Observatoire Géostratégique

numéro 259 / 2 décembre 2019

Editorient du 29 décembre 2014

L’ETAT ISLAMIQUE EN TOUTE IMPUNITE !

L’organisation « Etat islamique » dispose désormais d’un nouveau magazine intitulé « Dar al-Islam » (terre de soumission à Dieu). Cette publication, qui fait l’apologie de l’Etat islamique, est disponible depuis le 22 décembre 2014 sur le Web français, où l’on peut le consulter librement en trois clics !

Depuis juillet dernier existait déjà « Dabiq », le magazine de l’Etat islamique en anglais, diffusé en PDF sur Internet. Comme son homologue en langue française, cette publication est aussi produite par l’agence multimédia al-Hayat qui fait officiellement la « communication » de l’organisation terroriste. Cette agence a pignon sur rue en Arabie saoudite, à Londres et dans d’autres capitales européennes. Comprenne qui pourra, alors que plusieurs conférences internationales ont été organisées pour couper les financements, la communication et l’approvisionnement en armes de Dae’ch… La Coalition internationale contre l’Etat islamique, qui ne compte pas moins d’une cinquantaine d’Etats, est-elle à ce point impuissante à neutraliser ces publications de l’organisation « Etat islamique » ?

Depuis les révélations sur la NSA, les larmes de crocodiles de la CIA sur l’usage de la torture et les différentes cyber-guerres engagées contre la Corée du Nord, la Chine et la Russie, on se demande pourquoi Dae’ch peut, aujourd’hui encore utiliser en toute impunité la toile globale et lancer une dernière publication en langue française. Cet état de choses défie les lois de l’apesanteur et de toutes les décisions opérationnelles annoncées par la Coalition internationale à grands coups de tam-tam médiatique ! Dans un passé récent, la communauté internationale a été plus prompte à interdire la diffusion des émissions de la télévision du Hezbollah libanais Al-Manar sous prétexte d’antisémitisme ! La même efficacité a frappé, à de nombreuses reprises, les publications de différentes organisations palestiniennes et latino-américaines. Dans nos respectables démocraties, il n’est pas rare de voir des contrôles fiscaux s’abattre sur les rédactions qui transgressent le « politiquement correct » et la bienséance de l’idéologie occidentale dominante… C’est dire à quel point l’impunité, dont Dae’ch bénéficie pour sa communication et ses différentes publications, interpelle le bon sens, la logique et l’efficacité, contredisant les déclarations de guerre répétées à l’encontre d’une organisation déclarée ennemi planétaire numéro un !!!

Parce qu’il faut bien feuilleter cette nouvelle plateforme de propagande et d’appels au meurtre pour comprendre vraiment de quoi l’on parle. Richement illustré de photos mettant les combattants en scène, arborant le drapeau noir de l’organisation, cette première livraison est titrée : « L’Etat islamique étend son territoire ». En introduction, les rédacteurs se félicitent d’être « les témoins d’une nouvelle ère », celle de la restauration du Califat, qui permet enfin aux Musulmans de vivre en adéquation avec la foi islamique. Truffées de fautes d’orthographe et de citations du Coran, ces quinze pages de propagande cherchent à convaincre les Musulmans français de faire allégeance au Califat et de rejoindre les « terres islamiques » et le « territoire libéré » d’Irak et de Syrie.

L’image de la dernière page est tout à fait éloquente : on peut y voir un passeport français dévoré par les flammes… Au-delà du symbole, on touche ici au cœur névralgique de l’idéologie salafiste qui s’est déchaînée (en Algérie) dès la fin des années 1980: la négation des Etats nationaux, issus de la lutte de libération nationale et de la négation de la souveraineté nationale. Cette triple négation est revendiquée au nom d’une Oumma, une communauté des croyants, abstraite, formelle et utopique, annonçant la fin de l’Histoire et le début d’un paradis sur terre, tout autant abstrait et formel.

La nouveauté du discours de Dae’ch consiste à reprendre l’idéologie salafiste des fondateurs du GIA (Groupe islamique armé) algérien, en y introduisant la dimension de la territorialité, celle de l’ancien Califat, destinée à récuser le découpage des frontières issues du démantèlement de l’empire ottoman et des accords secrets entre occidentaux.

Les meilleurs alliés objectifs de cette idéologie sont les pays occidentaux eux-mêmes, longtemps alliés inconditionnels des pouvoirs dictatoriaux arabes pourvu que leurs intérêts soient préservés.

 

 

La rédaction
29 décembre 2014

 

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