Observatoire Géostratégique

numéro 284 / 25 mai 2020

DJIBOUTI : UNE BANDE DE GUGUS MET EN PERIL LES INTERÊTS DE LA FRANCE !

Pour comprendre pourquoi et comment la France éternelle risque bientôt de perdre l’usage de la base stratégique qu’elle occupe à Djibouti – l’implantation militaire française la plus importante à l’étranger -, il faut se replonger dans le dossier du supposé « financement de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy par la Libye ». La possible éjection de nos forces armées de la Corne de l’Afrique ne serait qu’un dégât collatéral de ce vrai faux scandale, alimenté par une bande de gugus parfaitement irresponsables !

Créé afin d’apaiser l’affaire des comptes en banques cachés par le ministre socialiste Jérôme Cahuzac, François Hollande et Manuel Valls – ce dernier conseillé par son grand frère Alain Bauer – décident la création du Parquet National Financier (PNF). Comme par hasard, cet outil de justice d’exception se lance aussitôt en chasse à courre après les adversaires de François Hollande et Manuel Valls. On verra, par la suite, comme la guillotine politique du PNF sera assez efficace pour éliminer François Fillon, promis à la présidence de la République… C’est dire le poids de cette curieuse institution dans notre histoire récente.

GENEALOGIE DE L’IM-MORALE

Une petite généalogie s’impose : en 2017, Nicolas Sarkozy ayant eu l’idée de se présenter à la primaire des présidentielles, la tension monte dans le clan socialiste. Pour un temps, François Hollande a rêvé d’être reconduit, puis le considérable Manuel Valls s’est imaginé dans l’habit du chef de l’Elysée. Pour ce considérable duo et leurs amis, il s’agit de « flinguer » à vue et au plus vite « Sarko » et ses amis.

Cela tombe bien puisque Médiapart publie un « document » – dont la fiabilité est très contestée – qui évoque le versement de 50 millions d’euros libyens pour la campagne de Nicolas Sarkozy. Commence alors un feuilleton qui va mobiliser toutes les forces spéciales du PNF et de considérables sommes d’argent, nerf de la guerre nécessaire pour la bonne conduite de cette campagne anti-Sarko. Chef de cordée : le juge Tournaire, en Moitessier de la justice. Il visite – avec son escorte – de multiples pays aux quatre coins du monde. Sans relâche, il traque les millions libyens, dénoncés par le justicier très sélectif Edwy Plenel, qui s’est auto-proclamé juge suprême de la raison pure médiatique.

En réalité, le « financement libyen » va finir – nous y sommes – par apparaitre comme un véritable leurre cornecul. Tous les personnages, plus ou moins interlopes, qui naviguent autour du trésor libyen, affirment que les sommes volées étaient destinées à Nicolas Sarkozy. Hélas rien – rien – ne le démontre, alors que les comptes en banques de ces petits menteurs enflaient à grande vitesse. Pour faire masse, et trouver une tête de gondole médiatique à son instruction, le juge Tournaire englobe aussi l’homme d’affaires Alexandre Djouhri dans son coup de chalut. Il n’a pourtant rien à voir ici, puisqu’au moment de l’élection de Nicolas Sarkozy, Alexande Djouhri – ami intime de Dominique de Villepin – était un pilier du clan Chirac !

SHERPA-NETTE LA PLANETE

Après une longue navigation, cet épisode nous ramène à notre sujet premier : le sort de Djibouti en tant que principale base française. Il se trouve qu’Alexandre Djouhri a un ami nommé Wahib Nacer – cadre bancaire de haut niveau. Il se trouve que ce dernier est djiboutien. Maintenant en retraite dans son pays, il a beaucoup travaillé entre Paris et Genève. Sans plus attendre, le juge Tournaire entend cuisiner Wahib Nacer et lui faire avouer, croit-il, ses multiples et pesants secrets. Pour déstabiliser Wahib Nacer, personnalité dans son pays d’origine, il faut donc secouer le cocotier djiboutien et convaincre le président Ismaïl Omar Guelleh (IOG) d’accepter que son compatriote soit passé à la question et, pourquoi pas, extradé !

