique d’Etat et 1er du décret n° 85-779 du 24 juillet 1985. Il exerce une fonction publique assimilable à celle d’un agent public (à mi-chemin entre un membre du gouvernement et un fonctionnaire), sans discontinuer du 14 septembre 2017 jusqu’au 2 septembre 2019, veille de son entrée au gouvernement en qualité de haut-commissaire aux retraites (et non plus « à la réforme » des retraites).

Ainsi qu’il ressort des mentions figurant sur le site internet de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), M. Delevoye a transmis sa déclaration d’intérêts au président de cette institution le 15 novembre 2019 à 14h50. Or, aux termes de l’article 4 de la loi du 11 octobre 2013 : « Chacun des membres du Gouvernement, dans les deux mois qui suivent sa nomination, adresse personnellement au président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (…) une déclaration exhaustive, exacte et sincère de sa situation patrimoniale (…). Dans les mêmes conditions, chacun des membres du Gouvernement adresse au président de la Haute Autorité, ainsi qu’au Premier ministre, une déclaration faisant apparaître les intérêts détenus à la date de sa nomination et dans les cinq années précédant cette date ». M. Delevoye devait donc transmettre sa déclaration le 4 novembre au plus tard ; il ne l’aura fait que onze jours après. Premier manquement. Selon les mots employés par Jean-Paul Delevoye lui-même dans cette déclaration (les coquilles sont dans le texte) : « j,exerce depuis 2017 la presidence du think thank Parallaxe de Hep Education au sein du groupe IGS(34 ecoles et groupe de formation. Remunération :5368,38 mensuel ». M. Delevoye indique qu’il a perçu une rémunération ou gratification de 64 420 euros nets en 2018 et 64 420 euros nets en 2019 (il annonce donc à l’avance ses rémunération des mois de novembre et décembre 2019), mais reste muet sur ses rémunérations antérieures à ces années, alors que l’obligation déclarative porte sur les activités professionnelles exercées au cours des cinq années précédant la déclaration. Pourquoi M. Delevoye n’a-t-il rien déclaré au moins pour ce qui concerne l’année 2017, alors qu’il indique être mensuellement rémunéré à compter de cette année en sa qualité de président de Parallaxe ? Deuxième manquement. Enfin, il apparaît qu’en violation de l’article 4 de la loi du 11 octobre 2013, la déclaration d’intérêts du 15 novembre 2019 n’était ni exhaustive, ni exacte, ni sincère : M. Delevoye a d’ailleurs adressé à la HATVP le 7 décembre une déclaration d’intérêts rectificative mentionnant l’exercice de 13 fonctions (et non plus trois) différentes et révisant à la hausse ses salaires perçus pendant la période concernée (v. Martine Orange, « L’inadmissible maintien en poste de Jean-Paul Delevoye », Mediapart, 14 décembre 2019). Troisième manquement.

Au-delà de ce triple manquement à l’obligation déclarative, chacun susceptible de faire l’objet des sanctions pénales prévues à l’article 26 de la loi du 11 octobre 2013 (« Le fait, pour une personne mentionnée aux articles 4 ou 11 de la présente loi, de ne pas déposer l’une des déclarations prévues à ces mêmes articles, d’omettre de déclarer une partie substantielle de son patrimoine ou de ses intérêts (…) est puni d’une peine de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende »), l’annonce du cumul, à partir du 14 septembre 2017, d’un traitement versé en qualité d’agent public (haut-commissaire à la réforme des retraites) et d’une rémunération perçue comme salarié, est sidérante. M. Delevoye a fait savoir qu’il n’exerçait pas de profession libérale (dont l’exercice aurait été subordonné à l’autorisation de sa hiérarchie, en l’occurrence la ministre des Solidarités) : comme président de Parallaxe, il a donc bénéficié non pas d’honoraires, mais d’un salaire mensuel. Or, on peut être soit agent public, soit salarié d’une personne morale de droit privé, mais nul ne saurait cumuler de ces deux sources de revenu public/privé « en même temps ».

A compter du 14 septembre 2017, la qualité d’agent public de M. Delevoye aurait dû conduire à la cessation immédiate du versement de ses salaires de président de Parallaxe. On comprend, à cette aune, que M. Delevoye se soit déclaré prêt à rembourser ses 140 000 euros de salaire qu’il n’aurait en aucun cas dû percevoir (ce à quoi il est en tout état de cause tenu de procéder par application du VI de l’article 25 septies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, selon lequel « la violation du présent article donne lieu au reversement des sommes perçues au titre des activités interdites, par voie de retenue sur le traitement ») ; tel que l’a présenté M. Delevoye, ce remboursement  serait au demeurant profitable au seul organisme privé Parallaxe, et l’on n’en voit alors l’intérêt ni l’effectivité du point de vue de la déontologie dans l’exercice des fonctions publiques – la loi du 13 juillet 1983 prévoit un reversement dans les caisses de l’employeur public13

Fin de citation

Drôle de conception d’une République exemplaire qui n’en a pas encore définitivement fini avec la séquence Delevoye14. Mais, ce n’est pas tout.

UN HAUT FONCTIONNAIRE PARFAIT PRESTIDIGIDATEUR

Tout d’abord, Au détour de la lecture d’un article du Monde, que lisons-nous ? « Pour sa part, le secrétariat général du gouvernement est censé disposer d’une copie de la déclaration d’intérêts, une fois celle-ci transmise à la HATVP, et est donc susceptible de repérer d’éventuelles anomalies »15. De deux choses l’une, ou bien le SGG n’a rien et à quoi sert-il, ou bien il a vu et a dissimulé et n’est-il pas redevable de poursuites administratives et pénales ?

Ensuite, que nous dit le même professeur Paul Cassia dont les analyses sont toujours très pointues et rarement prises en défaut sur le strict plan du droit positif !

Début de citation

Les manquements du secrétariat général du gouvernement à son devoir de vigilance

Le secrétariat général du gouvernement (SGG) est dirigé par Marc Guillaume, appelé sous peu à présider le Conseil d’Etat en dépit de sa proximité avec de nombreux cercles d’intérêts économico-financiers (v. Etienne Girard, « Le technocrate le plus puissant de France », Marianne, 29 mars-4 avril 2019, p. 13). Le SGG commet – à l’instar de toute institution ou personne – des interprétations juridiques parfois fantaisistes (v. Le RIP ripe sur la loi PACTE, 17 mai 2019). Il faudrait à cet égard faire une enquête sur le rôle du SGG dans la catastrophe qu’a été le débat en 2015-2016 sur la déchéance de nationalité, les services de Marc Guillaume ayant semble-t-il préconisé une révision de la Constitution là où une loi ordinaire était suffisante.

Plus près de nous, au moment des auditions sénatoriales de juillet 2018 dans le cadre de l’affaire Benalla, le secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler avait déclaré : « une douzaine de conseillers travaillent aujourd’hui pour le Président de la République et pour le Premier ministre, dans des domaines variés. Le Secrétariat général du Gouvernement (SGG) a été consulté ; cela ne pose aucune difficulté en termes de séparation des pouvoirs ». Pourtant, dans l’une de leurs treize recommandations figurant dans le rapport n° 324 publié le 20 février 2019 sur l’affaire Benalla, les sénateurs ont à l’inverse considéré qu’il était nécessaire de « mettre fin à la pratique des conseillers communs au Président de la République et au Premier ministre, pour respecter la distinction constitutionnelle des fonctions présidentielles et gouvernementales » (proposition n° 7).

S’agissant de M. Delevoye, il est nécessaire de rappeler que le Premier ministre est, de part l’article 4 de la loi du 11 octobre 2013 précité, destinataire des déclarations d’intérêts transmises par les membres du gouvernement à la HATVP. Il appartient donc au Premier ministre, via le SGG, de s’assurer que ces prescriptions sont correctement mises en œuvre par chacun des membres du gouvernement. Tentant d’atténuer sa responsabilité personnelle, M. Delevoye a indirectement mis en cause le SGG : « Je n’en veux à personne sauf à moi. Quand je fais une erreur, je l’assume. J’ai suffisamment dit que personne n’était au-dessus des lois pour ne m’appliquer ce principe à moi-même. Cela dit, j’étais de bonne foi et me dis que cet épisode aurait peut-être pu être évité si quelqu’un m’avait mis en garde. J’aurais immédiatement rectifié ma situation. Les choses auraient été différentes si j’avais été alerté » (« Jean-Paul Delevoye reconnaît finalement 13 mandats sur sa déclaration d’intérêts, avec des salaires révisés à la hausse », lemonde.fr, 14 décembre 2019).