Il se trouve qu’à l’intérieur du dossier de supposé financement de la campagne Sarkozy s’est introduit une ONG – qui est un peu le couteau suisse du dossier. Cette dernière prétend dénoncer et redresser beaucoup de choses… Son nom est Sherpa ! Tout un programme. Si la démocratie est – ici – en jeu, l’organisation se porte, donc partie civile. Miracle, Sherpa chasse aussi le gros en Afrique. Plutôt que de s’en prendre à l’Arabie Saoudite, au Qatar, aux Emirats et autres ploutocraties du Golfe, Sherpa traque exclusivement les potentats accusés d’accumuler des « biens mal acquis » et cible, désormais l’immense Djibouti – confetti de la Corne d’Afrique devenu « hub stratégique » depuis que la Chine y a, aussi implanté sa plus grande base militaire à l’étranger. Pays-pivot de la mer Rouge entre océan Indien et Méditerranée où, répétons-le vit Wahib Nacer, le nouveau gibier du juge Tournaire. Par conséquent, le président djiboutien IOG et sa famille sont poursuivis pour des… appartements possédés à Paris. Dont acte ! Autant embastiller la terre entière !

Malheur pour l’écriture de l’histoire universelle, gribouillée à partir de plusieurs PV de justice, dont l’encre à peine sèche, se retrouvent dans les colonnes de Médiapart ! Mais le président djiboutien, qui en a vu d’autres, ne cède pas à la pression du PNF qui instruit l’affaire du financement de la campagne de Sarkozy et celle des biens mal acquis. Diantre !

Pour acculer le président IOG – en farfouillant dans les placards du greffe du TGI de Paris -, le PNF découvre subitement que Djibouti a déposé une plainte contre Mohamed Kadamy, un vieil opposant marxiste qui est réfugié en France. Leader du FRUD – un front révolutionnaire digne d’Arthur Rimbaud -, Kadamy est convoqué par le juge Tournaire, alors que ce genre de besogne n’a rien de son travail ordinaire. Mohamed Kamdamy, le malheureux réfugié, est aussitôt mis en examen pour « terrorisme » aggravé. Il est soupçonné d’avoir applaudi à l’incendie de deux voitures dans le désert. Indignée de cette offensive du PNF contre un homme qui devrait être le protégé de la France, la Ligue des Droits de l’Homme convoque une réunion extraordinaire et proteste inutilement.

Finalement le juge de fer peut se rendre à Djibouti, accompagné de gendarmes de choc et d’une greffière. Mais les vents sont contraires et la pêche très mauvaise : Wahib Nacer n’a rien à dire sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par la Libye. Chou blanc, blanc, blanc !

SHERPA-TATRAS !

Bredouille mais davantage préoccupé par son destin, le juge Tournaire file vers un nouveau poste en laissant le PNF se débrouiller avec la suite du dossier « Biens mal acquis à Djibouti ». Mais les choses tournent mal : au sein de l’association des Djiboutiens de la diaspora, qui a été poussée à porter plainte aux côtés de Sherpa, plusieurs membres refusent que leur association ne retire sa plainte.

Face à la mer chaude, le président IOG a l’impression d’avoir été roulé dans la vague : la promesse du retrait des poursuites, celles qui vise sa famille, n’a pas été tenue. Homme ombrageux mais d’expérience, le maître absolu de Djibouti lance aujourd’hui ses harpons vers Paris avec un message très clair : Français, attendez-vous à quitter mon pays !

Et voilà comment une bande de gugus – un juge carriériste sans scrupule, une ONG douteuse et quelques avocats médiatiques – arrivent à peser sur la politique étrangère de la France, sur ses intérêts de défense et de sécurité. Lamentable, proprement lamentable !

ETIENNE PELLOT
10 février 2020

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