L’argument de M. Delevoye n’est pas dépourvu de pertinence, ce qui ne l’exonère pas pour autant de ses manquements déontologiques et constitutionnel : il appartient en premier lieu au SGG de s’assurer que toute personne nommée dans un emploi à la discrétion du gouvernement ou tout nouveau membre du gouvernement respecte les prescriptions de la Constitution, des lois du 11 octobre 2013 et des lois statutaires sur la fonction publique. En n’assurant pas ou en assurant mal leur devoir de veille depuis septembre 2017 vis-à-vis de M. Delevoye, les services du Premier ministre ont commis deux fautes – l’ancien député René Dosière évoque à cet égard un « dysfonctionnement invraisemblable » du SGG (« Transparence : fragilisé par ses omissions, Delevoye attend la décision de la Haute autorité », L’Opinion, 16 décembre 2019, p. 5).

La démission du haut-commissaire aux retraites entraînera-t-elle, comme il serait cohérent, celle du secrétaire général du gouvernement ?16

Fin de citation

Nous n’en sommes pas encore là. Le contraire serait étonnant. Rappelons que Marc Guillaume, les des hommes les plus puissants de la Ve République n’est autre que le fils de Gilbert Guillaume, conseiller d’État (les chats ne font pas des chiens), ex-directeur des Affaires juridiques du Quai d’Orsay qui a conclu sa brillante carrière comme président de la Cour internationale de Justice (CIJ) sises à La Haye. S’il Marc Guillaume obtient le poste convoité de vice-président du Conseil d’État, il succèderait à Bruno Lasserre, mis en examen pour complicité de harcèlement moral mais qui n’a jamais voulu démissionner, s’estimant couvert par la présomption d’innocence. En dernière analyse, la défense tardive de Matignon est des plus indigentes17. Est-ce une surprise lorsque l’on doit défendre l’indéfendable ?18

UN GRAND PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE INCONSCIENT ET ARROGANT

Reprenons in extenso ce que nous dit Paul Cassia pour bien comprendre que dans la Monarchie républicaine de Jupiter, l’on prend de nombreuses libertés avec le droit, y compris le doit constitutionnel qui constitue une sorte de Bible et des prophètes sous la Ve République. Et cela est plus qu’inquiétant dans un pays qui n’a de cesse de stigmatiser les agissements coupables des dirigeants des dictatures, des démocratures et autres démocraties illibérales.

Début de citation

Le manquement à la Constitution du président de la République

Il est envisageable qu’en exerçant la présidence lucrative d’un organisme privé parallèlement aux fonctions gouvernementales auxquelles il a été nommé le 3 septembre 2019, M. Delevoye n’a commis aucun délit pénal – sauf à ce que des éléments nouveaux révèlent une prise illégale d’intérêts ou un trafic d’influence. Mais son cumul de fonctions a une conséquence extra-pénale, symboliquement plus grave si l’on veut bien admettre que la sanction pénale ne doit pas être la seule jauge de l’état d’une société et qu’il y a, dans l’échelle des valeurs politiques, des fautes plus graves encore qu’un délit ou qu’un crime. Il viole la Constitution, c’est-à-dire le texte le plus élevé dans la hiérarchie des normes, dont l’article 23 interdit l’exercice d’une fonction gouvernementale et d’une fonction professionnelle – le membre du gouvernement dispose alors d’un mois pour se mettre en conformité avec cette obligation constitutionnelle, selon l’article 1er de l’ordonnance n° 58-1099 du 17 novembre 1958 portant loi organique pour l’application de l’article 23 de la Constitution. Or, il est acquis que M. Delevoye a perçu son salaire de président de Parallaxe en octobre et novembre 2019. L’article 5 de la Constitution prévoit que le président de la République « veille au respect de la Constitution ». Il lui appartenait donc directement et personnellement, à plus forte raison si la persistance en fait de l’exercice par un membre du gouvernement de fonctions lucratives privées est hors de la portée de la justice pénale, de s’assurer que M. Delevoye ne méconnaissait pas l’article 23 de la Constitution. La violation par M. Delevoye de l’article 23 de la Constitution caractérise par ricochet la méconnaissance du président de la République de sa mission constitutionnelle. Les électeurs s’en souviendront-ils encore en avril 2022 ?19

 Tout ceci ne manque pas de sel de la part de celui qui est censé être le gardien des institutions dans notre pays ! Une sorte d’arbitre qui n’est ni indépendant, ni impartial à bien des égards au regard de sa pratique peu orthodoxe du fonctionnement des institutions. Tout ceci ne manque pas d’attiser les colères françaises qui ne manquent pas en cette fin d’année 2019, sorte d’Annus Horribilis pour l’exécutif. Comme l’écrivait par ailleurs, Paul Cassia, « Emmanuel Macron, une profondeur superficiel ». Depuis l’affaire Benalla, nous n’avions pas connu pareille déraison d’État portée à son paroxysme par quelques Pieds Nickelés qui œuvrent à la barre du paquebot France.

CERISE SUR LE GÂTEAU

On n’en croit pas nos oreilles à écouter le discours dithyrambique prononcé par la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzin lors de la cérémonie de passation de pouvoirs avec le successeur de Jean-Paul Delevoye, Laurent Pietraszewki (qui doit déjà s’expliquer sur son passé et sur ses liens avec Auchan)20. Sans la moindre retenue de bon aloi, elle n’hésite pas à tresser des couronnes de lauriers à Jean-Paul Delevoye pour ses multiples qualités. Sur ce terrain, il n’est pas en reste. C’est à se demander pourquoi, l’ex-maire de Bapaume, ex-président du Conseil économique, sociale et environnementale a été contraint de quitter ses fonctions de haut-commissaire en charge de la réforme des retraites. De qui se moque-t-on ? Cessez, mesdames et messieurs les (s)ministres de nous prendre pour de vulgaires gogos ! Ne vous rendez-vous pas compte que vous vous tirez une balle dans le pied, vous décrédibilisant et décrédibilisant votre parole officielle. Ce dont vous n’avez pas besoin. La vérité, rien que la vérité…

DU « DELEVOYEGATE » !

Revenons un dernière fois à ce qu’écrit Paul Cassia. L’autoproclamé « nouveau monde » s’était, au printemps des promesses électorales, fait fort de « révolutionner des pratiques devenues inadaptées » (Révolution, XO Editions, 2016, p. 242) en termes de responsabilité politique et sur une promesse « d’efficacité ». Le « Delevoyegate » et la démission de l’intéressé du gouvernement le 16 décembre 2019 soulignent, une fois de plus, le décalage qui s’accroît avec le passage du temps entre les engagements et les réalisations effectives. Fin 2019, c’est l’exécutif dans son ensemble qui est en état de « disruption » en raison de la nécessité pour un homme de plus de 70 ans d’avoir, par cumul de fonctions, une rémunération mensuelle globale supérieure à 10 000 euros par mois21.

 
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La récitation de la pensée conforme, par tous les idiots utiles de la Macronie, fait fi du réel, fait abstraction des brutales évidences du réel. Un seul remède, il suffirait que les élites descendent de leurs nuages et délaissent leurs certitudes. « La France était le pays qui avait le plus de difficulté à s’appliquer à lui-même les vertus républicaines et morales qu’il exigeait des autres » 22. Le nouveau monde cher et chéri d’Emmanuel Macron n’en finit pas de finir. On l’aura compris, la morale, c’est pour les autres, certainement pas pour l’élite autoproclamée qui serait hors-droit, pour ne pas dire hors-la-loi. Le moins que l’on puisse dire est que la démission de Jean-Paul Delevoye fragilise un exécutif qui n’en avait pas besoin en cette période de crise sur la réforme des retraites23. Il ne sait plus à quel saint se vouer pour sortir du piège qu’il a lui-même armé24. Pour ce qui nous concerne, et au rythme effréné où vont les choses25, nous estimons que tout cela risque de très mal finir en 2022 après cette Delevoye Royale… vers la sortie !

Guillaume Berlat
23 décembre 2019

1 Samuel Laurent/Anne Michel/Pierre Januel, La HATVP demande à Muriel Pénicaud de renoncer au conseil d’administration du Forum de Davos , www.lemonde.fr , 19 décembre 2019.
2 Pierre Januel, Samuel Laurent/Anne Michel, Pénicaud privé de siège au Forum de Davos, le Monde, 21 décembre 2019, p. 7.
3 Guillaume Tabard, L’impact néfaste d’une série de départs, Le Figaro, 17 décembre 2019, p. 5.
4 Marie-Cécile Renault, La chute précipité d’un éternel négociateur, Le Figaro, 17 décembre 2019, p. 5.
5 Erik Emptaz, Démissionnaire, il devrait rembourser 140 000 euros. Delevoye : « Je confirme qu’avec la réforme des retraites on peut perdre beaucoup ! ». Complication de contexte, Le Canard enchaîné, 18 décembre 2019, p. 1.
6 Ellen Salvi, Delevoye part, sa réforme reste, www.mediapart.fr , 16 décembre 2019.
7 Affaire Delevoye : c’est la faute à l’autre, Le Canard enchainé, 18 décembre 2019, p. 2.
8 Arthur Berdah/François-Xavier Bourmaud/Mathilde Siraud, Delevoye démissionne, Macron cherche un remplaçant, Le Figaro, 17 décembre 2019, p. 4.
9 Étienne Girard/Laurent Valdiguié, Delevoye. Portrait d’un « looser », Marianne, 20 décembre 2019 – 2 janvier 2020, pp. 24-25.
10 Raphaëlle Besse Desmoulières/Bertrand Bissuel, Olivier Faye/Cédric Pietralunga, Un haut-commissaire de plus en plus gênant pour le gouvernement. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique doit décider mercredi si elle saisit la justice concernant les « oublis » de M. Delevoye, Le Monde, 17 décembre 2019, p. 12.
11 Samuel Laurent/Anne Michel, La justice saisie à propos des omissions de Jean-Paul Delevoye, Le Monde, 20 décembre 2019, p. 9.
12 Laurent Mauduit/Martine Orange, La HATVP saisit la justice dans l’affaire Delevoye, www.mediapart.fr , 18 décembre 2019.
13 Paul Cassia, L’insoutenable légèreté de la déontologie selon Jean-Paul Delevoye, Le Blog de Paul Cassia, www.mediapart.fr , 16 décembre 2019.
14 Pierre Maurer, Matignon n’en a pas encore fini avec la « séquence » Delevoye, Le Figaro, 18 décembre 2019, p. 4.
15 Samuel Laurent/Anne Michel, Delevoye admet treize mandats et son « erreur », Le Monde, 17 décembre 2019, p. 12
16 Paul Cassia, précité.
17 Anne Michel/Samuel Laurent, Jean-Paul Delevoye avait déclaré son cumul de fonctions, Le Monde, 19 décembre 2019, p. 9.
18 Samuel Laurent/Anne Michel, La situation du haut-commissaire connue dès 2017, Le Monde, 18 décembre 2019, p. 9.
19 Paul Cassia, précité.
20 Manuel Jardinaud/Dan Israel, Retraites : un caporal de la macronie pour accompagner la réforme, www.mediapart.fr , 19 décembre 2019.
21 Paul Cassia, précité.
22 Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, éditions de l’Olivier, 2019, p. 61.
23 Raphaëlle Besse Desmoulières/Bertrand BIssuel/Olivier Faye/Cédric Pietralunga, La démission de Delevoye fragilise l’économie, Le Monde, 18 décembre 2019, pp. 8-9.
24 D.H. et C.L., Macron et Philippe cherchent la recette pour une retraite sans débâcle, Le Canard enchaîné, 18 décembre 2019, p. 3.
25 Michel Noblecourt, La grève du compromis, Le Monde, 18 décembre 2019, p. 30.

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